Les élections législatives des Français de l’étranger ont donné des résultats bien différents que ceux rencontrés en France. Avec 9 députés pour Ensemble ! (l’alliance du Modem, d’Horizons et Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron), l’ancienne majorité présidentielle a très bien résisté aux assauts de la NUPES.
1 circonscription pour la NUPES
L’alliance électorale des partis de gauche espérait remporter jusqu’à 3 circonscriptions au soir du premier tour le 05 juin. Dans le viseur des leaders de gauche il y avait, l’Amérique du Sud, le Benelux, et la IXème circonscription des Français de l’étranger soit le Maghreb et l’Afrique de l’ouest. Au final, seul le candidat du parti Génération.s, membre de la NUPES, Karim Ben Cheikh, a réussi à décrocher son siège à l’Assemblée nationale.
Son profil de diplomate, ancien consul de France à Beyrouth (Liban), et ses origines marocaines ont su séduire la majorité des 21 000 électeurs qui ont participé à cette élection sur les 120 000 convoqués. Ses premières actions devraient être concentrées sur l’amélioration du système de délivrance des visas, un sujet qui fut au cœur de la campagne, alors que la France a diminué le nombre de visas accordés, soit pour des raisons politiques (comme avec l’Algérie) ou du fait de la pandémie.
En tout cas, tous reconnaissent son expertise et son travail, même la présidente de l’association, pourtant classée à droite, Union des Français de l’Etranger de Sousse (Tunisie), l’a félicité pour son élection. Il est vrai que l’ancien député El Guerrab ou la candidate de Renaissance pour le remplacer, l’ancienne ministre de Jean Castex, Elisabeth Moreno, n’ont pas laissé un bon souvenir.
Méditerranée de l’Est, le feuilleton de la nuit du second tour
Dans cette circonscription comprenant Chypre, l’Italie, Malte, la Turquie et Israël, le suspense s’est fini tard dans la nuit. Arrivée première au vote en ligne, la candidate de Renaissance, Déborah Asbiror, avec ses 1900 voix d’avance, pensait que l’affaire était pliée.
Mais surprise, le vote aux urnes, dont la majorité des participants étaient en Israël, fait remonter des scores impressionnants pour le député sortant (jusqu’à 100% dans les implantations israéliennes dans les territoires palestiniens), Meyer Habib.
L’émotion comme les tensions furent grandes tout au long de la nuit et des recomptes. Une émotion que les candidats ont partagée sur les réseaux sociaux ou dans les médias avec leurs partisans.
Déborah Asbiror a investi Facebook, support qu’elle a bien maîtrisé tout au long de la campagne.
Tandis que Meyer Habib utilisait les canaux traditionnels comme I24, la chaine d’informations israélienne qui propose une version francophone.
L’abstention, la vedette des médias nationaux
Dans les médias nationaux, si les journalistes français ont évoqué la victoire de Stéphane Vojetta, le député sortant qui avait bouté Manuel Valls hors de la péninsule ibérique, ou l’échec de l’ancienne ministre aux solidarité Elisabeth Moreno dans la IXème circonscription, c’est surtout l’abstention massive qui a été soulignée par nos confrères.
Ainsi, sur l’ensemble des circonscriptions, 3 des Français de l’étranger comptent plus 80 % d’abstention (86,06 % dans la 8e, 83,71 % dans la 2e et 81,88 % dans la 9e). Les classant parmi les 10 plus « mauvaises » circonscriptions. Pire, le Monde révèle que le député qui est élu avec le moins de voix de cette nouvelle législature, est Meyer Habib (LR/UDI), qui obtient 50,58 % des suffrages exprimés, mais pour seulement 6,46 % des inscrits.
Vous avez été nombreux à nous faire remonter les unes et autres commentaires sur les élections législatives en France que vous avez découverts lundi 20 et mardi 21 juin . Dans certains pays, ce sont même les nouveaux députés des Français de la région qui ont eu le droit aux honneurs de nos confrères des presses nationales.
Sur la nouvelle Assemblée nationale et Emmanuel Macron, les mots doux sont proscrits, globalement les journalistes dans le monde jugent ces résultats comme un « échec sévère », ou une « défaite cuisante », voire une « contre-performance »…. De l’Allemagne à l’Italie en passant par les Etats-Unis, l’Espagne, Israël et d’autres, la nécessité pour Emmanuel Macron de trouver des alliances, la percée de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ainsi que le score historique du Rassemblement national (RN) sont au cœur des sujets.
L‘Allemagne
On commence avec notre voisin et premier partenaire l’Allemagne. Bien qu’il y ait une sympathie générale pour Emmanuel Macron dans ce pays, de nombreux médias allemands comme le journal berlinois Taz, qualifient le résultat des élections d’hier comme « une victoire pour la démocratie ». Ce qui ne s’est pas produit en France depuis 60 ans, un gouvernement de coalition, est tout à fait normal en Allemagne. Pour les observateurs politiques allemands la suite est déjà très claire : « Lecentre de Macron, déjà très large, doit encore s’élargir » et glisserait par conséquent vers la droite. Ils craignent que le pays, si important pour les relations franco-allemandes, tant sur les questions politiques qu’économiques, devienne ingouvernable suite aux blocages entre les partenaires de coalition et que le peuple manifeste à nouveau dans les rues.
Espagne
Dans cet autre voisin, la défaite de Manuel Valls au premier tour a transformé Stéphane Vojetta, le député sortant dissident de la majorité présidentielle, finalement réélu, en star locale.
Sur le fond de l’élection, « les Français envoient un signal à Macron : ils veulent imposer des limites à son pouvoir », analyse de son côté « El País ». Après cinq ans de majorité absolue pendant lesquels l’Assemblée nationale « s’est limitée, dans la plupart des cas, à donner le feu vert aux initiatives d’un président qui concentre tous les pouvoirs », la France a désormais « deux alternatives », résume le quotidien espagnol : « Soit apprendre la culture du consensus, exotique dans son système présidentiel, soit être vouée à être ingouvernable. »
Belgique
Dans ce pays si francophone et francophile, les élections françaises étaient encore au centre de l’actualité en Wallonie et à Bruxelles. On s’y amuse que « la France va devoir apprendre l’art du compromis à la Belge ». Si les journalistes belges sourient, ils s’inquiètent aussi. Le quotidien belge « le Soir » voit, ainsi, « dans le scrutin de dimanche « un résultat français inquiétant pour l’Europe ». « Voilà Emmanuel Macron sans majorité absolue, face à une Assemblée nationale qui a le mérite, au moins, de symboliser les énormes fractures du pays », écrit le journal.
