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  • Les Français évacuent l’Ukraine

    Les Français évacuent l’Ukraine

    L’attaque russe en Ukraine, déclenchée au cours de la nuit de mercredi 23 à jeudi 24 février 2022, a provoqué de nombreuses réactions de la communauté internationale. Celle-ci, dont la France, condamne fermement la décision de Vladimir Poutine.

    Emmanuel Macron a convoqué un conseil de défense et de sécurité nationale à l’Elysée ce jeudi. Le chef de l’Etat s’est par ailleurs entretenu avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, et « lui a affirmé tout le soutien et la solidarité de la France ».

    L’ambassade de France mobilisée

    En parallèle, l’ambassade de France a déclenché le plan d’évacuation. Directement ou via les îlotiers, l’administration consulaire prend contact avec tous les Français sur place pour organiser points de rencontre, convois afin d’évacuer le plus grand nombre de nos expatriés. On estime qu’ils sont encore au moins 800 sur place. Cependant dans une communication le ministère des Affaires étrangères prévient que le personnel de l’ambassade ne peut plus rien pour nos compatriotes situés dans les provinces les plus à l’Est.

    « Dans l’Est du pays, la situation demeure tendue sur toute la ligne de front, de Marioupol à Louhansk. Depuis le début du conflit, plusieurs localités ont été touchées. Le bilan humain des affrontements s’élève à plus de 10 000 morts. Certains points de passage et plusieurs infrastructures font l’objet d’attaques. En Crimée et dans la partie du Donbass échappant au contrôle des autorités ukrainiennes, l’ambassade de France ne peut apporter son aide aux Français.« 

    Communication du ministère des affaires étrangères du 24 février aux Français en Ukraine

    Pour les autres, l’ambassade de France en Ukraine a ouvert « une cellule de crise » à destination de ces Français se trouvant dans le pays. Elle est joignable au +380 55 590 36 39. Ce jeudi 24 février, aucune évacuation n’a eu lieu.

    Depuis quelques jours, la France demandait à nos compatriotes de rentrer en France. Ce que David Franck, conseiller des Français de Kiev, a fait il y a quelques jours, pour les vacances avec son fils alors que le Lycée français de la capitale ukrainienne avait fermé par anticipation dès vendredi dernier. Hier soir, Paris a durci le ton exhortant ses ressortissants à quitter l’Ukraine mais Kiev a fermé son espace aérien à l’aviation civile ce matin, après l’annonce de l’offensive russe. Depuis les routes à destination de la Pologne sont prises d’assaut, il faut plus de 9 heures pour rejoindre la frontière au lieu des 5 heures usuelles.

    Carte Flyradar le 24 février à 10h (CET)

    On estime que c’est près de 5 millions d’Ukrainiens qui vont fuir le pays. Déjà la frontière slovaque est saturée. La Roumanie, qui compte parmi les pays les plus pauvres d’Europe, a fait savoir qu’elle ne s’attendait pas à ce que beaucoup d’Ukrainiens fuient vers son territoire, mais qu’elle était prête à en accueillir un demi-million. « C’est le chiffre pour lequel nous sommes préparés », a déclaré mardi le ministre de la Défense, Vasile Dancu. Que ce soit dans ces pays ou en Pologne, des plans d’urgence pour une crise humanitaire potentielle étaient déjà à l’étude avant même que la Russie n’ait reconnu l’indépendance des zones contrôlées par les rebelles dans l’est de l’Ukraine et avant la riposte occidentale via des sanctions. Une fois au sein de l’Union européenne, ces réfugiés seront sûrement pris en charge par l’ensemble des Etats. Un sujet qui sera au menu du Conseil européen extraordinaire de Bruxelles ce jeudi 24 février après-midi.

    Les Français sur place, entre résistance et fuite

    Pour les Français d’Ukraine restés sur place, la surprise est totale. Si tout le monde avait anticipé les difficultés aux abords des régions séparatistes, personne ne pensait que les bombardements s’étendraient au reste du pays et encore moins à la capitale. Le réveil, très tôt, ce matin, au bruit des bombes, fut donc une grande surprise pour nos compatriotes.

    Français à Kiev ce jeudi 24 février 2022

    Depuis les rumeurs circulent entre les familles, dans les quartiers et sur les réseaux sociaux, augmentant ainsi le chaos et l’indécision chez les Français d’Ukraine.

    Echange sur le groupe Facebook des expatriés français en Ukraine
    Echange sur le groupe Facebook des expatriés français en Ukraine

    Sans oublier que cette situation, particulièrement stressante, peut amener à faire des erreurs qui compliquent l’évacuation. En effet, il est important, même dans ce cas, d’être capable de démontrer sa nationalité afin de pouvoir sortir du territoire ukrainien. L’ambassadeur avait d’ailleurs émis un message en début de semaine invitant les Français à bien préparer : vêtements chauds, réserve de nourriture et d’eau ainsi que les papiers d’identité (passeport ou CNI).

    Echange sur le groupe Facebook des expatriés français en Ukraine

    Kiev, les abris ont été ouverts aux civils

    Désormais, la capitale ukrainienne est vide. Seuls, les messages invitant les habitants à se calfeutrer chez eux ou dans les abris résonnent dans les rues de la ville.

    D’ailleurs, l’ambassade de France, comme le gouvernement ukrainien, invitent désormais ceux encore présents dans la capitale à rester chez eux ou à rejoindre un abri.

    Pour rejoindre les souterrains qui pourraient protéger des bombardements, il suffit de se connecter à Google Maps, ils sont désormais indiqués sur une page dédiée (pour la consulter cliquez ICI).

    Et maintenant ?

    La Pologne a demandé à l’Otan d’activer l’article 4 du traité de l’Alliance, qui prévoit des consultations en cas de menace à la sécurité de l’une des parties. Les ambassadeurs des 30 pays membres doivent se réunir en urgence, ce matin à Bruxelles, pour discuter de leur réponse à la guerre en Ukraine.

    Tandis que le président du Conseil européen, Charles Michel, a convoqué d’urgence une réunion extraordinaire du Conseil européen. Les dirigeants de l’UE se réuniront plus tard dans la journée pour débattre de la crise et de nouvelles mesures restrictives qui auront des conséquences lourdes et massives pour la Russie consécutivement à ses actions, en coordination étroite avec nos partenaires transatlantiques. La présidente von der Leyen présentera un nouveau train de mesures de sanctions en cours de finalisation par la Commission européenne, que le Conseil adoptera rapidement.

  • Ivoire Black History Month 

    Ivoire Black History Month 

    Depuis début février est célébrée la 3ème édition de l’Ivoire Black History Month en Côte d’Ivoire. L’événement a été créé sous l’impulsion de jeunes Ivoiriens qui se sont inspirés du Black History Month né aux Etats-Unis en 1976 et qui commémore chaque année la culture et l’histoire de la population noire du pays. Une manifestation annuelle qui s’étale sur l’ensemble du mois de février, pour mettre en lumière la richesse culturelle de leur pays. 

