Avec la hausse des taux d’intérêt, la crainte d’un retour du risque souverain se fait jour en Europe. Depuis la crise grecque de 2011, la situation économique et financière en zone euro a évolué. Les pays dits périphériques sont moins exposés à ce risque. Les investisseurs seraient-ils donc exagérément pessimistes sur ce sujet ?
Une faible croissance potentielle, source d’inquiétude
L’inquiétude des investisseurs est liée à la faiblesse de la croissance potentielle avec notamment le déclin de la population active et la baisse de la productivité par tête. Faute de croissance, les États éprouveront des difficultés croissantes à maîtriser leurs finances publiques et à rembourser leurs dettes. L’Italie est le pays le plus exposé avec, depuis vingt ans, une quasi-stagnation de son PIB en volume. Il n’a progressé que de 3 % depuis 2022 quand ceux de la France, de l’Espagne et l’Allemagne ont augmenté de plus de 25 %.
Les doutes sur les capacités de rembourser les dettes publiques conduisent à des écarts de taux avec l’Allemagne qui atteignent deux points pour l’Italie et un point pour l’Espagne (écarts de taux sur les obligations publiques à 10 ans). En fin d’année 2022, une légère tension sur les taux des États du Sud de l’Europe est apparue, signe que les investisseurs persistent à croire en un éventuel problème de solvabilité de leurs dettes publiques. Le taux italien à 10 ans a ainsi dépassé les 4,6 % au mois de décembre avant de diminuer au mois de janvier et de revenir à 4 % au milieu du mois janvier.
La menace des taux est à relativiser
Les taux d’intérêt réels à long terme (taux d’intérêt – l’inflation) sont encore négatifs pour les États de la zone euro, à l’exception certes de l’Italie. Pour ce dernier, néanmoins, en prenant en compte non pas la hausse des prix mais l’inflation sous jacente, les taux d’intérêts réels demeurent négatifs. Les taux d’intérêt réels à long terme étant inférieurs à la croissance potentielle, les conditions de soutenabilité de la dette publique sont satisfaites.
La situation diffère nettement de celle qui prévalait lors de la crise de la zone euro entre 2011 et 2013. Depuis cette crise, les États d’Europe du Sud ont rééquilibré leur balance des paiements, l’Allemagne et les Pays-Bas ayant réduit leurs acquisitions d’emprunts en provenance de ces pays. Le solde la balance courante est passée de -10 % du PIB en 2008 à +0,5 % en 2021 pour l’Espagne et de -2,5 % à +0,2 % pour l’Italie. Les États d’Europe du Sud ont été amenés à réduire leur demande intérieure pour effacer leur déficit extérieur. En 2022, la demande intérieure était de 8 % inférieure à son niveau de 2008 en Espagne et de 5 % pour l’Italie.
Par rapport à période de la crise des dettes souveraines, les déficits extérieurs des pays d’Europe du Sud sont faibles voire nuls. Or, en matière de financement, les déficits extérieurs sont plus dangereux que les déficits publics. Dans le premier cas, le pays doit solder des comptes avec des pays étrangers, ce qui est plus complexe que de solder des comptes internes. En outre, jusqu’à la crise sanitaire, les pays du Sud de l’Europe dégageaient des excédents primaires (avant prise en compte des intérêts de leur dette). Leur déficit public depuis trois ans est dans la moyenne de la zone euro. Le financement national des dettes et une certaine maîtrise des déficits rendent moins probable la survenue d’une crise en Italie ou en Espagne.
La France, un risque limité
Des experts pointent du doigt que la France dont l’endettement continue à augmenter et qui accumule des déficits commerciaux pourrait être le maillon faible de la zone euro. Si la balance commerciale est fortement déficitaire, plus de 150 milliards d’euros en 2022, grâce aux excédents générés par les services et notamment le tourisme, la balance des paiements courants l’est beaucoup moins. Son déficit devrait être pour 2022 de 2 % du PIB. La France peut compter sur la force de son système financier et sur l’épargne importante des ménages.
Malgré la baisse de la natalité de ces dernières années, la population française continue à croître, ce qui favorise la croissance potentielle. Cette situation diffère de celle que connaît, par exemple, l’Italie. Enfin, la France bénéficie d’un système de recouvrement des impôts et des cotisations sociales efficace, ce qui est un gage de sécurité pour les investisseurs étrangers même si en la matière les marges d’augmentation des prélèvements obligatoires deviennent de plus en plus faibles. En ce début d’année 2023, la France n’est pas sous la surveillance des marchés financiers, comme le prouve la faiblesse de l’écart de taux d’intérêt avec l’Allemagne (0,5 point).
Bonjour à tous bienvenue dans l’édition dédiée aux Français de l’étranger du 24 janvier 2023. Aujourd’hui, on revient sur la situation des fonctionnaires franco-belges toujours double imposés, on fait le point sur la semaine franco-allemande à l’AEFE, on finira avec le gouvernement qui ne lâche rien et confirme le recul de l’âge légal à 64 ans pour la retraite.
En Belgique, les fonctionnaires Franco-belges seront encore doublement imposés cette année
C’est la constatation que fait Isabelle Wandelst, conseillère consulaire des Français de Belgique, si rien ne bouge. Souvenez-vous, suite à la décision de la cour de cassation belge, les fonctionnaires travaillant pour l’Etat, les hôpitaux ou autres collectivités françaises, ayant acquis la double nationalité sont imposés par la Belgique depuis 2019. Une information non prise en compte par le fisc français qui prélève à la source. Alors que les lettres de huissiers et commandement à payer s’accumulent pour nos compatriotes, les services de conciliation des administrations belge et françaises se déclarent incompétente, le député est aux abonnés absents et les négociations entre les cabinets ministérielles secrètes. Seul espoir pour les fonctionnaires franco-belges la ratification de la nouvelle convention fiscale, prévue pour le 01 janvier 2023, les autorités évoquent au plus tôt, désormais, le 01 janvier 2024. Courage à ceux concernés !
Isabelle Wandelst
Le traité de l’Elysée à l’honneur dans le réseau AEFE
La langue allemande est enseignée dans 214 établissements du réseau d’enseignement français à l’étranger, répartis dans 126 pays. Elle sera à l’honneur dans les établissements français hors de France tout au long de la semaine. Olivier Brochet, directeur général de l’AEFE, veut rendre ainsi hommage au traité de l’Elysée signée entre la France et l’Allemagne le 22 janvier 1963, il y a tout juste 60 ans !
