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  • La guerre en Ukraine serait « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique »

    La guerre en Ukraine serait « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique »

    L’Union européenne doit accroître de manière significative son pouvoir de dissuasion, a déclaré mardi 1er mars Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, devant les eurodéputés. Il s’agit là du deuxième « tabou » brisé par l’UE en l’espace de quelques jours, après que le bloc a approuvé la livraison d’armes à l’Ukraine. Place à l’Europe géopolitique.

    Une diplomatie européenne

    S’exprimant lors d’une session extraordinaire du Parlement européen convoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, M. Borrell a déclaré que « l’une des leçons que nous devons tirer est que l’Europe doit plus que jamais réfléchir stratégiquement sur elle-même, sur son environnement et sur le monde ».

    « Nous devons accroître notre capacité de dissuasion afin de prévenir la guerre », a estimé M. Borrell, ajoutant qu’il était devenu évident que les options actuelles de l’UE ne suffisaient pas à dissuader la Russie.

    « Parce que tout ce que nous devons comprendre, c’est que pour faire la paix, il faut être deux, mais pour faire la guerre, il suffit d’une seule partie — c’est exactement ce que nous dit M. Poutine », a-t-il ajouté.

    « Nous devons réfléchir à l’instrument de coercition, aux représailles et à la contre-attaque face à des adversaires téméraires », a expliqué le chef de la diplomatie de l’UE. Il s’agit là de « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique », a-t-il ajouté.

    La semaine dernière, l’Union européenne avait pris des mesures visant à imposer une série de sanctions à la Russie pour son invasion de l’Ukraine, dans ce qui était considéré comme le plus grand ensemble de mesures punitives adoptées par le bloc à l’encontre d’un pays tiers jusqu’à présent.

    « Il y a trois jours, c’était impossible, et maintenant c’est possible, et ils [les Russes] commencent à ressentir les conséquences [de leurs actes] en termes d’inflation et de chute de leur monnaie », a déclaré M. Borrell. « C’est ça la capacité de coercition », a-t-il ajouté.

    Le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, lors d’une session plénière extraordinaire du Parlement européen consacrée à l’agression russe contre l’Ukraine à Bruxelles, le 1er mars 2022. Les eurodéputés ont débattu de « l’invasion de l’Ukraine par la Russie » et ont voté une résolution à ce sujet. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

    Une défense européenne

    En outre, dans ce qui a été décrit comme un « moment décisif » pour sa politique de défense, l’UE a accepté dimanche 27 février de débloquer quelque 500 millions d’euros pour que les États membres puissent acheter des armes à destination des forces armées ukrainiennes, dans l’espoir d’arrêter l’invasion russe.

    Les traités européens interdisent à l’Union d’utiliser son budget pluriannuel ordinaire pour financer des opérations ayant des implications militaires ou de défense.

    C’est pourquoi l’UE a annoncé qu’elle utiliserait un instrument de financement hors budget, la Facilité européenne pour la paix (FEP), dont le plafond est fixé à 5 milliards d’euros et qui peut être utilisé pour fournir une aide militaire.

    Ce fonds intergouvernemental récemment créé a permis à l’Union européenne de fournir une aide militaire aux pays partenaires et de financer le déploiement de ses missions militaires à l’étranger.

    S’adressant spécifiquement aux législateurs européens, M. Borrell a souligné que le fonds ne ferait pas partie du budget actuel de l’Union approuvé par le Parlement européen, « parce que nous soutenons que l’UE est une force de paix et qu’elle ne peut pas fournir d’armes à qui que ce soit ».

    « Lorsque vous voterez le prochain budget, utilisez votre capacité budgétaire pour y mettre les poids et les moyens [nécessaires] afin de faire face à la prochaine crise et à la prochaine agression russe », a-t-il continué.

    Durant les négociations pour le budget actuel de l’UE, les initiatives phares de l’UE en matière de défense ont été considérablement réduites par rapport aux ambitions initiales en raison des querelles interinstitutionnelles concernant les chiffres. Ces désaccords ont également été observés entre les États membres eux-mêmes.

  • L’Ukraine, un destin contrarié 

    L’Ukraine, un destin contrarié 

    L’Ukraine a toujours été un territoire convoité. Carrefour commercial important, doté d’un sous-sol et de terres riches, ayant un débouché maritime, ce pays a connu de nombreuses invasions et guerres lors de ces mille dernières années. Issu du slave, le mot « Ukraine » signifie «frontière» ou «marche» et souligne bien la fragilité intrinsèque du pays dont l’histoire a été façonnée par les Turcs, les Russes, les Autrichiens, les Suédois, les Finlandais, les Polonais et les Lituaniens. 

    Pour les Russes, l’Ukraine est le berceau de leur État, pour les Polonais et les Lituaniens, elle est le cœur de l’Europe de l’Est et pour les Turcs, elle est un des maillons clef de l’Europe orientale. L’Ukraine dans ses frontières de 1991 est plus grande que la France : 603 549 km2, contre 543 940 km2 pour une population moindre, 45 millions d’habitants, contre 68 millions. 

    Une histoire chahutée 

    Le territoire actuel de l’Ukraine a été le foyer du premier État slave oriental, fondé par des Scandinaves aux Xe et XIe siècles. Les Vikings orientaux bâtissent progressivement un État qui s’étend de la Baltique à la Mer Noire et de la Volga aux Carpates septentrionales. L’Etat de Kiev était un des plus puissants d’Europe après l’Empire byzantin. Il comprenait l’actuelle Ukraine, la Biélorussie et une partie de la Russie occidentale. Du fait de l’importance de son royaume, le Grand Prince d’Ukraine, Iaroslav le Sage, peut en 1051, marier sa fille Anne de Kiev au roi Henri Ier de France, preuve de l’influence de son pays jusqu’à l’Ouest de l’Europe. À partir du XIIe siècle, des divisions internes aboutissent au fractionnement de l’État kiévien et à son invasion par les Tatars Mongols. La dureté de ces derniers incite les populations autochtones à fuir vers d’autres pays comme la Pologne, la Hongrie ou la Moldavie. Au XIVe siècle, les Polonais et les Lituaniens prennent progressivement le contrôle de l’Ukraine. La Pologne imposa sur les territoires qu’elle contrôle le catholicisme qui s’est maintenu sur une partie de l’Ukraine d’aujourd’hui. Durant cette domination lituanopolonaise, à partir du XVe siècle, les Cosaques apparaissent. Il s’agit de paysans ruthènes orthodoxes refusant la servitude et l’assimilation aux Polonais catholiques. Les Cosaques mènent une guerre contre les Tatars, puis, à partir du XVIe siècle, contre les Turcs ottomans, devenus suzerains des Tatars de Crimée. 

    Carte de l’Ukraine et de l’Empire russe occidental en 1764 © Jacques Leclerc

    Le territoire de l’Ukraine est déjà à l’époque divisé avec une partie au Nord-Ouest tournée vers l’Europe et une partie au Sud-Est qui regarde soit du côté de la Turquie, soit du côté de la Russie. À partir du milieu du XVIIe un État autonome cosaque est créé, le Hetmanat. À la suite du traité d’Androussovo en 1667, il est partagé en deux, une partie est placée sous le protectorat de la république des Deux Nations (Pologne et Lituanie), l’autre sous un protectorat moscovite. 

    Au XVIIIe, Catherine de Russie supprime le Hetmanat, le partage de la Pologne lui permettant de récupérer la quasi-totalité du territoire ukrainien à l’exception de la Galicie, passée sous administration de l’Autriche. Les mouvements indépendantistes renaissent au milieu du XIXe siècle, en phase avec ceux des autres régions de l’Empire Austro-Hongrois. Le terme Ukraine commence à apparaître dans le débat public.

    Interdiction de la langue ukrainienne en 1876

    Face au renouveau indépendantiste, les autorités russes décident, en 1876, l’interdiction de la langue ukrainienne dans les écoles, dans les journaux et la littérature, provoquant de multiples révoltes. Après la révolution de février 1917, en Russie, l’Ukraine est brièvement indépendante jusqu’en 1920. Cette indépendance est toute relative. Le territoire est, en effet, envahi d’abord par les Allemands puis, à leur retrait, il devient un champ de bataille entre le Parti bolchevique, les Russes blancs et les forces de la Triple-Entente. 

    Le 20 novembre 1917, soit treize jours après que le Parti bolchevique russe ait renversé le gouvernement social-démocrate de Saint-Pétersbourg, l’assemblée législative, la Rada centrale ukrainienne, proclame la république populaire d’Ukraine et sa séparation de la Russie. 