    “Les figures ivoiriennes de la résistance”

    L’édition 2022 est consacrée aux figures ivoiriennes de la résistance. Pour l’occasion, les organisateurs font, par exemple, découvrir l’histoire de Rubino, un colon blanc, tué par le peuple Abbey. 

    L’histoire remonte au XXème siècle. Rubino travaille pour la compagnie française de l’Afrique occidentale, loge régulièrement dans le pays et est connu pour maltraitance envers les locaux. Le 7 janvier 1910, les Abbeys se révoltent contre les colons et font sauter le chemin de fer, symbole colonialiste, qui traverse leurs terres. Rubino est l’un des passagers. Ils le capturent et le tuent. 

    Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et connaît plusieurs modifications en fonction du conteur. Officiellement, d’après les récits coloniaux, Rubino aurait été décapité ou affreusement torturé par les sanguinaires et cannibales Abbeys. 

    Selon les anciens du village, leurs ancêtres auraient découpé les mains du tortionnaire français pour les cuisiner et les servir aux soldats blancs venus après le déraillement du train. S’en serait ensuivie une guerre entre soldats et Abbeys. 

    Affiche de la 3ème édition du Ivoire Black history month – source Fb

    Déconstruire les préjugés coloniaux

    Si les organisateurs du Ivoire Black History Month ont programmé une visite dans le village de Rubino, c’est pour montrer aux jeunes Ivoiriens que l’histoire a toujours plusieurs versions. Pour Serge-Alain Niango, l’un des fondateurs de l’événement, “l’histoire ivoirienne est remplie de préjugés coloniaux” importants à déconstruire. Il invite les visiteurs à s’interroger sur l’histoire, afin de savoir ce que nous gardons en mémoire ou non. 

    Un reportage de TV5MONDE

  • Russie : les premières sanctions de l’UE

    Russie : les premières sanctions de l’UE

    Mardi 22 février, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont adopté à l’unanimité une première série de sanctions à l’encontre de la Russie : ajout d’hommes et de responsables politiques sur la liste noire de l’UE, interdiction de négocier la dette souveraine russe sur les marchés financiers européens et restrictions des importations et des exportations avec les entités séparatistes pro-russes d’Ukraine.

    Ces mesures, prises en concertation avec les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, « feront mal à la Russie, très mal », a déclaré Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’Union, à la presse à l’issue de la réunion extraordinaire.

    Cette série de mesures intervient en réponse à la décision du président russe Vladimir Poutine, prise lundi 21 février, de reconnaître l’indépendance des régions de Donetsk et de Louhansk, contrôlées par des séparatistes pro-russes, puis d’y déployer des troupes, tout en continuant à nier toute intention d’envahir l’Ukraine. Ces actions ont amené les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne à discuter d’éventuelles mesures punitives.

    La reconnaissance officielle par la Russie de deux régions séparatistes dans l’est de l’Ukraine est « illégale et inacceptable », ont déclaré lundi le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en exposant dans une première déclaration les propositions relatives à la première étape du paquet de sanctions.

    Ce paquet vise spécifiquement les personnes et entités qui ont joué un rôle dans la décision illégale de reconnaître les régions séparatistes et concerne notamment les 351 membres de la chambre basse du parlement russe ayant voté en faveur dune reconnaissance. Les dix-sept autres membres de cette chambre, qui se sont quant à eux abstenus et se sont opposés à une reconnaissance, ne sont pas concernés par les sanctions.

    En revanche, Vladimir Poutine ne figure pas sur la liste des sanctions, a confirmé M. Borrell.

    La liste comprend vingt-sept personnes et entités « qui jouent un rôle dans l’atteinte ou la menace de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’indépendance de l’Ukraine », notamment des militaires, des opérateurs économiques et des responsables de la désinformation.

    Les cibles feront l’objet d’un gel des avoirs et d’une interdiction de voyager, ce qui signifie qu’elles ne seront pas autorisées à entrer ou à transiter sur le territoire de l’UE.

    Les mesures prévoient également l’interdiction de négocier en Europe la dette souveraine russe et visent plus généralement la capacité de l’État et du gouvernement russes à accéder aux marchés des capitaux et aux marchés et services financiers de l’UE, et ce dans le but de limiter leur capacité à financer leurs politiques.

    Les banques impliquées dans le financement des activités séparatistes dans l’est de l’Ukraine pourraient également être ciblées.

    Les deux régions séparatistes seront également exclues d’un accord de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine, « afin que les responsables ressentent clairement les conséquences économiques de leurs actions illégales et offensives », peut-on lire dans le communiqué.

    Par ailleurs, M. Borrell a salué la décision de l’Allemagne de mettre un terme au projet controversé de gazoduc Nord Stream 2 après l’incursion de la Russie en Ukraine, ce qui, selon lui, « vient compléter » ce premier ensemble de sanctions.

    Borrell
    Josep Borrell, haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

    Les prochaines étapes des sanctions

    Ce premier ensemble de sanctions devrait être finalisé et signé par les ambassadeurs de l’UE dans le cadre d’une procédure écrite (procédure accélérée) au plus tard mercredi matin (23 février).

    Josep Borrell a admis que l’Union européenne « aurait pu aller plus loin », mais a déclaré que des compromis devaient être faits afin de tenir compte des positions de tous les pays.

    Le bloc est prêt à imposer de nouvelles sanctions si la situation à la frontière se détériore et devient encore plus violente, a-t-il néanmoins indiqué.

    « Nous ne voulions pas montrer toutes nos cartes dès le début », a-t-il ajouté, qualifiant le paquet de mardi de « premier pas ».

    « Nous avons peur, nous pensons que cette histoire n’est pas terminée », a confié le chef de la diplomatie européenne.

    L’UE considère les mesures discutées mardi comme la première série de sanctions d’un paquet qui pourrait avoir jusqu’à quatre paliers, affirment plusieurs diplomates européens.

    « Nous pouvons augmenter l’intensité en fonction de l’évolution de la situation », a déclaré un fonctionnaire européen, ajoutant que l’UE avait coordonné son action avec les États-Unis dans la nuit et que cela faisait écho aux sanctions prises lorsque la Russie a annexé la Crimée en 2014.

    Prendre des mesures pour limiter ou interdire l’accès de la Russie au système mondial de paiements interbancaires SWIFT, basé en Belgique et utilisé pour les transferts d’argent russe, « ne fait pas partie de ce premier paquet », a déclaré un responsable de l’UE, sans dire si cela pouvait être ajouté ultérieurement.

    Les réticences de certains États membres

    Cependant, malgré la rapidité des discussions sur la première série de sanctions, tous les États membres de l’UE ne sont pas d’accord lorsqu’il s’agit de la Russie ou de leur dépendance gazière vis-à-vis de Moscou.

    Cela pourrait potentiellement compliquer l’adoption des prochaines étapes des sanctions, certains fonctionnaires et diplomates de l’UE ayant exprimé la crainte qu’elles soient affaiblies en raison de ces préoccupations.

