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  • Emprunter pour acheter en France : le parcours du combattant des expatriés

    Emprunter pour acheter en France : le parcours du combattant des expatriés

    L’acquisition d’une résidence secondaire ou d’un bien locatif en France en tant que non-résident, sous contrat local ou d’expatriation, est un chemin semé d’embûches. Ainsi emprunter pour acheter en France est désormais aujourd’hui une possibilité inaccessible pour nombre de Français de l’étranger.

    En effet, les banques acceptent moins de faire des crédits immobiliers pour des expatriés que pour des résidents français. Mais difficile ne veut pas dire impossible ! On est loin de la résidence de repli voulue par les parlementaires.

    Des profils plus risqués ?

    Octroyer un crédit immobilier à une personne dont le lieu de résidence n’est pas en France est assez compliqué en termes de procédures pour les entreprises financières françaises… Notamment pour le suivi du prêt et des remboursements : votre banquier va devoir faire plus d’efforts pour traiter votre dossier.

    Les frais de communication peuvent être plus importants, car l’éloignement a un impact. Il faut aussi tenir compte du décalage horaire qui rend les choses encore plus complexes. La plus grande peur pour votre banquier sera notamment liée au risque de non-paiement et à la difficulté d’accéder à vos revenus et autres comptes en cas de besoin.

    Un traitement différent selon le pays de résidence ?

    Les conditions d’octroi d’un crédit immobilier dépendent du pays de résidence du demandeur. Par exemple, un accord spécial, nommé FATCA ou Foreign Account Tax Compliance Acta, a été signé entre les États-Unis et la France pour faciliter les échanges de renseignements bancaires et fiscaux entre les deux pays. Ce contrat permet d’éviter les fraudes fiscales au niveau mondial.

    Toutefois, il exige des institutions financières françaises de transmettre les données bancaires des « US Person » qui possèdent un compte de plus de 500 000 dollars au gouvernement américain. Les banques ne sont donc pas si intéressées à recruter ce type de profil.

    Les investisseurs qui vivent également dans un des paradis fiscaux ne sont pas éligibles, car il est difficile pour les banques de connaître réellement les informations bancaires de la personne qui souhaite avoir le crédit, ou encore la source véritable de ses revenus.

    Par ailleurs, certains pays, traversant une crise géopolitique par exemple, peuvent être temporairement exclus par les banques. C’est notamment le cas pour se prémunir contre le blanchiment d’argent. Voici la liste des pays considérés à risque :

    • Afghanistan
    • Biélorussie
    • Birmanie / Myanmar
    • Corée du Nord
    • Érythrée
    • Irak
    • Iran
    • Libye
    • Pakistan
    • Somalie
    • Soudan
    • Soudan du Sud
    • Syrie
    • Ukraine
    • Venezuela
    • Yémen

    Des complexités administratives

    Le financement pour la clientèle non résidente est une vraie spécialisation pour les banques, il ne s’agit pas d’un dossier « classique ». Les documents qui constituent le dossier d’un non-résident ne sont ainsi pas les mêmes que pour les résidents.

    Par exemple, dans beaucoup de pays du monde, l’impôt est prélevé à la source. Les banques doivent donc analyser le « tax-return » en plus de vos fiches de paie (document pour le rappel des impôts payés par la personne durant l’année).

    De plus, pour analyser votre dossier et vous accorder un prêt, les banques sont regardantes sur le type de contrat de travail et l’entreprise où vous travaillez. Selon ces derniers, les banques peuvent être rassurées, car les contrôles seront plus ou moins faciles.

    • Si vous avez un contrat français mais détaché à l’étranger, vous êtes considéré comme un résident et vous n’aurez aucun mal à emprunter.
    • Si vous avez un contrat local : les banques seront vigilantes à l’entreprise.

    Dans tous les cas, la banque exige que vos documents soient traduits (en français, parfois elles acceptent l’anglais). Bien souvent vous devrez vous-même trouver un traducteur. Quelques fois, elle pourra les faire traduire, mais exigera des frais supplémentaires.

    Un apport plus important

    Pour finir, notons que les banques peuvent demander à leur client non-résident de répondre à de nombreuses conditions. L’une de ces exigences est de remettre un apport évalué entre 10 % à 20 % de la valeur du bien, en plus de couvrir les frais annexes (frais de notaire et de garantie), évalués à un peu moins de 10 % du prix du bien.

    Nous avons lancé dimanche 30 avril une consultation sur ce thème, n’hésitez pas à y participer, nous communiquerons les résultats à des professionnels du crédit afin d’inventer avec eux une nouvelle solution plus accessible aux Français résidant hors de France.

  • Forces et faiblesses de la France 

    Forces et faiblesses de la France 

    Deuxième puissance économique de la zone euro, après l’Allemagne, la France est souvent pointée du doigt pour ses faiblesses. Elle n’en conserve pas moins quelques atouts non négligeables qui pourraient permettre à terme un redressement.

    La liste des faiblesses économiques de la France est longue et connue. Figurent dans cette liste, le taux d’emploi faible, la désindustrialisation, la disparition des gains de productivité, le recul du niveau des compétences et la progression de l’endettement. 

    Parmi les atouts, peuvent être cités la force de l’épargne, la reprise de l’investissement des entreprises et l’augmentation des dépenses de Recherche – Développement. 

    Un déficit criant d’emplois en France 

    La France se caractérise par un taux d’emploi faible même s’il est en hausse depuis 2020. Selon l’OCDE, il s’élève à 67,5 % en 2022, contre 74,8 % au Royaume-Uni, 75 % en Suède, 76 % en Allemagne, 77,5 % au Japon et 80 % aux Pays-Bas. Ce déficit d’emplois réduit la production. Il pèse sur le montant des recettes publiques et conduit les pouvoirs publics à financer des prestations sociales. Il est responsable, en grande partie, de l’écart de déficit public avec les États d’Europe du Nord, et donc de la hausse de l’endettement. Il est enfin un facteur de montée des inégalités. 

