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  • Biden, brise tabous !?

    Biden, brise tabous !?

    On savait le capitalisme révolutionnaire, mais à ce point c’est du  quantique: espaces courbes, intrications, bientôt l’énergie noire. « Les tabous sont faits pour être violés » disait Marcel Mauss, le père de l’anthropologie française. Le siècle naissant et sa cohorte de révolutions lui donnent raison. Sans doute la crise est-elle un formidable accélérateur de changements. Mais c’est au fond une Révolution, guidée par la conscience, qui engage cette chaîne de bouleversements. Joe Biden, par exemple, brise les tabous en ce début de mandat.

    Biden chauffe l’Amérique au dollar

    Président du pays porte flambeau du capitalisme, Joe le vieux, Joe l’endormi, réveille l’Amérique à coups de milliards et brise tous les tabous : Après les 1 900 Mds$ du Rescue Plan, les 2 200 Mds de l’American Jobs Act (infrastructures), voici 1 800 Mds$ pour les familles de l’American Families Act. Au total 5 900 Mds$, près de 30% du PIB US sur les prochaines années. Du jamais vu depuis le New Deal de Roosevelt. 

    Qui dit mieux ? Personne. L’Europe espère faire approuver son plan de relance avant la fin de la crise : 750 Mds€. On excusera du peu : la dette commune, c’est une première, aussi. Il faut y ajouter les plans nationaux, difficile à évaluer, en France entre cent et cinq cent milliards… selon le Ministre de l’économie ou le Président de la République. Tout dépend comment on compte, mais qui compte ?

    La crise permet tout. (Y compris d’interdire). Biden veut la transformer en «opportunité » et booste la croissance. 5.900 milliards, il faut ce qu’il faut. Tout le monde ne peut pas puiser au puits sans fond du dollar. Résultat : la croissance américaine est repartie à +6% ce dernier trimestre. En France, à … 0.4%.

    Tabou des impôts 

    Après le tabou de la dépense, Biden fait sauter celui des impôts. Non seulement il a décidé d’augmenter les impôts sur les sociétés, à 25%, (presque le taux français, 28%), mais il veut même un taux d’imposition minimal mondial : 21% ! L’Amérique veut taxer ses multinationales, et que les autres les taxent aussi. Le monde à l’envers.

    En Colombie, où le taux d’imposition ne dépasse pas 20% du PIB, un des plus faible de l’OCDE, le gouvernement a voulu augmenter les impôts pour financer le déficit du à la coronacrise. Révolte : 28 morts. 

    Pour les pays qui n’ont pas la dette facile, la crise accroit la pauvreté. En 2020, selon l’ONU, 155 millions de personnes, dont 100 millions en Afrique, sont tombés dans l’insécurité alimentaire, le nombre le plus élevé de ces dernières années : ils n’étaient « que » 96 millions en 2016, sur une tendance de baisse continue. La quasi-totalité était due aux conflits et aux guerres. L’arrêt des échanges, le blocage de l’économie mondiale ont provoqué par la coronacrise, a fait grimper le chiffre. Ce n’est pas le covid qui tue en Afrique, c’est la panne des circuits de distribution. Et toujours les guerres, bien sûr. 

    Mais que se passerait-il si l’Afrique, jusqu’ici épargnée, connaissait la même flambée épidémique que l’Inde, désormais submergée ?

    Comment permettre la vaccination dans les pays pauvres ? Les pays riches ont lancé avec l’OMS l’initiative COVAX : 5 milliards de financements annoncés par les pays les plus riches, Etats-Unis, Europe, Japon. Mais Biden va plus loin, il se prononce pour la levée des brevets.

    Tabou de la propriété intellectuelle

    Bien mondial, bien gratuit, dit-il. Et le droit de propriété intellectuelle ? Tant pis. Devoir moral, dit-il. Il accède aux demandes de l’Inde et de l’Afrique du sud. D’accord, les Etats-Unis sont généreux avec les brevets Européens, qui produisent 40% des vaccins de la planète et ont exporté la moitié des 400 millions de doses produites quand les Etats-Unis conservaient les siennes : America first. Certes, le partage des brevets ne résoudra pas la question de la production, en tout cas pas dans l’immédiat. Peu importe : Biden ouvre la porte à une mise en parenthèse de la propriété intellectuelle, le socle de la recherche et de la richesse. 

    Comment rémunérer le chercheur si on ne paie pas sa découverte ? Qui s’élancera dans la prochaine course au vaccin, pour la prochaine pandémie ? disent les critiques. Seuls le pourront ceux qui seront financés a priori par des commandes publiques. Reprenant Mauss, Graham Green écrivait : « Les principes sont faits pour être violés », il expliquait : « être humain est aussi un devoir. » Voilà ce qui inspire Biden. Mais pas seulement : Les écarts dans l’accès aux vaccins, l’accès aux financements, aux technologies vont s’accroitre entre les pays. Or les écarts, dans une si petite planète, ne peuvent pas se tendre sans risque. On ne peut rester riche et bien portant, – relativement aux autres-  tout seul impunément. Or les écarts s’accroissent vite, très vite.

    Lors de ce premier trimestre 2020, trimestre de crise, Amazon, a vu son chiffre d’affaires augmenter de 44% : 108 Mds. Bénéfice triplé: 8 Mds. Google: 55 Mds de CA, 18 milliards de bénéfice. Apple, chiffre d’affaires + 54% : 89,4 milliards de $. Profit : 23,6 milliards. En un trimestre. 

    A titre de comparaison : 90 milliards est la valeur totale de la BNP ; 23 milliards, celle de la Société Générale. Petites banques, petite France. La fondation Gates donne d’ailleurs un peu plus que la France à l’initiative Covax. Finances, monnaies, sécurité : Le temps des Etats serait compté.  

    La crise amplifie les changements d’échelle dans le monde. Elle bouleverse la façon de travailler, les modes de pensée, les principes. Rien n’est tabou, rien n’est acquis. 

    La constance, c’est la compétition mondiale. Biden veut garder, ou restaurer le leadership moral de l’Amérique. Répondre ainsi à Poutine et à la Chine. La morale aussi est un capital. Brise tabou n’est pas si fou. 

    Laurent Dominati

    A. Ambassadeur de France

    A. Député des Français de Belgique

    Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

  • Consulaires 2021 : tout le monde ne votera pas en mai

    Consulaires 2021 : tout le monde ne votera pas en mai

    Ce lundi 10 mai, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi relative à la gestion de la sortie de la crise sanitaire. Calendrier de déconfinement, fin des mesures d’exceptions, transfert de la compétence de gestion des flux intra et extra européens à l’Union Européen et son certificat numérique, les sujets ne manquaient pas. Mais vendredi, à la demande de la direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE), qui préparait cette possibilité depuis début mars, le gouvernement a fait déposer un nouvel amendement permettant de décaler les élections consulaires si la situation sanitaire du pays d’accueil ne permettrait pas leur organisation en toute sécurité.

    élections consulaires

    Une décision qui bouscule le calendrier électoral et qui aurait pu être anticipée selon la plupart des acteurs de la sphère politique des expatriés.

    Evelyne Renaud-Garabedian

    « Je suis extrêmement étonnée que cet amendement n’intervienne que quelques jours avant le début des opérations de vote – alors que nous avions des mois pour prévenir cette situation et en discuter – sans même préciser les circonscriptions qui sont concernées.« 

    Evelyne Renaud-Garabedian, Sénatrice des Français établis hors de France

    Des élections en septembre ?

    L’inattendu amendement 146 de l’article 11 de la loi ouvre la possibilité de désynchroniser les élections pour les circonscriptions dans lesquelles la situation sanitaire et les mesures prises conduiraient à l’empêchement de son organisation.

    Le mandat en cours des conseillers des Français de l’étranger et des délégués consulaires dans les circonscriptions où l’élection consulaire des 29 et 30 mai 2021 n’a pas pu être organisée du fait de la situation locale, est prorogé jusqu’à la date de l’élection partielle qui devra être organisée dans les quatre mois suivant la publication de la présente loi

    Amendement 146 de l’article 11 de la loi relative à la gestion de la sortie de la crise sanitaire

    Premier point qui inquiètent les cadres des partis impliqués à l’étranger : les critères retenus.