    Les fonctionnaires et les diplomates de l’UE ont déclaré que les États membres de l’UE pourraient être regroupés en trois camps, en fonction de leur niveau d’engagement en faveur des prochaines étapes dans le cadre du paquet de sanctions.

    Certains États membres de l’UE, comme l’Autriche, la Hongrie et l’Italie, considérés comme les plus proches alliés de Moscou dans l’Union, préféreraient des sanctions plus limitées, soit pour éviter de provoquer Vladimir Poutine, soit pour éviter d’éventuelles retombées économiques au niveau national.

    Toutefois, concernant les rumeurs selon lesquelles l’Autriche et l’Allemagne tenteraient d’adoucir les sanctions de l’UE, le chancelier autrichien Karl Nehammer, s’exprimant mardi matin (22 février) à l’issue d’une réunion du cabinet de crise, a déclaré qu’il s’agissait « au mieux de rumeurs et très probablement du résultat des campagnes de désinformation qui vont de pair avec les conflits ».

    « Au contraire, l’Autriche a toujours manifesté son soutien total à la Commission européenne lorsqu’il s’agit d’établir des signaux clairs face à l’agression russe », a-t-il ajouté.

    Les modérés souhaitent qu’une gamme complète de mesures discutées ces dernières semaines pour le cas d’une invasion russe de l’Ukraine soit déployée en cas de nouvelle escalade de la part de Moscou.

    Les États membres des pays baltes et d’Europe centrale et orientale sont favorables à l’imposition immédiate de sanctions sévères, au motif que la Russie fait déjà preuve d’agressivité militaire à l’égard de l’Ukraine simplement en reconnaissant les entités séparatistes.

    « La façon dont nous réagirons en tant qu’Union européenne définira notre caractère et l’avenir de l’Europe », a estimé le vice-ministre lituanien des Affaires étrangères, Arnoldas Pranckevicius, devant les journalistes à Bruxelles.

    Les mesures prises par les partenaires de l’UE

    Depuis des semaines, les États-Unis et leurs alliés occidentaux préviennent qu’une invasion totale de l’Ukraine par des forces russes entraînerait des sanctions économiques dévastatrices.

    Les États-Unis ont déjà imposé des sanctions limitées lundi (21 février), mais se sont abstenus de mettre en place des sanctions qui, selon eux, feraient de la Russie un « paria international ». Les observateurs se sont demandé ce qui pourrait réellement déclencher ces sanctions pour le Président Joe Biden.

    Une conférence de presse de la Maison-Blanche avec de nouvelles annonces est prévue pour mardi soir (22 février).

    Mardi 22 février, la Grande-Bretagne a imposé des sanctions à cinq banques et trois milliardaires russes, dans le cadre de ce que le Premier ministre Boris Johnson a appelé « le premier barrage » de mesures prises en réponse aux actions du Kremlin en Ukraine.

    Dans le cadre d’une réponse occidentale coordonnée, les cinq banques visées par la Grande-Bretagne — Rossiya, IS Bank, General Bank, Promsvyazbank et Black Sea Bank — et les trois personnes sanctionnées verront leurs avoirs au Royaume-Uni gelés.

    Les personnes concernées — Gennady Timchenko, Boris Rotenberg et Igor Rotenberg — se verront interdire l’accès au Royaume-Uni et il sera interdit à toutes les personnes et entités britanniques de traiter avec elles et avec les banques.

    La Suisse s’est quant à elle abstenue d’imposer des sanctions à la Russie, mais elle réévaluera la situation une fois que l’UE aura annoncé son paquet de sanctions, avait annoncé la secrétaire d’État suisse Livia Leu aux journalistes plus tôt ce lundi.

    Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, la Suisse avait fait un pied de nez à d’autres partenaires occidentaux en ne prenant pas part aux sanctions, mais elle avait décidé que le pays ne pouvait pas être utilisé pour contourner les sanctions de l’UE. Bien qu’ayant un effet similaire au final, Berne avait alors été critiqué pour avoir envoyé le mauvais message politique à Moscou.

  • Pourquoi les expatriés quittent-ils la Chine ?

    Pourquoi les expatriés quittent-ils la Chine ?

    Pour maintenir sa stratégie stricte de zéro Covid, la Chine impose depuis deux ans des restrictions sévères aux déplacements internationaux. La situation provoque un départ des expatriés et creuse un fossé entre les filiales des entreprises et leur siège.

    Les vols internationaux en panne

    Implanté depuis 17 ans à Shanghai, Grégory Prudhommeaux tient à jour le décompte depuis son dernier voyage en France. L’entrepreneur, qui dirige une société d’accompagnement de PME de l’agroalimentaire, n’est pas sorti de Chine depuis 1 000 jours. Il n’est pas le seul. Pour conserver sa stratégie de zéro Covid stricte, la Chine maintient depuis deux ans une limitation très stricte des déplacements internationaux. Une bulle étanche que le pays maintient malgré la tenue des jeux Olympiques de Pékin.

    Les vols internationaux ont chuté de 98% par rapport à 2019. Tout voyageur doit se plier à une quarantaine stricte de deux à trois semaines dès son arrivée. « Il n’y a plus de Covid en Chine, tous les cas sont importés. Donc, à chaque fois qu’une contamination est repérée dans un aéroport ou un port, les autorités bouclent tout », raconte Frédéric Barbier, le directeur Chine du groupe de flaconnage SGD Pharma. Le verrouillage des autorités contribue à gripper un peu plus les chaînes logistiques mondiales, lorsqu’il cible les grands ports de la côte Ouest. Cette quasi-fermeture des frontières vire surtout au casse-tête pour les expatriés. « Il est possible de sortir de Chine. Mais on ne sait jamais si l’on sera capable d’y revenir », relève un autre entrepreneur.

    Pékin et Shanghai comptent désormais moins d’expatriés que le Luxembourg © Baycrest / CC BY-SA 2.5

    Vague de départs d’expatriés à l’été

    La situation commence à peser sur leur moral. Lassés de ne pas pouvoir voir leurs familles restées en Europe, ni mettre un pied hors de Chine, certains d’entre eux n’ont pas attendu pour plier bagage. « Dans mon entourage, j’ai compté 60 départs depuis deux ans. Cela crée une ambiance un peu anxiogène », témoigne Grégory Prudhommeaux. Le nombre de salariés étrangers envoyés dans les filiales locales aurait baissé de 15% environ par rapport à 2019.

    « Il y a clairement un risque de départ d’expatriés encore plus marqué à l’été 2022, car le manque de visibilité sur les réouvertures pèse très fortement sur les familles », prévient Bertrand

    Régnier, associé du cabinet d’audit EY et basé à Shanghai. A Hong Kong, où les autorités sont dépassées depuis mi-février par une explosion de contaminations, les écoles sont à nouveau fermées. Certains groupes, notamment français, ont commencé à relocaliser une partie de leurs équipes pour l’Asie vers Singapour, resté ouvert.

