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  • NextGeneration, une étape qui en appelle d’autres! 

    NextGeneration, une étape qui en appelle d’autres! 

    La création du fonds de relance de l’Union européenne a fêté son troisième anniversaire le 19 février dernier. Connu sous le nom de « NextGeneration », ce fond pluriannuel d’un montant de 832 milliards d’euros, soit 5,2 % du PIB de l’Union européenne est financé par l’émission d’obligations de l’Union européenne. Ces émissions constituent une des initiatives prises par les Européens au moment de la pandémie de covid. 

    Ce mode de financement a été qualifié d’hamiltonien en référence à Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor américain, qui, à la fin du XVIIIe siècle a organisé la fédéralisation budgétaire des États-Unis. L’initiative européenne de 2021 reste ponctuelle, les États d’Europe du Nord étant opposés à la mise en place d’un budget de nature réellement fédérale. 

    NextGeneration, une nouveauté !

    A la différence des autres plans européens, les crédits de NextGeneration ont été attribués, non pas en retenant le poids des États membres au sein de l’Union européenne, mais en fonction de critères économiques et sociaux plus larges. Ces crédits alloués à travers ce plan ont ainsi représenté 16 % du PIB pour la Grèce, 12 % pour la Roumanie, 11 % pour l’Italie 6 % pour la Pologne, 2,5 % pour la France, 1 % pour l’Allemagne et 0,6 % du PIB pour le Pays-Bas

    Un objectif de redistribution interne

    Les aides ont profité aux États qui étaient menacés par des taux d’intérêt élevés en raison de leur endettement élevé. L’idée était que les pays les plus riches soutiennent ainsi les pays les plus pauvres. Malgré la fin de la politique monétaire accommodante et les rachats d’obligations d’État par la banque centrale, les taux d’intérêt n’ont pas divergé au sein de l’Union. Ce calme sur les marchés obligataires s’explique également par les déclarations de la BCE en vertu desquelles cette dernière pourrait être amenée à intervenir pour empêcher tout écartement des taux. 

    Un objectif de relance économique

    Le deuxième objectif de NextGeneration était de contribuer à la reprise économique après la récession liée au Covid. Au départ, des experts et des responsables politiques ont ouvertement critiqué la Commission, considérant que le financement d’infrastructures était un mauvais choix. Ces derniers auraient préféré une action en faveur de la consommation. Ils ont également jugé que la mise en œuvre du plan était lente. Dans les faits, la lenteur de la Commission et l’option « investissement » se sont avérées bénéfiques. Une relance par la consommation aurait alimenté l’inflation comme cela a été constaté aux États-Unis. 

    Compte tenu des mesures prises par les différents gouvernements, le pouvoir d’achat des ménages a été maintenu durant la crise sanitaire. En outre, ces derniers ont augmenté leur effort d’épargne de manière contrainte durant les confinements. La mise en œuvre relativement lente des plans de relance a atténué également les effets inflationnistes. Aux États-Unis, les plans de relance de Donald Trump puis de Joe Biden ont provoqué de nombreuses pénuries notamment pour les matériaux de construction. 

    Nextgeneration
    ©Commission européenne – 2021

    Un objectif de transformation écologique

    Le troisième objectif de NextGeneration était d’accélérer la transformation verte et numérique de l’économie européenne. Les autorités européennes ont dû surveiller et contrôler l’usage des crédits pour éviter leur gaspillage et leur utilisation à d’autres fins que prévues. Certains États ont affecté une partie des crédits à des investissements ayant des liens assez éloignés de la numérisation et de la transition énergétique. L’Italie a tenté de financer la construction d’un stade en recourant au plan européen. Si ce projet a été refusé, elle a néanmoins réussi à financer des équipements sans lien direct avec les objectifs assignés par la Commission. Le gouvernement italien a ainsi utilisé une partie des fonds reçus pour la création de garderies. La France a été critiquée pour avoir réparti les crédits obtenus sur de nombreux projets et avoir financé des opérations de restauration programmées bien avant la crise sanitaire. 

    La totalité des ressources prévues par le plan européen n’ont pas été utilisées, trois ans après son lancement du fait d’un nombre insuffisant de projets répondant aux conditions posées par les autorités de Bruxelles. 

    Ces dernières souhaitaient également que le plan NextGeneration serve de catalyseur pour l’engagement de réformes structurelles dans les domaines de la concurrence, de la santé, de l’aménagement du territoire ou du système judiciaire. Peu d’États ont mis en œuvre de telles politiques. 

    La France a mené une réforme des retraites mais n’a pas rationalisé son système complexe de collectivités territoriales.

    Une arme en faveur de la démocratie en Europe

    Enfin, la Commission européenne a utilisé le plan NextGeneration pour faire pression sur plusieurs États comme la Hongrie ou la Pologne qui ont tendance à ne plus respecter les règles communes. Ces deux pays ont remis en cause certains principes européens dans les domaines de la liberté de la presse, de l’indépendance de la justice ou du droit de la concurrence. L’obtention des crédits est conditionnée au respect des textes européens. 

    L’arrivée au pouvoir de Donald Tusk au poste de Premier ministre en Pologne devrait améliorer sensiblement les relations avec la Commission et permettre au pays d’accéder, à nouveau, à l’ensemble des financements européens. Pour la Hongrie, la situation est plus compliquée. Viktor Orbán tente de monnayer son soutien au plan d’aide à l’Ukraine de 50 milliards d’euros. Il espère ainsi que les crédits européens de son pays, une vingtaine de milliards d’euros, débloqués sans avoir à réaliser les avancées attendues par les autres États membres sur le terrain des valeurs démocratiques. L’Union européenne a consenti à verser 10,3 milliards d’euros à la Hongrie en décembre sur les vingt qui ont été gelés. 

