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  • Yan Chantrel, sénateur des Français de l’étranger, prône une union de la gauche

    Yan Chantrel, sénateur des Français de l’étranger, prône une union de la gauche

    Yan Chantrel a pris ses fonctions de sénateur des Français de l’étranger, le 1er octobre 2021. Les Francais.press dresse avec lui le bilan de ses quatre premiers mois de mandature alors que s’ouvre une séquence électorale majeur pour le pays.

    A peine élu, le socialiste a eu une semaine pour quitter son pays d’adoption, le Canada, et venir siéger au Palais Bourbon. Comme il l’avait promis, il a tout de suite voulu être actif pour défendre ses compatriotes installés hors de France, à travers de nombreux sujets. Il souhaite parler en leur nom et les ramener dans le débat public car ils sont souvent considérés « comme la quatrième roue du carrosse ».

    Le Sénat, un contre-pouvoir primordial

    Depuis 2002, et le passage d’un septennat à un quinquennat présidentiel, les élections élyséennes et législatives se suivent de près. Ainsi, l’Assemblée nationale partage souvent la même couleur politique et ne joue plus le rôle de contre-pouvoir.

    Au Sénat, en revanche, la majorité peut être d’un parti différent que celui du gouvernement. Le rôle d’opposant est donc plus facilement endossé par les sénateurs. Un point particulièrement important pour Yan Chantrel.

    Comme nous l’avons observé pendant la lecture du texte de loi sur le passe vaccinal, le Sénat s’est indigné contre lui et a demandé à ce qu’il soit lourdement modifié. Le parlementaire a par exemple, demandé à intégrer des critères de sortie de la mesure exceptionnelle que représente le passeport vaccinal. Une idée non retenue par l’exécutif.

    Français de l’étranger et passe vaccinal

    Actuellement, les expatriés doivent présenter leur passeport vaccinal lorsqu’ils sont de passage en France. Seulement, les informations les concernant communiquent mal entre le gouvernement, les pharmacies et les centres de vaccination, et ils se retrouvent donc face à de nombreuses problématiques. Nous pensons notamment aux test anti-Covid et vaccins réalisés à l’étranger mais non reconnus par les autorités françaises, ou encore à la difficulté pour intégrer la preuve de leur vaccination au passe vaccinal quand le pays d’expatriation ne délivre pas de QR code.

    D’après le sénateur, le gouvernement avait été averti de ces difficultés il y a plusieurs mois, mais son fonctionnement en vase clos entraine un manque d’échanges avec les élus de la République. Il demande que les réunions de travail entre élus des Français de l’étranger soient remises en place comme ça l’était au début de la pandémie. Un moyen pour apporter des solutions à leurs problèmes et aux réalités de terrain.

    Yan Chantrel, ©Yan Chantrel

    Les projets de mandat

    Yan Chantrel siège à la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication, car à ses yeux il s’agit de thèmes majeurs qui concernent tous les citoyens Français. Il se bat pour la création d’un système éducatif pour tous à l’étranger en plusieurs points :

    • L’élargissement des critères d’attribution des bourses scolaires
    • La prise en charge des cours du CNED pour les familles à faibles revenus
    • L’augmentation des budgets pour les programmes scolaires tels que FLAM

    « S’occuper de ces problèmes-là, c’est s’occuper de l’avenir du pays ».

    Aussi, il aimerait voir les Français établis hors de France être davantage considérés, car ils ont une double culture leur permettant de prendre du recul sur leur pays d’origine, et apporter ainsi une grande richesse au débat public.

    La gauche existe-t-elle encore ?

    « Bien sûr ! » clame le parlementaire. La gauche est faible dans les sondages, mais pas morte. D’après lui, cela tient au fait que la course à l’Élysée et les campagnes n’ont pas encore commencé. Il espère, et croit donc vivement que les vrais problèmes des citoyens seront abordés lors des futures joutes verbales. A savoir, la santé, l’éducation, le pouvoir d’achat, et non l’immigration et l’insécurité.

    Par ailleurs, le politicien appelle à une union de la gauche. Il estime que les différences entre les candidats tiennent de l’ordre de la sémantique et non de la divergence d’opinions. Il espère voir les autres candidats se rallier derrière son parti et Anne Hidalgo et rappelle d’ailleurs que le Parti socialiste a toujours proposé un programme entièrement consacré aux Français hors de France.

    Législatives 2022

    L’élection pour la fonction ultime a toujours influé sur les législatives, mais il s’attend à un résultat différent cette année. D’après lui, ses concitoyens en ont assez d’avoir un Palais Bourbon répondant au doigt et à l’œil du pouvoir exécutif, ils veulent de la diversité.

    « Les 3 millions de Français établis hors de France doivent avoir des députés de combat.« 

    Yan Chantrel confie que des listes d’union de la gauche pour les circonscriptions étrangères seront préparées en amont du 24 avril, mais évolueront sûrement jusqu’au dernier moment.

    Ecoutez le podcast avec Yan Chantrel

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  • Premiers romans : les choix québécois du prix Marie-Claire Blais

    Premiers romans : les choix québécois du prix Marie-Claire Blais

    Le prix littéraire Québec-France – Marie-Claire Blais récompense depuis 1975 un premier roman d’un auteur français. Porté par des associations de passionnés de francophonie et de littérature il se veut un hommage à une écrivain qui est un véritable monument littéraire au Québec. En France elle est connue en particulier pour avoir remporté le prix Médicis en 1966. 

    Une écrivain consacrée au Québec et dans le monde

    Née québécoise en 1939, Marie-Claire Blais connaît une première consécration précoce à l’âge de 20 ans avec « La belle bête », son premier roman. Elle publiera dès lors régulièrement pour accoucher d’une œuvre riche d’une vingtaine de romans dont, à partir de 1995, le cycle « soif » composé d’une dizaine d’œuvres. Issue d’un milieu ouvrier modeste, l’écrivain a pu commettre essais et pièces de théâtre consacrant son engagement politique et social. Son œuvre est traversée par les thèmes de la lutte contre l’exclusion et les discriminations. Ses romans, exigeants au plan formel, sont également marqués par l’onirisme, la poésie ou des recherches plus littéraires.

    Écrivain pleinement francophone, elle a néanmoins été remarquée rapidement par la critique américaine et très tôt traduite en anglais. Elle finira d’ailleurs sa vie en tant que citoyenne américaine disparaissant en Floride à l’âge de 82 ans à la fin novembre 2021.

    Son œuvre s’est vue décerner une multitude de prix dont celui du gouverneur général, un des principaux prix canadiens, qu’elle reçoit à cinq reprises pour cinq romans différents. Un record. Elle est docteur honoris causa des universités de Laval et Montréal. La Belgique, Monaco, l’union latine et la France, entre autres, reconnaîtront également un talent et une œuvre inscrite dans une dimension internationale. En France elle avait été faite chevalier dans l’ordre national des arts et lettres en 1999. 

    Marie-Claire Blais – crédit photo : 20Jill20Glessing

    Un prix de lecteurs qui associe les comités de lecture au Québec

    Le prix du premier roman porte son nom depuis 2005, année où elle accepta de le parrainer. 

    Ce prix est un trait d’union entre le Québec et la France. Le réseau Québec-France compte environ 4000 membres et le prix possède une dimension participative puisque ce sont les groupes locaux au Québec qui sont chargés de sélectionner le roman vainqueur à partir d’une sélection initiale de 13 romans. 

    Au printemps paraîtra la sélection des trois romans qualifiés en finale et ce seront environ 150 passionnés de littérature française membres des comités de lecture au Québec qui désigneront le/la lauréat(e). 

    L’objectif est de dévoiler son nom au salon international du livre de Québec en avril 2023 si les conditions sanitaires le permettent. Les groupes de lecteurs locaux auront donc un an pour faire connaître leurs préférences.

