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  • les solutions d’Expat-pro et Lesfrancais.press

    les solutions d’Expat-pro et Lesfrancais.press

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  • Quand la lutte contre le réchauffement climatique devient une affaire juridique

    Quand la lutte contre le réchauffement climatique devient une affaire juridique

    La lutte contre le réchauffement climatique amène des associations à utiliser de nouvelles techniques pour infléchir le comportement des acteurs économiques. Le recours à des voies judiciaires est de plus en plus utilisé.

    En août 2018, « ClientEarth », une organisation environnementale basée à Londres, a payé 20 euros pour acquérir dix actions d’Enea, une compagnie d’électricité basée en Pologne. Cette transaction a permis aux avocats de « ClientEarth » d’empêcher la construction d’une centrale électrique au charbon d’un gigawatt à 120 km au nord de Varsovie. Les avocats de « ClientEarth » ont, en effet, intenté un procès contre les administrateurs d’Enea en alléguant que le projet était contraire aux intérêts des actionnaires. La centrale au charbon ne pouvait devenir aux yeux des avocats qu’un actif condamné à court terme du fait des obligations croissantes de décarbonation de l’économie. Cet investissement non rentable portait, de ce fait, préjudice aux actionnaires. Au mois de juillet 2019, un juge de Poznan a statué en leur faveur.

    Des Etats de plus en plus souvent poursuivis pour inaction climatique

    La signature des Accords de Paris a donné lieu à la multiplication des procès en lien avec la lutte contre le réchauffement climatique. Selon le « Grantham Research Institute » à Londres qui réunit des données sur les actions menées en faveur du climat, plus de 1000 des 1 951 recours ont été déposés après les Accords de Paris. Même si ces accords ne contiennent pas de mesures contraignantes, il prévoit néanmoins que les Etats s’engagent à maintenir l’augmentation de la température mondiale moyenne depuis le XIXe siècle bien en dessous de 2°C. Les experts du climat quantifient dans le cadre des travaux du GIEC les émissions de gaz à effet de serre compatibles avec cet objectif et la traduction des engagements pris. Dans de nombreux pays, des avocats mènent des actions en faveur du respect de ceux-ci. Selon Grantham, des procédures sont engagées dans 41 pays et devant 13 cours et tribunaux internationaux ou régionaux.

    Les recours se multiplient du fait que, dans une grande majorité des cas (58 % en 2021), les tribunaux donnent raison aux plaignants. Les associations écologistes estiment que la publicité liée à une décision de justice est plus importante qu’une action purement politique. En novembre 2013, la Fondation Urgenda, une organisation environnementale basée aux Pays-Bas, et 900 citoyens de ce pays, ont poursuivi leur gouvernement au motif que ses objectifs d’émissions étaient trop faibles pour assurer la sécurité du pays. En décembre 2019, la Cour suprême néerlandaise a confirmé la décision d’un tribunal inférieur en leur faveur. Le gouvernement a reçu l’ordre de veiller à ce que les émissions à la fin de 2020 soient inférieures d’au moins 25 % aux niveaux de 1990, au lieu des 17 % qu’il avait adoptés.

    Des Etats condamnés, 37 Etats poursuivis

    Le 14 octobre 2021, en France, l’État a été condamné pour inaction climatique. Il est censé réparer les conséquences de ses manquements dans la lutte contre le changement climatique et le dépassement du plafond des émissions de gaz à effet de serre entre 2015 et 2018. Il a jusqu’à la fin de l’année pour réaliser les compensations en vertu du jugement du Tribunal administratif de Paris.

    Trente-sept Etats ont été ou sont poursuivis selon le même principe. L’Irlande et, surtout, l’Allemagne doivent faire face à des procédures judiciaires.

    En février 2020, un groupe de jeunes Allemands dirigé par Luisa Neubauer, une militante pour le climat, a poursuivi le Gouvernement pour ne pas avoir fixé d’objectifs climatiques conformes aux engagements de l’accord de Paris. Un an plus tard, la Cour constitutionnelle fédérale s’est prononcée en faveur des plaignants en statuant que le gouvernement avait le devoir de protéger les générations futures. La Cour a indiqué que les émissions de la nation ne pouvaient pas être réalisées par une génération au détriment de la suivante. À la suite de cette décision, la loi allemande sur le changement climatique a été modifiée pour viser une réduction de 65 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 1990, au lieu des 55 % requis auparavant.

    Initialement, l’accord de Paris devait comporter des clauses obligatoires pour les Etats. Afin de ne pas déboucher sur un rejet des Etats-Unis, les négociateurs ont accepté l’idée d’engagements volontaires construits dans l’idée de maintenir le réchauffement climatique en-deçà des 2 degrés. L’absence de clauses contraignantes n’a pas empêché les poursuites. Les plaignants mettent en avant la réalisation de l’objectif et les engagements pris par les Etats pour le dépôt de leurs plaintes. Ils se réfèrent également sur le devoir des Etats de protéger leurs citoyens.

    Ainsi, en août 2015, 21 citoyens américains ont déposé une action en justice contre le gouvernement fédéral alléguant qu’il avait violé leurs droits à la vie, la liberté et la propriété en autorisant le recours à des énergies fossiles. L’affaire est toujours en cours d’instruction.

    Les entreprises également dans le viseur des ONG

    De plus en plus de poursuites concernent des entreprises accusées d’émettre des grandes quantités de gaz à effet de serre et des institutions qui les financent. Les plaintes sont déposées, comme pour Enea, par des actionnaires, par des consommateurs ou par des citoyens au nom de la protection de l’environnement. Elles peuvent être fondées sur des dommages spécifiques générés par des émissions passées.

    Ces dépôts de plainte s’inspirent de ceux réalisés contre l’industrie du tabac dans les années 1990 ou contre les entreprises vendant des produits amiantés dans les années 1960/1980.

