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  • Quand la Chine basculera

    Quand la Chine basculera

    Le sacre de Xi Jinping pourrait être le sommet l’acmé de la Chine, c’est-à-dire le début de sa chute. Apparemment, la Chine poursuit sa formidable ascension. Même la crise de la Covid l’aurait épargnée. Rare pays à avoir évité la récession en 2020, sa croissance l’an dernier atteindrait les 8%. L’an prochain, elle devrait baisser à 5%, taux considérable vu d’Europe, mais insuffisant pour sortir les millions de Chinois sous le seuil de pauvreté. L’immobilier, qui assure 25% du PIB et 20% des emplois, est surendetté. Le plus grand promoteur, Evergrande, a fait défaut : 260 milliards de dettes. Il n’est pas le seul en difficultés. L’Etat baisse les taux d’intérêt pour redonner un peu d’air. La dette chinoise, publique et privée, dépasse les 300% du PIB. Sa croissance a toujours été supérieure à la croissance du PIB.

    Petites failles ou mauvais signes

    Esprit malin, le « virus chinois » revient au berceau. Les Jeux Olympiques d’hiver se dérouleront sans public. Accrochée à sa stratégie « zéro covid », la Chine ferme villes, ports, entreprises. Si la faillite d’Evergrande peut déstabiliser le système financier chinois, le virus peut fissurer son économie. Ce qui pose des problèmes d’approvisionnement dans toutes les économies mondiales. La dépendance des économies incite Coréens, Japonais, Américains et Européens à rapatrier les implantations industrielles. Les menaces sur Taïwan, premier producteur de micro processeurs, la mainmise sur Hong Kong, le contrôle politique sur les entreprises, freinent les investissements et brisent la confiance.

    La loi du parti au dessus des lois

    Beaucoup commencent à douter de cette évidence longtemps partagée, selon laquelle les dirigeants chinois ne seraient plus  communistes. La Chine se présente comme un « gouvernement par la loi », mais la loi est celle du parti. Les règles peuvent changer en un jour, les contrôles sont omniprésents. Au lieu d’assurer la stabilité, l’incertitude est, en fait, permanente, chez les cadres.

    Autre défi : la population chinoise vieillit, et bientôt déclinera. Avec un problème de retraite bien plus grave qu’en Occident. D’où la gravité de la crise immobilière : c’est la propriété de son logement qui garantit la retraite. D’autant que la décroissance de la population devrait se constater plus tôt que prévu et induirait automatiquement une décroissance économique.

    Une crise chinoise est possible, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour le monde

    Si ces différentes failles s’accentuent, la Chine ne rattrapera jamais les États-Unis, contrairement à ce qui est annoncé. Une crise chinoise est possible, assez vite. La confrontation avec les États-Unis l’accélère.

    Pour autant, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour le monde.

    Tout d’abord parce qu’une crise chinoise entrainerait une crise de l’économie mondiale. Ensuite parce que les régimes autocratiques, et la Chine en est un des plus performants, voient souvent dans l’agressivité extérieure une porte de sortie nationaliste. Les dirigeants chinois n’ont jamais abandonné leur rhétorique révolutionnaire, il leur suffirait de l’appliquer. Dernièrement, des manœuvres militaires conjointes entre la Chine, la Russie et l’Iran ont été organisées dans l’Océan indien. Le budget militaire de la Chine a considérablement augmenté ces dernières années. Le budget de la diplomatie chinoise plus encore : la Chine a constitué le premier réseau diplomatique du monde, avec plus de 8 milliards d’euros, un budget qui a doublé en dix ans. Cela fonctionne bien : 53 pays votent avec la Chine aux Nations Unies dans sa politique de reprise en main de Hong Kong.

    Une crise de l’économie chinoise puis mondiale alimentera des foyers de tensions et de guerres supplémentaires

    Ce ne seront pas les Etats-Unis qui provoqueront la confrontation, mais, comme d’habitude, leur habileté est telle qu’ils la faciliteront. Après avoir financé l’essor de la Chine, ils en recevront les coups. Mais seront-ils ceux qui en souffriront le plus ?

    Une crise de l’économie mondiale alimentera des foyers de tensions et de guerres supplémentaires. La carte des alliances et des conflits dessine les futures éruptions : Asie centrale, Asie du sud-est, Moyen-Orient, Afrique.

    Quel rôle est dévolu à l’Europe ? Les Etats-Unis souhaitent que l’Europe fixe la Russie. Et l’Europe n’aura évidemment pas le choix, si la Russie reste alliée à la Chine, si la Russie continue son jeu de tensions.

    La politique étrangère de la Chine est fondée, officiellement sur le multilatéralisme, le libre échange et la non-intervention. En fait, il faudrait plutôt traduire : clientélisme, mercantilisme, soutien aux régimes autoritaires. Les Chinois ont des bases militaires en Asie centrale, Djibouti mais aussi en Argentine. L’atout chinois, outre le financement d’infrastructures et les prêts, est la garantie d’un soutien sans faille aux dirigeants en place (avec la corruption qui accompagne les contrats d’Etat).

    Pour ne pas être à la traine, l’Europe doit oser se poser face à la Chine

    Junte birmane, théocratie iranienne, Talibans, tous peuvent compter sur la compréhension chinoise quant à leur façon de gouverner. Et comme les Occidentaux, eux, font la morale démocratique, la clientèle est de plus en large.

    Le principal handicap de la Chine, ce qui la fera basculer, et qui risque d’entrainer une déflagration mondiale, c’est son appétit pour le contrôle : pas une entreprise, un collège, un quartier, sans le contrôle du parti. Cela coûte cher. Pas un cadre qui ne doive apprendre la pensée de Xi Jinping.

    Que la Chine bascule ou poursuive son rêve de conquête, le défi est là. Intelligence artificielle, semi-conducteurs, énergie, l’économie européenne a raté bien des marches. Elle est le plus grand marché mondial, mais ne participe à cette nouvelle économie digitale qu’en consommatrice – et en productrice de normes (atout non négligeable).

    Se préparer au choc de cette déflagration est un impératif pour chaque pays. Comment ? Le rêve européen a perdu de sa superbe face au rêve chinois. Ce serait le moment de le raviver, à l’extérieur et à l’intérieur car cette ambition ne peut se faire en opposant caricaturalement « européistes » et « nationalistes ».

    Le principal atout de l’Europe est de devenir l’espace politique le plus stable, le plus serein, le plus divers, le plus fiable de la planète. Construire, en anticipant les déflagrations à venir, une aire de paix, de sureté, une « communauté de destin commun », pour reprendre la phraséologie de Xi Jinping, qui légitimerait son aire d’influence. Si l’Europe ne veut pas être à la traine d’une rivalité sino-américaine, elle doit oser se poser elle-même en modèle face à la Chine.

    Pour le 95ème anniversaire du Parti communiste chinois, en 2016, Xi Jinping définissait les « 4 confiances en soi » comme un des axes majeurs de sa pensée[1] : confiance en sa propre voie (son modèle de développement), en ses propres théories, son propre système et sa propre culture. Les cadres du parti apprennent par cœur ces discours pour s’imprégner de ces « 4 confiances ». On ne demandera pas aux Européens d’apprendre par cœur, mais d’avoir confiance en eux-mêmes. Après tout, les vainqueurs de la dernière guerre froide, qui en a tiré le plus d’avantages, c’est l’Europe. Il se pourrait qu’il en soit de même pour la prochaine.


    [1] Discours du 1er juillet 2016.

  • Des GAFAM aux MAAMA, les stars du numérique investissent tous azimuts

    Des GAFAM aux MAAMA, les stars du numérique investissent tous azimuts

    Avec la transformation de Facebook en Meta, les GAFAM sont devenus les MAAMA. Meta, Alphabet, Amazon, Microsoft et Apple continuent leur marche en avant.

    Au mois d’octobre dernier, Mark Zuckerberg a renommé Facebook en Meta en promettant à chacun de pouvoir vivre prochainement deux vies en une, l’une dans le réel et l’autre dans les mondes virtuels. Le 18 janvier de cette année, Microsoft dont la capitalisation dépasse 2 000 milliards de dollars, tout comme Apple, a décidé d’acquérir pour 69 milliards de dollars, Activision Blizzard, une société de jeux vidéo, dans le cadre du plus gros achat de son histoire. Les MAAMA ont investi 280 milliards de dollars au cours de l’année écoulée, soit 9 % des investissements de toutes les entreprises américaines, contre 4 % il y a cinq ans.

    Les responsables antitrust regardent avec de plus en plus d’attention les politiques d’acquisitions des entreprises du numérique. En 2020, la plus haute responsable antitrust américaine, Lina Khan, a recommandé d’interdire aux grandes entreprises technologiques de s’étendre dans les zones adjacentes.

    Des mesures  antitrust au Etats–Unis et en Europe

    L’Europe pourrait adopter prochainement une loi sur les marchés numériques visant à les réglementer « ex ante », c’est-à-dire à agir en amont sur le comportement des entreprises en lieu et place d’actions « ex post ». Compte tenu de l’importance du secteur de la haute technologie, l’encadrement des politiques d’investissement sera délicat à mettre en œuvre. Les grandes entreprises du numérique sont devenues des acteurs économiques incontournables dont le montant des investissements a doublé en dix ans. Les MAAMA sont accusées de réduire la concurrence en achetant des start-up prometteuses.