    Cecilia Gondard
    Cecilia Gondard

    Entre les manquements à la neutralité de l’Etat dans cette élection, l’impossibilité d’établir des procurations en raison des suppressions des tournées consulaires, l’impreparation d’un Ministère qui n’a pas été en mesure de nous confirmer la vaccination des agents consulaires et des assesseurs, et maintenant des annulations de scrutin à 3 semaines… Tout cela est mal géré par Jean-Baptiste Lemoyne (Secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France et du tourisme). Nous exigeons la plus grande transparence sur les pays concernés, les critères retenus, et des explications sur l’impreparation d’un scrutin dont les conditions particulières étaient connues.

    Cecilia Gondard, Présidente de la fédération des Français de l’étranger du parti socialiste

    Pourtant, selon Anne Genetet, députée des Français d’Asie et d’Europe orientale (LREM), en charge des élections consulaires pour le parti présidentiel, les critères sont bien connus et transparents. Les élections pourraient être reportées, uniquement, s’il est impossible d’ouvrir au moins un bureau de vote dans la circonscription concernée. Cette éventualité ne se présenterait que dans deux situations :

    • La mise en place d’un confinement strict dans le pays d’accueil (impossibilité pour les électeurs comme pour les fonctionnaires de rejoindre le bureau de vote)
    • La mise en place de mesures de limitation des déplacements restreignant ces derniers aux motifs impérieux pendant les heures d’ouvertures des bureaux de vote

    Au final, toujours selon Anne Genetet, c’est une vingtaine de circonscriptions consulaires sur 130 qui devraient voir leurs élections décalées au mois de septembre 2021. On pense bien sûr à l’Inde, mais peut être aussi à la Tunisie voir le Canada anglophone (qui décidera le 20 mai de continuer ou non son confinement ferme).

    La liste définitive des circonscriptions qui verront leurs élections déplacées à la fin de l’été sera communiquée par la DFAE le 21 mai au matin. Soit quelques heures avant le début du vote électronique qui est prévu le 21 mai à 12h (CET).

    Anne Genetet
    Anne Genetet

    « La DFAE fait preuve d’agilité et de souplesse« 

    Anne Genetet, Députée des Français d’Asie et d’Europe orientale (LREM)

    Si le gouvernement et sa majorité applaudissent la réactivé de l’administration, pour d’autres cette annonce est trop tardive.

    Mehdi Benlahcen

    « Si ce texte était annoncé dés le 10 mars dernier, on peut s’interroger sur son caractère désormais tardif. Nous sommes à 3 semaines du vote à l’urne, à 11 jours du vote internet.« 

    Mehdi Benlahcen, Président du groupe Solidarité et Ecologie – ADFE à l’Assemblée des Français de l’étranger

    Une décision non concertée

    Dans le milieu des Français de l’étranger, l’annonce dans le bulletin officiel du projet gouvernemental, ce lundi 10 mai au matin, a surpris plus d’un acteur que ce soit parmi les candidats ou les parlementaires.

    Ronan Le Gleut
    Ronan Le Gleut

    « Plutôt que de prendre tout le monde par surprise, le gouvernement aurait pu prévenir les parlementaires des Français de l’étranger en amont. Nous suivrons avec attention le débat en séance à l’Assemblée nationale, avant l’examen du texte au Sénat le 17 mai.« 

    Ronan Le Gleut – Sénateur pour les Français établis hors de France, inscrit au groupe « Les Républicains »

    Si la décision peut sembler immanent politique, elle a aussi peut être des raisons « techniques ». En effet comme indiqué dans l’extrait ci-dessous, l’administration ne cache pas qu’elle craignait que les fonctionnaires dans ces pays fassent jouer leur droit de retrait.

    Pour éviter cette possible dégradation, les syndicats appelaient à une vaccination d’urgence des agents consulaires, qui leur a été refusée comme le rappelle Florence Poznanski, responsable des Français établis hors de France pour La France Insoumise.

    Florence Poznanski

    « La perspective d’un large droit de retrait des agents pose question. Cela signifie que le gouvernement n’a pas été en mesure d’apporter les conditions de protection suffisantes et cela vient en conséquence d’un an de conditions excécrable de travail pour les agents« 

    Florence Poznanski, responsable des Français établis hors de France pour La France Insoumise

    Quelles conséquences ?

    La première et la plus évidente, c’est que tous les expatriés ne seront pas appelés à voter du 21 au 26 mai par voie électronique ou le 30 mai à l’urne.

    Il y aura donc de nouveaux Conseils consulaires et d’anciens Conseils consulaires, chacun avec des prérogatives différentes durant tout l’été. En effet, la réforme du statut des élus locaux des expatriés s’appliquera de plein droit pour les conseils « rafraichis » tandis que pour les circonscriptions n’ayant pas renouvelé leurs élus, le conseil fonctionnera selon les anciennes règles. Il y aura donc une différence de traitement pour les décisions qui devront être prises au cours de l’été.

    Les conseillers AFE renouvelés qu’en octobre 2021 ?

    L’autre conséquence c’est le report des élections des conseillers envoyés à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE). Cette élection est indirecte, comme pour le sénat, ce sont les 500 élus des Conseils consulaires et les délégués des Français établis hors de France qui votent pour des représentants envoyés à cette assemblée forte de 90 membres.

    Le mandat des conseillers à l’Assemblée des Français de l’étranger élus en 2014 expire dans le mois suivant la dernière élection partielle des conseillers des Français de l’étranger et des délégués consulaires, dans le cas où la situation locale n’aurait pas permis l’élection renouvelant leur mandat en application de l’article 1er de la présente ordonnance dans la totalité des circonscriptions

    Amendement 146 de l’article 11 de la loi relative à la gestion de la sortie de la crise sanitaire

    A la lecture de cet alinéa, on comprend donc que l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) ne sera pas renouvelée avant octobre. Date à laquelle normalement, elle se réunit en session plénière à Paris. En effet, toutes les élections doivent s’être déroulées pour que s’ouvrent les élections pour l’AFE.

    Et le Sénat ?

    L’autre élection qui découle du renouvellement des élus locaux des expatriés, ce sont les sénatoriales. Déjà reportées une fois, du fait de l’annulation des consulaires de 2020, elles doivent se tenir cet automne. Si 20 circonscriptions sont décalées en septembre, c’est entre 20 et 65 grands électeurs qui rejoindront le corps électoral au dernier moment. Pour la majorité, à travers Anne Genetet, ce petit nombre de conseillers et délégués n’est pas suffisant pour modifier le scrutin.

    Tous ne sont pas d’accord avec cette analyse, les recours se préparent déjà.. que ce soit pour le Sénat ou pour ces élections consulaires. Une élection de plus en plus complexe, alors que la situation est connue depuis plus d’un an.

  • La France, une armée en marche ?

    La France, une armée en marche ?

    La France et son armée, une histoire passionnelle ?

    De la Guerre de Cent ans jusqu’à celle de l’Algérie, la France a été pendant sept siècles confrontée à des conflits intérieurs et extérieurs qui ont modelé les comportements et l’organisation de ses structures politiques et administratives. Durant son règne de 54 ans, Louis XIV connut 31 années de guerre. Napoléon Bonaparte ne profita que de trois années de paix de 1799 à 1815. La Troisième République fut confrontée à deux guerres mondiales, la Quatrième disparut avec la guerre d’Algérie.

    De conflit en conflit, le nombre de Français appelés sous les drapeaux n’en finit pas d’augmenter. Sous Louis XIV, l’armée passe de 100 000 à plus de 600 000 hommes. Sous Napoléon, 7% de la population française sert l’armée; ce taux atteindra plus de 20% durant la Première Guerre mondiale. Plus de 100 000 militaires français seront engagés en Indochine et 1,5 million le seront en Algérie dont de nombreux appelés du contingent.

    La France marquée par son passé militaire 

    Le budget militaire a été longtemps le premier en France, accaparant plus de 50% des dépenses publiques sous Louis XIV, Napoléon ou durant la Première Guerre Mondiale. Le concept « l’intendance suivra » est ancré au plus profond de l’âme française, le « quoi qu’il en coûte » de la crise sanitaire n’en étant qu’une déclinaison.