Italie
« Si Mélenchon a réussi à faire reculer Macron lors de la dernière législature avec seulement 17 députés de la France Insoumise, les plus de 150 députés de la coalition Nupes qui font leur entrée à l’Assemblée nationale promettent de transformer le Parlement en spectacle » écrit le journaliste Stefano Montefiori pour Corriere della sera en Italie. Parlant de Nupes, il s’agirait plutôt « d‘une gauche de combat plus que de gouvernement ». Il compare Mélenchon avec l’ancien président du Venezuela Hugo Chávez, qui a adopté un style de gouvernement autoritaire et d’extrême gauche, tout en jouissant d’une grande popularité. Pour lui, Mélenchon est « un rêveur tiers-mondiste passionné par l‘Amérique latine » et un braillard, qui est surtout resté dans les mémoires à l’étranger pour ses apparitions en colère, par exemple quand il criait « La République, c‘est moi ».
« La Stampa »retient également le fort taux d’abstention, évoquant « une défaite cuisante » et « un effondrement au-delà de toute prévision » pour Emmanuel Macron. « Macron s‘effondre, la France ingouvernable », titre le quotidien italien à sa une.
Suisse
En une ce lundi, nos voisins suisses du « Le Temps » mettent en avant « une gifle électorale qui risque de paralyser la France ». « Le quinquennat qui s‘ouvre va être très compliqué », prévient dans le quotidien Gilles Ivaldi, chercheur en sciences politiques. « La polarisation qui sort des urnes forme trois camps qui s‘affrontent et que tout oppose. L‘Europe, l’économie, l‘immigration, la sécurité, ils ne sont d‘accord sur rien. »
La chaîne britannique BBC parle d’un Emmanuel Macron «châtié et affaibli par un échec dans les sondages » et fait un lien avec les événements très médiatisés de ces dernières semaines, notamment les allégations de viol contre le ministre Damien Abad et le fiasco du match de football du Stade de France. « Son gouvernement [celui d’Emmanuel Macron] a été largement perçu comme blâmant lesfans de Liverpool pour détourner l‘attention de la véritable honte de la nuit, qui était la criminalité locale » écrit Hugh Schofield, journaliste et correspondant à Paris.
Le journal The Guardian analyse plutôt les divers scénarios d’avenir et parle d’un risque de nouvelles élections : « Toutefois, si les partis de l‘Assemblée ne parviennent pas à travailler ensemble de manière constructive, on se retrouvera dans une impasse et une élection anticipée, que Macron peut convoquer à tout moment, et pourrait s‘avérer être la seule issue, éventuellement en quelques mois. »
USA
Outre-Atlantique, les élections ont également suscité, dans une moindre mesure, l’intérêt de la presse. Le Washington Post met en lumière « l‘un des pires résultats pour un président français », quand le New York Times décrit« un échec » et « un avertissement sévère des électeurs ».
Confirmée jusqu’à nouvel ordre, la Première ministre Elisabeth Borne a remis sa démission mardi 21 juin à Emmanuel à Macron, qui l’a aussitôt refusée « afin que le gouvernement reste à la tâche », avant de recevoir les responsables des partis politiques face aux risques de blocage de ses réformes à l’Assemblée nationale.
« La Première ministre a remis sa démission au président de la République qui l’a refusée afin que le gouvernement puisse demeurer à la tâche et agir en ces jours », a indiqué l’Elysée dans un communiqué à l’AFP. Dans la foulée, l’entourage de Mme Borne a annoncé à l’AFP qu’elle réunira l’ensemble du gouvernement à Matignon en début d’après-midi. Parmi les ministres attendus rue de Varenne figureront bien Amélie de Montchalin (Transition écologique), Brigitte Bourguignon (Santé) et Justine Bénin (Mer), toutes trois battues dimanche au second tour et qui devront donc démissionner.
Il est de tradition après les élections législatives que le chef du gouvernement propose sa démission. Mais Mme Borne était sur un siège éjectable après les résultats décevants dimanche aux législatives où la Macronie a perdu la majorité absolue.
Macron à la manoeuvre
« La Première ministre a plaidé pour rester afin d’avoir les outils pour faire face à la situation et aux urgences des Français, a expliqué son entourage. Il y beaucoup de décrets à prendre dans les jours à venir, dont la revalorisation du points d’indice, la deuxième phase de Parcoursup… on ne peut pas se permettre d’avoir un gouvernement qui ne gère pas cela. »
Mais signe que c’est bien le chef de l’Etat qui reste à la manoeuvre, l’Elysée a rappelé dans son communiqué que c’est lui qui « va mener les consultations politiques nécessaires en recevant les chefs de parti susceptibles d’avoir un groupe à l’Assemblée nationale afin d’identifier les solutions constructives envisageables au service des Français ».
Face au risque d’impasse à l’Assemblée et le spectre d’un pays ingouvernable, six dirigeants de parti seront reçus successivement à l’Elysée : Christian Jacob (LR) a ouvert la marche en arrivant peu avant 10H00. Il sera suivi d’Olivier Faure (PS) à 11H00, François Bayrou (Modem) à 14H00, Stanislas Guerini (LREM) à 15H00, Marine Le Pen (RN) à 17H30 et Fabien Roussel (PCF) à 18H30, avant d’autres mercredi comme le chef du parti EELV Julien Bayou.
Chez LFI, Jean-Luc Mélenchon ne se déplacera pas. C’est le numéro deux Adrien Quatennens et la députée Mathilde Panot qui rencontreront le chef de l’Etat. Olivier Faure a fait savoir qu’il dira au chef de l’Etat que « ce pays va mal, est en colère, mais qu’il n’est pas bloqué, et qu’il y a des politiques possibles ».
Adrien Quatennens va, lui, « suggérer à Emmanuel Macron une Assemblée constituante pour passer à la VIe République » étant donné la « crise politique profonde » dans laquelle la France se trouve désormais.
LFI et RN veulent le départ de Borne
Réélue de justesse dimanche dans le Calvados, Elisabeth Borne, qui ne sera pas présente aux entretiens avec les partis politiques, a été fragilisée par la gifle électorale reçue dimanche. Adrien Quatennens et plusieurs autres responsables de LFI ont exigé la démission de la cheffe du gouvernement, nommée le 16 mai. Le président par intérim du RN Jordan Bardella a également estimé qu’elle devait « rendre son tablier ».
Mathilde Panot a d’ores et déjà annoncé « une motion de censure » contre le gouvernement, en estimant que, contrairement au dernier quinquennat, « le Parlement ne sera pas composé que de Playmobil ». Les députés LFI sont arrivés groupés mardi matin à l’Assemblée, les écologistes d’EELV et les parlementaires du PS doivent faire de même dans la journée.
Avec 245 députés, les macronistes d’Ensemble! sont loin de la majorité absolue, fixée à 289 sièges sur 577. Ils devancent la Nupes, qui aura au moins 150 représentants dans l’hémicycle, selon un décompte actualisé effectué par l’AFP qui inclut les députés d’Outre-mer, mais sans préjuger du choix des dissidents socialistes et de plusieurs élus divers gauche.