    Pour la poursuite des émissions d’obligations européennes Le plan NextGeneration a permis à l’Union européenne d’intervenir de manière fédérale dans le financement de projets d’équipements. Ce fonds de relance de 832 milliards d’euros a constitué une avancée mais il est amené à disparaître. Or, la transition énergétique exige, d’ici le milieu du siècle, des sommes importantes, plusieurs milliers de milliards d’euros. Un financement européen permettrait de réduire les coûts d’investissement pour de nombreux États et de mettre en place un politique énergétique cohérente au niveau des 27 États membres. 

    La poursuite d’émissions européennes en euros crédibiliserait le rôle de la monnaie commune. Ces émissions augmenteraient la profondeur du marché financier européen et contribueraient à son unification. Enfin, elles seraient l’expression d’un budget européen permettant de lutter contre des crises asymétriques. Ce budget offrirait la possibilité aux autorités européennes de venir en aide, de manière ciblée, à tel ou tel pays en fonction des difficultés que ce dernier pourrait rencontrer.

  • La Bulgarie a de réelles chances d’entrer dans la zone euro en 2025

    La Bulgarie a de réelles chances d’entrer dans la zone euro en 2025

    La Bulgarie a de réelles chances de rejoindre la zone euro en 2025, car elle sera en mesure de remplir toutes les conditions d’adhésion, a déclaré le ministre des Finances Asen Vasilev vendredi (23 février) lors d’une réunion informelle des ministres des Finances de l’UE à Gand en Belgique.

    Étaient présents lors de la réunion Christine Lagarde de la Banque centrale européenne, Pascal Donahue, président de l’Eurogroupe, Paolo Gentiloni, commissaire à l’économie, et Valdis Dombrovskis, commissaire au commerce, qui s’est tenue vendredi.

    « Toutes les prévisions, tant de la Commission européenne que de la BCE, montrent que le dernier critère que nous n’avons pas rempli — le critère d’inflation — le sera en 2024, ce qui ouvre la voie à l’adhésion en 2025 », a ajouté M. Vasilev.

    Selon lui, l’adhésion à la zone euro nécessite un environnement politique stable et un gouvernement régulier, ce qui signifie que la rotation du cabinet entre les formations au pouvoir — Nous continuons le changement, Bulgarie démocratique (PP-DB) et GERB — devrait avoir lieu en mars. Le Premier ministre du PP-DB, Nikolai Denkov, devrait céder son poste à l’actuelle ministre de l’Intérieur et ancienne commissaire européenne, Mariya Gabriel (GERB).

    Bulgarie
    « Toutes les prévisions, tant de la Commission européenne que de la BCE, montrent que le dernier critère que nous n’avons pas rempli — le critère d’inflation — le sera en 2024, ce qui ouvre la voie à l’adhésion en 2025 », a ajouté M. Vassilev. ©Shutterstock/Andrzej Rostek

    « L’ensemble du programme législatif a déjà été adopté, c’est-à-dire que nous n’avons plus d’obstacles législatifs à partir de maintenant. Il ne reste plus que la loi sur l’adoption de l’euro, qui est actuellement en consultation avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne », a commenté M. Vasilev.

    Le ministre des finances a ajouté que la Bulgarie avait enregistré un déficit de 2,2 % l’année dernière, ce qui était dans les limites autorisées.

    En réponse à une question, le ministre des finances a déclaré que la BCE et la CE prévoyaient une inflation annuelle moyenne d’environ 3 % cette année.

    Il y a un mois, M. Denkov a laissé entendre que la Bulgarie pourrait ne pas rejoindre la zone euro le 1er janvier 2025, mais le 1er juillet de la même année. La raison en est que la BCE peut donner au pays quelques mois de plus pour maîtriser son inflation.


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  • Sénégal: un « dialogue » national pour une sortie de crise électorale ?

    Sénégal: un « dialogue » national pour une sortie de crise électorale ?

    Le président du Sénégal Macky Sall s’est donné deux jours, lundi et mardi, pour trouver une sortie à la crise que traverse le pays, l’une des plus graves en 64 ans d’indépendance, depuis qu’il a décrété le 3 février le report de la présidentielle qui devait se tenir dimanche.

    Il invite à ce « dialogue » à Diamniadio, ville nouvelle à une trentaine de kilomètres de la capitale Dakar, les candidats retenus en janvier par le Conseil constitutionnel, ceux qui ont été disqualifiés (les « recalés »), les représentants de la société civile, des responsables religieux et coutumiers, a indiqué la présidence.

    Le président Sall, élu en 2012 et réélu en 2019, n’est pas candidat. Mais il insiste sur les divisions qu’a creusées le processus préélectoral selon lui et la nécessité de « réconciliation » pour la stabilité volontiers vantée de son pays. Il vise un « consensus » à l’issue de concertations qui porteront, a-t-il dit jeudi, sur une nouvelle date, mais aussi sur l’après-2 avril, date officielle de la fin de son mandat.

    Soit les participants s’entendent sur une date et il publiera « immédiatement » un décret convoquant les électeurs, soit il renverra l’affaire devant le Conseil constitutionnel, à charge pour lui de trancher, a-t-il dit jeudi.