    Les Organisations non gouvernementales et les activistes dupliquent leurs recours en fonction des succès obtenus. Après son succès polonais, ClientEarth a utilisé la même méthode au Japon pour empêcher la construction de nouvelles centrales au charbon par l’entreprise publique J-Power. En avril 2021, cette entreprise a annoncé qu’elle abandonnait ses projets de centrales, invoquant la concurrence des énergies renouvelables…

    Les dépôts de plainte concernant l’environnement figurent parmi les risques majeurs auxquels peut être confrontée une société

    Les litiges climatiques sont pris de plus en plus au sérieux par les grandes entreprises. Les déclarations de divulgation des risques financiers déposées chaque année auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine montrent que les avocats et les auditeurs travaillant pour certaines entreprises considèrent que les dépôts de plainte concernant l’environnement figurent parmi les risques majeurs auxquels peut être confrontée une société.

    Jusqu’en 2016, ce risque est peu mentionné dans les rapports des entreprises. Ce n’est qu’à partir de 2017 qu’il apparaît nettement. Depuis les Accords de Paris, plusieurs grandes entreprises de combustibles fossiles, dont Chevron, Conoco-Phillips et Shell, ont inclus les poursuites pour le climat comme un risque matériel potentiel.

    Le tribunal a ordonné à Shell de réduire ses émissions en 2030 de 45 % par rapport aux niveaux de 2019

    Après avoir fait peu mention de tels litiges auparavant, en 2016 l’association néerlandaise « les Amis de la terre » a conduit, en avril 2019, une action auprès du tribunal de district de La Haye afin d’obtenir la condamnation de Shell. Cette entreprise a, selon l’association, un devoir de diligence envers les citoyens néerlandais en vertu du code civil des Pays-Bas et de la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui garantit le droit à la vie. En ne prenant pas les mesures adéquates pour éviter le changement climatique, Shell mettait illégalement des vies en danger. En mai 2021, le tribunal s’est prononcé en faveur des plaignants et a ordonné à Shell de réduire ses émissions en 2030 de 45 % par rapport aux niveaux de 2019. Fait remarquable, la réduction de 45 % ne concernait pas seulement les émissions dont l’entreprise et ses fournisseurs étaient directement responsables, mais également celles produites par les consommateurs qui utilisaient le pétrole de Shell. Si Shell a fait appel, elle doit, dans l’attente d’une nouvelle décision, néanmoins s’y conformer.

    Pour le Network for Greening the Financial System (NGFS), un groupe de 114 banques centrales et régulateurs financiers, les litiges climatiques sont une « source croissante de risques » tant sur le plan juridique, financier que médiatique. Le risque « réputation » est de plus en plus important pour une grande entreprise. Les entreprises sont censées prendre en compte les conséquences du réchauffement climatique.

    L’entreprise chimique Arkema a été poursuivie pour un incendie dans une usine du Texas en 2017 intervenu en lien avec l’ouragan Harvey. L’entreprise s’est vue reprocher son manque de préparation et d’adaptation à la montée des risques « tempêtes et inondations ».

    Les entreprises attaquent les Etats pour insécurité juridique

    Face aux décisions prises par les Etats pour accélérer la décarbonation des économies, des entreprises saisissent également les tribunaux. Au début de 2021, après la décision du gouvernement néerlandais d’éliminer progressivement le charbon d’ici 2030, RWE et Uniper, deux sociétés allemandes, l’ont poursuivi au nom du préjudice subi. Trois autres sociétés du secteur énergétique ont fait de même aux Etats-Unis.

    Un terrain encore instable

    Si la transition énergétique donne lieu à une juridicisation accrue avec à la clef une multiplication des contentieux, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou en Nouvelle-Zélande, des juges ont, à travers de leurs décisions, signifié à plusieurs reprises que la justice n’avait pas vocation à se substituer au législateur. L’affaire Shell reste pour le moment unique par son ampleur et atypique. Les entreprises, en particulier celles du secteur des énergies fossiles, soulignent que l’intervention croissante de la justice peut avoir de lourdes conséquences économiques et financières sans pourtant contribuer à la réduction réelle des émissions. Elles soulignent qu’elles peuvent porter atteinte à la libre concurrence sachant que des entreprises seront condamnées et que d’autres arriveront à y échapper.

    Sur ce sujet, la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne lors de sa décision sur l’affaire Neubauer, a souligné que « le fait qu’aucun État ne peut résoudre seul les problèmes du changement climatique n’invalide pas l’obligation nationale d’agir pour le climat ». Des plaintes sont déposées non plus pour condamner des préjudices subis dans le passé mais pour demander aux Etats et aux entreprises d’agir afin de prendre en compte les conséquences de l’évolution du climat. Ainsi, le village de Kivalina, situé sur une partie de la côte basse de l’Alaska, a fait valoir dans un procès contre plus de 20 sociétés du secteur de l’énergie qu’il avait besoin de 95 à 400 millions de dollars pour déplacer la population. Cette plainte a été rejetée par les tribunaux.

    Compte tenu des conséquences en chaîne du réchauffement climatique, les dépôts de plainte devraient se multiplier

    San Francisco et Oakland ont poursuivi BP, Chevron, Conoco Phillips, ExxonMobil et Shell afin que ces entreprises financent des travaux pour limiter les conséquences de l’élévation du niveau de la mer. La plaine a été transférée à la Cour Suprême des Etats-Unis qui n’a pas encore délibéré.

    Compte tenu des conséquences en chaine du réchauffement climatique, les dépôts de plainte devraient se multiplier. Des pays en voie de développement pourraient accuser les entreprises et les Etats occidentaux d’avoir porté atteinte à leur environnement sachant que les émissions des gaz à effet de serre ont avant tout nourri la croissance occidentale durant des décennies.

    Le recours aux juges peut sans nul doute accélérer la prise de conscience, il peut être également une réelle source de déstabilisation avec une montée des tensions entre les acteurs publics et privés.

  • L’Aïd el-Fitr célébré à travers le monde

    L’Aïd el-Fitr célébré à travers le monde

    Ce lundi 2 mai marquait l’Aïd el-Fitr, autrement dit la fin du ramadan pour les musulmans. Un jour célébré partout à travers le monde, de manière plus ou moins enjouée. 