Viennent ensuite le Rassemblement national, qui réalise une percée historique (89 sièges), puis les Républicains (61). Si personne dans la macronie ne met publiquement en cause la cheffe du gouvernement – et donc de la majorité -, de nombreux responsables politiques de LR, dont leur candidate à la présidentielle Valérie Pécresse, ont aussi appelé Emmanuel Macron à « tenir compte du résultat de ces élections » en changeant « de ligne politique, de Premier ministre et de gouvernement ». Manière d’imaginer un accord entre le parti de droite et La République en marche et ses alliés ? « Nous sommes et nous resterons dans l’opposition: il n’y aura ni pacte ni coalition avec Emmanuel Macron », a encore répété lundi le patron des Républicains Christian Jacob dans une tentative d’autorité sur son parti, apparu divisé sur la question, à l’instar de Jean-François Copé. En attendant, la Nupes a connu un premier raté : en proposant de bâtir un groupe parlementaire unique afin d’apparaître comme la première opposition à Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon a reçu une sèche fin de non-recevoir de la part de ses partenaires.
Quitte à ce que la deuxième force au Palais Bourbon revienne au Rassemblement national, Marine Le Pen a d’ailleurs prévenu de sa détermination à « mettre en œuvre le blocage de toutes les réformes (…) nocives, au premier rang desquelles la retraite à 65 ans ».
Le mandat de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) sera étendu car l’Union européenne est devenue un important producteur de drogues illicites destinées à un usage national et international, et les liens entre les groupes criminels européens et internationaux se resserrent.
L’Europe, qui était essentiellement un consommateur, est en train de devenir un producteur de drogues, selon le dernier rapport européen sur les drogues publié par l’OEDT.
Ce rapport est publié alors que les institutions de l’Union européenne se préparent à étendre le mandat de l’OEDT d’un centre de surveillance à une véritable agence.
La Commission européenne a proposé ce renforcement en janvier et le mandat de négociation a été adopté par le Conseil le 9 juin. Bientôt, la commission des Affaires intérieures du Parlement européen (LIBE) prendra en charge le dossier.
La rapporteuse du Parlement sur le dossier, l’eurodéputée socialiste Isabel Santos, espère « des ressources et des capacités accrues pour équiper correctement la future agence avec les bons outils », a-t-elle confié à EURACTIV.
« Comme le monde de la drogue semble avoir toujours une longueur d’avance, il est essentiel que l’agence soit capable d’avoir à la fois un système de capacité de surveillance et d’analyse renforcé, mais aussi un mécanisme de réaction plus rapide et efficace face aux menaces et tendances émergentes », a ajouté Mme Santos.
L’eurodéputée a souligné que le marché européen des drogues est en constante évolution, de plus en plus diversifié et très dynamique — des éléments que le rapport de l’OEDT sur les drogues a confirmés.
Bien que l’agence de surveillance des drogues ait joué un rôle crucial dans la collecte de données sur les marchés des drogues dans l’Union, davantage d’outils sont nécessaires « pour opérer avec succès dans un contexte aussi complexe que celui que nous connaissons actuellement en Europe », a déclaré la rapporteure.
Selon le rapport de l’OEDT, les niveaux élevés d’innovation, la numérisation, la multiplication des choix et l’augmentation de la production de drogues synthétiques ont conduit au renforcement des liens entre les organisations criminelles européennes et internationales.
« On observe une coopération accrue entre les groupes criminels organisés de l’UE et les cartels mexicains, en particulier pour la méthamphétamine », a indiqué Alexis Goosdeel, directeur de l’OEDT, lors d’une conférence de presse sur les conclusions du rapport, mardi 14 juin.
Les preuves apportées par l’OEDT montrent que certains des laboratoires démantelés sur le territoire de l’UE et dotés d’une capacité de production industrielle de méthamphétamine utilisaient des cuisiniers mexicains ou leurs recettes et méthodes pour la production.
M. Goosdeel a expliqué qu’il était nécessaire d’établir davantage de profils des drogues circulant dans l’UE, réitérant la nécessité d’une extension du mandat de l’OEDT afin de lui donner davantage de moyens.
Il a également ajouté qu’Europol et l’agence américaine de lutte contre la drogue (Drug Enforcement Administration, DEA) leur avaient transmis des informations indiquant que les cartels mexicains cherchaient à étendre leur contrôle sur le trafic mondial de drogue.
« Le fait qu’ils semblent être plus étroitement associés à certaines unités de production en Europe le confirme en quelque sorte », a déclaré M. Goosdeel, ajoutant que la coopération entre l’UE et le Mexique a également été renforcée pour tenter d’empêcher cette tendance.
Isabel Santos, députée européenne
La Covid-19 a changé les comportements numériques
Outre une collaboration internationale accrue, des changements ont également été constatés durant la pandémie de Covid-19. EURACTIV a précédemment rapporté que les niveaux de consommation de drogue étaient revenus à la normale en Europe après les restrictions de distanciation sociale et les confinements.
L’OEDT a également constaté une évolution dans la manière dont les drogues sont commercialisées en ligne.
« Le rapport montre que — comme nous tous — les trafiquants se sont mis à utiliser davantage Internet pendant la pandémie. L’achat et la vente de drogues sur les réseaux sociaux sont désormais monnaie courante », a déclaré la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, lors de la conférence de presse.
On sait depuis longtemps qu’il est possible d’acheter de la drogue sur des sites web du darknet, mais le changement observé par le rapport est que « les applications des réseaux sociaux et les services cryptés semblent être plus fréquemment utilisés pour effectuer des achats de drogue ».
On a toutefois constaté un développement de l’utilisation de plateformes en ligne pour le traitement et la gestion des problèmes de drogue pendant la pandémie.
Six ans après le référendum sur le Brexit et un an et demi après le départ effectif de l’Union européenne de la Grande Bretagne, l’économie de cette dernière demeure convalescente. La crise sanitaire, en brouillant les repères, permet d’atténuer les effets réels du divorce.
Des problèmes économiques anciens
L’économie britannique est en souffrance depuis de nombreuses décennies. Elle n’a pas connu le même essor que les États européens continentaux durant les Trente Glorieuses. Le poids des dettes issues de la Seconde Guerre mondiale, une politique monétaire inadaptée, des prélèvements élevés et un marché du travail rigide à cette époque ont entravé la croissance du Royaume-Uni. Les années 1970 lui furent fatales en raison d’une politique de « stop and go » qui s’accompagna d’une augmentation des coûts salariaux. Si en 1970, le PIB par habitant britannique était équivalent à celui de la France, un écart de 10 points était constaté en 2000. En 1976, le Royaume-Uni fut même contraint de faire appel au FMI. Le déficit public avait alors atteint 9 % du PIB avec une inflation importante sur fond d’indexation des salaires. Le déficit extérieur élevé et la dépréciation de la livre sterling obligèrent le Royaume-Uni, en mal de réserves de change, à demander le soutien du FMI. Cette situation inédite, vécue comme un affront par les Britanniques, contribua à l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979.