    Sénégal
    Des partisans du président sénégalais Macky Sall le 24 février 2024 à Dakar © AFP – JOHN WESSELS

    Une occasion pour Karim Wade ?

    Seulement, 16 des 19 candidats retenus par le Conseil constitutionnel ont dit qu’ils ne participeraient pas. Le collectif Aar Sunu Election (« Préservons notre élection »), qui revendique plus d’une centaine d’organisations et de personnalités fédérées contre le report, ainsi que d’autres plateformes citoyennes, ont fait de même.

    Ils forment un vaste front qui réclame que l’élection ait lieu le plus vite possible, et avant le 2 avril. Une partie d’entre eux s’inquiète des conséquences d’une vacance de la présidence sans succession établie. Le président Sall lui-même a émis des doutes sur la faisabilité d’une élection avant son départ.

    D’autres l’accusent de jouer la montre, soit pour avantager son camp parce que les choses se présenteraient mal pour lui à la présidentielle, soit pour s’accrocher au pouvoir au-delà du 2 avril. Ils redoutent que le « dialogue » ne serve à réexaminer les candidatures.

    L’un des principaux bénéficiaires d’une reprise à zéro du processus serait le « recalé » Karim Wade, fils et ministre de l’ancien président Abdoulaye Wade. Son combat contre sa disqualification a mis en branle la chaîne qui a conduit à l’ajournement de l’élection, grâce à une alliance inattendue entre le camp du président et celui de M. Wade.

    Regarder le reportage de TV5MONDE

  • Voyage en France ? La SNCF change les règles 

    Voyage en France ? La SNCF change les règles 

    Lors de votre voyage en France, vous l’avez constaté, il est souvent encore moins onéreux de prendre l’avion que le train. Pourtant il y a de nombreux avantages à prendre le train, un accès plus facile aux centres villes, la possibilité de travailler pendant le voyage ou tout simplement transporter plus de valises. Les familles nombreuses comprennent bien la problématique. Le coût des bagages dans les transports peut devenir un vrai frein au voyage.

    Pourtant il semble que les compagnies aériennes soient devenues une source d’inspiration pour la SNCF. En effet, depuis le 15 février, ces règles ont subtilement changé sur TGV, OUiGo et les Intercités. Pour les Français de l’étranger, on fait le point. 

    Sur OuiGo, il faudra voyager léger

    Dans les trains liés à l’offre low-cost du transporteur national, vous pouvez n’avoir, compris dans votre billet, qu’un bagage cabine (55x35x25 cm max) en plus d’un bagage à main (36x27x15 cm max). Seuls les voyageurs sur OuiGo Plus peuvent avoir un bagage supplémentaire ou de taille supérieure dans le prix de votre billet.

    Pour les autres, pour prendre plus, il faudra payer un peu plus en prenant une option à 5 euros permettant de voyager avec un bagage spécial comme un équipement sportif, des skis en housse s’ils ne mesurent pas plus de 2 mètres ou un instrument de musique rangé dans un étui et dont la taille n’excède pas les 1,30m x 0,90m. Les contrebassistes devront prendre d’autres dispositions.

    Si vous voyagez avec des enfants en bas âge, le transport des équipements (poussette, nacelles, siège-coque) est gratuit.

    SNCF
    ©Stockadobe

    Deux bagages sur TGV Inoui

    Sur TGV Inoui et sur les Intercités, chaque voyageur pourra avoir avec lui deux bagages aux dimensions maximales de 70x90x50 cm en plus d’un bagage à main. Pas de panique pour les skieurs, les snowboarders et les musiciens. Les bagages spéciaux sont autorisés mais comme dans les Inoui, les dimensions ne peuvent dépasser 90×130 cm.

    Le vélo à 10 euros

    Pour les cyclistes, il faudra penser à réserver une place d’un montant de 10 euros par vélo et par trajet. Mais, si vous voyagez avec un vélo non démonté ou non plié,​ vous ne pourrez emporter qu’un seul bagage, une double sacoche vélo étiquetée et un bagage à main.​ Un vélo plié ou démonté sera considéré comme un bagage et ne nécessite pas de réservation.

    Par contre, les vélos couchés, les tricycles, les tandems, les vélos cargo, longtail et les remorques ne sont pas autorisés​ à monter à bord. Il faudra les confier à un transporteur pour les emmener avec soi.

    Application des nouvelles règles

    Toutes ces mesures sont entrées en vigueur le 15 février dernier, mais une période d’adaptation s’étend jusqu’au 15 septembre 2024. Passée cette date la verbalisation de 50 à 150 euros s’appliquera. 

  • Quelle commune sera élue le Village préféré des Français en 2024 ?

    Quelle commune sera élue le Village préféré des Français en 2024 ?

    14 communes candidates pour être élues le Village préféré des Français en 2024. Elles ont été dévoilées cette semaine. Les Français de l’étranger peuvent aussi participer. On vous explique comment ! Attention, le scrutin sera fermé le 08 mars à 23h59 (heure française). 

    Un vote en ligne jusqu’au 08 mars

    Ce rendez-vous incontournable, animé par Stéphane Bern, réunit quatorze incroyables communes riches d’histoire et de culture dans les quatre coins de la France. Château colossal, village au bord de mer et viticulture du XVIIIe siècle : de quoi en vous en mettre plein les yeux.

    Quel magnifique territoire prendra la place d’Esquelbec (Hauts-de-France) en tant que Village Préféré des Français ? A vous d’en décider.