    L’indépendance totale de l’Ukraine est confirmée le 22 janvier 1918. Pour combattre l’Armée rouge qui contrôle alors une partie de l’Ukraine, la Rada centrale obtient le soutien des Allemands qui organisent un coup d’État en renversant le gouvernement pro-soviétique le 29 avril 1918. La défaite de l’Allemagne au mois de novembre 1918 provoque la chute des nouvelles autorités ukrainiennes et le rétablissement de la république populaire d’Ukraine avec à sa tête son ancien dirigeant pro-russe, Vynnytchenko. De 1918 à 1922, une partie importante du territoire ukrainien au sud est contrôlée par une armée paysanne insurrectionnelle d’inspiration communiste libertaire. Face aux armées blanches (constituées d’opposants au pouvoir bolchevique) et rouges, l’armée noire installe dans les territoires contrôlés un système de collectivisation des terres et de démocratie directe et décentralisée. À la fin de 1918, les Alliés (France, Royaume-Uni) interviennent dans le sud de l’Ukraine pour soutenir les Blancs de Dénikine dans la guerre civile russe. Odessa, Sébastopol et d’autres localités côtières sont occupées par les Français, mais l’intervention tourne court en raison du manque de moyens engagés et de l’hostilité de la population (mars-avril 1919). L’Ukraine est alors envahie par l’Armée rouge et passe sous le contrôle des Soviétiques.

    Famines organisées et dékoulakisation 

    Le 30 décembre 1922, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) naît du traité qui réunit la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie (RSFSR), la Biélorussie, l’Ukraine et la Transcaucasie. Staline décide de faire de l’Ukraine tout à la fois le Grenier de la Russie et une région de production d’électricité. Les mines du Donbass alimentent la sidérurgie soviétique en charbon et en fer. Staline réprimera à plusieurs reprises les tentatives de réveil nationaliste ukrainien, interprétées comme un rejet du pouvoir bolchevik et une menace à l’intégrité de l’URSS. Entre 1931 et 1933, une série de famines et l’intensification de la « dékoulakisation » frappent l’Union soviétique et ravagent particulièrement l’Ukraine. 

    Plusieurs millions de personnes perdirent la vie. Le souvenir de ces famines perdure au sein de la population ukrainienne. De 1937 à 1939, plusieurs millions d’Ukrainiens sont exécutés ou envoyés vers des camps de travail soviétiques. Les églises sont fermées et les catholiques sont pourchassés. En septembre et octobre 1939, après le partage de la Pologne entre l’Allemagne nazie et l’URSS stalinienne, conformément aux protocoles secrets du pacte germano-soviétique, les régions polonaises à forte minorité ukrainienne (comme la Galicie et Lwow) sont annexées par l’URSS et incorporées à l’Ukraine. En juin 1940, cette dernière intègre également la Bucovine du Nord et du Boudjak, pris à la Roumanie. À l’été 1941, l’Ukraine est envahie par les armées allemandes. 

    Train pour évacuer l’Ukraine lors de la famine ©IF

    À leur arrivée, les Allemands sont reçus en libérateurs par une partie de la population ukrainienne, surtout par la population de la partie anciennement polonaise. Rapidement, la situation se retourne. Les mauvais traitements infligés à la population provoquent une forte résistance. La population juive d’Ukraine est anéantie par l’application de la solution finale. En 1944, l’Armée rouge libère la plus grande partie de l’Ukraine. En juin 1945, la Ruthénie subcarpathique, prise à la Tchécoslovaquie, rejoint à son tour l’Ukraine soviétique, formant l’oblast de Transcarpatie. À la fin du conflit, le bilan des pertes ukrainiennes est de huit millions de morts dont 1,377 million étaient des militaires.

    Membre fondateur de l’ONU 

    Le 26 juin 1945, l’Ukraine devient l’un des membres fondateurs de l’ONU, en y obtenant, en raison de son rôle dans la victoire sur le nazisme, avec la Biélorussie, une place distincte de l’URSS. Cette disposition particulière permet à l’Union soviétique de bénéficier de voix supplémentaires dans les votes de l’assemblée générale de l’ONU. En 1954, le 1er secrétaire du Parti communiste d’Union soviétique, Nikita Khrouchtchev qui a passé sa jeunesse en Ukraine, transfère la péninsule de Crimée à la République soviétique socialiste d’Ukraine pour marquer le 300e anniversaire du traité de Pereïaslav marquant l’union entre la Russie et les provinces formant l’Ukraine d’alors. 

    Plus tard, Léonid Brejnev, d’origine ukrainienne, deviendra le principal dirigeant de l’URSS, qu’il gouvernera pendant 18 ans entre 1964 et 1982. Ce dernier dotera l’Ukraine de centrales nucléaires dont la plus célèbre est malheureusement Tchernobyl. La catastrophe nucléaire liée à cette centrale a créé un fort ressentiment antirusse au sein de la population.

    90.5% votent en faveur de l’indépendance 

    La chute de l’URSS entre 1989 et 1991 permet aux mouvements indépendantistes de renaître en Ukraine. En 1989, le Mouvement national ukrainien, Roukh, est créé. Lors des élections de mars 1990, les partis ukrainiens du bloc démocratique obtiennent alors environ 25 % des sièges au Parlement. Sous l’influence des députés démocrates, le Parlement adopte, le 16 juillet 1990, la Déclaration sur la souveraineté politique de la République d’Ukraine. L’indépendance complète de l’Ukraine est proclamée le 24 août 1991 et confirmée par le référendum du 1er décembre 1991. 90,5 % des électeurs votent en faveur de l’indépendance.

    Garanties internationales de sécurité 

    L’Ukraine devient l’un des membres fondateurs de la Communauté des États indépendants dirigée par la Russie. Par le Mémorandum de Budapest sur les garanties de sécurité, signé le 5 décembre 1994, l’Ukraine abandonne son arsenal nucléaire en échange de la garantie de son intégrité territoriale par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie. L’Ukraine est tiraillée entre le souhait de certains d’intégrer l’Union européenne et l’Otan quand d’autre estiment que la Russie est leur seconde patrie voire la première. 

    En 2004, avec la Révolution orange, les pro-européens jugent que le gouvernement pro-russe de Viktor Ianoukovytch, a truqué l’élection présidentielle. La mobilisation de la population contribue à l’annulation par la Cour suprême du scrutin et l’organisation d’un nouveau vote le 26 décembre 2004 qui voit la victoire de Viktor Iouchtchenko, qui aurait fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement par la Russie. Sa présidence sera marquée par une forte instabilité. En 2010, son opposant prorusse, Victor Ianoukovytch, est élu président.

    Euromaïdan et la Crimée 

    À la suite du refus du gouvernement de signer des accords de rapprochement avec l’Union européenne, le mouvement Euromaïdan provoque un renversement du pouvoir. L’arrivée des pro-européens au pouvoir entraîne la sécession des régions du Donbass. Le 11 mars 2014, la Crimée proclame son indépendance, puis à la suite d’un référendum est rattachée à la fédération de Russie le 18 mars. 

    Euromaïdan en 2014 ©AFP

    Depuis le début des combats, près d’un million et demi de personnes ont été déplacées, 850 000 à l’intérieur de l’Ukraine, 600 000 en dehors dont 350 000 vers la Russie et 250 000 vers les pays de l’Union européenne. Le 11 mars 2014, la Crimée proclame son indépendance, puis à la suite d’un référendum est rattachée à la fédération de Russie le 18 mars. Le 27 mars 2014, l’Assemblée générale de l’ONU a voté la résolution 68/262 sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine. 

    Le 21 février 2022, le président russe Vladimir Poutine a reconnu l’indépendance des républiques de Donetsk et de Lougansk et a ordonné à ses troupes de se rendre dans ces parties de l’est de l’Ukraine dans le cadre de ce que le Kremlin a qualifié de « mission de maintien de la paix ». Cette opération est la troisième du genre pour la Russie après la guerre en Géorgie et l’annexion de la Crimée, mais elle est d’une ampleur sans précédent. 