La politique mise en œuvre dans les années 1980 reposait sur une libéralisation de l’économie et sur des baisses d’impôt. Elle a provoqué une récession importante et une forte augmentation du déficit public. L’amélioration de la situation économique dans les années 1980 s’explique en partie par l’exploitation des gisements d’hydrocarbures de la Mer du Nord. Le Royaume-Uni a néanmoins réussi à attirer de nouveaux investisseurs dans les années 1980 et 1990 et a bénéficié des retombées de la place financière de Londres. Tout en n’intégrant pas la zone euro, la City était devenue incontournable pour certaines opérations financières libellées en euros. La sortie de l’Union constitue désormais un handicap pour la réalisation de ce type d’opérations.
Le défi de la productivité
Le Royaume-Uni faisait jeu égal avec la France à la fin des années 2010. Ce n’est plus le cas dix ans plus tard. Le PIB par habitant diverge par rapport à celui de l’Allemagne ou des États-Unis. Une des raisons du déclin de ces dernières années, repose sur la faiblesse de gains de productivité au Royaume-Uni. En parité de pouvoir d’achat, la productivité du travail a décroché, à compter de la crise financière, par rapport à celle des États- Unis, de la France et de l’Allemagne au début de ce siècle. Entre 2009 et 2019, le taux de croissance de la productivité britannique a été le deuxième plus lent du G7. Avec le Brexit, l’investissement des entreprises a diminué.
La compétitivité est pénalisée par le ralentissement des échanges avec le reste de l’Europe. Depuis la fin de 2020, les entreprises qui commercent avec l’Union européenne sont confrontées à des formalités administratives supplémentaires, à des retards douaniers et à des taxes plus élevées. Au dernier trimestre de 2021, la Grande-Bretagne a exporté 16 % de moins qu’à la fin de 2019.
La Grande-Bretagne investit moins que la France, l’Allemagne et l’Amérique
L’OCDE prévoit une croissance atone durant plusieurs années. Le pouvoir d’achat des ménages devrait baisser avant même la prise en compte de l’inflation, en raison de la hausse des prélèvements obligatoires et de la faible revalorisation des salaires. L’inflation est, par ailleurs, une des plus élevées des pays de l’OCDE en raison de problèmes d’approvisionnement plus importants qu’ailleurs. Le long débat sur le Brexit a conduit des entreprises à différer puis à annuler certains investissements.
Depuis 2010, la Grande-Bretagne investit moins que la France, l’Allemagne et l’Amérique. Les dépenses en faveur de la recherche et de l’innovation ont été également réduites. La baisse de l’investissement aurait atteint 11 % de 2012 à 2019.
Les données statistiques britanniques indiquent que de nombreux secteurs ont été touchés par la baisse des gains de productivité : l’assurance, l’industrie de l’information et de la communication, la fabrication d’équipements de transport ainsi que les produits pharmaceutiques. Les secteurs les plus performants du Royaume-Uni ont connu un recul des gains de productivité.
The City à Londres, Angleterre
Un problème de financement et de compétences
Selon la London School of Economics, les entreprises britanniques souffrent d’un problème de financement. La levée de capitaux propres y est plus difficile. Les banques financent moins facilement les PME qu’en Allemagne.
Si le Royaume-Uni peut s’enorgueillir de disposer de centres d’enseignement supérieur de renom international, la diffusion des connaissances y est plus lente que dans les autres pays occidentaux. Le niveau moyen des compétences est inférieur à la moyenne de l’OCDE, tout en étant plus élevé que celui de la France. En matière d’innovation, le Royaume-Uni est nettement en retrait. En moyenne, le taux de dépôt de brevets est deux fois moins élevé chez les Britanniques que chez les Américains, les Français et les Allemands.
Pour compenser les effets du Brexit au niveau de la productivité, le gouvernement britannique compte sur les États-Unis ou sur certains pays du Commonwealth. Les liens passés ne préjugent pas de l’intérêt présent des relations économiques et commerciales. L’Union européenne demeure un ensemble de plus de 450 millions d’habitants, plus dynamique que le Royaume-Uni. Le pari de Boris Johnson de transformer son pays en paradis fiscal pour les investissements étrangers a comme limite le coût élevé de l’État providence et les mesures de rétorsions que pourrait prendre l’Europe.
Le dimanche 19 juin, les Français de l’hexagone et de l’étranger ont élu leur députés. Retour sur les onze parlementaires chargés de représenter les expatriés.
Parmi les 577 députés élus à l’Assemblée nationale, onze ont pour circonscriptions celles des Français de l’étranger. Si dans l’hexagone, la déroute a été brutale pour le groupe de la majorité présidentielle Ensemble !, à l’étranger elle a su conquérir les citoyens, avec neuf députés élus sur onze.
1ère circonscription – Amérique du Nord
Aux États-Unis et au Canada, Roland Lescure a été réélu à son poste, toujours avec le groupe Renaissance (ex-LREM). Avec un score de 55,63%, il a obtenu onze points de plus que sa concurrente insoumise Florence Roger.
2ème circonscription – Amérique centrale et du Sud
A l’instar du premier tour du scrutin, Eléonore Caroit (Renaissance !) est de nouveau arrivée en tête dans la circonscription. Elle a su mobiliser les citoyens et doubler son nombre d’électeurs, face à Christian Rodriguez (Nupes).
3ème circonscription – Iles britanniques et Europe du Nord
Avec sa victoire, le député Alexandre Holroyd signe pour un deuxième mandat de député dans la 3ème circonscription des Français de l’étranger. Il a également affronté une candidate de la Nupes, Charlotte Minvielle.
Pieyre-Alexandre Anglade fait partie des députés réélus. Au Benelux, les scores ont été quasiment similaires à la 3ème circonscription entre le candidat de la majorité présidentielle et de la Nupes. Ici, c’est l’élue consulaire Cécilia Gondard qui a perdu au second tour.
5ème circonscription – Péninsule ibérique, Andorre et Monaco
La 5ème circonscription des Français de l’étranger est celle qui a le plus fait parler d’elle dans l’hexagone lors de la campagne des législatives. Effectivement, l’ancien Premier ministre s’y était présenté sous les couleurs de Renaissance !, au détriment du député investi Stéphane Vojetta. Finalement, le député sortant a remporté son élection haut la main avec 57% des suffrages. Au second tour il était contre l’écologiste Renaud le Berre.
Marc Ferracci, ami proche du président Emmanuel Macron est sorti grand victorieux du suffrage en Suisse et au Lichtenstein. Opposé à l’insoumise Magali Mangin, il a remporté 64,97%.
7ème circonscription – Europe centrale et de l’Est
En Europe centrale, de l’Est et dans les Balkans, le député de terrain Frédéric Petit est réélu à son poste, avec 60,21% des voix. La 7ème circonscription est l’une des régions a avoir recueilli le plus de votants avec 32,35% de participation.
