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  • Loi pour le pouvoir d’achat en France, les premières décisions aussi pour les expatriés

    Loi pour le pouvoir d’achat en France, les premières décisions aussi pour les expatriés

    Après des débats mouvementés, trois articles du projet de loi sur le pouvoir d’achat ont été adoptés mardi 19 juillet. L’Assemblée nationale a notamment voté la facilitation des dispositifs d’intéressement en entreprise, une mesure fustigée par la coalition de gauche Nupes, durant l’examen toujours au ralenti du projet de loi pouvoir d’achat.

    Prolongement de la prime Macron

    Le premier article du projet de loi portant sur le prolongement de la prime Macron a été voté à 327 voix pour, 119 contre. Tous les députés de la Nupes s’y étant fermement opposés. Bonne nouvelle, cette disposition s’applique aux frontaliers, VIE, détachés et tous les salariés hors de France d’une entreprise française et toujours fiscalisés en France.

    Cet article consiste à tripler le plafond de la prime en accordant aux employeurs la possibilité de verser une prime d’un montant maximal de 3000 voire 6000 euros aux salariés percevant trois fois moins que le SMIC.

    L’opposition de la Nupes a fustigé le fait qu’une prime d’un montant de 6000 euros ne puisse être octroyée qu’à condition que l’entreprise ait mis en place un dispositif d’intéressement. Le député insoumis François Ruffin a notamment dénoncé le caractère « bidon » de cette proposition.

    Députés LFI opposés à certains articles de la loi pouvoir d’achat (Photo Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

    Baisse des cotisations sociales

    Un deuxième article a été adopté portant cette fois sur les cotisations sociales des travailleurs indépendants.

    Selon le site de l’Assemblée nationale cet article a pour but de « baisser les cotisations sociales des travailleurs indépendants afin de permettre une progression du pouvoir d’achat annuel de 550 euros pour ceux ayant un revenu équivalent au niveau du SMIC. Les professionnels ainsi concernés sont les artisans, les commerçants, l’ensemble des professions libérales ainsi que les chefs d’exploitation ou d’entreprise agricole, soit 2,25 millions de personnes environ ». Il a été adopté à 237 voix pour.

    L’épineux dispositif d’intéressement en entreprise

    Les débats se sont éternisés sur ce troisième article qui vise principalement à favoriser l’intéressement (primes liées aux résultats de l’entreprise) dans les petites entreprises de moins de 50 salariés. Il a été voté en première lecture, par 288 voix contre 90, avant l’examen du projet de loi au Sénat.

    Le ministre du Travail Olivier Dussopt a loué un mécanisme de « simplification » et de « facilitation » pour le « partage de la valeur » au sein de l’entreprise. L’intéressement est « encore très peu mis en œuvre » dans les entreprises de moins de 50 salariés, a souligné la députée LREM Astrid Panosyan-Bouvet.

    Pour le développer, l’article permet un dispositif sur « décision unilatérale » des chefs de ces petites sociétés en l’absence d’institutions représentatives du personnel ou en cas d’échec des négociations, quand l’entreprise n’est pas couverte par un accord de branche agréé prévoyant un dispositif d’intéressement.

    De leur côté, les députés LFI, écologistes et communistes ont rejeté en bloc l’article en réclamant des augmentations de salaires plutôt que des primes.

    « C’est un leurre complet », un « subterfuge offert aux patrons pour éviter encore une fois toute hausse de salaire réelle », a pointé du doigt la LFI Aurélie Trouvé.

    Les articles 7, 8 et 9 : des articles pour les consommateurs

    Mardi 19 juillet à minuit, il restait 389 amendements à examiner sur ce projet de loi avec un calendrier qui risque d’être encore bousculé de par la lenteur des débats. Parmi ces textes, 3 articles ont pour vocation de protéger les consommateurs dont les expatriés utilisant des services français à l’international, ou leur voyage en France comme en cas de détention de biens sur le territoire national.

    « Se désengager en trois clics »

    Le premier de ces articles doit permettre « de résilier facilement un contrat conclu par voie électronique », c’est-à-dire sur internet et sur application mobile, « afin de ne pas le maintenir captif d’un opérateur économique ».

    Si on peut s’engager en trois clics, on doit pouvoir se désengager en trois clics »

    Olivia Grégoire, Ministre déléguée chargée des PME, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme

    La démarche est regardée favorablement par l’Union européenne et a déjà été mise en place en Allemagne.

    Début juillet, le géant américain Amazon s’est engagé à simplifier la procédure permettant le désabonnement de son offre « Prime », « suite à un dialogue avec la Commission européenne et les autorités nationales de protection des consommateurs », selon Bruxelles. Une démarche qui faisait suite à une plainte de plusieurs associations de consommateurs.

    « Alors que les parcours pour s’abonner sont souvent très simples, il doit en être de même pour le désabonnement »

    Le président de l’UFC-Que Choisir, Alain Bazot.

    L’article 8 du texte vise à obliger ceux proposant la souscription de contrats d’assurance par voie électronique, à prévoir une résiliation « selon cette même modalité de façon facile, directe et permanente ». Une mesure que le gouvernement, insistant sur le caractère d’urgence du texte de loi, espère faire entrer en vigueur au plus tard au 1er février 2023.

    Seuls les « contrats du quotidiens conclus en ligne » sont ciblés « car si on imposait cette résiliation par voie électronique à tous les contrats conclus à distance, cela pourrait obliger certaines entreprises, notamment TPE ou PME, à réaliser des investissements importants », comme la mise en place d’un site internet sur lequel résilier le contrat, détaille Olivia Grégoire.

    L’article 9 prévoit enfin d’alourdir les sanctions encourues en cas de pratique commerciale trompeuse ou abusive dès lors qu’elle est suivie de la conclusion d’un contrat.

    Lors de l’examen du texte en commission des Affaires économiques, ces mesures n’ont pas soulevé d’opposition majeure. Exception notable: les députés ont voté, contre l’avis d’élus LREM, des amendements de LR soutenus par LFI, pour supprimer une partie des frais de résiliation des contrats d’abonnement téléphonique ou internet.

    Si le gouvernement prévoit d’échanger sur ce sujet avec les parlementaires « pour voir quelle position leur convient », il craint que les opérateurs ne répercutent autrement les frais aux consommateurs, par exemple en faisant payer davantage le terminal téléphonique souvent fourni moins cher quand il est pris avec un abonnement.

    En commission, les députés avaient aussi voté des amendements similaires, des communistes, écologistes et du RN, pour sanctionner les banques qui manquent à leurs obligations légales de « rembourser immédiatement » des consommateurs victimes de fraudes.