    Les votes sont ouverts du 19 février 2024 à 10h00 au 8 mars 2024 à 23h59. 


    Voter pour votre village préféré

    Village préféré des Français en 2024 
    ©France Television

    Une émission qui « booste » nos villages

    Cette année, l’émission offre à nouveau une belle variété de bourgs, toujours remplis d’histoires. Le gagnant se voit offrir une visibilité souvent sans précédent et donc un regain d’attractivité. En 2023, la commune gagnante de Esquelbecq avait dû revoir son offre touristique en augmentant le nombre «de places de stationnement des camping-cars, la signalétique touristique avec QR code, l’ouverture des commerces et des équipements», déclarait le maire Didier Roussel dans Nord Info. Diffusé le 30 juin 2023, la onzième édition du Village Préféré des Français avait réuni près de deux millions de téléspectateurs.

    En 2022, la productrice de l’émission Silvia Drumond affirmait que «le nombre de touristes est multiplié parfois par huit avec un chiffre d’affaires qui gonfle de 30 %» pour les villages. Concernant le nombre de votant, ils sont «entre 500000 et 800000» chaque année.

    14 villages ! Quel sera votre coup de foudre ?






























    voter pour votre village préféré

  • Le profit est-il utile ? 

    Le profit est-il utile ? 

    Plusieurs grandes entreprises aux États-Unis ou en zone euro ont annoncé des bénéfices importants pour 2023. Ces publications ont donné lieu à des réactions traditionnelles sur le caractère excessif de certains bénéfices qui nuiraient aux salariés, voire à l’investissement des entreprises, en étant reversés aux actionnaires. 

    L’objet de l’entreprise a été longtemps assimilé à celui de la réalisation d’un profit de nature financière, issu de la combinaison des facteurs « travail » et « capital », servant notamment à rémunérer ce dernier. Pour les économistes classiques comme Marshall ou Say, le profit est le produit naturel de l’activité de l’entreprise ou de l’organisation. Pour autant, les entreprises, dès l’avènement du capitalisme, n’ont pas toutes pris la forme de sociétés par actions. Des mutuelles, des guildes, des coopératives, des organismes paritaires se sont multipliés. Ces structures peuvent évidemment réaliser des bénéfices mais ceux-ci ne sont pas distribués à des actionnaires.

    Le profit ne peut être que temporaire et ne doit pas être élevé, faute de quoi il témoignerait de l’existence d’une rente

    Les questions sous-jacentes derrière le concept de profits exorbitants sont leur origine et les modalités de leur redistribution. Pour les économistes libéraux du XVIIIe ou du XIXe siècle, le profit est un indicateur de réussite économique. Sa justification n’est pas éthique mais entrepreneuriale. Pour Adam Smith, le capitalisme est amoral par nature. En revanche, ce dernier estime que le profit ne peut être que temporaire et ne doit pas être élevé, faute de quoi il témoignerait de l’existence d’une rente. Celle-ci peut traduire l’existence d’une position de monopole ou d’oligopole ou la présence de dispositions permettant à la concurrence de s’exprimer librement. 

    Pour Marx, le profit est tout à la fois le fondement et la contradiction du capitalisme. Il justifie l’exploitation de l’humain par l’humain avec un salaire dont le montant permet juste la survie des travailleurs. Avec les rendements décroissants du capital, les salaires sont amenés à baisser tout comme le profit amenant à la fin du système capitaliste. La prophétie de Marx ne s’est pas réalisée du fait de l’augmentation des gains de productivité contredisant la baisse des rendements, et en raison d’une répartition plus équitable de la valeur ajoutée. 

    L’entreprise du XXIe siècle ne se résume pas, loin de là, à la réalisation d’un profit. La loi PACTE de 2019 en réformant les codes civil et de commerce en a tiré toutes les conséquences en inscrivant une nouvelle définition de l’objet social de l’entreprise. Celle-ci doit désormais agir en prenant en compte des impératifs sociaux et environnementaux. En effet, en vertu des nouvelles dispositions en vigueur, une entreprise « est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité ». Elle est ainsi appelée à réduire son empreinte écologique en limitant ses émissions de gaz à effet de serre, en évitant le gaspillage, en mettant en place de stratégies de recyclage ou encore en intégrant des circuits d’économie circulaire, etc. 

    Elle doit, en outre, veiller au confort voire au bonheur moral de ses salariés. Les entreprises peuvent, depuis la loi PACTE, devenir des entreprises à missions. Cela revient, pour une entreprise à affirmer publiquement sa raison d’être, ainsi qu’un ou plusieurs objectifs sociaux et environnementaux qu’elle entend poursuivre dans le cadre de ses activités. Ces éléments doivent être inscrits dans les statuts de l’entreprise.

    Profit
    ©Stockadobe

    Depuis une vingtaine d’années, le poids des profits tend à augmenter au sein de l’OCDE

    Depuis une vingtaine d’années, le poids des profits après impôts et intérêts et avant dividendes tend à augmenter au sein des pays de l’OCDE. Il est ainsi passé de 1995 à 2023, de 11 à 14,5 % aux États-Unis, de 14 à 19 % du PIB au sein de la zone euro et de 11 à 13,8 % du PIB en France. Le taux de profit des entreprises a progressé de 4 points entre 1995 et 2023 aux États-Unis, de 5 points dans la zone euro et de 3 points en France. Cette hausse du taux de profit est cohérente avec l’observation de l’évolution du salaire réel et de la productivité du travail. 

