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  • Bonnes nouvelles pour les expatriés… Et les autres !

    Bonnes nouvelles pour les expatriés… Et les autres !

    Les beaux jours s’annoncent, l’espoir revient, sur tous les fronts, notamment pour les expatriés. 

    Excellente nouvelle : Le Conseil d’Etat a annulé le décret qui imposait des « motifs impérieux » au retour des Français établis hors de France, hors Union Européenne, considérant qu’il y avait là « une atteinte disproportionnée au droit fondamental qu’a tout Français d’accéder au territoire national ». La Convention Européenne des Droits de l’Homme garantit ce droit au retour de façon explicite : «  Nul ne peut être privé du droit d’entrer sur le territoire de l’Etat dont il est le ressortissant ». La liste des « motifs impérieux » devient indicative.

    Une ouverture pour les familles

    Dans son élan, le juge ne considère plus les tests PCR comme une obligation absolue pour entrer en France lorsque la réalisation d’un tel test est matériellement impossible. Bien sûr, il risque d’y avoir des interprétations abusives de tel ou tel contrôleur, et il est conseillé d’être prudent et de se munir de justificatifs : la décision est une suspension, en référé, c’est-à-dire provisoire. 

    Il n’empêche que c’est une belle victoire, pour l’UFE, qui a déposé ce premier recours, pour les élus et avocats qui ont porté ce combat. Espérons que le gouvernement -sur ce sujet comme sur d’autres, si l’on prend le temps de lire les Avis de l’Assemblée des Français de l’Etranger- en tirera des enseignements positifs. Mais en ce retour des bonnes ondes, on ne parlera pas des déceptions et des insuffisances. 

    Une victoire du droit

    La décision du Conseil d’Etat est une bonne nouvelle pour tant de Français qui n’ont pas pu voir leur famille depuis si longtemps. C’est aussi une bonne nouvelle pour le retour du droit, plus que malmené ces derniers temps. Toucher aux libertés fondamentales est une mauvaise habitude qui dure depuis trop longtemps, dans laquelle les autorités s’installent et à laquelle les citoyens se résignent. Il était temps que le Conseil d’Etat rappelle les bases élémentaires des droits des citoyens. Qu’il continue, car on attend la décision au fond.

    Bonne nouvelle aussi sur le front de la pandémie. Les variants menacent, les vaccins préviennent. Six sont déjà administrés dans le monde, quatre validés pour les pays européens. Les campagnes de vaccination fonctionnent dans de nombreux pays : Israël a réalisé un tour de force, qui démontre que la vaccination en un court laps de temps de la population est possible. Les Etats-Unis, sur ce chemin, montrent que leur objectif de cent millions d’Américains vaccinés dans les trois mois est réaliste. Le Royaume-Uni, durement touché, va pouvoir reprendre une vie normale, avant tout le monde en Europe. Une leçon dont il faut s’instruire. 

    La vaccination en action 

    Et la France ? Ce n’est pas encore un succès, mais le retard commence à être rattrapé. On peut dire qu’à ce rythme on y sera encore à l’automne. C’est vrai. Mais rien n’empêche, selon l’exemple d’autres pays, d’accélérer le rythme. On s’empêtre dans le débat de savoir si la vaccination doit être obligatoire. Vacciner ceux qui le veulent est déjà un défi !

    Bonne nouvelle enfin pour l’économie. Avec la vaccination, surtout avec le plan de relance de Joe Biden, les Etats-Unis redeviennent la locomotive économique du monde : 1400$ pour chaque américain dont les revenus sont inférieurs à 80.000$, soit 67.000€. En dessous de 5580€ par mois, on  reçoit une aide. En France, on estime que l’on est riche à 4000 €… Pour les couples, le seuil est à 125.000 par an. En dessous de 10.000 euros par mois, vous recevrez un chèque. Directement, dans la poche, foin de la bureaucratie. Elle est pas belle l’Amérique ? 

    Cela relativise notre richesse, et celle des Chinois, même si ce sont ces derniers qui vont en profiter en exportant toujours plus. Ce n’est qu’un volet du plan de relance : 400 milliards sur 1900 M$! Ceux qui parient contre l’Amérique n’ont pas gagné.

    L’économie repart 

    L’économie mondiale va donc repartir, en tout cas aux Etats-Unis, en Asie, et plus lentement, en Europe. Mais les prévisions (si la campagne de vaccination s’amplifie) sont optimistes : La croissance en France pourrait atteindre plus de 5%. On reviendra donc petit à petit au niveau d’avant la crise. Est-ce suffisant ? Non, car on prévoit aussi chômage en hausse, faillites, endettement de l’Etat et des entreprises. Il faut profiter du rebond pour investir sur l’avenir. 

    C’est quoi l’avenir ? L’éducation, la force du droit, la capacité à réagir, à innover, à s’adapter, la prise en compte du monde qui nous entoure, de plus en plus  imbriqué dans les vies quotidiennes.

    Encore une bonne nouvelle : le patron de TV5 a été honoré par ses pairs d’un Laurier d’or. L’offre de fiction française décolle à l’étranger. L’information aussi. Bon signe pour l’information, la création et la « diplomatie  d’influence ».

    La Francophonie convertit ses locuteurs 

    Dernière bonne nouvelle : la semaine de la langue française commence. Voici un héritage du colonialisme qui n’est pas déboulonnée ! Entendre la Secrétaire générale de l’OIF intervenir au Conseil des droits de l’homme de l’ONU au nom de la Francophonie, de « ses valeurs en partage », rappelle qu’une langue véhicule en effet des valeurs, et permet de penser différemment. Comme l’actuelle Secrétaire générale était la ministre d’un Chef d’Etat qui, toujours réélu à plus de 95%, supprima le Français des écoles, on ne peut que se réjouir de cette conversion. La langue française, voici une bonne nouvelle ! 

    300 millions de francophones, et 316.000 lecteurs de lesfrancais.press, voilà une marge de progression formidable ! Que des bonnes nouvelles.

  • Le Royaume-Uni repousse à nouveau de six mois les contrôles douaniers sur les importations de l’UE

    Le Royaume-Uni repousse à nouveau de six mois les contrôles douaniers sur les importations de l’UE

    Jeudi 11 mars, le Royaume-Uni a cédé à la pression des entreprises en reportant une nouvelle fois de six mois, jusqu’en janvier 2022, les contrôles douaniers sur les importations en provenance de l’UE et d’ailleurs.

    Pas de procédure avant janvier 2022

    Cette mesure, qui constitue le deuxième report de six mois accordé par le gouvernement britannique, signifie que les procédures douanières pour certaines importations ne seront pas requises avant janvier 2022.

    La certification des produits d’origine animale, tels que le lait et la viande, sera exigée à partir d’octobre, et des inspections en personne seront effectuées.

    Les déclarations en douane pour toutes les marchandises standard seront nécessaires à partir de janvier 2022. Cette mesure devrait alléger la charge des commerçants opérant entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, mais elle met en évidence les différentes approches adoptées par les deux parties en matière de contrôles douaniers.