  • Lutte contre les incendies : les pays européens se serrent les coudes

    Lutte contre les incendies : les pays européens se serrent les coudes

    L’Europe met en place de nombreux projets de recherche et de partage de méthodes pour améliorer la lutte contre les incendies qui devraient s’accentuer dans les années à venir.

    Le sud de l’Europe s’embrase. Ces derniers jours, plusieurs centaines d’incendies ont frappé l’Espagne, le Portugal, l’Italie ou la Grèce. Dans le Sud-ouest de la France, deux gigantesques incendies ont réduit en cendres quelque 15 000 hectares de forêt – plus que la surface de Paris intra-muros.

    Chaque année en Europe, près de 500 000 hectares disparaissent sous les flammes, essentiellement dans les pays méditerranéens. Partout, ces méga-incendies laissent derrière eux des terres détruites, des populations sinistrées et des puissances publiques à bout de force.

    « Ce qui se passe au Portugal ou en Grèce est la préfiguration de ce qui est susceptible de se passer en Europe du Nord. Les modèles sont très clairs depuis 10 ans, nous avons une extension des zones à risque vers le nord et en altitude » prévient Eric Maillé, ingénieur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

    Vue du mégafeu au Portugal ©AFP

    Culture du feu

    Afin de mieux prévenir, lutter, et encaisser ces incendies, l’Union européenne mise sur des transferts de pratiques. « Nous devons prendre ce qu’il y a de bon dans certains pays, certaines régions d’Europe et les partager » ajoute le scientifique qui travaille sur l’un de ces projets, Med-Star, impliquant le territoire maritime du sud-est français et italien.

    La culture du feu, par exemple, encore présente dans certaines régions transalpines ou au Portugal, manque cruellement à la France. « Les Italiens ont beaucoup travaillé sur les « firewise communities », ces communautés du feu, un concept canadien à l’origine. En Toscane, les communautés villageoises prennent collectivement des mesures pour se protéger, par exemple en débroussaillant » poursuit le chercheur. Une pratique – pourtant obligatoire dans les zones exposées -, encore difficile à imposer aux Français, dont l’approche reste très individualiste, dans l’autogestion du risque.

    À l’inverse, la France est performante sur l’information des usagers des espaces naturels (touristes, visiteurs). Une compétence des territoires, régions ou communautés de communes qui parviennent à faire passer les messages de prévention, l’un des leviers les plus importants selon Eric Maillé. 90 % des départs de feu sont d’origine humaine, dont la moitié liée à une négligence : un mégot jeté sur le bord de la route, un feu de camping mal éteint, une braise de barbecue qui s’échappe… « Il faut encore travailler sur la culture du risque, il y a une marge de progrès énorme » poursuit-il.

    Lutte et résilience

    Sur la lutte contre les feux, les pays transfrontaliers tentent d’améliorer les échanges d’informations et de méthodes, par exemple entre les salles opérationnelles et les postes de commandement. D’après le chercheur, les patrouilles aériennes françaises, capables de se déporter rapidement sur les zones d’alertes, pourraient être transférables en Italie.

    Des initiatives portées par Med-Star se focalisent également sur la résilience. Que se passe-t-il une fois l’incendie éteint ? « Les interventions ne sont pas toujours couronnées de succès, car c’est très compliqué d’intervenir sur des espaces brûlés, en tout cas dans les régions du Sud. Et si on laisse faire, la masse végétale très fine qui repousse peut s’embraser facilement. »

    Des travaux de recherche portent actuellement sur le transfert d’espèces végétales dans de nouveaux territoires. Comme le climat se déplace très vite, les plantes locales n’ont pas le temps de s’adapter. Des expérimentations ont lieu sur du chêne vert, une essence méditerranéenne particulièrement résiliente face aux incendies, que nous pourrions aider à s’installer dans les régions plus septentrionales.

    D’autres projets européens de recherche sont en cours, mobilisant des chercheurs, comme FIRE-RES, qui court de 2021 à 2025. 34 partenaires scientifiques dans de nombreux pays tentent de rendre les territoires plus résilients aux feux extrêmes.

    Dernièrement, le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), en collaboration avec l’Université d’Evora (projet CILIFO) a réalisé plusieurs simulations numériques afin de comprendre l’apparition des incendies de 2017 ayant fait plus de cent morts au Portugal. De son côté, l’Inrae développe un système de prévision grâce à des images satellites en Europe du Sud.

    Harmonisation

    Selon les chercheurs de l’Inrae qui se sont réunis fin juin à l’occasion d’une table ronde sur le sujet, les politiques de prévention et de lutte ont démontré une grande efficacité ces dernières décennies. À tel point que les surfaces brûlées ont diminué. « En France, on est passé de 45 000 hectares par an dans les années 70-80 à 11-12 000 hectares depuis 2006 », explique Jean-Luc Dupuy, Directeur de recherche à l’Inrae.

    Avec la hausse des températures globales et la baisse des précipitations, nous sommes entrés dans une nouvelle séquence. La végétation est plus sèche, les incendies battent des records sur le plan de la vitesse de propagation, de l’intensité, de l’impact.

    « D’après les projections faites à partir des scénarios climatiques du GIEC, les surfaces pourraient augmenter d’un facteur deux à trois d’ici la fin du siècle en Europe du Sud, la zone à risque va s’étendre vers le nord de l’Europe et en altitude », annonce Jean-Luc Dupuy. Ces trente dernières années aux Etats-Unis, les feux sont montés de 252 mètres en moyenne, étendant ainsi la surface forestière vulnérable de 11%.

    Dans ce contexte, les services de luttes auront du mal à tenir, d’où la volonté européenne de miser sur la prévention et la résilience.

    D’autant que, pour Eric Maillé, nous sommes arrivés au bout de nos moyens aériens en France. « On ne va pas investir dans des centaines de Canadairs. Ils ne servent que quelques jours par an, leur coût de revient est très élevé. Nous avons besoin d’une force d’action plus européenne, il faut harmoniser nos moyens pour pouvoir intervenir simultanément sur les différents théâtres. »

  • Télétravail : les frontaliers se mobilisent

    Télétravail : les frontaliers se mobilisent

    La fin du télétravail illimité est au centre des discussions dans les entreprises des pays frontaliers de la France. Si les Belges n’ont désormais droit qu’à 34 jours de télétravail par an, ceux résidant en France à 29 jours, et les Allemands à 19 jours, une pétition, originaire du Luxembourg, propose de remettre les choses à plat avec un télétravail à deux jours par semaine pour tous, quel que soit le pays de l’Union européenne.