    Aux États-Unis, de 1995 à 2023, la productivité par tête a augmenté de près de 80 % quand le salaire réel (déflaté par le prix du PIB) n’a progressé que de 22 %. Pour la zone euro, l’écart est moindre, la productivité augmentant de 18 % et le salaire réel de 12 % sur la même période. Pour la France, la situation est inverse : le salaire réel progresse plus vite que la productivité (respectivement +24 % et +16 %). En France, l’arbitrage au niveau de la valeur ajoutée ne s’est pas fait contre les salariés. En revanche, aux États-Unis et dans le reste de la zone euro, les salariés ont été perdants. 

    Les profits des entreprises peuvent être jugés excessifs quand ils dépassent l’investissement de façon croissante, c’est-à-dire si la rémunération des actionnaires (somme des dividendes versés et des rachats d’actions) croit plus vite que les investissements. Aux États-Unis, le taux d’investissement a reculé ces vingt dernières années, la rémunération des actionnaires ayant de son côté augmenté. Dans la zone euro, le taux d’investissement des entreprises a moins augmenté que leur profitabilité, la rémunération des actionnaires demeurant élevée. 

    Rachat d’actions, interrogations

    En France, le taux d’investissement des entreprises est en forte hausse avec en parallèle une rémunération des actionnaires plus faible que dans les autres pays. Aux États-Unis et de manière moins marquée en zone euro, depuis une quinzaine d’années, les entreprises ont utilisé une part importante de leurs profits pour racheter des actions, ce qui conduit à l’augmentation du cours de ces dernières. Les profits concourent ainsi à enrichir les actionnaires. En 2022, les 1 200 plus grandes entreprises mondiales ont racheté pour 1 310 milliards de dollars d’actions. Tout en versant pour 1 390 milliards de dollars de dividendes. En 2012, les rachats d’actions ne représentaient que la moitié des dividendes versés. Le volume des rachats d’actions a presque triplé depuis 2012 (+182 %), surpassant largement l’augmentation de 54 % des dividendes sur la même période. Les entreprises américaines ont racheté, en 2022, pour plus de 930 milliards de dollars, leurs propres actions. Les rachats en zone euro sont passés de 2017 à 2022 de 65,9 à 148 milliards de dollars. En France, en 2023, les entreprises du CAC 40 ont versé 97,1 milliards d’euros aux actionnaires, dont 67,1 milliards sous la forme de dividendes en numéraire et 30,1 milliards sous la forme de rachats d’actions. 

    Les rachats d’actions témoignent-t-ils d’une profitabilité excessive et d’une mauvaise répartition de la valeur ajoutée ou, au contraire, permettent-ils une allocation efficiente des bénéfices ? Les économistes libéraux estiment qu’il vaut mieux affecter les bénéfices aux actionnaires que de les conserver au sein de l’entreprise surtout quand celle-ci n’a pas de projets d’investissement rentables. 

    En effet l’actionnaire a justement comme rôle de sérier les bons projets d’investissement. Les rachats se sont multipliés ces dernières années car les entreprises pouvaient financer leurs investissements par des crédits à faibles taux d’intérêt. Avec la hausse de ces derniers, cette possibilité s’amoindrit. Logiquement, les rachats devraient diminuer sauf si les actionnaires y ont pris goût.

    Les salaires devaient augmenter plus rapidement dans les prochaines années

    L’augmentation de la rémunération directe et indirecte de l’actionnaire s’est effectuée au détriment des salariés. Le chômage élevé des dernières décennies, la diminution du taux de syndicalisation, la tertiarisation des activités expliquent cette évolution du rapport de force employeurs/salariés en défaveur des seconds. Le vieillissement de la population qui induit des pénuries de main-d’œuvre pourrait modifier la donne. Les salaires devaient augmenter plus rapidement dans les prochaines années. Cette évolution pourrait, cependant, être contrariée par la baisse de la productivité qui est nette en Europe et tout particulièrement en France. 

    Helmut Schmidt aimait à répéter que « les profits d’aujourd’hui, sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Cette notion de ruissellement a été fortement critiquée, l’enrichissement des actionnaires étant mis en parallèle avec la stagnation des salaires.

    Une entreprise qui effectue un partage équitable des gains de productivité est plus performante sur la durée

    La réalisation de bénéfices constitue un des indicateurs de la bonne allocation des ressources. Elle ne saurait, à elle seule, garantir que celle-ci est optimale tant sur le plan environnemental que sur le plan social. Il est communément admis qu’une entreprise qui effectue un partage équitable des gains de productivité est plus performante sur la durée. Une entreprise ayant une approche RSE développée enregistre, sur longue période, une meilleure valorisation de son action, prouvant que les marchés financiers ne sont pas toujours totalement myopes.

  • Colère agricole : le commissaire européen à l’Agriculture pointe du doigt les importations et le Green Deal

    Colère agricole : le commissaire européen à l’Agriculture pointe du doigt les importations et le Green Deal

    Le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a blâmé les politiques commerciale et environnementale de l’UE pour le mécontentement des agriculteurs après que la commission de l’Agriculture (AGRI) du Parlement européen l’a appelé à faire preuve de « leadership politique » pour défendre les agriculteurs européens.

    « Les agriculteurs ne sont pas descendus dans la rue à cause de la politique agricole de l’UE», a expliqué M. Wojciechowski dans une lettre, consultée par Euractiv et envoyée jeudi (22 février) à l’eurodéputé Norbert Lins, président de la commission AGRI.

