Située le plus au sud de l’Amérique continentale, la Floride est souvent considérée comme périphérique. L’État est connu pour son soleil, ses plages, ses retraités, son Disneyworld, son centre spatial, ses étangs et ses alligators. Longtemps caricaturée, la Floride attire de plus en plus les investisseurs américains et étrangers. 30 000 Français y vivent.
Ils travaillent au sein d’entreprises de haute technologie, dans la restauration ou l’hébergement. Certains ont choisi d’investir dans l’immobilier locatif attirés par la faible fiscalité et les rendements locatifs élevés ; d’autres ont décidé d’y passer leur retraite tout ou partie de l’année.
30 000 Français vivent dans le troisième Etat le plus peuplé des Etats-Unis
La Floride est devenue la première destination des déménageurs américains et étrangers. Entre 2010 et 2020, sa population a augmenté deux fois plus que la moyenne nationale. Au cours du seul premier semestre 2021, 260 000 personnes supplémentaires de plus sont arrivées en Floride qui a dépassé New York pour devenir le troisième État américain le plus peuplé des États-Unis après la Californie et le Texas. Sa démographie est tout à la fois dynamique et diversifiée, notamment avec un nombre croissant d’Hispaniques.
Avec la crise sanitaire, de nombreux Américains ont décidé de télétravailler à partir des villes côtières de cet État. Des vedettes comme Mick Jagger y ont acquis récemment des résidences, détrônant ainsi la Côte-Ouest.
La Floride possède plusieurs aéroports internationaux permettant de se rendre dans un très grand nombre de villes, les deux principaux étant ceux d’Orlando et de Miami. New-York est à moins de 3 heures de vol à partir de l’aéroport d’Orlando. Les prix de l’immobilier restent attractifs par rapport à ceux des lieux de villégiature d’Europe ou de la Côte-Ouest américaine. Les villes sont relativement sûres et offrent une bonne qualité de services.
Le PIB de la Floride a doublé depuis 2002
Le poids économique de la Floride progresse plus vite que celui du reste du pays. Son PIB a doublé depuis 2002. Si elle était un État indépendant, elle se classerait au 15e rang des économies mondiales, devant le Mexique et l’Indonésie.
Son poids politique au sein des États-Unis est de plus en plus important, en lien avec l’augmentation de sa population. Elle dispose de 30 votes au sein du collège électoral pour l’élection du Président des États-Unis. L’État de Floride est l’un des rares des États-Unis à n’exiger aucun impôt sur le revenu, ce qui contribue à son attractivité. Cette absence d’impôts explique l’engouement de nombreux ménages américains pour cet État, surtout au temps du télétravail roi. Ils quittent les États à fiscalité et à réglementation élevées (comme New York et la Californie) pour la Floride ou le Texas.
Orlando, Florida, USA Downtown Drone Skyline Aerial.
Les succès de la Floride menacent sa tranquillité
Les États-Unis étant en situation de plein emploi, les entreprises sont contraintes de mettre en avant des arguments fiscaux et sociaux pour attirer les salariés. Combinant faibles prélèvements, services de qualité et soleil, la Floride constitue un atout pour les entreprises qui y ont des établissements. La concurrence entre entreprises et entre États est de plus en plus forte.
Les succès de la Floride menacent sa tranquillité. Les retraités apprécient modérément le développement de l’esprit festif ; les actifs estiment que l’arrivée de nouveaux habitants contribuent à la hausse des prix de l’immobilier et nuit à l’homogénéité de l’État. Les jeunes soulignent que la Floride doit faire face à des menaces environnementales élevées : ouragans, vagues submersives, destruction de la faune et de la flore en lien avec le réchauffement climatique. Un cinquième des logements serait exposé à un risque « substantiel » d’inondation en raison de la montée du niveau de la mer .
La forte croissance de la population s’accompagne de goulets d’étranglement au niveau de la main d’œuvre, en particulier dans le secteur du bâtiment ou de la restauration. La faiblesse des recettes publiques est liée à une vétusté des infrastructures publiques. À la différence des Côtes Ouest et Est, un climat « antiwokisme » tend à se diffuser, créant des tensions sociales croissantes qui pourraient nuire à l’image de tolérance de l’État de Floride.
Marioupol ou Guernica sur Azov. A l’entrée du siège des Nations unies se déploie une immense tapisserie, copie d’un des tableaux les plus célèbres du monde, le Guernica de Picasso. Le bombardement par la légion Condor de la petite ville avait horrifié le monde, en 1936. C’était, pour les nazis, le test d’une nouvelle tactique de terreur sur les populations civiles.
En 2022, Marioupol est pire que Guernica. La ville est rasée à 90%. Plus de 20.000 civils tués. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont la Russie est membre fondatrice, constate « les attaques d’hôpitaux, de maisons et d’immeubles résidentiels, de propriétés culturelles, d’écoles, d’infrastructures d’eau et d’électricité ». L’Unicef dénonce : « les enfants sont attaqués dans des endroits où ils devraient être en sécurité : dans des écoles, dans des hôpitaux, dans des maisons, dans des abris ». Le Procureur de la Cour Pénale Internationale décrit Boutcha une « scène de crimes ». L’Unesco recense plus d’une centaine de sites du patrimoine ukrainien détruits, en violation de la Convention de la Haye de 1954. Des conventions, quelles conventions ?
« Si quelqu’un envoie des avions et des soldats pour tuer des civils, ce n’est pas de la guerre, c’est du terrorisme. »
Aigri par son échec, Poutine a nommé un nouveau général, Dvornikov, déjà éprouvé à l’inhumanité en Tchétchénie et en Syrie : L’écrasement d’Alep, c’est lui. Marioupol n’est donc pas une exception, ne sera pas une exception. Comme Guernica ne le fut pas. Kharkov est bombardé depuis un mois, 70% de Severodonetsk est détruit. Les Présidents de Pologne et des Etats baltes en visite à Kiev ont résumé : « Ce n’est pas une guerre, c’est du terrorisme. Si quelqu’un envoie des avions et des soldats pour bombarder des zones résidentielles et tuer des civils, ce n’est pas de la guerre. C’est de la cruauté, du banditisme, du terrorisme ». « Ceux qui ont autorisé ces meurtres, ces tueries, le bombardement de civils devraient tous être traduits en justice. » La justice est-elle possible dans la guerre, après la guerre ?
Vue de Marioupol par satellite du 15 avril 2022
Staline avait signé les conventions de Genève
Après la deuxième guerre mondiale, un Staline avait signé et promu les Conventions de Genève, adoptées par tous les pays du globe. Aujourd’hui, les crimes se voient par satellite, les villes libérées livrent cadavres et témoins de viols, tortures, exécutions sommaires, pillages : tout ce qu’interdisent les conventions du droit de la guerre. Tout se voit. Inutile d’aller aux Nations-Unies pour prendre le massacre en pleine face.
Le droit de la guerre existe, depuis des millénaires. C’est ce qui distinguait le barbare du civilisé ; ce qui distingue le criminel du soldat. Les soldats russes qui ont fusillé quelques villageois pour les voler le savent : ils ont maquillé leur crime en brûlant leur maison. Même les assassins ont une conscience, même les tueurs ont une mère. Il y a un droit dans la guerre. D’où vient ce sentiment supérieur de le mépriser ostensiblement ?
Le droit de la guerre existe, l’atout « moral » est déterminant dans l’issue des guerres.
Tout d’abord d’une culture. Poutine est un élève de la force. Il se voit en successeur d’Ivan le Terrible. Sa légitimité serait là : la sainte histoire russe bâtie sur des millions de cadavres. Renvoyer à cette culture du sacrifice serait encore lui faire trop d’honneur : Poutine a la mentalité d’ « un petit caïd », comme il le dit lui-même. Il copina avec le Milieu quand il était à Saint Petersbourg, institua un cartel mafieux pour diriger la Russie, s’appuya sur des criminels en Tchétchénie, installa des chefs de gangs dans le « Donbass libéré », tous parés de titres, d’or et d’uniformes.
La culture de la poigne est celle du crime. Les crimes de guerre sont donc légitimes : ceux qui ne le comprennent pas sont des imbéciles ou des hypocrites. Beaucoup, en Occident, partagent cette conviction et le confortent. Ils se présentent comme réalistes, oubliant que le droit de la guerre existe et que l’atout « moral » est déterminant dans l’issue des guerres. Ce sont de mauvais stratèges, ceux qui croient qu’une « cause juste » est sans valeur. Les Américains ont été battus au Viêt-Nam par les manifestations à Washington, la France et le Royaume-Uni ont perdu leur empire dans la lassitude de leur capitale.