    Retour au régime spécifique au pays

    Si pendant la pandémie, les règles européennes ont été mises de côté, permettant à tous les salariés de n’importe quelle entreprise de tout pays de travailler depuis son domicile, et ce où qu’il soit dans l’Union européenne, ce n’est plus le cas depuis le 30 juin 2022. En effet, depuis début juillet, c’est le retour au régime proposé à chaque pays. Une période transitoire, accompagnée d’une tolérance administrative, a néanmoins été mise en place concernant l’affiliation à la sécurité sociale, du 1er juillet jusqu’au 31 décembre 2022.

    Le régime européen

    Cependant il existe un socle de règles européennes que certains frontaliers voudraient voir appliquer à tous, et ce sans restrictions.

    Ainsi, pour l’Union européenne, les salariés ne doivent pas travailler plus de 25 % de leur temps de travail annuel en dehors du pays d’attache de la société. Cela représente une cinquantaine de jours par an. Si vous dépassez ces 25 %, vous ne serez plus affilié à la sécurité sociale du pays de votre employeur (maladie, famille, retraite, etc.).

    En tant que frontalier, si vous dépassez ce seuil de 25 %, vous serez affilié dans votre pays de résidence pour votre sécurité sociale et vous devrez payer vos cotisations sociales dans votre pays.

    C’est donc ce régime plus généreux que ceux instaurés par les différents pays que les travailleurs frontaliers voudraient voir se généraliser.

    ©Stockadobe

    Le cas luxembourgeois

    Au Luxembourg, de par sa situation géographique et la sociologie de ses emplois, les travailleurs frontaliers sont particulièrement nombreux, proportionnellement à la masse salariale totale du pays, et sont donc particulièrement touchés par les conséquences du retour au régime spécifique de chaque Etat membre de l’Union européenne.

    C’est donc logiquement dans le Grand-Duché que la mobilisation a pris en premier. Et elle est forte. En effet, la constitution luxembourgeoise permet une fois 4500 signatures de résidents recueillies de lancer un débat national et public.

    Et la pétition demandant deux jours de télétravail pour tous a dépassé les 4.500 signatures nécessaires à un débat public en moins de 24 heures. Un record pour le Luxembourg. Mais ce débat n’entrainera pas forcément une loi et n’aura pas d’impact sur ses voisins. Cependant vu l’ampleur du phénomène qui essaime dans tous les pays européens, le Grand-Duché devrait mettre ce sujet sur la table du Conseil européen dans les prochains mois.

    «Les limitations fiscales et de sécurité sociale de l’ancien monde doivent être revues à la hausse. Cela permettrait de retirer le meilleur des deux mondes en développant un mode de travail hybride plus respectueux de l’environnement, tout en maintenant la dynamique positive des interactions sociales en entreprise et en améliorant le pouvoir d’achat des ménages compte tenu de la hausse des coûts du carburant.»

    Une pétitionnaire dont le commentaire fut publié dans Paperjam

    Le temps presse, la période transitoire pour la sécurité sociale se finissant à la fin de l’année, les régimes fiscaux sont déjà rétablis, les Européens concernés, dont de nombreux expatriés français, attendent une réponse rapide, simple et efficace. Mais encore faudra-t-il que le parlement européen suive, ce qui n’est pas évident…

  • Ukraine : un ancien espion décrypte les limogeages de proches de Zelensky

    Ukraine : un ancien espion décrypte les limogeages de proches de Zelensky

    Surprise sur le front ukrainien ! Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé la procureure générale et le chef des services de sécurité du pays en raison de soupçons de trahison de certains de leurs subordonnés au profit de l’envahisseur russe. « J’ai pris la décision de relever de leurs fonctions la procureure générale » Iryna Venediktova, « et le chef des services de sécurité » Ivan Bakanov, a déclaré solennellement Volodymyr Zelensky dimanche soir. C’est une décision aussi radicale que surprenante d’autant plus qu’Ivan Bakanov, placé à la tête des renseignements, n’est autre que l’ami d’enfance du président ukrainien.  

    TV5Monde a interviewé Sergueï Jirnov, ancien espion. Il explique les raisons du limogeage de 2 proches du président ukrainien, accusés d’espionnage.

    Regardez l’interview sur TV5MONDE

  • L’Europe, le nouvel eldorado des licornes

    L’Europe, le nouvel eldorado des licornes

    Au moment où le Président Emmanuel Macron vantait la capacité du pays à attirer des entreprises de haute technologie lors du Forum à Versailles, « Choose France », des économistes s’interrogeaient sur les conséquences des chocs économiques en cours sur les start-up européennes. Lors des deux précédentes grandes crises, l’éclatement de la bulle Internet et la crise financière de 2008, l’Europe a connu une forte régression de son secteur de pointe quand les États-Unis ont fait preuve de résilience. Les moteurs de recherche européens nés au tournant du siècle ont été nombreux à disparaître tout comme des entreprises de fabrication de téléphones comme Nokia. Même si la fintech suédoise, Klarna, spécialisée dans l’affacturage en ligne est en difficulté, les start-up européennes et leurs capital-risqueurs semblent plus solides que par le passé.

    Elles seraient moins dépendantes du savoir-faire et des capitaux extra-européens. Ayant connu des valorisations moins importantes et ayant moins fait appel au financement par les actions que leurs concurrentes américaines, elles seraient moins exposées au retournement des marchés financiers.

    L’Europe compte désormais près de 150 licornes

    Les Européens ont découvert récemment les vertus du capital-risque dont pourraient bénéficier les start-up. En 2021, pour la première fois, les investissements en capital-risque sur le vieux continent ont dépassé 100 milliards d’euros en une seule année. L’Europe compte désormais près de 150 licornes dont la capitalisation dépasse un milliard de dollars, soit environ 13 % du total mondial. Bien que l’écosystème technologique européen ne représente encore qu’environ un tiers de la taille de l’écosystème américain en termes d’investissements en capital-risque, sa taille a plus que doublé depuis 2020.

    Cette arrivée de capitaux dans le secteur des technologies et de l’information est avant tout un rattrapage, l’Europe ayant accumulé un retard important vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.

    En 2021, les investisseurs américains ont apporté pour plus de 100 milliards d’euros de capitaux aux start-up européennes mais dans le même temps ces dernières ont pu compter sur des financeurs européens, ce qui constitue un réel changement par rapport à la situation des années 2010.

