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  • Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel sanctionnent des élections consulaires et sénatoriales

    Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel sanctionnent des élections consulaires et sénatoriales

    Les élections consulaires et sénatoriales ont comme chaque moment électoral amené leur lot de recours des candidats ou de la Commission de contrôle des comptes de campagne. Celles de 2021 n’ont pas dérogé à la règle. Deux affaires viennent d’aboutir, celle concernant la sincérité du vote sur la circonscription de Montréal pour les Consulaires de mai 2021 et celle sur les comptes de la campagne de Laure Pallez, candidate malheureuse aux élections sénatoriales de septembre 2021. On détaille ces deux affaires pour vous.

    2 candidats sur la sellette à Montréal

    Vendredi 24 juin, le Conseil d’État a statué sur le recours à l’encontre des résultats de l’élection des conseillers et délégués des Français de la circonscription de Montréal. Les sages du Palais royal (lieu où siège la plus haute autorité administrative française) ont décidé d’annuler les élections du fait de « manœuvres » de deux listes qui ont, selon la haute juridiction, volontairement créé la confusion et trompé les électeurs sur leurs soutiens.

    « Écologie, urgence climatique et environnement avec les Françaises et les Français du Québec et des Provinces atlantiques : liste verte pour servir et défendre vos intérêts en accord avec les objectifs de développement durable de l’ONU » est la première des listes incriminées dans ce jugement. Conduite par Virginie Baudet, l’équipe qui se présentait devant les Français de cette région du Québec, s’était attribuée le soutien de Nicolas Hulot, via une profession de foi mettant en avant une grande photo de l’ancien ministre et une reproduction de sa signature. Le juge administratif a lui constaté que « cette personnalité ne lui accordait aucun soutien » et que la communication de la liste était donc de nature à tromper les électeurs. Arrivée en troisième position, cette liste avait obtenu un siège de conseiller des Français de l’étranger. 

    Télécharger le jugement du Conseil d’Etat

    Une deuxième liste à utiliser un stratagème similaire mais cette fois avec Emmanuel Macron. « Ensemble avec le Président de la République et le Premier ministre pour une fiscalité équitable en supprimant la CSG/CRDS, une protection sociale de la CFE accessible à tous et une simplification des démarches consulaires en ligne », menée par Laurent Gonin, voit aussi sa profession de foi, qui affichait le portrait du président, un logo représentant le palais de l’Élysée et le pavillon national, et ses bulletins de vote, qui eux affichaient la mention « Président de la République », rejetés. Le Conseil d’État constate que ces éléments sont « de nature à induire les électeurs en erreur sur le soutien dont [cette liste] pouvait bénéficier de la part du Président de la République en exercice ». La liste, arrivée 4ème avait également obtenu un poste de conseiller.

    2 élus voient donc leur élection annulées, et dans les faits, c’est tous les Conseillers et délégués de la circonscription, soit 7 personnes, qui sont donc démis de leur mandat. De nouvelles élections doivent être tenues dans les meilleurs délais, sûrement à la rentrée. Mais quelle sera la légitimité des nouveaux élus ? En effet, en dehors d’un temps de campagne « nationale » et sans vote en ligne (trop coûteux à remettre en place pour une circonscription), la participation risque de battre tous les records… dans le mauvais sens. Cette élection ne manquera pas tout de même d’intéresser les médias et la sphère politique des Français de l’étranger, en effet en 2021, de cette élection consulaire émergea Yan Chantrel, dont les actions contre les motifs impérieux avaient été couronnées de succès et qui lui avait permis, après son élection comme Conseiller des Français de Montréal, de remporter son siège de sénateur en septembre 2021 pour le Parti socialiste face à Ségolène Royal.

    Laure Pallez et ses comptes de campagne

    Au Conseil constitutionnel, une autre affaire était mis au jugement. Laure Pallez, elle aussi candidate socialiste à l’élection des sénateurs des Français établis hors de France, a vu ses comptes de campagne rejetés par la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques. Ici pas question de malversation, mais de simples maladresses comptables qui lui vaudra tout de même cette présentation devant les gardiens de la constitution.

    Laure Pallez

    En effet, la candidate avait réglé directement une part substantielle des dépenses engagées en vue de l’élection, en violation des dispositions de l’article L. 52-4 du code électoral, rendu applicable aux candidats aux élections sénatoriales par l’article L. 308-1 du même code. Pour rappel, dans une campagne électorale, le candidat doit nommer un mandataire financier qui est en charge de contrôler et payer les dépenses liées à cette campagne à partir d’une cagnotte qui peut être abondée par la personne qui se présente, le parti pour lequel elle se présente ou des donateurs privés (dans la limite de 7500€ par foyer fiscal).

    La conséquence de cette faute comptable aurait pu être importante. En effet, l’article L.O. 136-1 du code électoral indique qu’en cas de volonté de fraude ou de manquement d’une particulière gravité aux règles de financement des campagnes électorales, le Conseil constitutionnel peut déclarer inéligible le candidat dont le compte de campagne a été rejeté à bon droit. Mais Laurent Fabius, le président du conseil, et ses collègues ont constaté que le manquement n’était pas d’une particulière gravité au sens de l’article et donc ne déclare pas Laure Pallez inéligible. Elle pourra donc retenter sa chance dès l’année prochaine.

  • Vacances en Europe : le masque sera-t-il l’accessoire de l’été ?

    Vacances en Europe : le masque sera-t-il l’accessoire de l’été ?

    À l’approche du mois de juillet, le nombre de cas de Covid-19 boosté par le variant BA.5 s’envole en Europe et en France. Avec plus de 60 000 cas par jour, la septième vague frappe l’Hexagone. Heureusement l’impact à l’hôpital est pour l’instant modéré, cependant la hausse des contaminations fait craindre le retour de la pression dans des urgences déjà en difficulté. Alors le masque sera-t-il l’accessoire de l’été ? Des scientifiques le demandent.

    Fin de l’état d’urgence sanitaire le 31 juillet

    Le gouvernement ne prévoit pas de prolonger au-delà du 31 juillet la possibilité de rétablir l’état d’urgence sanitaire, ni le passe sanitaire ou vaccinal pour restreindre l’accès à certains lieux ou rassemblements.

