Un vote historique mettant fin aux voitures thermiques en Europe pour 2050

Un vote historique mettant fin aux voitures thermiques en Europe pour 2050

Le Parlement européen a voté, ce mercredi 08 juin, la fin de la production et des ventes de véhicules thermiques neufs à partir du premier janvier 2035. Les anciens modèles ne seront plus autorisés à rouler 15 ans plus tard. C’est donc la fin annoncée des voitures thermiques en Europe pour 2050 et donc en France.

Répondre aux objectifs climatiques de l’Union européenne 

Cette mesure, n’en déplaise à certains, est primordiale, parce qu’aujourd’hui, le transport routier représente 70 % des émissions carbone totales de l’Union européenne dues aux transports : c’est énorme ! L’enjeu est déjà anticipé par certains constructeurs pour 2030, c’est notre responsabilité au niveau de l’Union européenne de l’acter d’ici 2035. Il y a urgence. Le dernier rapport du GIEC nous donne moins de trois ans pour réduire nos émissions de CO2.

C’est une responsabilité collective. Et la fin des ventes de véhicules thermiques pour 2035 marque le virage vers une véritable révolution pour l’industrie automobile.

Le Conseil européen peut encore s’y opposer

Avec ce vote, le Parlement européen s’aligne donc sur les propositions de la Commission européenne. Mais il reste encore une étape importante pour que le processus du vote aille jusqu’à son terme. Il faut désormais convaincre les Etats membres de l’Union européenne. Et ce ne sera pas une mince affaire. Car pour que le texte soit mis en application, il faudra l’accord de tous les pays membres. Les pays membres présenteront chacun, d’ici la fin du mois, leur position. C’est alors que les négociations débuteront, et elles s’annoncent âpres. La présence des lobbys du milieu automobile va certainement peser lourd dans ces négociations. L’objectif est de parvenir à un accord entre les États membres, la Commission et le Parlement européen d’ici la fin de l’année.

Une mise en place difficile

L’interdiction des véhicules thermiques soulève par ailleurs des questions et la filière doit encore faire face à de nombreux défis. D’abord en matière d’approvisionnement : « Si les voitures électriques restent telles qu’elles sont – des SUV avec des grosses batteries –, nous n’aurons pas les matières premières nécessaires pour répondre aux exigences de production en 2035 », indique auprès de « Libération » Nicolas Meilhan, consultant au sein du cabinet de conseil EV-Volumes, spécialiste du secteur des voitures électriques. Entre autres, ce sont les composants de batteries (lithium, cobalt et nickel), majoritairement importés, qui viendraient à manquer. Sans compter une augmentation du prix de ces métaux.

Ce n’est pas là le seul obstacle au développement de ce secteur. Il faut aussi compter avec le manque d’autonomie des véhicules. Sans oublier que la fin du cycle de vie des batteries est aussi problématique, le lithium se recyclant encore très peu. D’ici 2030, l’Union européenne prévoit d’obliger les constructeurs automobiles à utiliser 4 % de lithium recyclé dans les nouvelles batteries, et 10 % d’ici 2035.

Qui dit véhicule électrique dit par ailleurs bornes de recharge. D’après le dernier baromètre d’Avere France, une association pour le développement de la mobilité électrique, la France compte actuellement 58 000 bornes. Il en faudra six fois plus en 2030 selon « Libération », qui cite l’ONG International Council on Clean Transportation. A l’échelle européenne, le groupe Renault décompte environ 200 000 bornes de recharge publiques. A l’horizon 2030, trois millions de bornes publiques devront être déployées en Europe pour alimenter les 44 millions de véhicules électriques.

Quid des petits revenus et des ouvriers ?

Pour les ménages à petits revenus et les ouvriers de ces industries, l’équation risque d’être complexe, c’est une situation qui doit être prise en compte si on veut voir se concrétiser cette décision tout en évitant une catastrophe sociale.

Pour cela, il faudra mettre des garanties de non-fermeture de sites, par exemple. Il va falloir former les salariés. A cette fin, il existe un fonds de transition qui pourra accompagner les salariés. La deuxième chose, c’est de relocaliser. En France, nous avons perdu depuis 10 ans 100 000 emplois dans l’industrie automobile, dus aux dumpings sociaux, aux délocalisations. Et ensuite, il faudra créer les filières de demain, notamment la filière de l’électromobilité : les voitures électriques, mais aussi le « rétrofit », qui permet la transformation des moteurs diesel ou essence en moteur électrique. Toutes ces filières-là, il faut les développer avec des nouvelles filières, comme l’économie circulaire : comment recycler les batteries, comment recycler l’ensemble des matériaux des voitures… Ça, ce sont des vraies politiques, donc si nous prenons le virage de la transition, celle-ci va permettre la création majeure d’emplois.

Concernant l’acquisition et l’utilisation de ces véhicules, c’est une refonte complète du mode de consommation qui doit être anticipée. Finie la pleine propriété, place aux flottes en libre service ou liées à un abonnement. Ainsi, les premières flottes de véhicules neufs ne seront pas achetées par les ménages, mais par les grandes entreprises et les collectivités. Ensuite, plus on va acheter, plus on va avoir une ouverture du marché d’occasion des véhicules zéro émission, et c’est là où cela devient important, parce qu’il existera tout un marché où les prix vont baisser. D’ici 2035, les prix vont chuter parce que vous avez déjà des constructeurs qui commencent à faire émerger des modèles électriques, donc les prix d’aujourd’hui ne seront plus les mêmes dans 13 ans. Il y aura plus d’offres, donc les prix vont mécaniquement baisser.

Le troisième acteur, souvent oublié, pour qui il va falloir trouver une nouvelle place dans le dispositif, c’est le concessionnaire. Ce dernier maillon de la chaine qui commercialisait les véhicules et assurait leur entretien auprès d’un large portefeuille de clients particuliers ou de petits professionnels. Tous ne survivront pas, alors que les capitaux immobilisés pour obtenir la confiance des constructeurs sont importants, le risque pour ces familles de tout perdre est non négligeable. Certains pourront devenir des spécialistes de gestion et d’entretien de flottes appartenant à des collectivités, des entreprises ou des opérateurs, d’autres mettront en valeur la mécanique avec des services sur-mesure pour les passionnés ou les plus fortunés. L’avenir est bien incertain pour ces 110 000 d’entreprises employant 405 127 salariés à travers la France, il faudra donc les accompagner.

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