    Les start-up et les licornes européennes bénéficient de l’expérience croissante de leurs dirigeants qui sont de plus en plus nombreux à avoir occupé des postes de direction dans plusieurs entreprises technologiques. Le secteur est en voie de professionnalisation. Les investisseurs sont de ce fait de plus en plus enclins à financer des start-up européennes.

    Créer le « bloc opératoire sans frontière »

    Les projets de plus en plus concrets proposés retiennent leur attention. Ainsi, figure dans les entreprises qui ont bénéficié d’apports importants, Proximie, une start-up du secteur de la santé qui utilise la réalité augmentée pour permettre aux médecins de surveiller à distance une opération. Cette entreprise a pour objectif de de créer le « bloc opératoire sans frontière ».

    Il en est de même pour TravelPerk, un site de gestion de voyages d’affaires basé à Barcelone qui vise à faciliter les connexions humaines entre les travailleurs à distance, en proposant des outils pour organiser des réunions d’équipe réelles.

    L’entreprise BlaBlaCar est également regardée avec attention par les fonds de capital-risque. Cette société qui a commencé comme un service français pour organiser des trajets en voiture partagée entre les villes, vise désormais à devenir une plateforme multimodale de dimension mondiale qui agrège la demande de bus et de trains.

    Longtemps, en Europe, l’industrie a été le parent pauvre des capital-risqueurs. Avec la transition énergétique, ce secteur connait un regain d’intérêt. Par ailleurs, même les petites structures à forte capacité d’innovation sont regardées de près par les investisseurs. Le nombre de « business angels », des entrepreneurs prospères qui réinjectent une partie de leur richesse dans d’autres start-up, est également en augmentation. Certains créent leurs propres fonds de capital-risque. Le 28 juin, Taavet Hinrikus, co-fondateur de Wise, un service de paiements internationaux, et trois autres entrepreneurs européens, ont lancé Plural, un fonds de 250 millions d’euros.

    Emmanuel Macron lors du Forum de Versailles « Choose France »

    Les licornes européennes ont levé des sommes équivalentes à celles des États-Unis

    En 2021, preuve d’un rapport de force moins défavorable que par le passé, les licornes européennes ont levé des sommes équivalentes à celles des États-Unis, respectivement 378 millions de dollars et 392 millions de dollars. Les start-up matures en Europe, quant à elles, sont moins concentrées géographiquement que leurs homologues américaines, à la fois en termes de marchés et de soutiens au capital-risque. Les marchés intérieurs et les réservoirs de talents européens étant limités, les entreprises se développent rapidement à l’étranger.

    Si dans le passé, les frontières et les langues différentes constituaient un handicap pour les start-up européennes, ces dernières arrivent depuis à en faire une force. Veriff, un service estonien d’identification en ligne, a récemment ouvert un site à Barcelone car il ne pouvait pas embaucher suffisamment d’ingénieurs à Tallinn. Pour se développer, l’application lithuanienne Vinted créée en 2008 a dû s’implanter dès 2008 en Allemagne, en 2010 aux États-Unis et en 2013 en France.

    La diversité des start-up européennes est également un facteur favorable en période de crise

    80 % des entreprises technologiques européennes ont une présence internationale, contre 61 % des entreprises basées dans la Silicon Valley. Seule une entreprise européenne sur cinq a un bureau sur son seul territoire d’origine et un peu plus de la moitié sont présentes dans trois pays ou plus. Dans la Silicon Valley, ces ratios sont inversés. En temps de crise, une telle diversification est un atout.

    La diversité des start-up européennes est également un facteur favorable en période de crise. Selon la classification utilisée par le Crédit Suisse, les entreprises sujettes à la récession telles que les services aux consommateurs sont moins répandues qu’aux États-Unis. Un tiers des licornes européennes opèrent dans la fintech, fournissant souvent des services de paiement à d’autres entreprises, grâce à la réglementation financière plus ouverte de l’Union européenne.

    Ce contexte favorable en Europe explique la progression du nombre de licornes. Lors du premier semestre 2022, 42 start-up sont devenues des licornes, contre 37 créées à la même période en 2021.

  • Vos « 14 juillet » dans le monde

    Vos « 14 juillet » dans le monde

    Cette année, post-Covid, a signé le retour des festivités du 14 juillet dans le monde, comme à Paris. Mais les restrictions budgétaires ont tout de même dans de nombreux postes consulaires contraint les administrations locales à faire un service minimum.

    Sans qu’elle soit exhaustive, notre rédaction a fait une sélection de quelques fêtes et cérémonies organisées à travers le monde.

    Australie

    Le Bastille Day 2022 a repris ses quartiers à Melbourne pour 4 jours de célébration, en ligne et au Fed Square. Après la fête jeudi, ce week-end s’était le Fed Square qui accueillait les Français et francophiles avec notamment des concerts live, un marché de producteurs, avec des pâtisseries, du fromage, des crêpes, il y en en avait pour tous les goûts !

    Bastille Day à Melbourne ©Elodie Quinceux

    Belgique

    A Bruxelles, la tradition avait été prise par la communauté française de se retrouver dans un bâtiment historique de la capitale européenne, le fameux Palais des Beaux-Arts renommé Bozar. Mais l’arrivée du nouvel ambassadeur M. François Sénémaud, l’ancien grand patron des services secrets français (DGSE), coïncide avec la mise au régime des services consulaires. Ainsi, alors que le plat pays accueille une des plus grandes communautés de Français à l’étranger (350 000 selon les autorités belges), cette année, pas de grande fête mais une petite cérémonie aux invités restreints.

    François Sénémaud lors de son discours en présence du député réélu Pieyre-Alexandre Anglade ©Georges-Francis Seingry

    Mais le dynamisme des Français de Belgique a pris le relais. A Liège, ce fut le retour du feu d’artifice et du Village gaulois organisés par la Chambre de Commerce franco-wallone, les amitiés franco-belges et la ville de Liège. Plusieurs milliers de Français et de Belges se sont retrouvés sur les berges de la Meuse pour participer aux célébrations.

    David Dannevoye lors de la cérémonie à Namur le 13 juillet 2022 ©David Dannevoye

    Tandis qu’à Namur, c’est la veille qu’un « feu » fut tiré. Il était précédé d’une cérémonie menée par le Consul honoraire David Dannevoye et d’un dîner avec les élus consulaires. Enfin à Bruxelles, c’est l’Union des Français de Belgique, administrée par notre rédacteur en chef Fabien Ferasson de Quental, qui a convié les Français et francophiles présents dans la région-capitale à un barbecue géant, dans un célèbre club local où on pouvait, d’ailleurs, rencontrer les élus consulaires NUPES, Renaissance, Horizons et LR, ainsi que des députés et conseillers communaux belges.