En France, le gouvernement ne recule pas sur les retraites
Pour le gouvernement, c’est non négociable: le ministre du Travail assure que l’exécutif ne compte pas revenir sur le report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Ce « serait renoncer au retour à l’équilibre » du système des retraites « et donc manquer de responsabilité pour les générations futures », estimait ce lundi 23 janvier 2023 le ministre en charge de la réforme Olivier Dussopt.
Olivier Dussopt ce 23 janvier 2023
C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour une nouvelle édition !
On reçoit ce lundi 23 janvier Isabelle Wandelst, élue Conseillère des Français de Belgique sur une liste « majorité présidentielle » en 2021 et administratrice du groupe des « Non-résidents contribuables en France » sur Facebook. Elle se bat depuis plus d’un an pour nos compatriotes installés en Belgique, fonctionnaires français en France ou en Belgique, qui résident en Belgique et qui ont voulu s’intégrer en demandant la double nationalité.
Une histoire belge
Cela pourrait prêter à sourire, si les conséquences n’étaient pas si graves pour les fonctionnaires bi-nationaux travaillant pour l’Etat ou une collectivité française mais qui résident en Belgique. Depuis plus de 50 ans, la règle était simple et claire pour tous, vous étiez français fonctionnaire travaillant pour une administration française, l’impôt était dû à l’Etat français. Pour les bi-nationaux, si elle était acquise depuis la naissance, le fonctionnaire était considéré comme belge, si elle avait été acquise après 5 ans de résidence en Belgique, c’était la nationalité lors de la prise de fonction qui était retenue.
Dans tous les cas, comme le prévoit la convention fiscale liant la France et la Belgique, la double imposition n’était pas possible. Mais voilà, le 17 septembre 2020, la Cour de Cassation belge a émis un avis, qui vaut jurisprudence, indiquant que l’article 10 de ladite convention fiscale ne peut se trouver à être appliqué à partir du moment où le bénéficiaire des revenus possède la nationalité de l’Etat de résidence, et ce quel que soit le mode ou la date d’acquisition de celle-ci.
Un big bang pour les fonctionnaires ayant la double nationalité !
Depuis l’exercice fiscal 2020, le SPF Finances (le fisc local) a donc, logiquement, commencé à émettre des avis d’imposition à destination de ces fonctionnaires. Problème ! Ils sont aussi prélevés à la source par l’Etat français. En effet, Bercy ne prend pas en compte la décision de justice belge et donc n’a pas modifié l’imposition de ces contribuables-fonctionnaires.
Depuis, c’est donc la série des lettres recommandées, des avis de saisie et autres procédures menées par des huissiers belges (dont les capacités d’action et les tarifs sont bien plus importants qu’en France).
En bons citoyens, les fonctionnaires concernés se sont tournés vers les médiateurs. Mais comme nous le révèle Isabelle Wandelst, dans les deux administrations, les services se sont déclarés incompétents, renvoyant vers la convention fiscale. Sauf que la convention actuelle ne prend pas en compte cette situation.
Et ce alors que la nouvelle convention, signée en 2022, elle, prend les dispositions nécessaires afin que ce type de situations ne soit pas possible. Sauf que ce nouvel accord n’est toujours pas ratifié par les parlements respectifs. Sera-t-elle effective en 2024 ? Pour l’instant, le texte n’est pas à l’agenda des assemblées dans les deux pays.
Trouver un accord entre Etats
Avec Isabelle Wandelst, on explore donc les solutions qui pourraient être mises en place pour sortir de cette situation nos compatriotes qui travaillent pour la Nation française et qui ont eu, la mauvaise idée, de suivre les invitations à l’intégration en prenant la nationalité belge.
A ce jour, la Conseillère des Français de Belgique n’imagine qu’une solution pour les exercices fiscaux concernés (soit 2020, 2021, 2022 et 2023, si la convention fiscale est bien ratifiée d’ici le 01 janvier 2024), un accord entre les ministres français. Pour cela, comme nous le transcrit Isabelle Wandelst, des négociations sont entamées, et ce à différents niveaux, via le député Pieyre-Alexandre Anglade, la sénatrice Samantha Cazebonne et les différents cabinets ministériels.
Isabelle Wandelst et Pieyre-Alexandre Anglade pendant la campagne des Consulaires
Mais ces démarches sont longues, les possibilités de suspendre les actions des huissiers s’amenuisent, pour certains fonctionnaires, il n’y a qu’une solution pour retrouver une vie sereine, s’arracher à celle construite en Belgique et retourner en France.
Le traité de l’Elysée, signé le 22 janvier 1963 par le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, visait à consolider la coopération entre les deux pays sur les plans politique et économique et portait l’ambition d’ancrer la réconciliation franco-allemande au sein de la société, notamment en renforçant la connaissance et les liens entre les plus jeunes. L’AEFE a décidé de dédier une semaine à la relation franco-allemande avec des événements phares pour marquer cette date anniversaire.
L’AEFE, l’enseignement de l’allemand
La langue allemande est enseignée dans 214 établissements du réseau d’enseignement français à l’étranger, répartis dans 126 pays. Il existe en France 2 lycées franco-allemands tandis que 12 sections internationales sont consacrées à la culture de notre voisine et cousine, l’Allemagne.2 Lycées Français de l’étranger sont directement subventionnés par les Lands allemands.
Une convention pour le Lycée franco-allemand de Hambourg
La convention signée par l’AEFE et le Land de Hambourg vise à préciser le fonctionnement et la gouvernance du lycée, créé en 2020.
Les lycées franco-allemands sont régis par un accord intergouvernemental datant du 10 février 1972. Au nombre de cinq (Buc, Fribourg, Hambourg, Sarrebruck et Strasbourg), ils sont l’incarnation même du traité de l’Elysée et de la coopération franco-allemande. Ils réunissent des élèves français et allemands de la classe de sixième (5. Klasse) à la Terminale (12./13. Klasse). Ils ont une vocation binationale et biculturelle permettant la rencontre de jeunes Allemands et Français et de deux systèmes éducatifs. Ces établissements préparent leurs élèves de manière approfondie aux exigences d’une Europe intégrée.
C’est en 2016 qu’Olaf Scholtz, alors maire de Hambourg, et Jean-Marc Ayrault, alors ministre des Affaires étrangères et du Développement international français, ont décidé de la création du LFA de Hambourg.