    « Il est cependant essentiel de rester très vigilants car le virus est toujours là. Ce texte doit donc nous permettre de conserver les outils indispensables à la surveillance, à la gestion de l’épidémie et à la protection des Français« 

    Cabinet du ministre de la Santé

    Maintien du contrôle aux frontières ?

    Cependant un avant-projet de loi visant à maintenir un dispositif de veille et de sécurité sanitaire ​jusqu’en mars 2023 est prêt à commencer son parcours législatif. Le gouvernement envisage de seulement recourir au passe sanitaire à l’arrivée dans l’Hexagone, en Corse et en Outre-mer. Pour les personnes non-vaccinées, un test négatif est toujours nécessaire pour se rendre dans ces territoires ou pour rentrer en France après un voyage à l’étranger. Ces mesures concerneraient tous les voyageurs, Français touristes ou expatriés inclus.

    Encore faut-il qu’il soit voté ? La France Insoumise et le Rassemblement National qui étaient opposés à ces mesures au cœur de la pandémie, seront-ils plus enclins à suivre le gouvernement d’Emmanuel Macron ? Rien n’est moins sûr alors que chacun essaie de trouver sa place dans le paysage politique français inédit issu des Législatives du 19 juin.

    Le masque pourrait être imposé dans les transports en commun

    L’autre mesure qui pourrait être mise en place, par simple décret donc sans avoir nécessairement l’accord de l’Assemblée nationale, c’est le retour du masque dans les transports en commun, dans les bus et les métros, mais aussi dans les trains et les avions.

    Au gouvernement, pour l’instant, on en appelle à la responsabilité citoyennel’idée étant de ne pas revenir à des mesures plus contraignantes pour l’instant, a résumé la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon. Elle n’a pas exclu d’autres mesures s’il en était besoin.

    « S’il faut considérer un retour du masque dans les transports […] on ne s’interdit rien« 

    La porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire, le 23 juin 2022

    Si elle n’est pas encore d’actualité, cette mesure pourrait être mise en place du jour au lendemain. Ce 28 juin, le port du masque dans les transports en commun est officiellement recommandé, la première marche avant le rétablissement obligatoire. Soyez donc attentif si vous passez vos vacances en France ou si vous devez voyager vers la France (même vacciné, il faudrait porter le masque dès l’avion à destination de la France).

  • Expatrié en Belgique, plus qu’un mois pour bénéficier du nouveau statut fiscal

    Expatrié en Belgique, plus qu’un mois pour bénéficier du nouveau statut fiscal

    La loi-programme du 27 décembre 2021 du gouvernement fédéral belge a mis en place un nouveau régime pour les expatriés arrivant en Belgique.  Il s’applique depuis le 01 janvier 2022, une période de tolérance pour effectuer la demande auprès des autorités belges avait été mise en place, elle s’achève ce 31 juillet. Si vous pouvez en bénéficier n’oubliez pas d’en faire la demande… Sinon ce sont les barèmes classiques de la Belgique qui s’appliqueront à vos revenus issus du travail et ils sont bien plus élevés qu’en France malgré la légende de paradis fiscal qui colle à la peau du plat pays.

    Un dispositif pour les cadres

    Mais attention, cette facilité fiscale ne s’applique qu’aux hauts revenus. La Belgique par cette disposition tente de renforcer sa place de capitale européenne avec l’ambition d’attirer un maximum de sièges sociaux européens et leur salariés bien payés. Attention, il ne s’applique pas aux cadres du public, ces derniers restant imposés en France.

    Lorsque vous demandez le nouveau statut, vous devez tenir compte de conditions supplémentaires. Le salaire brut minimum doit être de 75 000 euros sur une base annuelle. Ce montant comprend le salaire mensuel, le pécule de vacances et la prime de fin d’année, ainsi que divers avantages en nature (voiture de société, ordinateur, téléphone portable, etc.) et les primes. Cette condition s’applique non seulement au moment de la demande du statut (c’est-à-dire au début de l’emploi), mais aussi pour toutes les années ultérieures pour lesquelles le nouveau statut est appliqué. 

    Cette condition ne s’applique pas aux chercheurs (RSICI), mais ils doivent être titulaires d’un master dans des domaines d’expertise spécifiques (sciences naturelles, sciences appliquées, sciences médicales, sciences agricoles et ingénierie) ou avoir une expérience pertinente d’au moins 10 ans. En même temps, ils doivent être actifs dans un poste de recherche dans l’entreprise pendant au moins 80 % de leur temps de travail. 

    Le nouveau statut fiscal spécial peut être appliqué pour une durée maximale de 5 ans, avec une possibilité de prolongation de 3 ans. Mais si l’une des conditions n’est plus remplie à un moment donné, alors dans ce cas le statut est définitivement perdu (par exemple si, au cours d’une année donnée, le salarié n’atteint pas le seuil de 75 000 euros en raison de primes moins élevées).

    Nouvelles conditions supplémentaires

    Outre ce salaire minimum brut, d’autres nouvelles conditions s’appliquent. Par exemple, le salarié ne doit pas avoir été résident fiscal belge au cours des 60 mois précédant l’emploi en Belgique, ne doit pas avoir été soumis à l’impôt belge des non-résidents et ne doit pas avoir vécu dans un rayon de 150 km de la frontière belge.

    Aussi, une autre condition s’applique et elle est liée au calcul du revenu. En effet, lors de l’établissement des avantages (une option très développée en Belgique pour éviter les impôts), vous devez tenir compte des règles suivantes :

    • La limite de 11.250 euros ou 29.750 euros des indemnités non imposables disparait et est remplacée par des indemnités non imposables propres à l’employeur jusqu’à 30% du salaire brut du salarié (les mêmes éléments ne sont pris en compte que pour la limite de 75.000 euros).
    • Il est très important de noter que le montant des indemnités non imposables n’est pas inclus dans le salaire brut et qu’il devra être payé en plus du salaire convenu (min. 75.000 euros). 

    Déjà en Belgique ?

