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  • L’Afghanistan et l’Asie centrale

    L’Afghanistan et l’Asie centrale

    Les conséquences sur les équilibres régionaux de la prise du pouvoir à Kaboul par les talibans ont déjà été abondamment analysées. Les réactions d’Islamabad et de Téhéran notamment sont bien connues. Mais on a beaucoup moins parlé des voisins septentrionaux de l’Afghanistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, sans oublier le géant de la région, le Kazakhstan, même si ce n’est pas un pays frontalier.

    Pas de surprise

    La première chose à noter est que ces pays n’ont guère été surpris par la tournure des évènements, qu’ils attendaient depuis l’annonce du retrait américain en février 2020. Ils ne semblent même pas avoir été pris de court par la rapidité de l’effondrement de l’armée afghane. L’Ouzbékistan et le Turkménistan entretenaient d’ailleurs depuis plusieurs mois voire plusieurs années des relations avec les talibans (notamment par le biais de l’«Ambassade» au Qatar), relations assumées et ouvertes, qui s’expliquent en particulier par la présence de nombre de leurs compatriotes en Afghanistan. Malgré tout, l’Ouzbékistan a immédiatement fermé ses frontières, principalement pour éviter un afflux de réfugiés et par crainte de l’arrivée d’éléments terroristes appartenant à Al-Qaïda ou Daesh. Le Turkménistan souhaite faire de même, mais la frontière, à travers une vaste steppe, est plus difficile à contrôler. Le Tadjikistan, lui, reste plus ouvert.

    Les femmes et du gaz

    La condition des femmes afghanes émeut certainement moins l’opinion publique dans ces pays qu’en Occident. On peut d’ailleurs se demander si le sort des femmes turkmènes est plus enviable. Ce qui intéresse surtout les pays frontaliers du Nord, c’est le maintien de relations économiques qui permettraient peut-être d’échapper, au moins partiellement, à l’étau russo-chinois. Actuellement la Chine est l’unique acheteur du gaz turkmène. D’où l’intérêt du projet TAPI, un gazoduc qui évacuerait 30 milliards de mètres cubes de gaz par an depuis le gisement turkmène de Galkynysh vers l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde. A noter que la Banque Asiatique de Développement est impliquée dans ce projet. Un tronçon ferroviaire, une ligne électrique et un câble optique en direction de l’Afghanistan ont été inaugurés en janvier dernier, un mois avant la visite à Achkhabad d’une délégation de talibans.

    L’Ouzbékistan a connu ces dernières années une évolution positive inattendue. En effet, après la mort du dictateur Islam Karimov en 2016, c’est son ancien Premier ministre, Shavkat Mirziyoyev, qui a été élu Président et l’on pouvait s’attendre à ce qu’il poursuivît la même politique. Or, le nouveau Président s’est employé, de manière surprenante, à ouvrir son pays sur les plans politique et économique. L’Ouzbékistan est passé en cinq ans de la 166ème à la 69ème place des économies mondiales. La croissance est restée positive pendant la pandémie et les investissements se sont poursuivis (l’AFD a prévu un milliard d’euros de financements, notamment pour le reboisement des rives de la mer d’Aral). Et le pays cherche de plus en plus à s’intégrer dans les organismes internationaux ou régionaux. C’est ainsi qu’il a acquis le statut d’observateur à l’Union Economique Eurasiatique (UEEA) et qu’il est devenu membre du Conseil Turcique. Il est clair que ce pays en pleine expansion ne peut négliger le potentiel économique de son voisin afghan.

    Le Kazakhstan, pays non frontalier de l’Afghanistan, observe la situation mais reste très prudent. Il a des ambitions internationales et souhaite être l’hôte de telle ou telle agence internationale ou organisation régionale. Il veille donc à sa réputation. Quant au Kirghizistan, plus petit Etat de la zone, il est de peu de poids dans ce grand débat.

    Chine et Russie en embuscade

    Bien entendu, la Chine et la Russie restent extrêmement attentives aux développements de cette situation non encore stabilisée. La Chine poursuit son projet de BRI (nouvelles routes de la soie) qui pourrait traverser plusieurs pays de la zone et donc être affecté par d’éventuels troubles dans la région. Elle est, d’autre part, nous l’avons vu, seul acheteur du gaz turkmène et le projet TAPI ne peut la laisser indifférente. Mais c’est surtout la Russie qui est susceptible de jouer un rôle crucial dans ces pays anciens membres de l’URSS. Elle abrite d’ores et déjà un nombre important d’immigrés afghans (arrivés à partir du retrait des troupes soviétiques en 1989, ils seraient entre 80 et 150 000 et occupent des quartiers entiers de Moscou). Elle craint, non sans raison, que le succès des talibans ne donne un nouvel élan aux islamismes caucasiens (Ossétie, Daghestan, Tchétchénie, etc.) qui, remontant la vallée de la Volga, font entendre leur voix jusqu’à Kazan.

    Comme à l’époque du Grand Jeu, l’Asie centrale retrouve une place stratégique d’importance. Elle redevient un champ sinon de bataille du moins de lutte d’influence. Les Américains, expulsés d’Afghanistan, vont chercher d’autres lieux d’implantation. Ils ont dû fermer en 2014 leurs bases en Ouzbékistan et au Kirghizistan par suite des pressions exercées par Moscou sur ces deux pays. De son côté, la Russie a placé en octobre 2004 sa 201ème base militaire au Tadjikistan et possède des garnisons à Douchanbé et à Bokhtar, près de la frontière afghane. Elle possède aussi depuis 2003 une base aérienne à Kant près de Bichkek, capitale du Kirghizistan. Pour éviter que les Etats-Unis ne s’implantent de nouveau dans la région, Vladimir Poutine a proposé paradoxalement aux Américains d’utiliser certaines des bases russes. Mais ceux-ci continuent de négocier avec le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan à qui ils souhaitent demander d’accueillir, au moins provisoirement, quelque 9 000 Afghans qui travaillaient pour les forces américaines et qui se trouvent maintenant menacés par les talibans. Ils peuvent aussi utiliser la plate-forme de discussion multilatérale C5+1 (5 pays d’Asie centrale + USA).