    Treize premiers romans sélectionnés, qui sera vainqueur ?

    Nous avons voulu nous prêter au jeu des pronostics en soumettant la liste des treize romans à un critique du renommé « Magazine littéraire ». Pour Antoine Faure deux romans se distinguent parmi cette sélection d’auteurs et autrices talentueux :

    « Elle, la mère » de Emmanuel Chaussade (Minuit), un roman qui aborde l’inceste et les secrets de famille enfouis. « Le sujet est d’actualité dans l’édition française, mais dans le cas d’Emmanuel Chaussade on parle de littérature avant tout, avec des parti-pris formels originaux et puissants ».

    « Le démon de la colline au loup » de Dimitri Rouchon-Borie (Le tripode), « un bouquin au style très direct et viscéral, largement remarqué chez les blogueurs littéraires. Le premier roman d’un chroniqueur judiciaire qui raconte la confession d’un taulard auteur de crimes indicibles après en avoir lui-même subi toute son enfance. L’absence de virgules et les mots choisis rendent étonnamment juste cette voix d’autodidacte mi-victime, mi-bourreau ».

    « Le palais des deux collines » a eu également des retours très positifs en France et a gagné des prix littéraires comme nous le signale la journaliste de la revue Zone critique Marion Bauer en mentionnant aussi « Le démon… » parmi les œuvres remarquées de la rentrée littéraire. 

    Pourront-ils figurer dans la sélection finale québécoise ? 

    Si nul n’est prophète en son pays, un auteur ou une autrice français sera bientôt consacré(e) jeune prophète émergent de la littérature sur les rives du Saint-Laurent. 

    Il ou elle succèdera au lauréat 2021, David Zuckerman avec « San Perdido », et au roman extrêmement touchant de Pauline Delabroy-Allard, « Ça raconte Sarah », primé en 2020. 

    Mais au fond peu importe le vainqueur tant que le plaisir de lire est au rendez-vous ! À  vos lectures

    Questions à Madame Francine Bouchard, secrétaire du réseau Québec-France 

    Comment avez-vous établi la sélection des treize premiers romans de cette année ?

    Nous collaborons depuis 2007 avec le Festival du premier roman de Laval-en-Mayenne, initié par Lecture en Tête. Cette année Lecture en Tête avait reçu 205 premiers romans mis en lecture auprès d’une trentaine de lecteurs motivés, réceptifs à la pluralité des thèmes, écritures et styles.

    De la sélection finale de Lecture en Tête, le Réseau Québec-France/francophonie a retenu les treize titres qui correspondaient aux critères de notre concours. 

    Madame Blais a disparu il y a quelques mois. L’édition 2022 aura-t-elle une dimension d’hommage ? 

    Nous aimerions certes que l’édition 2022 ait une dimension d’hommage et nous y travaillons car nous sommes extrêmement reconnaissants envers Madame Blais pour son accompagnement enthousiaste envers notre Prix au fil des années. Cependant l’incertitude qui plane encore sur l’organisation d’activités en présence nous maintient dans le doute quant à la forme que cela prendra. 

    Quel est l’effet du prix sur les ventes de romans, et donc quelle est son influence dans le paysage littéraire québécois et français ?

    Le Prix littéraire Québec-France Marie-Claire-Blais permet au lauréat de faire une tournée auprès du public et des libraires québécois, ce qui lui donne une bonne visibilité. La remise du Prix et de la bourse, en présence du Consul général de France à Québec, a habituellement lieu lors des activités printanières du Salon International du Livre de Québec où le milieu culturel et littéraire est toujours bien représenté. Notre motivation première est de soutenir la présence d’une littérature francophone vigoureuse et nous estimons que notre Prix contribue à l’essor de la carrière d’un auteur qui en est à son premier roman. 

    De gauche à droite : Laurent Petitmangin (par Pascal Ito), Dima Abdallah et Salomé Berlemont Gilles (par David Poirier), trois nominés au prix littéraire Marie-Claire Blais

  • Jeux Olympiques de Pékin 2022 : quelles sont les chances de médailles ?

    Jeux Olympiques de Pékin 2022 : quelles sont les chances de médailles ?

    Les jeux olympiques de Pékin 2022 sont ouverts quelques mois après Tokyo ! 3000 athlètes se retrouvent en compétition à Pékin et certains vont marquer ces JO. Voici quelques noms à suivre…

    Objectif : 15 médailles françaises

    L’équipe de France vise une quinzaine de médailles aux Jeux olympiques de Pékin qui débutent ce vendredi 4 février dans la capitale chinoise, a expliqué la présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), Brigitte Henriques, lors d’une visioconférence de presse.

     Les objectifs de la délégation française, c’est évidemment de faire aussi bien qu’à Pyeongchang où on avait pu avoir quinze médailles. Donc de se maintenir au niveau qui était le nôtre lors des éditions précédentes », a souligné Brigitte Henriques, bloquée à Paris car elle a été testée positive au Covid-19 avant de s’envoler pour la Chine.

    Nid d’oiseaux, le stade où a eu lieu la cérémonie d’ouverture à Pékin ce 04 février 2022

    Au moins comme en Corée du Sud

    En 2018, la France était rentrée de Corée du Sud avec cinq médailles d’or (dont trois venant du biathlon porté par Martin Fourcade), quatre d’argent et six de bronze. Malgré la retraite de Martin Fourcade, le biathlon est en position d’être encore cette année le plus gros pourvoyeur de médailles côté tricolore.

    « En dessous de dix médailles, ce serait une déception. En revanche, au-dessus de quinze médailles, ce serait une véritable satisfaction », a estimé la présidente de la Fédération française de ski (FFS), Anne-Chantal Pigelet-Grevy.

    La FFS regroupe le ski alpin, le ski de fond, le saut à ski, le combiné nordique, le snowboard, le ski acrobatique et le biathlon.

    Regardez l’analyse des journalistes de TV5MONDE

  • MyFrenchFilmFestival 2022, l’interview de la Directrice générale Daniela Elstner

    MyFrenchFilmFestival 2022, l’interview de la Directrice générale Daniela Elstner

    Du 14 janvier au 14 février 2022 a lieu la 12ème édition du MyFrenchFilmFestival. Au total, 30 nouveaux films, dont des longs-métrages et des courts-métrages, sont disponibles dans le monde entier, avec des sous-titres en 10 langues.

    Où voir les films ?

    Dans la majorité des pays, vous pouvez retrouver les films sur les plateformes payantes comme Amazon ou le partenaire local mais le plus souvent, ils sont tous disponibles sur TV5MONDEplus, la plateforme non géo-bloquée, francophone et gratuite. Ainsi en Amérique latine (ainsi qu’en Afrique, en Corée du Sud, en Pologne, en Roumanie, en Russie et en Asie du Sud-Est), les trente titres peuvent être vus gratuitement. Dans les autres territoires, le prix est de 1,99 € par film ou 7,99 € pour l’ensemble du festival. Alors que celui-ci bat son plein, on vous propose de rencontrer Daniela Eltner qui dirige Unifrance. Cet organisme semi-public a pour vocation l’exportation des œuvres françaises dans le monde et est à l’origine du MyFrenchFilmFestival en ligne.

    Daniela Elstner, Directrice exécutive d’UniFrance

    Née en Allemagne et diplômée d’une Maitrise de Lettres Modernes (Paris VII), Daniela Elstner a commencé sa carrière professionnelle en France au sein d’UniFrance en 1996. En octobre 1998, elle rejoint Les Films du Losange pour y créer le service international de la société de production, aux côtés de Margaret Menegoz, avant de revenir chez Unifrance en 2019 lors de sa nomination comme Directrice générale d’UniFrance et du MyFrenchFilmFestival.