    L’Ukraine, un important potentiel économique 

    L’Ukraine a été longtemps une des régions les plus riches de l’URSS grâce à la puissance de son industrie sidérurgique et de la richesse de son sous-sol. Avec l’indépendance en 1991, écartelée entre l’Europe et la Russie, l’économie a rencontré de nombreuses difficultés d’adaptation. La guerre qui sévit depuis 2014 handicape la croissance, d’autant plus qu’elle se déroule dans une des régions les plus riches. L’Ukraine a sur son territoire des terres agricoles jugées comme les plus fertiles du monde. Le pays est par ailleurs traversé par plusieurs grands fleuves (Dniestr, Dniepr) qui lui fournissent d’importantes ressources en eau douce. L’Ukraine est un des principaux pays producteurs mondiaux de céréales, de sucre, de viande et de produits laitiers, que transforment une importante industrie agro-alimentaire, avec des entreprises comme Roshen. 

    L’Ukraine est également un des États européens les mieux dotés en matières premières. Elle possède des gisements de fer, de manganèse d’uranium, de potasse, de terres rares, de charbon, etc. En lien avec ses richesses naturelles, l’Ukraine a développé une industrie métallurgique importante, produisant de la fonte, de l’acier et des tuyaux. L’Ukraine était le 7e producteur d’acier au monde. ArcelorMittal y possède une de ses plus importantes usines sidérurgiques. Le groupe a préféré sortir du marché russe pour concentrer ses investissements en Ukraine. Le pays possède une importante industrie chimique, produisant du coke (charbon), des fertilisants et l’acide sulfurique. Le pays a développé également un secteur de production de matériels de transports (locomotives, tracteurs, automobiles). Le pays possède aussi plusieurs entreprises d’électronique, d’armement et de matériaux pour les programmes spatiaux. 

    Avant les tensions avec la Russie, l’Ukraine était devenue la 8e destination touristique d’Europe. Le secteur touristique représentait en 2014 plus de 2% du PIB. Plus de 23 millions de touristes internationaux se rendaient alors chaque année en Ukraine. 

    L’invasion de la Crimée par la Russie et la sécession du Donbass en 2014 ont privé l’Ukraine du quart de son PIB. Elle a été contrainte de privilégier ses relations commerciales avec l’Occident et notamment l’Union européenne. L’Ukraine continue néanmoins de dépendre de la Russie pour son énergie. 

    Les relations entre la France et l’Ukraine 

    En 2019, la France était le 9e fournisseur de l’Ukraine avec une part de marché de 2,8 %, en hausse constante par rapport à son niveau d’avant crise (2,2 % en 2013). En 2019, la part de marché de l’ensemble des pays de l’Union européenne représentait 39,85 %, contre 35 % en 2013. 

    Un accord de libre-échange est entré en vigueur en 2017. Parmi les pays de l’Union, en 2019, la France était le 4e fournisseur de l’Ukraine, loin derrière l’Allemagne (1er fournisseur européen, 9,9 % de part de marché globale) et la Pologne (6,7 %). Elle est également devancée par l’Italie (3,4 %). 

    La France dégageait un excédent commercial traditionnellement important avec l’Ukraine La France exportait en Ukraine des produits chimiques, parfums et cosmétiques (35,4 % des exportations en 2019), des équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique (19,1 %, dont plus des deux tiers correspondant à des machines agricoles et forestières), des matériels de transport (9,2 %), des produits pharmaceutiques (8,8 %) et des produits agricoles (8 %). Les biens importés en France en provenance d’Ukraine sont essentiellement des produits agricoles et agroalimentaires (66,2 %). 

    La France était l’un des principaux investisseurs européens en Ukraine. En 2019, elle était le 6e investisseur étranger en Ukraine, avec 2,2 % du stock d’investissement direct d’origine étrangère (IDE). La France était en outre le 4e investisseur européen, derrière l’Allemagne (4,9 % du stock d’IDE), l’Autriche (3,7 %) et le Royaume-Uni (4,2 %). 

    Près de 160 entreprises françaises sont implantées en Ukraine, employant 30 000 personnes et faisant de la France le premier employeur international en Ukraine. Elles sont présentes notamment dans la grande distribution (groupe Auchan, Decathlon), la banque (Crédit Agricole), l’agroalimentaire (notamment Louis Dreyfus, groupe Soufflet, Savencia, Malteurop, Limagrain), et le numérique (Ubisoft, Blablacar). 

    La reconnaissance par la Russie des deux républiques sécessionnistes du Donbass et l’invasion de l’Ukraine ont provoqué l’adoption de nouvelles sanctions de la part des Occidentaux qui s’ajoutent à celles prises avec le rattachement de la Crimée en 2014. 

    La tragédie sans fin de l’Ukraine 

    L’Ukraine, berceau historique de la Russie et aux marges de ce pays, a toujours été tiraillée par ses multiples origines. Moscou considère que ce pays fait partie intégrante de sa sphère d’influence, qu’il est un des maillons lui permettant d’éviter l’encerclement, qui est la hantise des Russes depuis des siècles. Il offre aussi l’accès à la mer Noire. Pour la Roumanie ou la Pologne, l’Ukraine est un État tampon mettant de la distance par rapport à la Russie. Depuis l’extension à l’Est de l’Union européenne, l’Ukraine a renforcé ces liens économiques avec cette dernière au point qu’elle aurait tout avantage à intégrer le marché unique pour pouvoir échanger sans droits de douane avec les États membres. Pour la Russie, l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne constitue un précédent inacceptable car ce pays était membre de feu l’URSS jusqu’en 1989, et a participé à la création de la Communauté des États Indépendants à la chute de celle-ci. Les Russes agitent comme un chiffon rouge l’éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, un scénario qui n’a pas été réellement imaginé même si le gouvernement de Kiev en a fait la demande. Les Russes estiment que cette alliance est avant tout dirigée contre leur pays. Avec l’affaire ukrainienne, Vladimir Poutine tente de revenir sur le démantèlement de l’URSS en 1991 vécu par une partie des Russes comme un affront. De l’affaire géorgienne au Donbass en passant par la Crimée et la Biélorussie, le Président russe souhaite créer aux marges de la Russie un chapelet d’États satellites. La reconnaissance des républiques du Donbass intervient en sortie de crise sanitaire et après le départ des Américains d’Afghanistan et du recul des Occidentaux en Afrique. Les Pays Baltes, la Pologne et la Roumanie craignent que la Russie remette en cause les frontières actées en 1991. Ces pays, appartenant à l’Union européenne et membres de l’OTAN, demandent aux autres États membres une forte solidarité qu’ils obtiennent pour le moment. La dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie qui est forte pour les anciens pays d’Europe de l’Est et pour l’Allemagne pourrait néanmoins peser sur la cohésion de l’Union. Les États-Unis pourraient en profiter pour renforcer leurs positions au sein de l’Union en contribuant directement ou indirectement à la livraison de pétrole et de gaz en cas d’enveniment de la crise. Si cela était le cas, une augmentation du prix du pétrole au-delà de 140 dollars du baril pourrait intervenir provoquant une baisse sensible de la croissance, autour d’un point en 2022, avec à la clef une accélération de l’inflation pouvant amener un durcissement plus rapide que prévu de la politique monétaire.

  • Personnes âgées : comment font nos voisins? 

    Personnes âgées : comment font nos voisins? 

    Le scandale Orpea, du nom du groupe qui gère nombre d’Ehpad en France et dans lesquels, selon le livre Les Fossoyeurs, du journaliste Victor Castanet, sévit une maltraitance indigne, a provoqué beaucoup d’émotion en France. Si le groupe rejette les accusations, sans convaincre, chacun s’étonne que de tels scandales puissent avoir lieu malgré les contrôles et les inspections. On peut comprendre que les résidents se taisent, on comprend moins qu’il y ait si peu de plaintes de la part des familles. Mais que dire des médecins, et des contrôleurs ? Souvent les résidents n’ont personne, et la question de la dépendance se double de celle de la solitude. Le vieillissement est un des défis structurels de nos sociétés. Une conséquence de l’allongement de la durée de vie, et de la durée en bonne santé. Les gouvernements n’ont commencé à s’en préoccuper que dans les années 90. Et partout, les difficultés surgissent, avec les besoins, les manques, les scandales.

    20% de la population de l’UE a plus de 65 ans 

    La France est l’un des pays où la proportion de personnes âgées en Ehpad est la plus élevée (8,8 % des 75 ans et plus). Les établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpad) privés représentent 20 % des quelques 610 000 places recensées. Est-ce une situation originale ? Comment font les pays voisins dans l’Union européenne ? La Commission a publié un « livre vert » sur le sujet dans laquelle elle estime que le nombre de personnes ayant besoin de soins de longue durée devrait passer de 20 à 23 millions en 2030, plus de 30 millions en 2050. Déjà 20% de la population de l’UE a plus de 65 ans. 