    La guerre n’est donc pas finie. Elle se poursuit, entre grandes puissances, sous une forme larvée ou diplomatique. Dans tout cela, ce sont bien plus les intérêts des grands voisins qui sont pris en compte, plutôt que le sort de la population afghane.

    L’Union Européenne est, dans cette affaire, remarquablement silencieuse. Il est loin le temps (en décembre 2001) où l’Allemagne organisait à Bonn une conférence internationale pour créer les conditions de la (re)naissance d’un Afghanistan moderne. Quant à la France, qui a retiré ses troupes dès 2012, elle cherche surtout à justifier son manque d’enthousiasme à accueillir un nombre même limité de réfugiés afghans. La photographie, récemment ressortie, du Général de Gaulle recevant à l’Elysée le roi Zaher Shah permet de mesurer l’étendue de notre recul.

    Gérard Chesnela

    Gérard Chesnela

    Ambassadeur de France

    Cofondateur de « Geopragma« 

  • Philippe Rio, maire de Grigny, élu « meilleur maire du monde »

    Philippe Rio, maire de Grigny, élu « meilleur maire du monde »

    Le maire communiste de la commune de Grigny en banlieue parisienne vient d’être élu meilleur maire du monde. A la tête d’une des villes les plus pauvres de France depuis 9 ans, il prend cette récompense avec calme : « c’est sympa, mais je ne vais pas prendre le melon ».

    Regarder le reportage de TV5MONDE

  • Vieillissement  démographique : un défi  protéiforme

    Vieillissement démographique : un défi protéiforme

    La  population  mondiale  s’est  engagée  dans  un  processus  de  vieillissement,  phénomène unique  dans  l’histoire  de  l’humanité  tant  par  son  ampleur  que  par  sa  rapidité.  Ce vieillissement  qui  touche  tous  les  continents  est,  en  théorie,  synonyme  de  ralentissement économique  et  d’augmentation  des  besoins  de  financement  public. 

    Le  vieillissement  démographique  se  caractérise  par  la  hausse  de  la  proportion  des  plus de  65  ans  au  sein  de  la  population  et  par  le  recul  de  la  croissance  du  nombre  de personnes  en  âge  de  travailler  (20-64  ans).

    14% de la population mondiale aura plus de 65 ans en 2040

    Au  niveau  mondial,  la  proportion  des  plus  de 65  ans est  passée  de  6 à 10  % de 1990 à 2020 et devrait atteindre plus  de  14  %  en  2040. Le  taux  de  croissance  de  la  population  active  qui  était  supérieur  à  2,25  %  en  1990  n’était plus  que  de  1  %  en  2020.  Il  ne  s’élèverait  qu’à  0,6  %  en  2040  (sources  ONU).   Au  Japon,  pays  le  plus  avancé  dans  le  processus  de  vieillissement  de  sa  population,  la proportion  de  plus  de  65  ans  s’élevait  en  2020  à  près  de  30  %  et  devrait  atteindre  35  % en  2040.  L’Union  européenne  suit  de  près  avec  des  chiffres  respectifs  de  20  et  30  %. Parmi  les  pays  avancés,  les  États-Unis  ont  la  dégradation  la  moins  marquée  avec  une part  des  plus  de  25  ans  qui  se  maintiendra  autour  des  20  %  à  l’horizon  2040.  En  Chine, les  plus  de  65  ans  sont  passés  de  moins  de  5  %  en  1990  à  12  %  en  2020.  Ils représenteront  25  %  de  la  population  chinoise  en  2040.  Les  pays  africains  seront  les seuls  à  compter  moins  de  5  %  de  plus  de  65  ans  en  2040.

    Une diminution de la population active devrait provoquer l’inflation

    De  2020  à  2040,  les populations  actives  diminueront  au  Japon,  en  Europe,  en  Chine,  en  Russie  et  en Amérique  latine.  Elles  continueront  à  croître  rapidement  en  Afrique  (+2  %  par  an)  et  aux États-Unis  (+0,5  %  par  an). Le  vieillissement  de  la  population  est  censé  générer  de  nombreux  effets  économiques. En  théorie,  il  conduit  à  une  hausse  de  l’inflation.  La  baisse  du  nombre  d’actifs  favorise  la progression  des  salaires.  Celle-ci  est  également  alimentée  par  l’augmentation  de  la demande  de  services.  Les  entreprises  compensent  la  baisse  de  la  population  active  par une  recherche  de  gains  de  productivité.  Pour  le  moment,  ces  aspects  annoncés  du vieillissement  ne  sont  pas  visibles.  Au  Japon,  l’inflation  est  aux  abonnées  absentes depuis  plus  de  trente  ans.  En  Europe,  la  menace,  de  ces  dernières  années,  a  été  non pas  la  hausse  des  prix  mais  la  désinflation.  Compte  tenu  des  tonneaux  de  liquidités injectées  dans  l’économie  mondiale  et  les  goulots  d’étranglement  qui  apparaissent  au sein  du  marché  du  travail,  l’inflation  pourrait  revenir  dans  les  prochaines  années  même si,  au  Japon,  les  salaires  augmentent  faiblement  malgré  la  contraction  de  la  population active.

    Les  rapports  de  force  entre  capital  et  travail  sont  défavorables  au  second  depuis plusieurs  années  avec  la  désindustrialisation  et  l’ubérisation  des  activités.  La  flexibilité  du travail  joue  à  l’encontre  des  revalorisations  salariales.  La  baisse  de  la  population  active a  été  freinée  au  Japon  comme  au  sein  des  autres  pays  occidentaux  par  le  relèvement  de l’âge  effectif  de  départ  à  la  retraite.  