Poutine se moque ou feint de se moquer des condamnations. Il connait les limites de de l’indignation.
La culture du crime se renforce avec le sentiment de l’impunité. Syrie, Géorgie, Crimée, l’Ukraine est une suite. Exclu du Conseil des droits de l’homme (seul Kadhafi avait réussi un tel exploit), exclu du Conseil de l’Europe (une première, là aussi), Poutine se moque ou feint de se moquer des condamnations. Mais il n’a pas tort : il connait les limites de de l’indignation.
Alors se multiplient les sanctions. Si elles n’étaient pas efficaces, les pays qui les subissent ne dépenseraient pas des fortunes en lobbying pour en être délivrés. Mais aucun régime n’est jamais tombé à cause des sanctions, nul n’a changé sa politique.
Dans le cas de l’Iran, le retour à l’accord du PAGC (JCPoA) est un aveu d’impuissance : l’Iran étant proche de détenir l’arme nucléaire, mieux vaudrait le réintégrer dans la communauté internationale. C’est ce qu’expliquent les chancelleries occidentales à celles du Golfe, qui voient dans ce retour à Obama un danger mortifère. Ils préféreraient des frappes ; on les comprend.
Boycottée, la Russie cessera-t-elle de vendre du gaz, du pétrole et des matières premières ? Elle fera des rabais, mais comme les prix vont augmenter, que lui importe ? Le Rouble a retrouvé son niveau d’avant-guerre. Les taux d’intérêt sont à 20%, mais l’inflation s’est déjà portée à 16% rien qu’en mars. Selon la Banque mondiale, la Russie devrait connaitre une récession de -11% cette année. L’économie russe sera touchée, pas au point de sombrer comme le « Moskwa » en Mer noire. Et l’économie européenne aussi serait frappée : couper le gaz amputerait le PIB allemand de -3%. Tout le monde perd à la guerre, c’est pourquoi personne n’y croyait. Quoiqu’il en coûte, après le charbon et le pétrole, l’Europe boycottera le gaz russe.
Condamnations et sanctions ne suffisent ni à stopper la guerre, ni à la gagner.
L’absence de sanctions serait pire qu’un aveu de faiblesse : une acceptation. Marioupol rasé ? Oublions. Ceux qui pensent que la guerre finie, tout redeviendra comme avant se trompent. Personne n’a oublié Guernica. Et puis, il n’est pas sûr que la guerre finisse de sitôt. Toute la géopolitique mondiale sera impactée par cette guerre. Les neutres auront du mal à le rester.
Mais condamnations et sanctions ne suffisent ni à stopper la guerre, ni à la gagner. Les Russes se sont retirés de Kiev parce que leurs forces étaient en danger. Déjà plus de 15.000 soldats russes tués. Hélas, seules les armes arrêtent les armes.
Tout conflit, tout rapport de force, oblige à employer les mêmes armes que l’adversaire. Répondre à des chars par des sanctions financières n’est pas la réponse adéquate. A une attaque cyber, il faut répondre par deux attaques cyber. A une attaque terroriste par plusieurs « oblitérations » dans les pays qui soutiennent ces attaques. A des chars, des chars.
Accepter Marioupol parce qu’un tyran possède une arme folle ?
La seule alternative aux sanctions serait une intervention de type militaire. Faire droit à une demande de protection d’un pays envahi par son voisin ne revient pas à envahir le voisin. Inverser la charge de la preuve : l’entrée de forces européennes en Ukraine à la demande du gouvernement ukrainien signifierait que les Russes prendraient alors le risque d’affrontements avec l’Occident.
Biden a annoncé 800 millions de dollars d’aide militaire avec artillerie et blindés. L’Union européenne a déjà débloqué 1,5 milliards. L’Allemagne annonce 1 milliard d’aide militaire supplémentaire. « La liberté doit être mieux armée que la tyrannie » proclame Zelensky. L’engrenage est là. A chaque échec, Poutine rappelle son « assurance nucléaire ». Jeu fou ? Prétention de caïd ? Accepter Marioupol parce qu’un tyran possède une arme folle ? Après Poutine, l’Iran ? Combien de Guernica en promesse ?
Montrer que l’on cède aujourd’hui à la menace nucléaire serait annoncer que face à l’utilisation d’armes nucléaires demain on ne ferait rien. La seule façon de montrer que le crime ne paie pas est de renforcer notre soutien, voire d’engager des forces dans la protection des populations ukrainiennes le plus tôt possible. Il n’y a pas d’autre solution que de punir le crime. Et de prier toutes les mères de Russie pour qu’elles évitent à leurs fils de devenir des assassins.
Des gendarmes français en Ukraine. Et si l’un d’entre eux était tué ?
Une quinzaine de gendarmes français de l’Institut de recherche criminelle sont arrivés à Boutcha pour enquêter sur les crimes de guerre commis dans cette ville. Ce sont les premiers militaires occidentaux en Ukraine. Et si l’un d’entre eux était tué ? On ne peut que se demander à quel moment il faudra intervenir plus directement.
Et si, avec ces gendarmes, des soldats français venaient « sécuriser » les populations des villages libérés, comme ils le firent en Irak pour protéger les Kurdes des Turcs ?
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a.Ambassadeur de France
a.Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press
En envoyant ses forces armées déshonorer la Russie sur le champ de bataille, Vladimir Poutine ne lançait pas seulement une offensive contre l’Ukraine, il assénait aussi un coup terrible à son propre pays, condamné pour de longues années à l’isolement et au déclin. Pour le fédéraliste que je suis, clamant depuis plus de dix ans que la vraie place de la Russie est au sein d’une grande union européenne, c’est un anéantissement. L’écroulement de la Russie ne s’annonce pas seulement économique, mais aussi culturel et social. Les scientifiques russes de ma connaissance sont aujourd’hui plus démoralisés et pessimistes qu’ils ne l’étaient même pendant la dictature soviétique. À dire vrai, Vladimir Poutine ne leur a même pas accordé la considération qu’avaient pour eux les autorités soviétiques… Sa fascination pour l’innovation et la mondialisation l’avaient mené au lancement en grande pompe du projet Skolkovo, « Silicon Valley à la russe », copieusement arrosé de milliards, pendant que les prestigieuses universités russes, qui ont changé la face de la science mondiale, se meurent de sous-financement. À l’aube de ce qui s’annonce donc comme un carnage scientifique, je souhaite rendre un hommage à cette science russe, dont les tout premiers ferments ont été les enseignements, au 18e siècle, des mathématiciens-physiciens suisses Leonhard Euler et Daniel Bernoulli, cette science qui a soulevé les montagnes à partir du milieu du 19e siècle, et qui a suscité l’admiration stupéfaite du monde entier au 20e siècle. Voici donc une sélection de quelques ouvrages qui m’ont particulièrement marqué et qui dressent de la science russe un petit panorama non exhaustif mais plutôt représentatif.
Une nihiliste, de Sofia Kovalevksaïa (La Société nouvelle)
Sofia Kovalevskaïa est une icône aussi bien pour l’art mathématique que pour la cause féministe. Née au milieu du 19e siècle, elle prouva au monde entier que le génie mathématique pouvait se conjuguer au féminin tout autant qu’au masculin; c’est peut-être la première femme de l’histoire à avoir reçu une réputation mondiale en tant qu’universitaire. C’est à elle que l’on attribue la célèbre maxime « Nul ne peut être mathématicien s’il n’a l’âme d’un poète. » Elle obtint du maître Karl Weiestrass de recevoir ses cours particuliers, à une époque où les femmes n’avaient pas le droit d’accès aux universités, le stupéfia par ses dons et devint son élève préférée. Elle défraya la chronique en s’installant en Suède, où elle fut la cible de la presse conservatrice. Protégée de Gösta Mittag-Leffler, elle fut l’une des causes des homériques affrontements entre lui et Alfred Nobel. Bien que sa relation avec Mittag-Leffler ait été, a priori, purement professionnelle, elle est peut-être à l’origine de la légende tenace selon laquelle l’absence de Prix Nobel de mathématique est due à la colère d’un mari trompé. Son roman en partie autobiographique, Une Nihiliste, est une vivante description du tourbillon intellectuel et politique de Saint-Petersbourg à l’époque.