    Les contradicteurs des grandes entreprises du numérique mettent l’accent sur la faible productivité de leur recherche. Apple n’aurait pas sorti d’innovations majeures depuis l’iPhone. Si Apple a amélioré les capacités de calcul ou l’autonomie de ses produits, les ruptures technologiques se font attendre. Les voitures autonomes ou volantes, les robots multitâches individuels restent pour le moment du domaine de la science-fiction. En 2020, un rapport d’un sous-comité antitrust du Congrès américain affirmait que la domination des grandes technologies avait « considérablement affaibli l’innovation ». Leur politique consiste avant tout dans la maîtrise de leur réseau afin de fidéliser leurs clients. La concurrence serait amoindrie par un partage tacite du marché du digital par ses grands acteurs.

    Alphabet, Amazon, Apple, Meta et Microsoft ne s’affrontent pas frontalement. Google (Alphabet) domine sur les moteurs de recherche et la publicité, Amazon est devenu l’hypermarché en ligne du monde, Apple est tout à la fois un producteur de biens technologiques et un fournisseur de services avec les applications, Meta regroupe d’importants réseaux sociaux dont Facebook, et Microsoft est l’entreprise numéro un dans le domaine des logiciels professionnels et des ordinateurs individuels.

    Les « Big Five » ont institué un oligopole qui les préserve des attaques

    Les zones de friction existent mais sont gérés. Ainsi, Microsoft vend des ordinateurs et des smartphones mais il n’en fait pas son axe majeur de développement. Il est présent sur les réseaux avec LinkedIn mais l’objectif de ce réseau est centré avant tout sur la sphère professionnelle. Amazon concurrence Apple sur le streaming musical mais avec modération. Google a abandonné toute prétention en matière de musique en ligne et de réseaux. Les « Big Five » ont institué un oligopole qui les préserve des attaques et leur permet de bâtir, en toute tranquillité, leurs futurs produits ou services. Ayant elles-mêmes connu une croissance exponentielle, elles sont toutes bien conscientes que manquer le prochain changement transformateur pourrait les exclure du monde de demain.

    Pour autant, en 2021, les Big Five ont dépensé 1 500 milliards de dollars en recherche et développement, soit environ un quart du total des dépenses publiques et privées américaines en la matière. Les moyens de financement des grandes entreprises du digital sont actuellement sans comparaison. Ils sont en phase avec leurs revenus qui ont atteint plus de 9 000 milliards de dollars, revenus qui ont presque triplé entre 2015 et 2020. Il est à souligner que les dépenses de R&D augmentent moins vite que les ventes, soit +25 %, contre +33 % lors de ces cinq dernières années. Une grande partie de ces dépenses a été consacrée au développement de produits. Ce poste a progressé de 2019 à 2021, de près de 40 %. Les dépenses d’investissement ont augmenté de 25 %.

    1500 milliards de dollars en recherche et développement

    Chaque année, Apple est à la recherche d’innovations pour ses nouveaux iPhone dont le rythme de sortie est annuel. Elle investit également dans les casques audio et visio ainsi que dans l’automobile. Amazon essaie sans relâche d’améliorer l’efficacité de ses entrepôts et de son système de livraison. Meta est contrainte d’innover pour conserver son nombre d’adhérents à ses réseaux sociaux. La baisse d’attractivité de Facebook en particulier auprès des jeunes l’oblige à revoir en permanence son modèle. La chute en bourse de Netflix du fait de la stagnation du nombre de ses abonnés prouve la fragilité des positions économiques dans le secteur du numérique.

    Les chercheurs des Big Five sont devenus des acteurs clef de la recherche et développement mais aussi de la recherche fondamentale dans de nombreux domaines (mathématiques, sciences comportementales, médecine, informatique, etc.). De 2015 à 2019, ils ont publié plus de 16 000 articles dans des revues scientifiques. Les chercheurs d’Amazon ont ainsi publié un article sur les moyens d’éviter les doublons dans les résultats de recherche. Les équipes de Google Research rendent publics des travaux d’un niveau très élevé concernant la médecine. Alphabet se sert de sa politique de publication pour attirer les meilleurs chercheurs. Elle est ainsi devenue la quatrième entreprise la mieux classée dans l’édition actuelle de l’indice Nature, en ce qui concerne la recherche universitaire en sciences.

    Métavers, véhicules autonomes, santé, espace, robotique, fintech, cryptoactifs, informatique quantique

    Apple a contrario publie peu, en lien avec sa politique du secret qui lui est chère. Les analystes estiment qu’entre 5 % et 20 % des dépenses de R&D des géants de la technologie sont consacrées aux « technologies de pointe » : le métavers, les véhicules autonomes, les soins de santé, l’espace, la robotique, la fintech, les cryptoactifs, l’informatique quantique.

    Au cours des trois dernières années, les Big Five ont acquis plus de 110 entreprises. Plus d’un quart des entreprises acquises sont spécialisées dans l’intelligence artificielle ou dans le traitement de vastes ensembles de données.

    Microsoft est actuellement l’investisseur le plus important. En avril 2021, il a acheté « Nuance Communications », un fournisseur de logiciels et de cloud spécialisé dans le domaine de la santé pour 19,7 milliards de dollars. Il a également acheté des startups qui facilitent les services sur le cloud, telles que « Mover.io », qui aide les entreprises à transférer des données et « CloudKnox », une entreprise de cybersécurité. Google a acquis trois startups également spécialisées sur le cloud et des entreprises dans le secteur de la santé. Meta a investi essentiellement dans des entreprises qui travaillent dans la réalité augmentée. Apple a fait de même. La priorité pour cette dernière demeure l’intelligence artificielle. Sur ces 22 acquisitions depuis 2019, plus de la moitié ont été des startups intervenant sur ce créneau. Apple, qui a acquis Drive en 2019, une startup de voitures autonomes, entend se développer sur ce secteur. Son projet Titan vise à lancer un véhicule en 2025. Microsoft a rejoint la course, avec un investissement dans Wayve, une entreprise de voitures autonomes basée à Londres. Amazon a également renforcé ses positions dans ce secteur. Elle a pris des participations dans des entreprises de taille intermédiaire développant des solutions logicielles pour ce type de véhicules. Amazon est intéressée par les flottes de véhicules autonomes tant pour la gestion de ses entrepôts que pour les livraisons.

    Amazon est également très active dans le domaine de la robotique toujours avec un objectif d’automatisation de ses entrepôts. Google a également investi dans deux sociétés de voitures autonomes, Waymo, une société issue à l’origine de X, l’unité interne « moonshot » du géant de la technologie, et Nuro, une entreprise de livraison autonome. 9 % des investissements réalisés par les grandes entreprises technologiques concernent les voitures et la mobilité.

    En 2021, les filiales d’investissement d’Alphabet, d’Amazon et de Microsoft ont conclu environ 400 transactions. Une centaine d’entre-elles concernaient des entreprises travaillant dans les sciences de la vie ou les soins de santé, un domaine que les entreprises technologiques considèrent comme attractif compte tenu du potentiel de croissance et du rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la biologie.

    Les entreprises de technologie financière telles que Botkeeper, un service de comptabilité automatisé constituent également une priorité de ces filiales. Le secteur financier est également suivi de près par Apple qui a acquis Mobeewave, une startup de paiement, pour transformer les iPhones en terminaux mobiles de paiement sans contact. L’année dernière, Amazon a acheté Perpule, une société indienne de technologie financière, et travaille avec Goldman Sachs pour élargir l’offre de prêt aux entreprises.

    Le Netflix du jeu vidéo, sans console

    L’acquisition d’Activision Blizzard, un développeur de jeux vidéo, par Microsoft, est la plus importante dans l’histoire de ce groupe et, plus largement, de l’industrie du jeu vidéo. Elle a coûté plus de deux fois le coût du rachat de LinkedIn en 2016. Cette acquisition s’inscrit dans la volonté de Microsoft de devenir incontournable dans l’univers du jeu. Ce secteur en pleine croissance représente près de 300 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

    Apple, Netflix et Amazon ont décidé de s’investir également dans le jeu vidéo qui offre des rentabilités élevées et qui permet de capter un public jeune. Avec notamment ses consoles, Microsoft est dans le secteur du jeu depuis deux décennies. Il gagne 15 milliards de dollars par an. Microsoft devrait devenir la troisième plus grande entreprise de jeux vidéo en termes de chiffre d’affaires, derrière Tencent, une entreprise chinoise, et Sony connue pour sa Play Station. En tant que producteur de consoles vidéo, Microsoft a besoin de contenus pour capter un nombre croissant de joueurs. Activision Blizzard a dans son portefeuille de jeux entre autres, « Call of Duty », « Candy Crush », « Warcraft ». King, une division d’Activision Blizzard spécialisée sur le jeu sur mobile, compte 245 millions de joueurs. En ayant les droits sur « Call of Duty », Microsoft peut décider d’autoriser ou non sa diffusion sur d’autres consoles que les siennes. Il dispose d’une arme de négociation importante en particulier à l’encontre de Sony qui dépend des ventes des consoles Play Station.