    Une désindustrialisation préoccupante 

    Le poids de l’industrie manufacturière dans l’économie est en baisse constante depuis les années 1970. En 2023, 9 % de la population active travaille dans l’industrie contre 13 % en 2002 et 40 % en 1974. La France est avec le Royaume-Uni et les États-Unis le pays qui a connu le recul le plus important de son industrie. Selon Eurostat, en 2022 l’emploi manufacturier représentait encore 11 % de la population active en Suède, 15 % en Italie ou au Japon et 16 % en Allemagne. 

    L’inquiétante disparition des gains de productivité 

    Depuis la crise sanitaire, la productivité française recule. Début 2023, elle est inférieure de 2,5 % à son niveau de 2019. Ce recul s’explique par le maintien des effectifs dans l’industrie malgré la diminution de la production provoquée par les problèmes d’approvisionnement ainsi que par la hausse des matières premières et de l’énergie. Ce recul est également dû au développement de l’apprentissage et de la formation par alternance. Elle est enfin provoquée par les difficultés de recrutement des entreprises pour les postes à forte pénibilité ou à horaires décalés. Les entreprises sont contraintes d’arbitrer entre réduction de leur production et doublement des postes. La baisse de la productivité est plus forte en France que dans les autres pays de l’Union européenne, à l’exception de l’Espagne. 

    La forte désindustrialisation de la France accentue ce phénomène. L’économie de la France repose de plus en plus sur les services dits domestiques.

    Un problème de formation récurrent

    La France est distancée par de nombreux pays en ce qui concerne les compétences de la population active. Selon l’enquête PIAAC de l’OCDE (numératie et littératie), elle se classe au 21e rang loin derrière le Japon, la Finlande, les Pays-Bas ou la Suède. L’Allemagne se situe au 14e rang. Ces faibles compétences des actifs sont en partie dues au faible niveau des élèves. L’enquête PISA de l’OCDE (sur les compétences scientifiques et littéraires des enfants) souligne que la France est distancée par ses principaux partenaires et que le niveau de son système éducatif continue à reculer. 

    L’enquête TIMSS sur le niveau en sciences et en mathématiques (enfants de 4e, 8e grade) place la France au dernier rang de l’OCDE.

    La France se caractérise par une proportion importante de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation (NEET). Selon l’OCDE, le taux s’élevait, en 2022, à 15 % en France, contre 12 % au Royaume-Uni, en Suède ou en Autriche, à 10 % en Allemagne et à 8 % aux Pays-Bas. 

    Des reculs inquiétants dans certains secteurs stratégiques 

    Que ce soit dans le secteur de l’énergie, ceux de l’automobile ou des médicaments, la France est en recul. L’énergie nucléaire a pâti de l’absence de commandes de centrales pendant plus de vingt ans. Le manque d’ingénieurs et de techniciens constitue un handicap tant pour l’entretien des centrales existantes que pour la construction de nouveaux réacteurs. Ce déficit de compétences est également un problème pour l’industrie de la défense. La France est le 5e producteur d’automobiles d’Europe, loin derrière l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. 

    A Hordain, PSA produit des véhicules utilitaires sous sa marque mais aussi pour Toyota. (SIPA)

    Des finances publiques dégradées 

    La France a accumulé 50 ans de déficits budgétaires occasionnés essentiellement par la progression des dépenses sociales qui représentent plus du tiers du PIB. La dette publique qui était de 24 % du PIB en 1981 dépasse, en 2023, 111 % du PIB. En vingt ans, elle a été presque multipliée par deux. Ces faiblesses de l’économie française créent un cercle vicieux. Le faible niveau de compétences empêche une réindustrialisation rapide. Le pays est contraint de se spécialiser sur des emplois de service à faible rémunération et à faibles gains de productivité. Cela concourt au déclin de la croissance potentielle. Le taux d’emploi réduit ne permet pas un rééquilibrage des comptes publics. 

    La France conserve quelques atouts 

    La France dispose d’un large marché de consommation et homogène. À la différence des autres pays de l’Union européenne, ce marché est porté par une croissance de la population. La France a conservé certains secteurs d’excellence comme celui du luxe. Les principales marques de luxe sont contrôlées par des groupes français (LVMH, Kering, Hermès, l’Oréal). Le secteur de l’aéronautique avec Airbus et Dassault demeure également présent sur le territoire national. Plusieurs entreprises françaises jouent un rôle clef dans le secteur des hautes technologies (STMicroelectonics, Dassault System, Air Liquide, Essilorluxottica, etc.). Les pouvoirs publics ont décidé d’épauler plusieurs filières jugées stratégiques. Le plan « France 2030 », doté de 54 milliards d’euros déployés sur 5 ans concerne le financement en faveur de la production de batteries, énergies renouvelables ou hydrogène. La baisse de l’emploi industriel semble être enrayée, une légère progression des effectifs étant constatée depuis 2021. 

    L’investissement des entreprises en hausse 

    L’investissement des entreprises, longtemps étalé, est en progression depuis 2016. Il représentait en 2022, 14 % du PIB, contre 10 % en 2002 ou 12 % en 2016. De plus en plus de capitaux d’origine étrangère s’investissent en France. Les levées de fonds de start-up technologiques sont passées de 5 milliards d’euros en 2019 à 11,6 milliards d’euros en 2022. Le nombre de licornes (entreprises de plus de 1 milliard d’euros de capitalisation) est désormais de 40 (29 fin 2021). Les dépenses de Recherche/Développement et de robotisation, qui sont encore trop faibles, progressent néanmoins. Elles atteignent 2,4 % du PIB. Elles demeurent malgré tout loin derrière celles des États-Unis (3,5 %) ou celles de la Corée du Sud (5 %). Le nombre de robots dans l’industrie est en augmentation. Il est de 2 pour 100 emplois manufacturiers, contre 3,5 en Allemagne, 4 au Japon ou 8 en Corée. 

    Une épargne abondante 

    La France peut compter sur une épargne abondante. Le taux d’épargne des ménages dépasse 16 % du revenu disponible brut. Les Français sont ceux qui épargnent le plus avec les Allemands et les Suédois. Une meilleure allocation de l’épargne permettrait de soutenir plus activement l’économie. Si les faiblesses sont nombreuses et handicapantes, elles ne sauraient faire oublier les atouts dont dispose l’économie française. 