    Vue du barbecue organisé par l’Union des Français de Belgique ©Céline Doeuvre

    Brésil

    Au Brésil, les missions diplomatiques furent plus actives. Et en particulier à Sao Paulo, où la réception fut placée sous le signe du bicentenaire de la présence française dans la région sud avec la présentation d’un livre dédié à cet évènement liant nos deux nations.

    Cérémonie à Sao Paulo © Bertrand Dupont – Conseiller des Français de Sao Paulo

    Burkina Faso

    En Afrique, le temps passe, les relations évoluent entre la France et les pays africains, le Burkina Faso dont les liens avec notre pays remontent en 1896 n’échappe pas à la règle. L’ambassade de France sur place a organisé une soirée où furent conviés tous nos compatriotes et les élites locales. La célébration fut marquée par le discours de M. l’ambassadeur Luc Hallade qui réitérait la compassion et l’engagement du peuple français auprès du Burkina Faso dans les difficultés qu’il traverse.

    L’ambassadeur Luc Hallade avec Miss Burkina Faso 2021 Flora Ouedraogo ©Miss Burkina Faso 2021 Flora Ouedraogo

    Canada

    Le lien franco-canadien ne faiblit pas ! A Toronto, Montréal et bien sûr dans les îles françaises de St Pierre et Miquelon, le 14 juillet a été célébré avec sobriété mais avec passion. Et c’est du côté de la frontière avec les USA que comme chaque année les petits plats ont été mis dans les grands, avec la mise en lumière des chutes du Niagara aux couleurs françaises.

    Chutes du Niagara aux couleurs françaises ce 14 juillet 2022 © Référent Renaissance/LREM en Amérique du Nord

    Djibouti

    Dans l’ancien port français, c’est le devoir de mémoire qui a prévalu lors de la cérémonie du 14 juillet 2022.

    Après la montée des couleurs et le rappel des anciens combattants décédés en 2022, l’Ambassadeur de France a remercié le travail d’équipe accompli par le Ministère de la Défense djiboutien, l’ONAC et les services de l’Ambassade pour l’indéfectible soutien apporté aux anciens combattants ainsi qu’à leurs veuves. Il a également souligné l’implication du monde associatif djiboutien au contact des ayants droit.

    Marquant un effort conjoint de devoir de mémoire, l’Ambassadeur de France a également remis aux autorités présentes les rapports de mission de Stéphane Pannoux, maître de conférences en Histoire et Présidente de l’Association In Memoriam, qui a effectué une mission d’expertise et de recherche en mars 2022 portant sur le cimetière marin d’Obock et de Gabode, et impliquant la jeunesse à travers les établissements scolaires.

    L’Ambassadeur de France à Djibouti lors de la cérémonie du 14 juillet 2022

    Espagne

    En Espagne, l’ambassade a repris le format traditionnel en ouvrant aux Français le jardin de la résidence pour accueillir une fête conviviale et simple à laquelle ont participé plus de 300 de nos compatriotes ainsi que les élus consulaires comme Gaëlle Lecomte, conseillère des Français d’Espagne.

    Vue d’une partie des invités réunis dans le jardin de l’Ambassade de France à Madrid ©Gaëlle Lecomte

    Géorgie

    Après une pause pandémique de deux ans, une réception traditionnelle consacrée à la célébration de la fête nationale française a été organisée par l’ambassade de France à Tbilissi.

    De nombreuses personnalités géorgiennes, françaises, comme le sénateur Christophe Frassa, et internationales, ont assisté à la fête, dont le Premier Ministre de la Géorgie, M. Irakli Garibashvili et des membres du gouvernement. Diplomates, hommes politiques, universitaires, représentants de la société civile, des milieux d’affaires et de la communauté française en Géorgie, ainsi que fidèles partenaires de l’ambassade, sont venus partager ce moment de convivialité dans une ambiance festive.

    Photo des personnalités politiques à l’Ambassade de France à Tbilissi © Ambassade de France à Tbilissi

    Liban

    Au Liban, entre l’insécurité, le respect dû à la population en pleine crise économique sans précédent et les restrictions budgétaires françaises, la célébration du 14 juillet s’est résumée à une réception à la Résidence des Pins. Madame Anne GRILLO, l’ambassadrice de France au Liban, a reçu les élus consulaires du pays et des des personnalités des affaires culturelles comme éducatives dans les jardins du bâtiment.

    Photo de Mme l’ambassadrice et des élus consulaires le 14 juillet 2022 © Ghassan Ayoub 

    USA

    Sur le pays continent, les festivités furent nombreuses ! De Los Angeles à Washington D.C, les associations étaient le plus souvent à la manoeuvre. Cette année, on fait un zoom sur le Bastille Day organisé par l’UFE à Miami. Cette fête ouverte à tous les Français et Amis de la France a été comme d’habitude sponsorisée par l’association de Français de la ville.

    Plus de 1000 personnes dont une grande majorité de nos compatriotes ont participé à cette soirée qualifiée par tous de grande réussite.

    Soirée du 14 juillet de l’UFE à Miami ©UFE MIAMI

  • L’agression russe fait plonger l’euro et les prévisions de croissance de l’UE

    L’agression russe fait plonger l’euro et les prévisions de croissance de l’UE

    La hausse des prix de l’énergie a fait chuter l’euro jusqu’à la parité avec le dollar américain ces derniers jours, tandis que les inquiétudes concernant l’approvisionnement en énergie ont contraint la Commission européenne à revoir sensiblement à la baisse ses prévisions de croissance.

    Alors que la Commission maintient ses prévisions de croissance du PIB de l’UE à 2,7 % pour 2022, elle s’attend à présent à une croissance de seulement 1,5 % en 2023, contre une précédente prévision de 2,3 %.

    «  La guerre de la Russie contre l’Ukraine continue de jeter une ombre sur l’Europe et notre économie. Nous sommes confrontés à des défis sur de multiples fronts allant de la hausse des prix de l’énergie à des perspectives mondiales très incertaines  », a déclaré le vice-président exécutif de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis.

    La situation pourrait empirer

    Les incertitudes entourant l’évolution de la guerre imposent de considérer les projections de croissance avec prudence.

    «  L’évolution de la guerre et la sûreté de l’approvisionnement en gaz étant inconnues, ces prévisions sont marquées par une forte incertitude et des risques de dégradation  », a déclaré le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni.

    Ces risques de baisse ont également été enregistrés par les marchés financiers, comme en témoigne la brève parité de l’euro avec le dollar américain observée cette semaine (13 juillet).