    Daniela Elstner ©Unifrance

    Durant 10 ans, Daniela Elstner y développe les ventes internationales, co-productions et sélections en festivals de films signés des grands noms du cinéma tels que Éric Rohmer, Barbet Schroeder, Jacques Rivette ou Michael Haneke, pour n’en citer que quelques-uns. En 2008, elle rejoint Doc & Film International en tant qu’actionnaire et directrice générale. Sous son impulsion, la société de distribution audiovisuelle s’ouvre aux longs-métrages de fiction et de documentaire et constitue un catalogue de plus de 800 films vendus à travers le monde et reconnus par la critique internationale et les festivals (un Lion d’Or, deux Ours d’Or).

    Parmi les œuvres diffusées à l’international par Doc & Film sous sa direction, citons les films de Chantal Akerman, Jacques Doillon, Nicolas Philibert ou encore Bruno Dumont. Daniela Elstner est aussi depuis 2015 présidente de l’Association des Exportateurs de Films (ADEF), qui a joué un rôle crucial dans la mise en place, par les pouvoirs publics, d’un système de prêts pour les exportateurs (FARAP) et du fonds de soutien à l’export, représentant une avancée importante pour l’ensemble de la filière. Comme indiqué plus haut, elle fut nommée directrice d’Unifrance, avec le soutien de Serge Toubiana. Enfin en 2021, elle a été élue au conseil d’administration de l’EFP, le pendant européen de l’agence française de promotion des films.

    Un festival pensé pour tous

    Nourrie de son expérience et de son amour du cinéma, Daniela Elstner a construit un jury haut de gamme (Joachim Lafosse, Santiago Mitre, Filippo Meneghetti, Daphné Patakia et Michelle Couttolenc) pour une sélection de qualité. Partez à la découverte des nouveaux créateurs francophones du 7ème art au cœur du MyFrenchFilmFestival.

    Ecoutez le podcast avec Daniela Elstner

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  • Désaccords et divergences d’opinions lors du Conseil d’Administration de l’AEFE

    Désaccords et divergences d’opinions lors du Conseil d’Administration de l’AEFE

    Le 26 janvier dernier se tenait le Conseil d’Administration de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) pour voter le contrat d’objectifs et moyens (COM) 2021-2023. Y étaient présents les dirigeants de l’agence, les représentants des syndicats de professeurs et les représentants des fédérations de parents d’élèves.

    Tous les trois ans, un COM est voté par le conseil d’administration de l’AEFE. Il vise à s’engager sur une période de 36 mois auprès de l’État sur différents objectifs. Ainsi, l’agence pourra recevoir les allocations budgétaires équivalentes aux dispositions engagées. Le COM 2021-2023 s’est tenu seulement en janvier 2022 car le précédent contrat d’objectifs et moyens a été prolongé à deux reprises en raison de la crise sanitaire. Il était donc très attendu des différents participants. Si pour le président du CA, Bruno Foucher, les objectifs votés paraissent tout à fait réalisables, le syndicat de professeurs, l’UNSA, est bien plus sceptique.

    Un COM structuré autour de quatre axes

    Le nouveau document voté a vocation à respecter les objectifs du Président de la République, présentés en 2017, comme le doublement du nombre d’élèves dans le réseau à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le COM 2021-2023 s’harmonise autour de quatre axes majeurs, à savoir :

    • Amplifier l’attractivité de l’enseignement français à l’étranger, en appuyant sur ses points forts comme l’éducation plurilingue, l’inclusion dans le système scolaire, la place du numérique éducatif et la nouvelle réforme du baccalauréat international.
    • Renforcer l’Agence dans l’ensemble du réseau, en accompagnant et facilitant l’arrivée de nouveaux établissements partenaires. Pour y parvenir, seize Instituts régionaux de formation (IRF) ont été créés afin de renouveler la formation des personnels.
    • Revaloriser le rôle de l’AEFE dans l’organisme parallèle, en conduisant les instituts labellisés LabelFrancÉducation et les associations de français langue maternelle (FLAM).
    • Ajuster le fonctionnement de l’AEFE dans l’intention de correspondre aux défis de l’enseignement français. Pour ce faire, l’antenne se doit de poursuivre le travail débuté en termes de réorganisation et de modernisation de ses services. Une action s’appuyant sur les avertissements émis du comité d’audit instauré à l’automne 2019.

    Des ambitions particulièrement denses pour une période de réalisation somme toute courte.

    Un conseil sous tensions

    Depuis plusieurs mois, existent de profondes divergences entre les gestionnaires et le personnel syndiqué du réseau de l’enseignement français à l’étranger. Des discordes mises en lumière lors des grèves de novembre et de janvier, mais qui se sont aussi invitées au conseil d’administration.

    Pour commencer, Bruno Foucher, son président, a loué les mesures exceptionnelles apportées pendant la période de crise sanitaire, et estime que le réseau en est ressorti grandi. Des aides à hauteur de 150 millions d’euros, réparties équitablement entre les bourses, le financement des frais de scolarité pour les élèves étrangers et les avances faites aux lycées en difficultés. Seulement, si les syndicats s’accordent également à saluer l’appui du gouvernement, il leur parait important de ne pas s’en satisfaire mais de bien continuer à regarder en avant. Or, toujours d’après eux, le COM voté manque cruellement de moyens financiers et technologiques pour insuffler un nouveau souffle au réseau et respecter la demande présidentielle.

    Divergence d’opinions sur la politique de plurilinguisme

    L’attractivité du réseau est source de différends entre les administrateurs et les syndiqués. L’objectif est de valoriser et enrichir l’offre éducative grâce au plurilinguisme, à l’école inclusive, au numérique éducatif et à la réforme du baccalauréat. Cependant, parmi ces quatre stratégies, la politique de plurilinguisme domine largement les autres dans le discours du président au dépend des autres.

    « La langue française ne peut pas être enseignée seule dans nos établissements ».

    Bruno Foucher, le président du Conseil d’administration de l’AEFE

    Effectivement, pour Bruno Foucher, il est impensable que le français soit la seule langue enseignée dans les établissements du réseau de l’AEFE. Seulement, la déclaration semble éloignée des réalités de terrain, du moins d’après Adrien Guinemer, le chargé de mission hors de France pour l’UNSA. Il estime que la politique du plurilinguisme est déjà effective dans les nombreux établissements français à l’étranger, étant donné que la majorité des élèves inscrits sont d’une nationalité tierce. Le partage et le mélange des langues se font donc automatiquement dans les couloirs des écoles.  Aussi de nombreux établissements, comme Bruxelles par exemple, proposent des doubles cursus en français et en anglais ou en allemand, d’autres proposent l’espagnol. En sus, un nouveau bac international sera proposé aux élèves dès 2022.

    Par ailleurs, le syndicat dénonce une forme de « marketing de façade » impulsé par l’Agence pour attirer de nouveaux élèves et cela pour deux raisons. Non seulement, le plurilinguisme est un objectif de longue date, mais aussi car les décisions émanent du haut sans avoir dialogué avec le personnel local. Selon Adrien Guinemer, il est contre-productif de vouloir vendre le plurilinguisme dans tous les établissements sans se demander si c’est nécessaire ou pas.

    « Par exemple, est-il opportun de proposer une langue étrangère telle que l’allemand ou le chinois, dans un lycée reculé du nord de l’Afrique ? Un endroit où il serait bien plus logique d’étudier les langues locales ou seulement l’anglais. »

    Adrien Guinemer, chargé des Français de l’étranger à l’UNSA
    AEFE
    Bruno Foucher, président du conseil d’administration de l’AEFE – photo : Twitter de Bruno Foucher

    Le désaccord sur les homologations

    La multiplication des homologations est également source de désaccords entre les diverses parties en présence. Si les syndicats de professeurs martèlent que les groupes privés vont créer une concurrence déloyale avec les établissements publics, l’AEFE est persuadée qu’il n’en sera rien. D’après Bruno Foucher, la demande est si importante « que la qualité du réseau ne va pas souffrir de la concurrence ». Au contraire, à ses yeux l’ouverture du réseau à de nouveaux partenaires est synonyme de remise en question et d’évolution de l’enseignement et donc de la politique d’investissement qui en découle.