    L’achat d’Activision Blizzard complète celui de ZeniMax Media, une autre société de jeux. Réalisé en 2020, il avait alors coûté 7,5 milliards de dollar. Microsoft avait alors annoncé qu’elle respecterait les termes des accords d’édition existants entre ZeniMax et Sony, mais que l’accès de cette dernière aux nouveaux jeux de ZeniMax serait considéré « au cas par cas ».

    Les acquisitions de Microsoft visent à lui permettre d’être un acteur important du jeu au moment où l’essor du metavers pourrait modifier la donne. Microsoft espère utiliser sa force dans le cloud pour imposer son système de jeux en ligne et devenir le « Netflix » du secteur. Le jeu en streaming via le cloud élimine le besoin de posséder une console ou un ordinateur puissant et coûteux. Même si d’autres entreprises, dont Sony, Amazon et Nvidia, proposent des services similaires, aucune ne semble aussi bien placée que Microsoft qui dispose d’un savoir-faire pour la gestion de logiciels en ligne et d’un nombre importants de clients.

    La France, terre d’investissement, et l’Inde face à la Chine

    Les géants du digital investissent dans un grand nombre de pays. La France est ainsi une terre d’investissement majeure pour Microsoft. Avec le refroidissement des relations avec la Chine, l’Inde est aujourd’hui au cœur des attentions des Big Five. Ce pays est connu pour héberger de nombreuses start-up innovantes. Près du quart des acquisitions réalisées entre 2019 et 2021, par les stars du digital proviennent d’Inde. Amazon a acquis une participation dans « BankBazaar ». En 2020, Google a annoncé sa volonté d’investir 10 milliards de dollars dans des entreprises technologiques indiennes au cours des cinq à sept prochaines années.

    Au vu des recherches et des acquisitions, le Yalta qui prédomine entre les grands du digital pourrait voler en éclats à moins qu’une nouvelle répartition des champs d’action s’établisse. Les domaines de la santé, de la fintech, des voitures autonomes et de l’informatique quantique les intéressent tous. La concurrence est pour le moment larvée mais pourrait bien prendre une autre forme si un des acteurs se trouvait à avoir un avantage comparatif certain. Avec le potentiel développement des véhicules autonomes, l’entreprise qui sera la première à maîtriser l’informatique quantique qui démultiplie le potentiel des ordinateurs serait en position de force. La possibilité d’imposer un monde virtuel, voie de passage obligée pour les achats en ligne et l’accès à certains services, pourrait également modifier en profondeur les frontières entre les acteurs du numériques.

  • Royaume-Uni : une reprise économique en douceur

    Royaume-Uni : une reprise économique en douceur

    L’Angleterre a abandonné, jeudi 27 janvier 2022, la quasi-totalité des dernières restrictions en vigueur pour lutter contre la Covid-19. Le gouvernement britannique a estimé que la population devait s’habituer à vivre avec le virus comme elle le fait déjà avec la grippe.

    Après avoir mis un terme, il y a une semaine, à la recommandation de travailler chez soi pour ceux qui le peuvent, l’Angleterre abandonne à présent les autres restrictions – comptant parmi les plus légères en Europe – introduites en décembre face à la déferlante de cas Omicron. C’est-à-dire l’obligation du port du masque en intérieur dans les lieux publics et le passeport vaccinal pour les événements accueillant un public nombreux.

    Nous sommes allés à la rencontre des entreprises françaises au Royaume-Uni, pour savoir comment elles perçoivent la reprise.

    Deux années compliquées pour les commerces

    Oliver est originaire de Bruxelles et habite en Angleterre depuis quatre ans. Il est dans un groupe de musique Eighties en tant que chanteur lead. “Avant la Covid, nous tournions à 80 dates par an, pendant la Covid nous n’étions à aucune date et progressivement nous revenons à 1 à 2 dates par week-end. C’était le rythme que nous atteignions avant la Covid.”

    Des “stop and go” rendant l’activité difficile

    Installée depuis six ans à Londres, Margaux Cras dirige deux salons de coiffure. Elle confie que les « stop and go » ont été brutaux physiquement et mentalement pour ses équipes. Effectivement, ces dernières étaient privées des plaisirs rendant la vie agréable à Londres, comme dans toutes les grandes villes, en période de confinement. De plus, au moment des réouvertures, ses employés ont croulé sous la demande intense des clients, et ne pouvaient prendre de repos pendant six à huit semaines. La patronne a donc décidé de rallonger la durée des prestations et de rajouter des pauses supplémentaires à son personnel pour lui permettre de se reposer.

    « C’était compliqué de refuser des clients étant donné l’impact de la crise sur les finances de l’entreprise. A l’instar de l’hôtellerie ou des salles de spectacles, un salon de coiffure fermé ne représente aucune entrée d’argent mais a toujours des charges à payer ».

    Margaux Cras, Français de Londres et dirigeante de deux salons de coiffure

    Elle revient tout de même sur un point positif tiré de cette période sombre. Durant le premier confinement, elle en a effectivement profité pour ouvrir un deuxième salon, le « Margaux Salon Kentish Town ». Un pari osé mais réussi car elle a pu ouvrir directement à la levée de l’isolement, le 4 juillet 2020.

    « Comme tout le monde était désespéré de ne plus avoir pu aller chez le coiffeur, nous avons été pris d’assaut dès le premier jour d’ouverture. »

    Le port du masque obligatoire

    La patronne indique livrer bataille sur plusieurs fronts à la fois, tels que la fréquentation toujours inférieure au niveau d’avant la pandémie, l’inflation galopante constatée chez ses fournisseurs, et la difficulté à recruter de bons profils. Pour couronner le tout, la gestion quotidienne de l’agenda est rendue particulièrement difficile à cause des nombreuses annulations de dernière minute de la part des clients ou des employés, et dues au variant Omicron.

    Cependant, elle se félicite d’avoir réussi à fidéliser une vraie communauté de clients attachée au salon qui continue « à venir se faire chouchouter ici, quand tant d’autres commerces restent vides ». Elle se demande si cela est dû à leur approche plus prudente. En effet, dès le début de la pandémie, les deux salons ont rallongé leurs horaires d’ouverture pour diminuer le nombre de personnes présentes simultanément dans l’entreprise. Aussi, le port du masque reste obligatoire à l’intérieur. Des décisions qui inspirent la confiance chez ses clients d’après Margaux.

    Une reprise certaine mais prudente

    « Depuis janvier 2022, nous sentons une énergie nouvelle et les prémices d’un retour graduel vers plus de normalité ».

    La cheffe d’entreprise a fait fermer ses salons pendant deux semaines pour permettre à ses salariés de se reposer durant les fêtes de fin d’année, et depuis la rentrée tout le monde est au rendez-vous. Chaque week-end, ils sont complets et voient sans cesse de nouvelles personnes franchir leurs portes. « Nous avons entre 20% et 30% de nouveaux clients, et en janvier ce ratio est même monté à 55% ! Il est frappant de constater que cela se vérifie tant pour celui établi à Highbury que pour le nouveau à Kentish Town ». Margaux estime que le retour à un semblant de vie sociale et la réouverture progressive des bureaux y est pour beaucoup. Elle pense que 2022 sera bien meilleure que les deux dernières années.

    Margaux Cras dans son salon de coiffure à Londres

    Les conséquences du Brexit

    Benjamin, habitant de Londres depuis 2013, est le CEO (Chief Executive Officer) du groupe Marcel Market. A ses yeux, avec la période post-Brexit qui est en train de s’amorcer et les nouvelles réglementations sur les certificats sanitaires, il sera compliqué d’importer de la nourriture pour les petites sociétés comme la sienne.

    « Nous avons beau avoir le soutien et être partenaire d’une grande chaîne alimentaire française, nous n’avons pas d’autres choix que de fermer. Nous travaillons sur Marcel Market depuis 2017.”

    Benjamin, habitant de Londres et CEO du groupe Marcel Market

    Benjamin explique que le gouvernement a, à plusieurs reprises, repoussé la mise en place du contrôle à la frontière sans pour autant expliquer clairement les règles qui seront mises en place. C’est pourquoi il préfère attendre avant de rouvrir. Une décision qu’il juge bonne car les règles vont progressivement entrer en vigueur dans le courant de l’année et vont l’obliger à réduire son offre. D’après lui, ajouter les frais des certificats et des opérations en douane rend toute rentabilité impossible.

    « Si vous regardez du côté de Calais, le passage en douane est un cauchemar. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des camions bloqués des journées entières à la frontière. Pour nous la reprise est synonyme de liquidation. »

    Finalement, pour la plupart des Français établis au Royaume-Uni, la reprise est prudente. Pour d’autres, elle n’existe tout simplement pas, à l’instar du café sur la péniche à Londres et  de The Floating boulangerie, qui ont tous deux fermé définitivement en décembre 2021.