    Pour les salariés qui ont bénéficié de l’ancien régime spécial pour les cadres étrangers pendant moins de 5 ans depuis cette date, vous pouvez opter pour le nouveau régime en présentant une demande avant le 31 juillet 2022. Les années sous l’ »ancien » régime sont déduites de la période de 5 (ou 8) ans pendant laquelle le salarié peut bénéficier du nouveau régime.

    Si les employés qui bénéficient du régime spécial d’imposition actuel n’optent pas pour cette possibilité, ou si la possibilité leur est refusée, une période de transition de 2 ans s’appliquera. Ensuite, ces expatriés deviendront des résidents fiscaux belges. Ce régime transitoire court donc jusqu’au 31 décembre 2023.

  • La mondialisation à la peine 

    La mondialisation à la peine 

    Depuis une trentaine d’années, l’économie repose sur des chaînes de valeurs éclatées afin d’exploiter au mieux les avantages comparatifs. Les produits industriels, des ordinateurs aux avions en passant par les réfrigérateurs et les voitures, sont devenus de véritables puzzles constitués de pièces provenant d’un grand nombre de pays. Les chaînes d’approvisionnement supposent des réseaux d’avions, de porte-conteneurs, de trains, de camions et de courriers électroniques. Cette superposition de réseaux est de plus en plus remise en cause tant par les tentations protectionnistes que par les effets de la crise sanitaire et la guerre en Ukraine. 

    Le commerce international qui a connu un essor des années 1990 à 2007 est en déclin relatif depuis la crise des subprimes. Il est passé de 35 à 60 % du PIB mondial de 1988 à 2008 avant de diminuer à 52 % en 2020. Il en est de même pour les flux d’investissements directs d’origine étrangère qui sont passés de 0,5 à 5 % du PIB mondial de 1970 à 2000. Depuis, les flux d’IDE sont stables.

    Le zéro stock, source de gains quand l’économie fonctionne sans accroc, devient infernal en cas de problèmes 

    Les ruptures de stock pendant les confinements et les difficultés d’approvisionnement depuis modifient la perception de la part des dirigeants d’entreprise de l’éclatement des chaînes de valeurs. Ces derniers ne supportent aucun retard dans les livraisons, faute de quoi l’enraiement est de mise. Le zéro stock qui est une source de gains quand l’économie fonctionne sans accroc devient infernal en cas de problèmes, que ce soit au niveau de la production ou de la distribution. La gestion en flux tendu est complexe surtout quand les chaînes de valeurs sont étalées dans un grand nombre de pays éloignés de plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres. Face à la multiplication des complications de toutes sortes, les grandes multinationales tentent de limiter leurs risques. 

    Apple a ainsi rapatrié une partie de sa production de la Chine vers le Vietnam. Les entreprises chinoises, conscientes des problèmes politiques et logistiques de leur pays, se sont installées en nombre à Monterrey, au Mexique, dans l’espoir de répondre à la demande de leurs clients américains. 

    Toujours pour contrer les mesures protectionnistes et les problèmes de transports, Samsung, Stellantis et Hyundai ont annoncé un investissement de 8 milliards de dollars dans les usines américaines de voitures électriques. Un nombre croissant d’États mettent en avant les notions d’indépendance, de souveraineté économique, de relocalisation, de réindustrialisation.

    Pour mieux contrôler les chaînes d’approvisionnement, les entreprises rachètent des fournisseurs nationaux et étrangers 

    Le poids de l’industrie qui a depuis les années 1970 fortement chuté s’est stabilisé, voire augmente à nouveau. Certaines technologies sont dites stratégiques. Cela concerne la santé, les énergies renouvelables, les technologies de l’information et la communication, l’espace, etc. Pour mieux contrôler les chaînes d’approvisionnement, les entreprises rachètent des fournisseurs nationaux et étrangers. Elles pratiquent l’intégration verticale comme dans les années 50 et 60. 

    Avant même la crise sanitaire, des signes précurseurs se faisaient jour en ce qui concerne les limites de la mondialisation. La crise des subprimes en 2008 avait été un premier révélateur. Le poids des revenus des entreprises américaines provenant de l’étranger n’évolue plus depuis 2009, les bénéfices réalisés à l’étranger diminuant. Le recours à la robotisation et à l’automatisation avec en parallèle l’augmentation des coûts salariaux au sein des pays émergents avaient conduit les responsables d’entreprises à relativiser les avantages des délocalisations.

    L’effet relocalisation doit être relativisé 

    En 2000, le revenu annuel moyen par personne de la Chine exprimé en dollars, était de 3 % de celui des États-Unis. Vingt ans plus tard, ce ratio est de 16 %. Les entreprises prennent, par ailleurs, de plus en plus en compte les risques de l’éclatement des chaînes de valeur, incitées en cela par la survenue de catastrophes. Le tremblement de terre de Tohoku en 2011 a entraîné la fermeture des fournisseurs de voitures japonais et la production de plaquettes de silicium. Les inondations en Thaïlande ont submergé un centre de fabrication de disques durs. 

    La contrainte environnementale est de plus en plus intégrée. L’effet relocalisation doit être relativisé. Un article récent rédigé par des chercheurs de la Banque mondiale a conclu que les catastrophes au Japon « n’ont pas entraîné de relocalisation, de proximité ou de diversification ». La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine engagée par le président Donald Trump en 2018, n’a pas réellement eu d’effets en matière de relocalisation. En 2019, la Chine contrôlait encore plus d’un quart des fournisseurs des grandes industries américaines, notamment la chimie, l’électronique et le textile. 

    La crise de la Covid a fait prendre conscience de la dépendance des pays occidentaux vis-à-vis de certains pays dont la Chine. Le manque de masques, de matériels respiratoires, de médicaments a donné lieu à d’importantes polémiques. La pandémie a infléchi de manière sensible les modes de consommation. Les ménages consomment plus de biens manufacturés et moins de services, créant ainsi de nouveaux goulots d’étranglement. Ces derniers sont d’autant plus importants que la Chine a décidé de maintenir la politique du zéro Covid, ponctuée de confinements intermittents. Faute de flux en temps réel de production, des centaines de navires sont condamnés à attendre leurs livraisons au large de Shanghai.