    Cependant, il est important de se demander si ladite qualité du réseau est toujours présente après deux ans de pandémie, de distanciel, avec des professeurs exténués qui tentent de faire entendre leurs revendications lors des grèves. Parmi elles, l’augmentation de leur salaire et la valorisation de l’offre numérique dans les établissements.

    Le président du CA a dit ne pas pouvoir répondre à la question des salaires car le COM n’a pas de conséquences sur les budgets ordinaires.

    « On peut le regretter mais retranscrire les moyens est un exercice difficile. C’est parce que nous avons des axes que nous pouvons soulever les moyens dont on a besoin. »

    Bruno Foucher, Président du Conseil d’Administration de l’AEFE

    En revanche, il a été plus explicite sur le sujet du numérique, et pour cause : appuyer l’offre numérique est un des objectifs du premier axe du COM 2021-2023. Après la période passée où le télétravail et l’utilisation du numérique sont devenus des normes, l’Agence, comme tout le monde, s’est rendue compte à quel point il était important de posséder un bon réseau numérique et en particulier éducatif. Elle souhaite donc vivement continuer de développer les outils digitaux et la maitrise de ces derniers par le personnel.

    Finalement, le contrat d’objectifs et moyens pour les deux années à venir est source d’avancées pour l’AEFE, mais d’échec pour le personnel selon les syndicats.

  • Coups de foudre avec TV5MONDEplus

    Coups de foudre avec TV5MONDEplus

    Chaque mois la plateforme de streaming TV5MONDEplus sélectionne pour vous le meilleur des films, séries et documentaires francophones à ne pas manquer. Pour février, les équipes de la chaine mondiale ont sondé les méandres de l’amour, St Valentin oblige ! Rencontres internet, coups de foudre, relations triangulaires et autres, Cupidon a frappé à toutes les portes, on les entrouvre, avec TV5MONDEplus, pour vous !

    L’amour 2.0

    Le numérique a révolutionné notre quotidien jusque dans notre façon d’appréhender et de construire nos relations amoureuses. D’un côté, les applications de rencontres ont remplacé les approches fortuites dans les bars, un phénomène qui s’est accru avec les restrictions sanitaires, empêchant toute vie sociale. Aujourd’hui, nos téléphones foisonnent de ces applications et elles existent pour tous les âges, les sexes, les penchants, et sont perçues comme l’occasion de tester la personne avant de se lancer dans un premier rendez-vous.

    Par ailleurs, le temps du courrier postal est quasiment révolu. Les jeunes se déclarent leur amour non via une lettre enflammée et parfumée, mais à l’aide de textos. Écriture abrégée ou non, profusion d’emojis ou pas, les messages virtuels peuvent paraitre bien moins romantiques que les lettres manuscrites. Pourtant, si la forme a bel et bien changé, les sentiments d’amour eux, n’en sont pas moins puissants et réels.

    « L’amour au temps du numérique« 

    L’amour au temps du numérique est un documentaire en deux parties, réalisé par Sophie Lambert. A travers le portrait de six jeunes Québécois célibataires, elle s’interroge sur la façon dont les téléphones portables et le numérique ont révolutionné la manière d’appréhender l’amour et la sexualité. 

    « Amours solitaires« 

    En 2018, l’Instagrameuse Morgan Ortin rassemble les centaines de textos amoureux que ses followers lui envoient, dans un seul et même livre « Amours solitaires ». Paru aux éditions Albin Michel, il s’est depuis vendu à 100 000 exemplaires. Déclarations enflammées, messages de rupture, de tendresse ou encore coquins, tous sont des ardentes déclarations.

    Dans la série éponyme, le réalisateur Xavier Reim s’est librement inspiré du livre de l’influenceuse. Il met en scène Maud et Simon, deux tourtereaux qui entretiennent une relation épistolaire par téléphone. Seulement, doutes et secrets viennent semer le trouble dans ce paradis numérique, testant ainsi les limites de leur attachement.

    Premières rencontres

    Coup de foudre instantané ou véritable flop, généralement nous gardons longtemps en mémoire le souvenir de la première rencontre. Inattendue, programmée ou même forcée par des amis qui souhaitent à tout prix nous voir casé, elle est immuable et universelle.

    Lorsqu’une histoire fonctionne, nous nous accrochons à son souvenir, en revivant chaque seconde et chaque sensation perçue au dit moment. Lorsque nous présentons notre nouveau compagnon à notre entourage, la question fatidique « comment vous êtes-vous rencontrés ? » revient inlassablement. A contrario, lorsque nous nous séparons, nous jurons par tous les dieux « ah si seulement je ne l’avais jamais rencontré(e) ! ».
    Bref, la première rencontre apparait primordiale, alors qu’elle peut se manifester à n’importe quel moment de notre vie, pour le meilleur ou pour le pire.

    « Blind date à la juive« 

    Dans ce court-métrage de 16 minutes, Marie-Lou est désespérée en amour et décide donc de renouer avec sa religion, en se mariant avec un juif pratiquant. Cependant, elle doit d’abord passer le test du chidou’h, un rendez-vous arrangé inscrit dans la tradition juive. Seulement, tout ne se déroule pas comme prévu.

    « Pauline et les garçons« 

    Pauline, incarnée par Laura Smet, choisit de se faire muter dans une petite ville de campagne, du jour au lendemain. Installée dans une ferme, son voisin François tombe sous son charme. Tous deux battus par les tourments de la vie, essaieront de guérir ensemble.

    Amours insolites

    Les grandes histoires d’amour ne sont pas réservées à Hollywood ou aux charmantes rues de Paris. Elles n’y ressemblent d’ailleurs jamais. Non, elles surgissent partout à travers le monde, dans une campagne profonde ou au beau milieu du Sahara ; et unissent parfois des personnes qui n’étaient, a priori, pas destinées l’une pour l’autre. L’histoire de Roméo et Juliette est finalement très commune – avec la mort en moins, bien entendu. Mais deux personnes, de milieux différents, aux passions et aspirations éloignées peuvent tout à fait s’éprendre l’une de l’autre et se jurer fidélité. Le coup de foudre ne sera peut-être pas au rendez-vous, mais l’amour au même titre que n’importe quelle relation, doit se donner du temps pour naitre et vivre pleinement. Aussi, pour préserver ce lien, les concernés sont tenus de l’entretenir.

    « Angèle et Tony »

    Une belle jeune femme frêle et à la rue, rencontre un marin-pêcheur revêche. Ce dernier l’héberge et l’aide à retrouver du travail. Ensemble, ils vont vivre une histoire digne d’un conte de fées, au cœur d’un havre naturel normand.

    « Inlove« 

    Lors d’une patrouille dans le désert au Moyen-Orient, un militaire occidental « matche » avec une villageoise en niqab sur une application de rencontres.

    Une situation inattendue dans un milieu en proie à la guerre, où le rêve amoureux n’a pas sa place.

    Triangles amoureux 

    Le grand amour, celui dévoué à une seule et unique personne, a toujours été un concept remis en question. D’une part, de nombreuses cultures sont bercées par la polygamie. Aussi, les communautés hippies des années 1960, prônaient un amour libre, enlevé de toutes conventions sociales et se basant sur l’instant présent. Aujourd’hui, notre société sonde une nouvelle fois les limites (si elles existent) de la relation amoureuse. A deux, trois ou plus, hétérosexuelle, homosexuelle ou pansexuelle, tout nous parait possible. Seulement, nous restons humains et une relation à deux implique déjà son lot de complexité, donc plus nous sommes, plus les complications se multiplient.