    Plusieurs inflexions sont en cours permettant d’espérer une amélioration de la situation. Un léger redressement de l’emploi industriel, une hausse de l’effort d’investissement des entreprises, une progression des dépenses de R&D et de robotisation sont constatés. Le nombre des entreprises technologiques augmente depuis quelques années. L’amplification de cette tendance est nécessaire afin de rattraper le retard pris par l’économie française depuis une dizaine d’années.

  • La France « particulièrement exposée » à l’espionnage et à la désinformation

    La France « particulièrement exposée » à l’espionnage et à la désinformation

    Paris, nid d’espions ? Auditionné par la commission d’enquête sur les ingérences étrangères de l’Assemblée nationale, le chef de la DGSI Nicolas Lerner est revenu sur les ingérences en politique et l’importance de la désinformation pour décrédibiliser la voix de la France sur la scène internationale.

    Nicolas Lerner, chef de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), les services de renseignement français, était auditionné en février dernier par la commission d’enquête sur les ingérences étrangères en France, présidée par le député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy. Le compte rendu de cette audition a été publié mercredi (26 avril).

    Lors de cette audition, le directeur de la DGSI a expliqué que la France « est particulièrement exposée aux tentatives d’espionnage et d’ingérence » en raison de son importance sur la scène internationale.

    Évoquant l’ingérence dans les milieux politiques, objet principal de la commission d’enquête parlementaire, le chef de la DGSI a indiqué avoir procédé à des « sensibilisations » de parlementaires français « à plusieurs reprises ces derniers mois, après avoir détecté des contacts avec des officiers de renseignement russes sous couverture diplomatique ».

    Dans le passé, des personnalités politiques « de premier plan » ont entretenu des relations avec des espions étrangers, parfois à leur insu, parfois en toute connaissance de cause. Les liens financiers seraient beaucoup plus rares, les renseignements français les ayant identifié « très ponctuellement et dans des cas individuels ».

    Prenant l’exemple d’élus qui se sont rendus dans le Donbass ou en Crimée dans des missions d’observation des processus électoraux, M. Lerner considère que cela « revient à franchir un cap en termes d’allégeance envers le pays concerné ».

    Ce fut le cas d’une délégation française en 2015, conduite par l’eurodéputé Thierry Mariani (Rassemblement national/ID) du temps où il appartenait au parti Les Républicains (PPE). Des opérations d’observation similaires se sont déroulées en 2020 lors du referendum constitutionnel voulu par Vladimir Poutine, à laquelle ont participé dix eurodéputés du Rassemblement national.

    Mais, précise le chef de la DGSI, aucun parti politique français ne serait aujourd’hui manipulé par une puissance étrangère.

    Ainsi, l’infiltration par « des officiers de renseignement sous couverture diplomatique » reste un des principaux outils, notamment exploités par la Russie, qui a « le dispositif le plus important ». Bien que « leur nombre [ait] significativement diminué depuis le début de la crise ukrainienne »,surtout depuis l’expulsion de nombreux agents présents sur le sol français et européen sous couverture diplomatique.

    Dans ce domaine, M. Lerner précise que « la Chine […] entretient un réseau sous couverture diplomatique bien moins développé que celui de la Russie. »

    La Chine et la Russie, qui occupent le plus l’attention des Européens aujourd’hui, sont les États « dont la politique est la plus aboutie en matière de renseignement », explique le chef du renseignement français. [Shutterstock/egd]

    Société civile et désinformation

    La DGSI s’inquiète également des « relais » de pays étrangers dans la société civile française. Les services de renseignement français portent « un regard particulièrement vigilant sur le monde universitaire et de la recherche », très exposé à l’espionnage et l’ingérence, par le biais de partenariats ou de jumelages.

    La Chine et la Russie, qui occupent le plus l’attention des Européens aujourd’hui, sont les États « dont la politique est la plus aboutie en matière de renseignement », explique le chef du renseignement français. Outre l’influence, l’espionnage et l’ingérence, ces pays ont « une politique d’information ou de désinformation », dont le but est de « décrédibiliser » l’influence et le modèle français.

    Certains États recourent à une « information déformée sans aucun scrupule », afin de « promouvoir leur narratif et [de] décrédibiliser notre modèle », poursuit M. Lerner, citant les remises en cause de la liberté de la presse et la liberté d’expression en ce qu’elles permettent de critiquer la religion.

    Aussi, la France est présentée comme « donneuse de leçons en matière de maintien de l’ordre et de démocratie » vers l’extérieur – envers l’Iran ou la Russie par exemple – alors qu’elle serait répressive à l’intérieur.

    Après l’invasion russe en Ukraine, l’Union européenne a interrompu l’activité des chaînes de propagande russe, RT et Sputnik, a remarqué M. Lerner.

    Mais, selon lui, seuls des événements exceptionnels de la guerre en Ukraine ont rendu possible une telle décision. Il faut alors s’interroger sur le cadre juridique européen. Le droit devrait permettre au « régulateur à intervenir au-delà de ses prérogatives habituelles lorsque les sanctions sont insuffisantes et que l’interdiction d’un média servant clairement et exclusivement d’outil de propagande devient nécessaire. »

    Enfin, le chef de la DGSI constate combien les temps ont changé : « certains États s’affranchissent aujourd’hui allègrement de la règle de droit international, dans le contexte d’un affaiblissement du multilatéralisme ». Les États sont passés de la « compétition » à « des confrontations bien plus directes ».

    Les règles qui régissaient les relations entre les États, dont le respect de la sphère d’influence de différents blocs, ont « disparu »« Le fait accompli et la loi du plus fort sont les seules règles qui prévalent ».

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 02.05.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 02.05.23

    Bonjour à tous, j’espère que votre week-end du premier mai c’est bien passé. En France, il fut souvent pluvieux et surtout marqué par la mobilisation contre la réforme des retraites ce lundi, en Europe, les Français de l’étranger ont aussi fait entendre leur voix. On reviendra aussi dans votre flash quotidien des expatriés sur l’évacuation du Soudan qui a soulevé des questions. Enfin, on s’attardera sur les élections en Polynésie, région cruciale pour la France. 