    Dans le premier pays musulman du monde, en Indonésie, la prière de l’Aïd el-Fitr a rassemblé plusieurs milliers de fidèles dans la grande mosquée de Sumatra. A Jakarta, dans la capitale, les rues ont été bloquées par les musulmans, et ce même jusqu’à une église protestante qui avait donné son accord pour que la prière puisse se faire à ses pieds. Aux yeux d’un fidèle interrogé, cela met en lumière la diversité et le respect qui règne entre les habitants.

    De la mosquée Al-Azhar au Caire, jusqu’à la grande mosquée de La Mecque, la levée des restrictions sanitaires a permis à des dizaines de milliers de musulmans de se retrouver, et de célébrer la fin d’un mois de jeûne. 

    Cependant, à Kaboul l’esprit était moins enjoué. Vendredi 29 avril, une attaque a eu lieu dans le cœur de la capitale afghane, et a frappé une mosquée faisant une dizaine de morts. De même au Mali où la violence qui gangrène le pays inquiète les habitants et les musulmans. C’est pourquoi, les célébrations se sont déroulées sous une surveillance accrue de la part des forces de l’ordre. 

    L’Aïd el-Kébir 

    Le dimanche 10 juillet prochain se déroulera l’Aïd el-Kébir, autrement connu sous le nom de “la fête du mouton”. Si l’Aïd el-Fitr est appelé “la petite fête” et célèbre la fin du Ramadan, celle-ci signifie “la grande fête”. Elle rend hommage à la foi d’Ibrahim en son Dieu, car il avait sacrifié son fils sur ses ordres. Au dernier moment Allah avait remplacé l’enfant par un mouton pour l’offrande sacrificielle. C’est pourquoi les fidèles sacrifient un animal chaque année, lors de cette grande fête qui s’étale sur quatre jours. 

    Reportage de TV5MONDE

  • « La bobinette cherra »

    « La bobinette cherra »

    «  Tire la chevillette, la bobinette cherra » dit la grand-mère (le loup) au Petit Chaperon rouge. Donne des armes à l’Ukraine et la bombinette nucléaire explosera, dit le Kremlin à l’Occident. Lavrov agite le mot, Poutine le susurre, la télévision russe explique qu’en moins de 200 secondes Paris disparait. Et en cinq minutes, le monde ?

    Avec l’annonce de Joe Biden -33 milliards de dollars de plus pour l’Ukraine, dont 20 milliards d’armes- l’aide occidentale a changé de dimension. L’Allemagne a annoncé 1 milliard, la France livre des canons Caesar, (les meilleurs du monde), Tchèques et Polonais se dépouillent de chars, et d’avions de l’ère soviétique pour les donner aux Ukrainiens. Cela ferait-il des Américains et des Européens des cobelligérants? 

    En droit international, le pays qui fournit du matériel de guerre n’est pas cobelligérant. Selon la Charte des Nations-Unies, c’est même le devoir de tout pays d’aider le pays agressé. La Russie qui armait le Viêtnam n’était pas en guerre avec les Etats-Unis, pas plus que la Chine en Corée. Les États-Unis et les Européens disent à la Russie : « Nous ferons tout pour que vous perdiez. Nous ne franchirons pas certaines limites, ne les franchissez pas non plus. »

    « Attention, cela finira mal : j’ai des bombes nucléaires de tout calibre. » 

    Mais que vaut le droit ? N’a-t-il pas été violé plusieurs fois, parfois tous les jours, depuis le début de cette « opération spéciale » ? Ce qui compte, c’est l’interprétation de Poutine. Il répond : « Attention, vous passez les limites, cela finira mal : j’ai des bombes nucléaires de tout calibre. » 

    Pourquoi le dire, puisque personne ne l’ignore ? Pour faire peur à l’opinion publique occidentale. Même tactique que les bombardements en Ukraine : terroriser  les populations. Et diffuser ce message : « je ne peux pas perdre, je suis malade, je suis prêt à tout. »

    Peut-on le croire, faut-il le croire ? Obligé. Pour Poutine, rien ne compte plus que Poutine, qu’il assimile, à la Russie éternelle. Ni la sainte Russie, ni Poutine ne peuvent être humiliés. Retenez-moi ou je fais un malheur : Prendre au sérieux les menaces de Poutine exige de tout faire pour, en effet, le retenir.

    Depuis 60 ans, la dissuasion nucléaire a parfaitement fonctionné. Inutile de collectionner missiles et ogives comme le font Russes et Américains, l’essentiel est d’en avoir quelques-uns, et de savoir où les placer. Le but est de ne pas avoir à s’en servir.

    La doctrine de terreur a glissé de l’arme atomique aux armes du champ de bataille.  

    La doctrine de la « Destruction Mutuelle Assurée », Mad en anglais, suppose une capacité de riposte en deuxième voire troisième frappe. Un pays attaqué doit pouvoir riposter, d’où la nécessité de tant d’ogives : qu’il en reste suffisamment pour que l’agresseur sache qu’il sera lui aussi pulvérisé. Le seul moyen de l’empêcher d’agir est la certitude de la riposte. C’est pourquoi les objectifs des bombes nucléaires étaient les villes : on vise la destruction maximale. 

    Curieusement, cette doctrine de terreur a glissé de l’arme atomique aux armes du champ de bataille : détruire les villes, terroriser les populations serait le nouvel art de la guerre. Inversement, les doctrines nucléaires deviendraient pratiques : et si, contrairement à la dissuasion, qui promet l’anéantissement, on utilisait des armes nucléaires « tactiques », non contre les villes mais contre les armées ? Faire de la bombinette, elle aussi, une arme du champ de bataille. De petites bombes, de quoi faire réfléchir.

    Détruire une ville après un mois de  bombardement ou par une seule bombe, quelle différence ?  

    La France a renoncé à l’arme nucléaire « tactique » il y a longtemps. La bombe, c’est tout ou rien. Les Russes peuvent penser différemment. Détruire une ville après un mois de  bombardements ou par une seule bombe, quelle différence ? N’est-ce pas ainsi qu’ont agi les Américains à Hiroshima ? Cela ne permet-il pas de raccourcir la guerre, l’horrible guerre ? Une bombinette humanitaire en somme. Que peut supporter un pays qui honorera le 9 mai 27 millions de morts lors de la dernière guerre mondiale ?