    « J’ai 2 amours« 

    L’amour n’a pas de limites et se (re)découvre sous plusieurs formes. Ici, Hector un urgentiste en couple depuis cinq ans avec Jérémie. Ensemble, ils essaient d’avoir un enfant. Mais c’était sans compter sur la réapparition soudaine de son aventure de jeunesse, Louise. Ne pouvant se résigner à choisir entre ses deux passions, le médecin entame une double vie.

    « Bamako« 

    Dans la capitale malienne, Birahima mène une vie tranquille avec ses deux femmes et ses enfants, jusqu’au jour où il décide d’en épouser une troisième de l’âge de sa progéniture. Opposées à ce projet, les femmes de Birahima s’allient pour écarter la nouvelle venue.

    Ruptures

    Bien que l’amour soit un sentiment fabuleux, il peut être périssable au même titre que tous les autres. Les hauts et les bas viennent pointiller la vie de tous les couples, et malheureusement les bas peuvent tout emporter sur leur passage. La rupture, comme l’amour, est universelle et va généralement de pair avec la souffrance, l’énervement, la déception et l’incompréhension. Les scènes de rupture dans les comédies romantiques sont fréquemment imagées avec une fille pleurant toutes les larmes de son corps et engloutissant le contenu de son frigo cachée sous sa couette. S’il peut y avoir du vrai, ce n’est pas une vérité pour autant. Il est également courant qu’à la sortie d’une relation, nous ressentions le besoin de nous reconnecter avec nous-même, de prendre du recul et de dresser un bilan de notre vie, nos attentes et nos désirs, de vouloir redémarrer de zéro.

    « Arrête ou je continue »   

    Au cours d’une randonnée, Pomme et Pierre se disputent pour la énième fois. Malentendus, incompréhensions et mauvaise communication, leur mariage a atteint un point de non-retour.

    Alors que Pierre veut rentrer, sa femme souhaite rester seule et se redécouvrir au milieu des bois.

    « Le canapé« 

    Tandis que Baptiste vient de se faire larguer, son ami Karim le rejoint chez lui pour l’aider à déménager son canapé. A son arrivée, il lui annonce également sa récente rupture. Avec ce film réalisé en noir et blanc, les deux amis Karim Barras et Baptiste Sornin signent une œuvre tragi-comique où ils dressent une critique de l’amour moderne.

  • Liban : quel refuge face aux coupures d’électricité ?

    Liban : quel refuge face aux coupures d’électricité ?

    La compagnie publique Électricité du Liban (EDL) a annoncé samedi que ses centrales étaient à l’arrêt, accusant des manifestants d’être responsables de ce nouveau black-out en ayant saboté le réseau électrique. L’électricité publique est déjà coupée au moins 20 heures par jour au Liban en raison d’une pénurie de carburants liée à l’effondrement économique du pays. Samedi, des manifestants, dont des bi-nationaux, excédés par les coupures se sont rués vers une centrale de distribution d’EDL dans la région d’Aramoun, au nord de Beyrouth, a indiqué la compagnie publique dans un communiqué.

    (FILES) This file photo taken on April 3, 2021, shows a partial view of the damaged Lebanese Electricity Company (EDL) headquarters in the capital Beirut. Lebanon was plunged into a total blackout today after two main power stations went offline because they ran out of fuel, the state electricity corporation said. (Photo by Anwar AMRO / AFP)

    Un black-out sur tout le pays

    Cette nouvelle coupure va encore accentuer la pression sur les générateurs privés qui ont déjà du mal à pallier l’absence quasi-totale de courant étatique dans le pays en crise. Les coupures paralysent depuis des mois la vie de la population et plusieurs secteurs vitaux, tandis que les gérants de générateurs privés, qui prennent généralement le relais, rationnent aussi commerces, hôpitaux et foyers, à mesure que le carburant se raréfie.

    Désormais, la facture moyenne mensuelle d’électricité pour une famille libanaise utilisant un générateur privé dépasse le salaire minimum de 675 000 livres libanaises — soit quelque 22 dollars–, la monnaie locale s’étant effondrée face au billet vert sur le marché noir.

    Regardez l’infographie de TV5MONDE

  • Quand la Chine basculera

    Quand la Chine basculera

    Le sacre de Xi Jinping pourrait être le sommet l’acmé de la Chine, c’est-à-dire le début de sa chute. Apparemment, la Chine poursuit sa formidable ascension. Même la crise de la Covid l’aurait épargnée. Rare pays à avoir évité la récession en 2020, sa croissance l’an dernier atteindrait les 8%. L’an prochain, elle devrait baisser à 5%, taux considérable vu d’Europe, mais insuffisant pour sortir les millions de Chinois sous le seuil de pauvreté. L’immobilier, qui assure 25% du PIB et 20% des emplois, est surendetté. Le plus grand promoteur, Evergrande, a fait défaut : 260 milliards de dettes. Il n’est pas le seul en difficultés. L’Etat baisse les taux d’intérêt pour redonner un peu d’air. La dette chinoise, publique et privée, dépasse les 300% du PIB. Sa croissance a toujours été supérieure à la croissance du PIB.

    Petites failles ou mauvais signes

    Esprit malin, le « virus chinois » revient au berceau. Les Jeux Olympiques d’hiver se dérouleront sans public. Accrochée à sa stratégie « zéro covid », la Chine ferme villes, ports, entreprises. Si la faillite d’Evergrande peut déstabiliser le système financier chinois, le virus peut fissurer son économie. Ce qui pose des problèmes d’approvisionnement dans toutes les économies mondiales. La dépendance des économies incite Coréens, Japonais, Américains et Européens à rapatrier les implantations industrielles. Les menaces sur Taïwan, premier producteur de micro processeurs, la mainmise sur Hong Kong, le contrôle politique sur les entreprises, freinent les investissements et brisent la confiance.

    La loi du parti au dessus des lois

    Beaucoup commencent à douter de cette évidence longtemps partagée, selon laquelle les dirigeants chinois ne seraient plus  communistes. La Chine se présente comme un « gouvernement par la loi », mais la loi est celle du parti. Les règles peuvent changer en un jour, les contrôles sont omniprésents. Au lieu d’assurer la stabilité, l’incertitude est, en fait, permanente, chez les cadres.

    Autre défi : la population chinoise vieillit, et bientôt déclinera. Avec un problème de retraite bien plus grave qu’en Occident. D’où la gravité de la crise immobilière : c’est la propriété de son logement qui garantit la retraite. D’autant que la décroissance de la population devrait se constater plus tôt que prévu et induirait automatiquement une décroissance économique.

    Une crise chinoise est possible, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour le monde

    Si ces différentes failles s’accentuent, la Chine ne rattrapera jamais les États-Unis, contrairement à ce qui est annoncé. Une crise chinoise est possible, assez vite. La confrontation avec les États-Unis l’accélère.

    Pour autant, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour le monde.

    Tout d’abord parce qu’une crise chinoise entrainerait une crise de l’économie mondiale. Ensuite parce que les régimes autocratiques, et la Chine en est un des plus performants, voient souvent dans l’agressivité extérieure une porte de sortie nationaliste. Les dirigeants chinois n’ont jamais abandonné leur rhétorique révolutionnaire, il leur suffirait de l’appliquer. Dernièrement, des manœuvres militaires conjointes entre la Chine, la Russie et l’Iran ont été organisées dans l’Océan indien. Le budget militaire de la Chine a considérablement augmenté ces dernières années. Le budget de la diplomatie chinoise plus encore : la Chine a constitué le premier réseau diplomatique du monde, avec plus de 8 milliards d’euros, un budget qui a doublé en dix ans. Cela fonctionne bien : 53 pays votent avec la Chine aux Nations Unies dans sa politique de reprise en main de Hong Kong.