    Mercantilisme, colbertisme, protectionnisme, autant de politiques qui marquent le lien de subordination de l’économie au pouvoir politique. N’ayant pas connu de processus de démilitarisation comme l’Allemagne ou le Japon, la France se distingue parmi les grandes puissances occidentales par son organisation civile qui reste très marquée par son passé militaire, même si depuis 1962 la France ne s’engage qu’avec parcimonie dans des conflits armés. 

    L’inflation législative et réglementaire s’inscrit dans une vision militarisée de la nation s’accompagnant d’un ballet incessant d’ordres et de contre-ordres. 

    Le droit social est également influencé par cet état de guerre permanent. Tout conflit d’importance remonte au sommet amenant l’État à intervenir dans les négociations. Le goût absolu pour l’égalité peut être analysé comme une réminiscence des époques de guerre où le sacrifice du sang ne saurait accepter de passe-droit.

    Du vocabulaire au réglementaire 

    Les phases de libéralisation sont éphémères et encadrées par l’État, que ce soit sur le plan économique avec des dénationalisations ou au niveau de la gestion locale avec la décentralisation. 

    L’épidémie de Covid-19 a remis au goût du jour le vocabulaire militaire avec les salariés de la première ou de la deuxième ligne, ceux qui étaient exposés ou pas au virus, et les profiteurs. Le Président de la République n’avait-il pas dès les premières semaines d’épidémie indiqué que la France était en guerre ? 

    Le système réglementaire s’est mis en branle avec à la clef des attestations, des autorisations et des réquisitions. L’expérience des derniers conflits montre que le retour à la normale n’est jamais celui au temps d’avant. Les structures administratives se pérennisent, les habitudes prises durant quelques mois ne disparaissent plus. 

    Nostalgie ou mouvement

    La France n’a pas de culture libérale faute de contrepouvoirs réellement organisés et capables de s’affranchir de la tutelle du pouvoir central. Dans une économie mondiale ouverte, en mutation rapide avec la digitalisation et l’affirmation de la Chine, la guerre de mouvement pourrait être d’actualité pour une France en proie à la nostalgie d’un passé idéalisé.

    Napoléon a prouvé que sur un champ de bataille, une stratégie correctement appliquée primait sur le nombre, du moins dans une certaine limite. Au nom des habitudes prises au fil des décennies, la tentation est grande de privilégier un keynésianisme à la sauce française qui a l’avantage de conforter les positions de l’administration et de satisfaire l’opinion. 

    Les tenants de cette politique s’appuient sur les faibles taux d’intérêt permettant de financer à faible prix la dette sur le dos des épargnants ainsi que sur la mansuétude des Allemands et des Européens du Nord. Nul n’imagine que demain l’euro pourrait imploser, les taux remonter voire l’État faire banqueroute. Il est vrai que pour Keynes, « à long terme, nous serons tous morts »… 

  • 10 mai 1981 : retour sur 14 ans de mitterrandisme

    10 mai 1981 : retour sur 14 ans de mitterrandisme

    Le slogan sur lequel François Mitterrand se fait élire président de la République en 1981 « Changer la vie » implique de sa part et de celle de la majorité élue en juin 1981 un nouveau projet de société, supposé modifier en profondeur la vie de l’ensemble de la population.

    Le slogan sur lequel François Mitterrand se fait élire président de la République en 1981 « Changer la vie » implique de sa part et de celle de la majorité élue en juin 1981 un nouveau projet de société, supposé modifier en profondeur la vie de l’ensemble de la population.

    Dans l’immense chantier qui s’ouvre alors trois secteurs apparaissent particulièrement symboliques des intentions du chef de l’Etat.

    La politique sociale et les nationalisations

    Dans une vision de la politique de gauche, héritée du souvenir magnifié des réformes du Front populaire, le Chef de l’Etat entend immédiatement changer la vie des travailleurs les plus humbles par toute une série de mesures destinées à améliorer leur niveau de vie : augmentation du salaire minimum, des allocations familiales, du minimum vieillesse, de l’allocation-logement.

    Pour l’ensemble des salariés interviendront ensuite la cinquième semaine de congés payés, la réduction à 39 heures sans perte de salaire de la durée hebdomadaire du travail, prélude à sa réduction à 35 heures, la retraite à 60 ans et les lois Auroux qui accroissent les droits des salariés dans l’entreprise.

    Il faudrait ajouter, au début du second septennat les importantes réformes élaborées par le Premier ministre Michel Rocard, le Revenu minimum d’insertion (RMI) destiné à offrir une garantie de ressource aux plus défavorisés pour leur donner les moyens de trouver un emploi et la Contribution sociale généralisée (CSG), impôt prélevé à la source pour garantir le financement d’une Sécurité sociale, structurellement déficitaire.

    De plus grande portée idéologique est sans doute la loi sur les nationalisations votée en 1983 et qui paraît la mise en œuvre de la volonté de rupture avec le capitalisme incluse dans le programme du Parti socialiste de 1972.

    Il s’agit ainsi de créer un « socialisme à la française », distinct à la fois du socialisme autoritaire et étatique de l’URSS et de la social-démocratie qui accepte la coexistence avec le capitalisme libéral. Les secteurs-clés de l’économie française (groupes industriels les plus performants, compagnies financières, banques les plus importantes) passent ainsi sous le contrôle de l’Etat.

    Mais les résultats économiques ne sont pas à la hauteur des espoirs mis dans cette mesure. Recapitalisées, la plupart des entreprises nationalisées (y compris une partie de celles qui l’ont été en 1945) sont privatisées par la droite revenue au pouvoir en 1986, François Mitterrand s’opposant à la privatisation par ordonnances, souhaitée par le Premier ministre Jacques Chirac.

    La décentralisation

    Ralliée de fraîche date à l’idée de décentralisation, jusqu’alors apanage de la droite traditionaliste, la gauche au pouvoir la présente comme une mesure de liberté destinée à rapprocher les citoyens des structures décisionnelles.

    A l’issue d’interminables controverses, le ministre de l’Intérieur Gaston Defferre fait finalement adopter en 1982 la loi qui donne aux autorités élues des communes, des départements et des régions, autrement dit, les maires et les présidents des conseils généraux et régionaux le pouvoir de faire exécuter les décisions des assemblées qu’elles président, attributions jusqu’alors dévolues aux préfets. Toutefois, ces derniers demeurent à la tête des services de l’Etat dans les collectivités locales.

    La modernisation et l’humanisation de la société : l’abolition de la peine de mort

    Poursuivant dans la voie inaugurée par son prédécesseur, Valéry Giscard d’Estaing qui, contre le vœu de sa majorité, a imposé l’Interruption Volontaire de Grossesse, François Mitterrand, dès sa campagne pour l’élection présidentielle de 1981 a fait connaître son hostilité à la peine de mort, alors que les sondages révèlent que la plus grande partie de l’opinion est favorable à son maintien.

    Elu président, il charge le Garde des Sceaux Robert Badinter, brillant avocat qui, de longue date, est un adversaire de la peine de mort, de faire adopter son abrogation. C’est la mesure la plus symbolique de la volonté du Chef de l’Etat de transformer la société française en l’adaptant à son époque et en y imposant les valeurs humanistes dont il se réclame.

    Ce double souci de modernisation et d’humanisation marque en effet un grand nombre de ces réformes destinées à « changer la vie ».

    Au plan de l’humanisation s’inscrivent en premier lieu les réformes de la justice mises en œuvre par Robert Badinter à côté de l’abolition de la peine de mort : suppression de la Cour de Sûreté de l’Etat, juridiction d’exception, suppression des Quartiers de Haute Sécurité des prisons où les détenus sont maintenus en isolement, adoucissement du régime pénal et modification de la loi « Sécurité et liberté » élaborée sous le septennat précédent et que la gauche juge répressive à l’excès.

    Un souci constant d’humanisation de la société concerne le problème des banlieues dont un grand nombre est constituée de villes-dortoirs, dépourvues d’équipements commerciaux et culturels et dans lesquelles s’entassent des populations défavorisées, souvent issues de l’immigration. Conscient de cette situation d’inégalité sociale qui perdure depuis plusieurs décennies, le Chef de l’Etat en fait un objet prioritaire de sa politique sociale, créant un ministère de la Ville dont la mission consiste à tenter d’apporter une solution à un problème difficile à résoudre et chargeant en 1984 deux architectes d’envisager des projets de réhabilitation de ces quartiers et d’examiner les possibilités d’en faire des lieux de vie attractifs pour les habitants.