  • Besoin du passe vaccinal ? Mode d’emploi pour les expatriés

    Besoin du passe vaccinal ? Mode d’emploi pour les expatriés

    Vous êtes une ou un Français vivant hors de l’UE et vous avez été vacciné(e) dans votre pays de résidence ? Comme pour le passe sanitaire, il existe un dispositif mis en place par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour obtenir le passe vaccinal désormais indispensable en France.

    Cette procédure permet aux expatriés français vaccinés avec des vaccins reconnus par l’Agence européenne des médicaments (AEM) ou équivalents à ces vaccins d’obtenir un passe vaccinal valable en France et dans l’espace européen. Pour l’avoir, il faut présenter une preuve de vaccination, avec une pièce d’identité et une preuve de résidence à l’étranger. Mode d’emploi !

    Vous avez déjà votre passe sanitaire ?

    Si vous avez déjà un passe sanitaire français valide, en ouvrant votre application #TousAntiCovid vous verrez qu’il s’est actualisé automatiquement et s’affiche désormais comme « passe vaccinal ».

    S’il s’est écoulé plus de 7 mois depuis votre 2e dose (attention ce délai passe à 4 mois, à compter du 15 février), ce passe vaccinal sera automatiquement désactivé. Si vous avez alors de nouveau besoin d’un passe vaccinal, vous pourrez redemander un code QR avec vos 3 certificats de vaccination, en suivant la procédure décrite ci-dessous comme pour les personnes sans passe sanitaire.

    Autre écueil à éviter, si vous êtes éligible à la dose de rappel, votre passe expire automatiquement 7 jours après la date limite à laquelle vous étiez censé recevoir votre dose de rappel, depuis le 15 janvier 2022, pour toutes les personnes âgées de 18 ans et plus. Pour savoir si vous êtes concerné par le rappel, consultez le simulateur de l’Assurance maladie Mon rappel Vaccin Covid.

    Aucun passe mais déjà vacciné(e) ?

    Comme pour le passe sanitaire jusqu’ici, il existe deux méthodes pour obtenir le nouveau passe vaccinal, soit en ligne en amont, soit en arrivant en France.

    Préparer son voyage en ligne  

    Avant de partir si vous répondez aux conditions de vaccination demandées, vous pourrez alors suivre les démarches en ligne en suivant le lien suivant : https://www.demarches-simplifiees.fr/commencer/passe-sanitaire-francais-de-l-etranger

    Pour cela, il vous faut disposer d’un compte service-public. Si vous n’en n’avez pas, vous pouvez en créer un en vous connectant avec vos identifiants fiscaux ou ceux qui vous permettaient de vous identifier auprès de la Sécurité sociale sur le site ameli.fr ! Si vous n’avez aucun identifiant, vous pouvez télécharger l’application Identité numérique du groupe La Poste, avec votre passeport et en suivant les instructions vous obtiendrez un accès universel à tous les services français.

    Obtenir son passe vaccinal en France

    Deuxième solution, c’est attendre d’être en France. Là aussi, il faudra pourtant vous organiser. Dès votre arrivée, il faudra vous rendre dans une pharmacie habilitée à vacciner (comme celle du Terminal 2E de l’aéroport CDG) ou chez un médecin. Selon les associations comme Français du Monde, la démarche en France permet de s’affranchir du caractère très aléatoire du délai d’obtention en ligne. On peut d’ailleurs très bien faire la demande une fois en France même si on a une demande en ligne en cours. Il faudra simplement penser à annuler celle-ci une fois votre passe obtenu.

    Une fois auprès du praticien, il faut avoir avec vous les 2 ou 3 preuves de vaccination, la version QR code mais aussi la version classique. Il faudra aussi avec vous soit une pièce d’identité avec votre adresse hors de France ou une preuve de résidence dans votre pays d’accueil. Dans tous les cas l’obtention du passe vaccinal est gratuite pour les ressortissants français, sur place en France, comme en ligne.

    Le passe vaccinal pour qui ?

    Pour demander un certificat vaccinal valable dans le cadre du « passe vaccinal »pour les plus de 16 ans ou du « passe sanitaire » pour les 12-15 ans en France, vous devez :

    • être de nationalité française ou ayant droit d’un ressortissant français ;
    • être âgé de 12 ans et plus. Les mineurs de moins de 12 ans ne sont pas soumis à l’obligation de passe sanitaire ;
    • être vacciné avec un vaccin accepté par l’Agence européenne des médicaments ou équivalent  ;
    • ne pas avoir été vacciné dans l’un des pays suivants : États membres de l’Union européenne , Albanie, Andorre, Arménie, Îles Féroé, Géorgie, Islande, Israël, Liechtenstein, Macédoine du Nord, Maroc, Moldavie, Monaco, Nouvelle-Zélande, Norvège, Panama, Royaume-Uni, Saint-Marin, Serbie, Suisse, Turquie, Ukraine, Vatican. Ces pays permettent l’obtention d’un certificat Covid numérique accepté en France ;
    • et être déjà en France ou dans l’Union européenne ou arriver en France bientôt.

  • Stéphane Vojetta, le député qui a défendu la binationalité franco-espagnole

    Stéphane Vojetta, le député qui a défendu la binationalité franco-espagnole

    Stéphane Vojetta est député des Français de l’étranger pour la 5ème circonscription, soit en péninsule ibérique. Arrivé en fonction le 6 octobre dernier, il a pris le relais de Samantha Cazebonne devenue sénatrice.

    2022 est une année placée sous le signe des élections comme nous le savons. La présidentielle sera suivie de peu des législatives, l’occasion pour LesFrancais.press de dresser un bilan du mandat présidentiel avec le député, et de savoir si personnellement il compte se représenter ou non. L’actualité chaude a également été abordée, avec les sujets de la double nationalité franco-espagnole et de la dématérialisation de la procédure pour renouveler ses papiers d’identité à l’étranger.

    La dématérialisation de la procédure de renouvellement de passeport

    Le secrétaire d’État au tourisme est aux Français de l’étranger, Jean-Baptiste Lemoyne, a annoncé lundi 31 janvier durant sa présentation des vœux pour l’année 2022, qu’une phase de test pour refaire son passeport en ligne allait être lancée dans le courant de l’année. Une démarche pensée pour les expatriés devant se rendre à leur consulat, souvent très éloigné de leur domicile. Pour l’instant, cela va être testé au Canada et au Portugal, deux pays où la communauté des Français hors de France est conséquente mais à taille humaine.

    Pour Stéphane Vojetta, député des Français du Portugal, « c’est une excellente nouvelle ». Effectivement, il défend le projet depuis sa prise de poste car de nombreux retours lui sont remontés quant aux difficultés pour prendre rendez-vous dans les consulats. Il espère vivement, que la période d’essai sera concluante et que la méthode pourra rapidement s’étendre au reste du monde.

    Bien qu’il ne connaisse pas exactement les techniques allouées pour remplir une demande de nouveau papier d’identité, il soumet plusieurs idées.

    La double nationalité franco-espagnole

    Le 27 janvier dernier a été voté en procédure accélérée, le texte de loi « autorisant la ratification de la convention relative à la nationalité entre la République française et le Royaume d’Espagne ». Autrement dit, les Français résidants en Espagne vont bientôt pouvoir demander la bi-nationalité.

    Effectivement jusqu’ici, seuls les Espagnols pouvaient être binationaux car la France ne demandait pas de contrepartie en échange de l’octroi de la nationalité française. A contrario, le gouvernement espagnol demandait aux Français souhaitant acquérir la nationalité espagnole, de se détacher de leur nationalité française.

    En mars 2021, s’est tenu un sommet à Montauban entre les deux chefs d’États pour revoir la convention internationale. Depuis, Stéphane Vojetta a été nommé responsable du texte par le groupe parlementaire LaREM pour le porter et le faire voter à l’Assemblé nationale.

    Dans le podcast, le parlementaire nous explique les règles à respecter pour pouvoir demander la binationalité, à quoi elle peut bien servir et combien de personnes elle concerne.

    « Je pense que c’est un pas symbolique, magnifique, qui démontre la proximité et le rapprochement entre nos deux pays. »

    Présidentielle et législatives

    Stéphane Vojetta ne se prononce pas sur sa volonté de se présenter aux prochaines législatives. A ses yeux, le plus important en ce moment, est de se concentrer sur les dossiers en cours, les Français de sa circonscription et pouvoir en faire le plus possible pour eux, en peu de temps. Il espère pouvoir être influent et actif à Paris, mais surtout en circonscription où il a « encore beaucoup à apprendre ».

    Depuis son arrivé à la tête de la circonscription, l’émissaire de Paris s’est attelé à connaitre au mieux les Français qu’il représente. Lui, le Français d’Espagne depuis dix-huit ans, reconnait en toute humilité qu’il a encore énormément à découvrir sur ses concitoyens du Portugal et des autres pays. C’est pourquoi il essaie d’aller à leur rencontre dès que possible.

    Par ailleurs, s’il ne parle pas de ses ambitions personnelles, il espère fortement que le président sortant va se représenter. Ainsi, il dresse fièrement le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron et confie avoir hâte d’aller le défendre en campagne.

