Grève du 13 janvier : retentissante en France, sourde à l’étranger

Grève du 13 janvier : retentissante en France, sourde à l’étranger

Jeudi 13 janvier, le personnel scolaire français est descendu dans les rues françaises pour protester contre le gouvernement suite aux différents protocoles mis en place contre la Covid-19. Un mouvement d’une rare ampleur qui a difficilement gagné les établissements français à l’étranger.

Une grève historique par son rassemblement s’est tenue jeudi 13 janvier. Pour la première fois, tous les syndicats représentatifs de l’éducation nationale en France ont battu le pavé ensemble pour protester contre les décisions prises par Jean-Michel Blanquer. Plus de 77 500 professeurs, directeurs, accompagnants scolaires, personnels soignants dans les établissements, mais aussi inspecteurs et parents d’élèves se sont mobilisés en France, d’après le ministère de l’Intérieur. Une situation inédite qui met à mal le gouvernement à trois mois de l’élection présidentielle.

« On en ras-le-bol ! » Cette phrase est revenue tel un leitmotiv à la bouche du personnel éducatif et des parents d’élèves, depuis la rentrée de janvier. En cause, le protocole sanitaire mis en place dans les écoles par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale. Un casse-tête qui a changé plusieurs fois en l’espace d’une semaine et a rendu fou tant le personnel éducatif, que les proviseurs et les parents d’élèves. Effectivement, les parents se sont mis à jongler entre travail, les enfants et les tests de dépistage pour la Covid tous les deux jours pour leurs chérubins ; les proviseurs ont dû se contorsionner avec les différents protocoles annoncés la veille pour le lendemain, et les professeurs absents pour cause de positivité au coronavirus ; et les professeurs ont eu à passer du présentiel au distanciel en un tour de main. Finalement, pour eux, Jean-Michel Blanquer a réussi à faire des écoles un véritable cirque.

Un appel à soutenir la grève pour les uns

La FCPE à l’étranger, la fédération de parents d’élèves, a relayé l’appel à la grève pour soutenir les conditions de travail en France. Pour Moulay Driss el Alaoui, co-président de la FCPE à l’étranger, le mouvement observé hier est incroyable par sa rapidité de mise en action et son étendue.

« C’est un mouvement qu’on n’a pas vu depuis 1968. Il y a une colère profonde qui touche le tissu éducatif. »

Moulay Driss el Alaoui, vice-président de la FCPE, chargé de l’enseignement français à l’étranger

Le co-président entend bien qu’il faille s’adapter à la situation exceptionnelle de la pandémie, mais s’énerve du manque de respect profond de la part du gouvernement face au personnel et aux parents d’élèves. C’est finalement pour le manque de concertation et de coordination déploré, que la fédération a essayé d’appeler les établissements hors de France de rejoindre la coalition.

Une mobilisation souhaitée active pour les autres…

« On en a ras le bol que les enseignants et la communauté éducative ne soient pas considérés », s’exclame à son tour Patrick Soldat, membre du SNES-FSU à l’étranger. Aux yeux du syndicat, il n’est plus seulement question des mesures prises par le ministre de l’Éducation nationale en France. Dans les réseaux français à l’étranger, les enseignants, parents et élèves sont également à bout, et ont voulu profiter de la grève en France pour rebondir sur celle du 22 novembre dans le réseau à l’étranger. Nous comprenons que le fond du problème reste le même en définitive, à savoir le sentiment de mépris ressenti par le personnel éducatif de la part du gouvernement.

« La mobilisation sera à la hauteur du mépris de Jean-Michel Blanquer. »

Patrick Soldat, membre du SNES-FSU
Le lycée Comte de Foix d’Andorre en Andorre

Un manque d’anticipation

Les syndicats de professeurs mettent en avant le manque d’anticipation de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Comme en France, la demande du report des épreuves du baccalauréat de mars prochain, a été émise par les syndicats. Seulement, comme nous l’a souligné Alessandra Diakhate, membre du SNUipp-FSU, l’AEFE aurait répondu que les épreuves sont trop éloignées dans le temps pour pouvoir prévoir quoi que ce soit.  On attend donc le dernier moment pour décider !

Un ordre des priorités à revoir

L’un des objectifs du quinquennat d’Emmanuel Macron, pour le réseau français à l’étranger, était de doubler le nombre d’élèves d’ici à 2030. Un but que l’AEFE souhaite respecter, « au détriment » des revendications du personnel, souligne Alessandra Diakhate.

Pour la membre du SNUipp-FSU, il est normal et compréhensible que l’agence se focalise davantage sur les missions confiées par le gouvernement. Seulement, il lui apparait inquiétant et dangereux qu’elle envoie des fins de non-recevoir pour chaque demande émise par le personnel portant le réseau à bout de bras depuis deux ans. Parmi elles sont concernés le versement des revalorisations salariales émises par le ministère de l’Éducation nationale dans le cadre du Grenelle de l’éducation, dont les personnes exerçant à l’AEFE ont été exclues ; la demande de la prime d’équipement informatique auprès du personnel de droit local, ou encore la prise en charge des frais de quatorzaine au retour des vacances des salariés cet été.

… mais qui n’a pas été à la hauteur des attentes

Si en France la grève a fortement mobilisé, elle est restée particulièrement sourde dans les établissements français à l’étranger. D’après le SNUipp-FSU hors de France, seuls trois mouvements ont été retenus, à savoir au lycée Comte de Foix d’Andorre, au lycée français Jean Monnet de Bruxelles et à l’École européenne de Bruxelles 1. Trois manifestations isolées au milieu d’un paysage de l’éducation française à l’étranger à la diversité de situations et de problématiques vaste.   

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