    Si la symbolique est plus signifiante que la substance même de cette parité, l’ampleur de la chute de l’euro reste importante et inquiétante : – 11,8% depuis le début de l’année.

    Cette chute est presque équivalente aux baisses observées en 2015, année où la Banque centrale européenne (BCE) a dû mettre en place des mesures de relance importantes.

    En outre, la baisse de valeur de l’euro n’a peut-être pas encore atteint sont point le plus bas.

    Moscou va-t-il interrompre les livraisons de gaz  ?

    « Nous voyons la possibilité d’un mouvement jusqu’à 0,97 dollar et peut-être même 0,95 dollar  », a déclaré Olivier Konzeoue, directeur de l’équipe des devises chez le gestionnaire d’actifs UBP, en notant l’implication de la crise énergétique pour l’économie européenne.

    «  Fondamentalement, nous savons que tout tourne autour de la Russie  », a-t-il ajouté.

    La dernière baisse de l’euro est intervenue après que les flux de gaz passant par le gazoduc russe Nordstream 1 ont été interrompus pendant 10 jours pour des travaux de maintenance.

    Mais si Moscou prolonge cette interruption, l’Allemagne — qui a déjà entamé la deuxième phase d’un plan d’urgence pour le gaz à trois niveaux — pourrait être contrainte de rationner le carburant.

    «  Si le gazoduc fermé pendant 10 jours ne rouvre pas et que nous subissons davantage de rationnement du gaz, dans cette situation, nous risquons de ne pas avoir connu les niveaux les plus bas de l’euro », a déclaré Christian Keller, responsable de la recherche économique chez Barclays.

    L’Union européenne se prépare également à une chute de l’approvisionnement gazier russe, en témoigne un document de la Commission ayant fuité et sur lequel EURACTIV a mis la main.

    Ainsi, certains analystes s’attendent à une chute à 0,90 dollar si l’approvisionnement en gaz est encore perturbé davantage.

    Une position inconfortable pour la BCE

    Ces mesures mettent la BCE dans l’embarras. Elle devrait relever ses taux d’intérêt la semaine prochaine pour la première fois depuis 2011 afin de lutter contre l’inflation qui atteint un niveau record. L’exécutif européen prévoit que l’inflation annuelle pour 2022 atteindra 7,6 % dans la zone euro et 8,3 % dans l’Union européenne.

    La fragilité de la monnaie exacerbe le problème de l’inflation. Cependant, la BCE ne peut se risquer à un durcissement radical de sa politique, qui risquerait de faire reculer la croissance économique.

    Les effets de la flambée des coûts de l’énergie se font déjà sentir. L’Allemagne vient de déclarer son premier déficit commercial depuis 1991 et l’attitude du marché est tombée en dessous des niveaux observés lorsque la pandémie de coronavirus a débuté en 2020.

    Une analyse réalisée par BNP Paribas sur les performances des monnaies en cas de flambée des prix de l’énergie montre que l’euro est plus affecté que les autres monnaies des pays développés par les chocs des prix du gaz, avec une baisse moyenne de 4,5 % dans ces périodes.

    JP Morgan a noté que la zone euro est déjà confrontée à des flambées «  paraboliques  » des prix du gaz, les approvisionnements ayant chuté de 53 % en juin. L’Allemagne, grande puissance industrielle, a connu une baisse de 60 % de son approvisionnement.

    Elle a ramené son objectif euro-dollar à 0,95 dollar, « ce qui montre que le marché sera de plus en plus disposé à prendre en compte une probabilité accrue de hausse  ».

    Dans le pire des cas, l’euro-dollar pourrait atteindre 0,90 dollar, selon JP Morgan, qui cite les prévisions de la Bundesbank annonçant une baisse de 6 % du PIB allemand la première année en cas d’arrêt complet de l’approvisionnement.

    Solidarité et indépendance

    Jordan Rochester, de la société Nomura, estime que l’euro pourrait tomber à 0,95 dollar d’ici la fin du mois d’août, mais dans un scénario où les stocks de gaz ne seraient pas réapprovisionnés avant l’hiver, il pourrait glisser à 0,90 dollar.

    De même, les analystes de Citi prévoient qu’un arrêt de l’approvisionnement russe fera grimper les prix du gaz bien au-delà des niveaux actuels d’environ 170 euros par mégawattheure.

    L’euro tombera à 0,98 dollar si le gaz atteint 200 euros, tandis qu’à 250 euros, il se négocierait en dessous de 0,95 dollar, ont-ils expliqué à leurs clients.

    Face aux défis à venir, les commissaires européens M. Gentiloni et M. Dombrovskis ont appelé à la solidarité et à la réduction de la dépendance de l’UE vis-à-vis des combustibles fossiles russes.

  • Un traité mondial contre la traite mondiale

    Un traité mondial contre la traite mondiale

    Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, veut expulser les étrangers condamnés pour crime grave. Cela nécessite une profonde réforme du droit, voire du droit international. Au-delà, la France pourrait-elle prendre l’initiative d’une réforme profonde du droit des étrangers au niveau européen, premier pas vers un droit international plus réaliste quant aux défis migratoires ? 

    Juin 2022. Après neuf jours en mer, 61 migrants maliens ont été secourus par les garde-côtes libyens ; 22 étaient déjà morts. Aux États-Unis, 53 migrants ont étouffé dans un camion franchissant la frontière mexicaine. Au Maroc, 23 personnes étaient tuées, 140 policiers blessés dans l’assaut par 2000 migrants de la barrière de Melilla. En France, dix passeurs d’un réseau afghan et pakistanais ont été inculpés : il y a sept mois, 27 migrants se noyaient dans la Manche. Un réseau international de 39 passeurs, d’Irak, d’Afghanistan, d’Erythrée, a été démantelé. Le Royaume-Uni entend sous-traiter l’examen de ses demandes d’asile au Rwanda, tandis que l’UE a conclu avec la Turquie un accord pour retenir les réfugiés syriens, et que l’Italie fait de même avec la Lybie.

    Des conditions qui s’apparentent à l’esclavage 

    Selon le représentant du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations-Unies, 123.300 personnes ont traversé la Méditerranée en 2021. On en dénombrait 1 million en 2015 (3771 d’entre eux ont péri en mer). La pandémie a renforcé la gestion des frontières, les traversées sont plus dangereuses : 3231 disparus ont été recensés en 2021. On ignore leur nombre au Sahara. Les migrants viennent d’Éthiopie, du Soudan, de Somalie, d’Érythrée ; ils sont soumis à toutes les violences, vivent dans des conditions qui s’apparentent à l’esclavage. Dans les pays du Golfe, 10.000 travailleurs immigrés légaux d’Asie du sud mourraient chaque année en Arabie, au Qatar, à Oman et à Bahreïn.

