Enseignement français à l’étranger : vos voeux pour 2022

Enseignement français à l’étranger : vos voeux pour 2022

Une nouvelle année s’accompagne généralement de nouvelles résolutions, de vœux et d’ambitions. Du moins, pour l’année 2022, parents d’élèves, syndicats de professeurs et réseaux d’établissements française à l’étranger n’en manquent pas.

Dans le réseau de l’AEFE

L’écoute au cœur des souhaits

Après la grève du 22 novembre dans le réseau éducatif français à l’étranger, et la grève conjointe du 13 janvier en France et à l’étranger, personnel de l’AEFE et parents portent l’espoir de voir leurs revendications être prises en compte par l’agence. Leurs vœux sont finalement proches de leurs doléances de l’an passé.

C’est la demande des professeurs et des parents d’élèves pour 2022 : être écoutés et entendus par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE). Démarrer une nouvelle année ne signifie pas d’oublier la précédente et ses problèmes. Replacer le personnel et les parents d’élèves au centre des discussions pour faire évoluer et avancer l’école française, apparait donc comme primordiale aux syndicats de professeurs que sont les SNES-FSU et SNUipp, et aux trois fédérations de parents d’élèves à l’étranger, à savoir la FCPE, la FAPEE et l’UNAPE. Pour cette dernière, nouvelle dans le panorama des fédérations de parents d’élèves, la priorité est donc d’obtenir un siège au Conseil d‘administration de l’AEFE, pour pouvoir se faire entendre.

Par ailleurs, les termes de « respect », « écoute », et « dialogue » sont sans cesse revenus lors des interactions avec les différents représentants. Tous sont unanimes, il est de leur désir de voir les parents êtres « entendus à hauteur de leur implication », comme l’a souligné Isabelle Tardé, déléguée générale à la FAPEE. Les établissements français sont effectivement subventionnés à hauteur de 60% par les parents, un taux qui n’a cessé d’augmenter depuis 2012, d’après le rapport d’information de 2017-2018 rédigé par le vice-président du Sénat, Vincent Delahaye, et le sénateur de Paris, Rémi Féraud, réduisant ainsi la part d’investissement de l’État français dans le réseau. Une politique allant de pair avec la multiplication des homologations dans écoles privées mises en place dans le réseau.

Grève à l'AEFE
Grève du 22 novembre par le personnel du réseau de l’AEFE

Le holà collectif face au décuplement des homologations

De l’avis général, parents et syndicats s’inquiètent de voir le paysage des établissements conventionnés et partenaires s’étendre sans cesse, au détriment des établissements en gestion directe (EGD). Des établissements privés auxquels l’AEFE octroie une partie de son budget annuel.

Entre les rentrées de 2017 et 2021, seul le nombre d’établissements en gestion directe a reculé. En effet, d’après le site de l’AEFE et le rapport des sénateurs MM. Delahaye et Féraud évoqué précédemment, il y avait en septembre 2017, 74 EGD sur un total de 492 structures. Aujourd’hui, le réseau n’en compte plus que 67, alors qu’il s’est agrandi et comptabilise 543 établissements. Nous sommes donc passés de 15% à 12,3% d’EGD en quatre ans. De plus, en 2017 nous dénombrions 153 installations conventionnées (31%), contre 159 de nos jours (29,2%) ; et 265 écoles partenaires (53,8%) contre 317 (58,3%) à la rentrée 2021.

Pour les professeurs et parents d’élèves, réduire toujours plus la part du nombre d’établissement gérés par l’agence, détériore notre image à l’étranger. Lieux représentatifs du système éducatif français où sont inscrits des élèves de nationalité française mais surtout étrangère, les établissements gérés par l’AEFE, font bel et bien partie de notre soft-power. Ainsi, leur allouer de moins en moins de budget et créer sans cesse plus d’homologations, estompe notre rayonnement à l’internationale.

« Je suis d’accord pour développer l’enseignement français à l’étranger, mais avant de le faire, nous devons consolider l’existant et donc ses piliers que sont les établissements en gestion directe. La solution n’est pas de privatiser car ça revient à marchander l’éducation et c’est terrible ».

Moulay Driss el Alaoui, vice-président de la FCPE chargé de l’enseignement français à l’étranger

« Nous sommes en train de tourner une page de l’enseignement français à l’étranger. Nous basculons vers une dimension vide de toutes missions républicaines et perdons quelque chose de fondamentale. »

Patrick Soldat, membre du SNES-FSU hors de France

L’appui budgétaire

L’école française à l’étranger est onéreuse. A titre d’exemple, il faut débourser en moyenne 2000€ par an et par enfant en maternelle, près de 4000€ en primaire et 800€ par mois au Lycée français de Barcelone. Avec la crise sanitaire, de nombreuses familles ont donc rencontré des difficultés pour régler les frais de scolarité. Si des aides ont été apportées via les bourses et les fonds de solidarité, elles se sont souvent révélées insuffisantes.