    Mobilisation importante ce premier mai 

    Malgré la pluie, malgré le pont traditionnel, les Français étaient dans les rues, 2,5 millions pour les syndicats, 700 000 selon d’autres décomptes. Des violences liées aux Blackblocs ont émaillés certains des 300 cortèges de la journée, en particulier à Paris, Lyon et Toulouse. Les Français de l’étranger étaient aussi mobilisés, en tout cas en Europe, à Madrid, ils ont apporté une touche française au défile des forces syndicales locales avec un concert de casseroles, à Barcelone et à Londres, après s’être donné rendez-vous devant le consulat, ils ont rejoint les défilés prévus dans ces villes. La gauche et les syndicats étaient, conjointement, à l’origine de ces opérations. Tous les détails sur le site Lesfrancais.press ou celui de votre radio. 

    Français mobilisés à Londres ce 01 mai ©Alexander Seal

    « Presque tout est à revoir » 

    C’est la déclaration choc du Président de la Commission pour la sécurité et services sanitaires de l’Assemblée des Français. Interrogé dans un podcast à retrouver sur toutes les plateformes de streaming, via le site Lesfrancais.press, Avraham Benhaim revient sur les problèmes que nos compatriotes lui ont remontés lors de l’opération d’évacuation du Soudan. Bi-nationaux contraints de sortir des avions, îlotiers, en charge de regrouper les Français par ville ou quartier en vacances, abandon des animaux domestiques, et familles abandonnées dans la rue à leur retour en France, sont quelques-uns des périples que les Français du Soudan ont vécus. Avraham Benhaim propose de nombreuses pistes pour une meilleur efficacité. 

    Avraham Benhaim

    Les indépendantistes au pouvoir en Polynésie 

    La France détient le second domaine maritime en France ainsi qu’une des plus grandes réserves de métaux rares, et bien d’autres atouts, qu’elle doit à la Polynésie. Après un référendum actant l’adhésion de la population à la République, retournement de situation dans les îles du pacifique où les indépendantistes ont obtenu 44% des voix face à deux listes autonomistes. Pour autant de l’aveu même des leaders de ces mouvements, il n’y aura pas de nouveau référendum avant au moins 15 ans. 

    ©Polynésie première – FranceTV

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain mercredi pour un nouveau bulletin des Français de l’étranger !

    Ecouter le bulletin des Français de l’étranger 

  • 1er Mai 2023 : Violences à Paris et Casseroles à Madrid

    1er Mai 2023 : Violences à Paris et Casseroles à Madrid

    Ce 1er mai 2023, l’intersyndicale, toujours unie, misait sur « un raz-de-marée » dans la rue ce lundi pour réclamer « l’abrogation » de la réforme des retraites. Et si les chiffres ne sont pas historiques, les Français ont répondu présents que ce soit en France où plus de 300 rassemblements étaient organisés mais aussi à Londres, Madrid, Munich, etc.

    Français mobilisés à Londres contre la réforme des retraites ce 1er mai 2023 ©Alexander Seale

    2,5 millions de personnes dans les rues en France

    Selon la CGT, 2 500 000 manifestants ont déjà défilé dans les rues, par contre selon le décompte réalisé par Fig Data à partir des chiffres préfectoraux, on atteindrait les 700 000 personnes mobilisées. Dans tous les cas, c’est un chiffre important pour un premier mai.

    « Ne vous laissez pas domestiquer, quoi qu’il en coûte. Si vous êtes des insoumis, des insoumises, soyez-le jusqu’au bout »

    Jean-Luc Mélenchon, place de la République, entouré de plusieurs députés de La France insoumise

    Pour faire face à cette mobilisation, 12.000 policiers et gendarmes, dont 5000 dans la capitale, ont été déployés afin d’assurer la sécurité. 4 unités de forces mobiles ont elles occupé le terrain à Rennes et à Nantes, a aussi annoncé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

    Carte de la mobilisation en France ©AFP/Le Figaro

    Violences à Paris, Lyon, Marseille, etc.

    Selon une source policière à CNEWS, 500 individus radicaux ont été repérés dans le 11e arrondissement de Paris. 100 autres personnes à risque ont été vues derrière une banderole Black Lines aux alentours du Boulevard Voltaire. Ainsi, les forces de l’ordre ont procédé à 2.740 contrôles en amont de la manifestation, notamment pour rechercher des armes ou des objets qui pourraient être utilisés comme armes sur les forces de l’ordre. Un policier a été blessé après avoir été visé par un cocktail Molotov en marge de la manifestation syndicale à Paris. Son équipement a pris feu.

    On a noté aussi la présence de représentants des sections dédiées aux Français de l’étranger des syndicats, UNSA, FSU, etc. En première ligne, en tête de cortège, ils ont dû reculer, selon notre source présente dans le cortège, suite aux heurts avec les policiers.

    Queue de Cortège à Paris ce 1er mai 2023 ©AFP

    A Lyon, la manifestation fut aussi le théâtre de violences et affrontements avec les forces de l’ordre. Un pré-cortège composé de 2.000 personnes s’est formé à l’avant du cortège syndical, dont 1.000 black blocs, indique la préfecture du Rhône. Des véhicules et des commerces ont été dégradés, deux magasins ont été pillés.

    A Marseille, selon les informations de BFMTV, les syndicats ont dénombré pas moins de 130 000 manifestants ce lundi 1er mai. La police, de son côté, avance le nombre de 11 000 personnes.

    Tandis qu’à Toulouse, la situation fut particulièrement tendue avec une foule très dense et de nombreux black blocs. En milieu de journée, un ordre de dispersion a été donné par les autorités. Cinq agences bancaires et une dizaine d’abribus ont subi des dégradations sur le parcours de la manifestation.

    Les villes moyennes aussi

    A Tarbes, la traditionnelle manifestation du 1er mai avec la réforme des retraites en toile de fond a mobilisé ce lundi matin. Le cortège, qui s’est formé à la bourse du travail, a défilé dans le calme dans le centre-ville de Tarbes. L’intersyndicale a dénombré 8 000 participants à la manifestation. Selon la police, les manifestants étaient 5 000.

    A Albi, le cortège du 1er mai s’est élancé vers 11h de la place du Vigan au son des chants et des casseroles. Les syndicats estiment l’affluence à 5 000 personnes.