    Dans  un  monde  en  vieillissement,  le  taux  d’épargne  devrait  diminuer.  Les  retraités  sont supposés  puiser  dans  leur  patrimoine  pour  maintenir  leur  niveau  de  vie.  Par  ailleurs,  pour verser  des  revenus  à  un  nombre  croissant  de  retraités,  les  fonds  de  pension  sont amenés,  logiquement,  à  céder  des  actifs.  La  diminution  des  flux  d’épargne  devrait provoquer  une  hausse  des  taux  d’intérêt  et  une  baisse  de  l’investissement.   Pour  le  moment,  aucun  mouvement  de  désépargne  n’est  constaté.  Au  contraire,  le  taux d’épargne  à  l’échelle  mondiale  tend  à  augmenter.  Il  est  passé  de  24  à  27  %  du  PIB  de 1990  à  2019  (source  FMI).  Au  lieu  de  monter,  les  taux  d’intérêt  diminuent  tant  en  raison de  l’abondance  de  l’épargne  que  des  politiques  monétaires  expansionnistes  mises  en œuvre  par  les  banques  centrales. 

    Le  recul  de  l’investissement  pourrait  être  provoqué  par une moindre demande de capital. Celle-ci  serait  imputable à  la  diminution  de  la population active  et  au  moindre  besoin  d’infrastructures  (établissements  d’enseignement, logements,  etc.).  Cet  argument  est  à  relativiser  car,  en  contrepartie,  les  besoins  en hôpitaux,  en  maisons  de  retraite  ou  en  EHPAD  augmentent.

    Creusement des dépenses publiques : un quart du PIB 

    D’autres  facteurs  plus importants  joueront  sur  l’investissement  dans  les  prochaines  années  comme  la digitalisation  et  la  transition  énergétique.   La  seule  grande  certitude  en  ce  qui  concerne  le  vieillissement  concerne  les  finances publiques.  Ces  trente  dernières  années,  les  dépenses  publiques  de  retraite  et  de  santé ont  augmenté  à  l’échelle  mondiale  de  plus  de  deux  points  de  PIB.  En  France,  les dépenses liées  au  vieillissement  sont  responsables  de  plus  de  la  moitié  de  l’augmentation des  dépenses  publiques  constatée  entre  2000  et  2019.  La  crise  sanitaire  a  prouvé  la sensibilité  des  finances  publiques  aux  dépenses  de  santé.  Compte  tenu  de  l’évolution  de la  composition  des  populations,  ces  dernières  ne  peuvent  qu’augmenter  rapidement jusqu’au  milieu  de  ce  siècle. 

    Les  dépenses  de  santé  et  de  retraite  représentent  le  quart voire  plus  du  PIB  en  France,  en  Allemagne,  aux  États-Unis  ou  au  Japon.  Dans  les  pays à  faible  protection  sociale  comme  la  Chine,  les  ménages  sont  contraints  d’épargner fortement,  jusqu’à  40  %  de  leur  revenu,  pour  faire  face  aux  éventuelles  dépenses.  Cette épargne  élevée  pèse  par  ricochet  sur  la  consommation.  

    Le  vieillissement  des  populations  est  un  phénomène  mondial  qui  a  déjà  commencé  à  se faire  ressentir  comme  le  prouve  la  crise  sanitaire.  Au-delà  des  aspects  économiques,  le vieillissement  soulève  des  questions  sociologiques  et  politiques  parmi  lesquelles  figurent la  répartition  des  charges  entre  les  générations  et  l’adaptation  de  la  société  (travail, équipements  collectifs,  etc.).  Si  dans  le  passé,  une  part  non  négligeable  des  coûts  liés au  vieillissement  était  prise  en  charge  par  les  familles  (obligation  légale),  avec  la  montée de  l’individualisme,  la  déstructuration  des  familles,  la  mutualisation  et  socialisation  de ceux-ci  devrait  se  poursuivre.  Il  est  imaginable  qu’une  mobilisation  plus  importante  du patrimoine  soit  demandée  à  ceux  qui  en  sont  pourvus  afin  d’alléger  la  facture  sur  les actifs.

    Face  à  la  problématique  de  l’augmentation  des  dépenses  de  retraite,  le  report  de l’âge  de  départ  à  la  retraite  est  apparu  comme  la  solution  la  plus  efficace,  bien  que  difficile à  adopter.  Or,  ce  report  n’est  pas  sans  limite.  Le  vieillissement  de  la  population  active entraîne  une  augmentation  des  dépenses  de  santé,  d’invalidité  voire  de  chômage.  Il  peut provoquer  un  transfert  de  charges  entre  les  régimes  de  la  Sécurité  sociale.  Il  suppose  en outre  une  adaptation  du  monde  professionnel  afin  de  garantir  un  taux  d’emploi  élevé  au-delà  de  50  ans.

  • Reconnaissance du mariage homosexuel dans toute l’Union européenne ?

    Reconnaissance du mariage homosexuel dans toute l’Union européenne ?

    Les députés européens ont réclamé, dans un texte adopté mardi 14 septembre, que les couples homosexuels puissent bénéficier des mêmes droits que les autres dans toute l’Union européenne.

    6 Etats visés

    Les eurodéputés demandent aussi que « les familles arc-en-ciel bénéficient des mêmes droits au regroupement familial que les couples de sexe opposé et leur famille ». Ces familles doivent « être traitées de la même façon dans toute l’UE » lorsqu’elles se déplacent d’un État membre à l’autre.

    Selon une étude commandée par le Parlement européen en mars 2021, six États membres ne reconnaissent pas un conjoint de même sexe venant d’un autre État membre pour l’octroi d’un titre de séjour et dans onze pays, les parents légaux d’un enfant ne peuvent être deux femmes ou deux hommes et donc la filiation des deux parents ne sera pas reconnue pour les familles homosexuelles arrivant d’un autre État membre.