    Faire venir de nouveaux salariés pour remplacer les partants est tout sauf évident pour les grands groupes. Les autorités chinoises n’accordent qu’au compte-goutte les visas et permis de travail pour les salariés et leurs familles. La procédure administrative, qui nécessite une lettre d’invitation, s’est considérablement durcie. « Il a fallu démontrer en quoi son expertise était indispensable et, au final, faire intervenir l’ambassade pour débloquer la situation », raconte le cadre d’une entreprise qui doit bientôt être rejoint par un second expatrié. Résultat : Pékin et Shanghai comptent moins d’étrangers que le Luxembourg et ses 630 000 habitants, s’amusait le président de la Chambre de commerce européenne en Chine, Joerg Wuttke, lors d’une conférence à l’automne.

    Étudiants et VIE absents

    Les petites entreprises, incapables d’envoyer des expatriés sur place, sont aussi privées de leur autre vivier de recrutement : les volontaires internationaux (VIE) et les étudiants, prêts à se lancer dans une première expérience en Chine, et qui ont disparu. La pandémie a accéléré la montée en compétences du management local dans les filiales. Le mouvement était déjà engagé bien avant la pandémie, avec une baisse progressive du nombre d’expatriés envoyés par les sièges. « On arrive à un moment où certaines localisations ne sont pas souhaitées par les sièges, mais subies », pointe un observateur, implanté de longue date à Shanghai.

    De quoi provoquer dans certains cas des vraies tensions. « Des entreprises ont perdu le contact avec leur filiale. La priorité est de reprendre le contrôle », assure Jean-François Dufour, le président du cabinet d’intelligence économique DCA Chine Analyse. Recruter les cadres chinois n’est pas toujours simple non plus : les filiales des groupes étrangers ont perdu de leur attrait aux yeux des plus diplômés par rapport aux Alibaba, Tencent et autres géants locaux.

    Moins de nouveaux arrivants

    « Avec l’impossibilité des voyages, il y a un découplage des perceptions entre la réalité du terrain et les sièges sociaux », reprend Sybille Dubois-Fontaine, la directrice générale du Comité France-Chine, regroupant les grands groupes installés en Chine, qui se fait écho de la frustration des équipes face à leurs difficultés à faire remonter les messages et à convaincre leurs sièges. Car l’économie chinoise se complexifie de plus en plus et la réalité est souvent plus nuancée que la vision depuis Paris. A plus long terme, les conséquences pourraient être lourdes. « Il y a une perte de mémoire dans les filiales et de connaissance de la Chine », s’inquiète le cadre d’un groupe sur place.

    La fermeture ralentit aussi le renouvellement des sociétés présentes sur place. Les nouvelles implantations sont en recul. En 2021, Business France a accompagné 660 entreprises, en baisse de 35% par rapport à 2019. Les opportunités n’ont pourtant pas disparu. Certaines entreprises ont réussi à se lancer, via des distributeurs et des représentants locaux, sur le marché pendant la pandémie. Les groupes étrangers ne sont pas les seuls pénalisés. « La Chine se coupe de liens avec l’étranger. Cela n’est pas forcément à son avantage », estime un cadre. Mais il va falloir prendre son mal en patience. Même les plus optimistes n’anticipent pas d’ouverture avant fin 2022, au mieux. Impensable que les autorités risquent une explosion des contaminations avant le XXe congrès du Parti communiste en octobre, qui doit asseoir le pouvoir de Xi Jinping.

  • L’AEFE : une manne pour l’Etat ?

    L’AEFE : une manne pour l’Etat ?

    Dans une interview accordée à Lesfrancais.press, l’avocat en contentieux Pierre Ciric explique la façon dont l’État, par le biais de l’AEFE, renfloue ses caisses grâce à l’argent des parents d’élèves.

    Le 15 décembre 2021, le sénateur Ronan le Gleut publiait un Rapport d’informations (n°305) sur le Contrat d’objectifs et moyens (COM) 2021-2023 de l’AEFE. A l’intérieur, il fait état d’un dispositif de redevances institué au travers de plusieurs résolutions votées par le Conseil d’administration de l’AEFE en 2009. Par ailleurs, ce système serait généralisé par une mesure dite de contribution unique et fixée sur le chiffre d’affaires des écoles françaises à l’étranger. Ainsi, les parents d’élèves verseraient chaque année une forte somme d’argent pour les frais de scolarité de leurs enfants dont seulement une partie de ces frais serait consacré à l’éducation. Le solde remonterait directement à Bercy et ne servirait pas aux besoins éducatifs comme ils le pensent mais à rembourser la dette de l’Etat.

    Lesfrancais.press : le réseau AEFE, quel est son mode de financement ? Au niveau local (établissement) et au niveau mondial (l’agence elle-même) ?

    Pierre Ciric : Nonobstant le fait que c’est à l’AEFE que revient l’obligation de transparence sur son financement, les rapports parlementaires, ainsi que les contentieux que j’ai mené depuis 2003, démontrent les points suivants : son financement provient de deux sources, la dotation de l’Etat, votée par le parlement, et les soi-disant « remontées financières des établissements, » telles que les appellent l’AEFE, et qui concernent de multiples redevances basées sur les frais de scolarité payées par les familles.  Ces « redevances » représentent la somme colossale de 2.8 Milliards d’Euros payées par les familles de 2009 à 2021. 

    Ces chiffres sont basés sur les rapports sénatoriaux, des demandes de documents administratifs, ainsi que sur les contentieux administratifs et pénaux enregistrés par mes soins depuis 2012.  Personne ne peut donc les nier !

    Avec le collectif « Avenir des Lycées Français en Danger » suite au rapport de M. Le Gleut, vous alertez les élus et le public sur un probable pillage des trésoreries locales ? Quel est le mécanisme ?

    Pierre Ciric : J’ai expliqué ce mécanisme dans une note au sénat en date du 9 février 2022, qui répond à un rapport émis par ce dernier le 15 décembre 2021, intitulé « Rapport d’Information émis par la commission des affaires étrangères portant avis sur le projet de contrat d’objectifs et de moyens (COM) de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger pour les années 2021-2023. »  Cette note explique deux choses : d’une part, elle détaille les montants colossaux que représentent les redevances perçues par l’AEFE sur les frais de scolarité sur la base de simples délibérations de son Conseil d’Administration depuis 2009.  D’autre part, la note explique que la base juridique de ces redevances est des plus fragiles, et ce du fait de contentieux menés par mes soins devant les juridictions administratives et pénales depuis 2012.  En effet, ces redevances sont assimilées juridiquement à une imposition que seul le parlement est habilité à prononcer.  Or, ce système résulte de la décision de Bercy, datant de 2009, de refuser d’honorer son obligation de financement de la part patronale des pensions civiles des agents détachés par le Quai d’Orsay.

    Ce mécanisme est d’autant plus diabolique que le Rapport d’Information suscité confirme la volonté de l’AEFE de remplacer le système de redevances existant par, et je cite, un « impôt unique » appliqué à tous les établissements au même taux, bien sûr supérieur à celui pratiqué jusqu’alors, de 6%.  Le sénat lui-même confirme qu’il s’agit bien d’une imposition en retenant l’appellation d’ « impôt unique ! »

    C’est donc bien l’argent des parents d’élèves qui remonte à Paris ? Doit-on craindre une baisse de qualité de l’enseignement ? Une hausse des couts de scolarité ?