    C’est la volonté de rendre la société plus juste qui explique également l’importance que François Mitterrand accorde de longue date à la place des femmes dans la cité.

    A la veille de son arrivée au pouvoir, il affirme devant l’association « Choisir la cause des femmes » son intention de prendre des mesures pour parvenir à l’égalisation des salaires entre hommes et femmes, de créer des places en crèche pour favoriser l’insertion des femmes au marché du travail et d’accroître leur rôle dans la vie politique en faisant en sorte que les listes de candidature aux diverses élections comportent 30% de femmes.

    Promesses qui ne seront qu’en partie tenues tant le volontarisme politique paraît impuissant à modifier en profondeur des comportements séculaires.

    Mais justice sociale et humanisation ne constituent qu’une part de l’action du président de la République sur la société française. L’un des axes majeurs de son action porte sur sa volonté de placer le pays en bonne position dans la compétition internationale en y favorisant la pénétration dans la société des technologies de pointe et des pratiques qui marquent la modernité en cette fin du XXe siècle. Aussi accorde-t-il une place majeure à la recherche qui joue le rôle essentiel dans la connaissance scientifique et ses applications techniques et à l’enseignement, chargé de préparer les générations futures à en user.

    En ce qui concerne ce dernier, la grande affaire du premier septennat est constituée par la tentative de mise en œuvre de la 90e proposition du candidat à la présidence de la République : réunir dans un grand « service public, unifié et laïque de l’Education nationale » les établissements publics et privés sous contrat qui réuniraient ainsi la quasi-totalité de la jeunesse française.

    Ardemment défendue par le Chef de l’Etat, préparée par le ministre de l’Education nationale, Alain Savary, la réforme échouera en juin-juillet 1984, face aux exigences des défenseurs sourcilleux d’une laïcité rigoureuse et des craintes des catholiques (et d’une partie de la société) de remise en cause de la liberté de l’enseignement.

    En revanche, au niveau de l’enseignement supérieur et de la recherche, une loi de 1983 modifie profondément les missions et les structures de l’enseignement supérieur afin de mieux l’adapter aux nécessités du développement économique et social du pays. Dans le même esprit, la décision prise de conduire 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat annonce une augmentation spectaculaire des effectifs de l’enseignement supérieur. Du même coup, les structures universitaires apparaissent vite trop restreintes pour faire face à cette massification.

    C’est à quoi répond le plan « Université 2000 » annoncé en juin 1990 lors du second septennat de François Mitterrand qui, pour permettre de doubler les diplômés de l’enseignement supérieur, prévoit d’accroître le nombre d’établissements d’enseignement supérieur et de mieux les répartir sur le territoire national, initiative vivement encouragée par les élus locaux.

    Cette société dont on espère ainsi améliorer le niveau d’éducation doit en outre bénéficier des avancées technologiques qui se multiplient en cette fin du XXe siècle.

    L’intérêt éprouvé par François Mitterrand pour la technologie de pointe se manifeste de diverses manières, par exemple par sa volonté de faire participer l’Europe (et par conséquent la France) aux progrès techniques engendrés par les Etats-Unis dans leurs recherches sur une défense stratégique antimissiles dans l’espace, dont il ne partage pas l’objectif militaire, mais dont il perçoit tous les avantages en matière scientifique, ce qui donnera lieu au projet « Eurêka » et à ses applications spatiales.

    Au niveau de la société, cet intérêt se manifestera par le plan « Informatique pour tous » de janvier 1985 ou par le « plan câble » de mai 1984.

    Enfin, soucieux de permettre une information aussi objective que possible, François Mitterrand, durant ses septennats modifiera assez profondément le statut de l’audiovisuel.

    D’une part, en 1982, une loi crée une Haute Autorité de l’audiovisuel, chargée d’assurer le bon fonctionnement de la radio et de la télévision, mais qui ne rompt pas tout lien avec le pouvoir politique puisque ses neuf membres sont désignés par le Chef de l’Etat et les présidents des deux assemblées.

    D’autre part, l’arrivée au pouvoir de la gauche se manifeste par la création de centaines de « radios libres « qui, assez rapidement, sont prises en main par des associations ou des groupes économiques privés.

    Rompant résolument avec la tradition centralisatrice qui faisait de l’audiovisuel le monopole du pouvoir gouvernemental, François Mitterrand n’hésite pas à jouer en ce domaine la carte du libéralisme, autorisant le développement d’une télévision privée, avec la création de Canal + et permettant en 1984 aux radios privées locales de faire de la publicité.

    Et les expatriés ?

    François Mitterrand proposait, en 1981, de créer des postes de députés (48ème des « 110 propositions pour le France »).  Ce fut d’ailleurs, la première élection à laquelle 100 000 expatriés participèrent. Ils seront près de 70 % (68,41%) à voter pour le président sortant sans influer sur le résultat final, Valery Giscard D’Estaing, qui avait instauré la loi permettant le vote dans les consulats et les ambassades. Il fallut attendre, Nicolas Sarkozy, qui concrétisa la promesse de son prédécesseur, pour que les premiers députés soient élus en 2012.

  • Covid-19 et démocratie : quelle Europe dans « le monde d’après » ?

    Covid-19 et démocratie : quelle Europe dans « le monde d’après » ?

    Une tribune de la Fédération internationale pour les droits humains publiée sur le site de notre partenaire Euractiv.

    À quoi rêvent les Européens, en cette journée du 9 mai 2021 ?

    Retrouver partout la liberté et l’insouciance. Nombreux sont ceux qui aspirent aussi à renouer avec l’esprit originel de l’Union européenne. Plus d’un an de gestion chaotique de la crise sanitaire laisse les peuples européens fragilisés, en proie à la défiance. C’est le stigmate d’un mal bien plus ancien, qui ronge l’Union européenne. Cette journée de l’Europe, à l’heure d’aborder le « monde d’après », impose donc un diagnostic qui interroge les fondements de son projet politique. Peut-être le dernier, si rien n’est fait.

    De l’impossible coordination sur la livraison de masques jusqu’aux ratés de la campagne vaccinale : une profonde crise de légitimité démocratique frappe les dirigeants européens. Pendant que la Covid-19 est parvenue à imposer le repli national et à distendre la solidarité entre États, les forces eurosceptiques se réjouissent de ces doutes croissants envers les instances européennes. Certains pays, comme la Hongrie de Viktor Orban ou, plus récemment, la Pologne de Jaroslaw Kaczynski, avaient de longue date fait de l’érosion des principes fondateurs de l’UE, une trame essentielle de leur projet politique. Cette pandémie leur a donné des ailes. En perturbant l’équilibre des pouvoirs, en ciblant la société civile et en muselant les médias ; ils entendent déliter le socle commun sur lequel repose le projet européen.

    Dérives autoritaires

    Voici pourtant déjà une décennie que les défenseurs des droits alertent face aux dérives autoritaires du Premier ministre hongrois. Le changement de la constitution, la mise au pas du contrôle législatif et judiciaire n’y ont pas suffi. Les restrictions visant la presse et les universités ou encore l’infamante loi sur les ONG, qui transpose des mesures entérinées dans les pires dictatures du monde, ont bien soulevé quelques critiques de la Commission européenne ; et même la condamnation de la Cour de Justice de l’UE. Mais sans provoquer le sursaut attendu. Il aura fallu attendre l’émergence d’un autre pouvoir anti-européen en Pologne pour que s’engage un semblant de réaction politique.