    La guerre d’Ukraine a rendu manifestes les risques géopolitiques de dépendance aux autocraties

    L’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué d’autres chocs plus profonds. Elle a perturbé les marchés de l’énergie et, surtout de l’alimentation, d’une manière qui met en évidence la nécessité d’un approvisionnement plus large. Elle a également rendu manifestes les risques géopolitiques de dépendance à une autocratie aux ambitions agressives. Les États européens travaillent à la réduction de leur exposition aux importations russes. Des investissements sont réalisés pour faciliter les importations de gaz liquéfiés, des centrales au charbon sont à nouveau exploitées. En mai, NextDecade, une société énergétique américaine, a annoncé un accord de 15 ans pour vendre du gaz naturel liquéfié à Engie pour approvisionner le marché français. Engie doit réaliser des investissements pour la construction d’un nouveau terminal d’exportation en Louisiane.

    Plus de cent pays pratiquent des politiques industrielles à vocation stratégique, des faux nez du protectionnisme 

    Les gouvernements établissent des listes de biens dits stratégiques de plus en plus longues et s’engagent à financer le développement de filières nationales. L’Union européenne comme les États-Unis ont décidé de favoriser l’émergence de filières pour la fabrication de batteries ou de microprocesseurs. Plus de cent pays pratiquent désormais des politiques industrielles à vocation stratégique qui sont bien souvent des faux nez du protectionnisme. 

    Conscients que les relocalisations resteront malgré tout limitées, l’idée de diversifier le nombre de fournisseurs s’impose. Les entreprises ne peuvent plus dépendre d’un seul sous-traitant ou de sous-traitants situés dans un unique pays. En 2022, au moins 81 % des responsables de la chaîne d’approvisionnement interrogés par McKinsey s’approvisionnent désormais en matières premières auprès de deux fournisseurs, plutôt que de dépendre d’un seul. Contrairement aux pratiques passées, les entreprises constituent à nouveau des stocks de produits semi-finis ou finis. Selon une analyse de The Economist, les 3 000 plus grandes entreprises du monde ont accru leurs stocks de plus d’un point de PIB en deux ans.

    Les multinationales se désengagent de la Chine pour s’installer dans d’autres régions d’Asie.  

    Les grandes entreprises sécurisent leurs approvisionnements en rachetant des fournisseurs de biens intermédiaires. Le secteur informatique américain est environ 50 % plus intégré verticalement en 2022 qu’en 2005. Les multinationales, pour des raisons de coûts et pour des raisons politiques, se désengagent de la Chine pour s’installer dans d’autres régions d’Asie. 

    Les entreprises américaines emploient près de 400 000 personnes aux Philippines, une augmentation de 10 % depuis 2016. Près de 1,4 million de personnes en Inde travaillent pour des entreprises américaines, une hausse de 14 % par rapport à 2016. En 2021, les pays de l’OCDE ont importé pour environ 700 milliards de dollars de biens « intermédiaires » fabriqués en Chine, soit un montant comparable à celui de 2018, quand sur la même période les importations en provenance du Vietnam ont augmenté de 70 %. 

    Les investissements directs d’origine étrangère sont de plus en plus réalisés au sein des pays de l’OCDE afin de couvrir les besoins des États membres. En 2021, Intel a investi 19 milliards de dollars dans la construction d’une usine de microprocesseurs à Magdebourg, en Allemagne. Samsung a construit également une usine de même nature pour 17 milliards de dollars à Taylor, au Texas. Taïwan a injecté plus de deux fois plus de fonds propres d’investissements directs étrangers dans les pays de l’OCDE qu’au début des années 2010. Le Mexique, membre de l’OCDE et lié commercialement au Canada et aux États-Unis, bénéficie depuis trois ans d’importants investissements d’entreprises étrangères. La refonte des chaînes d’approvisionnement exige du temps. Des usines doivent être construites et des salariés formés. Cinq à dix ans seront nécessaires pour constater les premiers résultats.

  • France : La question de l’avortement relancée ?

    France : La question de l’avortement relancée ?

    La cheffe du groupe Renaissance (ex-LREM) à l’Assemblée, Aurore Bergé, a annoncé, samedi 25 juin, le dépôt d’une proposition de loi pour inscrire « le respect de l’IVG dans notre Constitution », après la décision historique de la Cour suprême des Etats-Unis de révoquer ce droit. À gauche, la cheffe des députés insoumis, Mathilde Panot, avait elle aussi évoqué un tel texte.

    Au-delà des États-Unis, cette décision est « catastrophique pour les femmes dans le monde : vous avez une femme qui meurt toutes les 9 minutes parce qu’un avortement a été mal pratiqué, de manière non sécurisée », a souligné sur France Inter Aurore Bergé.

    « Cela appelle aussi à ce que nous prenions en France des dispositions pour qu’on ne puisse pas avoir demain des revirements qui pourraient exister. C’est la raison pour laquelle, dès aujourd’hui, avec mon groupe nous allons déposer une proposition de loi constitutionnelle pour inscrire le respect de l’IVG dans notre Constitution », a ajouté l’élue des Yvelines, une ex-LR à l’engagement féministe et désormais la nouvelle présidente du groupe majoritaire à l’Assemblée. 

    Manifestantes devant la Cour suprême américaine ce samedi 25 juin 2022

    Regardez le reportage de TV5MONDE

  • Voyage en avion : grèves, manque de personnel, quelles options pour les voyageurs ?

    Voyage en avion : grèves, manque de personnel, quelles options pour les voyageurs ?

    Trouver une place à la dernière minute pour un voyage en avion est un vrai parcours du combattant en ce début d‘été 2022. En effet, dans le sillage de la pandémie de Covid de nombreuses entreprises de l’aéronautique ont choisi de réduire leurs effectifs et peinent aujourd’hui à recruter. Les problèmes dans les compagnies ne manquent pas et de nombreux vols pourraient être annulés cet été, sans oublier les grèves qui vont se multiplier.

    Pourquoi tant de grèves ?

    Ce mouvement de colère s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs. Il tient au fait que le trafic aérien repart un peu plus vite que prévu. Ainsi les aéroports ont quasiment retrouvé le niveau de fréquentation de 2019.