Dans cette circonscription, le nom du député a mis longtemps à sortir. Effectivement, si le vote en ligne donnait Deborah Abisror-De Lieme (Renaissance !) gagnante, le cumul avec les votes à l’urne ont finalement permis de réélire Meyer Habib (UDI). Les scores étaient donc particulièrement serrés, avec 50,58% pour le député-candidat, et 49,42% pour la Marcheuse.
9ème circonscription – Maghreb et Afrique de l’Ouest
Il s’agit de la seule circonscription à l’étranger où la Nupes sort gagnante grâce à Karim Ben Cheikh. Il faisait face à l’ancienne ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les hommes et les femmes, Elisabeth Moreno.
10ème circonscription – Proche-Orient et Afrique centrale
Ici, la député sortante Amélia Lakrafi est réélue avec quasiment le double de ses voix que sa concurrente Chantal Moussa. La Marcheuse obtient ainsi 63,58% contre 36,42%.
Ça y est l’été pointe le bout de son nez, et comme chaque année, la Fête de la Musique inaugure la saison estivale. Bonus de l’année, les concerts gratuits et autres festivités sont de retour après deux ans de pandémie. On fait un tour du monde non exhaustif des activités proposées pour les francophones et les Français de l’étranger
Amérique du Nord
L’édition 2022 marque l’anniversaire des 40 ans de cet événement plébiscité par le grand public. Une date symbolique qui témoigne de sa pérennité, de son ancrage dans le paysage culturel des Français et des amateurs de musique dans le monde. Pour cette édition, les Français des USA reviennent aux fondamentaux de la Fête de la musique en mettant l’accent sur les principes qui ont présidé à sa création : un événement festif, populaire et spontané, qui s’adresse à tous les publics et qui vise à mettre en lumière et favoriser les pratiques amateurs.
Sur le continent américain, il y a plus de 100 évènements organisés par des Français mais aussi de nombreux Américains sous le logo « Make Music ». Cliquez sur la carte ci-dessous pour découvrir le programme au plus près de chez vous.
Amérique du Sud
Dans le sud du continent américain, comme dans beaucoup de régions, ce sont les Alliances Françaises qui seront à la manoeuvre pour la Fête de la Musique.
Ainsi à Lima (Perou), les animations commencent dès ce samedi 18 juin en matinée par une rencontre avec les deux musiciennes françaises du groupe « Ottis Cœur » pour un débat placé sous la thématique du « Rock fait par les femmes en France ». Toujours au siège de Miraflores (Avenida Arequipa 4595), à 15h, vous pourrez assister à la finale du concours de la chanson française, puis à partir de 17h, une série de concerts est prévue dont Consuelo Jerí, María de Son, Dj Diego Hidalgo, Ana Lu et pour finir (vers 21h), Ottis Cœur (France).
A Cuba, l’Alliance Française installée à La Havane vous attend à 19h00, le mardi 21 juin à l’Alliance française du Prado et mercredi 22 au musée national des Beaux-Arts pour vivre et célébrer la musique avec nous ! Deux concerts exceptionnels avec le célèbre saxophoniste Philipe Crettien et ses musiciens Miguel Angel Garcia Wiwi (piano), Marcos Morales (batterie) et Rafael Aldama (basse) ; et avec le groupe Rockiñol (Alex – basse, José – batterie et Patrice – guitare et voix) : 100% rock avec 60% de compositions et 40% de classiques !
De nombreux autres évènements sont organisés, pour les découvrir direction les pages Facebook des ambassades et consulats ou celle de l’Alliance française la plus proche de votre domicile.
Europe
Sur le vieux continent, la Fête de la musique s’est bien implantée depuis 1982 année de sa naissance en France, sous le haut patronage de l’iconique ministre de la Culture, Jack Lang. De Lisbonne à Berlin, les habitants et les artistes locaux se sont emparés de la célébration. Seule la Grèce n’a pas pris goût au 21 juin musical.
Cela n’empêche pas les Français d’organiser eux aussi leurs soirées.
En tout ce sont près de 50 évènements organisés par les Français installés en Europe qui vous sont proposés. Au Royaume-Uni, c’est les grands gagnants du concours scolaire French Pop Video Competition 2022 du Royaume-Uni qui seront annoncés dans le cadre d’un concert live spécial avec l’étoile montante belge Doria D.
Mélange de pop et d’influences hip-hop françaises, inspirée par des artistes comme Lana Del Rey, Billie Eilish, ou le rappeur français Nekfeu, le single Dépendance de la compositrice et chanteuse Doria D sorti en 2021 fut un succès immédiat en Belgique. Après s’être emparée de différentes scènes en France et maintenant au Royaume-Uni, elle est indéniablement devenue une voix qui compte. Pour cela rendez-vous mardi 21 juin à 18h30 au 17 Queensberry Pl, South Kensington, London SW7 2DT.
A Berlin, la scène des Special Olympics National Games accueillera à la porte de Brandenburg la chanteuse française IRMA dès 18h30. Un karaoké sera lancé à partir de 19h, avec ARTE KARAOKE et le European Singalong, et animé par Bianca Hauda, journaliste et présentatrice, entre autres, de l’émission Twist sur ARTE. Vous trouverez toutes les chansons à chanter en ligne. Dès 20h, Alyona Alyona, Jerry Heil et Ganna Gryniva, trois des musiciennes les plus connues d’Ukraine, monteront sur scène, suivies à 20h45 de JAZZANOVA et de son groupe live. La fête continue avec une French Night à 22h à la Kulturbrauerei.
N’hésitez pas à cliquer sur la carte ci-dessous et découvrez les adresses des festivités les plus proches de votre domicile.
Asie
Sur le continent asiatique, la Fête de la musique est encore une grande inconnue. Il faudra être en Corée du Sud, au Japon pour pouvoir espérer danser pour ce 21 juin.
Au Japon, un évènement dans un club de Tokyo est organisé par la communauté française, vous pouvez vous renseigner en suivant ce lien. Tandis qu’à Kyoto, l’ambassade vous propose une soirée-concert avec cent trompettistes dirigés par Mineo Sugiki, Professeur Emérite à l’université des Arts de Tokyo au Temple Kiyomizudera (inscrit au patrimoine mondial) dédié à la fraternité dans le monde. Au programme : « Ave Maria » de C. Saint-Saëns, « Fanfare » de J. Mouret, etc. Renseignement ici.
En Corée, à Yonsei-ro, dans le nord du pays, vous sera proposé un évènement réunissant les artistes français présents dans le pays réuni sous l’égide d’une célébrité locale Cha Su-yeon Off. L’évènement sera nocturne et ne commencera qu’à 23h30 le mardi 21 juin.
Sur le sous-continent indien, trois manifestations sont aussi organisées, découvrez les en suivant ce lien.
Océanie
C’est en Australie que seront organisés les deux évènements français de l’édition 2022 de la Fête de la Musique.