    Des heurts ont éclaté à Nantes devant la préfecture de Loire-Atlantique. La police nationale a affirmé qu’un « groupe violent commet des dégradations sur la préfecture » et a appelé les manifestants à « ne pas rester dans ce secteur ».

    A Nice, selon les syndicats, 20.000 personnes participaient à cette mobilisation, 2.000 d’après la police. Partis de la place de l’Ile de Beauté à 10h, certains manifestants ont fait un arrêt devant un yacht de 80 m de long. C’est à ce moment-là qu’ils l’ont aspergé de peinture rouge et noir. Des fruits ont également été jetés sur la coque du navire d’une valeur de 125 millions de dollars. Propriété du Saoudien Fahad al Athel, le « Element » est amarré au quai Infernet au port de Nice.

    Des manifestants anticapitalistes ont jeté des fruits et de la peinture sur ce yacht amarré au port de Nice. ©/Nice Matin – Laure Bruyas

    Transports aériens perturbés en France

    Dans le même temps, le trafic aérien fut très perturbé aujourd’hui : un quart des vols a été annulé à Roissy-Charles-de-Gaulle et un tiers à Orly. Même chose dans de nombreux aéroports régionaux (Marseille, Lyon, Bordeaux, Nantes et Toulouse), tandis que 25% des mouvements ont été supprimés à Nice et à Beauvais, selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). En revanche, aucune perturbation n’était à signaler sur les rails, à la SNCF. Bison Futé avait de surcroît classé la journée orange en Île-de-France dans le sens des retours et verte sur le reste du territoire.

    Mobilisation des Français de l’étranger en Europe

    Comme chaque année le 1er mai les Français célèbrent la Fête du Travail mais ce ne sont pas les seuls. Ainsi certains Français de l’étranger ont organisé des actions liées à l’opposition à la réforme des retraites ou en rejoignant les cortèges des syndicats nationaux.

    A Londres

    Les événements de cette année ont enregistré une participation plus importante que les années précédentes, car les restrictions de Covid-19 ont été considérablement assouplies et l’opposition s’est centrée sur la manière dont les plans économiques des gouvernements affecteront les travailleurs.

    Voulant joindre leur voix à celles des manifestants en France appelé à protester contre la récente décision du président Emmanuel Macron de relever l’âge de la retraite de 62 à 64 ans, les organisateurs à Londres ont voulu marquer le coup. Eux aussi considèrent la réforme des retraites comme une menace pour les droits des travailleurs et le filet de sécurité sociale en France.

    Charlotte Minvielle, Co-Secrétaire de EELV nous a expliqué sa présence.

    Le projet de loi sur les retraites a déclenché les plus grandes manifestations de France depuis des années, et les rassemblements du 1er mai devraient être parmi les plus importants à ce jour.

    Adèle, une touriste de passage à Londres, nous a dit aussi pourquoi elle était venue se joindre aux Français de Londres.  

    La manifestation s’est finie dans le calme à Trafalgar Square au centre de Londres.

    En Espagne, les Français ont battu le pavé à la mode espagnole

    Depuis le 19 janvier, un collectif citoyen interprofessionnel, intersyndical et intergénérationnel s’est formé et mobilisé pour manifester en Espagne son opposition à la réforme des retraites injuste pour toutes et tous notamment pour celles et ceux qui ont des carrières fractionnées à l’étranger.

    Plusieurs actions ont été proposées à commencer par des grèves dans les Lycées français, au consulat et à l’Institut français, mais aussi des rassemblements devant le consulat et devant l’Ambassade, la création d’une caisse de solidarité, des projections-débats (Grandpuits et petites victoires, La Sociale, Lettre à G., « Repenser la société » avec André Gorz), une pétanque solidaire, un point d’information sur les retraites pour la journée internationale du droit des femmes, la création d’un site d’information sur Pearltrees, la création d’une plate-forme de communication sur Twitter, une flash-mob de professeurs et donc un défilé avec casseroles ce 1er mai. On n’oublie pas aussi l’action d’un militant LFI lors de la venue du Président de la République à Barcelone.

    « Des temps de rencontres ont eu lieu , dans un esprit de convergence des luttes, avec COESPE Madrid et UGT Madrid. Plusieurs projets verront le jour car la mobilisation perdurera jusqu’au retrait de la réforme des retraites.« 

    Un participant adhérant au SNES-FSU Hors de France et membre de la commission de communication de la plateforme citoyenne DecimosNoMacron

    Ainsi à Barcelone, près d’une vingtaine de Français se sont rassemblés suite à l’appel à manifester lancé conjointement par la plateforme « DecimosNoMacron » et la NUPES.

    Français à Barcelone manifestant contre la réforme des retraites ©NUPES Barcelone

    A Madrid, nos compatriotes ont rejoint le cortège des syndicats nationaux, mais ils y ont apporté une touche bien française… En effet, il était facile de les distinguer, ils jouaient de « la casserole ».

    Français à Madrid dans le cortège festif des syndicats nationaux ©NUPES Madrid

    A Munich, les Français aussi présents

    En Allemagne, les Lycées Français ont rythmé les mouvements de protestation, mais en fin de vacances, en plein pont du premier mai, il fut difficile de mobiliser. Pourtant, certains comme Michaël Faugeroux (responsable FSU) étaient bien sur le terrain et ont rejoint les nombreux défilés prévus outre-Rhin.

    Michaël Faugeroux à Munich ce premier mai ©Michaël Faugeroux
  • Polynésie française : le parti indépendantiste remporte les élections

    Polynésie française : le parti indépendantiste remporte les élections

    Les électeurs de Polynésie française ont choisi le parti indépendantiste. Le Tavini, mené par Oscar Temaru, est arrivé en tête des élections territoriales lundi 1er mai 2023, avec 44,3 % des voix selon les résultats provisoires du Haut-Commissariat de la République en Polynésie, relayés par Polynésie la Première .

    Le Tapura, la liste autonomiste du président sortant Édouard Fritch, arrive deuxième avec 38,5 % des suffrages. À Here là, autre liste autonomiste, est troisième en ayant récolté 17,2 % des voix.

    ©Polynésie 1er / France Télévisions

    Arrivée en tête du scrutin, la formation bleue remporte les 19 sièges de la prime majoritaire. Le Tavini devrait donc disposer d’une très large majorité avec 38 sièges sur les 57 de l’hémicycle de Tarahoi. Ils disposent donc d’une majorité stable pour gouverner pendant cinq ans la collectivité du Pacifique sud.

