La France, une armée en marche ?

La France, une armée en marche ?
La France et son armée, une histoire passionnelle ?

De la Guerre de Cent ans jusqu’à celle de l’Algérie, la France a été pendant sept siècles confrontée à des conflits intérieurs et extérieurs qui ont modelé les comportements et l’organisation de ses structures politiques et administratives. Durant son règne de 54 ans, Louis XIV connut 31 années de guerre. Napoléon Bonaparte ne profita que de trois années de paix de 1799 à 1815. La Troisième République fut confrontée à deux guerres mondiales, la Quatrième disparut avec la guerre d’Algérie.

De conflit en conflit, le nombre de Français appelés sous les drapeaux n’en finit pas d’augmenter. Sous Louis XIV, l’armée passe de 100 000 à plus de 600 000 hommes. Sous Napoléon, 7% de la population française sert l’armée; ce taux atteindra plus de 20% durant la Première Guerre mondiale. Plus de 100 000 militaires français seront engagés en Indochine et 1,5 million le seront en Algérie dont de nombreux appelés du contingent.

La France marquée par son passé militaire 

Le budget militaire a été longtemps le premier en France, accaparant plus de 50% des dépenses publiques sous Louis XIV, Napoléon ou durant la Première Guerre Mondiale. Le concept « l’intendance suivra » est ancré au plus profond de l’âme française, le « quoi qu’il en coûte » de la crise sanitaire n’en étant qu’une déclinaison.

Mercantilisme, colbertisme, protectionnisme, autant de politiques qui marquent le lien de subordination de l’économie au pouvoir politique. N’ayant pas connu de processus de démilitarisation comme l’Allemagne ou le Japon, la France se distingue parmi les grandes puissances occidentales par son organisation civile qui reste très marquée par son passé militaire, même si depuis 1962 la France ne s’engage qu’avec parcimonie dans des conflits armés. 

L’inflation législative et réglementaire s’inscrit dans une vision militarisée de la nation s’accompagnant d’un ballet incessant d’ordres et de contre-ordres. 

Le droit social est également influencé par cet état de guerre permanent. Tout conflit d’importance remonte au sommet amenant l’État à intervenir dans les négociations. Le goût absolu pour l’égalité peut être analysé comme une réminiscence des époques de guerre où le sacrifice du sang ne saurait accepter de passe-droit.

Du vocabulaire au réglementaire 

Les phases de libéralisation sont éphémères et encadrées par l’État, que ce soit sur le plan économique avec des dénationalisations ou au niveau de la gestion locale avec la décentralisation. 

L’épidémie de Covid-19 a remis au goût du jour le vocabulaire militaire avec les salariés de la première ou de la deuxième ligne, ceux qui étaient exposés ou pas au virus, et les profiteurs. Le Président de la République n’avait-il pas dès les premières semaines d’épidémie indiqué que la France était en guerre ? 

Le système réglementaire s’est mis en branle avec à la clef des attestations, des autorisations et des réquisitions. L’expérience des derniers conflits montre que le retour à la normale n’est jamais celui au temps d’avant. Les structures administratives se pérennisent, les habitudes prises durant quelques mois ne disparaissent plus. 

Nostalgie ou mouvement

La France n’a pas de culture libérale faute de contrepouvoirs réellement organisés et capables de s’affranchir de la tutelle du pouvoir central. Dans une économie mondiale ouverte, en mutation rapide avec la digitalisation et l’affirmation de la Chine, la guerre de mouvement pourrait être d’actualité pour une France en proie à la nostalgie d’un passé idéalisé.

Napoléon a prouvé que sur un champ de bataille, une stratégie correctement appliquée primait sur le nombre, du moins dans une certaine limite. Au nom des habitudes prises au fil des décennies, la tentation est grande de privilégier un keynésianisme à la sauce française qui a l’avantage de conforter les positions de l’administration et de satisfaire l’opinion. 

Les tenants de cette politique s’appuient sur les faibles taux d’intérêt permettant de financer à faible prix la dette sur le dos des épargnants ainsi que sur la mansuétude des Allemands et des Européens du Nord. Nul n’imagine que demain l’euro pourrait imploser, les taux remonter voire l’État faire banqueroute. Il est vrai que pour Keynes, « à long terme, nous serons tous morts »… 

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