    Marioupol – 27 avril 2022 ©AFP

    Comment l’arrêter ? La solution est la paix. Il y en a trois possibles.

    Et si on visait non des villes, mais un objectif militaire ? Bombinette légère, calibrée : une ville d’Ukraine qui agace, un front tenu par des armées retranchées dans le Donbass ? Comme il pourrait être gênant de nucléariser ceux que l’on vient libérer, les frères ukrainiens, pourquoi ne pas montrer aux Occidentaux la précision des armes russes ? Pour l’exemple. Viser Paris ? Non. Les Français ont aussi des bombes. Ramstein, en Allemagne, où transitent les armes américaines, où quarante pays se sont réunis pour sceller leurs accords anti-russes ? Krakovets, à la frontière polonaise ? Izmaïl, à la frontière roumaine, où transite l’aide militaire ? Qui peut croire que les Etats-Unis répliqueraient pour une bombinette? Tel peut être, avec mille variations, le raisonnement d’un homme battu qui se veut fort et malin. 

    Comment l’arrêter ? La solution est la paix. Il y en a trois possibles. Celle d’une victoire russe, celle d’une victoire ukrainienne, celle du statu quo : le Donbass, avec la Crimée, à la Russie, et on en reste là. Mais les Ukrainiens n’en veulent plus : les crimes de guerre et leurs victoires les ont raidis. Zelensky ne peut même plus le proposer.

    Pourquoi ne pas livrer les Ukrainiens ?  Laisser le loup manger à sa faim.  

    La seule solution pour arriver à la paix serait donc de faire ce que veut Poutine : cesser d’aider l’Ukraine. C’est ce que dit Lavrov : les Occidentaux prolongent la guerre en livrant des armes. C’est vrai : pourquoi ne pas livrer les Ukrainiens ?  Laisser le loup manger à sa faim. 

    Problème : le loup deviendra-t-il agneau ? Une fois que l’Occident aura cédé à la menace, à quelle menace ne cédera-t-il pas ? Pour les Etats baltes, la Finlande, la Syrie, le Maroc, le Liban, la Libye, l’Egypte, la Moldavie…

    Celui qui cède au chantage atomique rend l’arme nucléaire efficace, ce qu’elle ne doit pas être. 

    Céder à la menace nucléaire est un accélérateur de la prolifération. Tout pays voudra sa bombe. L’Ukraine ne regrette-elle pas d’y avoir renoncé? N’est-ce pas le but de l’Iran, avec ou sans traité? A sa suite, l’Arabie saoudite ne le fera-t-elle pas ? N’importe quel dictateur avec la puissance nucléaire, sera le maitre chanteur de toute démocratie. 

    Celui qui cède au chantage atomique rend l’arme nucléaire efficace, ce qu’elle ne doit pas être, sinon contre l’usage de l’arme nucléaire. Il est donc impossible de céder à la menace, puisqu’il faut démontrer que la possession de l’arme nucléaire ne sert qu’en défense.

    Rendre la guerre atomique possible est inconcevable.  

    Prendre Poutine au sérieux revient donc à faire passer le message exactement inverse : tout emploi d’une bombe atomique, même tactique, même limitée, entrainera une réponse atomique. C’est le principe de la dissuasion. Rendre la guerre atomique possible est inconcevable.  Hors de ce principe, l’enfer.

    Que Poutine comprenne que plus il tarde à traiter, moins bien il sortira de cette guerre.

    A cette menace, Biden a donc répondu  par un surcroit de livraisons d’armes. Les avions livrés permettront aux Ukrainiens, peu à peu, de retrouver la maîtrise du ciel. Les commandos ukrainiens multiplieront les missions en Russie. La flotte russe sera de plus en plus menacée. Montrer une détermination croissante, ne pas laisser l’ombre d’un doute sur le résultat final. 

    Que Poutine comprenne que plus il tarde à traiter, moins bien il sortira de cette guerre. Faire la paix, vite, c’est montrer que le temps joue contre le Kremlin. Qu’il a intérêt à traiter le plus tôt possible. La Chine ne l’aidera pas, sinon par des discours. Personne ne l’aidera. Les Occidentaux ne sont pas en état de belligérance, mais ils sont dans la guerre froide. Faire savoir aux tièdes que chacun choisisse son camp.

    Les Etats-Unis veulent profiter de cet échec pour éliminer définitivement la Russie du jeu mondial.

    L’issue ne fait aucun doute : la Russie est descendue, comme puissance économique, derrière l’Espagne (1530 milliards de dollars). Selon les Britanniques, près d’un tiers des soldats du corps d’intervention est hors de combat. Arrêter Poutine, c’est lui infliger des pertes de plus en plus lourdes, lui montrer que personne ne pliera, que les Etats-Unis veulent profiter de son échec pour éliminer définitivement la Russie du jeu mondial. Eliminer un allié de la Chine, belle leçon au reste du monde.

    La menace russe écartée, l’Europe sera plus libre d’être elle-même. Sous pression, l’Europe est obligée d’évoluer.

    L’Europe, forcément, suit. La guerre est chez elle, elle en paie déjà les conséquences. En tirera-t-elle les bénéfices ? Sa cohésion se renforce. Ce peut être l’occasion de construire son autonomie énergétique, économique, et même politique. La menace russe écartée, l’Europe sera plus libre d’être elle-même. Ne pas rester forcément sous l’autorité américaine. Dans les hésitations allemandes, pourquoi ne pas voir, aussi, un prurit d’émancipation qui reviendra ? Sous pression, l’Europe est obligée d’évoluer. La demande d’adhésion de l’Ukraine, qu’elle ne peut ni rejeter, ni accepter en l’état, l’y oblige. 