Les imaginaires en géométrie, de Pavel Florensky (édité par Pierre Vanhove, Zones sensibles) :
Un ouvrage absolument singulier, écrit par un prêtre mathématicien russe, homme universel imposant — biologiste, ingénieur, inventeur, philosophe, martyr, dialoguant aussi bien avec l’écrivain Boulgakov qu’avec le mathématicien Luzin, assassiné dans les années 30 par le régime. Dans cet ouvrage un brillant parallèle est fait entre la notion géométrique de dualité et celle qui ferait correspondre la matière et les idées; les questionnements métaphysiques sur le sens du monde et des idées invoquent Dante aussi bien que Gauss, et témoignent d’un foisonnement d’idées inégalé. L’édition de Zones sensibles, à laquelle j’ai été fier d’apporter ma préface, est particulièrement belle.
Russian Mathematicians in the 20th Century, édité par Yakov Sinaï (World Scientific) :
L’un des grands mathématiciens russes du 20e siècle, Yakov Sinaï, lauréat du Prix Abel, rassemble dans cet ouvrage des témoignages et biographies sur une trentaine de mathématiciens russes. À travers les vies de Lyapunov, Luzin, Kolmogorov, Aleksandrov, Gelfand, Khinchin, Sobolev, Pontryagin, Liusternik, Novikov, Bogoliubov, Markov, Petrovsky et d’autres, c’est toute la richesse intellectuelle des écoles mathématiques de Moscou et de Saint-Petersbourg qui défile. Le foisonnement des sujets, l’originalité des réflexions, la façon dont la Russie récupère et transforme l’héritage mathématique de la France et de l’Allemagne du 19e siècle, tout cela force l’admiration. Seul regret : que cet ouvrage passe sous silence les carrières des grandes mathématiciennes russes, particulièrement actives après-guerre. Toute la communauté mathématique mondiale se souvient de la grande rivalité entre Olga Ladyzhenskaya et Olga Oleinik, toutes deux des sommités des équations aux dérivées partielles, l’une à Moscou et l’autre à Saint-Petersbourg, également connues pour leur tempérament rebelle face au régime oppressif.
The Case of Academician Nikolai Nikolaievich Luzin, par Sergei Demidov et Boris Lëvshin (American Mathematical Society) :
Dans cet ouvrage très documenté, deux historiens des sciences nous plongent dans l’époque du procès du mathématicien Luzin, qui incarna, au milieu des années 30, les délétères purges staliniennes envers les élites russes. Dénoncé par des collègues, désabusé par le tour terrible que prenait le régime russe, Luzin était également pris au piègese conflits de génération et des tensions entre science et politique. Accusé de comportement anti-soviétique, il incarna à cette époque cette atmosphère lourde où une perte de crédit pouvait signifier la mort… Il entraîna avec lui les collègues qui voulurent le défendre, et toute une école mathématique faillit s’y perdre. Il fut pourtant sauvé, in extremis, sans que l’on sache complètement pourquoi : peut-être Staline lui-même avait-il compris qu’il devait, pour l’intégrité de son pays, préserver les communautés de mathématiciens et physiciens.
Abondance rouge, de Francis Spufford (L’Aube, version française) :
Un ouvrage à nul autre pareil, une collection de nouvelles peuplées à moitié de personnages fictifs et à moitié de personnages réels, dressant sur plusieurs décennies un tableau riche en détails de la société et de l’économie soviétiques, depuis l’essor spectaculaire de la planification économique jusqu’à sa faillite. L’auteur, érudit de Cambridge, a réalisé un travail incroyable pour reconstituer les ambiances : il mérite une mention particulière pour sa peinture des campus scientifiques dans les années 60, villes nouvelles entièrement consacrées à la science, jouissant de bien plus de liberté que la société en général. Le concept central de l’ouvrage est l’idée de la planification économique, et le personnage central en est le mathématicien Leonid Kantorovitch, génie de premier ordre qui fut à l’origine de la théorie moderne de la planification économique, de la recherche opérationnelle, de l’analyse fonctionnelle, de la théorie de la programmation informatique. C’est aussi l’une des figures emblématiques du dialogue entre mathématique pure et appliquée, montrant comment utiliser des techniques mathématiques nouvelles pour résoudre un problème soumis par une entreprise de contreplaqué : caractéristique d’un esprit russe qui ne connaissait pas de barrières. Encore un qui aurait dû être passé par les armes, au vu de son impertinente obstination à remettre en cause les dogmes économiques du marxisme-léninisme pour construire une théorie cohérente des prix… et qui pourtant fut épargné, sans doute pour l’intérêt stratégique qu’il représentait. Mes propres travaux doivent énormément à Kantorovitch, et j’ai moi-même passé un temps considérable à développer le « théorème de dualité de Kantorovitch » ! L’enthousiasme suscité par la planification dans les années 50, avec une grande porosité entre science et société, est admirablement brossé ici, de même que la retombée du soufflé quelques décennies plus tard, face à toutes sortes de problèmes microéconomiques et paradoxes qui feront date. Également bien soulignée est la fierté russe à développer ses propres solutions technologiques et à faire de son originalité un atout.
La légende Grigori Perelman, par Masha Gessen (Champs sciences pour l’édition française) :
L’aventure de Grigori Perelman, génie entre les génies, qui en 2002 annonça la preuve de la conjecture de Poincaré, énoncée près d’un siècle plus tôt. Il fallut quatre ans à la communauté internationale, sous très haute pression, pour valider cette preuve choc, qui à elle seule a chamboulé les équilibres entre différentes branches de la mathématique — géométrie, analyse, équations aux dérivées partielles. Cette preuve, le plus grand accomplissement mathématique du 21e siècle, a été mûri dans un cerveau russe (cerveau extraterrestre, disaient les commentaires de la communauté stupéfaite), pur produit des classes d’élite de mathématique à Saint-Petersbourg.
Amour et Maths, par Edward Frenkel (Flammarion) :
Tout à la fois une déclaration d’amour à la poésie et à l’inventivité des sciences mathématiques, et le récit autobiographique d’un mathématicien de renom, formé en Russie, avant de faire carrière aux États-Unis. Dans cet ouvrage très vivant, Frenkel nous parle des discriminations au sein de l’appareil universitaire russe — discriminations qui ne rendaient pas la carrière impossible aux élèves juifs (après tout, Kantorovitch et Perelman étaient d’origine juive), mais la rendaient bien plus sélective. Au-delà de l’injustice restituée avec brio, reste le témoignage d’un jeune scientifique nourri d’enthousiasme pour les sciences.
7 ouvrages pour rendre hommage
Sept ouvrages : un bien petit échantillon pour rendre hommage à un foisonnement extraordinaire, qui a fait émerger tant de profils singuliers. La Russie est le cinquième pays en nombre de Prix Nobel, le troisième pays en nombre de médailles Fields (juste derrière les États-Unis et la France) et le deuxième pays en nombre de Prix Abel (loin derrière les États-Unis). Surtout, la Russie a derrière elle une extraordinaire tradition qui a survécu à toutes les crises et aux pires régimes totalitaires, et imprimé dans le monde sa marque et ses habitudes, faites de conviction dans l’universalisme des sciences, de séminaires violents, de remises en question incessantes, de l’originalité brandie en étendard. Elle a irrigué le monde entier : des générations de jeunes scientifiques ont appris leur physique dans « le Landau-Lipschitz », leurs équations différentielles dans « le Arnold », ou leurs bases de la turbulence dans « Kolmogorov 41 ». Elle a remporté les succès que l’on sait dans la conquête spatiale, faisant passer l’expression « moment Spoutnik » dans le langage courant.
Cette glorieuse histoire est en train de s’achever, peut-être, dans la confusion et le chaos, dans la guerre de Poutine. Le Congrès international des mathématiciens, le plus grand événement social de la communauté, qui donne tous les quatre ans lieu aux plus importants échanges mathématiques du monde et à l’attribution des médailles Fields, devait se tenir en 2022 à Saint-Petersbourg. Il a été piteusement annulé du fait de la terrible actualité, un événement sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.
Le 8 mars 2022, une bombe russe a tué à Kharkiv Yulia Zdanowska : mathématicienne ukrainienne de 21 ans, parmi les plus douées de sa génération, passionnée par la transmission de sa passion aux écoliers, tuée alors qu’elle oeuvrait à l’aide humanitaire pour son pays. C’est une victime parmi des milliers, mais elle restera comme un fantôme tenace, couvrant la Russie de honte.