    « Si Emmanuel Macron se représente, ce sera encore plus simple de le défendre car ce bilan est vraiment une incarnation du programme qu’il avait lancé en 2017. »

    Ecoutez le podcast avec Stéphane Vojetta

    Un podcast à retrouver sur toutes vos plateformes préférées

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  • Deux ans après, quoi de neuf docteur ?!

    Deux ans après, quoi de neuf docteur ?!

    Depuis deux ans, l’économie mondiale compose avec la Covid-19. Après le choc des premiers confinements, elle a fait preuve d’une certaine résilience. Les acteurs se sont adaptés face aux différentes vagues de l’épidémie. La diffusion des vaccins à compter du début de l’année 2020 s’est accompagnée d’une reprise qui est devenue manifeste à compter de l’été dernier. En ce début 2022, une normalisation de la production et de l’emploi est en cours dans les pays de l’OCDE, dans un contexte financier restant porteur.

    La crise sanitaire a néanmoins laissé des traces profondes. Les taux d’endettement ont fortement augmenté tout comme l’offre de monnaie. Une déformation de la structure de la demande des services vers les biens sur fond de télétravail, de numérisation de l’économie et d’accélération de la transition énergétique, pousse à la hausse les cours des matières premières et génère d’importants goulets d’étranglement. Les salariés semblent moins enclins que dans le passé à accepter leurs conditions de travail provoquant, aux États-Unis notamment, une vague sans précédent de démissions.

    La normalisation de la production et de l’emploi

    Après avoir connu une chute de leur production de plus de 10 % au cours du printemps 2020, les pays de l’OCDE l’ont effacée l’année dernière au cours de l’été. En ce qui concerne l’emploi, la zone euro a retrouvé son niveau d’avant-crise dès le mois de septembre 2021. En revanche, les États-Unis restent en-deçà de ce niveau de 2 à 3 %. Les États européens ont privilégié le soutien aux emplois en jouant sur le chômage partiel quand les États-Unis ont opté pour une politique d’aide aux demandeurs d’emploi. Les licenciés du printemps 2020 n’ont pas tous repris, dans ce pays, le chemin du travail conduisant à une pénurie de main d’œuvre.

    Le rétablissement rapide des entreprises

    Dès la fin de l’année 2020, les résultats des entreprises ont dépassé leur niveau déjà élevé de 2019. Pour celles de la zone euro, il a fallu attendre le début de l’année 2021. Au mois de janvier 2022, les entreprises américaines enregistrent des résultats supérieurs de plus de 15 % à ceux de 2019. Au sein des pays occidentaux, et en France en particulier, le nombre de faillites est au plus bas. Les prêts garantis par l’État ont joué un rôle non négligeable en la matière. Ce rétablissement rapide obtenu grâce à un soutien sans faille des pouvoirs publics ne masque pas les stigmates de la crise.

    Des finances publiques en situation de profond déséquilibre

    Les déficits publics qui ne dépassaient pas 2 % du PIB avant la crise ont atteint plus de 12 % du PIB pour les pays de l’OCDE en 2020 avant de revenir autour de 6 % en 2021. La dette publique a augmenté par voie de conséquence, passant de 118 % à près de 140 % du PIB toujours pour les pays de l’OCDE. Cette augmentation est intervenue au moment même où de nombreux États occidentaux étaient déjà confrontés à des problèmes de dette publique (Italie, Grèce, voire États-Unis et France). Elle n’a pas de précédent en période de paix. Sa résorption suppose un effort budgétaire que peu de gouvernements sont disposés à imposer à leur population, ou le maintien de taux d’intérêt réels très faibles afin de garantir la solvabilité des États sur le long terme.

    Une augmentation déstabilisante de la masse monétaire

    La politique monétaire accommodante aboutit à une forte hausse de l’offre de monnaie, les banques centrales ayant monétisé les déficits publics pour en faciliter le financement et maintenir des taux d’intérêt à long terme bas. De 2019 à 2021, la base monétaire est passée de 15 000 à 25 000 milliards de dollars pour les pays de l’OCDE. De son côté, sur la même période, la monnaie détenue par les agents économiques (M2) est passée de 100 à 120 % du PIB. Les agents économiques ont augmenté leur effort d’épargne depuis le début de la crise en privilégiant les placements liquides de nature monétaire (comptes courants, livrets, etc.). La progression du volume de liquidités contribue à la hausse de la valeur de certains actifs. Depuis 2012, les indices « actions » des places financières de l’OCDE ont été multipliés par trois. L’indice américain S&P a été multiplié par quatre. En vingt ans, le prix de l’immobilier a été multiplié par 2,4 et de 20 % en moins de quatre ans.

    Un processus de rééquilibrage des portefeuilles est en cours, les agents économiques essayant de rééquilibrer la structure de leur richesse en achetant les différents actifs avec l’excès de monnaie qu’ils détiennent. Ce processus accentue la baisse des taux d’intérêt à long terme. Compte tenu du niveau négatif des taux d’intérêt réels, il peut perdurer quelques temps.

    Le retour de l’industrie

    Depuis une dizaine d’années, la demande en produits industriels progressait moins vite que celle en services, avec la crise sanitaire, une inversion est intervenue. Les besoins en équipements informatiques ont augmenté avec les confinements et l’essor du télétravail. Le recours croissant au commerce en ligne accroît cette demande. Les ménages souhaitent par ailleurs améliorer leur logement, ce qui conduit à un accroissement de la demande en biens durables. La transition énergétique, avec la nécessité de réaliser d’importantes infrastructures, est également consommatrice de biens d’équipement industriels. A contrario, les services restent pénalisés par les mesures sanitaires et la faible appétence des ménages.

    Fin 2021, la demande de biens au sein de l’OCDE était près de 15 % supérieure à son niveau de 2019 quand la demande de services a tout juste retrouvé son niveau d’avant-crise.

    Cette déformation de la demande explique les tensions sur les marchés de l’énergie et des matières premières. Elle occasionne des pénuries comme pour les microprocesseurs ou les conteneurs, ce qui conduit à des hausses des prix. Le prix du baril de pétrole Brent est passé de 17 à près de 90 dollars d’avril 2020 à janvier 2022 et le prix du cuivre a été multiplié par trois sur la même période, comme celui des microprocesseurs.

    À la recherche d’une nouvelle vie

    La crise sanitaire a modifié le quotidien de centaines de millions de personnes qui ont été contraintes d’arrêter de travailler ou de le faire à leur domicile. Elles ont dû faire l’école à la place des professeurs. Ces bouleversements ont laissé d’importantes traces. Le souhait de logements plus grands, plus ouverts sur la nature, s’est renforcé. La volonté de trouver des emplois moins pénibles, près du lieu d’habitation, est partagé par un nombre croissant d’actifs. Aux États-Unis, des jeunes, des seniors, des diplômés et des non-diplômés démissionnent en espérant trouver un emploi plus conforme à leurs attentes.

    Dans certains pays (États-Unis, Royaume-Uni), la crise sanitaire a conduit à un recul de l’offre de travail, certains salariés ayant décidé d’attendre avant de reprendre un emploi. Aux États-Unis, le taux de participation fin 2021 était inférieur de deux points à celui de 2019. Dans tous les pays, les salariés rejettent un certain type d’emplois (pénibles, à horaires atypiques, intermittents, etc.), ce qui fait apparaître de fortes difficultés d’embauche pour les entreprises des secteurs concernés (hôtellerie-restauration, construction, transports). Dans ces trois secteurs, l’emploi est en recul de plus de 10 % au sein de l’OCDE. Cette évolution des comportements des salariés conduit à un redressement du pouvoir de négociation des salariés, surtout aux États-Unis avec le recul de l’offre de travail, d’où une accélération des salaires. Outre-Atlantique, la hausse du salaire nominal atteint 4 % fin 2021.

    La course à l’innovation

    La crise sanitaire a mis l’accent sur le rôle clef des innovations. Les pouvoirs publics ont décidé d’augmenter les financements pour la recherche, que ce soit dans les domaines de la santé, de l’électronique, de l’énergie, etc. Les entreprises accélèrent également leurs programmes d’investissements dans la numérisation de leurs activités. Les dépenses totales de R&D de l’OCDE ont atteint 2,8 % du PIB, contre 2,6 % avant la crise et 2,1 % du PIB en 2002. Aux États-Unis, elles dépassent désormais 3,2 % du PIB. Les investissements dans les techniques de l’information et de la communication représentaient 4 % du PIB au sein de l’OCDE, contre 1,8 % en 2002.

    L’augmentation rapide des investissements pourrait aboutir à celle des gains de productivité et donc de la croissance potentielle. Depuis la crise des subprimes en 2008, les gains de productivité étaient très faibles, inférieurs à 1 %. Un rattrapage pourrait intervenir dans les prochaines années.

    Energie

    L’accélération de la transition énergétique

    Dans le cadre des plans de relance mis en œuvre par les gouvernements, la transition énergétique constitue une priorité. La prise de conscience des risques générés par la dégradation de l’environnement s’amplifie. Les pouvoirs publics profitent du relâchement de la rigueur budgétaire pour faire passer des projets coûteux.