    Les contrôles douaniers des deux côtés étaient censés entrer en vigueur lorsque le Royaume-Uni a quitté le marché unique de l’UE le 1er janvier. L’UE a imposé des contrôles douaniers complets à la frontière depuis janvier, comme prévu.

    « les perturbations causées par le COVID ont duré plus longtemps et ont été plus profondes que nous ne l’avions prévu », ajoutant que « nous avons écouté les entreprises qui ont fait valoir qu’elles avaient besoin de plus de temps pour se préparer ».

    Michael Gove, ministre du Cabinet, devant les législateurs britanniques

    Des risques de pénurie

    Andrew Opie, porte-parole du British Retail Consortium, un groupe de pression de l’industrie, a déclaré que sans un délai, les consommateurs « auraient pu voir des rayons vides pour certains produits ».

    Son collègue David Frost, responsable des relations avec l’UE, a déclaré que les prolongations donneraient aux commerçants le temps de se concentrer sur la reprise de leurs activités alors que l’économie s’ouvre après une année difficile.

    « Nous sommes convaincus que ce nouveau calendrier permettra aux entreprises d’importation de rétablir leurs accords commerciaux après une période difficile due au coronavirus, de la manière la plus simple et la plus légère possible », a-t-il ajouté.

    Cependant, Jack Dromey, ministre « fantôme » travailliste du Cabinet, a déclaré que la dernière prolongation du gouvernement « sent le manque de préparation et l’incompétence ».

    « Ils ont eu des années pour se préparer à cela, mais ils ne peuvent s’empêcher de manquer leurs propres échéances », a-t-il ajouté.

    Le gouvernement de Boris Johnson a également provoqué un nouveau conflit avec l’UE après avoir prolongé unilatéralement les délais de grâce sur les contrôles douaniers pour les marchandises voyageant vers l’Irlande du Nord, ce qui a incité l’UE à menacer d’une action en justice.

    Entre-temps, le gouvernement britannique a déclaré que les volumes globaux de fret entre le Royaume-Uni et l’UE ont rebondi après ce qu’il a décrit comme « une baisse attendue en janvier en raison des restrictions de Covid-19, des stocks d’avant janvier et de quelques problèmes initiaux d’adaptation des entreprises aux nouvelles règles du commerce avec l’UE ».

    Il a ajouté que « les volumes globaux de fret entre le Royaume-Uni et l’UE sont revenus à leur niveau normal depuis le début du mois de février ».

    Début février, l’association britannique des transporteurs routiers a indiqué que les exportations vers l’UE avaient chuté de deux tiers au cours du premier mois du nouvel accord commercial entre le Royaume-Uni et l’UE.

  • Le Conseil d’Etat annule les restrictions aux frontières

    Le Conseil d’Etat annule les restrictions aux frontières

    En début de semaine, nous faisions le point avec vous sur 6 procédures devant le Conseil d’Etat français contre les restrictions aux frontières décidées le 30 janvier 2021 par le Premier Ministre Jean-Castex.

    Comme nous l’avions annoncé, le Conseil d’Etat a remis son premier jugement cette semaine. Ce vendredi soir, deux arrêts ont été publiés.

    Une entrave au droit au retour

    Les juges n’ont pas statué sur le bien-fondé ou non de la mesure sous l’angle sanitaire. Mais dans le cadre de la procédure référé-liberté, ils se sont intéressés aux droits des Français et en particulier à ceux des expatriés.

    Pierre Ciric, un des avocats (basé à New-York) à l’origine des procédures en cours, argumentait dans les documents, remis à la juridiction, sur les conséquences du décret de Jean Castex contre le droit fondamental des Français à accéder au territoire national à tout moment et sans contrainte, le fameux droit au retour.

    S’agissant des Français rentrant des pays extra-européens qui sont soumis à ces restrictions, le juge des référés a constaté lors de son enquête que la mesure n’empêche qu’un nombre de déplacements très réduit par rapport au nombre total d’entrées sur le territoire métropolitain en provenance de l’étranger. 

    En conséquence, le juge des référés en a déduit, dans son premier arrêt, que l’exigence d’un motif impérieux pour de tels déplacements porte une atteinte disproportionnée au droit fondamental qu’a tout Français d’accéder au territoire national. Il suspend donc cette mesure.

    Les Tests PCR, oui si possible

    En plus des motifs impérieux qui s’appliquent aux Français hors de l’Union européenne, une autre disposition s’applique elle à tous ! le Test PCR négatif, à réaliser dans les 72h avant l’arrivée, était aussi une condition obligatoire pour accéder au territoire national.

    Mais voilà, les laboratoires sont surchargés, souvent onéreux, pas toujours remboursés, voir non disponibles pour les voyages. Une inégalité que le Conseil d’Etat a aussi voulu corriger.

    Le même juge des référés a précisé dans son arrêt que l’exigence d’un test PCR de moins de 72 heures ne peut conduire à refuser l’embarquement lorsque la réalisation d’un test préalable s’avère matériellement impossible. De fait, le test devient donc conseillé mais non obligatoire.

    Plus d’obligation mais des indications

    Enfin le juge précise, dans son second arrêt, la conséquence globale et immédiate de ses décisions. Désormais la liste des motifs impérieux et des justificatifs à fournir présentée par le ministère de l’Intérieur est simplement indicative.

  • Marc Villard, bilan et perspectives pour l’AFE

    Marc Villard, bilan et perspectives pour l’AFE

    La 34 ème session de l’Assemblée des Français de l’étranger vient de se conclure, l’occasion pour lesfrancais.press d’interviewer Marc Villard, l’actuel Président de l’Assemblée des Français de l’étranger et candidat à sa succession pour un troisième mandat.

    Un ancrage au Vietnam

    Conseiller consulaire pour la circonscription « Asie et Océanie », il est aussi Conseiller du commerce extérieur de la France au Vietnam. Marc Villard dirige à Hô Chi Minh-Ville, où il réside en ce moment, l’entreprise Thuy Duong, une société d’import et de distribution de produits cosmétiques européens. 

    Un mandat marqué par la Pandémie

    Mathieu Hutin reviendra avec Marc Villard sur la pandémie qui a marqué les deux dernières années d’un mandat, prolongé d’un an pour tous les conseillers consulaires.

    L’Assemblée des Français de l’étranger s’est particulièrement mobilisée enrichissant les propositions gouvernementales du retour d’expérience dans différents pays des élus locaux des Français de l’étranger.

    Une session 100% virtuelle

    Particularité de cette dernière session, elle fût à 100% réalisée en ligne. Sur 4 continents, sous 24 fuseaux horaires, l’Assemblée des Français a conclut ses travaux en visioconférence comme elle avait commencé à le faire dès la sessions précédente pour un budget total de 100 000 euros.

    Une autonomie relative

    Budget que l’AFE ne contrôle pas. Mathieu Hutin interroge son président sur les relations entre l’organe politique des Français de l’étranger et la Direction des Français de l’étranger dépendant de l’exécutif.