En août 2022, le Congrès international des mathématiciens se tiendra quand même, sous la forme d’un événement virtuel, pâle ersatz du tourbillon habituel. Il y aura une réunion des instances mathématiques mondiales, et la Russie en sera exclue. Les médailles seront quand même attribuées. L’Ukrainienne Maryna Viazovska en fera peut-être partie : elle était déjà citée en 2018 comme l’une des mathématiciennes potentiellement lauréates. Si elle l’obtient, ce sera une immense victoire, la première femme slave à recevoir la médaille Fields; mais une médaille au goût amer, au vu de ce qu’aura traversé son pays. Et dans tous les cas la communauté mathématique russe pleurera toutes les larmes du monde en pensant à l’humiliation que lui inflige son fossoyeur Vladimir Poutine.
La fête de Pâques existe depuis des millénaires. Pour beaucoup d’entre nous, sa symbolique religieuse a perdu de son importance, mais nous continuons quand même de la célébrer. Cependant, si votre enfant vous demandait d’où provient cette fête ou pourquoi nous avons l’habitude de s’échanger des œufs en chocolat à Pâques, sauriez-vous quoi lui répondre? Si vous avez répondu non ou que l’histoire vous intéresse, nous avons des explications pour vous : de l’origine de la fête jusqu’aux différentes manières de la célébrer dans le monde!
L’origine de Pâques
Une tradition païenne
Dans l’antiquité, il y avait une tradition païenne qui consistait à célébrer l’arrivée du renouveau, des beaux jours et du printemps. Les gens fêtaient chaque année l’équinoxe du printemps en offrant des oeufs peints, qui symbolisaient la création et la fécondité, à la déesse de la fertilité dont le nom change selon les régions : Ishtar en Babylonie, Astarté chez les Phéniciens, Eostre ou Ostara pour les Anglo-Saxons. Cela ne vous rappelle rien? Eh oui, le nom anglais pour Pâques (Easter) provient directement du nom de cette déesse païenne de la fertilité. Comme c’est le cas pour beaucoup de fêtes à consonance religieuse (comme Noël ou Halloween, par exemple), l’implantation de l’Église catholique a conservé les pratiques ancestrales en lui attribuant de nouveaux symboles. Ainsi, le lapin et les poules de Pâques, la chasse aux œufs et les quarante jours du carême sont des traditions qui étaient à la base purement païennes.
Une fête religieuse
D’après la tradition, Jésus-Christ aurait été capturé, condamné et crucifié pendant les célébrations de la Pâque juive (aussi connue sous le nom de Pessah). C’est pour cette raison que la fête a ensuite été reprise par les chrétiens. Les premiers chrétiens étaient donc tous juifs et ils continuèrent de célébrer la fête traditionnelle Pessah en suivant la coutume de leurs ancêtres, mais en lui attribuant une symbolique qui correspondait à leurs nouvelles convictions. D’ailleurs, l’agneau que l’on retrouve souvent sur nos tables pascales représente le Christ, parfois appelé « l’agneau de Dieu immolé », et le « renouveau » dont parlaient les légendes païennes pour célébrer l’arrivée du printemps correspond à celui symbolisé par la résurrection du Christ.
Les différentes façons de célébrer Pâques dans lemonde
Bien que les coutumes que nous mettons en pratique chaque année proviennent presque toutes des mêmes croyances, nous ne célébrons pas tous Pâques de la même manière. En effet, les symboles, les mets et les activités qui y sont liés varient d’une région à l’autre dans le monde.
Voici quelques-unes des coutumes les plus pittoresques, histoire de peut-être changer vos traditions et de vous amuser!
En France
En France, on raconte que toutes les cloches du pays se taisent entre le jeudi et le samedi saint parce qu’elles partent à Rome se faire bénir. Lorsqu’elles reviennent, elles laissent tomber les oeufs, les poules et les lapins en chocolat dans les prés et les jardins pour les enfants sages.
Dans ce pays, on sert de l’agneau rôti et des légumes du jardin fraîchement cueillis pour Pâques.
En Allemagne
En Allemagne, les enfants décorent un cep de vigne ou un arbre sans feuilles avec des oeufs peints. Ils fabriquent aussi des petits nids de paille et ils les cachent dans la maison en espérant que le lapin de Pâques y dépose des oeufs pendant la nuit. Selon les régions, le lapin est parfois remplacé par une poule, un coq ou même un renard.
À table, on mange des plats « verts » le jeudi (crème d’épinards ou soupe aux poireaux, par exemple), du poisson le vendredi, et du gigot d’agneau le samedi.
En Corse
Le président de la société éditrice de notre site, Laurent Dominati, est corse, on lui fait ce clin d’œil ! En Corse, il est de coutume de manger une soupe aux pois chiches et à l’ail ou un ragoût de morue le jeudi et le vendredi avant Pâques. Pour la grande fête, on sert un beau cabri rôti (une jeune chèvre) comme plat principal. Ensuite, pour le dessert, on se délecte d’un campanile, une grosse couronne briochée dans laquelle on glisse quelques œufs durs avant la cuisson pour porter chance.
Au Mexique
Les rues sont décorées de guirlandes au moins deux semaines avant la fête au Mexique. La veille de Pâques, les gens descendent dans les rues et ils brûlent des images représentant Judas ou ils détruisent des piñatas à son effigie pour se régaler des sucreries qui en tombent. Cette coutume a pour but de punir Judas d’avoir trahi le Christ. Du côté de la table, ce sont le poisson et les fruits de mer qui sont à l’honneur durant toute la période du carême ainsi que pendant la fin de semaine de célébration.
En Angleterre
En Angleterre, les enfants font du porte-à-porte, un peu comme pour Halloween, pour collecter des œufs en chocolat et d’autres sucreries. Là-bas, le repas traditionnel consiste en un rôti d’agneau avec une sauce à la menthe, des pommes de terre et des petits pois. Pour dessert, on sert ce qu’on appelle des hot cross buns, soit des petites brioches sucrées aux fruits confits qui sont décorées d’une croix.
Dans les pays scandinaves
La Norvège, la Suède et la Finlande proposent un très grand nombre de coutumes culinaires et de rituels associés à la fête de Pâques, dont la plupart proviennent d’anciennes pratiques païennes :
Selon la croyance, le soleil danserait le matin de Pâques. Pour cette raison, bien des gens se lèvent très tôt et se déplacent vers un point en altitude afin d’assister au spectacle.
Là-bas, on allume parfois de grands feux afin d’éloigner les trolls et les sorcières qui se réveillent pendant la fête de Pâques.
Les enfants se déguisent en sorcières ou en mauvais génie et ils frappent aux portes en brandissant des rameaux et en disant des formules « magiques » afin d’appeler la santé sur la demeure des gens en échange de sucreries.
Dans ces pays, on utilise des œufs durs colorés pour un jeu original qui consiste à se placer deux par deux et à taper les œufs l’un contre l’autre. Le premier qui fait craquer son œuf perd et l’autre devient porteur de chance pour le reste de l’année. Pour le repas, on sert de l’agneau, du hareng, du saumon sous diverses formes, une sorte de gruau presque noir fait de farine de seigle et de malt (le mämmi en Finlande) et servi avec de la crème et du sucre, un gâteau de lait caillé aux fruits confits, des brioches et, bien sûr, des œufs en chocolat.
En Russie
La fête de Pâques est la plus importante du calendrier pour les Russes. Le jour de la célébration, les gens saluent chaque personne en échangeant des oeufs décorés et trois baisers. Pour le repas, les Russes mangent habituellement de l’agneau au beurre et du jambon au four. Pour dessert, ils se délectent d’un gâteau au fromage blanc et aux fruits confits, parfumé de safran qu’on appelle kulish. Fait important à noter : le gâteau doit être béni par un prêtre avant d’être consommé.
De plus, la tradition veut que les gens se rendent sur la tombe de leurs proches pour y manger des oeufs durs et en laisser quelques-uns aux défunts. Cela aurait pour but d’apaiser l’esprit des morts.
En Grèce
En Grèce, les gens jeûnent le vendredi. La samedi, ils font durcir des oeufs qu’ils teignent ensuite en rouge pour symboliser le sang du Christ. Les œufs sont ensuite mangés avec une soupe aux tripes et un pain traditionnel. Pour le dimanche de Pâques, les Grecs se régalent d’agneau rôti à la broche, de riz, de salades et de boulettes de foie.
Pâques est une fête riche en coutumes et en traditions. Quelles que soient vos croyances, il est toujours agréable de se rassembler et de passer du bon temps avec son entourage. Alors, que vous célébriez l’arrivée du printemps ou la résurrection du Christ, profitez-en pour créer des moments inoubliables avec les gens que vous aimez.