    Mardi (20 février), M. Lins a envoyé une lettre à M. Wojciechowski au nom de la commission AGRI du Parlement, dans laquelle il appelle à ce que le commissaire fasse preuve de « leadership politique ». Il y présente également six demandes pour apaiser le mécontentement des agriculteurs qui a peu à peu gagné l’Europe depuis le début de l’année.

    En réponse, M. Wojciechowski a déclaré qu’il partageait l’avis selon lequel des « actions rapides » étaient nécessaires.

    Il a ajouté que les initiatives politiques dans le cadre du Green Deal de l’UE étaient peut-être allées « trop loin » sur certains points et a appelé à des changements dans la politique commerciale de l’UE.

    « Stop aux importations, Green Deal dehors ! », a-t-il écrit dans sa lettre.

    Pour expliquer les protestations des agriculteurs, M. Wojciechowski a soulevé la question d’une concurrence « équitable » dans les accords commerciaux de l’UE et le « poids » du Green Deal.

    Il a déclaré que les importations en provenance d’Ukraine et du Maroc constituaient une menace pour les agriculteurs européens, car les produits importés n’étaient pas soumis aux mêmes normes qu’en UE. Le commissaire a également mis en garde contre l’impact que pourrait avoir l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.

    « Le principe de réciprocité dans les relations commerciales exige des changements dans notre politique commerciale et une plus grande protection du secteur agricole », a-t-il ajouté.

    En ce qui concerne les politiques environnementales de l’UE, M. Wojciechowski a demandé à ce que les États membres soient autorisés à renoncer aux sanctions pour les agriculteurs incapables de satisfaire à certaines normes.

    colère agricole
    « Les agriculteurs ne sont pas descendus dans la rue à cause de la politique agricole de l’UE», a déclaré M. Wojciechowski dans une lettre, vue par Euractiv, envoyée jeudi (22 février) à l’eurodéputé Norbert Lins, président de la commission de l’agriculture du Parlement européen. [EPA/Olivier Hostlet]

    Importations ukrainiennes

    M. Wojciechowski a déclaré que la libéralisation des échanges avec l’Ukraine en juin 2022 était « très bénéfique » pour l’économie globale de l’UE, mais qu’elle entraînait un déficit commercial pour le secteur agricole.

    L’extension des avantages commerciaux — les mesures commerciales autonomes (MCA) — devant être décidée prochainement par le Parlement européen et le Conseil, M. Wojciechowski a exhorté les législateurs à éviter le risque « d’aggraver la déstabilisation » du marché agricole de l’UE.

    « Les intérêts des agriculteurs ne doivent pas être sacrifiés au profit d’autres intérêts », a-t-il déclaré.

    M. Wojciechowski a également déclaré que les mesures commerciales autonomes devraient être accompagnées d’une prolongation d’un an du cadre de crise temporaire pour les aides d’État aux agriculteurs.

    « Il est impossible d’imaginer une situation dans laquelle les agriculteurs qui supportent le coût élevé de la libéralisation ne pourraient pas bénéficier de l’aide publique de leur pays », a-t-il déclaré.


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  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 26.02.24

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 26.02.24

    Bonjour à tous, une nouvelle semaine s’ouvre, merci de votre fidélité au flash quotidien des expatriés. Ce lundi 26 février, dans nos titres : Venir en France pendant les JO ? Bonne ou mauvaise idée ? – Un salon de l’agriculture difficile pour Emmanuel Macron – Libre échange agricole, les Français tirent leur épingle du jeu. 

    Aller en France cet été ? 

    Les JO vont engendrer de nombreuses restrictions de circulation dans la ville, l’explosion de certains tarifs, et bien d’autres ennuis. Pas de vol à moins de 1000 euros, des nuitées hors de prix, les transports en commun impayables, Paris, comme toutes les villes olympiques, s’annoncent inaccessibles pendant les Olympiades. Pourtant, juillet-aout est la période où les expatriés rentrent au pays. Pour éviter tous désagréments, il est conseillé de prendre ses dispositions dès maintenant voir de décaler son séjour. 

    Jeux Olympiques 2024
    Jeux Olympiques 2024

    Un déplacement sous haute tension… avec des annonces.

    Samedi 24 février, alors qu’il était venu inaugurer le Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron a été chahuté à son arrivée Porte de Versailles (Paris). Ce qui ne l’a pas empêché d’aller à la rencontre des professionnels du secteur avec qui il s’est longuement entretenu. Le président de la République a profité de cet échange pour divulguer cinq mesures qui seraient prises pour venir en aide au secteur agricole, en proie à de grandes difficultés financières.

    Ukraine, Mercosur, Afrique, les Français sont présents

    Si les tensions sons si nombreuses avec le monde agricole, c’est que le secteur français a du mal à intégrer les nouveaux paramètres. Enfin, pas tous, nos compatriotes profitent aussi des nouvelles opportunités. En Ukraine, les céréaliers français ont construit des fermes géantes, qui aujourd’hui, compensent les pertes des établissements français, leur permettant de maintenir leur activité dans l’hexagone. En Amérique Latine, nos écoles et experts ont envahi les centres de formation et sont en première ligne pour construire l’agriculture de demain dans ces pays. Tandis qu’en Afrique, les expatriés, sur place parfois depuis plusieurs générations, se sensibilisent aux enjeux sociaux écologiques et transforment leurs outils de production. Si ces accords posent des questions, ils donnent accès aussi aux marchés mondiaux à nos meilleurs acteurs. 