    La transition énergétique nécessite un accroissement des investissements pour réaliser de nombreuses infrastructures (production d’énergies renouvelables, décarbonation de l’industrie, rénovation thermique des bâtiments et logements), de l’ordre de 4 points de PIB qui implique un effort d’épargne et, par voie de ricochet, une réduction de la consommation.

    La décarbonation de l’économie est source de hausse du prix de l’énergie avec le coût plus élevé des énergies renouvelables dû à l’intermittence de leur production.

    L’arlésienne n’en est plus une

    Depuis une dizaine d’années, les banques centrales de l’OCDE tentaient, par tous les moyens, d’obtenir une remontée de l’inflation autour de 2 %. Avec la crise sanitaire, la menace déflationniste a laissé la place à une résurgence de l’inflation. La désorganisation des chaînes d’approvisionnement, la déformation de la structure de production, le souhait des salariés de changer de vie créant des pénuries de main d’œuvre, la transition énergétique, le flot de liquidités déversé dans l’économie : tout concourt à une remontée des prix.

    Dans les derniers mois de 2021, l’inflation a atteint plus de 5 % au sein de l’OCDE et 7 % aux États-Unis.

    La crise sanitaire laissera de profondes traces au sein de l’économie mondiale. Avec l’arrêt du dopage monétaire et budgétaire, ces dernières pourraient apparaître encore plus nettement. L’épidémie pourrait amener des tensions sociales importantes alimentées par la reprise de l’inflation et une lassitude des opinions. Un resserrement des politiques monétaires pourrait provoquer des hausses de taux d’intérêt à long terme entraînant une instabilité financière plus importante.

  • Doragaïa, j’ai rétréci les Russes !

    Doragaïa, j’ai rétréci les Russes !

    Vladimir Poutine dut son ascension à un montage vidéo qui montrait le sosie d’un procureur menaçant pour Eltsine faire des galipettes avec des jeunettes. Le Procureur put être écarté, le clan Eltsine respira. Depuis ce succès, Vladimir reste convaincu que le bluff et le chantage fonctionnent. Conserver le pouvoir vingt ans et plus conforte ses certitudes. C’est pourtant un exploit assez banal chez ceux qui n’ont d’autre souci que d’éliminer la concurrence par la prison: Castro, Bongo, Kim il Sung, Eyadema, Franco, Moubarak, Mugabe et tant d’autres ont fait plus long. Tous ont affaibli leur pays parallèlement au renforcement du contrôle politique intérieur. Poutine est depuis plus de vingt ans au pouvoir (moins que Nazarbaiev, son cousin kazakh écarté), et la Russie, loin de se renforcer, s’affaiblit.

    L’industrie russe est obsolète

    Les Russes se sont beaucoup sacrifiés pour l’industrie. Celle-ci est obsolète. Les exportations russes reposent  à 60% sur le gaz et le pétrole. Le seul autre domaine d’exportation, les ventes d’armes, bénéficie d’un budget conséquent pour l’armée, sans rapport avec le PIB russe. Car le poids militaire et politique de la Russie est sans commune mesure avec son poids économique.

    La Russie n’est plus que la 11ème économie mondiale. Elle était encore la 8ème il y a sept ans. Son PIB, en 2020, était estimé à  1480 milliards de dollars, moins que l’Espagne et le Portugal réunis. Beaucoup moins que la France. La Russie, c’est 10% de l’économie chinoise, et cela se réduit chaque année.

    La population diminue

    Sa population diminue, malgré l’ajout de la population de la Crimée, et continuera de diminuer. D’ici la fin du siècle, la Russie aura perdu 20 millions d’habitants.

    La Russie dépend du gaz. La dépendance sans cesse répétée de l’Europe vis-à-vis du gaz russe (réelle, qu’il passe par l’Ukraine, la Pologne ou la Baltique) a pour contrepartie la dépendance de la Russie vis-à-vis de son client européen. 40% du budget fédéral dépend du gaz. Toute tension qui fait monter le prix du gaz et du pétrole sauve la Russie (et d’autres, comme les pays arabes et les Américains.)

    Tout ce qui trouble le doux commerce, notamment du pétrole, intéresse Poutine

    Voilà pourquoi Vladimir Poutine active partout les tensions au Moyen-Orient, en Ukraine, en Libye, ou au Mali. Tout ce qui trouble le doux commerce, notamment celui du pétrole, l’intéresse. On remarquera qu’il s’entend bien avec l’Iran, mais aussi avec l’Arabie saoudite. Avec la Syrie, mais aussi avec la Turquie. Avec l’Arménie mais aussi avec l’Azerbaïdjan. Et même avec Israël. De ce point de vue, Poutine est un pragmatique. Il sait jusqu’où ne pas aller trop loin.

    Pourtant à force, il a poussé trop loin, considérant l’Europe impotente et Biden affaibli. Et s’est découvert : la Russie ne peut pas envahir l’Ukraine parce qu’elle n’en a pas les moyens. Les sanctions brandies par les Américains et les Européens ne sont rien par rapport au désastre que serait une guerre longue et meurtrière en Ukraine. Ce sont les difficultés de l’Armée rouge en Afghanistan qui ont précipité la chute de l’URSS, et la victoire de la deuxième guerre de Tchétchénie qui a fait de Poutine le maître de la Russie. Une intervention de la Russie en Ukraine qui ne serait pas un succès militaire éclatant le menacerait personellement.

    Parce qu’à force d’agressions, Poutine a réduit l’aura de la Russie. Toutes les aspirations des populations du glacis russe attendent le dégel. La Géorgie est perdue depuis longtemps. A force de pressions (sur le gaz), d’humiliations et de gouvernements potiches, la Russie a perdu l’Ukraine. Il ne lui reste que la Crimée et le Donbass. Tout le reste a choisi l’Europe. Etonnant, alors que plus de 17% de la population ukrainienne a le russe comme langue maternelle. Même ces « Russes » préfèrent rester ukrainiens. L’agressivité russe a solidifié l’Ukraine.

    Idem en Biélorussie. Rarement dans l’histoire la Biélorussie a été indépendante. Elle a été polonaise, russe, mais biélorusse jamais. Elle le devient. Non seulement parce que Loukachenko s’oppose à tout mariage étatique avec la Russie, mais aussi parce que ses opposants, vraisemblablement plus de la moitié de la population, voient en la Russie et Poutine les partisans de leur oppression. Résultat : les Biélorusses ne veulent surtout pas des Russes.

    Le glacis russe espère un dégel

    Idem au Kazakhstan : les manifestations récentes (toujours liées au gaz) sont aussi des manifestations contre l’ami russe auquel Tokaïev a fait appel. Moyennant quoi les manifestants conspuent les Russes. A constituer son glacis par la force, Poutine accumule un réservoir d’hostilité, une banquise fragile.

    Installer un rapport de confiance avec les Européens lui aurait permis d’éloigner les Américains

    Poutine a donc réussi à diluer la Russie et sur le plan économique et sur la plan stratégique. Pouvait-il faire autrement ? Facilement. Contrairement à ce qu’il dit, il n’a pas été trompé par les Occidentaux. Ou alors il est stupide. Comment ne pas croire que les pays de l’Est, rejoignant l’Union européenne, ne seraient pas dans son alliance de fait ? Peu importe, in fine, que la Suède ou la Finlande n’adhèrent pas à l’Otan, ils sont, de fait, des alliés européens. Les Russes ont signé en 1997 (bien après l’engagement supposé de James Baker en 1990) l’acte de partenariat OTAN–Russie[1]. Que cet accord ait été décevant, c’est vrai. Ce que voulait la Russie, à l’époque, et ce qu’a raté Poutine, c’est l’installation d’un rapport de confiance avec les Européens, ce qui lui aurait permis d’éloigner les Américains. Etait-il possible d’intégrer les Russes dans l’OTAN, comme le regrette Baker aujourd’hui ? Ils ne le voulaient pas plus que les Américains.

    Le tour de force de Poutine, c’est d’avoir renforcé l’OTAN, d’avoir conforté les Américains comme maître du jeu de la sécurité en Europe. Aucune menace réelle ne pèse sur la Russie en Europe. Le bénéfice de frontières paisibles serait formidable pour la Russie, et pour l’Europe. Cela aurait permis à la Russie, seul pays asiatique de l’Europe, de jouer un jeu nouveau et important en Asie, ce qu’elle ne peut faire.

    Economiquement, Poutine aurait pu s’appuyer sur l’Europe. Rien qu’avec la France, les liens pourraient être amplifiés de façon spectaculaire : spatial, nucléaire, énergie: les compétences russes et françaises sont plus complémentaires que concurrentes. A tel point que la construction d’un avion commun fut un temps envisagé…

    On peut toujours incriminer les Européens, voire les Français de ne pas avoir été assez ouverts. La vérité oblige à dire que Poutine a fait une erreur stratégique: fidèle à la tradition de l’URSS de vouloir diviser l’Union européenne, il croyait trouver avec les Britanniques, Hongrois et quelques autres des « alliés » de l’intérieur. Sans voir que cela ne faisait que renforcer l’Union elle-même, et le poids des Américains. Il a cru jouer au plus fin avec Erdogan, le retirant de la « coalition occidentale ». Résultat : la Turquie s’est appauvrie et se retrouve encore plus dépendante de la Réserve fédérale américaine qu’elle ne l’était de l’UE.