    Paradoxalement, les conditions de trafic sont plutôt bonnes actuellement, ce qui permet aux syndicats, par exemple, d’avoir des revendications après deux années assez difficiles qui ont entraîné des licenciements ou des baisses de salaires. En sus avec un manque de personnel pour faire face à cette reprise de trafic, les syndicats sont en position de force alors que les recrutements patinent partout dans le monde.

    Pourquoi tant de difficultés à recruter ?

    En fait, les compagnies classiques comme les compagnies low-cost, ont dû se séparer via des systèmes de plans de départs volontaires, par exemple, d’un certain nombre de salariés.

    De manière générale, c’était surtout sur des fonctions support, des fonctions au sol. Mais un certain nombre de personnels navigants, que ce soit des pilotes ou des hôtesses et des stewards, ont quitté les rangs des compagnies aériennes traditionnelles ou low-cost. Et actuellement avec la reprise, les sociétés concernées ont du mal à récupérer ces nouveaux navigants.

    Un des problèmes, c’est que finalement pour les réintégrer dans les compagnies aériennes, pour embaucher de nouvelles personnes, les délais sont relativement longs, ne serait-ce que pour pouvoir les mettre au niveau des standards de la compagnie aérienne. Ainsi quand bien même les embauches ont pu être déjà faites au cours des dernières semaines ou des derniers mois, les nouveaux salariés ne sont pas forcément prêts pour cet été.

    Que faire si son vol est annulé ?

    On l’a compris : c’est l’incertitude totale sur la qualité et la régularité des services dans le secteur aérien pour cet été 2022. Il est possible, donc, que vous soyez confronté à une ou des annulations de vol à destination ou depuis la France. Alors que faire ?

    Tout d’abord, pour rappel, grâce au règlement européen, les vols sont remboursables en cas d’annulation : « La loi réglementation européenne numéro 261/2004 établit que le consommateur a le droit au choix entre le remboursement de son billet ou à un réacheminement en cas d’annulation de son vol. » Les compagnies aériennes sont donc dans l’obligation de proposer au passager un remboursement du billet sous 7 jours ou un autre vol. Néanmoins, il faut que le vol soit au départ d’un pays de l’Union européenne ou à l’arrivée et à condition que la compagnie aérienne soit européenne. 

    Si vous avez réservé à partir d’une plateforme de réservation en ligne, vous devrez tout de même réclamer un remboursement auprès de la compagnie aérienne. Les plateformes de réservation adoptant juste le rôle d’intermédiaire entre les acheteurs et le prestataire, des formulaires de réclamation existent pour cette utilisation. 

    Le texte européen a aussi ses limites, ainsi si le vol est maintenu mais que le voyage n’est plus possible pour des raisons personnelles ou de santé, le remboursement des billets n’est plus pas garanti. Sans assurance voyage couvrant le motif de l’annulation, les billets ne pourront être remboursés que s’ils sont annulables et remboursables.

  • Les expatriés et la pandémie : une épreuve qui laisse des traces

    Les expatriés et la pandémie : une épreuve qui laisse des traces

    La huitième édition de l’enquête mondiale de Cigna sur les expatriés et la pandémie a été publiée à Hong-Kong le 23 juin 2022. Le résultats démontrent l’impact majeur de la pandémie sur les personnes qui ont quitté leur pays natal. A travers l’enquête, on découvre que la grande majorité des expatriés sont épuisés et stressés. Cette année, en 2022, la priorité est donc donnée à la réévaluation des priorités tant en matière de qualité de vie et que de travail. L’objectif est d’acquérir une plus grande souplesse pour être au plus près de leur famille et de leurs amis.

    90% des expatriés stressés

    Selon le rapport publié Burned Out Overseas – The State of Expat Life 2022 de Cigna, 90 % des expatriés sont stressés.

    Même 98 % d’entre eux ont présenté des symptômes d’épuisement professionnel, au cours de l’année passée. La fermeture des frontières, la raréfaction des vols en 2020 et 2021 a fortement joué sur le moral des Français établis hors de France. Ainsi ils sont 98% à ressentir un sentiment d’isolement.

    Pire, 87 % d’entre eux disent se sentir impuissants, piégés ou abattus qui se traduit logiquement par un sentiment de détachement ou de la solitude (86%).

    Situation financière préoccupante

    Si le moral a été impacté par la crise de la Covid-19, les conséquences ont été aussi plus prosaïques. Ainsi plus du tiers (38 %) des répondants ont également des préoccupations ou des incertitudes au sujet de leur situation financière.

    Un ensemble de facteurs liés au mode de vie, aux possibilités et à la culture du travail contribue à ces constatations. L’étude a révélé que 73 % des expatriés actuels et 75 % de ceux qui prévoient de déménager à l’étranger au cours des deux prochaines années ont passé plus de temps que jamais à réévaluer leurs priorités de vie depuis le début de la pandémie.

    Repenser sa localisation

    Avec les fermetures des frontières, la mise en place de politiques de vaccination et de soins plus contraignantes, poussent les expatriés à s’interroger sur leur choix de pays de résidence.

    Le sondage a ainsi révélé que le Canada est la destination de choix pour les expatriés actuels, 11 % d’entre eux souhaitant s’y installer. L’Australie et les États-Unis se sont classés au deuxième rang ex æquo.

    Par contre, la grande majorité de ceux qui vivent en Europe et en Australie pensent rester à l’étranger. Tout l’inverse de ceux qui sont en Asie : seulement 5 % de ceux qui vivent en Inde et 16 % de ceux qui vivent en Chine continentale sont confiants dans l’idée qu’ils vont rester. On a pu constater que les expatriés ont déjà dépassé la phase de réflexion dans ces pays. A Hong-Kong, ca serait plus d’1/3 des Français qui seraient partis, à Shangaï ils sont prêts de la moitié à avoir fait leur valise provisoirement ou définitivement, seuls l’avenir et la situation propre à l’Empire du Milieu pourront le dire.

    2022 s’annonce comme une année qui sera marqué par de nombreux retours en France. Verdict en début d’année prochaine et la publication des chiffres du registre consulaire mondial.