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau bulletin des Français de l’étranger.

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • France : avant-garde ou avant-guerre ?

    France : avant-garde ou avant-guerre ?

    Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a signé un accord de coopération militaire en Arménie. À Paris, Emmanuel Macron reçoit les pays qui s’engagent avec l’Ukraine. Cette semaine vient l’émir du Qatar, au cœur des discussions sur la guerre à Gaza. Au Liban, la Finul, est composée en grande partie de soldats français. Caucase, Ukraine, Mer Rouge, Liban, Gaza, Syrie, jusqu’au Pacifique, la France s’implique, davantage que d’autres.

    Avant-garde d’un Occident contesté ou positionnements d’avant-guerre 

    Est-ce prétention d’ancienne grande puissance, avant-garde d’un Occident contesté ou positionnements d’avant-guerre ?

    Fortins et réserves se bâtissent sur les lignes de crêtes. Baltes, Polonais, Allemands, Arméniens, Libanais, Egyptiens, Américains craignent un embrasement. Et si c’était vrai ?  

    L’Azerbaïdjan a repris le Haut Karabakh. Aliev, le maître de l’Azerbaïdjan, ne cache pas son envie d’en découdre à nouveau. Le Caucase ? Des montagnes qui séparent les steppes du nord du plateau irano-anatolien, qui prolonge aussi un Est, l’Orient, et un Ouest, l’Occident. L’éclatement de l’URSS a libéré le Caucase et l’Asie centrale. Routes et conflits sont ouverts. Kazakhstan, Turkménistan, Azerbaïdjan, se détachent de la Russie. D’autant que la guerre d’Ukraine l’a considérablement affaibli.

    Tous se cherchent et cherchent de nouveaux partenaires. Ils ne veulent pas de nouvelles dépendances, craignent de nouvelles guerres, la plupart sont des dictatures plus ou moins bien contrôlées. L’Arménie, comme la Géorgie sont des îlots démocratiques, et pauvres.

    La France propose des partenariats qui contrecarrent Russes et Chinois. Elle n’a pas les moyens d’être impérialiste. Comme l’Europe sera bien obligée de s’y intéresser, la France prend position.

    Comme elle l’a fait en Mer rouge. L’Europe vient de lancer sa propre opération de surveillance maritime, baptisée Aspides, pour protéger les navires contre les Houthis et assurer la liberté de navigation. La France était déjà sur place. Tout en se coordonnant avec les États-Unis, elle refusait d’être sous leur commandement. Les Français ont détruit en vol plusieurs missiles Houthis, à partir des frégates Languedoc et Alsace, selon une « répartition géographique intelligente des efforts » avec les Américains.

    Éviter une destruction totale du Liban

    La guerre en Mer Rouge est liée à la menace iranienne, à celle du Hezbollah, à la guerre à Gaza. La France dénonce à l’avance une offensive à Rafah, fait pression sur Israël, comme les Etats-Unis, pour éviter une nouvelle guerre au Liban. Elle cherche à éviter une destruction totale du Liban. De pays riche, le Liban, miné par le Hezbollah, trahi par sa classe politique, est devenu pauvre : 80% des Libanais sont sous le seuil de pauvreté.

    Le Hezbollah tire des roquettes, Israël répond. Le Hezbollah veille à ne pas aller trop loin. Le Hezbollah a déjà détruit le Liban. Il n’est qu’un bras de l’Iran, qui se préserve ainsi d’un conflit direct. Mais la guerre avec l’Iran est déjà en cours. Depuis deux ans, Israël frappe des cibles iraniennes. Le massacre du Hamas a été commandité par l’Iran. Les missiles des Houthis comme ceux du Hezbollah sont fournis et déclenchés par les Ayatollahs. Les drones et missiles iraniens sont fournis à la Russie. C’est donc eux qu’il faudrait frapper, à la tête.

    Les Etats-Unis ne veulent pas d’une guerre avec l’Iran, parce qu’ils craignent d’y être entraînés. Une telle intervention les empêcherait de contrecarrer la Chine à Taiwan.

    La guerre est le meilleur moyen de contrôler sa propre population, en la militarisant.  

    Pourtant, on voit bien l’axe se dessiner entre la Russie, l’Iran et la Chine. La guerre sera inévitable quand l’Iran jouira de l’impunité que lui donnera la possession de la bombe nucléaire. Elle la déclenchera. La guerre est le meilleur moyen de contrôler sa propre population, en la militarisant. La bombe nucléaire permet à Poutine ses audaces, à Kim Jong Un ses folies.  

    Le service de sécurité suédois a informé son gouvernement que les menaces venant de Russie, Chine, Iran, s’étaient aggravées. Finlande et  Suède ont renoncé à leur neutralité et adhèrent à l’OTAN. France et Suède ont convenu d’un accord le mois dernier.

    La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a alerté tous les services de l’Etat sur des « actions subversives » menées par les services de renseignements russes. Leur but est « d’amplifier les fractures de la société française, tous sujets confondus (réforme des retraites, conflit israélo-palestinien, dénigrement des JO 2024…), »… « voire à soutenir ouvertement les intérêts de la Russie en dénonçant la politique étrangère de la France, des États-Unis ou l’Otan ».