    Les résultats ont été confirmés par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sur Twitter.

    « La liste Tavini huiraatira remporte les élections territoriales en Polynésie française et devra élire le futur président de l’archipel. Avec Jean-François Carenco, nous félicitons Oscar Temaru et Moetai Brotherson pour leur victoire« 

    Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sur Twitter

    Sur le même réseau social, le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a également félicité Oscar Temaru pour sa victoire.

    Vers un référendum pour l’indépendance ?

    La triangulaire du second tour a mis en scène plusieurs projections du statut polynésien.

    L’autonomie classique, proche de la France, version Fritch, prend une nouvelle tournure plus souverainiste avec l’alliance Tapura/Amuitahiraa. Pour Gaston Flosse, à l’origine du statut de 1984, l’évolution doit se poursuivre vers une pleine souveraineté grâce à un statut d’Etat associé qui donnerait à la Polynésie toutes les compétences régaliennes jusqu’ici contrôlées par l’Etat. Un Etat redevable financièrement à la Polynésie pour sa puissance nucléaire. 

    « La Polynésie est la seule collectivité d’outre-mer qui a donné à la France la possibilité de posséder l’arme atomique. Grâce à cela, elle est dans la catégorie des pays les plus forts… La France a eu une dette à l’égard de la Polynésie française, a dit Emmanuel Macron à papeete en juillet 2021. La France doit continuer à nous accompagner en reconnaissance »

    Martèle Gaston Flosse, président du Amauitahiraa

    De là à arriver à un référendum d’autodétermination, il n’y a qu’un pas. Un référendum d’ailleurs envisageable pour le candidat de A here ia Porinetia dont la vision de l’autonomie reste plus proche de la France. Un statut triplement avantageux pour Nuihau Laurey. 

    « C’est une triple appartenance, on est citoyen d’une communauté, la communauté polynésienne ; on est Français et on est Européen. Donc, pour nous, cette triple appartenance est un avantage… Il faut sortir du clientélisme et de cet assistanat, d’où les mesures que nous proposons en termes de limitation de mandats, d’incompatibilité des fonctions, et la nécessité de changer de modèle économique et de faire confiance aux petites entreprises pour permettre notre développement »

    Explique le leader de A Here ia Porinetia

    Face à ces versions divergentes de l’autonomie, le Tavini Huiraatira conserve sa position ferme d’une indépendance à long terme, même si au sein du parti, les anciens sont aujourd’hui confrontés à une vision rajeunie du concept. 

    « Le combat indépendandiste de nos anciens n’est plus tout à fait le même que le combat que nous menons aujourd’hui, parce que la société a changé aussi. A titre personnel, je n’ai pas vécu dans ma chair les essais nucléaires, je n’ai pas vécu, je l’espère, les maladies radio-induites. De fait, de ma génération, nous sommes dans une continuité de ce discours-là, mais le fil rouge reste le même cest-à-dire conduire notre pays un jour, dans ce processus-là pour que les Polynésien(ne)s puissent décider »

    Steve Chailloux, député de Polynésie.

    Dans tous les cas après l’échec du référendum de 2021, il n’y aura pas de nouveau scrutin sur le thème de l’indépendance avant 15 à 20 ans.

  • Pannes diplomatiques

    Pannes diplomatiques

    Tous les sites web dédiés aux publics des ambassades, consulats et représentations françaises, y compris celui de l’Assemblée des Français de l’étranger, sont tombés en panne, il y a quelques jours. Au bout de quelques heures, le ministère a fait savoir qu’un serveur avait provoqué cette défaillance mondiale. Libre à chacun de croire qu’il n’y avait pas de système de secours alternatif. Si le gouvernement veut croire à cette explication, son affaire devrait être alors de rechercher les responsabilités d’une telle incurie. Sinon, il doit – et je crois que c’est ce qu’il fait- renforcer son arsenal dans la cyberguerre qui a déjà commencé. 

    Comme les nouvelles formes de guerre n’effacent pas les anciennes, l’opération Orion, qui a réuni 12000 hommes, dont 17000 étrangers sous commandement français, mimait un « entraînement virtuel à la guerre de haute intensité ». Originalité : si deux divisions sont engagées dans Orion, l’une est virtuelle ; il s’agit de tester les capacités de commandement, de liaison, de coordination. Belges, Allemands, Espagnols sont physiquement présents, Britanniques et Américains ne le sont que virtuellement.

    Aux opérations de terrain, la guerre moderne anticipe le cyber, l’espace, l’information. Anticipe-t-elle aussi une panne mondiale de tous les postes diplomatiques ? 

    Il n’y a pas si longtemps, la diplomatie française était reconnue pour son excellence. L’influence de la France, par son action diplomatique, sa capacité d’intervention militaire, son réseau culturel, était disproportionnée par rapport à son poids démographique et économique. Est-ce que cela était utile à la France ? Sans doute. A L’Europe ? Certainement. Au monde ? Incontestablement, car les positions françaises étaient équilibrées, défendaient les principes de liberté et de dignité.

    « C’est normal. Vous êtes la France » 

    Après un coup d’Etat au Honduras, jeune ambassadeur, j’avais été choisi par le pouvoir comme par l’opposition, et par mes collègues, pour négocier un retour à la démocratie. Celui avec lequel je négociais me disait, dans un excellent français : « C’est normal. Vous êtes la France : supériorité du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. Droits de l’Homme ». J’ai même été appelé à haranguer officiers et soldats dans les casernes : la voix de la France. Dans la banlieue, une école créée par un médecin, en terre cuite, s’appelait « República francesa ». Personne n’y parlait français, mais ils avaient appris la Marseillaise. Les Lycées français se multiplient dans le monde. La langue française gagne, naturellement, et pas à cause de cette organisation malade qu’est devenue l’OIF. Les principes vantés par la France, quoi que fassent les thuriféraires post fascistes ou post communistes des régimes autocratiques, progressent dans la conscience universelle. L’armée française entend aussi regagner en puissance. Pourtant l’influence française recule. 