    D’ici là, gagner la guerre. Avec toute la détermination que cela suppose. Une défaite, un renoncement, serait revenir à la double tutelle, russe et américaine, replonger le continent, pour longtemps, dans une guerre froide de long terme.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

  • Un Premier mai très politique en France

    Un Premier mai très politique en France

    Ce fut la première mobilisation sociale après la présidentielle et la réélection d’Emmanuel Macron. En effet, cette année le premier mai tombait une semaine après le second tour de l’élection présidentielle, syndicats et partis politiques en ont profité pour compter leurs troupes en vue des législatives des 12 et 19 juin 2022 (05 et 19 juin pour les expatriés), qualifiées de « troisième tour ».

    Ainsi plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé ce dimanche pour la traditionnelle Journée internationale du travail. Les premiers cortèges ont commencé à s’ébranler à travers la France en fin de matinée, comme à Nantes (Loire-Atlantique), Rennes (Ille-et-Vilaine), Caen (Calvados) et bien sûr Paris.

    La gauche mobilisée et unie ?

    Beaucoup d’élus de gauche se sont rendus dans le cortège du 1er Mai, au premier rang desquels Jean-Luc Mélenchon, deuxième score chez les expatriés lors du premier tour de l’élection présidentielle, qui espère bien conduire une liste unique de gauche aux élections législatives. 

    Sandrine Rousseau est venue le saluer et a confié à la journaliste de BFM TV : « Ca va se faire », en parlant d’un accord entre les Ecologistes et les Insoumis.

    « Ca sera un joli moment historique. » Le secrétaire national d’EELV, Julien Bayou, était également présent dans le défilé parisien. 

    Olivier Faure, le secrétaire général du PS, est aussi venu à la rencontre du leader insoumis pour lui serrer la main publiquement. Une poignée de main inenvisageable avant l’élection présidentielle. Peut-être le signe que l’union de la gauche progresse.

    Place de la Republique à Paris – 1 mai 2022. (Photo par Thomas COEX / AFP)

    Finalement, en dehors des traditions qui laissent normalement le devant de la scène aux syndicats, Jean-Luc Mélenchon a pris la parole place de la République, à Paris. Il a rappelé l’importance de cette date, pour son mouvement. Elle renvoie à la bataille historique pour la diminution du temps de travail. En effet, le 1er mai, les ouvriers portaient le triangle rouge pour revendiquer à cette époque la journée de 8 heures. Ils disaient, avec ce triangle : 8h de travail, 8h de loisirs, 8h de sommeil. Jean-Luc Mélenchon a également souligné que la lutte pour la réduction du temps de travail s’est faite pour la journée de 8h, pour la semaine avec les 35h et dans l’année avec les congés payés. Il a ensuite abordé les discussions avec les autres forces politiques afin d’aboutir à un accord pour les élections législatives des 12 et 19 juin prochains. Il a indiqué que tout sera fait pour que les échanges avancent, avec comme objectif la victoire lors de cette échéance.

    Regardez le discours de Jean-Luc Mélenchon du 1er mai 2022

    Une marche parisienne marquée par quelques heurts

    Alors que la plupart des manifestations du 1er Mai se sont déroulées dans le calme, des heurts ont éclaté à Paris. Le ministre de l’Intérieur a dénoncé des « violences inacceptables ».

    Heurts à Paris le 01 mai 2022 ©AFP

    Les premières tensions ont eu lieu quelques minutes seulement après le départ du cortège, de la place de la République. Un groupe très mobile de manifestants, portant vêtements, gants et masques noirs, s’est détaché du cortège principal à hauteur de la rue Oberkampf pour se heurter aux forces de l’ordre. Puis c’était une étrange vision boulevard Voltaire à Paris qui s’offrait aux passants, avec certains black blocks qui enflammaient des poubelles aux abords des façades des enseignes commerciales. Pendant ce temps, les dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes venus manifester paisiblement furent empêchés d’avancer, coincés entre la place de la République et le début du boulevard Voltaire.

    Macron sur Twitter

    C’est via le célèbre réseau social, désormais la propriété d’Elon Musk, que le Président de la République a communiqué son message aux manifestants et à tous les travailleurs de France.

    « Vous nous nourrissez avec le meilleur. Vous nous protégez. Vous prenez soin de nous. Vous œuvrez pour améliorer nos vies. Vous faites rayonner nos savoir-faire. En ce 1er mai, merci à tous nos travailleurs. Face aux crises, pour le progrès, on continuera à se battre ensemble »

    Le président de la République Emmanuel Macron sur Twitter le premier mai 2022

    Jeanne sans Marine

    C’est la fin d’une tradition, vieille de plusieurs décennies. Jordan Bardella, président par intérim du Rassemblement national, a déposé ce dimanche 1er-mai la traditionnelle gerbe de fleurs, au pied de la statue de Jeanne d’Arc à Paris. C’est la première fois que cette manifestation du 1er mai du Rassemblement national – anciennement Front national – n’est pas présidée par un membre de la famille Le Pen, qu’il s’agisse du fondateur du parti Jean-Marie ou de sa fille Marine, qui lui a succédé en 2011.

  • La langue française joue avec les mots 

    La langue française joue avec les mots 

    A l’occasion de la sortie de son livre On n’a pas fini d’en parler, Dominique Mataillet est l’invité de TV5MONDE info.  

    Dominique Mataillet est écrivain et journaliste, ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique, et actuel collaborateur de la revue France Amérique. A l’occasion de la sortie de son livre “On n’a pas fini d’en parler”, aux éditions Favres, il était l’invité de TV5MONDE info. 

    A l’intérieur, il revient sur la richesse de la langue française, sur ses figures de styles, expressions populaires ou encore ses incohérences, tout en lui rendant hommage. En plongeant dans ce livre, nous tombons directement amoureux de la langue de Molière. 

    Antoine de Rivarol disait au XVIIIème siècle que “ce qui n’est pas clair n’est pas français”. Or Dominique de Mataillet met tout le contraire en lumière dans son essai. A ses yeux, c’est justement ses incohérences et ses incongruités qui la rendent spéciale et sympathique. Au même titre que ses évolutions. D’après, le journaliste, la langue française n’a jamais été aussi vivante qu’actuellement. 