    La réaction des Hongrois

    Les politiques du Fidesz ont vivement critiqué la résolution appelant à la reconnaissance du mariage homosexuel dans toute l’Union européenne, rapporte Telex.

    Premier ministre hongrois Viktor Orban

    L’eurodéputé hongrois Balázs Hidvéghi a déclaré qu’il s’agissait d’une autre « folie » de Bruxelles, tandis que la ministre de la Justice Judit Varga a décrit la résolution du Parlement européen comme « une position politique totalement infondée ».

    Le texte de la résolution insiste sur le fait que « l’UE doit adopter une approche commune de la reconnaissance des mariages et des partenariats entre personnes de même sexe » et demande à la Commission de proposer une législation « exigeant que tous les États membres reconnaissent, aux fins de la législation nationale, les mariages ou les partenariats enregistrés formés dans un autre État membre ».

    Judit Varga a interprété cela comme une attaque contre le pays : « Il semble que le PE soit toujours blessé par le fait que la Hongrie n’autorise aucune propagande sexuelle dans les établissements d’enseignement public, les écoles et les jardins d’enfants par le biais de la loi sur la protection de l’enfance. Cela les dérange que nous résistions aux pressions et au lobby LGBTQ. »

  • Présidentielles 2022 : Macron fait des annonces pour la sécurité

    Présidentielles 2022 : Macron fait des annonces pour la sécurité

    Depuis Roubaix, terre de Gérald Darmanin, Emmanuel Macron a clôturé ce mardi le Beauvau de la sécurité en annonçant une série de mesures.

    « Des propositions à la hauteur de l’espoir. » C’est ce qu’a promis ce mardi Emmanuel Macron lors d’un discours pour clôturer le Beauvau de la sécurité, cette série de tables rondes lancée au début de l’année pour, notamment, améliorer la relation entre police et population, mais aussi améliorer les conditions de travail des forces de l’ordre.

    Depuis Roubaix, dans le Nord, le chef de l’Etat a annoncé une « stratégie complète » pour améliorer la sécurité des Français sans « céder à la tyrannie des faits divers » mais en « ne considérant pas que tout va bien ». « La sécurité est le devoir, la cause même, de notre Nation », a rappelé le président de la République, qui annonce un budget de 1,5 milliard d’euros de crédit pour le ministère de l’Intérieur, dont 500 millions iront à la mise en place des mesures issues du Beauvau de la sécurité dès 2022.

    Une « réponse radicale » sur la procédure pénale

    Emmanuel Macron a déploré une perte de temps pour les policiers, les gendarmes mais aussi les magistrats. « Que voit-on quand on va dans un commissariat ? Des piles de papiers. Que voit-on dans les tribunaux ? Des piles de papiers. Le formalisme et la lourdeur des procédures sont les ennemis communs de nos forces de sécurité et de nos magistrats », a estimé le chef de l’Etat.

    Pour accélérer les réponses pénales, Emmanuel Macron a confié au garde des Sceaux la conduite d’un chantier de simplification de la procédure pénale d’ici 3 mois.

    « Le droit doit protéger les citoyens, tous les citoyens doivent être protégés. Il ne s’agit pas de sacrifier les fondements des procédures », a promis le chef de l’Etat, annonçant la simplification « drastique » des cadres d’enquête.

    Emmanuel Macron ce mardi 14 septembre 2021 à Roubaix

    Il a également annoncé l’élargissement de l’amende forfaitaire aux délits d’occupation illicite de halls d’immeuble et d’occupation illicite des terrains par les gens du voyage à partir du mois d’octobre. Cette procédure, impliquant le paiement d’une amende de 200 euros et une inscription au casier judiciaire, a déjà été mise en place pour la consommation de stupéfiants.

    Augmentation des effectifs de policiers

    Emmanuel Macron a annoncé que le nombre de policiers et de gendarmes sur le terrain va être multiplié par deux d’ici 10 ans. « Ce qu’attendent nos compatriotes, c’est une présence accrue des forces de l’ordre sur le terrain, a-t-il assuré. Ça les rassure et dissuade les délinquants. »

    Cette augmentation du nombre d’agents sur le terrain passera à une « organisation des forces revue pour réhausser le taux d’encadrement, permettre un commandement 24h/24 et plus de hiérarchie sur le terrain ». Cette promesse de « plus de bleu sur le terrain » devrait également être permise grâce à une réforme des horaires des forces de sécurité.

    Afin de faire face aux évolutions de la société, et pour répondre aux critiques sur l’action des forces de l’ordre lors des manifestations, un centre de formation sur le maintien de l’ordre va être créé en Ile-de-France. Il s’agira, selon le chef de l’Etat, de créer « un vivier pour de nouvelles compagnies de CRS et d’escadrons de gendarmerie mobile ».

    Enfin, une réserve opérationnelle de la police nationale va être mise en place avec 30.000 réservistes.

    De nouvelles tenues

    Changement de couvre-chef et nouvelles tenues. Les uniformes des policiers feront peau neuve à compter du premier trimestre 2022, a annoncé aussi Emmanuel Macron ce mardi depuis l’école de police de Roubaix.

    Toujours en bleu, les fonctionnaires de police revêtiront au choix un polo à manches courtes ou à manches longues. Les deux versions seront floquées du logo de l’institution sur la droite de la poitrine, et l’inscription « Police nationale » sera lisible au dos.

    La plainte en ligne dès 2023

    La plainte en ligne sera mise en place en 2023, a annoncé Emmanuel Macron, indiquant ne plus vouloir que cette procédure soit réservée à la pré-plainte en ligne qui devait être complétée par un rendez-vous en commissariat ou en brigade.

    « Un suivi possible avec des référents à qui s’adresser et des applications numériques dédiées ».

