La guerre en Ukraine serait « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique »

La guerre en Ukraine serait « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique »

L’Union européenne doit accroître de manière significative son pouvoir de dissuasion, a déclaré mardi 1er mars Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, devant les eurodéputés. Il s’agit là du deuxième « tabou » brisé par l’UE en l’espace de quelques jours, après que le bloc a approuvé la livraison d’armes à l’Ukraine. Place à l’Europe géopolitique.

Une diplomatie européenne

S’exprimant lors d’une session extraordinaire du Parlement européen convoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, M. Borrell a déclaré que « l’une des leçons que nous devons tirer est que l’Europe doit plus que jamais réfléchir stratégiquement sur elle-même, sur son environnement et sur le monde ».

« Nous devons accroître notre capacité de dissuasion afin de prévenir la guerre », a estimé M. Borrell, ajoutant qu’il était devenu évident que les options actuelles de l’UE ne suffisaient pas à dissuader la Russie.

« Parce que tout ce que nous devons comprendre, c’est que pour faire la paix, il faut être deux, mais pour faire la guerre, il suffit d’une seule partie — c’est exactement ce que nous dit M. Poutine », a-t-il ajouté.

« Nous devons réfléchir à l’instrument de coercition, aux représailles et à la contre-attaque face à des adversaires téméraires », a expliqué le chef de la diplomatie de l’UE. Il s’agit là de « l’acte de naissance de l’Europe géopolitique », a-t-il ajouté.

La semaine dernière, l’Union européenne avait pris des mesures visant à imposer une série de sanctions à la Russie pour son invasion de l’Ukraine, dans ce qui était considéré comme le plus grand ensemble de mesures punitives adoptées par le bloc à l’encontre d’un pays tiers jusqu’à présent.

« Il y a trois jours, c’était impossible, et maintenant c’est possible, et ils [les Russes] commencent à ressentir les conséquences [de leurs actes] en termes d’inflation et de chute de leur monnaie », a déclaré M. Borrell. « C’est ça la capacité de coercition », a-t-il ajouté.

Le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, lors d’une session plénière extraordinaire du Parlement européen consacrée à l’agression russe contre l’Ukraine à Bruxelles, le 1er mars 2022. Les eurodéputés ont débattu de « l’invasion de l’Ukraine par la Russie » et ont voté une résolution à ce sujet. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Une défense européenne

En outre, dans ce qui a été décrit comme un « moment décisif » pour sa politique de défense, l’UE a accepté dimanche 27 février de débloquer quelque 500 millions d’euros pour que les États membres puissent acheter des armes à destination des forces armées ukrainiennes, dans l’espoir d’arrêter l’invasion russe.

Les traités européens interdisent à l’Union d’utiliser son budget pluriannuel ordinaire pour financer des opérations ayant des implications militaires ou de défense.

C’est pourquoi l’UE a annoncé qu’elle utiliserait un instrument de financement hors budget, la Facilité européenne pour la paix (FEP), dont le plafond est fixé à 5 milliards d’euros et qui peut être utilisé pour fournir une aide militaire.

Ce fonds intergouvernemental récemment créé a permis à l’Union européenne de fournir une aide militaire aux pays partenaires et de financer le déploiement de ses missions militaires à l’étranger.

S’adressant spécifiquement aux législateurs européens, M. Borrell a souligné que le fonds ne ferait pas partie du budget actuel de l’Union approuvé par le Parlement européen, « parce que nous soutenons que l’UE est une force de paix et qu’elle ne peut pas fournir d’armes à qui que ce soit ».

« Lorsque vous voterez le prochain budget, utilisez votre capacité budgétaire pour y mettre les poids et les moyens [nécessaires] afin de faire face à la prochaine crise et à la prochaine agression russe », a-t-il continué.

Durant les négociations pour le budget actuel de l’UE, les initiatives phares de l’UE en matière de défense ont été considérablement réduites par rapport aux ambitions initiales en raison des querelles interinstitutionnelles concernant les chiffres. Ces désaccords ont également été observés entre les États membres eux-mêmes.

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