    Timide, l’Union européenne n’aura pourtant pas empêché que l’élève dépasse son maître. Le gouvernement polonais s’est attaqué aux institutions qui servent de garants à la protection des libertés individuelles. On déplore notamment la démission forcée de l’ombudsman (Médiateur pour les droits des citoyens), l’un des derniers contre-pouvoirs. L’accès déjà fragile à l’avortement et le droit sexuels et reproductifs des femmes polonaises s’est aussi restreint : les voix ultra-conservatrices l’ont emporté face aux libertés. Dernière offensive : la proposition de retrait de la Convention d’Istanbul, qui garantit la protection contre les violences sexistes. Avec une justice à sa botte, le pouvoir a réduit les standards de protection des droits humains. Tous ceux qui s’opposent à leur dessein – juges, médias, ONG, personnes vulnérables, et tous ceux qui contestent leur vision hétéronormative de la société – sont désormais ostracisés.

    l’article 7, l’arme atomique européenne

    Le traité Européen dispose pourtant d’un traitement de choc : l’Article 7. pensé pour contrer les assauts les plus graves infligés par un État membre contre les principes fondateurs de l’Union, l’arme n’avait jamais été utilisée jusqu’en décembre 2017. La Commission l’active alors contre de la Pologne, s’investissant ainsi d’une responsabilité de sauvegarde des valeurs communes de l’Europe, avant de passer la main au Conseil. La Hongrie est finalement visée à son tour par une initiative du Parlement européen en septembre 2018. Mais les procédures restent au point mort : aucun des responsables politiques dissidents n’aura eu jusqu’ici à répondre du sabotage européen ni de leur démarche liberticide. Si bien qu’à la faveur de la crise sanitaire, de nombreux pays de l’Union, tant à l’Est qu’à l’Ouest, semblent lorgner vers ce modèle délétère.

    Malgré le KO technique de 14 mois infligé par la crise sanitaire, il appartient désormais aux leaders de l’Europe fragilisée de réagir. L’Allemagne, vers laquelle se portaient tant d’attentes, a louvoyé. De nouvelles brèches contre l’état de droit gagnent désormais la Slovénie, qui reprendra la présidence européenne le 1er juillet. Mais le sortant portugais pourrait encore marquer le coup, en menant les auditions requises pour responsabiliser les gouvernements visés. Un exemple fort pour les successeurs, dont la France en 2022. Reste que ce courage ne peut reposer sur les seules présidences du Conseil : le respect des principes de l’UE n’est une option pour aucun de ses membres, et chacun doit y veiller. Seul un message fort de reconquête, envoyé aux peuples épuisés et menacés dans leurs droits et libertés, pourra reconsolider les fondations de l’Europe post-pandémique.

    61 ans après…

    En ce 9 mai, 61 ans après la création du projet européen sur les cendres encore chaudes de la Seconde Guerre mondiale, les peuples du Vieux Continent sont en droit de rêver. D’espérer que les principes démocratiques d’égalité, de liberté, de dignité humaine et de respect des droits fondamentaux ne seront pas d’énièmes victimes de la pandémie. Ils sont en droit d’attendre que ces valeurs communes pour lesquelles tant se sont battus – et continuent de se battre – sortent renforcées de l’épreuve.

    Elena Crespi, Responsable du bureau Europe de l’ouest de la FIDH Vitor Graça, Liga Portuguesa dos Direitos Humanos – Civitas

  • 3 semaines avant les élections consulaires : quelles tendances ?

    3 semaines avant les élections consulaires : quelles tendances ?

    Lesfrancais.press ont lancé de nombreuses consultations auprès des Français de l’étranger au cours du mois d’avril. Nous en avons publié les résultats au fil de l’eau ces dernières semaines (pour les retrouver cliquez ICI). Ce dimanche, avant de lancer une nouvelle vague de consultation, à 3 semaines du samedi 29 (les Amériques) et du dimanche 30 mai (reste du monde), date des élections des Conseillers de plus de 2 millions de Français de l’étranger, les élus locaux des expatriés, nous vous proposons d’analyser les tendances.

    La participation, cette inconnue

    Dans nos consultations, auxquelles la participation est volontaire et non soumise à un panel à la différence d’un sondage, 10 123 personnes ont validé leurs réponses. Parmi ces individus, par essence intéressés par ces élections locales, ils étaient plus de 70% en moyenne à répondre vouloir voter.

    Au sein de ces potentiels électeurs, ils étaient, en moyenne, 80% à indiquer préférer le vote en ligne, du 21 mai à 12h (heure de Paris) au 26 mai à 12h (heure de Paris).

    On ne peut évidemment pas en tirer de tendance générale, car les participants représentent tout juste 1% des électeurs appelés à s’exprimer. Cependant, on constate que le vote électronique semble remporter les suffrages en centre période de pandémie. Peut-être qu’avec cet outil, et malgré les difficiles campagnes, handicapées par les mesures anti-covid dans le monde, le taux de participation restera égal à celui de la dernière élection en 2014 soit 16%.

    Encore un taux de participation décevant, cependant la réforme des fonctions « consulaires » initiée par Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France, qui sera appliquée à partir de la prise de fonction des nouveaux élus, permettra une meilleure exposition des élus et de leurs missions. De quoi espérer une prise d’intérêt des expatriés pour leurs élus aux élections de 2026 ? A suivre..

    LREM en tête partout ?

    Le nouvel arrivant sur l’échiquier politique des Conseillers et délégués des Français de l’étranger, c’est bien sur, La République En Marche (LREM), le parti d’Emmanuel Macron. Confiants, arrogants pour certains, les candidats de la majorité présidentielle comptent sur la vague de 2017 pour remporter les élections partout où ils se seront présentés. Car la surprise, c’est la faible présence de La République En Marche, le parti n’ a pu déposer des listes que dans un gros tiers des circonscriptions.

    Signe d’un difficile enracinement, à l’image de la situation rencontrée par le parti présidentielle lors des municipales ? En tout cas dans nos consultations, les fidèles de la « macronie » sont toujours là.. En moyenne, les listes sont créditées par les participants à nos consultations de 22% à 27% des votes, ce qui correspond au score d’Emmanuel Macron au premier tour des élections présidentielles, malgré la fermeture des frontières et les promesses non tenues.

    Résultat de la consultation menée en Belgique

    Les Républicains font de la résistance

    Les « LR », premier parti d’opposition en France, premier parti d’opposition chez les expatriés, c’est la leçon de nos consultations. Les électeurs historiques du parti de droite, déçus ou lassés par la présidence Macron, ont décidé de revoter pour les « Les Républicains ».

    Dans la grande majorité des consultations que nous avons menées de Genève à Manille, les Républicains cristallisent entre 18% et 20% des intentions de vote. Inespéré pour ce parti dont la fédération n’est plus que l’ombre d’elle même, ayant perdu plus de la moitié de ses adhérents dans le monde.

    Cependant la connexion entre la France et ses enfants hors de son territoire reste toujours forte et les événements nationaux entrainent, finalement, les mêmes tendances chez les expatriés.

    La gauche désunie ?

    Du coté de la Gauche, là aussi, ce sont les mêmes tendances qu’en France. Unis, les partis, PS, EELV, et La France Insoumise, caracolent en tête, avec plus de 30% des intentions de vote, à Madrid ils frôlent les 50%.

    Résultat de la consultation sur la circonscription de Madrid

    Mais là aussi, comme en France, les rapprochements ont été difficiles et au final très peu nombreux. En plus des « conflits » importés du paysage politique national, deux « clans » de la Fédération Socialiste des Français établis hors de France s’opposent avec en ligne de mir les sénatoriales qui découleront des élections consulaires et qui auront lieu à la rentrée 2021.

    Les circos à surveiller

    Les élections consulaires vont-elles donner les mêmes résultats qu’en France aux élections municipales ? Cela y ressemble en tout cas : un manque d’ancrage local pour le parti présidentiel, une droite revigorée, et une gauche qui se cherche encore… comme en France.

    En plus des résultats bruts des élections, l’autre enjeu ce sont les présidences des Conseils consulaires. Le rôle est actuellement confié au chef de poste (soit le Consul ou l’Ambassadeur s’il n’y a pas de consulat). En juin, les conseils éliront donc leurs présidents pour la première fois. Est ce que La République En Marche arrivera à fédérer les forces en place pour obtenir les présidence où est ce que les partis adverses s’uniront pour empêcher une victoire indirecte d’Emmanuel Macron au niveau local ?

    Lesfrancais.press détailleront les résultats au fil des élections. Mais nous serons aussi attentif à certaines circonscriptions dont les enjeux dépassent l’échelon local.

    Comme à Genève, où le député actuel, Joacquim Son-forget se présente aux élections consulaires, un testing en conditions réelles pour les élections législatives de juin 2022 ? En effet, le député, qui a perdu l’étiquette LREM, hésite à se représenter comme indépendant.