    Emmanuel Macron ce mardi 14 septembre 2021 à Roubaix

    Le déploiement généralisé des caméras-piéton

    « Nous n’avons rien à perdre avec la transparence. » Emmanuel Macron a annoncé la généralisation des caméras-piéton pour chaque agent sur le terrain d’ici 2022.

    Actuellement 15.000 caméras sont déjà déployées, et 15.000 autres doivent l’être dans les prochaines semaines. Cette généralisation du dispositif passera d’abord par une caméra par patrouille avant une caméra par agent.

    « Les caméras sont bonnes pour l’action mais aussi dans la suite judiciaire », estime le président, assurant qu’il s’agit d’un outil « de dissuasion, de transparence, d’efficacité et de protection ». Les images « protègent » les policiers mais permettent aussi de « contextualiser » une situation quand des vidéos se retrouvent sur les réseaux sociaux.« 

    Emmanuel Macron ce mardi 14 septembre 2021 à Roubaix

    Création d’une instance parlementaire de contrôle

    Comme prévu, Emmanuel Macron a annoncé la création d’une instance parlementaire pour contrôler l’action des forces de l’ordre. « La transparence n’est pas un sujet », a fait valoir le président de la République.

    Ainsi les rapports des Inspections générales de la police nationale et de la gendarmerie nationale (IGPN et IGGN) vont être rendus publics. Le chef de l’Etat a également fait valoir une « transparence sur le suivi des rapports qui doivent donner lieu à des réponses claires personnelles ou organisationnelles ».

  • Exemption des journées nationales de Défense : attention à la rentrée universitaire!

    Exemption des journées nationales de Défense : attention à la rentrée universitaire!

    Les jeunes expatriés sont exemptés de la journée nationale de défense, par contre pour les plus jeunes étudiants, l’attestation de dispense n’est plus forcément valable. On vous explique ce qui attend peut-être votre adolescent sur le chemin de sa rentrée universitaire !

    Les journées indispensables jusqu’à 25 ans

    Si en tant que jeune vivant en dehors du territoire national, l’adolescent reçoit au cours de l’année de ses 16 ans un document l’informant qu’il est exempté des journées nationales de défense, il peut s’il le désire les réaliser. Et cela peut avoir des avantages ? En effet, un jeune Français peut être soumis à l’obligation de réaliser ses journées de Défense nationale entre ses 16 et ses 25 ans. Tant qu’il est à l’étranger, il est donc exempté. Mais si il revient faire des études en France avant d’avoir ses 26 ans, il devra présenter l’attestation comme quoi il a « fait ses jours ».

    « Mon fils aîné a eu 16 ans en Italie, il a donc reçu sa lettre de dispense de JDC, qu’il a présentée pour s’inscrire au bac à Rome. Ensuite il est parti continuer ses études en prépa dans un lycée en France. Maintenant en 2ème année il s’inscrit aux fameux concours. Il joint la lettre de dispense au dossier d’inscription et l’envoie dans les délais. Pof, mail en retour lui indiquant en majuscule que « L’ATTESTATION DE RECENSEMENT N’EST PLUS VALABLE ». Après relecture attentive de la lettre, effectivement ils n’ont pas tort. Notre fils aurait dû signaler son retour en France et faire sa journée JDC dans la foulée. Dans la situation présente,  il ne peut présenter aucun concours, ni passer d’examen. Très dommage! Moment de panique au lycée, à la maison. Moral au plus bas des parents et du fiston… Il peut toutefois tenter d’envoyer en urgence une simple convocation à  la journée JDC.« 

    Témoignage de Françoise, maman d’un jeune expatrié

    Devoir faire ses journées nationales dans l’urgence n’est pas idéal, surtout pour un premier contact entre le jeune expatrié et son pays. Alors quelles solutions ?

    Des journées au consulat ?

    En réponse, le gouvernement a mis en place, sous l’impulsion de Gabriel Attal, alors en charge de ce dossier, des dispositifs qui permettaient aux consulats d’organiser des sessions permettant de valider ses journées nationales et ainsi d’arriver après le « bac » avec les documents nécessaires pour continuer sa scolarité ou plonger dans la vie active en France.

    Mais voilà que la Covid-19 depuis le printemps 2020 a forcé la plupart des consulats à annuler les journées. Une situation qui conduit à de nombreux problèmes à quelques jours de la rentrée universitaire. Frédéric Petit, député des Français d’Europe centrale et de l’Est, issu du Modem, a écrit à la Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry.

    « La non-organisation de cette journée, importante dans la construction de la citoyenneté de nos jeunes situés à l’étranger, parfois bi- voire tri-nationaux, me semble dommageable pour ces jeunes qui n’entretiennent parfois que peu de liens avec la France.« 

    Frédéric Petit, député des Français d’Europe centrale et de l’Est dans son courrier à Sarah El Haïry

    Réaliser ses journées de Défense en urgence

    Il va falloir d’abord vous faire recenser auprès de votre nouvelle mairie et ceci le plus rapidement possible. Vous recevrez ensuite par courrier votre convocation indiquant la date et le lieu de la JDC. Ce courrier vous parviendra environ 45 jours avant la date de la journée. Si vous ne pouvez pas vous rendre à la JDC, vous pouvez proposer une autre date ou un autre lieu en vous adressant à votre centre du service national (CSN). Si vous êtes apprenti ou salarié, sachez que la JDC n’est pas considérée comme une journée de congé.

    Une attestation pour les facultés mais pas seulement

    L’attestation de réalisation des journées de défense peut être demandée au jeune Français(e) jusqu’à l’âge de 25 ans ! Et pas seulement pour aller en facultés ou en écoles, mais aussi lors de l’inscription à toute épreuve, concours, examen pour devenir fonctionnaire, certifier des compétences acquises hors de l’Union européenne ou pour le permis de conduire.

  • Tunisie : bientôt un gouvernement ?

    Tunisie : bientôt un gouvernement ?