    200 Haïtiens qui comptaient gagner les États-Unis se sont échoués sur la côte de Cuba. Un premier bateau comptait 292 migrants ; en mai, ils étaient 800. Les Cubains, eux, échouent au Honduras. Les Honduriens, victimes de gangs mexicains, forment des caravanes de migrants pour se défendre, repoussées par l’armée.

    Au Sommet des Amériques, tous les États présents (sauf Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, non invités par les États-Unis) ont signé la « Déclaration de Los Angeles » qui rappelle les droits des migrants, notamment le principe du non-refoulement, et appelle à la coopération entre États pour lutter contre les réseaux, une « industrie criminelle qui brasse plusieurs milliards de dollars » selon Joe Biden. Les réseaux de passeurs étant liés aux réseaux criminels, les effets de cet accord connaitront autant de succès que la lutte contre le trafic de drogue…

    Une industrie criminelle qui brasse des milliards de dollars

    En Europe, tandis que cinq millions d’Ukrainiens fuient leur pays, la Pologne construit un mur à sa frontière avec la Biélorussie, qui utilisait les réfugiés syriens pour faire pression sur elle. Tout comme la Turquie le fait avec la Grèce et l’Union européenne. La Turquie a ainsi obtenu quelques milliards, tandis que le Rwanda attend quelques millions du Royaume-Uni.

    La question des migrations est devant nous. Aucun sommet, aucune organisation internationale, aucun principe de droit international n’y répond. Le Sommet des Amériques rappelle le principe, universel, du non-refoulement ? « Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Selon le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR), la plupart des pays développés, y compris en Europe, tentent d’y échapper. Le principe du non-refoulement aboutit à ce que l’on refoule avant, le plus en amont possible. 

    Construire les murs les plus hauts possibles qui, une fois franchis, seraient protecteurs de tout retour en arrière

    C’est au mépris de ce principe – ou en partie à cause de lui – que les barrières de Melilla sont prises d’assaut. D’un côté, les migrants pensent, non sans raison, que s’ils posent le pied dans un pays qui respecte les droits des réfugiés (même sans avoir le statut de réfugié, dans l’attente de l’examen de leur situation), ils ont les plus grandes chances d’y rester. De l’autre côté, les États mettent tout en œuvre pour que ces migrants ne parviennent surtout pas à franchir leurs frontières. Comme si la politique revenait à construire les murs les plus hauts possibles qui, une fois franchis, seraient protecteurs de tout retour en arrière, et ce grâce… aux lois. 

    Quand les États-Unis commencèrent à construire un mur, l’Europe se scandalisa. Puis on dressa des murs en Europe. Quand on vit les boat people en Méditerranée, on s’émut. Puis on renforça les patrouilles pour les repousser dans les eaux libyennes.

    Personne n’ose interroger les principes et leurs jurisprudences, on préfère les bafouer 

    Comme on est impuissant à arrêter les trafiquants de la nouvelle traite humaine, on accepte les murs, ce qui explique l’existence des passeurs. Comme personne n’ose interroger les principes et leurs jurisprudences, on préfère les bafouer. Est-il impossible de concilier le droit et le contrôle des flux migratoires ? 

    Définir des règles d’application du principe du non-refoulement, les droits des migrants, le droit des États d’accepter ou non sur leur sol est une nécessité. Ni l’Europe ni les États-Unis ne peuvent prétendre promouvoir l’état de droit et l’universalité des droits de l’Homme sans le démontrer à leurs frontières. Ils ne peuvent pas non plus renoncer à contrôler les migrations ; aucun pays ne le peut. 

    Établir comme principe que toute immigration illégale – sauf exception – restera illégale pourrait être le moyen d’éviter les traversées mortifères. Les immigrés qui ont pris d’assaut les murs de Melilla ont payé les passeurs qui coordonnaient la manœuvre. Au prix de la mort. Ils ne l’auraient pas fait s’ils avaient eu la certitude qu’une fois les barrières franchies, ils auraient été expulsés. Qui paie un billet d’avion avec la certitude d’être refoulé ? Qui paiera un passeur si une présence illégale vaut expulsion et non installation ?

    Il existe bien une autre éventualité : accueillir sur le territoire national celles et ceux qui veulent y venir. Impossible. Avec bientôt 2.5 milliards d’habitants en Afrique, les drames du Moyen-Orient, les pressions de l’Asie, on imagine mal les populations européennes ouvrir en grand les portes… ne serait-ce que parce que cela remettrait en cause le système de protection sociale.

    Il est souhaitable, en revanche, d’organiser l’accueil des immigrés légaux : sans possibilité d’immigration légale, quelle autre voie que l’immigration illégale ? Renforcer le traitement des demandes dans les pays de départ, établir un circuit d’accueil revient à inverser ce qui est fait aujourd’hui : orienter vers la clandestinité et la prise en charge par des réseaux parallèles. Israël a démontré (avec l’immigration russe) que l’on pouvait accueillir de nouveaux arrivants avec beaucoup d’efforts, notamment en matière de formation, avec un suivi personnel. Les résultats sont impressionnants. Lorsque l’Institut national d’études démographiques (INED) révèle qu’un tiers de la population française a un grand-parent immigré, elle démontre que la culture dominante intègre les arrivants. 

    L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), recense 281 millions de migrants en 2020, soit 3.6% de la population mondiale. Parmi eux, 35 millions de réfugiés précise le HCR. Ce même HCR estime que « la population déracinée totale dépasse actuellement 100 millions de personnes ». 

    Mépris du droit, mépris du réel, mépris des gens

    Aujourd’hui le monde vit dans la déchirure des hypocrisies, les principes correspondent d’autant moins aux réalités qu’ils ne sont pas respectés. Le pacte de Marrakech fut adopté en 2018 – bien qu’une quarantaine de pays ne le signèrent pas – parce qu’il n’était pas contraignant. Cela permet d’affirmer des principes, et de les contourner. Mépris du droit, mépris du réel, mépris des gens. 

    La France peut prendre une initiative pour que le droit soit respectable, respecté, réaliste. Et l’Europe établir des règles communes sur le droit d’asile et le droit des migrants plus rigoureuses mais plus respectueuses des faits, du droit, des gens.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

  • En route pour la rentrée scolaire !

    En route pour la rentrée scolaire !

    L’année scolaire à peine terminée, l’AEFE se prépare déjà pour la prochaine. Entre les nouvelles homologations, le nouveau décret régissant le statut de professeur et les grands évènements, l’année s’annonce bien remplie. 