    En Allemagne, 80% des personnes dépendantes à domicile. 

    Allemagne : 4,1 millions de personnes sont actuellement en situation de dépendance. 80 % sont soignées à domicile : 56% des personnes âgées dépendantes sont prises en charge par leur famille et 24% bénéficient de personnels à domicile. 20% seulement sont placées dans les 15 400 établissements spécialisés. 

    La moitié d’entre eux est gérée par des associations sans but lucratif, la plupart du temps des associations religieuses. Les établissements privés représentent l’autre moitié, avec au premier rang des groupes français : Korian, premier, Orpea quatrième. La loi allemande prévoit des contrôles inopinés et une autoévaluation. Fréquemment, la presse fait état de scandales.

    En Italie, l’immigration au secours du vieillissement 

    L’Italie compterait plus de 3,5 millions de personnes dépendantes, dont 81 % ont plus de 65 ans. Un chiffre en hausse de 25 % au cours de la dernière décennie. Le nombre de places et de résidences est très insuffisant : avec 18,6 lits pour 1 000 habitants de plus de 65 ans, l’Italie est très en dessous de la France (51 pour 1 000) ou de l’Allemagne (54,4) : il manque 360 000 lits à l’Italie pour atteindre la moyenne des pays de l’OCDE. 

    Les RSA (Residenze Sanitarie Assistenziali) ne se sont développées qu’à partir des années 90. Leur nombre a doublé en quinze ans pour s’établir à 4629 en 2020, seulement 14 % des RSA sont gérées par l’administration publique. Les Italiens s’appuient donc sur un système d’aide à domicile, souvent assuré par des immigrées, venant d’Europe de l’est, d’Amérique du sud ou des Philippines. Il y en aurait plus de 400 000. 

    Espagne, une responsabilité locale et des listes d’attente

    En Espagne, ce sont les administrations locales et régionales qui sont responsables en matière d’affaires sociales. Il existe 372 985 places, réparties en 5 417 résidences. 72,8 % des places disponibles en Espagne sont gérées par le secteur privé et 27,2 % par le public. 

    L’aide à domicile est également gérée par les administrations locales, mais le système officiel est encombré : près de 360 000 personnes se trouvent sur liste d’attente. Le temps moyen d’attente est de 421 jours.

    Au Royaume-Uni, des établissements privés mais pas de grands groupes. 

    Au Royaume-Uni, la dépendance est de la responsabilité des collectivités locales qui délèguent la gestion des 11 300 maisons de retraite, pour 410 000 résidents. Le secteur privé représente 83 % des lits, contre 13 % pour le secteur associatif et 4 % pour le secteur public. 80 % des acteurs ne possèdent qu’un seul établissement. Les établissements sont supervisés par des commissions indépendantes qui publient les évaluations. 

    Au Danemark, tout public

    Au Danemark, les maisons de retraite sont quasiment toutes publiques. Le financement est assuré par le résident au prorata de sa retraite, le reste étant payé par la commune qui décide aussi du placement en Maison de retraite. Les rapports d’inspection sont publics. 

    Derrière tous ces chiffres, des situations contrastées : telle résidence, même dans un même groupe, n’est pas comparable à une autre, d’autant que la situation de chaque personne est différente. Ce qui frappe, c’est à la fois que les besoins sont partout  supérieurs aux efforts et que la part de l’aide à domicile et surtout de la famille est considérable. Enfin, les études ne révèlent pas l’ampleur de la solitude des personnes âgées. 

    La France compterait 530 000 personnes âgées isolées (selon une étude  des Petits frères des pauvres). 720 000 personnes âgées n’auraient eu aucun contact avec leur famille durant le confinement. En Belgique, l’isolement toucherait  23 % des 65 ans et plus, soit 512 700 aînés isolés. En Irlande, sur 80 000 personnes de plus de 75 ans, 36 000 d’entre elles souffriraient de solitude et d’isolement, soit 45 % de cette tranche d’âge. La situation est certainement comparable dans les autres pays. Les scandales risquent de ne pas être derrière nous mais devant nous.

  • Ukraine : le sentiment d’abandon des expatriés

    Ukraine : le sentiment d’abandon des expatriés

    Lundi 28 février, dans la journée, l’annonce tombe ! L’ambassade de France et tout le personnel diplomatique et consulaire sont exfiltrés de Kiev. Les services vont se reconstituer, loin des combats, à la frontière avec la Pologne dans la petite agence consulaire de la modeste ville de Lviv. Il n’aurait rien à dire si le discours de l’ambassade française n’avait pas été aux antipodes. Alors que les fonctionnaires faisaient leurs cartons, ils indiquaient au téléphone et sur leur site aux Français de Kiev qu’il fallait rester chez soi, que c’était la meilleure disposition à prendre…. Logiquement, la colère monte ce mardi 01 mars, chez eux mais aussi chez de nombreux expatriés qui viennent de perdre confiance dans leur administration.

    « Ils ont filé à l’anglaise »

    L’expression proviendrait de l’ancien verbe « anglaiser », pour « voler ». Par la suite, on aurait utilisé « filer à l’anglaise » pour désigner la façon discrète dont part un voleur qui vient de faire son coup… C’est donc cette expression qui définit selon nos compatriotes sur place l’attitude des personnes en charge de la sécurité des expatriés dans ce pays. Comment en est-on arrivé là ?

    Pour certains, c’est simple, l’ambassade, prise dans les jeux géopolitiques du Président de la République, ne pouvait désavouer Emmanuel Macron qui quelques heures avant l’invasion russe continuait à indiquer que ses palabres avec M. Poutine sauveraient la paix. En conséquence, alors que les autres chancelleries occidentales évacuaient leurs concitoyens dans la paix et le calme, les Français, confiants dans leur administration, continuaient à vaquer à leurs occupations quotidiennes.

    Pour d’autres, c’est simplement une absence d’anticipation et un manque de moyens. Comme nous le confiait, sous couvert d’anonymat, un élu consulaire d’Afrique, habitué aux périodes de troubles, « il ne faut jamais écouter les diplo ». Des amis basés en Ukraine l’avaient appelé, il y a quelques jours. A tous, il leur a demandé de quitter le territoire, ceux qui ont écouté l’administration, le regrettent bien aujourd’hui alors qu’ils sont sous les bombes à Kiev ou dans les cohortes de réfugiés sur les routes.

    Prise de conscience parisienne ?

    Rapidement, au cabinet du Secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France, on a bien compris qu’une erreur avait été faite. Dès lundi après-midi, branle-bas de combat, le Ministre Jean-Baptiste Lemoyne décide d’organiser un point de situation avec les parlementaires concernés (sénateurs et députés des Français de l’étranger).

    On y apprend que 100% des agents sont mobilisés pour les Français sur place. La décision d’appeler chacun de nos compatriotes est prise. Pour les informer sur l’évolution des combats, les guider sur les routes, mais aucun soldat ne viendra les chercher. En téléconférence, on nous informe qu’une logistique sera rapidement mise en œuvre pour palier la pénurie d’essence en Ukraine afin de faciliter le départ de nos compatriotes par voie terrestre. Une logistique qui est forcément limitée, le dispositif français étant concentré à l’ouest du territoire ukrainien. Le message est clair : « Quittez les zones de combats et vous pourrez compter sur la France ». Avant, il faudra se contenter du coup de fil.

    Pourtant, certains se retrouvent obligés de s’organiser par leurs propres moyens. Pour cela, ils se contactent sur les messageries cryptées pour constituer des convois vers les frontières (voir le reportage de BFMTV) afin de maximiser la sécurité du trajet, et surtout pouvoir s’entraider en cas de pépin, essence, ravitaillement, etc.

    Réunion de crise en ligne du Secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne

    Autre problème, et cette fois qui n’est pas lié à l’organisation de cette « évacuation », beaucoup de Français ne sont pas recensés sur le registre des Français de l’étranger. Cette procédure n’est pas obligatoire et donc beaucoup de Français font l’impasse. Pourtant elle facilite les opérations en temps de crise et permet de mieux ajuster le dispositif que notre pays devrait déployer.

    Solidarité pour les expatriés-réfugiés

    L’autre sujet qui a animé la réunion : l’accueil des Français d’Ukraine. Pour certains, ils n’étaient pas envoyés par une entreprise mais ils vivaient leur vie tout simplement dans ce pays qu’ils avait adopté par mariage, lien familial ou tout simplement pour sa culture et son cadre de vie comme d’autres dans bien nombre de pays. En quittant dans la précipitation leur emploi, leur environnement social, mais aussi leurs économies et leurs biens, les expatriés sont, souvent, dans la même situation que les centaines de milliers d’Ukrainiens jetés sur les routes.