    Le président Saïed est sorti du silence. Il a annoncé samedi soir la formation d’un nouveau gouvernement, dans les plus brefs délais, et une prochaine révision de la Constitution. Des annonces qui arrivent après 7 semaines d’état d’exception.

    Palais de la Présidence de la Tunisie

    A Tunis, la correspondante de TV5MONDE, Maurine Mercier.

  • L’UE et les critères de Maastricht après la Covid-19

    L’UE et les critères de Maastricht après la Covid-19

    Pour éviter un effondrement économique dans le contexte de pandémie, l’Union européenne a temporairement mis de côté sa discipline budgétaire, mais le retour de la croissance relance un débat sur l’austérité qui divise les Vingt-Sept.

    « Cela va être une énorme bataille politique »

    Une source européenne.

    Le sujet doit animer la réunion des ministres des Finances de l’UE vendredi (10 septembre) et samedi (11 septembre) à Kranj (Slovénie), un premier round d’observation entre partisans d’un assouplissement des règles et défenseurs d’un retour rapide à l’orthodoxie.

    La Commission européenne a promis de relancer à l’automne une consultation citoyenne, point de départ d’une discussion qui s’étirera durant des mois. Probablement à partir d’octobre, après les élections législatives allemandes.

    Prévu avant la pandémie, ce débat sur une réforme du pacte de stabilité, qui limite les déficits publics à 3% et la dette à 60% du produit intérieur brut (PIB), avait été suspendu à cause de la crise. Il prend désormais une autre dimension.

    La dette s’envole 

    La pandémie a provoqué l’an dernier une crise économique historique. La chute d’activité combinée aux dépenses des gouvernements pour protéger les entreprises et l’emploi, ont fait s’envoler la dette.

    Le ratio de dette publique des 19 pays partageant la monnaie unique a atteint pour la première fois en 2020 le seuil symbolique de 100% du PIB, contre 86% en 2019.

    Surtout, le choc a touché bien plus durement les pays du sud, les plus endettés, qui vivent davantage des services liés au tourisme, premières victimes des restrictions sanitaires.

    Ainsi, le ratio d’endettement de la Grèce a redépassé les 200% du PIB, celui de l’Italie frôle les 160%, contre près de 120% pour l’Espagne et la France.

    Un strict retour au pacte budgétaire d’avant-crise entraînerait pour ces pays une réduction brutale des investissements publics au risque de replonger l’Europe toute entière dans la récession.

    Financer la transition verte 

    L’effondrement de la dépense minerait par ailleurs la lutte contre le changement climatique qui nécessite de rénover des millions de logements, de bâtir des réseaux de bornes de recharge pour les voitures électriques ou de construire un nouveau système énergétique décarbonné.

    « Compte tenu des niveaux d’endettement public qui seront atteints au sortir de cette crise et de la nécessité de financer la reprise et la transition écologique, une revue en profondeur des règles budgétaires apparaît plus que jamais nécessaire »

    Le commissaire européen à l’Economie, l’Italien Paolo Gentiloni.

    Il plaide pour une politique de croissance, seul moyen selon lui de réduire à terme les déficits. Cette position, soutenue notamment par la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde, est aussi celle des pays du sud et de la France.

    A Bercy, on défend des règles simplifiées autour de plafonds de dépenses adaptés aux différents pays, et qui permettraient de favoriser les investissements vertueux dans la protection de l’environnement ou le numérique.

    Mais les pays du nord, dits « frugaux », qui s’inquiètent de devoir payer pour les excès supposés de leurs voisins, redoutent l’abandon de la rigueur budgétaire, même s’ils ne ferment pas la porte à une réforme. Avec le retour de la croissance, attendue à 4,8% cette année et 4,5% l’an prochain pour la zone euro, ils estiment que le pacte de stabilité, qui offre selon eux suffisamment de flexibilité, devra être réinstauré dès 2023 même si le débat n’a pas encore abouti.

    « Des simplifications et adaptations qui favorisent une meilleure mise en application méritent d’être discutées, mais seulement si les nouvelles propositions ne mettent pas en péril la viabilité budgétaire des Etats membres et de la zone euro »

    Déclaration des huit pays « frugaux », dont l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède, dans une lettre publiée jeudi 09 septembre 2021

    L’Allemagne est également réservée et un compromis franco-allemand devra être trouvé.

    Par rapport à la crise des années 2010 qui avait exposé les fractures de la zone euro et failli torpiller la monnaie unique, l’UE s’affiche cependant plus solidaire après son plan de relance de 750 milliards d’euros financé par une dette commune.

    « Chacun a appris des crises précédentes. Même si certains sont plus frugaux que d’autres, aujourd’hui les positions sont plus nuancées », veut croire un diplomate européen.

    Quelles modifications et quand ?

    La Commission européenne a déclaré vendredi 10 septembre qu’elle étudierait les possibilités d’améliorer le pacte de stabilité et de croissance d’ici la fin de l’année prochaine, alors que les États membres se préparent à une bataille acharnée sur la réforme des règles budgétaires de l’UE.

    Les efforts herculéens déployés par les États membres pour faire face à la pandémie de Covid-19 ont poussé la dette publique à des niveaux sans précédent dans l’UE, qui devrait culminer à environ 95 % du PIB en 2021.

    Ce chiffre est bien supérieur au seuil d’endettement de 60 % du PIB fixé par le pacte de stabilité et de croissance qui fixe les règles budgétaires de l’Union, désormais suspendues pour permettre les dépenses supplémentaires nécessaires au soutien des économies européennes. Ce pacte prévoit également que les déficits publics doivent rester inférieurs à 3 % du PIB.

    Bien que l’économie européenne doive retrouver son niveau d’avant la crise d’ici la fin de l’année, la BCE a prévenu que la vitesse de la reprise dépendra de l’évolution de la pandémie.

    C’est dans ce contexte que les ministres des Finances de l’UE ont commencé à discuter ce week-end des moyens d’améliorer les règles budgétaires. Une décision qui pourrait déterminer la sévérité des ajustements budgétaires et des hausses d’impôts qu’ils devront adopter pour maîtriser leurs finances publiques.