N’hésitez pas à nous écrire à [email protected] pour nous communiquer d’autres traditions et nous en parlerons l’année prochaine.
Après deux ans de pandémie, le virus revient en Chine. Voilà Shanghai à nouveau confinée. Des cadres du parti sont limogés. Le zéro Covid se grippe. Revoilà des hôpitaux de fortune reconstitués. 40.000 lits en urgence. Pourquoi s’il n’y a pas de malades ? Et aucun décès ? Tout se passe comme si l’opacité était encore plus forte qu’il y a deux ans. A l’époque un médecin chinois, aussitôt mis au silence, mort de la Covid depuis, avait donné l’alerte.
Tout commença dans un marché, une grotte ou un laboratoire – on ne saura jamais-, puis par des images époustouflantes qui montraient des hôpitaux construits en urgence aux abords de villes interdites frappées par une épidémie mystérieuse. Depuis le virus n’a plus rien de mystérieux, puisque des centaines de millions de spécialistes ont leur avis sur la question, dans les bus, à la télévision, sur internet. Qui n’a pas d’avis n’est pas touché, ce qui est impossible: comme pour la peste, « Tous n’en mourraient pas mais tous étaient frappés ».
De tous, pourtant, les Chinois étaient ceux qui avaient le moins souffert. Des confinements stricts, un suivi social par internet, drone, et smartphone, la Covid fut réduite à zéro, ce qui permettait à l’économie chinoise de se renforcer encore et toujours, et au régime de regarder de haut les pauvres occidentaux malades. Il y avait bien quelques morts, mais que l’on comptait en dizaines. La Chine offrait même un vaccin aux autres pays, tant elle en avait, tant elle était rapide, efficace, généreuse et bien portante.
On apprend aujourd’hui, contrairement à ce que les autorités disaient hier, que la moitié de la population âgée n’a pas été vaccinée. Les uns disent que c’est par défaut d’organisation, – curieux quand on a vu celle des JO de Pékin- les autres que le vaccin ne serait pas si efficace que cela. Si les Européens ne l’ont pas validé, ce ne serait donc pas par pure jalousie.
Le confinement chinois a de quoi inquiéter au-delà de la Chine. La première fois, on s’était moqué, puis tous avaient plus ou moins imité les Chinois. Cela augure-t-il de nouveaux confinements ailleurs, notamment chez nous ?
L’Université John Hopkins a publié une étude sur les stratégies des gouvernements face à l’épidémie*. Tous les gouvernements ont, plus ou moins, confiné. Pas assez rigoureusement, déploraient certains. Cette étude, qui recense des dizaines d’études nationales sur le sujet, affirme que le confinement n’aurait évité que 0,2% des morts de la Covid. L’étude est évidemment très contestée, mais elle dérange les certitudes.
Si l’on peut comprendre la panique qui s’est emparée des gouvernements, deux ans plus tard, on sait ce qu’il en coûte, y compris en termes de vie, de dégâts psychologiques, de rupture des circuits d’approvisionnement alimentaires, comme l’a dit la Banque mondiale.
L’OMS a récemment porté de 6 à 18 millions le nombre de décès dûs à l’épidémie. En évaluant la surmortalité mondiale, elle a multiplié par trois le nombre de morts. Soit parce que les recensements (comme en Russie) sont lacunaires, soit parce que les morts collatéraux à la crise de la Covid sont plus nombreux qu’on ne le croit.
Fallait-il arrêter la marche du monde pour la maladie ? La question ne se poserait plus. Au contraire, elle se pose avec plus de pertinence encore avec les décisions chinoises.
L’étude de la John Hopkins n’est peut-être pas suffisamment étayée. Elle met en cause les stratégies de tous les gouvernements puisque tous, à un moment ou à un autre, ont opté pour un confinement plus ou moins strict. (La Suède, qui a pris les mesures les moins strictes, a toujours un nombre de décès par habitant inférieur à celui de la France). A regarder les nombres de décès par habitants, entre les Etats, et au sein des Etats, il est difficile d’expliquer les variations : tel adopte des mesures très strictes et se retrouve avec un nombre de décès très élevés (Argentine), tel autre semble y échapper.
L’Afrique, par exemple, avec une politique de santé lacunaire, avec une vaccination faible, affronte les virus avec succès. A tel point que des épidémiologistes disent : pourquoi vacciner une population jeune qui risque si peu ? La politique de santé publique y a d’autres urgences.
Mais s’agit-il, là comme en Europe ou en Chine, de santé publique, ou de politique ? On a beaucoup parlé de diplomatie de la Covid, la politique intérieure de la Covid a pris le pas sur tout le reste.
Les Chinois ont une conception ancienne et solide du pouvoir. L’Empereur de Chine recevait le mandat céleste. S’il y avait trop de pluie, ou pas assez, si les fleuves débordaient, si les maladies proliféraient, c’est que le ciel lui avait retiré son mandat. La rébellion était légitime. Un autre empereur, voire une autre dynastie, pouvait prendre la place. S’il ne pleut pas demain, un bon gouvernement doit faire quelque chose. Sinon, il s’en va.
La légitimité du pouvoir ne vient pas forcement d’en bas, c’est même une idée assez récente. Même dans ce cas, l’idée que le pouvoir ne fait rien quand il se passe quelque chose d’inhabituel est insupportable, à la base et au sommet. Le pouvoir ne supporte pas d’apparaitre impuissant. Généralement, il saisit cette opportunité pour se renforcer.
Dans tous les pays du monde, que ce soit selon Amnesty international, le Freedom Institute ou The Economist, les libertés publiques ont été malmenées. Le recul des libertés dans les pays démocratiques est une dérive; dans les pays autoritaires une aubaine. Personne ne revient en arrière. Les législations d’exception deviennent l’ordinaire. Il était donc impossible d’envisager qu’avec un retour de la Covid, le régime chinois fasse autre chose qu’un confinement, purge des cadres du parti en prime, surtout avant le Congrès qui devrait faire de Xi Jinping un immortel. Imaginez qu’il soit enrhumé, le mandat céleste aurait grise mine.
Le virus chinois a provoqué plus de dégâts par ses effets sur la santé mentale et les durcissements, les fake-news et la perte de crédibilité de la parole publique, voire des scientifiques, que par ses effets directs. Être confiné, c’est être confit, puis déconfit.
La leçon portera-t-elle ? Si le pouvoir a une tendance naturelle à accroitre ses pouvoirs, c’est aussi parce que la population, animée par la peur, exige des mesures. Rien n’est plus rassurant que les interdictions longues comme des ordonnances des médecins.
Les gouvernements reviendront sur les mesures contraignantes quand les citoyens réclameront plus de transparence sur les effets des politiques publiques. Tous les pays devraient revenir sur les législations d’exception et commander plusieurs rapports indépendants sur leur application. Peut-être l’étude des économistes de John Hopkins est-elle contestable, peut-être pas. Où sont les études en France, en Europe ? Trop souvent, la peur, contagieuse, commande l’absurde.
Le vaccin contre la peur revient à se prémunir contre les diktats -et les promesses- de tout pouvoir qui a peur d’être pris en défaut de puissance. La liberté, mot encore mal traduit en chinois, est mal aimée, même dans les démocraties.
* A litterature review and meta-analysis of the effects of lockdown on covid 19 mortality reality.. Herby, Jonung, Hanke. John Hopkins University. Janvier 2022. L’étude est faite par des économistes et non des épidémiologistes.
La présidence de la Caisse des Français de l’étranger (CFE), l’organisme de Sécurité sociale des Français de l’étranger a été renouvelée ce 11 avril 2022. Pour succéder à Alain-Pierre Mignon (LR), c’est Isabelle Frej qui a été élue. Cette conseillère consulaire du Maroc a bénéficié d’un accord entre les opposants à Emmanuel Macron.
Une alliance PS/ LR
Le Parti Socialiste et Les Républicains se dont donc alliés pour remporter la présidence. Largement battus aux élections consulaires de 2021, ces deux partis ont décidé de faire bloc pour s’opposer au candidat du groupe des Indépendants, progressistes et démocratiques, dirigé par Thierry Masson (élu en Belgique sous l’étiquette LREM) et ont ainsi évincé les ambitions de la majorité présidentielle.
Ancré dans la tradition, le conseil d’administration n’a pas osé sortir du cadre historique qui instaure depuis des décennies la cogestion de l’organisme entre les deux partis. Ainsi le conseil d’administration de la CFE, réuni lundi 11 avril, a voté à 11 voix contre 10 en faveur de l’alliance PS-LR.