    Un mouvement, initié par des élus consulaires des pays limitrophes à l’Ukraine, s’est organisé depuis ce week-end. Un formulaire en ligne permet de se signaler comme potentiel aidant (accueil dans les pays frontaliers, transport vers la France, vêtements et produits de première nécessité) ou tout simplement de se signaler comme réfugié d’Ukraine. En parallèle, la cellule de crise de l’ambassade désormais délocalisée à Lviv (disponible à ce numéro +380 32 297 08 31) propose aussi des solutions d’urgence parfois en coordination avec le dispositif citoyen et spontané né aux premières heures de la crise. Quand l’ambassade invitait encore les Français sur place à « rester en sécurité chez soi »…

  • Présidentielle 2022 : tous les sondages réunis pour vous

    Présidentielle 2022 : tous les sondages réunis pour vous

    Alors que le premier tour de l’élection présidentielle française approche à grands pas, EURACTIV France et Lesfrancais.press en partenariat avec Europe Elects, ont réuni tous les sondages et projections dont vous avez besoin pour y voir plus clair, par les chiffres. Vous pouvez aussi retrouver la consultation des expatriés sur cette élection cruciale.

    Le premier tour, le 10 avril 2022

    Près de 48 millions d’électeurs français sont appelés à voter ces dimanches 10 et 24 avril 2022 pour élire le prochain président de la Ve République.

    En métropole et dans la plupart des postes consulaires, les bureaux de vote seront ouverts à 08h et fermeront à 19h. Dans certaines grandes villes, les bureaux resteront ouverts jusqu’à 20h. Le premier tour débutera dès le samedi 9 avril dans certaines collectivités d’outre-mer et dans les pays des Amériques pour tenir compte du décalage horaire : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre et Miquelon et en Polynésie française. À La Réunion, Mayotte et en Nouvelle-Calédonie, il se déroulera comme en métropole. 

    Le second tour, le 24 avril

    Le second tour opposera le 24 avril les deux candidats arrivés en tête au premier tour. Il aura eu lieu la veille dans les mêmes entités d’outre-mer et dans les pays des Amériques comme lors du premier tour. La campagne officielle de second tour débutera le jour de la publication au Journal officiel des noms des deux candidats qualifiés et s’achèvera le vendredi 22 avril à minuit. Sous la Ve République, aucun candidat n’a été élu au premier tour au suffrage universel.

  • L’AEFE sonne le glas des faux-résidents

    L’AEFE sonne le glas des faux-résidents

    Le 12 février était publiée la tribune “AEFE le coup de tonnerre !”. Rédigée conjointement par les professeurs syndiqués Annie Delporte et Jérôme Nassoy, elle questionne la quasi suppression des personnels résidents pour la rentrée 2022. 

    “Il ne sera plus possible d’obtenir un poste dans le réseau depuis la France ou un autre pays”. Lorsque les syndicalistes du SNES-FSU, Annie Delporte et Jérôme Nassoy, publient leur tribune conjointe le 12 février, c’est “le coup de tonnerre” dans le monde de l’enseignement français à l’étranger. 

    La fin des “faux-résidents” dès la rentrée

    L’Agence française pour l’enseignement à l’étranger (AEFE) met ainsi un terme aux contrats dits de résidents au recrutement différés (RRD), autrement appelés “les faux-résidents”. Il s’agit de professeurs détachés de l’Éducation nationale, qui, contrairement aux résidents “classiques”, sont soumis à un contrat de droit local durant leurs trois premiers mois en poste à l’étranger. Pourquoi ? Car, pour être assigné résident, il est nécessaire de justifier d’un rapprochement de conjoint sur place ou d’habiter le pays concerné depuis plus de trois mois. Or, les “faux-résidents” ne répondent pas à ces critères. De plus, il fallait pouvoir les différencier clairement des professeurs dits expatriés. La règle des trois mois a alors été trouvée. 

    Effectivement, les “expatriés” sont des professeurs mandatés par le gouvernement pour former de futurs enseignants localement. Ils sont sur place le temps de leur mission et perçoivent, entre autres, des aides au déménagement au départ et à l’arrivée. 

    Le procès qui a tout chamboulé 

    Ce système des RRD fonctionne depuis plus d’une vingtaine d’années, et s’il mettait dans une certaine précarité les professeurs y étant soumis – non cotisation pour la retraite, salaire revu à la baisse au moment des trois mois sous contrat local – personne n’a véritablement essayé de changer la règle. Non seulement car il permettait à l’AEFE de recruter du personnel, mais aussi car les professeurs avaient la possibilité de s’exiler sans justifier d’un rapprochement de conjoint ou d’une vie sur place depuis plus de trois mois. Ils pouvaient donc arriver directement de France et de l’étranger et avoir une plus large flexibilité de déplacement. 

    Toutefois, tout a basculé lorsqu’une enseignante a saisi la Cour administrative d’appel de Nantes pour ses trois mois passés sous contrat local. L’AEFE a, par conséquent, été condamnée pour “détournement de pouvoir et de procédure” le 15 mai 2020. Des procédures juridiques et deux ans plus tard, le Conseil d’administration de l’Agence a annoncé mettre un terme aux RRD, dès septembre 2022. 

    Pour le syndicaliste du SNES-FSU Patrick Soldat, “la situation était bancale et il fallait qu’elle explose”. Alors qu’il se demande quelle va être la suite, il révèle que l’Agence travaille actuellement sur un nouveau décret par rapport aux RDD, conjointement avec les ministres concernés et les organisations syndicales. Un point que l’AEFE a confirmé, en ajoutant que l’Agence souhaite continuer à recruter du personnel détaché “dans un cadre renouvelé tenant compte des besoins de mobilité”. 

    Un nouveau décret

    Si les parties prenantes travaillent donc actuellement à l’élaboration d’un nouveau décret, aucune date de sortie n’est annoncée pour l’instant. D’après le professeur syndiqué, il réside un problème de calendrier, car si l’AEFE aimerait pouvoir le coucher le plus tôt possible pour relancer la campagne de recrutement du personnel détaché, les syndicats souhaitent une négociation longue afin de revoir le texte dans son ensemble. 

    “Dans tous les cas, un problème de calendrier se présente. Soit le texte est modifié et il y a une deuxième phase de recrutement mais faite dans la précipitation. Soit il ne l’est pas et là la rentrée se présage mal”. 

    Patrick Soldat, professeur syndiqué du SNES-FSU

    “Une bombe à retardement”

    “Nous sommes assis sur une bombe à retardement” souffle Mehdi Benlahcen, professeur au collège installé depuis quinze ans au Portugal. Si lui peut rester indéfiniment sur place, c’est parce qu’il dépend de l’ancienne réglementation, ne limitant pas la durée des contrats de résidents à l’étranger. Or, depuis la rentrée 2019-2020, les professeurs sont restreints à des contrats de trois ans, renouvelables une fois. Une norme ayant entraîné une baisse du nombre de postulants détachés d’après l’instituteur. Effectivement, selon les chiffres des rapports d’activités de l’AEFE publiés sur leur site internet, le réseau a enregistré 21 964 candidatures pour les postes de résidents lors de la campagne 2018, contre 17 892 en 2019 et 16 191 en 2020. Un nombre en baisse constante. 

    Si la crise sanitaire a dû jouer un rôle dans cette diminution, pour Mehdi Benlahcen, elle n’est pas l’unique raison. Selon lui, s’installer à l’étranger nécessite un certain budget, comme pour le déménagement. Pour sa part, il avait contracté un emprunt à la banque pour couvrir les frais d’installation dans le pays lusophone. Mais il savait qu’il allait pouvoir y construire une vie et y rester indéfiniment, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Effectivement, le problème est tout autre lorsque les fonctionnaires savent que leur implantation a une date de péremption. Par conséquent, investir une forte somme tous les trois ou six ans, peut en réfréner certains. 

    “Nous sommes à la veille de frais de scolarité sans précédent. Si on n’a plus de résidents, nous allons recruter des gens en contrat local, ça veut dire 100% à la charge des établissements”. 

    Mehdi Benlahcen, professeur au Portugal

    Effectivement, les professeurs sous contrat de droit local sont directement gérés et donc payés par leur établissement. Leurs salaires sont couverts grâce aux frais de scolarité déboursés par les parents d’élèves. Ainsi, si nous pouvons nous attendre à une baisse du nombre de professeurs résidents, nous pouvons également prédire une augmentation des professeurs sous droit local et donc un accroissement des frais de scolarité, déjà très onéreux. 