Une nouvelle convention pour le Lycée franco-allemand de Berlin
Cette convention, qui intervient 70 ans après la précédente, réaffirme l’attachement de la France et du Land de Berlin au lycée et marque la volonté conjointe de faire vivre cette entité franco-allemande unique au monde.
Le lycée de Berlin, créé en 1689 par le prince-électeur Frédéric Ier de Prusse, est le plus ancien lycée français à l’étranger. C’était à l’origine un établissement allemand avec des enseignements en langue française. Après la seconde guerre mondiale, un lycée français militaire a été établi à Berlin. C’est en 1952 qu’une convention franco-allemande fusionne les deux établissements et définit le fonctionnement et la gouvernance du nouveau lycée. François Mitterrand a marqué l’histoire du lycée en le visitant durant son mandat de Président de la République.
La journée franco-allemande dans le réseau d’enseignement français à l’étranger
Cette date anniversaire est l’occasion pour les écoles, collèges et lycées du réseau de se mobiliser et de mettre en place des initiatives innovantes sur l’amitié franco-allemande. Elle permet aux élèves d’approfondir leurs connaissances sur l’histoire commune de ces deux nations mais aussi de mener une réflexion sur son importance pour l’Europe. À Berlin, Buc, Fribourg, Hambourg, Heidelberg, ou encore Sarrebruck, les établissements organisent des expositions sur le traité franco-allemand, concours de dessins et de courts-métrages, projets artistiques et musicaux, tables rondes sur les relations franco-allemandes, journées portes ouvertes et beaucoup d’autres.
Par ces actions, les personnels et les élèves témoignent de la vitalité de la relation franco-allemande dans les lycées, et promeuvent l’apprentissage de la langue et de la culture du pays partenaire. Ils font vivre et résonner l’amitié entre les deux pays et cultures.
L’énergie nucléaire bénéficie d’un regain d’intérêt de la part de nombreux États en raison de son caractère décarbonée et de sa capacité à fournir de l’électricité en quantité suffisante au moment où le pétrole et le gaz connaissent une forte progression de leur cours.
Cette nouvelle appétence en faveur du nucléaire intervient après une décennie de remise en cause en lien avec l’accident de la centrale de Fukushima au Japon en 2011. L’Allemagne avait ainsi décidé la fermeture de ses centrales pour 2023. Si en France, la question de l’arrêt du nucléaire n’a pas réussi à s’imposer dans l’opinion publique, le principe d’un rééquilibrage en faveur des énergies renouvelables a été adopté par les gouvernements depuis 2012. La fermeture de Fessenheim a été érigée comme le symbole de cette politique qui devait conduire à un accroissement de la production d’électricité par les éoliennes et par le solaire.
Dans le combat contre les émissions de gaz à effet de serre, l’énergie nucléaire a d’évidents atouts. Elle est capable de fournir de l’électricité en quantité importante quel que soit le temps ou presque (les périodes de sécheresse peuvent limiter les capacités de refroidissement). L’énergie nucléaire ne dépend pas du bon vouloir d’un pays, l’uranium étant répartie dans de nombreux pays. Les possibilités d’utiliser de l’uranium recyclé et enrichi limite, par ailleurs les besoins en minerais.
De nombreux pays comme le Royaume-Uni ou l’Inde ont, depuis quelques années, décidé de relancer leur filière nucléaire. La Chine a également lancé un programme ambitieux. Même l’Allemagne qui y a renoncé s’interroge. Malgré les déboires des EPR en France, en Finlande ou Royaume-Uni, le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé l’engagement d’un nouveau programme de construction de centrales nucléaires visant à remplacer celles qui arrivent à leur terme et à faire face à une demande croissante d’électricité.
Ce changement de cap met un terme à une période de trente ans sans réelle construction. Il est également la conséquence des difficultés rencontrées par les énergies renouvelables qui butent sur leur caractère aléatoire, leur faible rentabilité et sur l’hostilité qu’elles peuvent rencontrer dans l’opinion publique sur le plan local (implantation des éoliennes par exemple).
La France à la croisée des chemins
En 2022, la France dispose de 56 réacteurs qui fournissent logiquement 70 % de la capacité de production d’électricité, c’est-à-dire la part la plus élevée au monde et plus de trois fois celle des États-Unis. Avant 2012, ce taux était même supérieur à 72 %. Le recours au nucléaire a permis à la France d’avoir une faible empreinte carbone. Chaque Français n’émet que 4,5 tonnes de CO2 par an, bien moins que les Allemands (7,9 tonnes) ou les Américains (14,7 tonnes). Les États européens étaient convaincus que la France serait le pays le mieux à même à passer le retrait de la Russie du marché du gaz et du pétrole. L’arrêt de 30 réacteurs fut durement ressenti à l’étranger et a été considéré comme un signe du déclin industriel en France. Les menaces de coupures électriques ont contribué à accroître au sein de la population française le sentiment de défiance à l’encontre des autorités.
Le parc français subit les effets de l’âge. Construites à des dates rapprochées, les centrales françaises rencontrent les mêmes problèmes en même temps. Leur révision décennale intervient également à des dates rapprochées. Certains choix techniques effectués dans les années 1980/1990 pour accroître la puissance des réacteurs afin de limiter leur nombre et leur lieu d’implantation dans une période où la contestation des pacifistes et des écologistes augmentait, ont rendu les centrales françaises plus fragiles (fissures sur les systèmes de refroidissement).
19 réacteurs ont dû être arrêtés en même temps au cœur de l’été. Par conséquent, le « facteur de charge » des réacteurs français, qui mesure si une centrale fonctionne à pleine capacité, oscille autour de 60 % dans l’hexagone, contre plus de 90 % en Amérique. En 2021, 5 810 jours-réacteur ont été perdus en raison d’arrêts, dont près de 30 % non-planifiés, selon le « World Nuclear Industry Status Report », une publication indépendante. Les derniers chantiers ne cessent de réserver de mauvaises surprises.
Le nucléaire en France, une question d’indépendance énergétique
La France a fait le choix de l’énergie nucléaire au moment du premier choc pétrolier. Dès le début des années 1950, dans le prolongement des recherches sur la bombe atomique, les autorités françaises ont engagé un programme d’énergie électrique d’origine nucléaire. Ce programme a été dès le départ supervisé par l’État. En recourant à des techniques militaires, la France a développé une filière reposant sur un système de refroidissement graphite gaz. Les premières centrales nucléaires (Marcoule, Chinon, Saint-Laurent et Bugey) reposent sur cette technique.