C’est donc Isabelle Frej, conseillère des Français de l’étranger à Rabat (Maroc) qui emporte la présidence contre Nadine Fouques-Weiss présentée par LREM. Ce résultat est un camouflet pour le parti présidentiel et le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne. Ce dernier avait tenté en fin de semaine dernière d’attirer des voix de droite (son ancienne famille politique) vers la majorité. C’était sans compter sur le sénateur et patron de la fédération LR des Français de l’étranger Ronan Le Gleut, qui, présent ce 11 avril, a su éloigner ses troupes de la tentation LREM et ce malgré les résultats de Valérie Pécresse lors du premier tour de la présidentielle.
Isabelle Frej
La conseillère consulaire pour Rabat, Isabelle Frej, a été réélue sur une liste socialiste en 2021. Elle occupait, dejà, la fonction d’administratrice au sein du conseil de la CFE sous le mandat d’Alain-Pierre Mignon (LR), elle connait donc bien la maison. Elle est aussi, au civil, responsable du pôle ressources humaines du Lycée Français Descartes de la capitale marocaine.
Isabelle Frej
Membre de l’ADFE (association citoyenne d’expatriés plutôt classée à gauche), elle est impliquée bénévolement dans la vie de ses concitoyens depuis de nombreuses années. Proche des expatriés comme des fonctionnaires détachés grâce à son poste au coeur du Lycée français, elle maîtrise parfaitement les rouages de la machine CFE.
Nous lui avons proposé un podcast pour connaitre ses ambitions pour la sécurité sociale des Français établis hors de France, nous attendons sa réponse. Après un changement de grille de remboursements accompagné d’une refonte du dispositif de cotisations, la Caisse des Français de l’étranger est en pleine mutation, ce qui a désorienté plus d’un de ses affiliés.
Les défis de la CFE pour ces 5 ans
Confrontée à une stagnation voire à une baisse de ses effectifs, la CFE a donc profondément modifié sa grille tarifaire. Animée par la volonté de simplifier et de rendre plus transparents les tarifs, l’ancienne présidence avait fait le pari de déconnecter les revenus des tarifs. Une solution qui a le mérite de rendre plus lisibles ces derniers et de faciliter la collecte des cotisations. Mais elle a eu comme effet de ne plus rendre accessible aux plus faibles revenus la Caisse des Français de l’étranger.
Cette mutation s’est accompagnée d’une modification des modalités de remboursements qui n’a pas plu aux assurés historiques. Problème de couverture des ayant-droits, prise en charge fortement limitée dans les pays où la santé est onéreuse comme aux USA, la CFE est confrontée depuis plusieurs mois à une fronde qu’on retrouve sur les réseaux sociaux.
Le handicap semble aussi avoir été négligé lors de la refonte, même si depuis des ajustements ont été apportés. Mais il n’y a pas que des éléments négatifs. Sous l’égide d’Eric Pavy, le directeur général, la réorganisation en interne a été menée tambour battant, ce qui a eu des effets positifs, comme une meilleure accessibilité des services (qui disposeront désormais de guichets à Paris) et une nette diminution des délais de remboursement qui sont désormais inférieurs à 5 jours ouvrés.
Il reste cependant beaucoup à faire pour retrouver la confiance des Français établis hors de France qui sont aujourd’hui majoritairement assurés auprès d’autres compagnies.
Michel Bouquet aura droit à un hommage national, a-t-on appris ce jeudi 14 avril 2022. Au lendemain du décès de l’immense comédien de théâtre et de cinéma à l’âge de 96 ans, l’Elysée a indiqué à Franceinfo que sa mémoire serait saluée le 27 avril 2022 aux Invalides. L’horaire et les contours de cet hommage national n’ont, pour l’heure, pas encore été précisés.
La comédie en talent
Michel Bouquet était considéré comme l’un des comédiens les plus talentueux de sa génération, tant pour ses films que pour ses rôles au théâtre. Au cinéma, on a pu le voir dans « La mariée était en noir », » Borsalino », « Renoir », « La femme infidèle » ou « Les Misérables ». Il a tourné avec les plus grands, de François Truffaut à Claude Chabrol en passant par Henri Verneuil. Michel Bouquet avait reçu deux César en 2002, pour le film « Comment j’ai tué mon père » puis en 2006, couronnant son interprétation de François Mitterrand dans « Le promeneur du Champ-de-Mars ». Sur les planches, son terrain de jeu de prédilection, il a joué « Le malade imaginaire », « L’Avare » ou « Le roi se meurt » d’Eugène Ionesco, qui lui avait même valu un Molière.
Un géant du cinéma
C’est donc un géant du cinéma et du théâtre, unanimement salué par la profession et les politiques, qui nous a quittés ce mercredi 13 avril 2022. L’AFP a révélé que Michel Bouquet était mort « dans un hôpital parisien », citant son service presse. De nombreuses personnalités et des anonymes ont salué la mémoire de celui qui était considéré comme un immense acteur. Parmi ceux qui lui ont rendu hommage, citons Emmanuel Macron, Alain Delon ou encore Fabrice Luchini.
Le secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger, le ministre Jean-Baptiste Lemoyne, était en déplacement ce mercredi 13 avril à Bruxelles pour accompagner les militants de la République en Marche lors d’une opération de tractage au marché le plus fréquenté par les Français, celui de la place du Châtelain.
Convaincre tous les Français de se mobiliser
Jean-Baptiste Lemoyne répondait à l’invitation de la responsable de la section Belgique, Louise Coffineau, qui a réuni le ministre, mais aussi le député des Français du Benelux, Pieyre-Alexandre Anglade, le Président du Conseil Consulaire, Jérémy Michel, le Conseiller des Français de l’étranger pour le Benelux, Thierry Masson. Tous issus de la majorité présidentielle, ils ont répondu aux journalistes internationaux avant d’aller au contact des Français de la capitale européenne. Isabelle Wandelst, Conseillère des Francais de Belgique était aussi présente, élue sur la liste LREM, elle est issue de la société civile et est membre d’un groupe sur Facebook, Non-résidents contribuablesen France. Ce dernier réunit des citoyens attentifs aux problèmes de fiscalité.
L’objectif était de mobiliser nos compatriotes pour s’opposer à l’extrême-droite, donc à Marine Le Pen, au second tour de l’élection présidentielle ce 24 avril 2022.
Un bilan satisfaisant et un projet pour la France
Dans la première phase du déplacement, le secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger a fait le bilan de l’action présidentielle tant pour les expatriés que pour le pays.
Pour Jean-Baptiste Lemoyne, la différence frappante entre 2017 et 2022 est la place du thème de l’emploi dans le débat entre les candidats. Si le chômage n’est plus évoqué, c’est parce qu’Emmanuel Macron a vaincu ce mal endémique depuis 30 ans, selon le secrétaire d’Etat.
Pour le prochain mandat, le ministre, qui est aussi chargé du tourisme, est revenu sur le projet pour la Nation que propose Emmanuel Macron qui, selon ce dernier, est totalement financé à la différence de celui de Mme Marine Le Pen. Selon les calculs de l’Institut Montaigne, le plan du RN conduirait la France dans un gouffre financier alors que celui du président-candidat permettrait un meilleur partage des richesses créées.
« Des Français à part entière »
Coté expatriés, les points positifs du bilan de l’actuel Président de la République ont été largement mis en avant par Jean-Baptiste Lemoyne lors de la rencontre bruxelloise. Il a ainsi évoqué : l’implémentation de la plateforme France Consulaire, des tests pour intensifier la dématérialisation et faciliter ainsi les démarches administratives, sans oublier le fonds de solidarité mis en place pendant la pandémie, et la distribution dans plus de 60 pays de vaccins. Il a par contre soigneusement évité de parler de la réforme fiscaleavortée, ou de la CSG qui est toujours appliquée aux Français installés hors de l’Union européenne.
Questionné par Lesfrancais.press sur les motifs impérieux exigés aux frontières, le secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger a reconnu la maladresse de la mesure, tout en la repositionnant dans le contexte de la pandémie qui a conduit à prendre des décisions dans la précipitation. Selon lui, la situation ne pourrait pas se reproduire. Une bonne nouvelle pour tous ceux qui ont été privés de l’accès au territoire national.