    Promotion des IRF 

    “Arrive maintenant le temps du développement” appuie Samantha Cazebonne dans un entretien accordé à Lesfrancais.press. Elle symbolise ce temps de l’avancement par sa dernière proposition de loi en date, qui vise à “faire évoluer la gouvernance de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et à créer les instituts régionaux de formation”. Le premier de ces instituts a été officialisé le 4 janvier dernier à Dakar et a, comme les prochains, vocation à former le personnel de l’AEFE. Pour la sénatrice LREM, de nouveaux professeurs pourront être formés de manière continue, certifiante et également en formation initiale. Pour l’Agence, les IRF veilleront à former du personnel et par conséquent des professeurs qui pourront prétendre à tous les contrats différents. 

  • Quitter l’Ukraine : mode d’emploi

    Quitter l’Ukraine : mode d’emploi

    On se souvient qu’aux prémices du conflit, le gouvernement n’avait pas invité les Français à quitter le territoire ukrainien à la différence des autres chancelleries occidentales. Pourquoi ? Car Emmanuel Macron était sûr du résultat de ses échanges avec Vladimir Poutine et était persuadé de maintenir la paix. Malgré l’investissement de la diplomatie française, la guerre et ses fléaux ont déferlé sur l’Ukraine ! Hier, le 28 février, Jean-Yves Le Drian, Ministre des affaires étrangères, invitait les Français encore sur place (600 à 800 personnes) à quitter le pays par les routes !

    L’ambassade de France déménage

    Depuis plusieurs jours, des unités du GIGN sont sur place. Non pour secourir nos compatriotes, mais pour assurer le repli de l’administration consulaire et des diplomates.

    En effet, à la surprise générale, alors que le discours sur le site de l’ambassade indiquait toujours aux expatriés de rester chez eux, Paris annonçait que son personnel était évacué de la capitale ukrainienne pour la ville de Lviv à quelques kilomètres de la frontière polonaise. Les Français sur place se retrouvent donc seuls. Avant la France, les États-Unis, le Canada et Israël avaient notamment déjà opéré ce transfert vers Lviv.

    Agence consulaire à Lviv en Ukraine

    « La France ne pourra pas assurer la sécurité des personnes quittant Kiev »

    Ils sont seuls et livrés à eux-même. Car le Ministre des Affaires étrangères, depuis Paris, annonçant le déménagement, indiquait que les Français pouvaient désormais quitter Kiev mais que notre pays ne pouvait assurer leur sécurité. Seul soutien, les autorités partageront leurs informations sur les combats.

    «Il existe une opportunité de quitter la ville»

    Si le gouvernement invite les expatriés sur place à quitter la ville et le pays, c’est parce que Vladimir Poutine le concède. Ce lundi 28 février, le porte-parole du ministère russe de la Défense Igor Konachenkov a déclaré à la télévision russe que «Tous les civils de la ville peuvent quitter la capitale ukrainienne librement par l’autoroute Kiev-Vassylkiv».

    C’est donc cette route qu’évoque Jean-Yves Le Drian pour les Français. Pourtant il concède que « Les routes pour sortir de Kiev par le sud ne sont pas totalement sûres« , alors comment faire ?

    Un itinéraire mouvementé

    Depuis le début de la guerre en Ukraine, des centaines de milliers d’habitants tentent de quitter le pays pour éviter les combats et trouver refuge dans les pays voisins, et notamment en Pologne. D’après l’ONU, ce lundi, ils sont déjà plus de 500.000 à avoir passé la frontière.

    Mais y parvenir n’est pas simple. En effet, face à l’afflux massif de personnes, l’accès à la frontière est saturé, entraînant des kilomètres de files d’attente. Une équipe de BFM-TV a fait la route entreprise par ces Ukrainiens. Arrivés à 13h30 samedi à la frontière, les journalistes n’ont atteint la Pologne qu’à 1h30 du matin ce lundi.

    Pour éviter ces attentes trop longues pour les réfugiés, l’ambassade des États-Unis en Ukraine publie régulièrement sur les réseaux sociaux les temps de passage aux différents postes frontières du pays. Ce lundi à 18h par exemple, il fallait compter entre 20 et 24 heures d’attente pour passer en Pologne, contre 7 à 11 heures pour entrer en voiture en Slovaquie.

    https://twitter.com/USEmbassyKyiv/status/1498343249236344832?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1498344899917266949%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es2_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.bfmtv.com%2Finternational%2Fjusqu-a-36h-pour-passer-la-frontiere-l-interminable-attente-des-refugies-ukrainiens-pour-entrer-en-pologne_AV-202202280502.html

    Pour passer la frontière, il faudra se munir des papiers d’identité français ou ukrainiens pour chaque membre de la famille (des familles se sont retrouvées bloquées quelques heures ou jours car elles ne disposaient pas des papiers des plus jeunes). Il faut aussi s’équiper en vêtements chauds, eau et nourriture. Une épreuve que les Français sur place auraient préféré éviter si on leur avait dit de partir quand la situation était encore controlée.

    Seul réconfort, la solidarité tourne à plein régime entre expatriés, si vous habitez dans un pays limitrophe de l’Ukraine et que vous pouvez accueillir des Français, contactez les élus consulaires à l’origine de ce dispositif !

  • Macron pas candidat ?

    Macron pas candidat ?

    Chacun tient pour évidente la candidature d’Emmanuel Macron. Il a déjà ses parrainages. Tous les sondages, face à n’importe quel candidat, le donnent vainqueur. Et si, pour une raison ou pour une autre, obsédé par l’Ukraine, fatigué par la Covid, lassé des gilets jaunes, agacés par ses fidèles et vexé d’un soutien qui ne correspond pas à une adhésion, il renonçait ? 

    Quel choix sans Macron ?

    Personne d’autre de son camp n’aurait le temps de recueillir les parrainages. Alors le choix resterait entre deux candidats d’extrême droite, et peut-être un candidat d’extrême gauche. Resterait une candidate de la droite républicaine en perte de confiance. Bien sûr, toutes les cartes seraient redistribuées. Mais cette absence montrerait à quel point il a réussi à diviser, affaiblir, écarter tout concurrent, toute force organisée qui le gênerait. 

    Le paysage politique actuel ressemble à des pièces de puzzle éparses. C’est d’autant plus curieux que les oppositions, les conflits dans la société française sont relativement légers par rapport à ce que l’on a connu dans le passé. Personne ne prône la dictature du prolétariat ou la fin de la République. Personne ne veut mettre l’adversaire en prison, ni museler les journaux. La société française est, en fait, et pour la première fois depuis la Révolution, d’accord sur l’essentiel.

    Notre démocratie fonctionne-t-elle mal ?

    Tous les partis sont démocrates et républicains, même les plus extrémistes, et la démocratie fonctionne mal. La preuve, si Macron n’était pas candidat, apparaitrait un grand vide. C’est dire s’il a éliminé ses concurrents, ou s’ils se sont éliminés eux-mêmes : qui pense encore à Villepin, Hollande, Sarkozy, Fillon, Royal ou Aubry, toutes figures qui eurent du succès et qui ont pu songer à revenir ? On peut saluer son habileté, ou sa chance ; on peut aussi déplorer le fait qu’un grand pays ne devrait pas être à ce point dépendant d’un homme. Un grand pays a toujours plusieurs options possibles, et plusieurs hommes ou femmes d’Etat en réserve. D’autant que le Président Macron n’est pas un héros, ni un dirigeant exceptionnel qui écrase la concurrence. Le vide des projets, le vide de la campagne, n’est pas que de son fait, mais en dit long sur la société française. 

    © AFP

    C’est le signe d’un grand bonheur, ou d’un immense laisser-aller. Les Russes disent pareil : hors Poutine, qui ? Beaucoup en France disent : Macron, sinon qui ? C’est une première dans un pays passionné de politique et de débats, d’assister à une campagne dans laquelle, malgré tous leurs efforts, -et ils sont humainement remarquables- les candidats n’arrivent pas à incarner un espoir. Seul Zemmour étonne, mais autant qu’il est rejeté. Une démocratie vivante ne fait pas que des choix par défaut. Drôle de vide.