    Le groupe favorable à la stabilité budgétaire, composé principalement d’États membres du Nord, et les pays du Sud, favorables à un cadre propice aux investissements, ont convenu que les règles devaient être simplifiées, après des années de modifications et de réinterprétations qui ont compliqué leur application.

    Mais les deux blocs sont en désaccord sur la question de l’investissement dans certains domaines prioritaires, tels que les initiatives écologiques.

    En outre, des pays comme l’Espagne et la France, ainsi que la Commission européenne, ont fait valoir que la révision devrait assouplir les efforts de réduction des niveaux de la dette publique, car la méthodologie actuelle obligerait à imposer des réductions d’austérité draconiennes aux économies touchées par la pandémie.

    « Nous aurons besoin d’une trajectoire de réduction de la dette qui soit réaliste pour tous les États membres. Nous devons trouver un équilibre entre la viabilité budgétaire et la nécessité de soutenir la reprise économique »

    Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne

  • À la  recherche  d’un  nouveau  souffle

    À la recherche d’un nouveau souffle

    La  disparition  de  Jean-Paul  Belmondo,  par  l’émotion  publique  qu’elle  entraîne,  dépasse sa  seule  personne.  Elle  semble  clore  définitivement  une  époque.  Pour  une  large  majorité des  Français,  l’acteur  était  le  représentant  des  Trente  Glorieuses,  de  l’insouciance,  de  la légèreté.  Campant  des  personnages  faisant  fi  des  règles  de  la  bienséance,  de  la hiérarchie  et  des  codes  du  passé,  il  incarnait  tout  à  la  fois  l’esprit  français  et  celui  d’une époque  où  il  était  possible  de  rouler  vite,  de  se  moquer  des  voyous  comme  des  flics,  des puissants  et  des  faibles,  d’être  vulgaire  ou  spirituel.  Enfant  gâté,  il  donnait  l’impression que  la  vie  était  un  jeu. 

    Même  la  défaite  de  la  France  en  1940,  dans  le  cadre  du  film  «  Un week-end  à  Zuydcoote  »,  devenait  presque  une  farce.  Jean-Paul  Belmondo  a  eu  le  talent de  transcender  la  population  en  faisant  le  lien  entre  le  théâtre,  le  milieu  élitiste  de  Saint Germain  et  le  cinéma  populaire.  S’il  exigeait  que  son  nom  figure  en  grosses  lettres  en haut  de  l’affiche,  il  n’oubliait  jamais  de  faire  travailler  ses  amis  et  sa  famille.  Son indéniable  soif  de  reconnaissance  n’excluait  pas  une  réelle  générosité.

    Porte-drapeau des classes moyennes. 

    Capable  de rassembler  plus  de  deux  Français  sur  trois,  il  est  devenu,  sans  en  être  membre,  le  porte-drapeau  des  classes  moyennes  qui  émergeaient,  à  compter  des  années  1950,  en France,.  Les  Français  aiment  à  s’identifier  à  des  personnalités  quasi  divinisées. Napoléon,  le  Général  de  Gaulle,  Johnny  Halliday  ou  Jean-Paul  Belmondo  ont  eu  cette capacité,  à  un  moment  de  leur  existence,  chacun  dans  leur  champ  d’activité,  de transcender  la  population. 

    Après  plusieurs  décennies  de  difficultés  économiques,  après dix-huit  mois  de  crise  sanitaire  et  face  aux  menaces  du  réchauffement  climatique  et  de la  disparition  des  espèces,  le  temps  de  Jean-Paul  Belmondo  semble  bien  lointain.  Les films  français,  à  l’image  de  la  société,  retranscrivent  désormais  la  violence  de  la  société, les  drames  sociaux  et  l’isolement  des  individus.

    Redonner un sens au mot «  aventure » 

    En  pleurant  le  décès  de  Jean-Paul Belmondo,  les  Français  pleurent  la  dictature  de  la  banalité,  de  l’histoire  contrainte,  sans possibilité  d’échappement  d’un  quotidien  jugé  de  plus  en  plus  pesant.  L’Europe,  et  en particulier  la  France,  ont  besoin  de  redonner  un  sens  au  mot  «  aventure  »  tout  comme  à l’expression  «  joie  de  vivre  ». 

    Les  Français  craignent  l’attrition,  le  rétrécissement  de  leur horizon,  le  déclassement  social.  Ils  ne  comprennent  pas  pourquoi  les  logements  sont  de plus  en  plus  petits  et  de  moins  bonne  qualité  en  2021  que  dans  les  années  1980,  que  les voitures  sont  de  plus  en  plus  coûteuses,  que  les  salaires  de  jeunes  diplômés  ne progressent  plus.

    Manque de héros et de perspectives 

    Derrière  l’émotion  légitime  de  la  disparition  d’un  monstre  sacré  du cinéma  français  se  masque  une  évidente  nostalgie  et  un  manque  de  héros  et  de perspectives.  Si  les  artistes  disparus  participent  naturellement  à  la  constitution  de  la communauté  de  destin,  ils  ne  sauraient  suffire  pour  en  assurer  sa  pérennité.  Il  est nécessaire  de  répondre  au  besoin  d’identification  à  de  nouvelles  personnalités.  En France,  les  stars  du  football  ou  du  rap  y  contribuent  mais  elles  sont  de  plus  en  plus  hors-sol,  de  moins  en  moins  liées  à  la  culture  française  proprement  dite. 

    Aux  États-Unis,  si l’industrie  cinématographique  a  encore  quelques  monstres  sacrés  à  son  service,  les superhéros  sont  de  plus  en  plus  les  dirigeants  des  entreprises  de  la  haute  technologie qui  se  battent,  notamment,  pour  conquérir  l’espace  ou  repousser  les  limites  de l’espérance  de  vie  de  l’espèce  humaine.  À  l’Est,  la  Chine  se  rêve  de  devenir  la  première puissance  économique mondiale  d’ici  2049  et  travaille  à  la  création  de trains  à  très grande vitesse  et  d’avions  supersoniques.