    Un avenir à écrire ?

    Si les élus ne parlent pas de suppression, l’idée d’une évolution de la vénérable institution s’impose petit à petit. A quelques mois de l’élection de 6 sénateurs des Français de l’étranger, des outsiders pourraient proposer une solution innovante profitant de l’essor des nouveaux moyens de télécommunication, et rafler la mise auprès des Conseillers des Français de l’Etranger. Marc Villard partage avec vous sa vision pour les prochaines années.

    Les élections consulaires

    Mathieu Hutin évoquera avec Marc Villard, les élections consulaires du 29 et 30 mai 2021. Elles seront suivies cet été, par l’élection des conseillers « AFE », des « super conseillers consulaires » ? Et enfin la séquence électorale se conclura cet automne avec les sénatoriales… avant 2022 !

    Ecoutez l’interview de Marc Villard

    Podcast liste
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  • Ecrivains et diplomates – Episode 2 : Rencontre avec Patrick Lachaussée

    Ecrivains et diplomates – Episode 2 : Rencontre avec Patrick Lachaussée

    Patrick Lachaussée ou le diplomate engagé.

    Patrick Lachaussée est diplomate de carrière. Il entre au Quai d’Orsay en 1991 et a occupé plusieurs fonctions dans le domaine du management, de l’organisation, des affaires consulaires et de la gestion ainsi que dans le domaine politique. A l’été 2009, il est nommé Consul général adjoint à New York, avant de rentrer en France en 2012 pour diriger le cabinet de la Ministre déléguée auprès du Ministre des Affaires étrangères, en charge de la Francophonie et des Français de l’étranger.

    Depuis 2019, il est en poste comme Consul Général à Genève. Il a publié en 2020, « Revoir Fatima ». Dans son premier roman, Patrick Lachaussée traite du parcours d’un homme sur le chemin de l’exclusion et son odyssée européenne qui le conduira à rencontrer d’autres exclus. Cette histoire d’une humanité exceptionnelle nous permet de réfléchir à notre condition si fragile, à nos besoins premiers, à une nécessité de développer une société plus juste, plus solidaire et plus bienveillante.

    L’interview avec Boris Faure

    Boris Faure lesfrancais.press : Patrick Lachaussée, bonjour : Avant de vous interroger sur votre roman « revoir Fatima », je voudrais savoir si votre profession, celle de diplomate, a influencé votre façon d’écrire, si elle a façonné les valeurs humanistes et cosmopolites que vous portez dans ce livre ? 

    Patrick Lachaussée : Je dirais plutôt que ma façon d’écrire est une somme d’influences et qu’elle n’est pas uniquement liée à la diplomatie.

    J’ai grandi dans un environnement bienveillant. Ces valeurs étaient au fronton de la maison familiale et mes parents étaient de grands humanistes. Mon père a toujours eu le souci des autres et il avait le cœur sur la main, il a aidé nombre de personnes en difficulté. Il a même été écrivain public pendant de nombreuses années après sa retraite. Je l’accompagnais parfois. Je le voyais écouter les uns et les autres pour comprendre la situation qu’ils rencontraient. Puis, il prenait sa plume pour écrire une lettre qui souvent avait le pouvoir d’aider à résoudre des problèmes ou de difficultés qui semblaient insurmontable. Ma mère a travaillé une grande partie de sa carrière professionnelle avec et pour des personnes handicapées. Elle les accompagnait dans leurs démarches. Elle les aidait à trouver des formations, du travail dans des environnements adaptés leur permettant de s’épanouir.

    C’est avec cet ADN que j’ai grandi. Mon engagement dans diverses associations vient sans doute de là. J’ai beaucoup travaillé avec des associations en lien avec l’exclusion et l’extrême pauvreté à Reims, à Lille, à Evry à Paris…et même à New York. L’une de mes premières expériences professionnelles était d’ailleurs dans ce domaine. Je formais des personnes en situation de grande précarité, et les aider ainsi à retrouver un équilibre, à reconstruire peu à peu leur confiance et leur autonomie.  Ces expériences, celles d’acteur associatif et d’élu local à Evry et de maire dans un petit village rural du sud de l’Aisne m’ont permis d’être au contact direct avec des situations difficiles et parfois inextricables, d’essayer de trouver des solutions, d’échouer souvent, de réussir parfois.

    Ce que la diplomatie m’a apporté dans cette démarche est dans ce même esprit. Etre diplomate, c’est être ouvert aux autres, aux autres cultures, aux autres traditions. S’expatrier n’est pas une démarche anodine, elle engage sa vie, sa famille et parfois même, sa sécurité. Et servir la diplomatie en Ambassade, en Consulat ou à Paris, c’est aller à la rencontre du monde. Un diplomate est curieux par nature. Il a besoin d’apprendre à connaître son environnement, les personnes avec lesquelles il va entretenir des relations par le dialogue et l’écoute. C’est aussi un agent de proximité qui œuvre dans des domaines qui touchent au quotidien de nombre de personnes pour plus de sécurité, de justice, de solidarité. Dans le domaine consulaire où j’ai beaucoup travaillé, le diplomate est au service de communautés parfois importantes et de personnes qui peuvent à un moment donné se retrouver dans des situations difficiles. Les agents consulaires déploient alors une énergie considérable pour informer, accompagner, aider et soutenir.  

    C’est tout ceci qui, je le pense humblement, influence mon écriture.

    Boris Faure lesfrancais.press : Vous l’écrivez dans la postface du livre, « Revoir Fatima » est inspiré de la rencontre avec un homme, Angel, un SDF que vous avez pu aider pendant vos années étudiantes au moment où vous vous engagiez sur le terrain auprès des plus démunis.  Comment passe-t-on du récit personnel à la fiction ? Autrement dit comment êtes-vous devenu, en quelque sorte, Malik, et comment Angel s’est transformé en Pedro ? 

    J’ai mis 25 ans à écrire ce livre. Je l’avais commencé alors que j’étais encore étudiant à Lille très peu de temps après ma rencontre avec Angel, complètement démuni et perdu au milieu de cette ville. Il semblait au bout du rouleau compresseur qu’avait été sa vie. Cette rencontre et les échanges qui ont suivi, le bout de route que nous avons fait ensemble m’avaient profondément bouleversé. Et peu après, j’ai noirci des pages, écrivant pour ne rien oublier de la richesse de ces moments passés avec lui.

    Je me souviens que je pouvais passer des heures à écrire à la main sur des pages. C’était une expérience nouvelle pour moi. J’avais écrit nombre de chansons pour les groupes de musique avec lesquels je jouais ; j’avais composé de petits textes. Mais écrire un livre, c’était autre chose. Tout ce que j’avais écrit  jusqu’à présent n’était que des instantanés de ressentis ou d’émotions. Mais avec ce livre, je voulais transmettre un message pour rendre hommage à travers Angel à tous les exclus. Je devais le construire et c’est ce que j’ai essayé de faire. Je l’ai construit, déconstruit, réécrit, corrigé, seul et en recueillant le conseil d’amis. Malgré cette somme de travail, je n’étais pas satisfait du résultat et je ne savais pas pourquoi.

