France 2030 : relance du nucléaire

France 2030 : relance du nucléaire

Le chef de l’Etat a présenté ce mardi un plan de dizaines de milliards d’euros pour développer des technologies d’avenir dans la prochaine décennie. Une manière de se placer au-dessus de la mêlée dans le débat qui oppose pro et anti-nucléaire pour 2022.

Un modernisateur vert. Dans la salle des fêtes de l’Élysée ce mardi, le chef de l’Etat dévoila son plan d’investissement baptisé “France 2030” devant un parterre de personnalités politiques et de la société civile, dont des étudiants et des chefs d’entreprises. L’objectif: investir 30 à 50 milliards d’euros sur cinq ans dans des technologies d’avenir, dont une bonne partie sera fléchée vers la transition écologique. Le nucléaire, l’hydrogène, l’avion bas carbone, ou encore les petits réacteurs nucléaires font pleinement partie de ce pari sur le futur.

Début de campagne électorale ?

Un plan en forme d’entrée en campagne, pour celui qui n’a pas encore officialisé sa candidature à sa propre succession.

“C’est déjà la campagne, on s’apprête à assister à un vrai discours électoral”

le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin

A six mois de l’élection présidentielle, et en pleine crise sur le coût de l’énergie, Emmanuel Macron se projette déjà dans l’après-2022. L’un des derniers actes de son mandat donne à voir le ton de sa campagne: une image de réformateur, aux chantiers à poursuivre, face à des candidats qui déplorent le “déclin” de la France. Cette enveloppe de dizaines de milliards vient en complément du plan de relance de 100 milliards d’euros lancé en 2020.

De nouveaux petits réacteurs

Verdir tout en ré-industrialisant, tel est l’exercice d’équilibriste qu’Emmanuel Macron s’apprête à mener.

“On tient à une approche équilibrée à LaREM. Et ce, contrairement à des oppositions qui sont soit à droite pro-nucléaire, mais avec un discours anti-renouvelable complètement daté et passéiste, soit à l’extrême-gauche, anti-nucléaire, avec un discours irresponsable pour la sécurité d’approvisionnement de la France”

le député de l’Isère Jean-Charles Colas-Roy, référent en charge de la transition écologique de LaREM,
Projet français de mini-réacteur nucléaire

Face à la droite et à l’extrême droite, qui, de Valérie Pécresse à Xavier Bertrand, en passant par le probable candidat Éric Zemmour, redéclarent leur flamme au nucléaire ces dernières semaines, le Président en profite pour marquer des points.

Et pour se démarquer sur un thème de campagne régalien, Emmanuel Macron veut miser sur les SMR (Small modular reactors), ces petits réacteurs nucléaires qui ont l’avantage d’être faciles à construire et à entretenir, mais ont l’inconvénient de ne pas encore exister. Ce pourrait être le cas en France d’ici une décennie. Américains, Chinois, Russes et Français travaillent sur cette technologie depuis plusieurs années.

“Ce n’est pas très courageux”, estime Julien Aubert, le député Les Républicains du Vaucluse, auprès de BFMTV.com.

“Parler du SMR permet d’évoquer le nucléaire en contournant le vrai sujet qui est l’EPR”, pointe-t-il. Dans la Manche, l’EPR de Flamanville souffre de lourds retards de chantier, avec une mise en service prévue pour 2023 contre… 2012 et des coûts toujours plus importants.

Ainsi, le chef d’Etat envoie des gages à la droite pro-nucléaire en jouant la carte de la nouveauté technologique. Et ce, peu importe les frais engagés. Dès septembre, Xavier Bertrand accusait le chef de l’État de faire “campagne avec le chéquier de la France”, tandis que Valérie Pécresse lui reprochait fin septembre de “cramer la caisse”.

Maîtriser les dépenses énergétiques

Du côté des écologistes, on estime que le gouvernement se trompe de combat. “C’est la vision française habituelle et passéiste de dire que la technologie et le nucléaire sauveront le pays”, fustige le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, qualifiant cette tendance de “fuite en avant.”

“Le gouvernement oublie à chaque fois un thème: la sobriété énergétique”, regrette ce soutien de Yannick Jadot, le candidat écologiste à la présidentielle.

Selon lui, il faudrait flécher davantage les dépenses en matière de baisse de rénovation énergétique ou encore d’alternatives à la voiture.

“Moi, je suis anti-nucléaire parce qu’un réacteur, ça peut nous péter à la figure, rappelons-nous Fukushima”, a déclaré Yannick Jadot sur Franceinfo ce lundi matin. L’eurodéputé EE-LV a promis, s’il accède à l’Elysée, que la France sortirait du nucléaire “en 20 ans”, affirmant ne pas être bloqué sur cette date.

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