    On peut aussi se dire que c’est le début de la sagesse, que les Français ne croient plus aux promesses, aux discours, encore moins aux partis, et ne s’en remettent pas non plus au charme, ni au pouvoir d’un seul. Alors pourquoi Macron, parce qu’il est en place ? Parce qu’il est au centre ? Et que finalement la société est plus consensuelle, modérée qu’on ne le croit ?  Alors il faudrait aller plus loin : ne pas confier tant de pouvoir à un seul, fut-il Président, construire une République qui fonctionne avec des pouvoirs équilibrés. 

    Elu sans faire campagne ?

    Si Emmanuel Macron est candidat, il a de grandes chances d’être réélu, sans même faire campagne. L’hebdomadaire The Economist lui donne 88% de chances. Ne seront discutés ni son bilan, ni son projet. On sait ce qu’il a fait, ce qu’il n’a pas fait, on ne sait pas vraiment ce qu’il fera. L’opposition étant totalement éclatée, il aura plus de pouvoir qu’aucun autre Président avant lui. 

    Pourtant, dés qu’il sera réélu -s’il est candidat, s’il est réélu- il aura tout le monde contre lui. Y compris dans son propre camp, puisque commencera aussitôt la course à sa succession, et son autorité diminuera de jour en jour. 

    Il lui reste une chance : désigner son successeur, le faire élire, puis lui succéder pour dix autres années. En fait, il lui faut son « Medvedev », l’homme qui ne lui fera pas d’ombre, ni comme Premier ministre, ni comme Président intérimaire. Et là il y a beaucoup de candidats.

    Et s’il n’était, pour une raison ou pour une autre, vraiment pas candidat ?  

  • Edouard Philippe à la rencontre des Français de Londres

    Edouard Philippe à la rencontre des Français de Londres

    Ce vendredi 25 février 2022, Edouard Philippe était à Londres. Il fut le Premier ministre d’Emmanuel Macron de 2017 à 2020, il était en fonction lors du début de la pandémie en 2020.

    L’actuel maire du Havre venait dédicacer ses livres à une centaine de Français à la librairie française, La Page, située dans le quartier français de South Kensington. Cette rencontre chaleureuse a duré près de 2 h 30. Il a pris le temps de prendre des selfies avec certains d’entre eux. Ce n’est pas tous les jours qu’un ancien Premier ministre français se rend dans le quartier. 

    À Matignon, Gilles Boyer l’avait accompagné en tant que conseiller. Aujourd’hui sa carrière a évolué, il est devenu député européen (Renew Europe). Ensemble, ils ont écrit « Dans l’ombre », sorti en avril 2011 et qui est en cours d’adaptation pour une série TV. Le livre vient d’être traduit en anglais. En avril 2021, ils ont sorti « Impressions et lignes claires » aux Éditions JC Lattès sur les années passées à Matignon. 

    Lesfrancais.press est allé à la rencontre d’Édouard Philippe

    Edouard Philippe à la librairie française La Page à Londres

    Un comité Horizons à Londres

    Dans le froid, quelques expats faisaient la queue à l’extérieur de la librairie, parmi eux se trouvait Baptiste Roda qui vit à Londres depuis deux ans et demi. Il est venu rencontrer Édouard Philippe.

    “Je fais partie actuellement du comité Horizons de Londres. C’est le parti créé par Édouard Philippe en octobre 2021. Pour l’instant nous sommes une petite dizaine et nous sommes dans une phase de développement où nous essayons d’identifier quelles sont les attentes des Français pour pouvoir leur proposer la meilleure offre politique possible et tenter de répondre au mieux à leurs besoins. C’est dans le but des législatives qui se profilent à l’horizon. Tout d’abord je vais me présenter à lui et lui dire qu’il a mon plein soutien dans tout ce qu’il entreprend. D’ailleurs s’il a deux ou trois conseils à me donner, évidemment je suis preneur !”

    Baptiste Roda, Français de Londres

    Nous avons aussi rencontré Léonore Mascarell, la déléguée du comité Horizons à Londres (Horizons est le nouveau parti fondé par l’ancien Premier ministre). Elle nous a expliqué que dans la capitale britannique, “les estimations du nombre de Français oscillent entre 200 000 et 300 000« . Ces derniers ont tous des profils différents et sont plus ou moins impliqués dans la vie politique française.
    Le comité « Horizons » de Londres s’agrandit donc progressivement.

    Léonore Mascarell

    « Nous sommes rejoints régulièrement par des femmes et des hommes qui souhaitent s’engager au service de la réflexion et contribuer à un dialogue constructif. Dans les prochains jours, nous allons lancer une consultation en ligne pour mieux comprendre les préoccupations des Français expatriés à Londres. Sur la base de ces résultats, un calendrier d’ateliers et de débats sera ouvert à tous et mis en place. Notre priorité est de reconnecter les Français expatriés avec la politique, qu’ils expriment leurs opinions, puis qu’ils construisent avec nous la France de demain. Lors de son intervention au King’s College London, devant une salle comble d’étudiants, Édouard Philippe a échangé avec le public sur plusieurs thématiques essentielles. Ces formats d’échanges, directs, francs, et sans langue de bois, c’est l’ambition même d’Horizons.”

    Léonore Mascarell, la déléguée du comité Horizons à Londres

    Rencontre avec les expatriés

    À l’intérieur de la librairie, les Français attendaient leur tour pour parler à Édouard Philippe, prendre un selfie avec lui. Ce fut le cas de Charles Bilger, Président des Alsaciens à Londres. Il a partagé avec nous son ressenti.

    “Très proche, aimable, une rencontre sans bousculade où nous avons pu trouver le temps pour un échange. La librairie a très bien organisé la communication et l’événement est d’autant plus plaisant. C’est une chance incroyable d’avoir un Premier ministre à Londres en ces temps très politiques.” 

    Charles Bilger, Président des Alsaciens à Londres

    Enfin, nous avons rencontré Edouard Philippe qui a bien voulu répondre à quelques questions !

    Comment l’ancien locataire de Matignon a-t-il trouvé sa rencontre avec les Français de Londres ?

    Édouard Philippe nous répond que “c’est très agréable de rencontrer les gens, quelles que soient les circonstances. Ça fait aussi plaisir de connaître des personnes qui ont envie de vous lire parce que l’écriture d’un livre prend du temps, c’est un travail de fond. Certains sont venus juste pour me dire qu’ils sont originaires de Normandie ou qu’ils approuvaient ce que j’avais dit à un moment ou à un autre.”

    Quels seront les projets d’Édouard Philippe dans les cinq années à venir ? 

    Quand l’ancien Premier ministre a créé son parti « Horizons » en octobre dernier, la plupart des personnes pensaient qu’il allait se présenter à la présidentielle de 2022. Comme l’a fait Emmanuel Macron après avoir créé son mouvement, « En Marche », où il est devenu candidat en 2017. Mais pour l’instant, son parti ne bénéficie d’aucun financement public. Car la fusion avec le parti « Agir » a échoué. En effet Franck Riester, le patron d’Agir et le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, a mis son véto à cette alliance. Une censure exigée par Emmanuel Macron en personne d’après France Info. C’est pourquoi Édouard Philippe nous a expliqué qu’il va continuer à écrire des livres.

    “Je vais aussi m’occuper de la ville du Havre. Je vais également essayer de participer au débat public et à la vie politique de mon pays.” 

    Édouard Philippe à Londres le 25 février 2022

    Quel sera le rôle d’Édouard Philippe pendant la campagne ? 

    La presse française parle désormais des circonscriptions pour les législatives de 2022. Combien de circonscriptions le parti « Horizons » va-t-il obtenir ? Est-ce que des tensions entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe existeront si « Horizons » n’a pas assez d’élus et de circonscriptions ? Comme ce fut le cas entre François Bayrou et Emmanuel Macron en 2017. 

    Édouard Philippe nous répond qu’il soutient un candidat à l’élection présidentielle qui ne s’est pas encore déclaré pour des raisons que tout le monde comprend et qui sont liées à la crise internationale notamment en Ukraine.

    « Ce candidat, c’est le Président de la République. Donc je vais faire le maximum pour l’aider à se faire élire, parce que je pense qu’il a bien travaillé depuis cinq ans. Je pense que nous n’avons pas tout réussi, que nous avons fait beaucoup de choses. Je pense aussi qu’il est le plus à même de conduire les affaires de la France et donc, sans aucune hésitation et avec beaucoup d’enthousiasme, je vais l’aider à demeurer Président de la République et continuer surtout à agir.”

    Édouard Philippe à Londres le 25 février 2022

    Mais la question est de savoir si Édouard Philippe se prépare pour 2027. 