    L’année scolaire qui vient de se clôturer a été marquée par les tensions entre les professeurs et l’AEFE. Les syndicats ont initié de nombreuses grèves, afin de dénoncer par exemple la fin des “faux résidents” ou encore les différends lors de la rédaction du décret réglementant les statuts des professeurs. La publication du nouveau décret le 16 juin dernier a permis d’embaucher massivement pour septembre prochain, mais seulement une quarantaine d’enseignants ont signé un contrat défini par celui-ci. Mais ce nombre est voué à s’accroître l’année prochaine. 

    Cap 2030, un objectif toujours en ligne de mire

    La volonté du président de la République de doubler les effectifs d’élèves dans le réseau d’enseignement français à l’étranger est toujours d’actualité. Si pour l’heure, ce nombre n’a pas beaucoup augmenté, cela est fortement dû à la pandémie. Cependant, comme le relate l’AEFE, le réseau n’a pas non plus perdu d’étudiants durant cette période. 

    Par ailleurs, pour atteindre cette ambition présidentielle, l’Agence cherche à approuver de nouvelles homologations et extensions d’homologations, en mettant le focus sur les écoles maternelles. Effectivement, selon l’AEFE, en accueillant de nouveaux élèves en bas âge, une confiance s’installe d’emblée entre les familles et les établissements français. De cette manière, ils ont plus de chance que ces élèves poursuivent leur scolarité dans le réseau français. De plus, lorsque des établissements ont leur classes de maternelle qui sont homologuées par l’AEFE, ils cherchent d’autant plus à étendre leur homologation aux autres degrés. 

    Pour septembre prochain, dix-sept nouvelles homologations et une quarantaine d’extensions d’homologations ont été signées. 

    Visite du président de l’AEFE au Lycée Français de Bangkok en 2022 ©Lycée Français de Bangkok

    Les grands évènements de l’année 2022-2023

    “L’approche aux médias”, le fil rouge de l’année scolaire

    Comme chaque année, l’équipe chargée de la pédagogie de l’AEFE choisit un fil rouge pour l’ensemble de ses établissements pour l’année scolaire. Pour l’année 2022-2023 elle a porté sa préférence sur “l’approche aux médias”. Ainsi, différents évènements prévus pour l’année seront organisés autour de cette problématique. Nous pensons notamment à la Semaine des lycées français du monde qui se déroulera aux alentours de fin novembre – début décembre ; à la semaine de la presse et des médias en mars ; ou encore à la résidence prévue pour le personnel de l’Agence en avril. Tant de rencontres planifiées pour sensibiliser et former les élèves et les professeurs sur l’éducation aux médias. 

    Des évènements mondiaux 

    Plusieurs dates sont également à retenir pour leur aspect international. En effet, l’Agence apprécie organiser “des évènements pour faire se rencontrer les élèves du monde entier et tisser des liens entre eux”. 

    Les ambassadeurs en herbe pourront ainsi de nouveau s’affronter lors de joutes oratoires tout au long de l’année, avec une grande finale dans une capitale du monde. Cette année, l’AEFE a choisi la mer et les océans comme thème de ce grand concours d’éloquence. 

    L’orchestre des lycées français du monde va également continuer de vivre cette année. Ici, l’idée est de faire travailler ensemble des jeunes musiciens du monde entier et de monter un orchestre mondial qui donnera un concert à la fin de l’année, sûrement dans l’auditorium de Radio France. Tout au long de l’année, les virtuoses en herbe sont encadrés par des tuteurs et des professeurs qui les font répéter soit dans leur lycée, soit en visio. Avant qu’une répétition générale soit coordonnée une semaine avant la grande première.  

    Et puis, que serait une année sans les Jeux internationaux de la jeunesse (JIJ) ? Ces jeux olympiques élaborés par l’AEFE et l’UNSS vont donc continuer en 2023, après une édition 2022 particulièrement réussie à Bruxelles

  • « Paris on the Potomac » de l’Alliance française

    « Paris on the Potomac » de l’Alliance française

    Le 7 juillet, à Washington D.C, l’Alliance française de la ville a célébré les vainqueurs d’un concours bien original. En effet, l’école de français a demandé aux Américains et aux autres de créer des œuvres photographiques prises à Washington DC illustrant un lien entre la capitale américaine et la France ou Paris. On vous dévoile les plus beaux clichés désormais réunis dans une exposition, « Paris on the Potomac ».

    La France, Paris et Washington DC

    En 1910, John Merven Carrère, un architecte américain formé à Paris, a écrit : « Apprendre de Paris a fait de Washington une ville américaine exceptionnelle. »

    L’Alliance française de la capitale américaine rend donc hommage avec son exposition « Paris on the Potomac ». Son ambition est d’explorer l’influence française sur l’environnement artistique et architectural de Washington D.C. Car bien après les contributions bien connues de Peter Charles L’Enfant, l’officier français installé aux jeunes USA et qui a conçu le plan de la ville, les Américains ont continué à s’inspirer de la France pour bâtir leur capitale.

    En effet, les principes classiques et les Lumières ont prévalu des années 1790 aux années 1820, puis c’est le style Second Empire qui a pris le relais des années 1850 à 1870, et enfin le mouvement Beaux-Arts du début du XXe siècle fut le dernier apport français à Washington D.C.

    L’influence de l’architecture française est particulièrement visible dans la Halle aux Blés, mais aussi sur le Capitole dont la vision de Thomas Jefferson fut pleinement emprise de ses souvenirs dans le Paris de l’Ancien régime.

    3 vainqueurs

    C’est donc pour rendre hommage à ce lien inscrit dans les pierres de la capitale américaine entre la France et les États-Unis d’Amérique que l’Alliance Française a lancé ce défi à ses élèves et à tous ceux qui avaient envie d’y participer.

    3 heureux vainqueurs ont été sélectionnés par le jury, composé de Sarah Diligenti la directrice de l’Alliance française), Emmanuel K. Miranda (un producteur uruguayen installé à Washington D.C), et Johnny Yataco (directeur des publications Washington Hispanic). Natasha Zavadskaia, organisatrice du concours, a révélé les 3 œuvres sélectionnées lors d’un vernissage dans les locaux de l’Alliance française à Washington DC.

    Pour découvrir les photos, il faudra donc vous y rendre, elles n’ont, pour l’instant, pas été mises en ligne pour préserver les droits de leurs créateurs.

    Soirée de vernissage à Washington D.C le 07 juillet 2022 ©Alliance française
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