    Résultat de la consultation sur la circonscription de Genève

    Deux autres circonscriptions sont à suivre pour connaitre l’avenir du Parti Socialiste à l’étranger. La Belgique où la Présidente de la fédération, Cecilia Gondard, a fait le choix de refuser l’union des Gauches, pour se présenter seule, avec l’objectif de renouveler sa légitimité alors qu’elle s’oppose à Ségolène Royal pour l’investiture aux sénatoriales de l’ancien parti de François Mitterand. Le résultat du N°2 de la future liste de l’ancienne ministre pour le Sénat, Mehdi Benlahcen, est aussi à surveiller. Actuel chef du groupe Solidarité et Ecologie – Français du Monde à l’Assemblée des Français de l’étranger, il doit aussi renouveler sa légitimité, il se représente, donc, au Portugal.

    Plus que 3 semaines pour répondre à toutes ces questions… Les réponses seront entendues si le taux de participation dépasse les pronostics. Ça ne dépend que des expatriés mais ils sont nombreux, encore à ce jour, à ne pas connaitre ces élections.

  • Destination France ? 12 pays sous quarantaine

    Destination France ? 12 pays sous quarantaine

    La France étend les restrictions sanitaires de circulation avec les pays les plus à risque. Le 17 avril dernier, les services de Matignon avait instauré ‘une quarantaine obligatoire de 10 jours pour tous les voyageurs, même les nationaux, venant des pays les plus touchés par la pandémie, et de ses nouvelles souches appelées « variants », à savoir le Brésil, l’Argentine, le Chilil’Afrique du Sud auxquels s’est ajouté l’Inde.

    Une quarantaine obligatoire

    Le début de cette quarantaine obligatoire pour ces 5 pays, ainsi que pour la Guyane,est mise en place depuis ce samedi 24 avril 2021. En cas de non-respect, l’amende encourue peut s’élever jusqu’à 1 500 euros. 

    « La propagation non maîtrisée du virus dans certains pays, et en particulier de plusieurs variants d’intérêt faisant craindre un risque de transmissibilité accrue ou d’échappement vaccinal, imposent un renforcement des mesures de contrôle des arrivées depuis ces pays« 

    Communiqué du cabinet du Premier ministre Jean Castex

    Depuis plusieurs mois, de nouvelles souches du coronavirus tel que le « variant brésilien » semblent hors de contrôle au Brésil et dans les pays limitrophes. En Inde, c’est la souche double mutante qui inquiète. 

    7 nouveaux pays considérés à risques

    En conséquence, les voyageurs en provenance de sept pays supplémentaires, dont la Turquie, devront observer une quarantaine obligatoire de dix jours à l’arrivée en France en raison de la circulation de l’épidémie de coronavirus dans ces pays, a annoncé vendredi une source gouvernementale à l’AFP.

    Cette restriction, qui prévaut déjà pour les 5 pays précités et la région française d’Amérique du Sud, s’appliquera également au Bangladesh, au Sri Lanka, au Pakistan, au Népal, aux Emirats arabes unis et au Qatar. La mesure entrera en application samedi minuit, a-t-on précisé de même source.

    Ainsi, tous les voyageurs en provenance d’un de ces 12 pays et de la Guyane française  sont désormais soumis à une période d’isolement de 10 jours.

  • « J’ai cherché à déterrer l’histoire « off » de la Pologne » rencontre avec Paulina Dalmayer

    « J’ai cherché à déterrer l’histoire « off » de la Pologne » rencontre avec Paulina Dalmayer

    La Pologne est au cœur des « Héroïques », roman auquel Paulina Dalmayer, journaliste polonaise expatriée à Paris, s’est attelée en 2015. Elle avait l’idée de  rendre hommage à des femmes comme sa mère qui ont affronté le joug communiste. C’est une immersion dans les derniers jours de Varsovie, la rouge, que nous propose l’auteur. Boris Faure, notre chroniqueur littéraire, l’a interviewée. Ils décryptent ensemble les pages clés de l’oeuvre. Un livre indispensable pour comprendre la Pologne d’aujourd’hui qu’on ne comprend pas toujours.

    Rencontre avec l’auteur des « Héroïques »

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Bonjour Paulina, ce roman, est-ce avant tout le portrait d’une femme et de votre pays de naissance, la Pologne ?

    Ce n’est pas le portrait d’une femme qui m’a intéressé, mais le portrait d’une femme dans une époque, et dans un pays. Les trois éléments allaient ensemble : mon héroïne Wanda, la Pologne, et l’époque de l’après-guerre jusqu’à nos jours, autrement dit, dès l’instauration du régime communiste, en passant par sa chute en 1989, et en terminant en 2015. Je ne crois pas que les femmes méritent qu’on leur fasse leur portrait du seul fait qu’elles sont femmes. 

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Il y a une scène emblématique qui m’a frappée dans le livre. Celle du concert des Stones en avril 1967 au Palais de la Culture de Varsovie. C’était la première fois qu’un groupe de Rock occidental se produisait à l’Est. C’est aussi le moment du livre où l’héroïne fait la rencontre de son futur mari. Ce concert est-il un moment fort de l’histoire de la Pologne ?

    N’exagérons rien. Mais ce fut décidemment un moment où le mur a commencé à se fissurer, sans qu’on s’en rende compte. Une année plus tard, en mars 1968, la Pologne a connu son « Mai’68 », très différent dans ses aspirations de ce qu’on a pu voir en Occident, que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Les étudiants de l’Université de Varsovie ont réclamé de rétablir au répertoire du Théâtre national « Les Aïeux », une pièce d’Adam Mickiewicz, grand poète du romantisme polonais, et que le pouvoir jugeait « antisoviétique ». N’oubliez pas que la même année, le bloc de l’Est a été marqué par le Printemps de Prague. Les armées du Pacte de Varsovie, y compris l’armée polonaise, sont intervenues pour réprimer brutalement le début d’un formidable soulèvement populaire qui réclamait la libéralisation du régime.

    La génération de mes parents a été traumatisé par cette intervention parce qu’elle a montré très clairement l’impossibilité de réformer le système de l’intérieur. Ce n’est pas par hasard que les intellectuels ont massivement quitté les rangs du Parti à ce moment-là, en ’68, pour nouer ce qu’on appelle « l’opposition démocratique », avec Adam Michnik, Jacek Kuron, Tadeusz Mazowiecki et Bronislaw Geremek en tête. Leszek Kolakowski a quitté non seulement le Parti, mais aussi la Pologne, pour se réfugier à Oxford, où il a obtenu une chaire.

    Adam Michnik deviendra, après 1989, le fondateur et rédacteur en chef de « Gazeta Wyborcza », à présent le plus grand quotidien polonais. J’ai grandi avec « Gazeta », qui a fait de moi qui je suis, sur le plan intellectuel aussi bien que politique, même si depuis quelques années il m’arrive d’être en désaccord avec leur ligne, parfois radical comme ce fut le cas en 2003, pendant la guerre en Irak.

     « Gazeta » a publié beaucoup de documents et témoignages de ce légendaire concert des Stones, pour certains très émouvants. Le positionnement du Parti communiste polonais était assez ambiguë vis à vis de cette musique. D’une part, elle nous venait de l’Occident impérialiste et risquait donc de corrompre moralement la jeunesse d’un pays socialiste. D’autre part, c’était une musique qui contestait la morale bourgeoise et pouvait éventuellement détourner les jeunes de l’Eglise, donc jugée utile. 

    Le rock et le jazz étaient bien plus que de la musique. C’était une fenêtre vers l’Occident, une incitation aussi, à apprendre l’anglais donc à gagner une forme d’autonomie. Grosso modo, en famille, comme dans le « milieu », nous suivions la proposition de Kolakowski, exposée dans ses « Thèses sur l’espoir et le désespoir », profiter de chaque faille du système pour vivre aussi librement que possible. 