    Le débat de l’écriture inclusive 

    Dominique Mataillet consacre un chapitre particulier à la polémique sur l’écriture inclusive et au point médian. A ses yeux, ces deux évolutions sont importantes à prendre en compte et font partie de la transformation du langage, il faut donc les intégrer.

    A l’intérieur, il s’exprime sur la féminisation des mots. Il revient d’ailleurs sur la domination du masculin qui n’a pas toujours été évidente d’après lui. Effectivement, le masculin s’est imposé sur le féminin à partir de la création de l’Académie française en 1635 sous Richelieu. 

    Par ailleurs, l’écrivain s’exprime sur le point médian. Cette ponctuation permettant d’inclure le masculin, le féminin et le pluriel dans un même mot et donc d’inclure tous les genres. S’il complexifie la lecture d’un mot et peut nous faire déprécier la lecture, Dominique Mataillet estime qu’il serait bon de le faire entrer dans les documents administratifs.

    On n’a pas fini d’en parler de Dominique Mataillet aux éditions Favres

    Les mots valises

    Les mots valises sont la contraction entre deux termes, tels que Brexit ou franglais. Ils permettent d’exprimer une idée de manière rapide et claire. Si leur origine est attribuée aux Anglais, il faut savoir que les Français en ont toujours créé. En effet, Rabelais appréciait particulièrement en inventer. 

    Le slam 

    Dominique Mataillet n’a pas évoqué le slam dans son livre. Seulement, il promet d’y consacrer un chapitre dans sa prochaine œuvre, car “c’est très riche et très prometteur pour notre langue”. Le slam est une façon de déclamer une poésie ou un discours, c’est une performance. De nombreux chanteurs ou rappeurs pratiquent cette technique de déclamation dans leurs chansons. 

    Aujourd’hui, le slam permet également de faire revivre d’anciens textes parfois oubliés, et de les remettre au goût du jour. 

    Une interview de TV5MONDE info

  • Le retour aux fondamentaux

    Le retour aux fondamentaux

    L’épidémie de covid-19 aura été une parenthèse marquée par un arrêt sur image de l’économie avant son redémarrage rapide. Durant près de deux ans, les États ont compensé intégralement ou presque les effets économiques et sociaux de la pandémie. Les règles comptables, budgétaires et financières ont été suspendues au nom du « quoi qu’il en coûte ». Craignant la persistance de la récession, les gouvernements ont multiplié les plans de relance quand bien même les revenus des ménages aient été maintenus et l’épargne soit au plus haut. Le souvenir de la crise financière de 2008 dont les stigmates ont perduré durant près d’une décennie explique, sans nul doute, ce choix.

    Le retour aux fondamentaux économiques est brutal

    Cette politique de soutien sans limite a réarmé l’inflation ; le dopage artificiel de la demande est intervenu au moment où, en raison des confinements successifs, l’offre était à la peine. Les milliers de milliards d’euros de liquidités injectés par les banques centrales constituent un puissant réservoir pour l’inflation qui est, avant tout, un phénomène monétaire. Le conflit ukrainien sonne la fin de cette période « anormale », atypique.

    Le retour aux fondamentaux économiques est brutal. En quelques jours, les prix de l’énergie, des matières premières et des produits agricoles connaissent des hausses sans précédent depuis 1979, provoquant une onde de choc. Si ces hausses sont en grande partie anticipatives, elles érodent le pouvoir d’achat des ménages, contraints de réduire leur consommation.

    Après avoir connu un rebond en 2021, l’activité est en déclin depuis le début de l’année que ce soit aux États-Unis, en Europe ou en Chine. Cette rupture est d’autant plus nette que, depuis 2020, les populations ont eu l’impression qu’il n’y avait pas de limite à l’argent facile, et que les déficits publics comme les dettes n’étaient plus un problème. Leur sensibilité face aux crises semble plus forte que dans le passé, le ressenti l’emportant bien souvent sur la raison.

    Le temps est à l’adaptation en temps réel avec le risque de surréaction

    Par crainte de réactions violentes de l’opinion, les gouvernements sont enclins à prendre rapidement des mesures de soutien. L’information en direct et les réseaux sociaux influent sur les comportements des uns et des autres. En 1929, les effets de la crise ont mis de nombreux mois voire plusieurs années pour être ressentis. En France, le choc de 1973 donna lieu à une plan de relance en… 1975. Ce plan tardif ne fit qu’alimenter l’inflation. Depuis la crise de 2008, le temps est à l’adaptation en temps réel avec le risque de surréaction.

    En euros constants, le prix de l’essence est le même en 2022 qu’en 1980

    Au-delà de l’émotionnel, il convient de ne pas oublier que le prix du carburant en France, n’est pas plus cher aujourd’hui qu’en 1973 ou en 1980 lors des deux précédents chocs pétroliers. En 1973, une heure de payée au SMIC permettait d’acheter 2,5 litres d’essence, contre 5 litres en 2022. En calculant en euros constants, c’est-à-dire en prenant en compte, l’inflation cumulée, le prix de l’essence est, malgré la hausse des taxes, le même en 2022 qu’en 1980. À cela, il faut ajouter que les véhicules sont devenus plus économes en carburant.

    Déresponsabilisation sur fond d’individualisme et défiance à l’encontre des pouvoirs publics

    Ces dernières années, l’accumulation des crises n’a pas accru la résilience des ménages qui demandent de plus en plus de protection de leur situation sociale et de sécurisation de leurs revenus. Lors de ces quarante dernières années, les pouvoirs publics en France ont répondu à cette demande par les dépenses sociales passant de 24 à plus de 30 % du PIB. Les ménages estiment que les crises, quelle qu’en soit la nature, doivent les affecter a minima. Les effets de ces chocs doivent être pris en charge par la collectivité.

    Cette évolution est le produit de la rencontre de la déresponsabilisation et de la défiance : déresponsabilisation sur fond d’individualisme croissant et défiance à l’encontre des pouvoirs publics. La mutualisation des risques est justifiable. C’est le principe même de l’assurance mais elle suppose au préalable un provisionnement. Elle doit également reposer sur des modèles de probabilités afin d’évaluer le montant des cotisations et le niveau de couverture.