    La Russie est le « pivot » de l’Eurasie. A ceci près que l’Eurasie n’existe pas

    L’option « occidentale » écartée, Poutine joue l’option « eurasiatique ». Belle idée sur une carte : la Russie est par la géographie le pivot de l’Eurasie. A ceci près que l’Eurasie n’existe pas. Il n’y rien de commun entre les cultures de l’Asie du sud-est et celles de l’Europe. Même si, on ne sait par quel miracle, une alliance se dessinait, appuyée sur le « rêve chinois » des « nouvelles routes de la soie », le maître en serait la Chine et non l’immense et faible Russie.

    La population diminue, l’armée se contracte, l’économie se concentre, le voisinage se raidit : la Russie, en un mot, rétrécit. Si cela continue, à vouloir jouer au dur avec les Occidentaux et au tendre avec les Chinois, elle finira par se faire avaler par le dragon du PCC, dans un long bâillement. Une autre route est-elle possible ? Puissent d’évidentes impasses obliger à ouvrir de nouvelles voies.


    [1] Cet accord historique signait la fin à la guerre froide, entérinait un premier élargissement de l’Otan, envisageait la Russie comme un partenaire de l’OTAN. Une excellente idée, qui supposait, comme le voulait la France, une transformation de l’OTAN, avec un pilier européen.

  • Les candidats à l’élection présidentielle 2022 et le nucléaire !

    Les candidats à l’élection présidentielle 2022 et le nucléaire !

    Pour ce premier bulletin d’information pour les Français établis hors de France dédié à l’élection présidentielle, nous vous proposons un dossier réaliser avec Julie Roussel de l’Agence France Electricité. Où qu’on soit dans le monde, le coût de l’énergie explose et la transition énergétique patine. Les prochaines années seront cruciales tant pour pouvoir se chauffer ou voyager que pour préserver notre écosystème. Ensemble, intéressons-nous à la position des principaux candidats.

    Pourquoi la question du nucléaire divise-t-elle autant ?

    Vu comme une bombe à retardement par certains, comme une solution d’avenir non-polluante pour d’autres, le secteur du nucléaire divise la classe politique française. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés aux différentes propositions des candidats aux élections présidentielles de 2022 en matière de nucléaire.

    Le débat peut porter sur la défense ou non des milliers d’emplois que cette industrie génère. D’autres fois, certain·e·s politiques contestent le bilan carbone du nucléaire, par le transport et l’exploitation des métaux lourds et dénoncent le manque de sécurité des installations en invoquant les nombreuses catastrophes passées.

    Au contraire, les candidat·e·s assurent les progrès techniques en matière de sécurité et soutiennent que le nucléaire est la seule énergie capable de se conformer aux exigences écologiques en termes d’émission de CO2.

    D’un point de vue économique, la crise énergétique mondiale que nous traversons remet la question du nucléaire au centre du débat politique. Le coût de l’électricité s’envole et inquiète plus que jamais les ménages.

    Pour les besoins de cet article, nous traiterons ici des candidats présumés, bien qu’ils et elles ne se soient pas encore officiellement présentés ou n’aient pas rassemblé les fameuses 500 signatures.

    Carte des centrales nucléaires en France en 2021

    Qui défend le maintien du nucléaire et son développement ? 

    Celles et ceux qui défendent le nucléaire : 

    Valérie Pécresse LR, Emmanuel Macron LREM, Marine Le Pen RN, Éric Zemmour et Fabien Roussel PCF.

    Emmanuel Macron soutient le nucléaire

    La position du président sortant Emmanuel Macron a un peu évolué au fil du temps. Si en 2017, il ne se prononçait pas clairement et semblait vouloir emprunter le chemin de la sortie du nucléaire et suivre un mouvement initié par Angela Merkel, dans le contexte de crise énergétique que l’on connaît aujourd’hui, le président ne cache plus son soutien entier à cette industrie.

    Valérie Pécresse veut un nouveau réacteur

    Rien de nouveau chez Valérie Pécresse puisque celle-ci reprend la position unanime des candidats à la primaire LR. Le parti de droite défend une fois de plus le maintien et le développement de l’énergie nucléaire sur le territoire français.
    Cette conviction ne date pas d’hier puisqu’elle se réfère directement à l’ambition de De Gaulle, faire de la France le territoire européen du nucléaire. La candidate promet même la construction de 6 nouveaux EPR et la relance d’un nouveau réacteur dit de 4e génération. De son point de vue, le nucléaire serait la meilleure et la seule réponse valable pour lutter contre le réchauffement climatique.

    Une extrême droite unie face à l’écologie

    À l’extrême droite, où l’on a pour habitude de rejeter le sujet de l’écologie, voire de l’existence même d’une urgence climatique quelle qu’elle soit, la question du nucléaire fait encore moins débat.
    Qu’il s’agisse d’Éric Zemmour ou de Marine Le Pen, les deux souhaitent, au plus vite, la construction de nombreux EPR répartis dans toute la France et voient le nucléaire comme la seule énergie d’avenir et comme un secteur économique et professionnel infaillible.

    Un PCF à contre courant

    À gauche cette fois, Fabien Roussel, à la tête du Parti communiste, s’est prononcé favorable au maintien du nucléaire. S’il est loin de faire l’unanimité dans son propre camp, la ligne du PCF reste tout de même constante par rapport aux dernières élections.

    Pour lui, il faut d’abord préserver l’emploi et le modèle économique. Le nucléaire répondrait même parfaitement, à ses yeux, à l’urgence climatique puisqu’ayant un faible bilan carbone.

    Qui souhaite abandonner le nucléaire ?

    Ceux qui souhaitent sortir du nucléaire : 

    Jean-Luc Mélenchon LFI, Yannick Jadot LV, Philippe Poutou NPA
    Dans le camp des opposants fermes au maintien du nucléaire, on retrouve les deux candidats de gauche ayant le meilleur score dans les sondages en ce mois de janvier 2022, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon.

    Une sortie rapide pour Mélenchon

    Pour le chef de la France Insoumise, il faut stopper net le chantier des nouveaux EPR et sortir au plus vite du nucléaire. Le gagnant de la primaire des verts, lui, projette une sortie douce de cette énergie sur une période de 20 ans.
    Mélenchon considère que personne n’est à même de contenir l’énergie nucléaire lorsque celle-ci se déploie lors d’une catastrophe. De même l’enfouissement des déchets nucléaires ne serait pas une solution viable à long terme et risquerait d’endommager les sols puisqu’il n’existe encore aucun moyen de s’en débarrasser proprement ou mieux encore, de les recycler.

    Pour Jadot, une sortie douce est inévitable

    Yannick Jadot, s’il rejoint les constats de la FI, ajoute que l’énergie nucléaire aurait un coût de très loin supérieur aux énergies renouvelables. Pour lui, le budget alloué au nucléaire serait beaucoup trop important pour un retour sur investissement très pauvre.
    Il en veut pour preuve les chantiers des EPR en cours qui sont interminables et de plus en plus coûteux alors que l’investissement dans le renouvelable peine à satisfaire les besoins et les capacités des installations. La situation actuelle donne plutôt raison à ce constat si l’on se fie aux prix actuels du kWh.

    Le NPA, historiquement anti nucléaire

    Dans les plus radicalement opposés au maintien du nucléaire, on compte également Philippe Poutou, qui exige une sortie en dix ans maximum. Depuis plusieurs années, on retrouve régulièrement le NPA dans les différentes manifestations anti-nucléaires qui émergent à travers le pays.

    Qui n’a pas de position claire sur le sujet

    Celles et ceux qui hésitent : 

    Nathalie Arthaud LO, Anne Hidalgo PS.

    Pour Lutte Ouvrière, l’emploi d’abord

    Nathalie Arthaud reste, elle, sur la ligne qu’est celle de Lutte Ouvrière depuis maintenant dix ans. La lutte anticapitaliste doit prévaloir sur le combat contre le nucléaire. Au regard des milliers d’emplois générés par l’industrie, les partisans de Lutte Ouvrière ne voient pas la sortie du nucléaire comme une urgence absolue, mais comme une étape secondaire d’un changement plus large.

    Si la situation est, à leurs yeux, bel et bien urgente, il faudra d’abord passer par une refonte complète de notre système économique avant de décider si oui ou non, le maintien du nucléaire est nécessaire.

    Le PS toujours hésitant

    Au PS, Anne Hidalgo considère que la sortie du nucléaire ne devra se faire que lorsqu’une alternative suffisante sera mise en place. Défavorable à la décroissance et à la politique écologique d’urgence, cette dernière préconise une transition lente sans délai imposé. De son côté, Christiane Taubira ne s’est pas encore fait entendre de manière claire et précise sur la question.
    À l’instar des partis de droite, Roussel, Hidalgo et Arthaud défendent également la souveraineté énergétique et économique permise par le nucléaire. L’exemple cité est bien sûr l’Allemagne qui, pour sortir définitivement de sa dépendance au nucléaire, doit parfois consommer l’électricité des pays voisins.

