La Présidence française de l’Union européenne, un défi à entrées multiples

La Présidence française de l’Union européenne, un défi à entrées multiples

Durant le premier semestre 2022, la France présidera l’Union européenne, la dernière présidence française date du second semestre 2008. Il y a treize ans, les pays de l’Union européenne étaient confrontés à une crise économique qualifiée d’historique. Face à l’implosion du système financier, l’Union européenne et plus globalement, le G20 avaient dû prendre des mesures exceptionnelles.

La présidence de 2022 intervient après deux années également historiques, marquées par l’épidémie de Covid qui a tué plus de 5 millions de personnes et par une situation économique inédite. Après une récession sans précédent, l’économie mondiale doit faire face à des goulots d’étranglement et des hausses de prix importantes dans un contexte d’endettement croissant.

En cette fin d’année, il apparaît encore hasardeux de faire des prévisions fiables tant sur l’évolution de la pandémie que sur celle de l’économie mondiale. De nombreux pays sont loin d’avoir retrouvé leur niveau d’avant-crise et sont toujours confrontés à un nombre important de cas de contamination.

Incertitudes multiples

Cette présidence intervient un an après le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne et au moment où plusieurs États d’Europe de l’Est s’affranchissent des règles communautaires. Elle se produit, par ailleurs au moment où Angela Merkel, après 15 années au pouvoir, cède la place à un nouveau Chancelier. La présidence française de l’Union européenne sera enfin particulière en raison de la tenue des élections présidentielles et législatives en avril et en juin 2022.

En 1995, cette concomitance avait déjà certes eu lieu mais le Président sortant, François Mitterrand, ne se représentait pas. En 2022, si Emmanuel Macron n’est pas encore officiellement candidat à sa succession, rien ne laisse présager qu’il ne le sera pas. Le contenu de la future présidence européenne aura certainement des implications électorales.

Emmanuel Macron qui avait résolument pris le parti de l’Europe lors de sa première campagne présidentielle en 2017, devrait poursuivre sur cette lancée en 2022, en mettant l’accent sur la relance de l’économie sur fond d’affirmation des valeurs européennes et de la transition énergétique. Il entend aussi insister sur le rôle de l’Europe en tant que puissance face à la Chine et aux États-Unis.

Relance, puissance et appartenance

La présidence française entend accélérer le processus de relance et de modernisation de l’économie à travers la mobilisation des crédits prévus dans le cadre du plan « Next Generation UE ». Elle s’appuiera notamment sur l’initiative « Scale up » regroupant 150 experts venant de toute l’Europe en vue de formuler des propositions dans les domaines de la formation, du financement, des technologies fondamentales et de la collaboration entre les start-ups. La France entend favoriser l’émergence de groupes européens sur les nouveaux secteurs d’activité que sont les technologies de l’information et de la communication, les biotechnologies, les énergies renouvelables.

La présidence française mettra à l’ordre du jour la question de l’indépendance de l’Union européenne. La crise sanitaire ayant prouvé la vulnérabilité des États membres, l’idée d’une sécurisation des approvisionnements a été avancée. Le renforcement des moyens dévolus à la défense devrait être abordé même si, sur ce sujet, aucun consensus n’existe réellement.

Durant la présidence française de l’Union européenne, la ratification de l’accord entre l’Union européenne et la Chine sur les investissements pourrait revenir sur la table. En raison du durcissement des relations sino-américaines, les États-Unis ont, à plusieurs reprises, fait connaître leur opposition à cet accord conclu en décembre 2020 et ont conduit à en différer la ratification.

Le Président français tient également à placer, dans son calendrier de travail, le concept d’appartenance européenne. À travers la valorisation de la culture et l’identité européenne, il espère contrecarrer les mouvements nationalistes, puissants au sein de plusieurs pays.

Drapeaux français et européens

Deux projets à conclure

La présidence française devra mener à son terme la Conférence sur l’avenir de l’Europe, engagée au printemps 2021 après le Brexit. Cette conférence qui associe des citoyens, des organisations non gouvernementales ainsi que les parlements nationaux, a pour objectif de faire des propositions pour réviser les institutions. Parmi les points déjà évoqués figurent l’Europe de la Santé et la règle de l’unanimité en matière de politique étrangère. Un renforcement des droits d’initiative du Parlement a été également été proposé.

L’autre projet qui devrait arriver à terme sous la présidence française est celui de « la boussole stratégique » qui avait été lancée au second semestre 2020 par les Allemands. Ce projet vise à cartographier les menaces communes auxquelles sont exposés les États membres et les moyens à déployer pour y faire face. Ce projet vise à renforcer l’autonomie stratégique de l’Union.

Des gestes à destination de la France

La Présidence française aura à cœur de mettre en avant plusieurs sujets à forte connotation nationale. Elle devrait insister sur le rôle de Strasbourg comme ville européenne, symbole de l’amitié franco-allemande. Des initiatives devraient être prises pour renforcer la présence européenne dans cette ville. De même, le Président de la République devrait faire du renforcement du rôle de la langue française au sein des institutions européennes une de ses priorités. Il devrait également demander à la Commission de travailler sur la politique migratoire.

Auteur

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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