    Pierre Ciric : Bien sûr que c’est l’argent des familles qui remonte à Paris !  D’ailleurs, l’AEFE appelle bien ça les « remontées financières des établissements ! »  Concernant la qualité de l’enseignement, il est trivial que si un service éducatif qui est facturé 10 Euros ne touche que 8 Euros pour l’aspect éducatif, alors que 2 Euros vont dans la caisse de l’Etat, il est évident que les prestations éducatives en souffriront puisque les « fonds manquants » ne financent aucun aspect éducatif.  

    Concernant l‘impact de ces mesures sur les frais de scolarité, il est indéniable que toute imposition de redevance par l’AEFE sur les établissements a un effet mécanique indiscutable sur les frais de scolarité, car les écoles ont leurs charges à payer en sus de ces redevances et ne pourront pas faire face à leurs propres coûts sans augmentation des écolages si l’AEFE vient prendre sa « gabelle » sur ces recettes !

    Mais que fait de cet argent l’AEFE à Paris alors que l’agence a annoncé la fin à moyen terme des professeurs détachés au profit de contrats locaux formés dans des centres régionaux ? 

    Pierre Ciric : Il est évident que le véritable moratorium décrété récemment par l’AEFE sur les transferts de personnels résidents pour la prochaine année scolaire détruit toute rationalité économique, s’il y en avait une, attachée à ce système vicieux des redevances sur les frais de scolarité.  En effet, cette justification économique, sans fondement juridique, était basée sur le financement des retraites des résidents mutés dans le réseau.  Or, si l’AEFE, en manipulant une récente décision de justice qui dénonce les pratiques contractuelles illicites de l’AEFE concernant la gestion du personnel à l’étranger, retire tout simplement ces personnels, pourquoi alors continuer à payer des impôts supposés financer ces transferts ?

    L’argent des expatriés sert donc à combler le déficit de l’Etat ? 

    Pierre Ciric : Comme l’indique la note au sénat du 9 février, non seulement l’AEFE confirme le transfert de l’essentiel de ces fonds à Bercy dès les premières résolutions devant son Conseil d’Administration en 2009, mais personne n’a contesté ce point durant tous les contentieux concernant ces redevances depuis 2012 !

    Sur la base des recours déposés et des réponses aux demandes de communications de documents administratifs déposés contre l’AEFE et Bercy, il semble bien que ces fonds, pour l’essentiel, sont transférés à Bercy, nonobstant certains investissements immobiliers.  Mais le détail de cette répartition n’est pas connu, et c’est à l’AEFE de le rendre transparent.  Il est évident que, dans le cadre de la Proposition de Loi (« PPL ») sur les Instituts Régionaux de Formation (« IRF »), qui n’est pas financée, comme l’ont remarqué les sénateurs, les redevances deviendront la seule base de tout financement futur de l’expansion du réseau, puisque l’Etat ne semble pas vouloir mettre un kopeck dans cette expansion.  La première preuve en est le fait que cette décision sur les IRF est passée par une PPL et non pas par une loi de finances ….

    Vous aviez déjà, dans le passé, mené des combats similaires contre des redevances. Malgré les conclusions du tribunal qui n’en reconnait pas le droit à l’AEFE, le dispositif se perpétue. La nouvelle loi sur la gouvernance de l’AEFE, tout juste adoptée, ne va-t-elle pas mettre fin à toute contestation possible ?

    Pierre Ciric : L’essentiel des contentieux administratifs et pénaux déposés depuis 2012 n’ont pas abouti à des condamnations définitives de l’AEFE uniquement pour des raisons liées à la question de mon intérêt à agir, puisque j’étais parent d’élèves dans un établissement appelé partenaire, le lycée francais de New York, et non dans un établissement conventionné ou en gestion directe.

    La PPL sur les IRF n’a rien à voir avec le système de redevances, puisqu’elle ne prescrit précisément rien sur la partie recettes de l’AEFE.  L’AEFE n’invoque que son pouvoir règlementaire aux fins, non seulement de perpétuer ces redevances, mais de les étendre, tel que cela a été expliqué dans le projet de contrat d’objectifs et de moyens (COM) de l’AEFE.  Par conséquent, quand l’AEFE, probablement dans un futur proche, approuve une nouvelle résolution sur un « impôt unique » aux fins d’étendre ce système, ce dernier est de nouveau attaquable par les parents d’élèves !

    Au final, quelles sont les solutions ? Avez-vous prévu une nouvelle action en justice et si oui laquelle ?

    Pierre Ciric : Les solutions à long terme concernant le financement de l’AEFE relèvent d’abord de choix politiques, et non juridiques.  Néanmoins, il est évident que toute perspective de développement du réseau doit d’abord passer par le respect, pour l’Etat, de ses obligations, et donc de revenir sur sa décision de 2009, de refuser d’honorer son obligation de financement de la part patronale des pensions civiles des agents détachés par le Quai d’Orsay.

    De plus, il est évident que, depuis sa création en 1991, l’AEFE a perdu toute crédibilité avec l’ensemble des acteurs du système.  Par conséquent, la suppression de l’AEFE et le transfert de TOUTES ses compétences au seul ministère qui les possède, à savoir le ministère de l’éducation nationale, est une option politique parfaitement viable pour les futurs décideurs, quels qu’ils soient.

    Concernant les futures actions en justice, ce sont uniquement les parents d’élèves avec des enfants dans le réseau à cette heure, donc pas moi, car les sont partis depuis 2016, qui pourront revenir devant les tribunaux administratifs ou pénaux pour remettre en cause ce système de financement inique, illicite et opaque.

    Qui est Pierre Ciric ?

    Pierre Ciric est un avocat français inscrit au Barreau de New-York aux États-Unis. Fondateur du cabinet Ciric Law Firm, il est spécialisé dans les questions de litige commercial, services corporatifs et fiscaux pour les entreprises et les organismes à but non-lucratif. Il a également été à l’origine d’un recours formé devant le Conseil d’État sur les motifs impérieux qui ont empêché les Français de l’étranger de venir en France pendant plusieurs mois en 2021.

  • “Suisse Secrets”, le Crédit Suisse héberge des comptes d’origines criminelles

    “Suisse Secrets”, le Crédit Suisse héberge des comptes d’origines criminelles

    Lundi 21 février, une enquête commise par une cinquantaine de médias internationaux a révélé la façon dont la banque helvétique Crédit Suisse héberge depuis des années des clients peu recommandables. 

    Dictateurs, espions, réseaux criminels, mafias… Les noms des riches clients du Crédit Suisse font froid dans le dos. Dans l’enquête réalisée par 152 journalistes venant de trente-neuf pays différents, la banque est accusée d’avoir traité des comptes d’origines criminelles ou illicites entre 1940 et la fin des années 2010. 