Dès la fin des années 1960 et au début des années 1970, une opposition se fait jour entre le Commissariat à l’Énergie Atomique et EDF, le premier défend la filière française graphite/gaz quand la seconde souhaite développer des centrales à eau pressurisée, jugées plus rentables. Le plan de construction des centrales nucléaires de 1972 est accéléré dès 1974 et accru avec un objectif de 6 à 7 tranches par an. En 1975, le gouvernement de Jacques Chirac opte pour la filière à eau pressurisée de Westinghouse permettant la construction sur un modèle standardisé de centrales nucléaires à forte capacité de production.
La France a construit au total 58 réacteurs. L’industrie nucléaire a, durant plusieurs décennies, attiré les élèves des grandes écoles et les meilleurs techniciens. Les chantiers mobilisent les grandes entreprises des travaux publics, de la métallurgie, de l’électronique. Elles jouent un rôle structurant majeur avec des entreprises en pointe comme Framatome et Alstom. Pour financer cet ambitieux programme, EDF emprunte l’équivalent d’une centaine de milliards d’euros sur les marchés internationaux. Afin de pouvoir recycler les déchets radioactifs, l’usine de retraitement de la Hague est modifiée et agrandie en 1976. La montée en puissance du parc nucléaire français se fera ressentir dans les années 1980 avec l’entrée en fonction d’un grand nombre de réacteurs. La part du nucléaire dans la production électrique nationale passe de 37 % en 1981 à 55 % en 1984. Les pouvoirs publics incitent le recours au chauffage électrique. La France peut s’enorgueillir d’avoir un prix de l’électricité parmi les plus bas d’Europe. Grâce à son parc de centrales, EDF devient durant les années 1980 le premier exportateur européen d’électricité.
À la fin des années 1970 et au début des années 1980, des mouvements contre le nucléaire se développent autour des pacifistes et des Verts. En Bretagne, ils obtiennent l’abandon du projet de centrale à Brennilis. La contestation se concentre contre le projet de réalisation de Superphénix à Creys-Malville. Ce projet prévoyait la création d’un réacteur à neutrons rapides permettant de produire soixante fois plus d’électricité qu’avec un réacteur classique et d’utiliser des déchets radioactifs en provenance des autres centrales. Le chantier est victime d’une attaque au lanceroquettes le 18 janvier 1982. Mis en service en 1984, Superphénix est arrêté en 1997 après plusieurs incidents techniques et en raison de la persistance d’une forte opposition des écologistes. Avant même l’affaire du super-réacteur, en 1983, le gouvernement avait réduit le rythme de lancement de nouveaux réacteurs à une seule tranche par an.
La catastrophe de Tchernobyl de 1986, faisant suite à celle de Three Mile Island aux États-Unis en 1979, provoqua une onde de choc internationale induisant une surveillance accrue de l’énergie nucléaire. L’accident nucléaire de Fukushima en 2011 a conduit également à un durcissement des normes de sécurité et incita plusieurs pays à abandonner cette énergie. La dernière construction d’une centrale nucléaire en France avant l’EPR de Flamanville est celle de Civaux reliée au réseau en 1999.
Dès la fin des années 1980, les chantiers s’étaient faits plus rares, EDF privilégiant des réacteurs à forte puissance (1300 MW). Les pouvoirs publics incitèrent EDF et les industriels du secteur à prendre position sur les marchés étrangers. Les résultats furent mitigés et ne permirent pas de compenser la baisse d’activité en France.
Le 30 juin 2020, la centrale de Fessenheim est arrêtée. Cette fermeture avait été décidée, en 2015, par le Président François Hollande qui en avait pris l’engagement lors de sa campagne présidentielle. Elle faisait l’objet d’une demande insistante des élus écologistes qui mettaient en avant les dangers sismiques. Cette centrale avait été reliée au réseau électrique en 1978 et était la première à utiliser la technique de refroidissement par eau pressurisée. Le Président François Hollande avait alors indiqué que la part du nucléaire devait descendre au-dessous de 50 % dans la production électrique. L’application de cet engagement aboutissait à fermer un tiers des centrales nucléaires.
Le chemin de croix de l’EPR
Dès la fin des années 1980, EDF travaille néanmoins au remplacement des plus anciennes centrales nucléaires. Un projet de centrales de troisième génération initialement « European pressurized reactor », renommé « Evolutionary power reactor » (EPR) est lancé en 1989. Le réacteur EPR se caractérise par une puissance supérieure à celle des générations précédentes (1600 MW contre 1300 MW). L’EPR a été étudié pour fournir 22 % d’électricité de plus qu’un réacteur traditionnel à partir de la même quantité de combustible nucléaire, et pour réduire d’environ 15 à 30 % le volume de déchets radioactifs générés.
En prenant en compte les nouvelles obligations liées aux incidents de 1986 et de 2011 ainsi que le retour d’expérience, les dispositifs de sécurité ont été améliorés avec de nombreuses redondances dans les équipements pour pallier des avanies. Cette redondance vise également à réduire le nombre de jours d’arrêt pour maintenance de la centrale. Ce projet européen reposait essentiellement sur une coopération franco-allemande mais connaît dès ses débuts de nombreux déboires. La construction d’une centrale expérimentale en France est ainsi annulée en 1997 par le gouvernement de Lionel Jospin. Gerhard Schröder qui a succédé à Helmut Kohl fait adopter une loi de sortie du nucléaire en 2001.
L’absence de perspective de nouveau réacteur nucléaire en Allemagne entraîne un retrait progressif de Siemens. Au début des années 2000, Framatome, l’entreprise qui a construit les réacteurs d’EDF, développe son projet d’EPR. Sous son nouveau nom, Areva, elle signe un contrat avec la Finlande en coopération avec Siemens. EDF décide, de son côté de construire son propre EPR à Flamanville, et d’en vendre d’autres à la Chine et au Royaume-Uni.
Les difficultés d’Areva à assumer financièrement la construction des EPR aboutira à son rachat par EDF qui supervise ainsi toute la filière nucléaire française. L’EPR de Flamanville symbolise les difficultés pour la France de relancer son industrie nucléaire après vingt ans de mise en sommeil. Lancée en 2007, la construction doit faire face à de nombreuses difficultés aboutissant à une augmentation du budget qui est passé de 3,4 à plus de 19 milliards d’euros et à des retards importants. Le raccordement au réseau devrait intervenir en 2024, soit 12 ans plus tard que prévu. Les autres EPR construits par Areva ou EDF ont tous connu des surcoûts et des retards. Seuls les projets chinois ont été reliés au réseau électrique. En 2022, trois EPR étaient opérationnels, deux reliés la centrale nucléaire de Taishan en Chine (Taishan 1 et 2, entrés en service commercial respectivement en 2018 et 2019) et un troisième en Finlande (centrale nucléaire d’Olkiluoto), connecté au réseau en mars 2022 mais dont la mise en service commercial est prévue pour, au mieux, le premier trimestre 2024.