Autre sujet que nous avons voulu aborder avec lui : la réforme du Conseil consulaire. Depuis l’élection des nouveaux élus locaux en 2021, comme vous le savez, ou pas encore, ces instances consulaires sont désormais présidées par un élu. Mais loin de renforcer la coopération entre représentants de la communauté installée dans le pays et son administration consulaire, les difficultés se sont accumulées, bloquant souvent les actions que les Conseillers consulaires auraient voulu mettre en œuvre. Jean-Baptiste Lemoyne, qui a participé à la mise en place de cette réforme voulue par Emmanuel Macron, s’est montré optimiste dans l’instauration d’une relation de confiance entre le Président du Conseil et le Consul au fil du temps. Il appelle à la bonne volonté des parties en présence. Pour lui les tensions ne sont présentes que dans 20% des circonscriptions consulaires et son cabinet comme lui travaillent à les lisser et à instaurer un esprit de collaboration pour permettre la réussite du train de réformes que promet LREM en cas de réélection d’Emmanuel Macron.
Car des réformes, il y en a encore à mener pour faire des expatriés des « Français à part entière » comme le martèlent les équipes du président-candidat. Pour cela, il aura besoin de l’administration.
Des habitudes à changer
Au cours de la rencontre, nous avons évoqué le premier droit pour un « Français à part entière » : celui de voter. En effet, la gestion du premier tour fut chaotique.
Tout d’abord, de nombreuses convocations étaient fausses, Jean-Baptiste Lemoyne nous a confirmé que l’erreur s’est produite quand ont été ajoutés des nouveaux bureaux afin de densifier le maillage dans certains pays, comme à Cork en Irlande. Circonspect, comme nous tous, il assume l’erreur du fonctionnaire qui n’a pas mis à jour le fichier des bureaux de vote. Une bêtise de stagiaire qui a eu de lourdes conséquences pour de nombreux compatriotes, provoquant confusion et mauvais aiguillages dans de nombreux pays.
Au fil de la conversation, les bugs de l’administration occupent de plus en plus les esprits. Thierry Masson, président du groupe de la majorité présidentielle à l’Assemblée des Français de l’étranger, nous rappelle les problèmes rencontrés aussi dans le financement des associations. Une passe d’armes entre élus et la directrice Laurence Haguenauer, lors de la dernière session de l’AFE, a nécessité l’intervention du ministre. Jean-Baptiste Lemoyne a dû rééquilibrer le partage des subventions entre institutions liées à l’administration et les associations citoyennes tenues par de vrais expatriés et soutenues par les élus locaux.
Lorsqu’on lui demande si une fois les élections passées, les mauvaises habitudes ne reprendront pas le dessus, Jean-Baptiste Lemoyne nous confie que ce fut un choc pour l’administration consulaire d’être ainsi remise en cause, et qu’avec un second mandat d’Emmanuel Macron, cette politique ne perdurera désormais sans de réguliers rappels à l’ordre si nécessaire.
« On va continuer les électrochocs »
Le secrétaire d’Etat aux Français de l’étranger, Jean-Baptiste Lemoyne, à Bruxelles.
Car des services aux expatriés, les consulats vont devoir en rendre de plus en plus.
Les projets pour le prochain mandat
Et pour arriver à tenir leurs objectifs, les élus de la majorité présidentielle ont un vaste plan. Tout d’abord pour augmenter la disponibilité des agents consulaires sur place afin de répondre aux nouvelles attentes, une plateforme d’information sera mise en place. Un prolongement de France Consulaire qui deviendra France Services Publics – Français de l’étranger.
Accessible depuis tous les pays à partir d’un numéro local, ce service téléphonique sera disponible 7/7 et 24/24 afin de s’adapter au rythme des différents pays et à leurs horaires. Il sera complété par un nouveau service d’identification en ligne qui permettra de commander ses papiers d’identité, de donner procuration sans se déplacer, etc. Les premiers tests auront lieu au cours de l’été au Portugal et au Canada.
La résidence de repli
L’autre grand point du programme pour les expatriés d’Emmanuel Macron c’est la création de la « résidence de repli ». Ce nouveau dispositif vous permettra de désigner un bien en France qui bénéficiera des mêmes avantages qu’une résidence principale.
Concrètement, on ne vous réclamera plus les taxes et impôts dûs pour une résidence secondaire comme ça l’est actuellement. Mais aussi vous pourrez bénéficier de toutes les aides et crédits d’impôts normalement réservés aux résidents en France.
Avec ce dispositif, l’entretien ou l’aménagement d’un bien en France seront grandement simplifiés, et permettront à de nombreux Français établis hors de France de conserver cette attache avec le pays. En cas de cession, actuellement les expatriés peuvent déjà vendre jusqu’à deux biens sans payer la taxe sur la plus-value. Si vous avez déjà cédé deux biens, il sera donc possible d’en vendre un troisième sans taxation. Attention à l’effet d’aubaine, cela pourrait amener Bercy à durcir cette proposition.
Les pass pour les jeunes
Conserver le lien entre la France et ses enfants aux quatre coins du monde, c’est la ligne qui animerait le projet d’Emmanuel Macron. Si on quitte la France une fois adulte, le lien est évident et naturel, mais quid des jeunes ? Souvent ils sont partis trop tôt pour se souvenir de la vie dans l’hexagone, ou tout simplement ils sont nés hors de France. Alors comment créer un lien solide et qui ne s’altérera pas avec le temps et la distance ?
La première réponse du président-candidat passe par la Culture. En cas de réélection, Emmanuel Macron veut étendre le pass Culture à tous les petits Français de l’étranger, nous l’indiquait déjà Samantha Cazebonne dans le podcast dédié au programme de LREM pour la présidentielle. Ce pass est une somme mise à disposition via des bons ou une carte aux jeunes pour acquérir des produits culturels. Si en France, il est accepté comme un moyen de paiement, on ne sait pas comment le dispositif sera déployé à l’étranger. Devront-ils commander en ligne sur un site français ? Attendre d’être en France ? Ou recevront-ils une somme en numéraire ? Ce sont encore des détails qui restent à inventer.
La seconde réponse qui est sûrement la plus ambitieuse, c’est la prise en charge des jeunes qui veulent faire leur Service National Universel. Actuellement, comme tous les Français, les expatriés qui arrivent à l’âge adulte peuvent demander leur participation à ce programme de cohésion nationale et sociale. Le hic ? C’est que la prise en charge du jeune se fait à partir du territoire national.
A ce jour, les parents établis à l’étranger doivent financer le voyage jusqu’en France, éventuellement trouver un logement, etc. Jean-Baptiste Lemoyne nous a assuré que des solutions seront mises en place afin de mettre fin à cette différence de traitement qui peut empêcher un jeune Français de s’intégrer dans sa communauté nationale qu’il connait souvent fort peu… Par contre, le ministre ne nous a pas chiffré les concessions que l’Etat serait prêt à faire pour financer ce nouveau dispositif. Mais Jean-Baptiste Lemoyne nous l’avait dit au début du déplacement : tout le programme d’Emmanuel Macron est bien financé. A suivre…
(Ré)Ecoutez le podcast sur le programme avec Samantha Cazebonne
Regardez le message d’Emmanuel Macron aux expatriés
Désormais, les passagers ayant réservé un vol depuis un aéroport de l’UE via une compagnie européenne peuvent réclamer une indemnisation en cas de retard, même si celui-ci est survenu sur un vol opéré en dehors du territoire européen par une compagnie étrangère. Une décision de la Cour de justice de l’UE du 07 avril 2022 étend ainsi la garantie européenne d’indemnisation en cas de retard d’un vol.
3 heures de retard entre deux aéroports américains
L’affaire concernait trois passagers ayant fait une réservation auprès de la compagnie allemande Lufthansa pour un vol au départ de Bruxelles, opéré par l’américain United Airlines, et à destination de San José (Etats-Unis) avec une escale sur le sol américain à Newark.
Ayant subi un retard de plus de trois heures à leur arrivée, sur la seconde partie du vol, les trois passagers avaient réclamé devant la justice belge une somme de 600 euros chacun comme le prévoient les règles européennes.
United Airlines avait contesté le dédommagement au motif que ces règles n’étaient pas applicables, le problème technique de l’appareil à l’origine du retard étant survenu entre deux aéroports américains.
La continuité du service est démontré
La justice européenne a estimé au contraire que le règlement européen sur les droits des passagers « s’apprécie au regard du lieu de départ », dans ce cas un aéroport situé dans l’UE, et de « la destination finale », selon le communiqué de la Cour de justice de l’UE.
La Cour affirme en outre qu’un transporteur aérien d’un pays tiers lorsqu’il a effectué le vol même sans avoir conclu de contrat de transport avec les passagers « peut être redevable d’une indemnisation ».