    C’était encore valable pour ma génération, qui apprenait l’anglais pour comprendre les textes des chansons. Cette tradition rock a ainsi perduré, en s’amplifiant d’ailleurs dans les années sombres de l’état de guerre, au début des années 80, quand nous avons eu une scène alternative et punk absolument extraordinaire, très engagée politiquement, mais aussi très littéraire, avec des textes qui ont survécu à la chute du mur et qu’on écoute toujours, pas uniquement par nostalgie. La Pologne a eu son Woodstock doublé d’un Glastonbury, à Jarocin, où chaque année depuis les années 80 il y a des concerts en été. J’y étais en ’91, en ’92, et j’en garde des souvenir savoureux. 

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Et aujourd’hui le rock et la musique alternative ont ils le même pouvoir mobilisateur sur la jeunesse polonaise ?

    Il m’est difficile de dire ce que la jeunesse d’aujourd’hui écoute. Tout s’est terriblement commercialisé et la musique, en Pologne comme partout en Occident, fait partie d’une industrie. Mais je suis une nostalgique, j’écoute toujours de vieux morceaux, avec par exemple des groupes comme Republika ou Kult, qui nous racontaient les années 90, les ratages de la transformation économique, et l’amour bien sûr… A cette époque là, les groupes polonais se sont inscrits dans des contestations qui ressemblent à celles que connaît l’Occident.

    Mais j’ai vu que Maria Peszek, une chanteuse et actrice qui a plus ou moins mon âge, a prêté son tube pour soutenir les manifestations massives en faveur de l’avortement et contre les ultra-conservateurs au pouvoir. Que croyez-vous ? J’ai eu envie de gueuler avec elle ! Et j’espère de tout cœur que ces manifestations vont reprendre jusqu’à ce que le gouvernement de Kaczynski retire sa loi abjecte.

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Dans votre roman on est frappé également par les chapitres qui évoquent le théâtre de Grotowski, là aussi il y a cette contestation des normes et de l’ordre établi et une avant-garde polonaise que vous décrivez cependant aussi dans son aspect un peu sectaire?

    Ce qui m’a intéressé c’est l’originalité de Grotowski, ce qui, en lui, tenait de la tradition polonaise du théâtre romantique, et ce qu’il a emprunté à l’étranger. Il était dans l’avant-garde et avait mené une révolution des plus radicale depuis Stanislawski sur le plan formel, ne serait-ce qu’en abolissant la division entre la scène et le public ou par le travail sur le corps, avec le recours aux techniques orientales de respiration, exigeant aussi une discipline monacale. 

    Dans ce théâtre il y a un retour au sacré, à la mystique, et c’est ce qui va attirer aussi une quantité d’illuminés de tout acabit. Il y a eu quelques abus ou « tensions » un brin sectaires. Reste que de ceux qui ont participé aux stages para-théâtraux, je n’ai jamais entendu une seule plainte. Au contraire, ils sont très soudés, forment une sorte de famille alternative…

    Remarquez qu’à la même époque Timothy Leary menait des expériences avec le LSD. Pour Grotowski c’était « un raccourci » vers la métaphysique, et les drogues étaient prohibées de ses lieux de travail. 

    L’expérience de Grotwkski m’a paru à la fois un peu grotesque et admirable. Au moment où les gens en Pologne faisaient la queue pour acheter un très rare produit à l’époque communiste, c’est-à-dire le papier-toilette, des jeunes gens pensaient pouvoir changer le monde en changeant leur rapport à l’autre, en introduisant tout simplement l’exigence de vérité et de bienveillance, parce que le régime était mensonger et inhumain. Certes, si on considère la chose de notre perspective, au travers des dernières décennies qui ont exacerbé les côtés ridicules et exagérés de la contreculture, on en rit. Mais n’oublions pas le contexte… 

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Le mari de l’héroïne est un peu son exact opposé. Edvard est devenu député européen et il apparait comme le représentant de cette Pologne nouvelle, la Pologne des vainqueurs avec un côté ironique, individualiste et…Coureur de jupons. Pouvez vous m’en parler ?

    Il représente en effet la Pologne des vainqueurs. C’est un député progressiste, sa femme et sa fille disent de lui qu’il est « communiste », mais il aurait pu aussi représenter par exemple la Plate-forme civique (Parti Libéral). Il aurait pu faire partie de l’opposition démocratique, alors qu’il a choisi de rester dans son « camp » et de ne pas quitter la gauche, même s’il est aussi un entrepreneur prospère et qui a pleinement profité de la « thérapie de choc » économique des années 90. C’est un personnage blasé, mais ce n’est pas un matérialiste. Il fait de l’argent presque par désespoir amusé, pare qu’il sait qu’on vit une époque post-politique… Je me souviens d’un texte publié conjointement par Adam Michnik et Vaclav Havel qui s’intitulait « La politique ce n’est pas un sale boulot », pour dire à qui voulait l’entendre qu’il faut à tout prix préserver, et même étendre, une certaine éthique dans la vie politique… Pourtant c’est ce milieu, de l’ancienne opposition démocratique, progressiste et libérale, qui a commis une forme de trahison des clercs, ne sachant pas accompagner la société dans la transformation démocratique. La réponse à leur progressisme c’est Kaczynski et les xénophobes polonais. 

    Toutefois, j’ai beau essayer, je n’arrive pas à les blâmer. Leur Pologne c’est ma Pologne. Alors le personnage d’Edward est pour moi très important, parce qu’il incarne comme un procès raté que j’ai intenté à mes « parents », voyant parfaitement leur fautes, sans pouvoir pour autant les condamner. Jamais. 

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Le premier chapitre part d’une scène très religieuse et mystique. La mort de la mère et la création par son fils d’un autel pour son corps dans le jardin de la maison familiale. Parlez-vous ainsi de la forte religiosité polonaise ?

    En effet, le catholicisme imprègne la Pologne. Tout un chacun qui a vécu un peu en Pologne s’en rend compte. C’est quelque chose d’omniprésent et infus. Les cimetières à la Toussaint avec ces milliers de lumières sont toujours d’une incroyable beauté.  Il y a un écho parfaitement mystique et païen aussi là dessous, et qu’on retrouve d’ailleurs dans « Les Aïeux » dont nous avons parlé… Le revers de la médaille, c’est l’omniprésence de l’Eglise dans toutes les sphères de la vie publique, insupportable pour certains, dont je suis.

    Boris Faure – Lesfrancais.press : La scène du livre où on se moque des prêtres est ce qu’elle est influencée par votre laïcisme français, vous qui vivez depuis de nombreuses années en France ?

    En réalité les catholiques polonais sont les premiers à se moquer de l’Eglise ! Selon les sondages, les Polonais comptent parmi les peuples les plus anticléricaux ! Cherchez le paradoxe. Il y a par exemple beaucoup de lucidité par rapport à la pédophilie dans l’Eglise polonaise, ou à sa corruption. 

    Dans les années 90, c’est l’hebdomadaire satirique « Nie » de Jerzy Urban qui avait le plus gros tirage en Pologne, un titre qui ferait rougir les caricaturistes de Charlie Hebdo. C’était bien plus violent! Et il faut dire que Jean-Paul II en prenait pour son grade. 

    Les jeunes se détournent aujourd’hui de l’Eglise parce qu’ils sont, justement, à la recherche de spiritualité. Ils s’orientent vers les monastères ou vers les cérémonies chamaniques parce qu’ils ne trouvent plus de nourriture spirituelle dans l’Eglise polonaise devenue un parti politique. A la longue, l’Eglise polonaise est perdante à ce jeu…

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Vous dessinez dans ce livre le portrait d’une Pologne qui est méconnue. Une Pologne cultivée, avant-gardiste, une Pologne que les Français ignorent ?

    C’est la Pologne que je porte en moi et que j’ai voulu fixer. C’est la Pologne de mes parents. Celle d’un certain milieu qui a fait qu’en 89 nous avons pu tous nous asseoir autour de la table ronde et discuter, nous évitant ainsi le sort de l’ex Yougoslavie. La volonté de pardonner et la volonté de construire ensemble un nouveau pays était là, on doit donc excuser les erreurs qui ont suivi. Il y avait une forme d’élégance aussi dans cela : « Nous avons gagné mais nous ne sommes pas des justiciers, nous sommes là pour remettre le pays debout. » Rappelez-vous de la très belle interview d’Adam Michnik avec le général Jaruzelski…

     Cela m’agace de lire que la Pologne serait un ennuyant pays catholique, antisémite, raciste et homophobe. Ce n’est pas complétement faux, mais ce n’est pas du tout vrai ; voilà comment on résumerait la chose en Pologne… Parce que c’est un pays des paradoxes, à présent profondément divisé, mais dopé à une énergie extraordinaire qui manque à l’Occident anémié. 