  • Le Crédit suisse, valet du communisme ?

    Le Crédit suisse, valet du communisme ?

    Les communistes usaient souvent de l’expression délicieuse de « valet du capitalisme ». L’artiste chinois Ai Weiwei fait sans aucun doute partie de ces ennemis de classe. Il a souvent moqué la pensée du génial Xi Jinping, empereur de Chine grâce au Parti Communiste Chinois. Ce manque de respect, le Crédit suisse ne le supporte pas. D’autant qu’il compte tripler son activité en Chine dans les cinq ans qui viennent. Aussi la banque a-t-elle fermé le compte de la Fondation Ai Weiwei.

    Ai Weiwei est installé en Europe depuis 2015. Il a passé son enfance dans un camp de travail où avait été envoyé son père pendant la révolution culturelle. Artiste mondialement reconnu, il défend, ô scandale, la démocratie et les droits de l’homme, y compris contre le régime chinois.

    Un artiste chinois gêne, on ferme son compte.

    La banque justifie sa décision par le passé « criminel » d’Ai Weiwei. Par souci de sa réputation, la banque, qui lave plus blanc que blanc, clôture tous les comptes « liés aux personnes ayant des antécédents judiciaires ». Ne pas rire. L’insolent Ai Weiwei répond qu’en matière de passé criminel la banque sait de quoi elle parle, elle qui a spolié les familles juives et protégé les nazis réfugiés en Argentine. Elle devrait se clôturer elle même.

    Récemment encore elle a payé 5.28 milliards de dollars à la justice américaine et à des personnes lésées pour éviter un procès. Elle est également poursuivie dans une affaire de blanchiment par la justice belge, fait l’objet d’enquêtes en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Australie. Elle a payé aussi pour régler une affaire d’espionnage : elle avait fait suivre plusieurs de ses cadres -et Greenpeace- par des détectives privés. L’un d’eux se serait suicidé.

    Ai Weiwei présentant une de ses oeuvres en Europe

    Face à la mauvaise réputation du Crédit suisse, le soupçon suffit ?

    Ai Weiwei, lui, ne s’est frotté qu’à la justice chinoise. Et à la police. Et au parti. Il n’a pourtant jamais été condamné. Mais le Crédit suisse est plus exigeant que les juges de Pékin : pas condamné, ce n’est pas suffisant. Le soupçon suffit. Ouste !

    C’est une idée : se fonder sur le soupçon. Brandir « l’éthique » d’un code interne, sans avoir à donner d’explication, sans se justifier. La brutalité simple du secret et du pouvoir, ici bancaire. Il suffirait donc d’un « soupçon » de recyclage d’argent venant d’activités illicites, comme la drogue, la prostitution, le terrorisme, le détournement de fonds, la corruption, pour interdire l’activité de telle banque. Inutile d’engager un procès de « complicité de biens mal acquis », un soupçon suffit pour fermer les comptes ou … fermer les banques… C’est d’ailleurs la menace des Américains.

    La justice suisse veille

    Il se trouve que la justice suisse veille : le Ministère public a accusé le Crédit suisse de blanchiment au profit du roi de la coke bulgare et de son organisation criminelle. La justice suisse devrait censurer les censeurs, et les valets du communisme.

    La Suisse, dans les institutions internationales, défend toujours les libertés fondamentales. La censure chinoise s’exerce donc dans le pays qui est un modèle démocratique d’état de droit. Le Crédit suisse révèle une impressionnante capacité de censure du pouvoir chinois.

    Celui-ci a repris en mains les plus grandes entreprises du pays. Soit par la réglementation, soit par des dons spontanés de plusieurs milliards. Les fonds d’investissements qui ont agi en Chine se plaignent de la chute des actions chinoises (- 10% à Hong Kong) et découvrent que la Chine est une dictature dirigée par le PCC. L’entreprise libre n’est pas libre en Chine. Un jour, un commissaire politique demandera au Crédit suisse un café et le Crédit suisse lui donnera Nestlé. « Les capitalistes nous vendront la corde pour les pendre », disait Lénine.

    Les banques sont vos juges. Les réseaux sociaux vous virent. Les barmans contrôlent vos passes sanitaires. Petit à petit, la Chine installe son modèle de « carnet social et citoyen » comme une nouvelle mode, comme le col Mao d’antan.

    Hier les marchés financiers défendaient la liberté à Hong Kong. Le peuvent-ils encore ? S’il n’y a pas de liberté sans droit de propriété, il n’y a pas non plus de droit de propriété sans liberté. Pour un banquier qui veut soigner sa réputation, la faillite morale précède la faillite tout court.

    Les banques suisses ont eu peur de perdre le marché américain. Elles ont mis fin au secret bancaire et payé des amendes. Le progrès éthique avait un sacré booster. Tant mieux. Maintenant elles ont peur de la Chine.

    Et si les Européens appliquaient la jurisprudence du soupçon ?

    Il n’y a que de l’Europe dont elles ne craignent rien. Et si les Européens appliquaient la jurisprudence Ai Weiwei du soupçon aux activités de blanchiment ou du financement d’activités criminelles ? Ou d’activités contraires aux Droits de l’Homme ? L’Union européenne peut-elle supporter l’activité de banques ayant des antécédents judiciaires sur son territoire ?

    Les Européens devraient s’inspirer de « l’éthique » des pratiques américaines et chinoises, pour défendre leurs valeurs. Pas seulement la monnaie, mais ce qui la soutient : un système de droit, libéral et démocratique. Vive la Suisse libre ! Et les artistes audacieux.

    Laurent Dominati

    A. Ambassadeur de France

    A. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

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