    Exemple de déstabilisation : la peinture d’« étoiles de David »  sur les murs de Paris, directement pilotée par le 5ème service du FSB. Le recrutement d’influenceurs et de relais, les opérations de propagande sur les réseaux sociaux, les attaques cyber, se multiplient.

    Image d’illustration @Stockdobe

    Des opérations hybrides d’ingérence

    « Depuis l’invasion de l’Ukraine, la fédération de Russie s’inscrit dans un rapport de force avec la France et ses partenaires en menant, sous le seuil de l’escalade, des opérations hybrides d’ingérence. Ces attaques concernent le ministère des Armées au premier chef », dit Sébastien Lecornu. La France a révélé  ce mois-ci l’existence d’un réseau « structuré et coordonné » de sites diffusant de la propagande russe en Europe et aux Etats-Unis. Elle avait déjà dénoncé une campagne russe de désinformation, opération nommée « Doppelganger », qui visait la France et d’autres pays.

    Le conflit peut être plus direct : les Russes ont menacé d’abattre un avion français, en Mer noire, alors qu’il était dans la zone internationale. La France fait partir ses missions d’observation de Roumanie, où elle a envoyé des militaires, ainsi qu’en Moldavie. Encore le prépositionnement, ligne pointillée: Roumanie, Mer Noire, Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan… D’un côté l’Iran, de l’autre la Russie, devant l’Asie centrale des routes de la soie.  

    L’agence gouvernementale de défense contre l’ingérence numérique étrangère, Viginum, révèle une campagne d’influence de l’Azerbaïdjan « de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». L’Azerbaïdjan a aussi créé une structure baptisée « Groupe d’initiative de Bakou », formée d’indépendantistes de Guyane, Martinique, Nouvelle-Calédonie ou Guadeloupe, pour dénoncer la « politique colonialiste » de la France. Même méthode que les Russes, celles des anciens du KGB, Poutine et Gaydar Aliev (père de l’Aliev d’aujourd’hui).   

    Est-ce que ces méthodes fonctionnent ? Les assassinats contrarient la propagande. Selon un sondage Ipsos pour La Tribune, 41% des Français estiment que la livraison d’armes françaises doit se poursuivre. Et 21% souhaitent qu’elle augmente. 70% approuvent les sanctions imposées à la Russie.

    Les Européens ont dépensé 85 milliards d’euros pour l’Ukraine, plus que les États-Unis.

    Le soutien à l’Ukraine tend à se fortifier. Après le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, l’Ukraine a signé de nouveaux accords de sécurité, l’un avec le Canada, l’autre avec l’Italie.

    Les Européens ont dépensé 85 milliards d’euros pour l’Ukraine, plus que les États-Unis. Une nouvelle enveloppe de 50 milliards a été débloquée, malgré la Hongrie et la Slovaquie. L’Ukraine échappe au blocus de ses exportations en Mer noire, où la flotte russe a subi des revers surprenants, impensables sans aide extérieure.

    Des militaires ukrainiens chargent des missiles antichars Javelin livrés par les États-Unis à l’aéroport Boryspil, en banlieue de Kyiv, le 11 février.©AFP

    En Russie, au contraire, l’opinion vacille. Selon l’institut Chronicles, 40% des Russes souhaitent un retrait des troupes d’Ukraine, quitte à abandonner les objectifs de guerre, contre  33 %. À prendre avec précaution, tant les sondages sont incertains, surtout dans une dictature. Un fait : 20.000 Russes ont été mis en prison depuis le début de la guerre pour s’y être opposé. Les pertes militaires (tués ou blessés) sont évaluées à 315.000 hommes.

    La Russie portera ses dépenses militaires à 100 milliards d’euros. Les budgets militaires européens dépassent 350 milliards.

    L’extension de la guerre au cyberespace, à l’information, à la guerre électronique et à l’espace engendre des coûts multiples.

    En 2024 la Russie portera ses dépenses militaires à plus de 100 milliards d’euros, le tiers du budget russe. Les budgets militaires européens cumulés dépassent 350 milliards d’euros. Allemagne et France atteignent 133 milliards d’euros. Thierry Breton, commissaire européen, a proposé un fonds de 100 milliards d’euros pour l’industrie de défense. Le G7 accroît ses pressions sur la Chine et l’Iran pour empêcher les livraisons d’armes à la Russie. Washington renforce les sanctions contre les entreprises, notamment chinoises, qui fournissent finance ou matériel aux Russes.

    Toutes les guerres sont liées. À Paris, des représentants de l’Egypte, des États-Unis, de la France, du Qatar et d’Israël ont discuté d’une trêve à Gaza. Profiter de la guerre d’Ukraine pour sortir la Russie de Syrie. Obliger la Turquie à choisir entre l’Otan et le trafic avec la Russie. Et les déstabilisations africaines.

    C’est pourquoi la France s’investit partout. Elle construit pas à pas un réseau. Elle entraîne les pays européens dans une prise de conscience de la nécessité d’une union fondée aussi sur une sécurité commune.

    C’est le moment d’être partout. En avance. 

    La meilleure façon d’éviter que la guerre s’étende est de prendre des positions préalables. Former des liens, faire des alliances, renforcer ses défenses. Être à l’avant-garde de la défense de l’Europe. Aujourd’hui, n’importe quelle partie du monde est à côté de chez soi. Y compris dans l’espace. C’est le moment d’être partout. En avance.  La guerre avec l’Iran est commencée, comme celle avec la Russie, ou avec l’Azerbaïdjan. Avant guerres, guerres indirectes, mais réelles.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

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