    Une crise de l’économie chinoise puis mondiale alimentera des foyers de tensions et de guerres supplémentaires

    Ce ne seront pas les Etats-Unis qui provoqueront la confrontation, mais, comme d’habitude, leur habileté est telle qu’ils la faciliteront. Après avoir financé l’essor de la Chine, ils en recevront les coups. Mais seront-ils ceux qui en souffriront le plus ?

    Une crise de l’économie mondiale alimentera des foyers de tensions et de guerres supplémentaires. La carte des alliances et des conflits dessine les futures éruptions : Asie centrale, Asie du sud-est, Moyen-Orient, Afrique.

    Quel rôle est dévolu à l’Europe ? Les Etats-Unis souhaitent que l’Europe fixe la Russie. Et l’Europe n’aura évidemment pas le choix, si la Russie reste alliée à la Chine, si la Russie continue son jeu de tensions.

    La politique étrangère de la Chine est fondée, officiellement sur le multilatéralisme, le libre échange et la non-intervention. En fait, il faudrait plutôt traduire : clientélisme, mercantilisme, soutien aux régimes autoritaires. Les Chinois ont des bases militaires en Asie centrale, Djibouti mais aussi en Argentine. L’atout chinois, outre le financement d’infrastructures et les prêts, est la garantie d’un soutien sans faille aux dirigeants en place (avec la corruption qui accompagne les contrats d’Etat).

    Pour ne pas être à la traine, l’Europe doit oser se poser face à la Chine

    Junte birmane, théocratie iranienne, Talibans, tous peuvent compter sur la compréhension chinoise quant à leur façon de gouverner. Et comme les Occidentaux, eux, font la morale démocratique, la clientèle est de plus en large.

    Le principal handicap de la Chine, ce qui la fera basculer, et qui risque d’entrainer une déflagration mondiale, c’est son appétit pour le contrôle : pas une entreprise, un collège, un quartier, sans le contrôle du parti. Cela coûte cher. Pas un cadre qui ne doive apprendre la pensée de Xi Jinping.

    Que la Chine bascule ou poursuive son rêve de conquête, le défi est là. Intelligence artificielle, semi-conducteurs, énergie, l’économie européenne a raté bien des marches. Elle est le plus grand marché mondial, mais ne participe à cette nouvelle économie digitale qu’en consommatrice – et en productrice de normes (atout non négligeable).

    Se préparer au choc de cette déflagration est un impératif pour chaque pays. Comment ? Le rêve européen a perdu de sa superbe face au rêve chinois. Ce serait le moment de le raviver, à l’extérieur et à l’intérieur car cette ambition ne peut se faire en opposant caricaturalement « européistes » et « nationalistes ».

    Le principal atout de l’Europe est de devenir l’espace politique le plus stable, le plus serein, le plus divers, le plus fiable de la planète. Construire, en anticipant les déflagrations à venir, une aire de paix, de sureté, une « communauté de destin commun », pour reprendre la phraséologie de Xi Jinping, qui légitimerait son aire d’influence. Si l’Europe ne veut pas être à la traine d’une rivalité sino-américaine, elle doit oser se poser elle-même en modèle face à la Chine.

    Pour le 95ème anniversaire du Parti communiste chinois, en 2016, Xi Jinping définissait les « 4 confiances en soi » comme un des axes majeurs de sa pensée[1] : confiance en sa propre voie (son modèle de développement), en ses propres théories, son propre système et sa propre culture. Les cadres du parti apprennent par cœur ces discours pour s’imprégner de ces « 4 confiances ». On ne demandera pas aux Européens d’apprendre par cœur, mais d’avoir confiance en eux-mêmes. Après tout, les vainqueurs de la dernière guerre froide, qui en a tiré le plus d’avantages, c’est l’Europe. Il se pourrait qu’il en soit de même pour la prochaine.


    [1] Discours du 1er juillet 2016.

  • Des GAFAM aux MAAMA, les stars du numérique investissent tous azimuts

    Des GAFAM aux MAAMA, les stars du numérique investissent tous azimuts

    Avec la transformation de Facebook en Meta, les GAFAM sont devenus les MAAMA. Meta, Alphabet, Amazon, Microsoft et Apple continuent leur marche en avant.

    Au mois d’octobre dernier, Mark Zuckerberg a renommé Facebook en Meta en promettant à chacun de pouvoir vivre prochainement deux vies en une, l’une dans le réel et l’autre dans les mondes virtuels. Le 18 janvier de cette année, Microsoft dont la capitalisation dépasse 2 000 milliards de dollars, tout comme Apple, a décidé d’acquérir pour 69 milliards de dollars, Activision Blizzard, une société de jeux vidéo, dans le cadre du plus gros achat de son histoire. Les MAAMA ont investi 280 milliards de dollars au cours de l’année écoulée, soit 9 % des investissements de toutes les entreprises américaines, contre 4 % il y a cinq ans.

    Les responsables antitrust regardent avec de plus en plus d’attention les politiques d’acquisitions des entreprises du numérique. En 2020, la plus haute responsable antitrust américaine, Lina Khan, a recommandé d’interdire aux grandes entreprises technologiques de s’étendre dans les zones adjacentes.

    Des mesures  antitrust au Etats–Unis et en Europe

    L’Europe pourrait adopter prochainement une loi sur les marchés numériques visant à les réglementer « ex ante », c’est-à-dire à agir en amont sur le comportement des entreprises en lieu et place d’actions « ex post ». Compte tenu de l’importance du secteur de la haute technologie, l’encadrement des politiques d’investissement sera délicat à mettre en œuvre. Les grandes entreprises du numérique sont devenues des acteurs économiques incontournables dont le montant des investissements a doublé en dix ans. Les MAAMA sont accusées de réduire la concurrence en achetant des start-up prometteuses.

    Les contradicteurs des grandes entreprises du numérique mettent l’accent sur la faible productivité de leur recherche. Apple n’aurait pas sorti d’innovations majeures depuis l’iPhone. Si Apple a amélioré les capacités de calcul ou l’autonomie de ses produits, les ruptures technologiques se font attendre. Les voitures autonomes ou volantes, les robots multitâches individuels restent pour le moment du domaine de la science-fiction. En 2020, un rapport d’un sous-comité antitrust du Congrès américain affirmait que la domination des grandes technologies avait « considérablement affaibli l’innovation ». Leur politique consiste avant tout dans la maîtrise de leur réseau afin de fidéliser leurs clients. La concurrence serait amoindrie par un partage tacite du marché du digital par ses grands acteurs.

    Alphabet, Amazon, Apple, Meta et Microsoft ne s’affrontent pas frontalement. Google (Alphabet) domine sur les moteurs de recherche et la publicité, Amazon est devenu l’hypermarché en ligne du monde, Apple est tout à la fois un producteur de biens technologiques et un fournisseur de services avec les applications, Meta regroupe d’importants réseaux sociaux dont Facebook, et Microsoft est l’entreprise numéro un dans le domaine des logiciels professionnels et des ordinateurs individuels.

    Les « Big Five » ont institué un oligopole qui les préserve des attaques

    Les zones de friction existent mais sont gérés. Ainsi, Microsoft vend des ordinateurs et des smartphones mais il n’en fait pas son axe majeur de développement. Il est présent sur les réseaux avec LinkedIn mais l’objectif de ce réseau est centré avant tout sur la sphère professionnelle. Amazon concurrence Apple sur le streaming musical mais avec modération. Google a abandonné toute prétention en matière de musique en ligne et de réseaux. Les « Big Five » ont institué un oligopole qui les préserve des attaques et leur permet de bâtir, en toute tranquillité, leurs futurs produits ou services. Ayant elles-mêmes connu une croissance exponentielle, elles sont toutes bien conscientes que manquer le prochain changement transformateur pourrait les exclure du monde de demain.