A Tonwsville, c’est l’Alliance française qui s’y colle avec une fête des tropiques, réunissant chanteurs français et locaux pour une exploration musicale entre Europe et terres australiennes. Tous les renseignements sur le site de l’Alliance française de la ville.
A Sydney, c’est l’ambassade de France avec Phoenix Central Park qui invite le pianiste et compositeur international Chris Cody pour interpréter sa suite jazz Astrolabe pour un concert gratuit le mardi 21 juin de 18h30 à 22h30. Tous les renseignements sur le site de l’ambassade.
Afrique
Le continent est coupé en deux avec une zone qui a épousé la Fête de la Musique et les valeurs qui la définissent et une autre qui y est, pour l’instant encore, réfractaire.
Ainsi au Maghreb, il n’y aura que trois évènements et tous au Maroc. Plus au sud, les manifestations sont plus nombreuses, en particulier dans les pays francophones, mais aussi en Tanzanie et en Afrique du Sud.
Ce lundi 20 juin débute le sommet du Commonwealth à Kigali, la capitale rwandaise. Le pays, alors en pleine crise avec le voisin congolais, s’est préparé pour faire de cet évènement une vitrine.
Construction et réparation de routes, renforcement du système d’approvisionnement en eau, amélioration de la ville, d’après le vice-maire de Kigali, Merad Mpabwanamaguru, la capitale a entrepris de nombreux travaux pour recevoir les chefs d’États du « Chogm », le surnom du Commonwealth au Rwanda. Cependant, l’élu local assure que pour eux ce « n’était pas un si grand défi car la ville de Kigali est toujours prête à accueillir ce genre d’évènement. »
Les inquiétudes de l’opposition
Au sein de la population, les inquiétudes sont grandes. Effectivement, selon Angel Mutabaruka, journaliste à TV1 Rwanda, à chaque fois que Kigali a accueilli de tels évènements la population en a souffert. Il dénonce ainsi l’emprisonnement des personnes qui « paraissaient sales » le temps des cérémonies, afin de ne pas donner une mauvaise image du pays. Le porte-parole de la police nationale rwandaise, John Bosco Kabera, invité de la chaine, répond au journaliste que la population doit se focaliser sur l’avenir et non sur le passé. Mais qu’effectivement, « tous les Rwandais doivent paraitre propres sur eux ».
Le drapeau du Commonwealth
De son côté Victoire Ingabire, opposante rwandaise, signale la détention des vendeurs de rue. Elle voudrait que le gouvernement « donne la priorité au peuple rwandais » avant de donner une image erronée du pays à ses invités.
Si ce n’est pas la première fois que Kigali est accusée de placer dans des centres les personnes défavorisées durant les grands évènement, les autorités ont toujours nié ces agissements.
L’Union européenne devrait accorder le statut de candidat à l’Ukraine et à la Moldavie, ce qui les rapprocherait de l’adhésion à l’Union, tandis que la Géorgie devrait encore faire des efforts, a déclaré vendredi (17 juin) la Commission européenne dans un avis très attendu sur le futur élargissement de l’Union.
L’Ukraine a déposé une demande d’adhésion à l’UE quelques jours seulement après l’invasion russe qui a débuté le 24 février. La Géorgie et la Moldavie ont suivi le mouvement par crainte d’une agression et de l’influence de Moscou.
« L’Ukraine a clairement démontré l’aspiration du pays et sa détermination à se conformer aux valeurs et aux normes européennes », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Bruxelles.
« Nous avons un message important à faire passer : oui, l’Ukraine mérite une perspective européenne. Elle doit être accueillie comme un pays candidat, étant entendu qu’un effort important reste à faire », a déclaré Mme Von der Leyen.
Elle a fait cette annonce en portant les couleurs de l’Ukraine, un blazer jaune sur une chemise bleue.
Cette décision intervient à l’issue d’un débat très symbolique qui aura duré un mois et au cours duquel plusieurs hauts fonctionnaires et dirigeants de l’UE se sont prononcés en faveur du lancement des procédures permettant à l’Ukraine de rejoindre un jour le bloc en tant que membre à part entière.
« Dans le même temps, nous savons qu’il reste du travail à faire », a déclaré Mme von der Leyen, en exposant quatre domaines de réforme dans lesquels l’Ukraine devra remplir certaines conditions pour poursuivre le processus d’adhésion.
Il s’agit de l’État de droit, de la « mise en place des institutions nécessaires au bon fonctionnement du système judiciaire », de l’accélération de la sélection des juges de la Cour constitutionnelle et des membres des systèmes judiciaires, de la législation sur les oligarques et des efforts de lutte contre la corruption.
En ce qui concerne les droits fondamentaux, Mme von der Leyen a souligné que l’Ukraine a réalisé 80 % des recommandations de la Commission de Venise, mais qu’il lui manque encore l’adoption de la loi sur les minorités nationales.
« L’ensemble du processus est basé sur le mérite. Il se déroule selon les règles et, par conséquent, les progrès dépendent entièrement de l’Ukraine », a expliqué Mme Von der Leyen, comme un message aux États membres qui sont en général plus sceptiques à l’égard de l’élargissement de l’UE.
« Les Ukrainiens sont prêts à mourir, et nous voulons qu’ils vivent le rêve européen », a-t-elle poursuivi.
Jamais auparavant un avis n’avait été rendu aussi rapidement sur une candidature à l’Union européenne, ce qui laisse aux dirigeants de l’UE environ une semaine pour étudier le document avant de se prononcer sur la question lors d’un sommet européen crucial les 23 et 24 juin prochains.
L’avis doit servir de base aux dirigeants européens, qui devraient approuver le statut de candidat de Kiev sous réserve de conditions strictes, même si l’adhésion peut prendre des années, voire des décennies.
Le lancement des négociations d’adhésion nécessite l’approbation unanime de tous les États membres du bloc.
L’Ukraine ouvre la marche
Les décisions de la Commission européenne interviennent également après que la France, l’Allemagne, l’Italie et la Roumanie ont déclaré jeudi (16 juin) qu’elles étaient favorables à ce que l’Ukraine obtienne « immédiatement » le statut de candidat, ce qui a été considéré comme une indication significative de l’issue de la discussion des dirigeants européens la semaine prochaine.
Leur rhétorique, cependant, a révélé le fossé entre les mots et les actions, chacun des trois dirigeants ayant été critiqué ces dernières semaines pour son engagement.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, s’exprimant aux côtés des quatre dirigeants jeudi, a promis que l’Ukraine était prête à faire le nécessaire pour devenir un membre à part entière de l’Union européenne.
« C’est le premier pas sur le chemin de l’adhésion à l’UE qui nous rapprochera certainement de notre victoire », a écrit M. Zelensky sur les réseaux sociaux vendredi, ajoutant qu’il était « reconnaissant » à la présidente de la Commission européenne, et à « chaque membre de la Commission pour cette décision historique ».