L’énergie nucléaire, le come-back
Avec la guerre en Ukraine et les besoins croissants en énergie décarbonée, plusieurs pays ont indiqué leur souhait de se doter de plusieurs réacteurs EPR. L’Inde, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Suède, la Bulgarie mais aussi les États-Unis, ou la Turquie travaillent à la construction de nouvelles centrales nucléaires. En France, le Président de la République Emmanuel Macron, lors de son allocution télévisée du 9 novembre 2021, a acté la construction de nouveaux réacteurs. Cette annonce a été confirmée le 10 février 2022. Les six réacteurs sont censés être mis en service à partir de 2035, les derniers d’ici 2050. Une étude est également lancée pour la réalisation de huit réacteurs supplémentaires. Compte tenu du vieillissement du parc nucléaire français, la part du nucléaire dans le mix électrique français baissera de 70 % en 2021 à 40 % à l’horizon 2050, les EPR ne compensant qu’en partie les conséquences des fermetures des centrales les plus anciennes.
EDF est confrontée à une série de défis majeurs. L’entreprise doit tout à la fois développer les énergies renouvelables, gérer le parc vieillissant de ses centrales, vendre à perte de l’électricité à ses concurrents et lancer la construction de nouveaux EPR, sachant que sa dette nette est de 90 milliards d’euros.
L’entreprise a un besoin de capitaux, ce qui suppose l’accord préalable de la Commission de Bruxelles. Cette dernière pourrait imposer la séparation des activités notamment celles liées à l’international pour éviter toute distorsion de concurrence.
La stratégie d’EDF soulève quelques interrogations. Certains estiment que la construction de réacteurs de grande puissance est une solution obsolète et coûteuse. Les réacteurs de petite taille coûtent moins chers et sont plus rapides à construire. Ils peuvent être installés au plus près des zones de consommation. D’autres considèrent qu’EDF sera incapable de respecter les budgets. La construction des nouveaux EPR pourrait coûter 21 milliards d’euros au lieu des 17 milliards d’euros. Les délais de livraison apparaissent également impossibles à tenir. Les premières centrales ne pourraient être livrées qu’en 2043 et non en 2035. La Cour des comptes française a calculé qu’en 2019, un mégawattheure (mwh) d’électricité nucléaire coûtait près de 65 euros à produire (en tenant compte des coûts de construction).
Les centrales EPR de nouvelle génération devraient aboutir à abaisser ses coûts. En l’état actuel, les besoins en électricité devraient augmenter du fait d’un moindre recours aux énergies carbonées tant de la part des particuliers que des entreprises.
Le passage à l’électrique du parc automobile n’est pas en tant que tel impossible à réaliser. Il devrait mobiliser l’équivalent de deux à trois réacteurs nucléaires. Certains experts estiment que la consommation des voitures serait absorbable même avec un seul réacteur. En revanche, les besoins de l’industrie pourraient conduire à une hausse de la consommation.
Avec le développement des énergies renouvelables, l’idée de petits réacteurs nucléaires d’appoint pouvant répondre à des besoins limités dans le temps avec un temps de réaction rapide pourrait s’imposer. Ces petits réacteurs posent un problème majeur, leur acceptabilité par la population. Pour les nouveaux projets d’EPR, EDF comme le gouvernement privilégient comme lieu d’implantation les sites déjà existants qui avaient été lors de leur création dimensionnés de telle façon à pouvoir accueillir de nouvelles tranches.
Les délais de réalisation des centrales apparaissent longs et sont liés à l’augmentation de la réglementation administrative et des règles de sécurité. Le gouvernement s’est engagé à diminuer le temps d’obtention des permis de construire afin d’accélérer le processus de construction. Par ailleurs, les entreprises concernées se mobilisent pour former les personnels nécessaires. Le compte à rebours est lancé.
Des hivers plus doux et le manque de neige menacent la viabilité des stations de ski à travers l’Europe, et bien que certains pays tentent de leur venir en aide par le biais de subventions ou d’allègements fiscaux, de nombreuses stations de ski situées en basse altitude pourraient devoir fermer dans les prochaines années.
L’année 2023 a jusqu’à présent été marquée par des températures record en Europe. Les météorologues soulignent que les hivers européens deviennent de plus en plus doux, secs et avec moins de précipitations. Cela ne représente pas une bonne nouvelle pour les stations de ski, qui se voient de plus en plus affectées alors que leur fonctionnement dépend de la présence de neige ou des conditions météorologiques, quand il est possible de la fabriquer artificiellement.
En Italie, les exploitants de téléphériques ont perdu environ 40 % de leur chiffre d’affaires saisonnier au cours de la période de Noël en raison du manque de neige.
« L’industrie de la montagne est la première à être témoin des bouleversements qui s’opèrent. Il y a un enneigement plus aléatoire, des précipitations moins fréquentes mais plus intenses, la limite pluie-neige en hausse, et les glaciers qui fondent », a expliqué à EURACTIV un porte-parole de l’Association nationale des maires des stations de montagne françaises.
L’Europe compte environ 3 900 stations de ski. Parmi les pays de l’UE, la plupart se trouvent en Allemagne, en Italie, en France et en Autriche. [Shutterstock/Andrew Angelov]
Où se trouve la limite de la neige ?
Il existe environ 3 900 stations de ski en Europe. Parmi les pays de l’UE, la plupart se trouvent en Allemagne, en Italie, en France et en Autriche. Les plus menacées sont celles situées à des altitudes plus basses, car la ligne de neige, qui délimite la zone avec une couverture de neige permanente, se déplace d’environ 150 mètres vers le haut avec une augmentation d’un degré Celsius.
« Nous connaissons déjà des hivers plus chauds, qui continueront de se réchauffer après 2030. Cela entraînera une nouvelle détérioration des conditions de ski. Vers la fin du siècle, seules les stations de ski de haute altitude seront viables », indique l’Institut slovaque de politique environnementale dans son analyse.