    Puis, quelques années plus tard, j’ai eu l’occasion de rencontrer un grand auteur, philosophe, historien, essayiste, Christian Delacampagne et son épouse, la grande photographe, Ariane Delacampagne. Christian Delacampagne revenait des Etats Unis. Il y vivait et était professeur à l’Université Johns Hopkins de Baltimore. Il souffrait alors d’une maladie dont on ne guérit que rarement. Nous avons souvent échangé dans le petit salon de son appartement parisien où il me recevait. Nous parlions de philosophie, de littérature, des livres qu’il avait écrit, de ceux qu’il aimerait écrire. Je n’osais pas lui parler de mon livre puis, un jour, il m’a demandé si j’écrivais. Il m’avait tendu une perche comme s’il savait déjà la réponse. Je l’ai saisie. Quelques jours plus tard, je lui ai apporté le manuscrit avec l’accord de son épouse. Christian était très fatigué. Il a malgré tout lu le livre avec une attention professorale et avec beaucoup de bienveillance et d’émotion. Puis, Ariane m’a demandé de venir. Christian était mal en point et il m’a demandé doucement :  « lorsque tu lis ton livre, l’aimes-tu ? ». Je lui répondis que je n’étais pas très heureux de ce travail mais que je ne pouvais en expliquer les raisons. Il me répondit que mon livre était un livre trop sage, qu’il était écrit tout en retenue, dans la retenue du « Je » et que pour développer l’humanité puissante qui se dégageait de l’histoire, je devais imaginer un autre personnage, d’où Malik et éviter de l’écrire à la première personne. C’est ce que j’ai fait. Christian n’a pas eu le temps de lire la dernière version mais je lui ai dédié ce livre, en hommage et pour lui témoigner ma plus profonde gratitude.

    Boris Faure lesfrancais.press : Patrick Lachaussée merci à vous et bonne continuation dans vos fonctions de  Consul général à Genève.

    Vidéo de l’intervention de Patrick Lachaussée devant la fondation Martin Bodmer

    Le 29 septembre 2020, le Consul général de France à Genève, Patrick Lachaussée, présentait son livre « Revoir Fatima » à la fondation Martin Bodmer

  • Comment voter aux élections consulaires ? – Vidéo Tuto

    Comment voter aux élections consulaires ? – Vidéo Tuto

    Les élections se tiendront à l’urne le 29 mai 2021 pour le continent américain et les Caraïbes et le 30 mai 2021 pour le reste du monde. Il existe en plus du traditionnel bureau de vote, deux autres modes de participation. Que ce soit à distance ou par procuration, les élections consulaires basculent dans l’air du numérique. Plusieurs dates à retenir :

    23 avril pour s’inscrire et mettre à jour vos coordonnées pour recevoir votre convocation et vos accès.

    Le 21 au 26 mai pour voter en ligne

    Le 30 mai pour voter à l’urne

    S’inscrire pour voter

    Dans le cadre de la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2019 instituant le Répertoire électoral unique (REU), il n’est désormais plus possible d’être inscrit à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale communale en France. Votre situation doit être régularisée pour le vendredi 23 avril si vous désirez participer aux élections consulaires du 30 mai 2021.

    L’inscription à la liste électorale vous permettra donc de voter aux élections locales consulaires mais aussi aux élections législatives pour le député de votre circonscription à l’étranger (les élus siègent comme les autres parlementaires à l’Assemblée nationale) et pour l’élection présidentielle.

    Si vous résidez en Europe, vous pourrez choisir de voter lors des élections européennes pour la circonscription européenne de votre lieu de vie où vous serez rattaché à la circonscription européenne englobant Paris (actuellement une seule circonscription : la France). Pour ceux habitant hors de l’Union européenne, ils seront rattachés selon les dispositions à la circonscription France ou Ile de France.

    Le Ministère des affaire étrangères met à votre disposition un tutoriel que vous pouvez trouver sur son site internet. Pour notre part, nous avons décider de partager avec vous une vidéo mise à disposition par Marc Villard, élu consulaire au Vietnam et président de l’Assemblée des Français de l’étranger. Une vidéo tutoriel pleine d’humour !

    Voter à l’urne

    C’est le classique des élections. Pour y participer, vous recevrez une convocation à votre adresse postale. Vérifiez donc votre compte disponible sur le site de votre consulat, il vous est possible de mettre à jour les coordonnées jusqu’au 23 avril.

    Cette année, la Covid-19 a fortement limité le nombre de bureaux de vote. Si dans la plupart des circonscriptions, 2/3 des urnes ont pu être conservées. Dans celles très peuplées, comme la Suisse, Londres ou la Belgique, c’est 60 à 80% des bureaux de vote qui ont été supprimés. Il faut donc s’attendre à de longues files. Avec les mesures de distance physique, l’attente sera donc difficile et souvent à l’extérieur, mais d’autres solutions son prévues.

    Voter par procuration

    Ce 12 mars, un décret instituant une télé-procédure pour l’établissement des procurations de vote a été publié. Dans le cadre de la pandémie, l’exécutif a désiré minimiser au maximum le nombre de citoyens obligés de se déplacer pour exercer son droit de vote tout en assurant un accès large et facile au plus grand nombre. Pour cela, il a supprime l’obligation de justifier d’une impossibilité de se rendre au bureau de vote le jour du scrutin pour les élections des députés des Français de l’étranger et aussi pour les élections des conseillers consulaires.

    Actuellement pour donner procuration, l’électeur doit se présenter en personne au consulat ou à l’ambassade. Toujours pour limiter les contacts physique, une nouvelle voie dématérialisée va donc s’ouvrir. Elle sera surement disponible sur votre compte service public ou sur le site de votre consulat ou ambassade. Nous manquerons de revenir en détail sur cette procédure dès qu’elle sera concrètement disponible.

    Ce qui est sur c’est qu’une citoyenne ou un citoyen pourra en plus de son vote, procéder au dépôt dans l’urne (ou via internet) de 2 enveloppes supplémentaires.

    Voter sur internet

    Le vote par internet est ouvert pendant 5 jours consécutifs, du vendredi 21 mai au mercredi 26 mai.

    Vous devez avoir renseigné une adresse électronique et un numéro de téléphone valides avant le vendredi 23 avril afin que l’administration puisse vous envoyer votre identifiant (par courriel) et votre mot de passe (par sms).

    Il est donc nécessaire de renseigner une adresse électronique et un numéro de téléphone propres à chaque électeur, et d’éviter de renseigner des adresses électroniques et des numéros partagés auxquels pourraient avoir accès d’autres personnes que vous.

  • La France élargit ses conditions d’accès

    La France élargit ses conditions d’accès

    Cinq semaines après la mise en place de motifs impérieux pour les déplacements hors de l’espace européen, la France a décidé de modifier les conditions d’accès au territoire national.