    Pour autant, en 2021, les Big Five ont dépensé 1 500 milliards de dollars en recherche et développement, soit environ un quart du total des dépenses publiques et privées américaines en la matière. Les moyens de financement des grandes entreprises du digital sont actuellement sans comparaison. Ils sont en phase avec leurs revenus qui ont atteint plus de 9 000 milliards de dollars, revenus qui ont presque triplé entre 2015 et 2020. Il est à souligner que les dépenses de R&D augmentent moins vite que les ventes, soit +25 %, contre +33 % lors de ces cinq dernières années. Une grande partie de ces dépenses a été consacrée au développement de produits. Ce poste a progressé de 2019 à 2021, de près de 40 %. Les dépenses d’investissement ont augmenté de 25 %.

    1500 milliards de dollars en recherche et développement

    Chaque année, Apple est à la recherche d’innovations pour ses nouveaux iPhone dont le rythme de sortie est annuel. Elle investit également dans les casques audio et visio ainsi que dans l’automobile. Amazon essaie sans relâche d’améliorer l’efficacité de ses entrepôts et de son système de livraison. Meta est contrainte d’innover pour conserver son nombre d’adhérents à ses réseaux sociaux. La baisse d’attractivité de Facebook en particulier auprès des jeunes l’oblige à revoir en permanence son modèle. La chute en bourse de Netflix du fait de la stagnation du nombre de ses abonnés prouve la fragilité des positions économiques dans le secteur du numérique.

    Les chercheurs des Big Five sont devenus des acteurs clef de la recherche et développement mais aussi de la recherche fondamentale dans de nombreux domaines (mathématiques, sciences comportementales, médecine, informatique, etc.). De 2015 à 2019, ils ont publié plus de 16 000 articles dans des revues scientifiques. Les chercheurs d’Amazon ont ainsi publié un article sur les moyens d’éviter les doublons dans les résultats de recherche. Les équipes de Google Research rendent publics des travaux d’un niveau très élevé concernant la médecine. Alphabet se sert de sa politique de publication pour attirer les meilleurs chercheurs. Elle est ainsi devenue la quatrième entreprise la mieux classée dans l’édition actuelle de l’indice Nature, en ce qui concerne la recherche universitaire en sciences.

    Métavers, véhicules autonomes, santé, espace, robotique, fintech, cryptoactifs, informatique quantique

    Apple a contrario publie peu, en lien avec sa politique du secret qui lui est chère. Les analystes estiment qu’entre 5 % et 20 % des dépenses de R&D des géants de la technologie sont consacrées aux « technologies de pointe » : le métavers, les véhicules autonomes, les soins de santé, l’espace, la robotique, la fintech, les cryptoactifs, l’informatique quantique.

    Au cours des trois dernières années, les Big Five ont acquis plus de 110 entreprises. Plus d’un quart des entreprises acquises sont spécialisées dans l’intelligence artificielle ou dans le traitement de vastes ensembles de données.

    Microsoft est actuellement l’investisseur le plus important. En avril 2021, il a acheté « Nuance Communications », un fournisseur de logiciels et de cloud spécialisé dans le domaine de la santé pour 19,7 milliards de dollars. Il a également acheté des startups qui facilitent les services sur le cloud, telles que « Mover.io », qui aide les entreprises à transférer des données et « CloudKnox », une entreprise de cybersécurité. Google a acquis trois startups également spécialisées sur le cloud et des entreprises dans le secteur de la santé. Meta a investi essentiellement dans des entreprises qui travaillent dans la réalité augmentée. Apple a fait de même. La priorité pour cette dernière demeure l’intelligence artificielle. Sur ces 22 acquisitions depuis 2019, plus de la moitié ont été des startups intervenant sur ce créneau. Apple, qui a acquis Drive en 2019, une startup de voitures autonomes, entend se développer sur ce secteur. Son projet Titan vise à lancer un véhicule en 2025. Microsoft a rejoint la course, avec un investissement dans Wayve, une entreprise de voitures autonomes basée à Londres. Amazon a également renforcé ses positions dans ce secteur. Elle a pris des participations dans des entreprises de taille intermédiaire développant des solutions logicielles pour ce type de véhicules. Amazon est intéressée par les flottes de véhicules autonomes tant pour la gestion de ses entrepôts que pour les livraisons.

    Amazon est également très active dans le domaine de la robotique toujours avec un objectif d’automatisation de ses entrepôts. Google a également investi dans deux sociétés de voitures autonomes, Waymo, une société issue à l’origine de X, l’unité interne « moonshot » du géant de la technologie, et Nuro, une entreprise de livraison autonome. 9 % des investissements réalisés par les grandes entreprises technologiques concernent les voitures et la mobilité.

    En 2021, les filiales d’investissement d’Alphabet, d’Amazon et de Microsoft ont conclu environ 400 transactions. Une centaine d’entre-elles concernaient des entreprises travaillant dans les sciences de la vie ou les soins de santé, un domaine que les entreprises technologiques considèrent comme attractif compte tenu du potentiel de croissance et du rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la biologie.

    Les entreprises de technologie financière telles que Botkeeper, un service de comptabilité automatisé constituent également une priorité de ces filiales. Le secteur financier est également suivi de près par Apple qui a acquis Mobeewave, une startup de paiement, pour transformer les iPhones en terminaux mobiles de paiement sans contact. L’année dernière, Amazon a acheté Perpule, une société indienne de technologie financière, et travaille avec Goldman Sachs pour élargir l’offre de prêt aux entreprises.

    Le Netflix du jeu vidéo, sans console

    L’acquisition d’Activision Blizzard, un développeur de jeux vidéo, par Microsoft, est la plus importante dans l’histoire de ce groupe et, plus largement, de l’industrie du jeu vidéo. Elle a coûté plus de deux fois le coût du rachat de LinkedIn en 2016. Cette acquisition s’inscrit dans la volonté de Microsoft de devenir incontournable dans l’univers du jeu. Ce secteur en pleine croissance représente près de 300 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

    Apple, Netflix et Amazon ont décidé de s’investir également dans le jeu vidéo qui offre des rentabilités élevées et qui permet de capter un public jeune. Avec notamment ses consoles, Microsoft est dans le secteur du jeu depuis deux décennies. Il gagne 15 milliards de dollars par an. Microsoft devrait devenir la troisième plus grande entreprise de jeux vidéo en termes de chiffre d’affaires, derrière Tencent, une entreprise chinoise, et Sony connue pour sa Play Station. En tant que producteur de consoles vidéo, Microsoft a besoin de contenus pour capter un nombre croissant de joueurs. Activision Blizzard a dans son portefeuille de jeux entre autres, « Call of Duty », « Candy Crush », « Warcraft ». King, une division d’Activision Blizzard spécialisée sur le jeu sur mobile, compte 245 millions de joueurs. En ayant les droits sur « Call of Duty », Microsoft peut décider d’autoriser ou non sa diffusion sur d’autres consoles que les siennes. Il dispose d’une arme de négociation importante en particulier à l’encontre de Sony qui dépend des ventes des consoles Play Station.

    L’achat d’Activision Blizzard complète celui de ZeniMax Media, une autre société de jeux. Réalisé en 2020, il avait alors coûté 7,5 milliards de dollar. Microsoft avait alors annoncé qu’elle respecterait les termes des accords d’édition existants entre ZeniMax et Sony, mais que l’accès de cette dernière aux nouveaux jeux de ZeniMax serait considéré « au cas par cas ».

    Les acquisitions de Microsoft visent à lui permettre d’être un acteur important du jeu au moment où l’essor du metavers pourrait modifier la donne. Microsoft espère utiliser sa force dans le cloud pour imposer son système de jeux en ligne et devenir le « Netflix » du secteur. Le jeu en streaming via le cloud élimine le besoin de posséder une console ou un ordinateur puissant et coûteux. Même si d’autres entreprises, dont Sony, Amazon et Nvidia, proposent des services similaires, aucune ne semble aussi bien placée que Microsoft qui dispose d’un savoir-faire pour la gestion de logiciels en ligne et d’un nombre importants de clients.