    On ne peut pas tendre la sébile et tenir le haut du pavé. L’économie française est atone. La dette publique, 700 milliards de plus qu’il y a cinq ans, nous fait passer du côté des pays fragiles. Sans l’Allemagne et la BCE, la France serait soumise à une cure d’austérité gravissime. Et à une crise sociale. La BCE, en rachetant les titres de dette des États entre 2015 et 2021, a permis à la France d’économiser une centaine de milliards d’euros ces dernières années.

    On devrait manifester contre les fauteurs de dette   

    L’agence de notation internationale Fitch a abaissé la note française. La signature de la France s’affaisse. Les taux d’intérêt sont montés à 3%, ce qui provoque mécaniquement une augmentation du remboursement de 17 milliards par an. Bien plus que l’économie faite par la réforme des retraites. On devrait manifester contre les fauteurs de dette ! Si l’on veut « combattre la finance internationale », comme le disait Hollande, alors il faut un budget en équilibre. L’inconséquence du « toujours plus de dépenses » n’a comme parallèle que l’inconséquence des « souverainistes » qui prétendent qu’une France isolée de ses alliés serait plus forte. Pas de puissance ni d’influence sans finance. Demandez à Athènes, Elisabeth d’Angleterre, Richelieu.

    A l’impasse budgétaire, s’ajoute l’impasse diplomatique  

    Mais il n’y a pas que la dégradation financière, économique. A l’impasse budgétaire, s’ajoute l’impasse diplomatique. Pour l’Europe, l’ambition présidentielle était affirmée dans le discours de la Sorbonne. Aujourd’hui, le bilan européen est alarmant. L’autonomie stratégique, fortement revendiquée, suscite la méfiance alors qu’elle est une évidence. Les pays de l’est européen considèrent que la France n’est pas fiable. L’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni non plus. Même la Suisse. Mille maladresses ont saboté cette urgente nécessité. La récente sortie taïwanaise de Macron en est l’illustration, elle explique à quel point la « stratégie indopacifique » de la France est peu solide, malgré la mise en œuvre de manœuvres navales dans la Pacifique, malgré la présence régulière de la marine dans le détroit de Taïwan (la France est le seul pays européen à être présent en Asie, plus d’un million et demi de Français y vivent). Explique aussi pourquoi les Australiens préfèrent les Etats-Unis à la France ; pourquoi l’Inde, premier pays du monde par sa population, n’entend pas plus que le Brésil les arguments géopolitiques français sur la Russie ou l’Ukraine. Mais le Maroc ou la Tunisie écoutent-ils plus ?  

    Quant à la Chine, entre deux voyages présidentiels, le déficit commercial a été multiplié par deux, et la France est apparue manipulée dans les mains de l’Empereur du milieu. S’il se passe quoi que ce soit à Taïwan, « évidemment nous ne ferons rien », laisse entendre la France, pour reprendre la lamentable expression de Cheysson, ministre de Mitterrand, sans doute inspiré par son conseiller Puisais, agent du KGB, lors du Coup d’état en Pologne qui envoya Walesa en prison.

    Impasses en Europe, faux pas en Asie, retraites en Afrique, absences aussi au Moyen-Orient   

    Tout cela vient de loin : d’un manque de stratégie. Impasses en Europe, faux pas en Asie, retraites en Afrique. Absences aussi au Moyen-Orient, malgré la présence militaire : Liban, Syrie, Israël, Irak, ne sont plus que d’anciennes places fortes de l’influence française. Vendre des armes aux Emirats et en Arabie ne fait pas une politique étrangère, mais mène à une étrange politique, la France est aussi bien à l’écart des « Accords d’Abraham » que du virage saoudien vers la Chine et la réconciliation avec l’Iran. Quant à l’Amérique latine, elle reste en friche, ce qui, il est vrai, n’est pas nouveau, alors qu’elle est le continent le plus proche de la France par sa latinité, et par ses frontières : la plus grande frontière de la France est avec le Brésil, par la Guyane, gangrénée par le narcotrafic. Cela mérite de regarder l’Amérique latine autrement que selon le seul prisme de l’Amazonie. 

    Pourtant la France peut s’appuyer non seulement sur un réseau culturel, un soft power bien ancré, mais aussi sur une force militaire qui reste parmi les plus efficaces. On l’a vu lors de l’évacuation de 1000 personnes (dont 216 Français) du Soudan. Seules la France, le Royaume-Uni (et les États-Unis) patrouillent dans le détroit de Taïwan et affirment ainsi la liberté de navigation. 

    Jamais les dépenses militaires n’ont été aussi élevées dans le monde : 2240 milliards en 2022. + 13% en Europe, effets de la guerre d’Ukraine. La loi de programmation militaire devrait confirmer la capacité militaire de la France. Il n’y a pas de bonne diplomatie sans appui militaire. Mais aucune politique ne peut se définir seulement par la puissance, fixer les objectifs ne dépend pas des soldats. On l’a vu en Afrique.

    Il faut un « reset » au ministère des Affaires étrangères  

    Lors de l’évacuation de nos ressortissants du Soudan, les moyens opérationnels ont été à la hauteur. La cellule de crise du Quai a réagi promptement. Pourtant, les témoignages recueillis interrogent. Est-on vraiment préparé, dans les différents pays, consulats, ambassades, aux crises ? Les pannes de tous les sites informatiques de tous les consulats, toutes les ambassades, en même temps, révèlent plus que de la défaillance. Cela mérite une enquête. 

    Soudan
    Evacuation de Français et Européens du Soudan en avril 2023 ©AFP

    Il faut un « reset » au ministère des Affaires étrangères. La bonne volonté ne suffit pas. Un reset stratégique, un reset opérationnel. Voilà un beau défi qui pourrait mobiliser toutes les ressources du Quai, toutes ses intelligences et compétences. Encore faut-il le demander.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • La Méditerannée est un pays – le dernier mot de François Léotard pour lesfrancais.press

    La Méditerannée est un pays – le dernier mot de François Léotard pour lesfrancais.press

    François Léotard est mort. Sa célébrité politique n’était qu’une des facettes de sa personnalité. Il nous faisait l’amitié de nous offrir de temps en temps quelques unes de ses réflexions. Nous publions le texte sur la Méditerranée qu’il nous avait envoyé quelques jours avant sa disparition.