    La faible couverture des évènements familiaux ou administratifs d’une vie d’un expatrié a enfin été reconnue par le gouvernement français. Les parlementaires des Français hors de France, comme Meyer Habib (UDI) ou Anne Genetet avaient relayées avec insistance les demandes de leurs électeurs.

    Ces motifs impérieux, même si la liste était indicative, ne tenaient pas compte de situations familiales particulières ni des conditions sanitaires locales excellentes de plusieurs pays” 

    Anne Genetet, députée des Français d’Europe oriental et d’Asie

    Aussi certains pays ont mieux contrôlé la pandémie ou sont plus avancés dans leur campagne de vaccination, ils présentaient donc une meilleur sanitaire que celle rencontrée en France.

    7 pays en plus des Etats européens

    Par un décret, publié ce vendredi 12 mars, il ne sera plus nécessaire de justifier d’un motif impérieux pour les déplacements en provenance ou vers l’Australie, la Corée du Sud, Israël, le Japon, la Nouvelle Zélande, le Royaume-Uni et Singapour, du fait de la diffusion très large du variant britannique en France et de la situation sanitaire spécifique de ces pays.

    Pour les déplacements vers et depuis ces pays, les autres restrictions à la circulation restent en vigueur : la présentation d’un test PCR négatif de moins de 72 heures avant le départ, notamment, reste bien entendu nécessaire.

    Les situations familiales mieux prises en compte

    Enfin le gouvernement a modifié la liste des motifs impérieux et personnels pour inclure l’ensemble des relations familiales et ajouter de nouvelles situations liées à l’éloignement familial pour :

    • les couples mariés et pacsés mais dont l’un des membres est établi à l’étranger pour raison professionnelle ;
    • les enfants mineurs scolarisés en France alors que le foyer familial est établi à l’étranger ;
    • les couples avec enfants, vivant l’un en France, l’autre à l’étranger et séparés.

    Les étudiants en situation de passer un concours sont aussi ajoutés à la liste ainsi que les retours vers la résidence principale lorsqu’elle est établie en France.  

  • Les écoles en Australie : le point après un an de COVID-19

    Les écoles en Australie : le point après un an de COVID-19

    Fin janvier, c’était la rentrée scolaire pour des milliers de jeunes en Australie. On fait le point sur les écoles en Australie.

    Pour limiter la propagation du virus, l’Australie a pris des mesures radicales concernant ses frontières. Du côté des écoles australiennes comme françaises, de nouveaux protocoles ont été mis en place. Et enfin après des mois de crise sanitaire mondiale, les restrictions s’assouplissent.

    Alors comment les écoles ont-elles adapté leurs règles ? Quelles sont les restrictions qui subsistent ? Comment les expatriés français vivent-ils la situation, loin de leurs proches ? Nous avons interrogé des Français installés en Australie pour qu’ils nous parlent de la situation actuelle. 

    Comment la Covid-19 a été gérée par les écoles en Australie ?  

    Le 19 mars 2020, Scott Morrison, Premier ministre, annonce la fermeture des frontières australiennes pour limiter la propagation du virus. Le gouvernement choisi alors de mettre en place des mesures drastiques et les états se prêtent rapidement au jeu.

    Les écoles ont elles aussi dû s’adapter, afin de répondre à ses nouvelles exigences. Crèches gratuites, aides de l’état pour certains, écoles ouvertes pour les enfants, différentes mesures sont mises en place. 

    Pascale, qui habite au nord de Brisbane, nous raconte :

    « L’école est restée ouverte, mais les habitants se sont auto-confinés. Beaucoup voulaient être en sécurité et protéger leur entourage. C’est une mentalité différente de la France ! ».

    La plupart des Etats fédérés constituant l’Australie ont gardé leurs écoles ouvertes pendant le pic de la crise sanitaire. Seule Melbourne, qui a vécu le confinement le plus long du monde, a fermé ses écoles pendant plusieurs semaines. 

    Les mesures mises en place par les écoles 

    Les gestes barrières 

    Les écoles ont ainsi mis en place des mesures afin de limiter la propagation du virus. 

    Sabrina, maman d’une petite fille et expatriée à Brisbane, nous raconte

    « Quand la crise sanitaire a démarré, nous avons eu le choix de mettre nos enfants à l’école ou non. Par contre, nous n’avions plus le droit en tant que parents de rentrer dans l’école. De plus, ils ont demandé aux enfants de ramener leur propre bouteille d’eau par exemple. Enfin, les parents ne sont plus invités aux événements de l’école. C’est un peu triste, mais on accepte, c’est pour le bien de tous ! ». 

    Les cours à distance

    Dans l’ensemble, les écoles n’ont pas été particulièrement touchées par la crise sanitaire. Hormis quelques adaptations locales, les enfants ont pu continuer leur scolarité normalement. 

    Pour les élèves, travailler à la maison lorsqu’ils étaient confinés n’était pas si compliqué. Ils utilisaient déjà des logiciels à l’école tels que Mathletics ou Reading eggs nous raconte Audrey, une maman française dont les enfants sont scolarisés dans le système éducatif australien. Ainsi, les élèves ont continué avec ce dispositif et les professeurs n’ont eu qu’à télécharger des documents sur une plate-forme pré-existante et déjà connue.

    « Leur professeur faisait des vidéos d’elle tous les jours pour leur demander comment ils allaient, etc. C’était un bon moyen de commencer la journée et de se mettre dans le bain. Dans sa classe, beaucoup de parents ont fait mettre l’uniforme pour aider à passer en mode ‘classe’. »

    Audrey, une maman française

    Les aides financières

    Certaines écoles ont fait le choix de baisser leurs frais de scolarité en 2020. C’est ainsi le cas pour Laetitia, dont la fille est dans une école privée à Manly. Elle a pu bénéficier d’une réduction de 50% des frais de scolarité en 2020, une aubaine quand on sait que certaines écoles privées peuvent coûter jusqu’à 30.000 AUD l’année.

    « La crèche est même devenue gratuite pendant 3 mois pour aider les familles ! On a pu faire des économies pendant quelques mois, car la crèche est très chère ».

    Pascale, qui habite à Brisbane

    En effet, en Australie, les crèches et maternelles sont non-obligatoires, donc payantes et souvent très chères. 

    Enfin, pour les parents dont les enfants sont dans des écoles publiques, il n’y a pas eu de réduction sur les frais de scolarité. Cependant, ce sont des écoles avec peu de frais, hormis pour les excursions et celles-ci ont été interrompues. 

    Ainsi, des mesures ont été prises dans l’ensemble du pays, mais sans pour autant que cela ait un impact radical sur les enfants. Les familles ont ainsi pu continuer leur routine.

    « Pas de masque à l’école pour les enfants et possibilité d’aller à l’école pour les parents qui ne pouvaient pas garder leurs enfants ». 