Les données provenant de centaines de stations des pays alpins entre 1971 et 2019 indiquent que la couverture neigeuse diminue de 8,4 % chaque décennie entre novembre et mai.
En Autriche, le nombre de jours où la couverture neigeuse est complète a diminué de 40 jours en moyenne depuis 1961. Ce déclin est particulièrement important à des altitudes inférieures à 1 500 mètres.
Selon une étude menée par l’université d’Innsbruck, la période d’enneigement naturel diminuerait de 70 % d’ici l’an 2 100 à une altitude de 1 000 mètres si le réchauffement climatique venait à ne pas être limité à 2 degrés Celsius.
Catastrophe économique
Si les stations de ski ne peuvent pas compter sur l’enneigement naturel en hiver, la seule option est l’enneigement artificiel — « une bouée de sauvetage », comme le décrit l’Association finlandaise des domaines skiables, sans laquelle de nombreuses stations de ski ne pourraient pas survivre, même aujourd’hui.
« La qualité des systèmes d’enneigement artificiel jouera un rôle de plus en plus important. Cela nécessitera des investissements massifs dans les technologies de pointe et dans les bassins de rétention d’eau qui maintiennent l’eau dans le paysage », a déclaré Martin Koky de la station de ski tchèque Klínovec à EURACTIV.
L’enneigement artificiel technique est toutefois coûteux. Pour ne rien arranger à leur situation financière, les stations de ski doivent faire face aux prix élevés de l’énergie alors qu’elles se relèvent encore tout juste des fermetures provoquées par la pandémie de Covid-19.
Cette situation a entraîné une hausse des prix dans de nombreuses stations de ski.
Certains pays ont déjà adopté des mesures d’aide. En Italie, 200 millions d’euros sur quatre ans avaient déjà été prévus pour un fonds destiné à la modernisation, à la sécurité et à la mise hors service des remontées mécaniques et des installations d’enneigement.
L’association italienne des remontées mécaniques Federfuni demande toutefois une aide immédiate pour les prix de l’énergie, notamment sous forme d’allégements fiscaux. Une telle aide a été récemment adoptée en Slovaquie, qui a abaissé de 10 % la TVA pour les stations de ski.
Les stations de ski françaises, en revanche, déplorent que les programmes d’aide gouvernementaux les aient négligées, entraînant ainsi une « explosion des factures d’énergie. »
Outre la crise énergétique actuelle, des solutions à long terme sont nécessaires. M. Koky estime que certaines stations de ski devront peut-être se concentrer en partie sur la saison estivale.
« J’espère que nous pourrons ouvrir une discussion pragmatique sur la manière de transformer les régions de montagne dépendantes du tourisme en destinations ouvertes toute l’année », a-t-il déclaré. Il a également précisé que si sa station de ski, Klínovec, ne réalisait pas de bénéfices en été, elle ne serait pas en mesure de payer les factures en hiver.
Chars ou pas chars ? Les Allemands hésitent à s’engager avec les Danois et les Polonais, presque seuls. Ils attendent que les Américains en fassent autant. La France a déjà envoyé des AMX, chars légers. Pour les Leclerc, chars lourds, « pas de tabou », dit Sébastien Lecornu, ministre de la Défense, mais des questions : manqueront-ils aux armes françaises ? (Même si le conflit de haute intensité que l’on craint a déjà lieu : en Ukraine.) Seront-ils utiles ? Car il faut savoir les entretenir. Quelle est l’étape suivante ? Après les chars, des avions, des missiles ? Et s’ils s’en servaient pour frapper dans la profondeur, des villes, comme les Russes, impunément ? N’est-ce pas l’intérêt des Ukrainiens : l’extension de la guerre ? A contrario, qu’est-ce qu’aider si c’est aider à demi ? Refuser chars, avions, missiles, c’est faire durer la guerre. La Russie ne peut plus gagner, sans ces armes l’Ukraine non plus.
La guerre est une stupidité, surtout quand elle est conduite par des imbéciles.
La guerre est une stupidité, surtout quand elle est conduite par des imbéciles. Ressusciter l’Otan, y pousser la Suède et la Finlande, transfigurer le nationalisme ukrainien, chasser un million de jeunes Russes, tomber en panne à Kiev, fuir à Kharkov, se retirer de Kherson, envoyer ses hommes à la boucherie, seul un génie, mauvais, très mauvais, pouvait l’accomplir. Ces frappes sur les civils, ces villes rasées, ces enfants déportés, cette télévision qui appellent à détruire Londres, à provoquer un tsunami dans l’Atlantique, à gommer cette « France qui ne devrait plus exister » (et dire qu’il y a des Français pour lui trouver des excuses), quelle subtile propagande : les Chinois, désormais, le prennent pour un fou.
Ils ont tort. Il n’est pas fou, il est ce qu’il a toujours été, un esprit étroit, borné, simpliste, qui a consolidé son pouvoir en s’entourant de plus médiocres.
Comment en sortir ? La question n’est pas tant celle des chars que des buts de guerre, des objectifs de paix. Est-il possible de conclure un accord avec Poutine, sans lui laisser en permanence un revolver sur la tempe ? Et peut-on menacer 6000 têtes nucléaire ? Les armes à employer ne sont pas seulement celles des militaires.
Le pouvoir russe a raison de dénoncer l’ennemi intérieur : Ils sont heureusement plus nombreux qu’il ne le croit.
Les chars, peuvent avancer, jusqu’où ? Il n’y a de paix que lorsque l’ennemi reconnaît sa défaite et se trouve mis dans l’impossibilité de prendre une revanche. Poutine peut-il reconnaître une défaite, à supposer qu’elle arrive ? Non, et c’est pourquoi il ne faut pas l’humilier, prévoyait Macron. Maintenant, les bornes étant franchies ? La seule façon durable d’installer la paix est la menace d’un autre système de pouvoir en Russie. Est-ce possible ? Son éventualité est la seule façon d’affaiblir Poutine, le conduire à renoncer à l’Ukraine. Lénine avait tout abandonné à la paix pour garder le pouvoir. Le pouvoir russe a donc raison de dénoncer l’ennemi intérieur, les « agents de l’étranger » : Ils sont heureusement plus nombreux qu’il ne le croit.