Sabri Khelif, président de l’UNAPE, aimerait que les fonds de solidarité des écoles puissent venir en aide aux familles dans le besoin, et non plus seulement pour les frais liés à la scolarité, mais aussi dans leur quotidien.

Pour Moulay Driss el Alaoui, vice-président de la FCPE chargé de l’enseignement français à l’étranger, il faut faire naitre d’autres formes d’accompagnement pour les familles françaises mais aussi locales. Les élèves de nationalité étrangère représentent 60% des écoliers dans les établissements français hors de France. Aux yeux du vice-président, il faut donc étendre les aides, car il en va de la pérennité du réseau qui repose essentiellement sur les familles.

Les ambitions de l’AEFE

L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger a vécu deux années difficiles et éprouvantes, au même titre que son personnel. Présente dans 138 pays, il a fallu qu’elle s’adapte aux restrictions et demandes de chaque gouvernement, tout en essayant de maintenir le navire à flots et à le faire avancer dans le sens du CAP 2030, année durant laquelle l’objectif du président Emmanuel Macron de voir doubler le nombre d’élèves dans le réseau devra être atteint. L’ambition de l’agence pour 2022 est donc de maintenir la trajectoire grâce à un plan élaboré autour de l’égalité sociale et de la structuration du réseau.

Égalités sociales

Dans les objectifs du réseau, l’égalité des sexes et des chances sont à l’ordre du jour, tout comme dans les objectifs de mandat du chef de l’État.

D’un côté, le plan « d’action relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes à l’AEFE » sur trois ans, présenté au ministre des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, en mars 2021, va structurer l’année. Il s’agit d’un plan visant à effacer les disparités entre les sexes dans le milieu professionnel.

D’un autre, l’agence souhaite mettre en avant une école pour tous, en facilitant l’intégration des élèves aux besoins éducatifs particuliers, et avec la création d’un diplôme universitaire pour les personnels du réseau.

Un investissement particulier pour les infrastructures et le personnel

Pour assurer la pérennité du réseau, il est nécessaire d’investir à l’intérieur. D’après nos échanges avec l’AEFE, l’agence va poursuivre la sécurisation des établissements, la formation et l’accompagnement de personnel.

Par ailleurs, l’agence souhaite maintenir le travail réalisé pour structurer le réseau, tout en privilégiant les interactions entre les membres. Le lancement de l’Intranet collaboratif sécurisé de l’enseignement français à l’étranger « Orion » s’inscrit dans cette démarche.

Enfin, la nouvelle année devrait marquer le renforcement de la politique plurilingue de l’Agence, avec l’augmentation et le renforcement du nombre de langues enseignées et de sections internationales. Un plan déjà bien huilé car le réseau a vu le nombre de ses sections internationales doubler en cinq ans, pour atteindre un total de 241 sections dans 117 établissements et présentes dans 54 pays, à la rentrée 2021. A savoir que plus de la moitié des classes internationales sont anglophones, et que la deuxième langue la plus représentée est l’arabe avec 65 sections plurilingues.

Au sein de la MLF

Dans les établissements de la Mission Laïque Française (MLF), l’année 2022 est synonyme de fête, puisque les 120 ans du réseau seront célébrés en mai. Pour l’occasion, un congrès est prévu à Rabat, au Maroc. Michel Bur, chef du service de la pédagogie, espère bien que l’évènement pourra se tenir et avoue qu’une alternative en ligne sera prévue si la pandémie vient jouer les troubles fêtes.

Par ailleurs, il confie qu’un tel anniversaire est l’évènement parfait pour se questionner sur le réseau, son identité et son avenir. C’est pourquoi le congrès se voudra participatif et organisé autour de ces trois interrogations. Des sujets d’ores et déjà à l’ordre du jour au sein de la MLF.

Depuis la rentrée 2021, un cycle de conférences et de débats a été initié. Deux évènements d’une heure environ, ont déjà eu lieu et ont réuni plus de 5000 élèves, parents, professeurs et invités par vidéo-conférence, sur les thèmes de « l’importance du multilinguisme » et « la résilience pendant la pandémie », et sont disponibles en ligne.

« Les conférences servent à réfléchir à l’école d’aujourd’hui et de demain, tous ensemble. Nous sommes sur un processus de pyramide inversée, où les idées viennent d’en bas pour remonter au sommet ».

Michel Bur, chef du service de la pédagogie au sein de la Mission laïque française

Dans la même idée, des semaines thématiques pour le personnel enseignant ont été balisées au cours l’année 2022. Organisés en dehors du temps scolaire, des discussions autour de l’éducation seront mises en place dans tous les établissements du réseau.

Finalement, parents, professeurs et établissements ont fait le vœu de faire progresser l’enseignement français à l’étranger, dans l’optique d’apporter le meilleur à leurs enfants ou élèves et de faire rayonner la France à l’international.

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