    Delphine, Maman française à Sydney

    Du côté des crèches 

    Aiyanna travaille dans une crèche à Sydney. Elle nous explique que les crèches n’ont jamais été fermées, car elles sont considérées comme service essentiel. Le gouvernement, pendant le gros pic de la COVID-19, a choisi de rendre les crèches gratuites pour les parents qui ne pouvaient pas travailler de la maison. 

    « Cela a été compliqué pour les propriétaires de crèche, car ils ne recevaient aucune aide du gouvernement. Donc les crèches étaient gratuites et pleines, car utiles pour de nombreux parents, mais ne recevaient aucune aide de l’état. »

    Aiyanna, employée dans une crèche à Sydney

    Concernant la vaccinions, les profs et les éducateurs seront vaccinés lors de la phase 2, donc les prochains sur la liste.

    Ainsi, les écoles en Australie ont rapidement mis en place des mesures pour limiter la propagation du virus. Les expatriés sur place apprécient la gestion de la crise sanitaire et reconnaissent que les mentalités sont différentes avec la France. Ils attendent malgré tout avec impatience la réouverture des frontières, car le manque des familles en France se fait ressentir. « C’est très très dur » nous confie Pascale.  

  • Covax : un mécanisme véritablement équitable ?

    Covax : un mécanisme véritablement équitable ?

    Cette semaine, des vaccins fabriqués en Inde dans le cadre du Mécanisme COVAX, un programme mondial d’accès aux vaccins, sont arrivés dans plusieurs pays, dont le Ghana, la Côte d’Ivoire et la Colombie. Il faut sans nul doute se réjouir que le miracle de la science soit partagé, mais aussi avoir honte que de nombreux pays durement frappés pendant la pandémie n’aient toujours pas reçu de vaccins.

    L’ONU à la manœuvre

    Avec la mise au point et l’approbation en un temps record de vaccins sûrs et efficaces, nous disposons, en plus des mesures habituelles de santé publique, d’un nouvel outil essentiel pour protéger les populations du virus.

    Le Mécanisme COVAX, l’axe de travail Vaccins du Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT) présenté au mois d’avril dernier par l’OMS, le Président de la République française et d’autres partenaires mondiaux, commence à porter ses fruits et permet d’envisager une sortie de la pandémie.  

    Mais où en est le mécanisme Covax ? TV5MONDE essaie de répondre à la question en interviewant la candidate européenne à la coprésidence de ce comité onusien.

    Regardez l’entretien diffusé sur TV5MONDE

  • La planète digitale en effervescence

    La planète digitale en effervescence

    Le cofondateur de l’Electronic Frontier Foundation, John Perry Barlow avait publié en 1996, une déclaration d’indépendance du cyberespace. Il prônait alors un Internet gratuit, sans frontière, symbole de la contre-culture des années 1960. Un quart de siècle plus tard, cette vision idéaliste est devenue une utopie, même pour la planète digitale. 

    En 2020, la capitalisation des sept plus grandes entreprises de la sphère numérique a dépassé 7 000 milliards de dollars, soit plus de deux fois le PIB français. Leurs bénéfices ont dépassé 260 milliards de dollars. À titre de comparaison, la capitalisation des six plus grandes entreprises pétrolières ne dépassait pas 2 500 milliards de dollars. Si le marché est de plus en plus oligopolistique, il donne lieu à des confrontations entre les différents rivaux de taille mondiale. Si hier, le pétrole conditionnait la croissance, celle-ci dépend de plus en plus des données circulant sur Internet.

    L’émergence d’un capitalisme de la donnée 

    L’émergence d’un capitalisme de la donnée voire de la surveillance a bousculé en quelques années les valeurs et les rapports de force. Entre 2005 et 2020, le nombre de données recueillies a été multiplié par plus de 80. D’ici 2025, leur nombre devrait été multiplié par plus de cinq. Avec plus de dix plateformes revendiquant des centaines de millions d’abonnés, l’écosystème du numérique est très particulier. Dans l’économie traditionnelle, le nombre de clients se chiffre par entreprise à quelques dizaines de millions. BNP Paribas en compte ainsi 7 millions. AG2R LA MONDIALE couvre, en France, 15 millions de personnes et d’ayants-droits. Le groupe Renault Nissan vend 10 millions de véhicules par an. Amazon a, de son côté, en 2020, livré 1,5 milliard de colis. Facebook dispose de plus de deux milliards d’abonnés. 

    Après la folie des années 1990, le marché du numérique s’est consolidé depuis une vingtaine d’années. Si dans les années 1990, le processus de destruction créatrice se vérifiait avec un renouvellement rapide des entreprises de pointe, depuis un quart de siècle, rares sont les nouveaux entrants sur le marché du digital. Au tournant du siècle dernier, de nombreuses entreprises phares ont disparu comme Compaq, AOL et bien d’autres. Seuls Microsoft et Apple ont réussi à se maintenir tout en changeant de modèle. Elles sont devenues des sociétés de services en se positionnant rapidement sur le cloud et sur les applications. Apple demeure un producteur important de produits électroniques avec ses smartphones et ses ordinateurs.

    L’entrée sur le marché de plus en plus difficile 

    À l’exception de ces deux entreprises, les leaders actuels du numérique sont apparus dans les années 1990-2000, Amazon en 1994, Google en 1998, Facebook en 2004. L’entrée de nouvelles entreprises sur le marché du numérique est devenue beaucoup plus difficile. Les coûts d’entrée ont augmenté par effet de taille. Pour concurrencer Apple ou Amazon, les besoins en capitaux sont bien plus importants en 2020 qu’en 2005 en raison de l’effet de taille. Ces entreprises, par leur développement, disposent de situation de rentes qu’elles n’avaient pas il y a vingt ans. La gestion des données constitue une barrière à l’entrée. La recherche, les médias sociaux, la publicité, le commerce électronique, le streaming, le covoiturage, la livraison et les paiements, etc. donnent un avantage certain à celui qui peut s’appuyer sur un stock de données important. 

    Par ailleurs, les entreprises en position dominante ont pratiqué des achats de startups préventifs pour limiter l’arrivée de nouveaux acteurs. Ainsi Facebook contrôle Instagram et WhatsApp et souhaite également entrer dans le commerce électronique et ainsi concurrencer Amazon. Microsoft qui possède LinkedIn, envisage d’acheter deux sociétés de médias sociaux, TikTok et Pinterest. En Chine, cette pratique prévaut également ; Alibaba et Tencent détiennent des participations dans certains des nouveaux entrants chinois. 

    Pendant de nombreuses années, les grandes entreprises du digital évitaient de s’attaquer de front. Alphabet verse à Apple jusqu’à 12 milliards de dollars par an pour faire de Google le moteur de recherche par défaut de l’iPhone. La demande d’iPhone est encouragée par le désir des consommateurs d’accéder au moteur de recherche de Google et à Gmail, ou aux réseaux sociaux de Facebook. Google Maps est l’application de géolocalisation majoritairement utilisée, même sur Apple. Le cloud computing bon marché fourni par Amazon se traduit par plus d’applications pour l’App Store d’Apple. Amazon est l’un des plus grands annonceurs de Google. Microsoft accorde une licence Android pour son smartphone Surface Duo. Une complémentarité s’est organisée. Ainsi, les trois recherches les plus courantes sur Microsoft Bing sont Facebook, YouTube et Google. 