Les pays occidentaux arment l’Ukraine, ils doivent réveiller la Russie. Avec plus d’un million d’exilés, avec leurs familles déboussolées, les canaux sont considérables. Dire que les Russes sont habitués à la soumission, qu’aucun changement n’est possible, c’est ignorer la chute du tsarisme comme celle de l’URSS ; c’est oublier que les guerres de la Russie ont, quatre fois sur cinq, déclenché des crises de régime. C’est surtout mépriser les Russes : il y a des lecteurs de Boulgakov et Grossman sur le front.
Et c’est mépriser les nouveaux instruments de la guerre hybride. Sur les 80 milliards d’aide accordés à l’Ukraine, combien pour la guerre nouvelle ? Désorganiser l’arrière, les hiérarchies, les confiances, la fiabilité des communications, multiplier les réseaux libres, tout cela se fait, mais en petit, au compte-goutte, avec des moyens individuels.
Ce sont des associations qui ont réalisé le clip alertant l’opinion publique sur la déportation des enfants ukrainiens.
Ce sont des associations qui ont réalisé le clip alertant l’opinion publique sur la déportation des enfants ukrainiens, elles qui ont porté plainte pour « génocide ». Il faut que les familles russes le voient, y compris les familles d’accueil.
Si les dirigeants occidentaux consacraient 1% seulement de leur aide à ce type d’action, Poutine aurait peur des ombres du Kremlin. 300 millions de dollars ont été distribués par ses sbires à leurs relais occidentaux dans 20 pays. Poutine explique que Maidan était un coup d’Etat ? Chiche ! Qu’il en craigne un ! Inutile d’attiser les complots, la vérité suffit à abattre un pouvoir construit sur le mensonge. Mettre le crime et ses complices en pleine lumière.
La guerre d’Ukraine a commencé comme une guerre du 20ème, elle finira comme une guerre du 21ème.
Comme anticipé ici-même, Les États-Unis ont placé Wagner sur la liste de groupes terroristes. Et la France ? Toute personne en lien avec Wagner doit être arrêtée et jugée comme complice du terrorisme. Partout dans le monde. Un jour, quelqu’un le fera en Russie où les armées privées sont illégales. La diversification des instruments, l’extension des espaces d’action sont la marque des conflits protéiformes.
La guerre d’Ukraine a commencé comme une guerre du 20ème, elle finira comme une guerre du 21ème. La guerre actuelle, avec ses frappes aveugles, ses boucheries, est une guerre d’imbéciles. Bécille, baculus, est un bâton, un gourdin. L’imbécile est un faible, sans bâton pour s’appuyer, sans gourdin pour frapper : un « désarmé », une brute. Progressivement, il faut désarmer l’armée russe, de l’intérieur, avec les instruments du 21ème siècle. Moins cher et plus efficace que les chars. Ce qui suppose de la technologie, de l’humain.
A quoi ressemblera une guerre du 21ème ? Que dessine la refonte des armées décidée par Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ? La nouvelle loi de programmation militaire (2024-2030) prévoit une augmentation de plus d’un tiers des budgets militaires. Elle veut surtout changer d’armée.
Aucune guerre n’est intelligente. Mais il faut bien faire la guerre à la bêtise.
Tous les Etats augmentent leur budget de défense. Les dépenses militaires dans le monde ont dépassé 2000 milliards de dollars, deux fois plus qu’en 2000. Une flambée nécessaire et stupide. Il n’y a pas à regretter d’avoir touché pendant 40 ans les dividendes de la paix, d’avoir baissé les budgets militaires, il y a à regretter d’être obligé de les augmenter. Aucune guerre n’est intelligente. Mais il faut bien faire la guerre à la bêtise. La guerre en Ukraine est passée par là.
Le futur budget des armées est presque un double budget : maintenir ce qui existe (par exemple la dissuasion nucléaire, (5.6Mds€) et construire l’armée de la guerre « intelligente » : le renseignement (budget multiplié par deux), le spatial, les forces spéciales (2 Mds€), les drones (5 Mds€), le cyberespace. 10 milliards sur l’innovation, avec l’école Polytechnique. Préparer le passage d’un format d’armée à un autre, avec les inconnues qui s’y glissent.
En France, la réorientation stratégique est assumée.
Char Leclerc
En attendant, 60 ans après le traité de l’Elysée, l’avenir franco-allemand peine à se mettre en place. Sur l’industrie de défense, l’énergie, la dette, les budgets. A l’Allemagne de répondre. Même les Américains ont besoin d’alliés, notamment de la France. En ce moment, les marines indiennes et françaises mènent des exercices communs dans l’océan Indien, pour la cinquième fois. La réorientation stratégique est assumée : plus d’Asie, avec l’outre-mer, moins d’Afrique. Comme prévu ici même, le Burkina-Faso demande le départ des troupes françaises.
La guerre est toujours une stupidité, rarement menée par des génies. La bataille d’Ukraine peut être gagnée par des chars, la guerre, elle, par d’autres armes, partout dans le monde, y compris en Russie. Au siècle dernier, le char ouvrait la voie. Aujourd’hui, d’autres outils ouvriront les portes du Kremlin. Les mettre en œuvre, sans délai.
Bonjour, bienvenue dans votre flash du 23 janvier 2023, aujourd’hui, lundi, on parle de l’annulation de l’élection de 2 députés des Français de l’étranger, du risque pour le vote en ligne et de la mobilisation contre la réforme des retraites en France.
Les Français d’Afrique du Nord et d’Amérique du Sud vont retourner aux urnes
En effet, ce vendredi 20 janvier, la députée des Français d’Amérique centrale, du Sud et des Caraïbes Eléonore Caroit (Renaissance) et le député des Français du Maghreb, d’Afrique du Nord et de l’Ouest (IXème circonscription) Karim Ben Cheïkh (Génération.s/ NUPES) ont vu leur élection annulée par le Conseil Constitutionnel. Le recours contre l’élection de Roland Lescure, aujourd’hui ministre, en Amérique du Nord, a lui été rejeté. La plus haute instance juridique française doit encore se prononcer sur l’élection de Meyer Habib.
Le vote internet dans le viseur de l’administration
Si le Conseil constitutionnel a annulé ces élections c’est pour des défaillances dans le processus de vote par internet. Les sages dédouanent les candidats et chargent l’administration dans leur avis. Celle-ci menace de limiter la capacité de participation des Français de l’étranger en ne mettant plus en place ce dispositif. Les élus se mobilisent pour bloquer cette initiative. Affaire à suivre.
En France la mobilisation contre la réforme des retraites se poursuit
Dans les rues avec de petites manifestations dans certaines villes encore ce week-end, mais aussi sur les plateaux de télévision, où les principaux opposants à Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont attaqué le gouvernement, sa méthodologie, et les principes de la réforme. Prochaine journée de mobilisation mardi 31 janvier.