    Que pensent les Français ?

    D’après plusieurs sondages commandés par l’IFOP, l’institut de radioprotection et de sûreté du nucléaire ou encore par EDF les Français·e·s sont divisé·e·s en deux parties égales sur le sujet. Que la question porte sur la construction de nouvelles centrales ou simplement sur le maintien de l’énergie à l’échelle nationale, on compte environ une moitié pour et une moitié contre. Pour plus d’informations sur le sondage IFOP en partenariat avec le JDD, cliquez ici.

    C’est une évolution importante si l’on fait la comparaison avec les années 1990 où un tiers seulement des Français·e·s considérait le nucléaire comme une bonne chose pour le pays. On note alors que la position des candidats n’est pas complètement représentative de l’opinion publique puisque les opposants au maintien de l’énergie ne récolteraient, à eux trois, qu’un quart à peine des suffrages.

    On remarque toutefois qu’à l’exception de Fabien Roussel, la frontière tracée par la division sur le nucléaire se situe, une fois n’est pas coutume, entre la gauche et la droite. Rien d’étonnant à cela puisque l’on a d’un côté une posture conservatrice à qui l’on reproche des risques ignorés et, de l’autre, la promesse d’un changement radical qui effraie par son issue incertaine.

    Cependant, l’opinion a tendance à évoluer rapidement avec la crise énergétique actuelle. Le nucléaire est montré du doigt pour son coût et malgré les initiatives gouvernementales pour maintenir le tarif réglementé au plus bas, la confiance des ménages envers le nucléaire est mise à mal.

    L’enjeu du nucléaire est basé sur un nombre considérable d’incertitudes. Une énergie sera-t-elle en mesure de remplacer le nucléaire ? Est-il seulement souhaitable de la remplacer pour maintenir notre consommation énergétique ? Quand cela sera-t-il possible ? Les centrales seront-elles à risque à cause du réchauffement climatique ? Et bien d’autres encore.

    Les avis sont basés sur des prévisions qui divisent même les plus grand·e·s spécialistes du sujet. Il appartient donc à chacun·e de déterminer les intérêts défendus par celles et ceux qui s’expriment afin de se forger une opinion.

    Sources :

  • La Chandeleur en France et dans le monde

    La Chandeleur en France et dans le monde

    En France, nous fêtons la Chandeleur le 2 février en dégustant de délicieuses crêpes. Une tradition que nous partageons sous de nombreuses formes avec de nombreux pays à travers le globe. Le saviez-vous, cette fête chrétienne est en fait inspirée de festivités païennes. Et même si la crêpe ne fait pas toujours partie du décorum, chaque pays propose sa propre spécialité gourmande. Embarquez pour un tour du monde des Chandeleurs !

    Des débuts incertains…

    Les racines de cette célébration semblent remonter au Vème siècle, avec les premiers chrétiens. Dans les faits, des fêtes païennes existaient déjà pour célébrer le retour du soleil sous la forme… d’une crêpe. Ces réunions furent souvent l’occasion d’une ode à la fertilité avec son lot de superstitions et ainsi l’apparition du fameux envoi de la crêpe dans les airs. Le nom en revanche est bien lié à la religion puisqu’il s’agit au départ d’allumer des chandelles pour l’arrivée des pèlerins à Rome. Le pape aurait eu ainsi l’idée d’offrir des galettes aux nouveaux arrivants afin qu’ils se nourrissent de blé (et de lumière). Ailleurs dans le monde, il est question aussi de fertilité et de célébrer les premières semences avec les retours des beaux jours. On embarque…

    El Día de la Candelaria au Mexique, le jour des tamales

    Au Mexique, les célébrations religieuses sont une affaire sérieuse. Le 2 février est un jour férié au Mexique, et celui qui trouve la fève le jour des rois doit ensuite organiser la Chandeleur. Ainsi, le jour de la chandeleur, ou Día de la Candelaria, les Mexicains se réunissent pour déguster des tamales. Il s’agit de petits pains de maïs cuits à la vapeur dans des feuilles, garnis d’une farce qui peut être sucrée ou salée. Une spécialité datant de l’époque précolombienne. Les Mexicains célèbrent aussi le jour de la Chandeleur en habillant de vêtements chics des poupées de l’enfant Jésus avant de les apporter pour la messe en vue d’une bénédiction. 

    Le jour de la marmotte en Amérique du Nord et ses pancakes

    Aux États-Unis et au Canada, on célèbre le jour de la marmotte en ce début de mois de février ! En effet, le réveil des marmottes y est très attendu. La croyance veut que, selon la façon de se mouvoir de la marmotte au sortir de son hibernation, l’hiver touche ou non bientôt à sa fin. Ainsi, si la marmotte bondit hors de son terrier sans voir son ombre, cela signifie que le printemps est proche. Autre différence notable, la crêpe gagne ici beaucoup en épaisseur et en moelleux, remplacée par le pancake. On déguste ce dernier bien chaud et recouvert de sirop d’érable.

    Le Liichtmëssdag au Luxembourg

    Au Luxembourg, la Chandeleur ou Liichtmëssdag, est entièrement dédiée aux enfants et célébrée dans son sens le plus littéral. En effet, la fête des chandelles y est marquée par des processions d’écoliers parcourant leur quartier munis de lanternes colorées. Ces lanternes faites mains et fabriquées en classe ou à la crèche, sont ainsi appelées Liichtebengelcher. Le 2 février, les écoliers vont ainsi quémander à leurs voisins des sucreries ou de l’argent, tout en chantant des airs traditionnels. 

    Le pancake day en Angleterre

    Les fêtes anglaises ne se tiennent pas à proprement parler le 2 février, mais avoisinent cette date. Ainsi, le début du mois est marqué par la célébration du Pancake Day, ou mardi gras. Une journée qui, suivant la tradition, est marquée par les pancakes races, entendez une course aux crêpes ! Les participants doivent alors courir le plus rapidement possible tout en faisant sauter leur crêpe. Bien évidemment, le but est d’éviter de la faire tomber. Cette tradition atypique est surtout observée à Londres, où même les politiciens prennent part au jeu afin de récolter des fonds caritatifs. Quel que soit le pays où elle est célébrée, et les traditions qui l’accompagnent, la chandeleur ne manque finalement jamais de gourmandise !

  • Boris Johnson solde l’héritage de l’UE

    Boris Johnson solde l’héritage de l’UE

    Le Premier ministre britannique Boris Johnson a annoncé lundi (31 janvier) un projet de loi pour tourner plus vite la page des législations héritées de l’Union européenne, deux ans après un Brexit dont les bénéfices tardent à se concrétiser.

    Aujourd’hui en position extrêmement délicate à cause d’un scandale de fêtes organisées à Downing Street sous confinement, le dirigeant conservateur de 57 ans veut convaincre des vertus du Brexit, dont la réalisation après des années de paralysie politique post-référendum a été la clé de son triomphe électoral en décembre 2019.

    Ce nouveau projet de loi « libertés du Brexit » (Brexit Freedoms) vise à faciliter le processus déjà en cours pour modifier ou abandonner et remplacer les lois héritées de l’Union européenne.

    Selon le gouvernement, ces réformes vont permettre de faire économiser un milliard de livres sterling (1,2 milliard d’euros) aux entreprises britanniques en « paperasserie » et « fardeau réglementaire ».

    Mais nombre de ces entreprises se plaignent des obstacles créés par le Brexit. Selon une enquête du secteur manufacturier britannique publiée récemment, deux tiers des entreprises interrogées estiment que le Brexit a entravé, à des degrés divers, leur activité. La moitié d’entre elles craignent d’être confrontées à de nouvelles difficultés cette année, avec la pleine entrée en vigueur des contrôles douaniers.

    Saluant le Brexit comme « un moment historique et le début d’un nouveau chapitre enthousiasmant pour notre pays », le Premier ministre Boris Johnson affirme dans un communiqué que son projet de loi permettra de « libérer encore les avantages du Brexit et faire en sorte que les entreprises puissent dépenser davantage de leur argent pour investir, innover et créer des emplois »

    Boris Johnson lors d’une fête à Downing Street alors que le pays était sous restriction. Fête qui a suscité le scandale et qui met aujourd’hui le premier ministre dans la tourmente.

    Loin de partager cet enthousiasme, le gouvernement écossais (indépendantiste) exhorte Londres à résoudre les problèmes auxquels le secteur de l’alimentation est confronté : manque de main-d’œuvre et paperasse.

    « Depuis deux ans, le Brexit a échoué à apporter le moindre bénéfice aux populations écossaises rurales », a déclaré la ministre chargée de ce dossier au gouvernement local, Mairi Gougeon, dans un communiqué.

    Face aux pénuries de main-d’œuvre, le gouvernement écossais demande des visas de deux ans et affirme que les 30 000 visas pour les travailleurs saisonniers annoncés fin décembre par le gouvernement britannique sont bien loin des 55 700 jugés nécessaires par les syndicats du secteur en Grande-Bretagne.