    Une paix précaire entre les grands du Net

    La « pax romana » des grandes entreprises du digital semble être de plus en plus précaire malgré une augmentation de leurs chiffres d’affaires. Elles diversifient leurs activités à mesure que leurs produits de base mûrissent ainsi qu’avec l’émergence de nouvelles opportunités technologiques. Cette diversification est également la conséquence de la montée des menaces réglementaires en Amérique, en Europe ou en Chine. La part des revenus des cinq géants américains qui se chevauchent est passée de 22 à 38 % depuis 2015. Microsoft et Alphabet s’attaquent à Amazon dans le cloud. Amazon entend devenir un acteur de la publicité numérique. Facebook et Apple sont également en rivalité sur la gestion des données. Apple souhaite proposer aux utilisateurs d’iPhone de pouvoir se désengager du suivi des données de Facebook, ce qui remettrait en cause l’équation budgétaire du marché publicitaire de cette dernière. 

    Les frontières se mettent à bouger 

    La compétition devient de plus en plus âpre. Mark Zuckerberg, directeur général de Facebook, a récemment déclaré qu’Apple est « l’un de ses plus gros concurrents ». Le PDG d’Apple rappelle que «nous sommes soumis à une pression concurrentielle incroyable et qu’elle s’accroît jour après jour». 

    La bataille entre les géants du numérique est de plus en plus médiatisée. Ainsi, aux États-Unis, Facebook a diffusé des publicités attaquant Apple sur les nouveaux paramètres de confidentialité de l’iPhone qui nuiraient aux petites entreprises dans leurs relations commerciales avec leurs clients. Pour sa part, Tim Cook, le patron d’Apple, a laissé entendre que Facebook ne respecte pas les règles de confidentialité. Sur le marché sensible des smartphones, le duopole Apple-Alphabet dispose d’une position oligopolistique sur les systèmes d’exploitation et les magasins d’applications. 

    Les entreprises chinoises souhaitent développer leur propre système d’exploitation pour se prémunir des embargos imposés par les Américains, comme ce fut le cas à l’encontre de Huawei en 2019. Microsoft entend également prendre des parts de marchés dans le domaine lucratif de la publicité en ligne. Il s’est associé à des éditeurs de nouvelles européens pour développer un système similaire à celui auquel Google et Facebook. La rivalité est de plus en plus vive. Ainsi, les responsables de Google ont souligné que le soutien de Microsoft au programme australien de défense de la presse n’avait comme seul objectif « d’instituer une taxe sur un concurrent afin d’augmenter leurs parts de marché ». 

    Une remise en cause juridique des pratiques anciennes 

    Face au gigantisme des stars du monde digital, les pouvoirs publics tentent de réagir. Aux États-Unis comme en Europe, des procédures ont été engagées pour atteinte à la libre concurrence et abus de position dominante. En décembre, les autorités de la concurrence américaine ont poursuivi Facebook pour comportement anticoncurrentiel présumé, et leurs homologues chinoises ont lancé une enquête sur Alibaba. Google fait l’objet de nombreuses enquêtes anti-trust dont celles qui concernent les liens noués avec Apple. L’accord en vertu duquel Google, en contrepartie du paiement de 12 milliards de dollars par an à Apple afin que celle-ci mette son moteur de recherche par défaut sur ses smartphones, est dans le collimateur des autorités. Google est également suspecté d’avoir proposé à Facebook un accord de faveur pour ne pas prendre en charge un système publicitaire mis en place par un rival. Epic Games, une société de jeux vidéo, a attaqué Apple estimant qu’elle vole les développeurs d’applications dans son App Store. 

    L’Union européenne travaille sur des réglementations pour mieux contrôler les entreprises du digital. L’Australie vient d’adopter une loi qui oblige les plateformes à mieux rémunérer les éditeurs pour les nouvelles affichées à côté des résultats de recherche ou des flux de médias sociaux. 

    Les challengers gagnent des parts de marché

    La concurrence entre les grands acteurs du numérique n’est pas nouvelle. Au début des années 2010, toutes les grandes entreprises ont essayé de se lancer dans la fabrication d’appareils électroniques. Amazon a développé ainsi un téléphone, « Fire » qui fut un échec. Le lecteur de musique Zune de Microsoft n’a pas, quant à lui, réussi à concurrencer l’iPod. Cette concurrence a vite cessé faute d’avoir débouché sur des résultats tangibles. Dans les années 2010, la concurrence provient d’un élargissement des activités dans le secteur des services. 

    Si les parts de marchés des GAFAM sont stables au sein de leurs marchés de références, une montée en puissance des acteurs de second rang est constatée. La part des deuxième et troisième entreprises, au sein des onze secteurs clefs du numérique est passée de 18 à 26 % de 2015 à 2020. 

    Sur des secteurs moins technologiques comme la livraison de nourriture, le covoiturage ou le streaming vidéo, les numéros un enregistrent des baisses de plus de 10 % en cinq ans aux États-Unis. Même les secteurs où la part de l’opérateur historique a légèrement augmenté, comme pour le commerce électronique et les smartphones, la part globale des deux premiers challengers a progressé plus rapidement. 

    En règle générale, les deux premiers de chacun des grands secteurs du digital représentent, en 2020, un tiers ou plus du marché, contre les deux tiers en 2016. La place dévolue aux petits opérateurs tend également à diminuer. Au-delà de la quatrième ou cinquième place, leurs parts de marchés sont marginales. 

    Les anciens font de la résistance 

    Si dans le passé, les entreprises traditionnelles avaient tendance à succomber face à un changement de modèle technologique comme Kodak avec l’arrivée de photographie numérique, désormais, elles sont plus offensives et arrivent à maintenir leurs positions voire d’acquérir des parts de marché au détriment des sociétés digitales. 

    Ainsi, dans le streaming vidéo, la firme Walt Disney qui a été fondée il y a plus de 98 ans, a conquis 116 millions de nouveaux clients en 18 mois avec sa plateforme vidéo concurrente de Netflix. En 2024, elle en espère 324 millions. En 2020, Netflix comptait 200 millions d’abonnés. Walmart qui a été fondée il y a plus de 58 ans, a enregistré 38 milliards de dollars de ventes en ligne l’année dernière. Shopify, une entreprise canadienne de 14 ans, contrôle désormais un dixième du marché américain du commerce électronique, contre 1% en 2015. Sa capitalisation boursière a été multipliée par sept au cours des deux dernières années, pour atteindre 150 milliards de dollars. 