    La France, terre d’investissement, et l’Inde face à la Chine

    Les géants du digital investissent dans un grand nombre de pays. La France est ainsi une terre d’investissement majeure pour Microsoft. Avec le refroidissement des relations avec la Chine, l’Inde est aujourd’hui au cœur des attentions des Big Five. Ce pays est connu pour héberger de nombreuses start-up innovantes. Près du quart des acquisitions réalisées entre 2019 et 2021, par les stars du digital proviennent d’Inde. Amazon a acquis une participation dans « BankBazaar ». En 2020, Google a annoncé sa volonté d’investir 10 milliards de dollars dans des entreprises technologiques indiennes au cours des cinq à sept prochaines années.

    Au vu des recherches et des acquisitions, le Yalta qui prédomine entre les grands du digital pourrait voler en éclats à moins qu’une nouvelle répartition des champs d’action s’établisse. Les domaines de la santé, de la fintech, des voitures autonomes et de l’informatique quantique les intéressent tous. La concurrence est pour le moment larvée mais pourrait bien prendre une autre forme si un des acteurs se trouvait à avoir un avantage comparatif certain. Avec le potentiel développement des véhicules autonomes, l’entreprise qui sera la première à maîtriser l’informatique quantique qui démultiplie le potentiel des ordinateurs serait en position de force. La possibilité d’imposer un monde virtuel, voie de passage obligée pour les achats en ligne et l’accès à certains services, pourrait également modifier en profondeur les frontières entre les acteurs du numériques.

  • Royaume-Uni : une reprise économique en douceur

    Royaume-Uni : une reprise économique en douceur

    L’Angleterre a abandonné, jeudi 27 janvier 2022, la quasi-totalité des dernières restrictions en vigueur pour lutter contre la Covid-19. Le gouvernement britannique a estimé que la population devait s’habituer à vivre avec le virus comme elle le fait déjà avec la grippe.

    Après avoir mis un terme, il y a une semaine, à la recommandation de travailler chez soi pour ceux qui le peuvent, l’Angleterre abandonne à présent les autres restrictions – comptant parmi les plus légères en Europe – introduites en décembre face à la déferlante de cas Omicron. C’est-à-dire l’obligation du port du masque en intérieur dans les lieux publics et le passeport vaccinal pour les événements accueillant un public nombreux.

    Nous sommes allés à la rencontre des entreprises françaises au Royaume-Uni, pour savoir comment elles perçoivent la reprise.

    Deux années compliquées pour les commerces

    Oliver est originaire de Bruxelles et habite en Angleterre depuis quatre ans. Il est dans un groupe de musique Eighties en tant que chanteur lead. “Avant la Covid, nous tournions à 80 dates par an, pendant la Covid nous n’étions à aucune date et progressivement nous revenons à 1 à 2 dates par week-end. C’était le rythme que nous atteignions avant la Covid.”

    Des “stop and go” rendant l’activité difficile

    Installée depuis six ans à Londres, Margaux Cras dirige deux salons de coiffure. Elle confie que les « stop and go » ont été brutaux physiquement et mentalement pour ses équipes. Effectivement, ces dernières étaient privées des plaisirs rendant la vie agréable à Londres, comme dans toutes les grandes villes, en période de confinement. De plus, au moment des réouvertures, ses employés ont croulé sous la demande intense des clients, et ne pouvaient prendre de repos pendant six à huit semaines. La patronne a donc décidé de rallonger la durée des prestations et de rajouter des pauses supplémentaires à son personnel pour lui permettre de se reposer.

    « C’était compliqué de refuser des clients étant donné l’impact de la crise sur les finances de l’entreprise. A l’instar de l’hôtellerie ou des salles de spectacles, un salon de coiffure fermé ne représente aucune entrée d’argent mais a toujours des charges à payer ».

    Margaux Cras, Français de Londres et dirigeante de deux salons de coiffure

    Elle revient tout de même sur un point positif tiré de cette période sombre. Durant le premier confinement, elle en a effectivement profité pour ouvrir un deuxième salon, le « Margaux Salon Kentish Town ». Un pari osé mais réussi car elle a pu ouvrir directement à la levée de l’isolement, le 4 juillet 2020.

    « Comme tout le monde était désespéré de ne plus avoir pu aller chez le coiffeur, nous avons été pris d’assaut dès le premier jour d’ouverture. »

    Le port du masque obligatoire

    La patronne indique livrer bataille sur plusieurs fronts à la fois, tels que la fréquentation toujours inférieure au niveau d’avant la pandémie, l’inflation galopante constatée chez ses fournisseurs, et la difficulté à recruter de bons profils. Pour couronner le tout, la gestion quotidienne de l’agenda est rendue particulièrement difficile à cause des nombreuses annulations de dernière minute de la part des clients ou des employés, et dues au variant Omicron.

    Cependant, elle se félicite d’avoir réussi à fidéliser une vraie communauté de clients attachée au salon qui continue « à venir se faire chouchouter ici, quand tant d’autres commerces restent vides ». Elle se demande si cela est dû à leur approche plus prudente. En effet, dès le début de la pandémie, les deux salons ont rallongé leurs horaires d’ouverture pour diminuer le nombre de personnes présentes simultanément dans l’entreprise. Aussi, le port du masque reste obligatoire à l’intérieur. Des décisions qui inspirent la confiance chez ses clients d’après Margaux.

    Une reprise certaine mais prudente

    « Depuis janvier 2022, nous sentons une énergie nouvelle et les prémices d’un retour graduel vers plus de normalité ».

    La cheffe d’entreprise a fait fermer ses salons pendant deux semaines pour permettre à ses salariés de se reposer durant les fêtes de fin d’année, et depuis la rentrée tout le monde est au rendez-vous. Chaque week-end, ils sont complets et voient sans cesse de nouvelles personnes franchir leurs portes. « Nous avons entre 20% et 30% de nouveaux clients, et en janvier ce ratio est même monté à 55% ! Il est frappant de constater que cela se vérifie tant pour celui établi à Highbury que pour le nouveau à Kentish Town ». Margaux estime que le retour à un semblant de vie sociale et la réouverture progressive des bureaux y est pour beaucoup. Elle pense que 2022 sera bien meilleure que les deux dernières années.

    Margaux Cras dans son salon de coiffure à Londres

    Les conséquences du Brexit

    Benjamin, habitant de Londres depuis 2013, est le CEO (Chief Executive Officer) du groupe Marcel Market. A ses yeux, avec la période post-Brexit qui est en train de s’amorcer et les nouvelles réglementations sur les certificats sanitaires, il sera compliqué d’importer de la nourriture pour les petites sociétés comme la sienne.

    « Nous avons beau avoir le soutien et être partenaire d’une grande chaîne alimentaire française, nous n’avons pas d’autres choix que de fermer. Nous travaillons sur Marcel Market depuis 2017.”

    Benjamin, habitant de Londres et CEO du groupe Marcel Market

    Benjamin explique que le gouvernement a, à plusieurs reprises, repoussé la mise en place du contrôle à la frontière sans pour autant expliquer clairement les règles qui seront mises en place. C’est pourquoi il préfère attendre avant de rouvrir. Une décision qu’il juge bonne car les règles vont progressivement entrer en vigueur dans le courant de l’année et vont l’obliger à réduire son offre. D’après lui, ajouter les frais des certificats et des opérations en douane rend toute rentabilité impossible.

    « Si vous regardez du côté de Calais, le passage en douane est un cauchemar. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des camions bloqués des journées entières à la frontière. Pour nous la reprise est synonyme de liquidation. »

    Finalement, pour la plupart des Français établis au Royaume-Uni, la reprise est prudente. Pour d’autres, elle n’existe tout simplement pas, à l’instar du café sur la péniche à Londres et  de The Floating boulangerie, qui ont tous deux fermé définitivement en décembre 2021.

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