  • Les économies européenne et américaine, pas sur le même rail 

    Les économies européenne et américaine, pas sur le même rail 

    La baisse de la croissance constatée aux États-Unis n’est pas comparable à celle enregistrée en Europe. Les deux grandes zones économiques évoluent selon des logiques différentes. 

    Aux États-Unis, la chute de l’activité s’explique par le déstockage, le recul des dépenses publiques et la dégradation du commerce extérieur. En revanche, la demande intérieure privée reste dynamique au premier trimestre aux États-Unis, avec le recul du taux d’épargne des ménages et la profitabilité élevée des entreprises. 

    Au sein de la zone euro, la croissance est affectée par le recul du pouvoir d’achat des ménages en lien avec l’augmentation rapide de l’inflation et par le freinage de l’investissement des entreprises. La contribution positive du commerce extérieur et le maintien de mesures de soutien n’arrivent pas à compenser intégralement les effets récessifs. Une asymétrie économique entre la situation des États-Unis et celle de la zone euro est ainsi constatée.

    Le prélèvement opéré par les hausses des hydrocarbures représente 3 % du PIB en zone euro 

    La confiance des entreprises et des ménages se dégrade davantage dans la zone euro qu’aux États-Unis. L’Europe est touchée plus directement par le conflit en Ukraine qui remet en cause la distribution du gaz et du pétrole ainsi qu’un certain nombre de biens intermédiaires. Les États-Unis sont autosuffisants ou presque sur le plan de l’énergie. 

    Le prélèvement opéré par les hausses des hydrocarbures représente 3 % du PIB en zone euro. La balance commerciale énergétique s’est améliorée aux États-Unis de près de 100 milliards de dollars quand elle s’est détériorée de 400 milliards de dollars au sein de la zone euro entre 2020 et 2022. L’augmentation du cours du pétrole ou du gaz conduit à des transferts internes au sein de l’économie américaine quand elle provoque un transfert extérieur en Europe.

    Les ménages européens réduisent leur consommation, les américains l’accroissent 

    Le taux d’épargne qui avait fortement augmenté durant la crise sanitaire au sein des deux zones économiques a nettement baissé aux États-Unis depuis le début de l’année 2021, retrouvant son niveau d’origine (5 % du revenu disponible brut) quand, en revanche, il reste à un niveau élevé en zone euro (autour de 19 % en 2022, contre 14 % en 2019). 

    Les ménages européens conservent un volant important de liquidités par crainte de l’avenir et réduisent leur consommation. Leurs homologues américains ont, à l’inverse, décidé de maintenir voire d’accroître leurs dépenses de consommation. 

    L’asymétrie au niveau des situations économiques de part et d’autre de l’Atlantique conduit à des politiques monétaires différentes. La banque centrale américaine est confrontée à une inflation interne avec un risque élevé de transmission aux salaires dans un contexte de plein emploi quand, au sein de la zone euro, l’inflation est avant tout provoquée par l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières. La mise en œuvre d’une politique monétaire restrictive s’impose ainsi davantage aux États-Unis qu’en Europe en raison d’une demande intérieure dynamique et d’un commerce extérieur qui se dégrade. L’écart de taux entre les États-Unis et la zone euro ne peut donc qu’augmenter avec, à la clé, une dépréciation de la monnaie européenne.

  • Communauté politique européenne : la solution française

    Communauté politique européenne : la solution française

    La France a sa propre solution miracle, la Communauté politique européenne, pour stabiliser le voisinage de l’UE, et ce n’est pas nécessairement celle de l’élargissement.

    Le Président français Emmanuel Macron a profité d’une rencontre entre les dirigeants européens pour défendre sa proposition de « communauté politique européenne », présentée en mai au Parlement européen lors d’un débat sur la candidature de l’Ukraine.

    L’idée serait de renforcer les relations de l’Union avec les pays non européens des Balkans occidentaux, ou les pays candidats tels que l’Ukraine et la Moldavie, mais aussi avec ceux qui sont considérés comme n’appartenant pas au noyau dur de l’Union, comme la Suisse et la Norvège, et peut-être même avec l’ancien membre du bloc, le Royaume-Uni.

    Dans les semaines qui ont suivi cette déclaration, le souhait général a été d’obtenir plus de détails de la part de la France avant de se prononcer.

    La discussion du sommet de jeudi (23 juin) sur l’idée en question est présentée comme une session de « brainstorming » qui donnerait le coup d’envoi d’un débat entre les États membres et qui s’étendrait sur tout l’été.

    Emmanuel Macron et Charles Michel lors du sommet européen des 23 et 24 juin 2022

    La présidence française de l’UE a déclaré qu’elle examinerait la question « étape par étape », l’objectif étant d’organiser une réunion inaugurale au cours du second semestre de cette année.

    « L’objectif est d’offrir une plateforme de coordination politique pour les pays européens à travers le continent », ont déclaré les dirigeants de l’UE dans le communiqué du sommet après la discussion préliminaire, ajoutant que cela « pourrait concerner tous les pays européens avec lesquels nous avons des relations étroites ».

    « L’objectif serait de favoriser le dialogue politique et la coopération pour traiter les questions d’intérêt commun afin de renforcer la sécurité, la stabilité et la prospérité du continent européen », peut-on lire.

    Un espace de discussions

    Le format consisterait en des réunions régulières au niveau des dirigeants, qui « créeraient un espace pour les discussions politiques et contribueraient ainsi à la compréhension mutuelle et à une culture stratégique commune », a déclaré un fonctionnaire européen.

    La proposition a suscité des réactions diverses, entre intérêt et méfiance.

    La plupart des pays candidats à l’adhésion, et en particulier l’Ukraine, ont mis en garde contre le fait qu’il ne devait pas s’agir d’une alternative à l’élargissement ou d’un moyen de maintenir les pays indéfiniment dans la salle d’attente plutôt que de les accueillir au sein du bloc. Ces pays ont ensuite été rassurés que ce ne sera pas le cas.

    Le Premier ministre de Macédoine du Nord, Dimitar Kovacevski, s’exprimant à Bruxelles après la réunion UE-Balkans occidentaux qui s’est tenue plus tôt dans la journée de jeudi, a salué l’initiative mais a lui aussi déclaré qu’elle « ne devrait pas et ne doit pas se substituer à une pleine adhésion à l’UE ».