    Son message pour les expatriés au Royaume-Uni

    Les Français au Royaume-Uni ont eu deux années très difficiles liées au Brexit et à la pandémie de Covid-19, de nombreux Français du Royaume-Uni se sont posés la question de quitter le pays ou de rester et certains d’entre eux n’ont pas pu retourner en France voir leur famille à cause des fermetures de frontières. Au début de la pandémie quand le Royaume-Uni a tardé à confiner sa population, Édouard Philippe lorsqu’il était Premier ministre a annoncé dans une émission télévisée sur France 2 que la France allait fermer sa frontière avec le Royaume-Uni. Du jour au lendemain il fallait des motifs impérieux pour voyager. Édouard Philippe connaît les difficultés d’être loin de la France, car il a été lui-même expat. C’est pourquoi il a un message pour les Français au Royaume-Uni pour la présidentielle de 2022.

    “Mon message est d’abord un message d’amitié. J’étais moi-même pendant quelques années expatrié à Bohn en Allemagne. Je sais que c’est une vie extraordinaire, même s’il y a parfois des inconvénients et des difficultés, compte tenu des années que nous venons de passer. Comme l’isolement et les difficultés à se déplacer. Beaucoup de gens vivent ici et n’ont pas pu cultiver le lien qui les unit à la France comme ils auraient souhaité. Tout d’abord, c’est un message d’amitié, mais aussi un message pour leur dire qu’ils sont français même s’ils vivent à l’étranger. Ils demeurent quand même français et nous avons besoin de leurs intérêts pour la France. Et à ce qu’ils s’intéressent à ce qui se dit, à ce qui se décide dans notre pays. Et qu’ils continuent à participer à la vie publique et aussi à voter.” 

    Édouard Philippe à Londres le 25 février 2022

    Les Français au Royaume-Uni sont-ils entendus par leurs représentants ? 

    La plupart des expats au Royaume-Uni ont l’impression qu’ils sont abandonnés notamment avant les présidentielles ou en temps normal. Certes le Consulat de France existe ainsi que des élus, mais ils ne se sentent pas représentés surtout pendant ces dernières années avec le Brexit et la Covid-19. Ils souhaitent que leurs voix soient entendues à l’Assemblée nationale. Car c’est à la suite de la réforme de la constitution française de juillet 2008 et en profitant du redécoupage de 2010 que 11 circonscriptions législatives ont été créées à l’étranger, pour permettre aux Français établis hors de France d’élire des députés à l’Assemblée nationale (une première sous la République française). Pour la bonne raison que ces Français hors de France n’étaient pas représentés auparavant au Sénat. Ces 11 députés sont élus selon les mêmes modalités [scrutin uninominal majoritaire à deux tours] et disposent des mêmes pouvoirs que les députés élus sur le territoire français. Ils ont été élus pour la première fois lors des élections législatives de 2012 et siègent dans la XIVe législature de la Cinquième République française. 

    Édouard Philippe a tenu à répondre à leurs préoccupations.

    “Aujourd’hui, ils ont des députés qui parlent, qui comptent et qui représentent leurs intérêts à l’Assemblée nationale et au Sénat. Peut-être que dans le débat public national nous ne parlons pas assez des Français de l’étranger. Actuellement, les questions que se posent les Français de l’étranger à Londres ne sont pas les mêmes que celles qui taraudent les Français résidant dans les pays de l’Union européenne ou à l’autre bout du monde. Mais leurs questionnements sont pris en compte.”

    Édouard Philippe à Londres le 25 février 2022

    Les tensions franco-britanniques 

    Les tensions entre la France et le Royaume-Uni ne sont pas au beau fixe en ce moment avec la guerre sur les licences de pêche, les migrants qui tentent de traverser la Manche et bien d’autres sujets qui fâchent. L’ancien Premier ministre est allé même signer un registre de condoléances, le 22 mai 2017 après l’attentat à Manchester à l’Ambassade de la Grande-Bretagne à Paris. 

    Quand nous lui avons posé la question sur ce qu’il pense de l’avenir des relations entre les deux pays post Brexit il nous dit :

    “C’est un avenir qui sera long, qui sera fait de moments glorieux et difficiles. Ce sera comme depuis toujours. Nous sommes tellement proches, nous sommes tellement cousins, mais tellement différents. Pourtant nous sommes très liés et ce sera toujours indispensable, utile et difficile.”

    Édouard Philippe à Londres le 25 février 2022

    Comment la rencontre s’est-elle passée ?

    Isabelle Lemarchand, de la librairie « La Page » nous a confié que “la rencontre a eu lieu autour de son livre. Sauf de façon très rare, ce n’est pas l’auteur qui fait signe en général ».

    Nous sommes en contact avec les éditeurs. Nous n’intervenons pas du tout au niveau politique. L’intervention se fait uniquement au niveau de la littérature. C’est pour cela que nous recevions l’écrivain et pas du tout l’homme politique, mais bien entendu les gens sont intéressés de le rencontrer pour toutes ses casquettes. Mais nous le rencontrions uniquement autour de son livre parce que « Dans l’ombre » est sorti en anglais donc c’était la publication  » The shadows ». C’est pourquoi il y avait son éditeur anglais et son éditrice française qui l’accompagnaient. C’était vraiment un événement de librairie avant tout.

    Isabelle Lemarchand, de la librairie La Page

    Isabelle Lemarchand ajoute qu’Édouard Philippe était très content de cette rencontre “qui s’est fort bien passée, très bien terminée. C’était tout à fait convivial et ça s’est passé comme nous l’attendions. Beaucoup de monde était présent. Je pense qu’il était très content de retrouver ses lecteurs.”

    La librairie La Page nous a indiqué qu’elle est prête à accueillir d’autres événements, mais uniquement dans le domaine de la littérature. “En aucun cas nous n’avons fait des réunions politiques. C’est toujours en relation avec notre métier et notre volonté de promouvoir la culture et la littérature françaises à Londres. Les grands événements c’était François Hollande en 2019 et Édouard Philippe récemment qui intéresse particulièrement les gens. Nous recevons des personnalités politiques quand ils sont là pour vendre des livres”, a conclu Isabelle Lemarchand. 

    En ces temps d’incertitude au Royaume-Uni les expats ont besoin de plus de culture et de littérature françaises. 

  • Fin du masque en France dans les lieux sous passe vaccinal

    Fin du masque en France dans les lieux sous passe vaccinal

    Depuis ce lundi 28 février 2022, le port du masque en France cesse d’être obligatoire dans les lieux fermés mais sous passe vaccinal. Les règles évoluent aussi pour les personnes cas contact et complètement vaccinées. On fait le point sur les dispositions prises par le gouvernement.

    Dans quel lieu peut-on enlever le masque en France ?

    Depuis ce lundi 28 février 2022, le port du masque n’est donc plus obligatoire dans certains lieux. Il s’agit de lieux clos, par ailleurs soumis au passe vaccinal. C’est notamment le cas :

    • Des restaurants et bars,
    • Des cinémas,
    • Des théâtres,
    • Des musées et monuments,
    • Des établissements sportifs.

    Mais attention, cette règle ne s’applique pas dans les transports (trains, bus, etc.) , où le port du masque continue donc d’être exigé. Le port du masque en intérieur est également maintenu dans les lieux non soumis au passe vaccinal. Le port du masque reste obligatoire dans les commerces, les entreprises et les hôpitaux. Pour rappel, il n’est plus obligatoire de porter le masque en extérieur depuis le 2 février.

    Vous êtes cas contact lors de votre voyage en France ?

    Même si la pandémie recule, le taux de circulation du virus est encore important en France. Lors d’un voyage d’un expatrié, il n’est pas impossible de se retrouver cas contact. Jusqu’à présent, le voyage se transformait en un séjour qui se limitait à son lieu de résidence, quarantaine oblige ou à une longue succession de tests (trois tests, le premier jour, à J+2 puis J+4).

    Bonne nouvelle ! Depuis ce 28 février, Les personnes cas contact avec un schéma vaccinal complet (avec des vaccins reconnus par l’UE) n’ont plus qu’à réaliser un unique test (autotest, ou test antigénique, ou test PCR) deux jours après avoir été informées qu’elles ont été en contact avec une personne positive.

    Si le test s’avère positif, il sera nécessaire de refaire un test de confirmation (PCR ou antigénique). Les règles d’isolement, elles, ont aussi évolué : les personnes avec un schéma vaccinal complet ne sont pas tenues de s’isoler, tant qu’elles n’ont pas de symptômes.