Le transporteur qui « prend la décision de réaliser un vol précis, en en fixant l’itinéraire, constitue le transporteur aérien effectif » et il est « réputé agir au nom du transporteur contractuel », en l’occurrence la Lufthansa, conclut la Cour.
Rappel des règles européennes
Ainsi, cette jurisprudence implique qu’à partir du moment où vous avez choisi une compagnie européenne et que vous décollez depuis un aéroport situé au sein de l’UE, ou que votre destination est au sein de l’espace européen, vous serez toujours couvert par les règles européennes. Et ce même si votre transporteur soustrait tout ou une partie du vol et que celui-ci comporte des escales hors de l’Union européenne.
Il faut donc retenir que la garantie s’applique :
si votre vol s’effectue à l’intérieur de l’UE et est assuré par une compagnie aérienne établie dans l’UE ou en dehors de l’UE;
si votre vol arrive dans l’UE en provenance d’un pays hors UE et est assuré par une compagnie aérienne de l’UE;
si votre vol part d’un aéroport situé dans l’UE à destination d’un pays hors UE et est assuré par une compagnie aérienne établie dans l’UE ou en dehors de l’UE;
si vous n’avez pas déjà bénéficié de prestations (indemnisation, réacheminement ou assistance de la compagnie aérienne), conformément à la législation applicable d’un pays non membre de l’UE, pour des problèmes liés à un vol lors du voyage concerné.
Pour connaitre les démarches et les indemnités auxquelles vous avez droit, direction le site de la commission européenne :
Alors que le 2ème tour de l’élection présidentielle se rapproche, chaque candidat essaie de gagner des voix. Du côté d’Emmanuel Macron, on drague notamment l’électorat écolo du côté d’EELV et de LFI. Avec une posture frôlant parfois le greenwashing.
Le candidat-président Emmanuel Macron est attendu au Havre aujourd’hui (14 avril), sur les terres de son ancien Premier ministre Edouard Philippe, pour visiter notamment l’usine Siemens Gamesa, qui développe la production d’éoliennes en mer. Les rumeurs d’une prise de parole autour de la transition écologique vont bon train, et le choix de cette usine n’est donc pas anodin.
Lors d’une prise de parole lundi 11 avril à Denain (Nord), Emmanuel Macron avait reconnu que son projet devait « être enrichi », ajoutant : « et si nous voulons une méthode nouvelle, il faut pouvoir, sur des sujets comme l’écologie, entendre les voix qui ont été portées avec beaucoup de clarté ». Le président-candidat semble avoir entendu, notamment, les aspirations déçues des électeurs écologistes ; qu’il va falloir, à présent, convaincre de rallier son camp.
Mais le chef de l’Etat fait face à trois reproches, qui sont comme des épines dans le pied pour qui veut gagner une élection : à propos d’écologie, son bilan serait insatisfaisant, son programme insuffisant, et son gouvernement peu exemplaire.
“L’affaire” Castex
Son premier ministre, Jean Castex, s’est en effet illustré dimanche 10 avril en effectuant un rapide aller/retour en jet pour aller voter, au premier tour, dans son bureau de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Pour les déçus du quinquennat Macron, c’est la goutte d’eau de trop.
Parmi leurs relais médiatiques, « Bon Pote » a ainsi insisté, sur Twitter, sur la déconnexion du gouvernement avec les électeurs : « Jusqu’au bout ce gouvernement ne comprend pas pourquoi ils sont complètement hors-sol ».
La période n’est pas aux polémiques mais à l’urgence climatique. Jusqu’au bout ce gouvernement ne comprend pas pourquoi ils sont complètement hors-sol. Pourriez-vous être responsables, juste 2 semaines ? https://t.co/0NZldIJg7l
De son côté, le média Vert a mis en avant une pétition citoyenne demandant au premier ministre de faire une procuration pour voter au second tour puis aux législatives.
Interrogé à propos de cette “affaire” lors d’un échange avec la presse le 13 avril, l’équipe de campagne semble au départ ne pas comprendre la polémique. « Je ne fais pas de l’écologie du symbole », peut-on entendre. Un propos en décalage avec ce qui ressort de l’opinion publique. Or, c’est bien cette opinion qu’Emmanuel Macron doit convaincre s’il souhaite remporter l’élection.
Un mandat en deux temps
Pour cet autre responsable de l’équipe de campagne, “l’affaire” Jean Castex n’est « pas représentative de toute l’action qui a été mise en place ». Le camp Macron revendique en effet un bilan satisfaisant, estimant que « depuis 2017, on n’avait jamais autant fait pour l’environnement sous un quinquennat ». Et de mentionner les incitations à l’achat de véhicules moins polluants, l’amélioration du tri des déchets, ou encore la stratégie pour lutter contre le plastique à usage unique.
Pourtant, en octobre 2021, le tribunal administratif de Paris a condamné l’Etat pour non-respect des engagements de la France dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, plus précisément des objectifs 2015-2018 fixés dans la stratégie nationale bas-carbone. Ce jugement est la preuve d’une insuffisance des moyens climatiques sous le quinquennat Macron, du moins de 2017 à 2018.
Mais depuis 2018 les choses se sont accélérées, assure l’équipe de campagne du candidat. Cet avis n’est pas partagé par tous les acteurs écologistes, à commencer par Greenpeace France. Dans un dossier analysant le quinquennat du président, l’association estime que « à l’issue du quinquennat d’Emmanuel Macron, la France ne respecte pas ses engagements climatiques ».
Mesurer la crédibilité des programmes
Patience, glisse-t-on du côté de l’équipe de campagne. Sous ce quinquennat, de nombreux projets ont été lancés, des déploiements sont encore en cours, et les efforts vont se poursuivre grâce au budget qu’Emmanuel Macron souhaite consacrer à la transition écologique s’il est réélu. Le président-candidat a en effet annoncé 50 milliards d’euros sur 5 ans. Une somme qui devrait permettre, selon le camp Macron, « de tenir au niveau national les engagements pris vis-à-vis de l’Europe », à savoir la réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.
Pour y parvenir, Emmanuel Macron souhaite investir dans le nucléaire et les énergies renouvelables. « Ce programme, ces propositions, ces objectifs trouvent leur légitimité dans le rapport du GIEC » et « dans les scénarios présentés par RTE », appuie l’équipe de campagne.
Certains, comme les Shifters – des bénévoles du think tank The Shift Project – jugent néanmoins, dans leur analyse, que le programme d’Emmanuel Macron reste « éloigné » des objectifs climatiques de la France.
Du point de vue de l’équipe de campagne, leur analyse est erronée. D’après elle, certains « programmes des candidats de gauche » ne sont « pas réalistes » et les Shifters ne mesurent pas « la crédibilité des mesures à mettre en place ». « Quand les programmes de Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot prônent la sortie du nucléaire dès que possible, ils ne sont pas compatibles et cohérents avec la réindustrialisation du pays, qui est pourtant la condition nécessaire pour la réduction de notre empreinte carbone » plaide-t-on du côté d’Emmanuel Macron.
Cohérence. Le mot est lâché. C’est bien un manque de cohérence qui est reproché au chef de l’Etat. D’une part, entre les incantations – la neutralité carbone en 2050 -, et les moyens alloués pour y parvenir – jugés insuffisants par certains. D’autre part, entre son programme – destiné notamment à « aider chacun à changer ses habitudes de consommation » pour plus de sobriété et moins de gaspillage – et le comportement de son Premier ministre, aux antipodes de la sobriété. Selon les calculs du média Vert, Jean Castex aurait « ainsi rejeté 4,46 tonnes de CO2 pour ce seul aller-retour, soit autant que ce qu’un·e Français·e émet en six mois ».
Ce manque de cohérence pourrait coûter l’élection au chef de l’Etat. Alors au Havre aujourd’hui, il devrait jouer son va-tout : renforcer son programme par des mesures écologiques fortes. Dans la veine des programmes des partis EELV et LFI ?
Après le premier tour, « il faut être capable d’accuser réception du message envoyé, en particulier dans le vote qui s’est porté sur Jean-Luc Mélenchon et sur Yannick Jadot », souligne l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, ajoutant que le président-candidat « a dit lui même qu’il souhaitait dialoguer avec l’ensemble des candidats pour voir comment enrichir son programme ». Mais la tâche risque d’être ardue. Pour rappel, LFI et EELV sont favorables à une sortie du nucléaire ; un positionnement aux antipodes du programme d’Emmanuel Macron.