    « Un tel cadre ne remplacera pas les politiques et instruments existants de l’UE, notamment l’élargissement, et respectera pleinement l’autonomie décisionnelle de l’UE », ont ajouté les dirigeants européens dans leur déclaration du sommet.

    « Ce n’est pas un substitut, mais vous ne pouvez pas discuter de l’un sans l’autre et des obstacles à l’élargissement », a expliqué un diplomate européen aux journalistes avant la discussion des dirigeants jeudi.

    « De même, nous devrions aussi être clairs sur le fait que tous ceux qui partagent des valeurs et des intérêts communs devraient être présents », a ajouté le diplomate européen.

    L’Allemagne et d’autres pays insistent sur le fait qu’il ne devrait pas y avoir de chevauchement avec les travaux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la plus grande organisation intergouvernementale régionale axée sur la sécurité, dont la plupart des 57 membres proviennent de l’Europe au sens large, qui est aujourd’hui mise à l’écart en raison de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

    De nombreux États membres reconnaissent qu’une sorte de forum où les pays européens peuvent se réunir pour discuter des questions stratégiques auxquelles ils sont tous confrontés pourrait être utile.

    Un fonctionnaire de l’Élysée a indiqué aux journalistes, avec optimisme, que l’idée était « accueillie de plus en plus positivement ».

    Triomphe et prudence

    Si le nombre de pays candidats augmente, il n’y a pas eu de véritable élargissement depuis que la Croatie a rejoint l’UE il y a près de dix ans.

    Au-delà de la rhétorique triomphante sur l’octroi du statut de candidat à l’UE à l’Ukraine et à la Moldavie, les dirigeants de l’UE à Bruxelles ont également dû faire face à leurs homologues des Balkans occidentaux furieux, très frustrés par le peu de progrès réalisés de leur côté ainsi que par le long retard pris dans le traitement de leurs demandes d’adhésion.

    Le veto opposé de longue date par la Bulgarie à la Macédoine du Nord a particulièrement suscité le mécontentement.

    Les propos de M. Macron, jeudi soir, sur la « perspective européenne » de l’Ukraine et de la Moldavie, après l’octroi du statut de candidat à l’UE à ces deux pays, ont également sonné, en partie, comme une mise en garde contre le concept d’élargissement de l’UE en général.

    M. Macron a salué cette décision comme le signe d’une « Europe forte et unie » face à l’agression de la Russie contre son voisin.

    Il a ajouté que l’UE devait « tendre une main secourable » à l’Ukraine, estimant que cette mesure était la bonne réponse à apporter dans un contexte de guerre.

    Toutefois, il a ajouté que « nous n’avons pas à vivre tous dans la même maison, mais nous habitons la même rue », notant que « l’intimité stratégique » de l’Europe ne doit pas être mise à mal.

    « La réponse géopolitique à apporter dans le contexte de la guerre est en effet de continuer à offrir cette perspective. Est-ce qu’avec le temps, c’est la bonne perspective géopolitique ? Je vous le dis franchement, comme je l’ai déjà fait il y a trois ans — non », a déclaré M. Macron lorsqu’il a été interrogé par les journalistes sur sa position concernant l’élargissement.

    « Parce que cela prendra du temps et parce que nous voyons un phénomène d’une sorte de lassitude de l’élargissement parmi les pays qui l’ont rejoint », a-t-il ajouté, suggérant qu’une structure plus large comme la « communauté politique européenne » pourrait être « la bonne réponse » en attendant « de stabiliser le voisinage ».

    L’initiative proposée par la France trouve ses racines à l’époque où François Mitterrand, alors président de la France, et Jacques Delors, président de la Commission, plaidaient en faveur d’une « confédération européenne ».

  • Destructions ukrainiennes, déconstructions européennes

    Destructions ukrainiennes, déconstructions européennes

    La guerre d’Ukraine risque de détruire trois ensembles politiques : l’Ukraine, la Russie et l’Europe. 

    L’Ukraine, c’est une évidence. D’un côté, l’agression russe a renforcé le sentiment national ukrainien. De l’autre, les victimes, les destructions matérielles et patrimoniales sont colossales. Plus grave : la colère contre l’armée russe pourrait se changer en haine de la Russie. En plus d’une impasse géopolitique, ce serait une amputation de l’identité ukrainienne. 

    Les Ukrainiens rêvent de revanche. Ils résistent aux attaques des troupes russes dans le Donbass avec autant d’acharnement qu’ils ont résisté à Kiev et Kharkov. Il serait désormais trop tard pour que les Russes conquièrent le Donbass avant la fin de l’année. Les Russes perdent leurs avantages en armes, munitions, soldats. Les Ukrainiens, avec les renforts matériels occidentaux, auront bientôt un armement en qualité, puis en quantité, supérieur. Les Russes puisent dans leurs vieilles réserves, les Ukrainiens se forment au matériel le plus récent. Six canons Caesar auraient déjà détruit plus de 80 pièces d’artillerie russes. Avec les nouvelles livraisons américaines, même la supériorité russe en matière d’artillerie disparaitra. En septembre, l’Ukraine entend reprendre les territoires conquis, tous les territoires, y compris la Crimée. Mais que sera, la Crimée dans une telle configuration ? 

    La guerre enferme la Russie et la ruine.

    A l’inverse, si l’on suit les espérances russes, conquérir le Donbass serait une victoire hors de prix. Poutine a beau répéter que les sanctions pénalisent les Européens plus que lui, la Russie en souffre, sinon il ne demanderait pas leur levée. L’armée russe est profondément touchée. Que vaut désormais l’alliance russe, le matériel russe, les contrats d’approvisionnement russes ? La Russie devient une puissance au rabais. En interne, la pression du régime pour contrôler opposition, presse et population s’accroît. La guerre enferme la Russie et la ruine.

    Enfin l’Europe. Un accord fondamental entre les Européens et les Russes était une espérance formidable et légitime. A ceci près qu’on ne peut se marier qu’à deux. Poutine a vu s’approcher le virus démocratique comme une menace personnelle. L’Europe est donc privée d’un partenaire évident. Elle en paie le prix, ne serait-ce qu’énergétique. Ce n’est pas grave, elle en a les moyens, largement. 