    La plupart des noms répertoriés sont issus des pays en voie de développement en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Asie, comme le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, le roi de Jordanie Abdallah II ou encore Bidzina Ivanichvili, un oligarque géorgien réputé pour tirer les ficelles du pouvoir. 

    La non-réponse du Crédit Suisse 

    A ce jour, la banque n’a pas encore répondu aux questions des journalistes mais s’est défendue en assurant que “90% des comptes concernés sont aujourd’hui clôturés, dont plus de 60% avant 2015. [La banque] “exerce ses activités dans le respect de toutes les lois et réglementations mondiales et locales applicables”. 

    Seulement, d’après les médias à la genèse de l’investigation, les pratiques révélées ont toujours cours et impliquent l’état major du Crédit Suisse.  

    Le fleuron bancaire helvétique n’en est pas à son premier scandale. L’année 2021 a déjà été lourde avec les différents scandales de corruption, et la démission de son président Antonio Horta-Osório pour manque au respect des règles sanitaires à plusieurs reprises. 

    Crédit Suisse à Zurich, Suisse – Roland zh

    L’origine de l’enquête 

    L’investigation a duré plus d’un an et prend sa source lorsque le média allemand Süddeutsche Zeitung a reçu des informations sur plus de 18 000 comptes bancaires gérés par la banque helvétique Crédit Suisse pendant plus de soixante-dix ans. De là, un consortium de journalistes internationaux s’est créé afin d’éplucher et de comprendre les rouages du dossier. 

    Si la source de la fuite d’information tient à rester secrète, elle a expliqué ses motivations. D’après elle, “le prétexte de la protection de la confidentialité financière n’est qu’une feuille de vigne couvrant le rôle honteux des banques suisses en tant que collaboratrices des fraudeurs fiscaux.” 

    Un reportage de TV5MONDE

  • Foie gras : les raisons de la volte-face du Parlement européen

    Foie gras : les raisons de la volte-face du Parlement européen

    Le Parlement européen a déclaré que la production de foie gras respectait les critères de bien-être animal dans son nouveau rapport, alors qu’il demandait auparavant l’interdiction du gavage, qualifié de « cruel et inutile ». EURACTIV se penche sur ce qui se cache derrière ce changement de position.

    Le foie gras est une spécialité alimentaire fabriquée à partir du foie d’un canard ou d’une oie qui a été gavé via un processus appelé « gavage », ce qui entraîne par la suite une hypertrophie anormale du foie de l’animal.

    Le gavage de ces animaux est très controversé, les militants et les experts du bien-être animal estimant que cette pratique est cruelle. Par exemple, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a condamné le gavage, déclarant qu’il soulève « de graves problèmes de bien-être animal ».

    Malgré cela, le Parlement européen a décidé d’adopter, mardi dernier (15 février), et ce à une large majorité, son rapport d’initiative sur le bien-être animal, qui comprend une disposition stipulant que la production de foie gras est « basée sur des procédures d’élevage qui respectent les critères de bien-être animal ».

    Des oies du Périgord servant à la fabrication du foie gras, Dordogne, France.

    Ce choix se justifie par le fait qu’elle se déroule principalement dans des exploitations familiales, où les volailles « passent 90 % de leur vie en plein air, et où la phase d’engraissement, qui dure entre 10 et 12 jours en moyenne à raison de deux repas par jour, respecte les paramètres biologiques des animaux », indique le rapport.

    Cette décision représente un virage pour les députés européens, qui avaient déjà demandé une interdiction totale du gavage seulement un an auparavant dans leur rapport End the Cage Age (Pour une nouvelle ère sans cage) publié en juin 2021.

    « [Le Parlement] invite la Commission à présenter des propositions visant à interdire le gavage cruel et inutile des canards et des oies pour la production de foie gras », pouvait-on alors lire dans le rapport de 2021.

  • Le commerce extérieur, une ardente obligation pour la France

    Le commerce extérieur, une ardente obligation pour la France

    En France, la tentation protectionniste est prégnante. Le commerce extérieur est perçu comme une contrainte et non comme un atout pour la croissance.

    La théorie des avantages comparatifs de Ricardo, en vertu de laquelle chaque pays trouve avantage de se spécialiser dans les domaines où il est le moins mauvais, est étrangère à l’esprit français. L’Etat a toujours été un régulateur et un acteur des échanges internationaux que ce soit par la création de compagnies nationales sous Colbert, l’adoption de tarifs douaniers dissuasifs ou par son interventionnisme avec la négociation de grands contrats.

    La vision française du commerce extérieur demeure mercantiliste

    Les échanges avec l’étranger ne sont pas appréciés comme un moyen d’accroître la croissance et de réaliser des gains de productivité, mais comme un moyen d’équilibrer des importations, d’augmenter le stock de devises. Dans le passé, il y avait deux moyens pour trouver les ressources qui manquaient : les importations payées en or et la conquête ou le pillage de territoires extérieurs.

    La population française est dans sa globalité assez averse aux échanges internationaux. Les fondements sont multiples : la crainte des destructions d’emplois, celle de la perte de souveraineté et, depuis peu, la défense de l’environnement. La mondialisation est accusée de tous les maux et notamment d’avoir entraîné le déclin de l’industrie française. Plusieurs études ont eu beau souligner que le lien n’était pas évident, la corrélation est admise de toutes et de tous. Les succès allemands en matière de commerce extérieur ne sont pas recevables.

    Le rejet du commerce mondial est avant tout un aveu de faiblesse, un manque de confiance collectif et une certaine forme de nationalisme. Le déficit commercial de plus de 80 milliards d’euros en 2021, la diminution de ses parts de marché et le déclin du poids de son industrie semblent prouver l’incapacité du pays à faire face à la concurrence internationale.

    L’érosion commerciale du pays repose sur de multiples facteurs : le mauvais positionnement de ses productions, trop gamme moyenne et pas assez haut de gamme, la sous-capitalisation de ses entreprises, la faiblesse de la formation, le poids des prélèvements sur les entreprises, etc. Se résigner, refuser la concurrence, amène inéluctablement la décadence. Aucune fatalité en la matière n’existe comme le soulignent les succès récents de la Chine ou de la Corée du Sud.

    Le savoir-faire et la tradition

    Par ailleurs, des secteurs comme le luxe prouvent que des entreprises françaises exploitent parfaitement la théorie des avantages comparatifs en jouant le haut de gamme, le savoir-faire et la tradition. L’aéronautique avec Airbus ou Dassault constitue la preuve qu’en visant l’excellence les résultats sont au rendez-vous. Compte tenu des coûts de production, des besoins sociaux du pays, le choix pour la France est assez simple ; elle ne peut que se spécialiser dans les productions de pointe. Tout choix inverse serait une régression en termes de croissance et de pouvoir d’achat pour les ménages. Les échanges extérieurs permettent une amélioration du niveau de vie de part et d’autre. Depuis une trentaine d’années, des centaines de millions d’habitants issus de pays dits émergents ont intégré la classe moyenne. Contrairement à quelques idées reçues, les classes moyennes des pays occidentaux ont continué à améliorer leur situation malgré la mondialisation, grâce notamment à la baisse des prix générée par les échanges.