    Pour éviter une nouvelle génération perdue sur le plan économique, la sortie du monde des faux semblants est indispensable

    Le retour à l’orthodoxie budgétaire ou financière est récusé par un grand nombre de Français. Or, dans l’histoire, toute dérive inflationniste, toute création monétaire débridée débouche à un moment ou un autre sur la rigueur ou la banqueroute. Dans le passé proche, la France de la fin de la Seconde Guerre mondiale a mis une vingtaine d’années pour sortir de l’inflation. Vingt ans furent également nécessaire pour mettre à la stagflation des années 1970.

    Pour éviter une nouvelle génération perdue sur le plan économique, la sortie du monde des faux semblants est indispensable. Les villages de Potemkine ne font illusion qu’un temps. Les transferts de déficits sur la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale ou leur financement par la Banque centrale européenne ne sont que des cautères sur une jambe de bois.

    Pour restaurer les équilibres financiers, les marges de manœuvre sont faibles en matière fiscale, la France se caractérisant par un niveau élevé, voire très élevé, de ses prélèvements obligatoires.

    La réalisation d’économies, un concept tabou pourtant incontournable

    Le président a, en outre, promis des baisses d’impôt, en particulier ceux dits de production, qui pénalisent la compétitivité des entreprises. En période d’inflation, l’augmentation de la TVA, le premier impôt en termes de rendement, est difficile. L’accroissement des prélèvements sur le patrimoine est une voie également évoquée, mais les Français sont favorables à la baisse des droits de succession. La remise en état de l’impôt sur la fortune serait avant tout symbolique, son rendement n’étant que de quelques milliards d’euros quand les besoins s’élèvent en dizaines de milliards d’euros.

    En économie de guerre, le temps est aux choix difficiles, aux arbitrages et peut-être à la réalisation d’économies, un concept tabou pourtant incontournable.

  • Mais que fait la droite française ?

    Mais que fait la droite française ?

    Lors du Conseil stratégique de mardi (26 avril), le parti de droite Les Républicains a décidé qu’ « aucune alliance ne serait scellée avec Emmanuel Macron avant les élections législatives ». Depuis, les apparitions des cadres du parti sont très rares.

    Pourtant, l’une des raisons de l’étrange silence de la droite semble être la composition du futur gouvernement d’Emmanuel Macron. Le Premier ministre devrait être plutôt d’une sensibilité de gauche, mais le président nouvellement réélu a assuré vouloir rassembler largement. Donc y compris à sa droite.

    Plusieurs personnalités du parti gaulliste sont ainsi citées comme pouvant intégrer ce nouveau gouvernement, de Damien Abad, chef des LR à l’Assemblée nationale, à Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire.

    Plusieurs ténors du parti plaidaient déjà pour un pacte de gouvernement avec la majorité présidentielle, comme Guillaume Larrivé ou Jean-François Copé, ancien président du parti – en plus de ceux qui ont rallié M. Macron avant l’élection.

    Si le communiqué de presse diffusé après le Conseil stratégique assure que « Les Républicains ne sont ni fongibles dans le macronisme ni dans le lepénisme », la discrétion des différentes personnalités pourrait précisément être due à la tentation de rejoindre le camp du président – ou même le parti d’Éric Zemmour pour les plus radicaux.

    Une ancienne élue de droite, désormais retirée de la vie politique, mais toujours attentive et bien informée, a partagé avec EURACTIV France son analyse : « [Les Républicains] ont besoin de digérer la défaite et ils ne sont pas en mesure d’afficher une ligne politique claire et unique pour les législatives et leur participation au futur gouvernement […] ce silence est compréhensible, voire salutaire ».

    Se taire plutôt qu’afficher une division ultérieure, après la cuisante défaite à l’élection présidentielle (4,78 %) et la dissonance sur les consignes de vote avant le second tour, qui a vu Emmanuel Macron sortir gagnant.

    LR
    Christelle Morancais – Le Pouliguen (Loire-Atlantique), 26 mars 2018 © Région Pays de la Loire – Ouest Médias

    Valérie Pécresse, la candidate à la présidentielle, avait indiqué qu’elle voterait pour Emmanuel Macron sans pour autant donner de consigne de vote à ses électeurs. Mais plusieurs personnalités fortes ont refusé d’apporter leur suffrage au président sortant, qui pourtant faisait face à la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen. C’est le cas d’Éric Ciotti, numéro deux de la campagne de Mme Pécresse, ou encore de Nadine Morano, eurodéputée LR.

    Mais, comme pour la gauche, il ne s’agit pas uniquement de l’adhésion idéologique à l’un ou l’autre des camps alternatifs aux LR. La question de la réélection des députés sortants entre aussi en compte.

    Les élus LR qui siègent aujourd’hui à l’Assemblée – une centaine – ont conscience qu’ils ne seront vraisemblablement pas tous reconduits faute d’accords avec d’autres formations politiques. Les premiers sondages sur les élections législatives indiquent que le groupe pourrait être réduit de moitié, voire plus dans le pire des cas.

    Les résultats aux élections présidentielles de M. Macron ou des candidats d’extrême droite pourraient alors être un facteur déterminant de leur décision personnelle.

  • Isabelle Frej, la nouvelle présidente de la Caisse des Français de l’étranger – interview – podcast

    Isabelle Frej, la nouvelle présidente de la Caisse des Français de l’étranger – interview – podcast

    Alain-Pierre Mignon ne se présentait pas à sa succession à la présidence de la Caisse des Français de l’étranger. Les 18 nouveaux membres de son conseil d’administration, élus le 17 mars 2022, ont procédé à l’élection le 12 avril 2022 de la nouvelle présidente Isabelle Frej. Nous sommes allés à la rencontre de cette élue au conseil consulaire des Français de Rabat (Maroc).