    Intégrer l’Ukraine changerait la nature de l’UE.  

    En faisant front, elle y a gagné plus d’unité. Même la Hongrie a voté les sanctions. A Versailles, les 10 et 11 mars, elle a adopté le principe de l’« autonomie stratégique » pour l’énergie, les matières premières, la santé, le numérique ou l’alimentation, puis son « livre blanc » pour une défense  européenne commune, actant le besoin de nouveaux investissements. L’unité européenne s’est renforcée, mais au risque de tomber dans un double piège.

    Le premier : au lieu de construire son indépendance stratégique sur cette unité, s’en remettre à la direction américaine. Le deuxième : en acceptant la candidature de l’Ukraine, détruire l’Union Européenne.

    Comment éviter ces trois destructions ? Par l’Europe. 

    La capacité d’absorption de l’UE a atteint son point limite. Intégrer Ukraine change la nature de l’UE. Le long terme ne change rien : l’UE sera obligée d’intégrer dans ses plans un pays de 44 millions d’habitants, à reconstruire, avec une agriculture qui ferait exploser la PAC, avec une politique de défense totalement liée aux États-Unis. L’UE se déporte à l’Est, dans une nouvelle guerre froide, en ignorant plus encore le sud, la Méditerranée. 

    Comment éviter ces trois destructions ? Par l’Europe, qui détient les clés. Emmanuel Macron a proposé une « Communauté Politique Européenne » qui donnerait un statut aux pays européens hors Union européenne, et les y associerait, notamment dans l’accès au marché, et la concordance des règles, y compris celles de l’Etat de droit. Vieille idée, assez juste. Aussitôt rejetée, tant elle a été mal préparée. 

    Définir un « statut d’associé » à l’Union européenne peut aussi passer par le Conseil de l’Europe, plus large que l’UE, plus souple (intergouvernemental), concentré sur le droit. Cette notion d’ « Etat associé » devrait être étendue aux pays méditerranéens, tant pour les menaces comme les solutions, le futur de l’Europe étant au sud. La Tunisie est-elle plus lointaine que l’Ukraine ? Le déséquilibre actuel vers l’est, amplifié par la guerre, rend plus visible ce désert politique qu’est la Méditerranée.

    Proposer, de la Méditerranée au Pacifique, d’autres perspectives que le condominium sino-américain.  

    Déjà, l’UE telle qu’elle est, peut proposer, au niveau mondial, des partenariats stratégiques dans des domaines structurants : droit, énergie, éducation. Les questions du digital comme de l’immigration ne dépendent-elles pas d’une philosophie du droit qui fait l’objet d’une bataille mondiale ? Dans ces domaines civilisationnels, l’Europe n’est pas plus mal armé que ses rivaux, Madelin pour l’éducation, Borloo pour l’électricité, rêvaient il y a dix ans déjà de programmes ambitieux pour l’Afrique. Proposer de la Méditerranée au Pacifique, à l’Amérique latine tant délaissée, d’autres perspectives que le futur condominium sino-américain.

    Gaz liquéfié à destination de l’Europe au départ des USA en 2022 ©Reuters

    Il manque un statut pour les « Etats associés », il manque un « noyau dur » pour la politique

    Une « Communauté politique européenne » ne peut fonctionner qu’à condition qu’il y ait une politique. Il ne peut y en avoir sans direction. De même qu’il manque un statut pour les « Etats associés », il manque un « noyau dur » pour la politique. Rares sont les pays européens qui ont une politique étrangère, rares ceux qui ont une défense. La plupart s’en remettent aux Américains, qui n’ont pas le même souci de l’Europe que les Européens. La vraie communauté politique qui manque à l’Europe est interne à l’Europe, pas externe : le couple franco-allemand est il encore un couple ? Faut-il l’élargir à l’Italie, l’Espagne, voire au Benelux, refonder le « noyau dur » ? L’Europe européenne ?

    Redéfinir les intégrations européennes permettrait aussi d’offrir un autre avenir à la Russie et l’Ukraine qu’un conflit perpétuel.  

    On le voit dans le domaine monétaire, composante majeure des conflits et des indépendances : la crédibilité de l’euro dépend aussi de sa crédibilité politique et militaire. Les Européens sont dans l’obligation de repenser leurs institutions, quitte à revenir à la « théorie des cercles » plus ou moins intégrés. 

    Détruire, déconstruire, reconstruire. Redéfinir les intégrations européennes permettrait aussi d’offrir un autre avenir à la Russie et l’Ukraine qu’un conflit perpétuel. Admettre l’Ukraine dans l’UE ne peut avoir pour but la constitution d’un nouveau rideau de fer. Au contraire, cela doit amener l’Ukraine, même victorieuse, à trouver des compromis pour les populations du Donbass et de Crimée, pour sa relation avec la Russie. 

    Cela supposera une politique de réconciliation avec les Russes. Sans doute, en ce moment, il ne faut pas le dire : se concentrer sur l’aide militaire, démontrer aux Russes, aux soldats autant qu’aux dirigeants, qu’une politique de force mène, comme d’habitude, à la défaite. Une fois que la preuve en sera faite, ne pas désespérer les Russes, encore moins désespérer des Russes : eux aussi sont européens.

    Faire la guerre, penser la paix

    En 1996, le PIB par habitant en Pologne  était presque égal à celui de la Russie : près de 4500$ par habitant. Aujourd’hui le PIB des Polonais est d’un tiers supérieur à celui des Russes : plus de 15 000$ par habitant contre 10 000 pour les Russes. L’Ukraine, qui avait le même niveau de vie que la Pologne an 1990 (1500$) rêve d’accéder aux mêmes standards. Quand elle s’en approchera, elle montrera aux Russes le bon chemin. C’est ce chemin, pour la Russie et pour l’Europe qu’il faut laisser ouvert.

    Tout cela parait lointain, incertain, hypothétique. Mais si personne n’y pense, si personne ne s’y prépare, comment s’orienter? Le but de toute guerre est la paix. Faire la guerre, penser la paix.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati  

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

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