    Une concurrence de plus en plus internationale 

    À l’échelle mondiale, des concurrents aux GAFAM et à leurs homologues chinois apparaissent que ce soit en Russie, en Inde ou en Asie du Sud-Est. L’opérateur téléphonique indien Jio concurrence Google sur le marché de la publicité et entend proposer à l’échelle mondiale des plateformes de services. D’autres sociétés en Asie du Sud-Est se positionnent comme des acteurs importants. Les entreprises singapouriennes Grab et Gojek entrent ainsi en compétition avec Uber et Amazon. PayPal a l’intention d’avoir 750 millions d’utilisateurs de son application financière d’ici 2025 et concurrencer Apple Pay. 

    En Chine, la compétition entre entreprises du Net s’intensifie également. Les deux grands groupes numériques, Alibaba et Tencent, se font déjà concurrence et doivent également faire face à de nouveaux rivaux. La part d’Alibaba dans le commerce électronique chinois a culminé en 2013 à 62%. L’année dernière, en 2020, il était de 51%. Pinduoduo et jd.com qui dépendent de Tencent ont capté 24 % de l’e-commerce domaine jusqu’à maintenant réservé à Alibaba. WeChat Pay de Tencent et Alipay d’Alibaba se disputent depuis longtemps les portefeuilles numériques des acheteurs chinois. L’année dernière, Tencent a annoncé qu’il investirait 500 milliards de yuans (70 milliards de dollars) sur cinq ans, une quantité suffisante pour rattraper Alibaba dans le cloud computing.

    Diversifications à partir des métiers de base 

    Les GAFAM disposent de marges avec leurs métiers traditionnels tout en se diversifiant. S’ils sont de plus en plus concurrencés, les GAFAM peuvent néanmoins compter sur leurs métiers de base pour générer des revenus conséquents. En 2020, les publicités en ligne ont généré 80% des ressources d’Alphabet et 98% de celles de Facebook. 80% des revenus d’Apple en 2020 proviennent de ses produits physiques (principalement les iPhones). Microsoft continue de s’appuyer sur les logiciels d’entreprise pour une grande partie de ses revenus, et Amazon sur son magasin en ligne, bien que la plupart de ses bénéfices (comparativement maigres) aient été générés par sa branche de cloud computing, Amazon Web Services (aws). 

    Si les métiers de base restent dominants, la part des revenus issus d’activités connexes augmente progressivement. Avec la baisse du nombre de nouveaux acheteurs d’iPhone, Apple a réduit sa dépendance à ces produits physiques. Les applications et le système de paiement génèrent de plus en plus de revenus. La part des revenus issus des services atteint chez Apple 20 %, soit le double de son niveau de 2015. Certains d’entre eux, comme le streaming vidéo ou musical, sont en concurrence avec Amazon Prime Video et Prime Music, ainsi qu’avec ceux des fournisseurs dédiés tels que Netflix et Disney (pour la vidéo) ou Spotify et Deezer (pour l’audio). La part des revenus d’Amazon provenant du commerce électronique est passée de 87 % en 2015 à 72 % en 2020 ; un dixième des ventes provient désormais du cloud et 6 % de la publicité digitale. La proportion qu’Alphabet a tirée de la publicité l’année dernière était de dix points de pourcentage inférieure à celle de 2015. 

    La concurrence directe entre les grands acteurs du digital est la plus vive dans le cloud. La division de cloud computing Azure de Microsoft, créée il y a 11 ans, rapporte un chiffre d’affaires estimé à 20 milliards de dollars par an. Le cloud computing devrait représenter 12 % des revenus de Google d’ici 2024, contre 7 % en 2020.

    Commerce en ligne et réseaux sociaux 

    Le commerce électronique, que la pandémie a dynamisé, est un autre domaine courtisé par de nombreux acteurs. Facebook a développé un marché de biens d’occasion appelé Marketplace. En mai, il a lancé Facebook Shops pour s’attaquer plus directement à Amazon, offrant aux quelque 160 millions d’entreprises qui utilisent déjà le réseau social ou son application sœur, Instagram, un moyen de vendre leurs produits. Facebook et Google travaillent également tous deux avec Shopify toujours pour concurrencer Amazon. Microsoft entend également se placer sur le e-commerce de détail, bien que ce soit par une voie détournée, en proposant un système de paiement automatisé à Walmart. 

    Sur le terrain des réseaux sociaux, pour contrer Facebook, Microsoft a étudié la possibilité de racheter TikTok, une application de courtes vidéos appartenant à des Chinois. Cette année, il a envisagé d’acquérir également Pinterest, un réseau de partage de photos, concurrent d’Instagram. De son côté, Amazon a acheté Goodreads, une plateforme où les internautes évaluent des livres et trouvent des recommandations, un «Facebook centré sur la lecture».

    Nouveaux moteurs de recherche 

    Les millions de personnes qui évaluent les achats sur la plateforme d’achat en ligne d’Amazon constituent la base d’un futur réseau social. Un ancien dirigeant d’Amazon parie qu’« il sera plus facile pour Amazon de se lancer dans le réseau social que pour Facebook de se lancer dans le commerce, car la logistique de livraison, maîtrisée par Amazon, est plus délicate à organiser qu’un réseau social ». 

    Sur le terrain sensible des moteurs de rechercher, Microsoft entend relancer Bing afin de concurrencer Google. Amazon estime qu’il aurait tout avantage à également développer son moteur de recherche afin que ses marchands et ses acheteurs en ligne n’alimentent pas en données Google. Apple souhaite également rehausser son moteur Siri. À cette fin, en 2018, la marque à la pomme a débauché John Giannandrea, le responsable de la recherche et de l’intelligence artificielle chez Google. 

    L’automobile est un secteur où s’affronte également les GAFAM avec à la clef quelques déconvenues se traduisant notamment par l’abandon par Google de son projet de construction de voitures. La tendance est actuellement à la coopération avec des constructeurs traditionnels afin de gérer l’informatique embarquée. Plusieurs milliards de dollars sont investis chaque année par les GAFAM et leurs concurrents chinois dans ce domaine. Amazon a acheté Zoox, une startup spécialisée dans les voitures autonomes. Alibaba et Baidu, ont également plusieurs projets qui concernent les voitures.

    L’Europe absente de la compétition 

    L’Europe qui est le plus grand marché commercial du monde est absente de la compétition numérique qui met aux prises essentiellement des entreprises américaines et asiatiques. L’Europe assiste à la lutte entre géants du digital qui est autant économique que géopolitique. L’absence de l’Europe a débuté, dans les années 1950/1960 avec l’informatique où aucune entreprise que ce soit Alcatel, Siemens ou Bull n’ont pu s’imposer. Elle est devenue encore plus criante dans le domaine des grandes plateformes. Certes, comme aux États-Unis avec Wal Markt, des entreprises déjà installées tentent de se développer comme Fnac – Darty en France qui est à la fois un site de vente directe et également une place de marché. Il faut également citer « Le Bon Coin » et « Cdiscount ». Les barrières linguistiques et la faiblesse des fonds propres des acteurs français ou européens ne leur ont pas permis de prendre des parts de marchés importantes. Néanmoins, depuis trois ans, leur chiffre d’affaires en ligne progresse. 

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