    Isabelle Frej, une femme engagée pour les autres

    Isabelle Frej

    Isabelle Frej est une Française du Maroc qui officie au quotidien au sein du service des ressources humaines du Lycée Descartes à Rabat, la capitale du royaume chérifien. Elle s’engage, rapidement, dans la vie associative au sein de l’ADFE de sa circonscription. Elle s’intéresse depuis de nombreuses années à la CFE, elle participa via le conseil consulaire à l’établissement de la politique de solidarité de la CFE. Depuis déjà 2 mandats, elle avait rejoint le conseil d’administration de la Caisse des Français de l’étranger, avant donc d’en prendre la tête ce 11 avril 2022.

    Une gouvernance à 21 membres

    La CFE est née, en 1978, de l’ambition d’offrir aux expatriés français une protection sociale équivalente au régime général français, en particulier dans les pays n’ayant pas conclu avec l’Etat de convention bilatérale de sécurité sociale, dans un contexte où les systèmes de protection sociale obligatoire étaient alors insuffisants ou inexistants. Elle facilite la mise en œuvre du maintien des garanties sociales qui est prévu dans de nombreuses conventions collectives au bénéfice de salariés expatriés.

    Pour la diriger, un conseil d’administration est constitué avec :

    • 15 membres représentant les assurés, élus par l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) ;
    • 3 membres représentant l’AFE, élus par l’AFE ;
    • 2 représentants du Mouvement des Entreprises de France (MEDEF) ;
    • 1 représentant de la Mutualité.

    Parmi ses membres, les administrateurs élisent leur président(e).

    En évoquant son élection, c’est l’occasion d’aborder la position de La République en Marche qui conteste l’alliance entre Les Républicains et le Parti socialiste qui a porté Isabelle Frej à sa tête. A découvrir dans le podcast ci-dessous. On revient aussi en détails sur le rôle et les prérogatives de cette présidence.

    Des ambitions pour les assurés

    Pour Isabelle Frej, la relation avec les assurés est la priorité de son mandat. Elle reconnait, en effet, que tant au niveau des réclamations, de la pédagogie mais aussi du traitement des remboursements, des efforts doivent être faits pour remettre l’assuré au coeur du dispositif.

    « Il doit avoir des relations personnalisées avec les assurés »

    Isabelle Frej, Présidente de la Caisse des Français de l’Etranger
    Alain-Pierre Mignon

    Mais la nouvelle présidente de la CFE voit plus loin. Elle déplore que souvent pour les expatriés la CFE se limite à la couverture santé. Elle désire ainsi voir une communication plus intense se déployer pour mettre en avant les autres produits de la gamme de la Caisse des Français de l’étranger.
    Couverture du risque professionnel, alignement de la retraite sur le barème français, etc., les dispositifs sont nombreux et permettent de couvrir tous les risques de la vie privée et professionnelle.

    Isabelle Frej veut aussi faire évoluer la Caisse des Français de l’étranger dans certains pays vers une complémentaire qui viendrait compléter la protection sociale obligatoire dans l’Etat concerné. Une vraie mutation de la CFE qui verrait son périmètre d’action élargi et son potentiel de clients exploser. Actuellement, tous les expatriés en Europe sont assujettis obligatoirement au régime local, ils ne peuvent donc souscrire à l’offre CFE, avec un tel système de complémentaire ils pourraient bénéficier d’une couverture française, qui est le plus souvent la meilleure du continent.

    Une caisse de solidarité

    Isabelle Frej, si elle veut conduire la Caisse des Français de l’étranger sur le chemin de la modernité, n’oublie pas ses racines idéologiques, et réaffirme en fin de podcast sa volonté d’ancrer la CFE dans la solidarité tout en en faisant la référence de la protection des risques de la vie pour les expatriés.

    Bonne écoute !

    A retrouver sur toutes les plateformes

    Podcast liste
  • Les expatriés français migrent pour l’emploi

    Les expatriés français migrent pour l’emploi

    Le site InterNations a publié son étude sur les expatriés français. Référence internationale de la mobilité mondiale, le cabinet s’intéresse à la communauté française dont la croissance, pour les pays occidentaux, fut la plus importante depuis le début du siècle. Mais pourquoi donc les Français quittent-ils la France ?

    Les opportunités professionnelles

    Dans l’étude, on découvre que ce sont les opportunités de carrière qui sont les premiers moteurs du départ de France. Ainsi 56 % des expatriés français citent leur carrière comme la raison la plus importante de leur déménagement dans un autre pays, soit neuf points de pourcentage de plus que la moyenne mondiale des expatriés (47 %).

    En sus, ces expatriés français sont souvent très qualifiés. Ils ont tendance à gagner plus que la moyenne générale des expatriés. Près de deux sur cinq (38 %) ont un revenu annuel brut de 50 000 à 100 000 dollars par an, soit cinq points de plus que la moyenne mondiale (33 %).

    Extrait du rapport sur les expatriés français ©InterNations

    Les pays limitrophes en priorité

    On constate logiquement que les pays frontaliers sont des destinations de choix pour l’expatriation. Les liens culturels permettent une intégration plus facile.

    «  J’ai choisi Genève pour deux raisons  : la première était que c’est là où j’avais trouvé un boulot (on n’entre pas en Suisse sans avoir démontré que l’on peut subvenir à ses propres besoins), et la seconde était que j’avais délibérément conçu mon passage par Genève comme une étape, un sas de décompression entre Paris et la vraie Suisse (l’agglomération est 10-20 fois plus petite que celle de Paris tout en restant démesurément internationale, ce qui était censé atténuer le choc culturel). »

    Benoît, expatrié en Suisse

    Les pays qui attirent les Francais sont :

    1. Suisse
    2. États-Unis d’Amérique
    3. Royaume-Uni
    4. Belgique
    5. Allemagne
    6. Canada
    7. Espagne
    8. Maroc
    9. Israël
    10. Italie

    La quête d’un équilibre vie privée – vie professionnelle

    Pour finir, on note que 72 % des expatriés français jugent positivement leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, contre 68 % des expatriés à l’échelle globale, comme le fait remarquer le site InterNations. Il est intéressant de noter qu’aucun des quatre pays de résidence les plus courants parmi les répondants français ne se classe particulièrement bien pour ce facteur.

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