    Et cela m’agace aussi pour des raisons professionnelles… Etant journaliste moi-même, je m’étonne du si peu de curiosité de mes collègues français, qui ne savent décidemment pas sortir des sentiers battus, même quand ils sont en poste à Varsovie…

    La Pologne n’a jamais été vraiment fermée, même quand on n’avait pas le droit d’avoir un passeport.  Nous avons toujours su davantage sur l’Occident que l’Occident n’a jamais su sur nous. Apparemment cela ne change pas…

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Wanda c’est aussi une femme en fin de vie, malgré son cancer elle a de la distance et de la dignité dans ses derniers moments .Vous avez écrit sur l’euthanasie par ailleurs. Est-ce un de vos combats ?

    L’euthanasie n’est pas mon combat, même si l’hypocrisie des députés français sur cette question me paraît frappante. J’ai voulu comprendre comment l’on meurt en Occident aujourd’hui… J’ai donc mené une enquête en France, en Suisse et en Belgique, je me suis entretenue avec des médecins, ceux qui pratiquent l’euthanasie ou le suicide assisté, tout comme avec ceux qui s’y opposent, mais aussi avec des malades en fin de vie… Alors, ce que j’ai vu n’a pas fait de moi une militante pro-euthanasie, mais j’estime que dans certains cas, c’est la meilleure des pires façons de mourir. Et nous n’avons aucun droit de le refuser à ceux qui en ont besoin. 

    Mais le personnage de Wanda pose aussi une autre question : où se termine, si c’est le cas, notre liberté de concevoir notre mort « à la carte » ? Dans la suite des « Héroïques » sur laquelle je termine de travailler, cette question revient dans la narration de Gabriela, la fille de Wanda : « Qu’est ce qui te fait croire que tu es capable de mourir loin de nous ? ». Aujourd’hui on voudrait programmer la mort comme on organise une fête d’anniversaire. Est-ce que cela rend la mort plus digne ou moins angoissante ? Je ne sais pas. Je ne le crois pas. 

    Collectivement nous avons perverti notre rapport à la mort, alors quelle que soit la solution à envisager pour soi, si cela apporte une forme de consolation ou de recueillement, pourquoi pas… ? De toute manière, quelle est l’offre alternative, sinon ? Des soins palliatifs ? La démence sénile pour tous, prolongés à outrance ? 

     Pendant la crise sanitaire, la prise de pouvoir par les médecins m’a paru insupportable. La santé est devenue notre dernière grande religion, et nous nous montrons très pieux. C’est affreux. C’est triste. C’est révoltant. 

    Comme la tradition d’une médecine paternaliste et mandarinale en France. Athée, je n’ai pas peur de dire que ces gens-là pèchent par un excès d’arrogance terrifiant. La médecine technoscientifique qui répare tout un chacun sans se poser la moindre question existentielle sur le sens de prolonger des personnes qui seraient mortes naturellement il y a dix ou vingt ans, m’effraie. On sait très bien faire, en France comme en Belgique, le problème n’est pas là… Mais doit-on faire tout ce que techniquement nous sommes capables de faire ? Je ne le pense pas. 

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Le deuxième tome du livre est en train d’être achevé. Pouvez-vous nous en donner un résumé pour nous mettre en appétit ?

    Le premier jet des « Héroïques » était un ensemble de presque 1300 pages. Il fallait donc non seulement couper dans le texte, mais également scinder le livre. C’est chose faite, sauf qu’il m’est resté à « accommoder » la suite de façon à ce qu’elle puisse se lire indépendamment du premier volume. Il faut donc penser l’ensemble en termes d’un triptyque : Wanda, Gabriela, India. 

    On retrouve Wanda, mais désormais on suit l’aventure par la narration de Gabriela, sa folle de fille, peintre et passablement nymphomane, qui vit en France. Elle quitte le Sud avec son amoureux français, qu’elle traine d’abord en Pologne, ensuite en Inde, où s’embarque toute la famille. Vous me direz que cela sent Wes Anderson, et ce n’est pas complétement faux, (rires)…

      Mais il y a beaucoup d’ironie, et un thème qui revient de manière obsessionnelle, celui d’une utopie… Après l’héroïque génération de Wanda, nous nous retrouvons avec la doucement vieillissante génération X, la mienne, qui essaie de faire au mieux avec un monde défait et fatigué dans lequel elle a grandi… D’où la tentative de Gabriela de bâtir une utopie amoureuse, au risque, peut-être, de tomber dans des clichés du progressisme… Ridicule ou pas, du moins sur le papier, une utopie peut marcher. Je crois que nous en avons collectivement un grand besoin, tout comme je doute que nous soyons capables de la trouver, sans qu’elle soit synonyme d’un monde où les femmes porteraient la barbe, ce qui fait rêver certains…

    Boris Faure – Lesfrancais.press : Merci à vous Paulina. J’ai déjà hâte de me plonger dans le deuxième volet de votre histoire.  Je donne rendez-vous le jeudi 27 Mai à 20H à nos lecteurs pour échanger avec vous lors du club littéraire qui sera consacré aux Héroïques en votre présence.

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  • Reporters sans Frontières se mobilise pour Olivier Dubois

    Reporters sans Frontières se mobilise pour Olivier Dubois

    Pauline Ades-Mével, rédactrice en chef & porte parole de Reporters sans Frontières, répond aux questions de notre partenaire Stéréochic. On revient avec elle sur l’enlèvement d’Olivier Dubois au Mali ce mercredi.

    La liberté de la presse

    Pour rappel, Reporters sans Frontières est une association dont le rôle est d’accompagner les autorités dans la recherche de solutions pour garantir la liberté de la presse dans le monde.

    Lutter contre l’oubli des otages

    Pauline Ades-Mével partage avec nous les dernières informations sur l’enlèvement par un groupe djihadiste au Mali de notre compatriote journaliste Olivier Dubois. L’association avait été informée depuis le 10 avril tandis que le parquet anti-terroriste de Paris a ouvert une enquête.

    Un sujet de Stéréochic, la radio des Français dans le monde
    https://www.stereochic.fr/
  • Sommet de Porto : La France défend « des salaires minimums adéquats »

    Sommet de Porto : La France défend « des salaires minimums adéquats »

    Le président français Emmanuel Macron se rend aujourd’hui à Porto dans le cadre d’une réunion avec ses homologues européens sur l’Europe sociale où il y défendra des « salaires minimums adéquats » au sein des pays du bloc.

    Le Premier ministre portugais, António Costa, qui préside l’Union européenne et qui organise le sommet social qui se tient ce vendredi 7 mai à Porto, espère que ce dernier marquera un tournant dans l’histoire de l’UE. Il souhaite la conclusion d’un accord général souscrit par les institutions européennes et, pour la première fois, par les partenaires sociaux.

    Bilan du premier socle social

    Ce sera d’abord l’occasion de « faire le bilan des avancées », plus de trois ans après le sommet de Göteborg en Suède, où le premier socle européen des droits sociaux avait été discuté, a fait savoir l’Élysée.

    Impossible d’obliger à la création d’un salaire minimum

    La France a indiqué qu’elle y défendra « des salaires minimums adéquats », rappelant que le texte ne vise pas à fixer les salaires eux-mêmes et que les traités de l’UE ne permettent pas d’imposer la création d’un salaire minimum quand il n’existe pas.

    L’Élysée a également déclaré qu’Emmanuel Macron apportera son « plein soutien à l’élargissement du champ d’application » de la garantie jeune et espère la création d’un « droit individuel à la formation pour chaque européen » d’ici à la fin de l’année.

    Les villes aussi présentes

    La Maire de Paris, Anne Hidalgo, se rendra également au Portugal où elle compte « porter la voix des villes » en défendant « l’action des collectivités territoriales, pionnières dans la lutte contre le dérèglement climatique et pour la justice sociale ». Elle s’entretiendra également avec Antonio Costa, Premier ministre portugais, en amont du Sommet.

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