    Devanture boutique Christian Dior à Bruxelles

    Souverainisme économique

    Avec la crise sanitaire, le souverainisme économique est redevenu un thème porteur. Les Etats sont appelés à rapatrier les productions dites sensibles sur leur territoire. Le problème est de déterminer la liste des produits dits sensibles. Tout peut être jugé essentiel à un moment ou un autre. Le prix à payer risque d’être élevé avec, à la clef, un affaiblissement de la croissance mondiale. Le sujet n’est pas le souverainisme pour le souverainisme mais la dépendance à un seul fournisseur, c’est le respect des règles fixées par la communauté internationale au niveau des échanges.

    Par ailleurs, il ne faudrait pas que la transition énergétique serve à un regain de protectionnisme. La fixation de normes visant à protéger l’environnement peut se comprendre mais exclure des échanges des pays en développement générera de la pauvreté et de l’instabilité. Punir les pays pauvres qui ont une faible responsabilité dans les émissions des gaz à effet de serre passées serait une réelle injustice. Après la Seconde Guerre mondiale, grâce aux accords du GATT, les alliés ont réussi à éliminer de nombreux obstacles aux échanges internationaux. Il y avait la volonté tout à la fois de favoriser la croissance et d’éviter par les échanges la réédition de conflits dévastateurs. Cette libéralisation a été un des moteurs clefs des Trente Glorieuses. Malgré de nombreuses réticences, la France en avait accepté les règles. Le Général de Gaulle a même agréé le marché commun européen, sachant que la place de la France dans le concert des nations dépendait de sa puissance économique. En 2022, le choix du commerce international et de l’ouverture sur l’extérieur demeure une ardente obligation pour garantir à la population française des emplois de qualité et bien rémunérés.

  • La proposition de loi pour l’éducation à l’étranger de Samantha Cazebonne

    La proposition de loi pour l’éducation à l’étranger de Samantha Cazebonne

    Dans un podcast avec Lesfrancais.press, la sénatrice LREM Samantha Cazebonne revient sur sa proposition de loi visant à faire évoluer la gouvernance de l’AEFE, votée à l’unanimité le 16 février à l’Assemblée nationale. 

    L’ancienne députée des Français de la Vème circonscription à l’étranger, est entrée en fonction au poste de sénatrice le 1er octobre dernier. Membre de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, elle vient de porter une proposition de loi “visant à faire évoluer la gouvernance de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et à créer les instituts régionaux de formation”. Voté à l’unanimité à l’Assemblée nationale le 16 février dernier – seuls 38 députés étaient présents dans l’hémicycle – le texte est aujourd’hui en attente d’être promulgué dans le Journal Officiel. 

    Une proposition de loi qui voit plus loin que la crise sanitaire

    Après deux années de crise sanitaire intense, la situation à l’air de tendre vers l’amélioration à travers le monde. La sénatrice inscrit donc sa proposition de loi dans une visée de reprise et non plus de réponse à la pandémie. Effectivement, d’après elle, la crise a été gérée « comme il se doit” par le gouvernement grâce à des dispositifs élaborés en fonction des établissements français à l’étranger. D’une part, certains ont reçu des aides de subventions afin d’aménager les écoles, acheter du matériel informatique, former du personnel ou encore aider les élèves en difficulté. Par ailleurs, des aides aux familles françaises et étrangères ont également été apportées. 

    Ainsi, si “le temps de crise” est en train  de se refermer, nous entrons maintenant dans “le temps du développement”. Celui-ci s’inscrit dans l’objectif présidentiel de voir doubler les effectifs du réseau à l’horizon 2030, soutenu par Samantha Cazebonne. 

    Les instituts régionaux de formation

    L’année 2022 va voir naître seize instituts régionaux de formation (IRF). Il devrait s’agir de “nouvelles structures qui renforcent quantitativement et qualitativement la formation au bénéfice de tous les personnels de l’ensemble du réseau scolaire mondial”, d’après le site de l’AEFE. Autrement dit, des organismes gérés par l’AEFE afin de former et certifier de nouveaux professeurs pour le réseau à l’étranger. Les futurs enseignants seront encadrés par les professeurs expatriés, c’est-à-dire, des éducateurs mandatés par l’Éducation nationale le temps de leur mission. 

    Samantha Cazebonne lors de l’inauguration du Lycée français de Panama en présence d’O. Brochet, directeur de l’AEFE

    La plus forte représentativité des parents d’élèves 

    Dans son texte de loi, l’ancienne députée des Français de l’étranger a également octroyé un plus grand nombre de fauteuils au Conseil d’administration de l’AEFE, aux fédérations de parents d’élèves. Jusqu’ici, ils en avaient deux sur vingt-six, alors qu’ils financent le réseau à hauteur de 60%. 

    Si la décision a été mal accueillie par les syndicats de professeurs, qui voient leur part de représentativité baisser de fait, la sénatrice se défend en disant avoir rétabli une forme d’équilibre et explique que les représentants de parents auront ainsi quatre sièges et les enseignants conserveront leurs cinq sièges.

    Par ailleurs, bien que les fédérations de parents d’élèves voient leur nombre de sièges rééquilibrés au nombre de quatre, et que chacune d’entre elles à sa place lorsqu’elle est représentative, Samantha Cazebonne ne pense pas qu’à ce stade l’UNAPE aura l’opportunité d’en posséder un. D’après elle, si la fédération se développe à l’international et en dehors du réseau espagnol et marocain, il n’y a aucune raison qu’elle n’ait pas la possibilité de siéger. Elle précise, cependant, que la décision ne lui revient pas. 

    La promotion des homologations dans le réseau 

    Le thème de la prise en compte des promoteurs privés, tels qu’Odyssey, dans le réseau éducatif français à l’étranger, est source de tensions entre les différents groupes politiques. En effet, EELV et les syndicats de professeurs notamment, s’inquiètent de voir le réseau avancer vers une privatisation du réseau à défaut de l’opérateur public. Pour la parlementaire, il n’en est rien. Elle s’agace d’ailleurs de la façon dont la majorité présidentielle est accusée à tort, sachant que “cela fait près de quinze ans que ce réseau est essentiellement développé par des opérateurs privés”. 

    “Penser qu’aujourd’hui, seule l’école publique à la française a vocation à développer le réseau relève de l’idéologie”. 

    Samantha Cazebonne, sénatrice LREM, dans le podcast accordé à Lesfrancais.press

    Programme présidentiel pour l’éducation française à l’étranger

    Bien que le groupe LREM n’ait pas encore présenté son candidat officiel à l’élection présidentielle, des ébauches de programme commencent à s’écrire. Samantha Cazebonne sera d’ailleurs chargée de la campagne avec le ministre Jean-Baptiste Lemoyne. Elle compte donc porter et défendre des propositions “ambitieuses” pour rendre le tissu éducatif français à l’étranger plus accessible à tous.  