Certains États membres de l’UE, dont les Pays-Bas et le Danemark, restent sceptiques quant à la possibilité que davantage de pays voisins deviennent des candidats à l’adhésion à l’UE.
Dans le même temps, trois des quatre pays des Balkans occidentaux candidats à l’adhésion à l’Union européenne ont signé une déclaration commune avec l’Ukraine pour soutenir sa candidature à l’Union européenne.
Cette déclaration de soutien intervient alors que les dirigeants européens doivent rencontrer leurs homologues des Balkans occidentaux le 23 juin, juste avant de discuter de la recommandation de la Commission européenne.
Drapeau moldave
La Moldavie maintenant, la Géorgie « plus tard »
Dans le même temps, la Commission européenne a également recommandé d’accorder à la Moldavie le statut de candidat à l’adhésion à l’UE, le pays devant toutefois procéder à des réformes.
« Pour la première fois depuis l’indépendance, elle est véritablement sur une voie favorable aux réformes, à la lutte contre la corruption et à l’Europe », a déclaré Mme Von der Leyen.
« Bien sûr, la Moldavie a encore un long chemin à parcourir […], mais nous pensons que le pays a le potentiel pour être à la hauteur des exigences », a-t-elle ajouté, précisant que cela nécessiterait des« améliorations majeures » dans l’économie et l’administration publique, sur l’État de droit, la lutte contre la corruption et la lutte contre le crime organisé.
La Moldavie, pays de 2,6 millions d’habitants, est l’un des pays les plus pauvres d’Europe et a accueilli quelques centaines de milliers de réfugiés en provenance d’Ukraine.
La Présidente moldave Maia Sandu a salué la décision de la Commission européenne sur Telegram comme un « moment important pour l’avenir de la République de Moldavie », qui serait « l’espoir dont nos citoyens ont besoin », ajoutant que « nous savons que le processus sera difficile, mais nous sommes déterminés à suivre cette voie ».
Tant pour l’Ukraine que pour la Moldavie, la poursuite des progrès en matière d’adhésion sera conditionnée par le respect des engagements pris dans divers domaines politiques.
L’exécutif européen devrait évaluer la situation d’ici la fin de l’année, selon de hauts fonctionnaires de l’Union.
Le pays s’est vu accorder la « perspective » européenne jusqu’à ce qu’il remplisse les conditions énoncées par la Commission pour obtenir le statut de candidat à l’UE.
« Nous aimerions voir la fin de la polarisation politique dans le pays, […] nous avons besoin de la coopération de toutes les parties dans le pays et de l’exécution de l’accord qui a été conclu avec la collaboration de l’Union européenne », a déclaré Oliver Varhely, commissaire européen chargé de l’Élargissement.
Sur le plan interne, le parti au pouvoir en Géorgie a été soumis à une pression intense de la part des partis d’opposition pour qu’il suive l’exemple de l’Ukraine, considérée comme une occasion de faire avancer ses propres aspirations européennes, un objectif inscrit dans la constitution du pays.
Toutefois, ce pays aspirant à un avenir européen a été en proie à une crise politique au cours des dernières années, l’Occident s’inquiétant du recul de la Géorgie par rapport à ses engagements en faveur de la démocratie et des discussions entre partis menées par le président du Conseil européen Charles Michel l’année dernière.
La Commission a déclaré qu’elle suivrait les progrès de la Géorgie et qu’elle évaluerait la situation d’ici la fin de l’année.
L’invasion russe en Ukraine a redonné toute sa puissance politique à l’arme nucléaire. On la croyait obsolète, dépassée, coûteuse, inutile, elle revient plus forte que jamais. Les Ukrainiens regrettent de l’avoir abandonnée, en échange d’une garantie de sécurité offerte par le Royaume-Uni, les États-Unis et la Russie, à la signature des Mémorandums de Budapest (1994), foulés aux pieds par Poutine. Les Pays baltes, désormais dans le viseur du « vieil ours », comme dit la télévision russe, se disent qu’ils aimeraient en avoir quelques-unes. Tous les pays ont compris que sans l’arme nucléaire, la Russie n’aurait pu envahir l’Ukraine, les Occidentaux seraient intervenus. Tous ont compris qu’avec l’arme nucléaire, l’Ukraine n’aurait pas été envahie. Alors chaque pays la veut.
L’Iran, plus que tout autre. Elle a en mémoire la guerre avec l’Irak (de 1980 à 1988, plus de 500.000 morts), pendant laquelle la centrale de Bouchehr fut détruite. En face, celle, irakienne, d’Osirak, aussi. Par Israël, avec l’aide iranienne. L’Iran est, de fait, toujours en guerre depuis la Révolution.
En ce moment se négocie le retour à l’Accord de Vienne (PAGC) conclu pour empêcher l’Iran de construire sa bombe.
Vingt ans de négociations, sanctions, et volte-faces.
Rappel : en 2002, juste après les attaques du 11 septembre 2011, l’Iran est soupçonné de développer un programme nucléaire militaire. L’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique) confirme. Dès 2003, France, Allemagne et Royaume-Uni proposent des négociations. En 2006, l’Iran revendique son projet de devenir une puissance nucléaire, le Conseil de sécurité demande à l’Iran de cesser son programme d’enrichissement de l’uranium sous peine de sanctions, votées à l’unanimité (résolution 1767, puis 1747). L’Iran poursuit son programme. En 2010, nouvelles sanctions. Une attaque informatique, sans doute israélienne, stoppe le programme d’enrichissement de l’uranium. En 2013, les négociations reprennent, elles aboutissent à Vienne, en juillet 2015, sous la présidence Obama. En 2018, Trump dénonce les accords et revient à une politique de sanctions, contre l’avis des Européens. En 2019, Téhéran cesse à son tour de respecter les accords et reprend son programme. Dès l’élection de Biden, les discussions pour un retour à l’accord de Vienne reprennent. Mais les Iraniens sont déjà proches de la capacité nucléaire.
D’ici peu l’Iran aura assez de matériel enrichi pour fabriquer une bombe atomique.
Les conditions d’un retour à l’accord sont obtenues, avec le retour du contrôle de l’AIEA, mais les discussions sont bloquées parce que les Iraniens demandent que les Gardiens de la Révolution sortent de la liste des entités terroristes américaines. Refus au Congrès. Désormais, les Iraniens rejettent tout contrôle. Selon le directeur de l’AIEA, ce refus « porterait un coup fatal à l’accord de 2015 prévoyant la limitation des activités nucléaires en échange d’un allègement des sanctions internationales », parce que d’ici peu l’Iran aura assez de matériel enrichi pour fabriquer une bombe atomique.
Selon l’AIEA, l’Iran possède 48kg d’uranium enrichi à 60%. Le nucléaire civil n’utilise que de l’uranium à 3,5%. Pour une bombe, il faut 90%, mais quand on est à 60%, c’est une question de temps. L’Agence a aussi découvert trois nouveaux sites secrets, non déclarés, pour abriter recherches et centrifugeuses.