C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour une nouvelle édition.
Pour la première fois, nous recevons Christopher Weissberg, le député des Français d’Amérique du Nord. Élu comme suppléant de Roland Lescure, il prit sa succession alors que celui-ci fut nommé ministre délégué chargé de l’Industrie, auprès de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances, et de la Souveraineté industrielle et numérique, dans le gouvernement Borne, le 04 juillet 2022.
Roland Lescure et Christopher Weissberg
Ecoutez le podcast avec Christopher Weissberg
Député suppléant, un député comme les autres ?
On commence évidemment ce podcast en s’interrogeant sur la légitimité et l’indépendance de Christopher Weissberg par rapport à Roland Lescure. Comment fonctionne le binôme ? Quel intérêt d’avoir l’oreille d’un ministre pour les Français de la circonscription ? Des questions auxquelles répond M. Weissberg sans ambage.
Recours au Conseil Constitutionnel rejeté
Alors que Karim Ben Cheïkh et Eléonore Caroit ont vu leur élection, pour l’un en Afrique du Nord et pour l’autre en Amérique du Sud, annulée par le Conseil constitutionnel à cause du dysfonctionnement dans le vote en ligne, le recours contre l’élection de Roland Lescure a été rejeté par l’instance, permettant ainsi à Christopher Weissberg de conserver son mandat comme député suppléant.
Ce fut l’occasion de l’interroger sur l’avenir du vote en ligne alors que la décision du Conseil Constitutionnel a hypothéqué son avenir.
« Pour moi, (le vote en ligne) est indispensable. En 2022, uniquement grâce au vote par internet, il y a eu 10 points de plus de participation dans ma circonscription »
Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord
Comme tous, Christopher Weissberg considère que c’est un facilitateur de la vie démocratique, ainsi le vote par internet s’impose comme l’outil indispensable pour maintenir un niveau de participation satisfaisant, mais il doit encore être amélioré.
Christopher Weissberg dans une école française aux USA
Les visas E2 des Français aux USA
Dans la deuxième partie du podcast, on évoque les problématiques propres aux Français installés ou voulant s’installer en Amérique du Nord.
Premier thème, les visas délivrés pour les entrepreneurs. Un sujet qui a été évoqué lors de la visite d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis d’Amérique. En effet, sous Trump, le régime qui s’appliquait aux Français a été modifié en réduisant la durée du visa à 2 ans sans possibilité de le renouveler.
Christopher Weissberg revient pour nous sur la genèse de ce différend administratif entre nos pays et nous dévoile, en primeur, les solutions qui sont en train de se mettre en place sous l’impulsion des Présidents Biden et Macron.
« De notre côté, les visas vont passer de 2 à 4 ans. La négociation a lieu en ce moment. Je suis très optimiste »
Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord
Visite d’Emmanuel Macron aux USA le 30 novembre 2022
La débancarisation des Français de l’étranger
Autre problématique qui frappe nos compatriotes installés outre-Atlantique, la débancarisation dont ils sont victimes en France. En effet, comme nous l’explique en détails le député Christopher Weissberg, un ensemble de dispositions réglementaires s’impose aux banques qui auraient des clients dont la résidence serait aux USA.
Des contraintes que refusent de prendre en charge, jusqu’à présent, la plupart des les établissements en place, mais une nouvelle solution bancaire française, créée par Lesfrancais.press et les Banques Populaires / Caisses d’Epargne, dédiée aux expatriés, sera commercialisée au cours du dernier trimestre de cette année. Cependant, Christopher Weissberg tient à rappeler l’existence du droit au compte qui existe en France et pour lequel il s’engage auprès de ses administrés.
« Moi si vous m’envoyez un mail, je contacte la Banque de France »
Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord
Outre-Atlantique, des Français sont actuellement bloqués dans leur projet immobilier au Canada. En effet, une nouvelle loi empêche pendant 2 ans les non-Canadiens d’acquérir des biens immobiliers sur ce territoire. Préférence nationale ou contrôle des prix ? Christopher Weissberg nous explique les enjeux derrière cette décision canadienne.
Naturellement, on évoque aussi le problème des résidences secondaires des Français de l’étranger qui sont souvent frappés par une taxation supplémentaire, et la promesse électorale d’Emmanuel Macron concernant la création d’une résidence de repli. Le député des Français d’Amérique du Nord nous dévoile les négociations en coulisses qui ont lieu actuellement entre Bercy et les élus des Français de l’étranger sur ce thème et la CSG/CRDS.
« Pour l’instant, c’est toujours un travail en jachère. On doit continuer nos efforts ! »
Christopher Weissberg, député des Français d’Amérique du Nord
Jeudi 19 janvier 2023, c’était journée noire pour les Français, plus d’1 millions de nos compatriotes ont défilé dans les rues contre la réforme des retraites du gouvernement d’Elisabeth Borne. Hasard du calendrier, le même jour était prévu de longue date la signature du traité d’amitié entre la France et l’Espagne. Le Président de la République a donc passé la journée loin des slogans et des défilés. Mais lors de la rencontre avec Emmanuel Macron à Barcelone et la communauté française , un jeune homme a décidé de lui rappeler les enjeux en portant un T-Shirt sur lequel était inscrit un message d’opposition.
Nous somme allés à la rencontre de ce jeune militant, Youssef Hanayen !
Youssef Hanayen est un jeune Français de Barcelone, ancien élève du Lycée Français de la ville. Il est aussi engagé auprès de la France insoumise.
Avec lui, nous retraçons les évènements et découvrons l’attitude du staff présidentiel qui après l’avoir expulsé, l’a autorisé, finalement, à assister, assis, à la rencontre.
A Barcelone, une mobilisation importante contre la réforme des retraites
On essayera aussi de comprendre les motivations de Youssef Hanayen. Et elles sont nombreuses, à l’image de la mobilisation du Lycée Français de Barcelone où plus des 2/3 des personnels ont participé au mouvement de grève.
Renaud Le Berre remettant sa lettre au Président de la République à Barcelone le 19 janvier 2023
Comme Renaud Le Berre, élu consulaire EELV et ancien candidat pour la NUPES à l’élection législative, qui a remis au Président de la République une lettre contre son projet de réforme. Pour l’anecdote, Renaud Le Berre est un des anciens professeurs de Youssef Hanayen.