    Écoutez le podcast avec Samantha Cazebonne

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  • Perdre le Donbass et sauver l’Ukraine

    Perdre le Donbass et sauver l’Ukraine

    Poutine a reconnu les Républiques séparatistes du Donbass et de Lougansk. Il a pris, en fait, ce qu’il avait déjà. Ceux qui voient en Poutine un stratège et déplorent la « gifle «  reçue par les Occidentaux, les prend pour des maîtres du monde ou ne se fient qu’aux apparences.

    Un accord tacite 

    Tout se passe comme si, en réalité, les Occidentaux avaient laissé Poutine reconnaitre ces Républiques sous perfusion russe depuis 2014 afin d’éviter une guerre stupide. Un des éléments qui laisse penser qu’il existe un accord tacite préalable, non dit, est la faiblesse des réactions américaines : interdire tout investissement et commerce américain avec ces deux entités. On aimerait savoir quel était le montant des investissements américains depuis sept ans, et même depuis un siècle… Quant aux sanctions européennes, elles doivent être suffisantes pour montrer à l’opinion que l’on réagit, mais pas trop fortes pour ne pas se sanctionner soi-même.

    Personne ne tient à mourir pour la Donbass, pas même les Ukrainiens. 

    Alors, dira-t-on : Poutine a gagné. Qu’est ce qu’il a gagné ? Sa grande stratégie serait de reconstituer un périmètre de sécurité qui tend à rejoindre les frontières de l’ancienne URSS. Avec la Crimée et le Donbass, il grignote. A ce rythme, rien à craindre, il lui faudrait quelques millénaires. Il a surtout perdu totalement le reste de l’Ukraine, qui, il y a peu, était gouvernée par ses amis et ses copains oligarques. Il récupère des régions qu’il contrôlait déjà, des fiefs pro russes peuplés par des Russes, des provinces pauvres, qui coûtent, comme la Crimée, et n’ont d’intérêt stratégique pour personne. C’est pourquoi personne ne tient à mourir pour la Donbass, pas même les Ukrainiens.

    Ukrainian service members are seen on the front line near the city of Novoluhanske in the Donetsk region, Ukraine February 20, 2022. REUTERS/Gleb Garanich

    Certains regrettent l’absence d’une « Europe puissance », appuyé par des chars. C’est une vue de l’esprit. Même avec la puissance de feu américaine, l’Europe unie n’aurait rien fait, comme les Américains. Risquer une guerre pour le Donbass ? Même pour l’Ukraine ? On n’est plus au 18ème siècle. Il faut être géostratégiquement arriéré pour voir au Donbass un gain de « puissance ».

    Biden n’a aucune raison d’être mécontent 

    Géopolitiquement, Poutine a réussi à redonner vie à l’OTAN, hier en « mort cérébrale», dont plus personne aujourd’hui ne conteste l’utilité. Les Etats-Unis peuvent lui dire merci, et, malgré les apparences, Biden n’a aucune raison d’être mécontent. C’est pourquoi il a agité la menace russe « hystériquement », et ressoude ses alliés autour de lui. Désormais, la Suède et la Finlande se demandent s’ils ne vont pas adhérer à l’Otan et l’Ukraine va s’armer, s’armer encore, avec le soutien américain et européen. Quant à la Géorgie, qui a déjà été amputée de deux provinces rebelles, comme l’Ukraine, -ce qui ne dérange personne-, elle est chauffée à blanc contre les Russes. 

    L’Europe a-t-elle été bafouée, humiliée, ridiculisée ? Pour le croire, il faut oublier la géographie et l’histoire, et croire que l’Europe aurait eu envie, plus encore que les Etats-Unis, de mourir pour le Donbass. Avant-hier, l’empire soviétique tenait Prague, Berlin, Varsovie et Budapest. Hier encore la Russie comptait en Serbie et contrôlait l’Ukraine. Aujourd’hui, les Balkans et l’Ukraine se veulent européens. Demain, si l’Ukraine suit la trajectoire économique de la Pologne avec l’aide de l’Union européenne, beaucoup de Russes regretteront de ne pas être ukrainiens… L’Europe s’étend, l’influence russe diminue.

    Elle ne peut que diminuer puisque son économie sera de plus en plus celle d’un Etat gazier, pétrolier, caractéristique des pays en voie de développement. Privée de liens fiables et forts avec l’Europe, son partenaire naturel, la Russie est devenue redevable géopolitiquement à la Chine, et le sera peut-être économiquement. C’est une mauvaise nouvelle pour les Européens, mais c’est surtout une mauvaise nouvelle pour les Russes. Un beau gâchis, qui ne date pas d’hier.

    La liste des traités et engagements internationaux foulés aux pieds est impressionnante  

    Enfin, le plus important dans cette histoire de reconnaissance des républiques pro russes, est évidemment le coup porté au droit international. Poutine a non seulement manqué à sa parole, mais il a aussi renié sa signature, et celles de ses prédécesseurs, y compris ceux de l’URSS. La liste des traités et engagements internationaux foulés au pieds est impressionnante : Charte des Nations-Unies, Acte final d’Helsinki, Statuts de l’Osce, adhésion au Conseil de l’Europe, Acte constitutif de la Communauté des Etats indépendants (1991), qui installèrent les relations entre les Etats issus de l’ex-Urss, Mémorandum de Budapest (1994), qui définissait les relations entre la nouvelle Russie et la nouvelle Ukraine, avec une reconnaissance mutuelle des frontières, Accord d’amitié Russie-Ukraine de 1997, enfin les accords de Minsk de 2015, sans parler des Constitutions de l’Ukraine et de la Crimée. Difficile ensuite, pour les voisins de la Russie, de penser que la signature d’un traité avec elle sera respectée. La Russie a pris l’habitude de se comporter en Etat voyou, avec des assassinats politiques, des cyberattaques, du racket d’entreprises par pirates interposés, des achats d’influences, des manipulations dans les élections des pays étrangers, et le viol manifeste de ses engagements internationaux.

    L’Ukraine rejoint l’Occident, le Donbass la Russie. Qui y gagne ?

    Difficile de considérer qu’en se comportant de la sorte la Russie gagne quoi que ce soit, sur le long terme. C’est malheureux pour elle, mais aussi pour l’Europe, qui aurait au contraire besoin d’une relation apaisée, une relation de confiance avec son voisin le plus important. Confiance ? On en est loin. Les gagnants du moment dans cette histoire, ce sont les Américains et les Chinois.

    A plus long terme, ce sont peut-être, malgré les apparences, les Ukrainiens : avec le sacrifice des deux provinces rebelles, qui suit celui de la Crimée, ils évitent la guerre, sans doute définitivement (dans six mois ils seront armés), ils sont enfin indépendants. La pression russe, longtemps intérieure, est limitée. C’est pourquoi il est vraisemblable, malgré les cris et les protestations, que la décision de Poutine soit le résultat d’un accord tacite : L’Ukraine rejoint l’Occident, le Donbass la Russie. Qui y gagne ? 

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