Chaque semaine, Israël bombarde les Gardiens de la Révolution
Les Européens, pourtant fermes partisans d’un retour à l’accord, doutent de la bonne foi iranienne et déchantent. Le Conseil des Gouverneurs de l’AIEA, a condamné l’Iran, par le vote de 30 pays sur 35, dénonçant « un programme nucléaire avancé comme jamais auparavant et des activités sans justification civile crédible ». « Les gouverneurs appellent l’Iran à cesser son escalade et à conclure d’urgence l’accord qui est sur la table ». La Chine et la Russie ont voté contre. L’Inde, le Pakistan et la Libye se sont abstenus.
Pendant ce temps, chaque semaine, Israël bombarde les installations des Gardiens de la Révolution en Syrie, en Irak, et mène des opérations de sabotage en Iran. La semaine dernière, l’aéroport de Damas, qui abrite des entrepôts de munitions et de missiles des Gardiens de la Révolution, a été bombardé, les pistes sont inutilisables. On soupçonne, à juste titre, les Israéliens d’être derrière des assassinats ciblés. Ils craignent les ripostes, et demandent à leurs ressortissants de quitter la Turquie, où des renseignements indiquent de futurs attentats et enlèvements. « Pour toute erreur commise par l’ennemi, nous raserons Tel Aviv et Haïfa sur l’ordre du guide suprême », a déclaré Kiumars Heydari, commandant des forces terrestres de la République islamique. Mais leur premier ennemi est-il Israël ?
Un retour de l’Iran sur le marché des hydrocarbures allégerait la facture des Européens.
Qui veut d’un accord avec l’Iran ? Les Européens y ont toujours été favorables. Même si la France, elle, a beaucoup évolué. Chirac, en 2007, disait : « Ce n’est pas tellement dangereux le fait d’avoir une bombe nucléaire, ce qui est dangereux, c’est la prolifération ». Sarkozy déclarait au contraire que « L’Iran devra choisir entre la bombe et les bombes ». En 2015, ex-Président, il condamnait l’Accord de Vienne, que signait, avec réticence, François Hollande. Emmanuel Macron, au contraire, militait pour un retour à l’accord : la France cherche une position conciliant ses intérêts au Qatar, en Irak, en Arabie et aux Émirats, qui oblige parfois à un peu de confusion dans la clarté. Aujourd’hui, les États-Unis de Joe Biden veulent renouer avec la politique d’Obama, et gommer Trump comme Trump avait gommé Obama.
Plateforme dans le golfe persique
S’y ajoutent les bénéfices d’un retour de l’Iran sur le marché des hydrocarbures, ce qui allégerait la facture des Européens. Le pétrole et le gaz iranien compenseraient les hydrocarbures russes. Un embargo chasserait l’autre, difficile d’être sur deux fronts à la fois. Et puis l’Iran est devenu l’allié stratégique de la Chine, et même du Venezuela. N’est-ce pas tentant d’essayer autre chose ?
La carte diplomatique du Moyen-Orient change. La carte militaire va encore changer.
Qui ne veut pas d’accord ? Israël, qui s’estime le plus menacé par un missile nucléaire iranien. Mais plus encore l’Arabie saoudite et ses alliés. Les Israéliens ont envoyé du matériel militaire de haute qualité aux Émirats. Le Premier ministre israélien a fait un rapide aller-retour pour voir Mohamed Ben Zayed, Président des Émirats. L’Arabie saoudite a rejeté les demandes pour augmenter sa production de pétrole et faire pièce aux Russes. Biden ira le 13 en Arabie, se faire pardonner ses propos contre les Saoudiens « peu fréquentables ». De là, le 15, il prendra le premier vol direct Ryad-Tel Aviv, un symbole, et fera un saut en Cisjordanie. La carte diplomatique du Moyen-Orient change. La carte militaire va encore changer.
Les Israéliens viennent d’achever des exercices conjoints avec les marines grecque, chypriote et italienne, simulant la destruction d’un site nucléaire iranien, ainsi que les positions du Hezbollah. Ils se coordonnent avec le Bahreïn et l’Arabie saoudite. Ils considèrent que si, dans les semaines qui viennent, les Iraniens ne reviennent pas à la table des négociations, non seulement l’Accord de Vienne sera mort, mais encore qu’aucun pays ne leur reprocherait une attaque sur les sites nucléaires iraniens. Sauf que l’attaque sera sans doute plus globale, et la riposte pas forcément nulle, peut-être indirecte, en Arabie, au Qatar, en Europe…
Ils n’ont pas tort : si aucun accord ne permet à l’Iran d’accéder à la bombe, comment l’en empêcher ? Si l’Iran obtient sa bombe, qui dissuadera l’Arabie de s’en doter, la Turquie, l’Égypte, même le Koweït ? Tous, petits et grands. La Russie a démontré que la bombe n’était pas que défensive. Elle donne une certaine impunité. Y compris dans l’agression.
En cas d’attaque israélienne, les chancelleries occidentales condamneront, mollement. En poussant un soupir de soulagement. Après tout, pensent les Européens, une guerre rapide qui éliminerait la menace iranienne, donnerait une leçon aux Ayatollahs, affaiblirait le Hezbollah, serait une chance. D’autant qu’une fois la menace écartée par Israël, on reprendra langue avec l’Iran, qui aura besoin d’investissements et de pétrole. Progressivement on les éloignera des Russes et des Chinois, qui ne leur auront servi à rien. D’autant qu’Israël aussi a des réserves de gaz : Ursula van der Leyen veut « renforcer sa coopération énergétique avec Israël » et Israël cherche un accord avec l’Égypte, le Liban, l’Italie, la Grèce, Chypre… Se débarrasser de l’Iran et du Hezbollah arrangerait beaucoup de monde. Ce sera l’occasion tant rêvée d’un « nouveau Moyen-Orient ».
Après la guerre d’Ukraine, une autre est annoncée. Elle concerne aussi l’Europe et la France. Tout est prêt.
En fait il est déjà là, ce serait d’ailleurs bien que la France y participe : il n’y a pas que Chypre et la Grèce en Méditerranée.
Mais personne ne peut être certain du succès, ni des frappes, ni de la suite. Le Moyen-Orient pourrait encore s’embraser, ce d’autant que les Russes se retirent peu à peu de Syrie (ils ont retiré deux tiers de leur aviation) ; que les Turcs rêvent de grandeur ; que les famines et les émeutes guettent, agitent ; que le pétrole, à nouveau, flambe ; que les Américains ont manifesté leur retrait et les Européens leur impuissance.
Après la guerre d’Ukraine, à moins qu’elle ne cesse vite, une autre est annoncée. Elle concerne aussi l’Europe, et la France, qui garde encore des soldats là-bas. Tout est prêt. Et nous ?
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a. Ambassadeur de France
a. Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press