     Si l’on préfère la confrontation des ressentiments à l’intelligence on pourrait continuer à engager une guerre posthume avec la culture musulmane. Ce serait vain, ridicule et indigne. La Méditerranée, volcan de tous les imaginaires, restera à tout jamais un lieu de rayonnement de la pensée, de fructification des civilisations. On y trouve les dieux et les monstres, les femmes et les guerriers, les danseurs et les rois, les paysans et les marins qui, pendant des millénaires ont inventé avant nous : Œdipe, le Minotaure, Cassandre, Achille, Éros et Dionysos, Icare et Adonaï, la beauté d’Hélène et… la bibliothèque d’Alexandrie.

    Une histoire universelle

    Elle n’est pas plus une mer arabe, grecque ou juive, qu’elle n’est européenne, chrétienne ou latine : elle est tout cela et bien plus que cela. Un Irlandais génial a écrit Ulysse, un Français pédagogue a raconté les aventures de Télémaque, un Grec a inventé le théorème de Pythagore, un Arabe y a écrit le manuel de base pour l’enseignement de la médecine, un Britannique nous a parlé du Caire, de la Crète et des citrons acides, de Justine, un Florentin de l’enfer et un Espagnol d’un « Nouveau Monde ». Il faut avoir le courage d’accepter comme cadeaux ce qui, bien avant nous, fut préislamique et préchrétien pour mettre à leurs places nos querelles pétrolières ou religieuses… La Méditerranée n’a qu’un géniteur : l’histoire universelle du langage. Pour nous c’est avec l’alpha, la première lettre, que commence le récit des cornes de taureau et l’enlèvement de la princesse Europe, la petite Phénicienne que Zeus emmène vers l’Ouest. Ici, le brassage des cultures n’est pas un fardeau mais une chance. Ici, l’on ne fait la guerre que contre soi-même. Car la Méditerranée est un pays.

    Lieu de rencontres et de réflexions à Marseille , la Villa Méditerranée propose de nombreuses expositions, autour de la culture méditerranéenne.

    Accepter toutes les identités

    Un pays qui ne doit son identité singulière qu’à la volonté d’accepter toutes les identités qui la composent. Ici, l’on a voulu traverser la nuit du monde. Si la Méditerranée n’est plus la « Mare Nostrum » des Latins, elle appartient depuis toujours à l’aventure humaine de l’écriture. Malgré les Traités, les conflits, les haines et les massacres, elle est « notre mère », le lieu d’élection des trois grandes religions monothéistes, tout comme le point de rencontre, la cristallisation, de l’incroyance et du doute. Si Dieu y est né, il y est mort aussi… Bien sûr j’entends les murmures : vous êtes un rêveur, un obsédé du multiculturalisme. Mais oui ! Bien sûr. Quel est celui d’entre nous qui n’a pas dans son ADN une certaine allégresse : un peu de sang grec, arabe, ou juif ? Accompagnons Albert Camus à Tipasa : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure… » Inutile de dire que, quelque part, en Corse, nous avons pensé cela ! 

  • À mon frère qui n’est pas mort

    À mon frère qui n’est pas mort

    François Léotard est mort. Sa célébrité politique n’était qu’une des facettes de sa personnalité. Il nous faisait l’amitié de nous offrir de temps en temps quelques unes de ses réflexions. Lesfrancais.press publie l’hommage de son ami corse Constant Sbraggia, écrivain, éditeur et journaliste.


    C’est un exercice extrêmement difficile que de faire l’éloge d’un ami disparu. On est d’abord submergé de souvenirs, et de sentiments divers ; et puis on fouille sa mémoire, à la recherche de ce qui est resté au fond de nous. Là il convient de chasser la mélancolie. Rien ne doit être regardé fixement. Il faut regarder comme on regarde l’horizon : libre, sans savoir où l’on va. 

    Ajaccio

                   Un beau jour, au hasard de nos déambulations ajacciennes, je lui demandai pourquoi il ne s’était pas présenté à la présidence de la République, m’efforçant en vain de ne pas laisser paraître le reproche que dissimulait ma question. Il me répondra tout en marchant d’un bon pas qu’il « ne s’était jamais senti prêt à franchir ce palier ». Sur le moment je ne le crus qu’à moitié, autrement dit pas du tout, j’avais tort. Me reviennent ces trous dans l’existence dont il était coutumier, il les creusait en secret pour mieux renoncer à tout rapport extérieur. Ses absences nous étaient familières, nous en connaissions la teneur. François était en butte à des demandes métaphysiques qui le taraudaient au point de le détacher du commun. Ne s’était-il pas retiré tout une année au couvent bénédictin de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire à sa sortie de l’ENA ? « Léo » est entré en politique à la demande expresse de sa mère qui, m’a-t-il dit, lors des obsèques de son père lui glissa ces mots définitifs : « François tu ne peux pas laisser faire ça » (André Léotard, conseiller de la Cour des comptes et maire de Fréjus de 1959 à 1971 avait été fortement critiqué lors de la rupture du barrage de Malpasset en 1959 et avait perdu les élections municipales qui suivirent). De ce jour il sera le héros de son propre roman, appelé à changer comme dans tout bon roman quitte à être à la fin le même qu’au début (la formule, étincelante, est de Charles Dantzig). Sa grandeur d’âme, sa puissance intellectuelle, sa culture – son champ fertile – et bien sûr son patriotisme le conduiront aux sommets. Mais les cimes politiques ne lui donneront pas d’ivresse. La littérature sera son pont d’Arcole, il se meut en héros stendhalien : son grand idéalisme produit un décalage énorme entre sa personne et la société qu’il jugera bientôt « de plus en plus liberticide », et donc insupportable. De là son panache.

    François Léotard à Ajaccio ©Corse-Matin

    L’écriture chevillée au corps

                   François ne me disait que rarement « comment vas-tu ? » son inquiétude pour moi – et d’autres sans doute – était ailleurs, se confondait j’en suis convaincu avec ce « est-ce que tu écris ? » qui ouvrait invariablement nos échanges téléphoniques. Il affectionnait des lectures difficiles comme Ulysse de Joyce et l’écriture très épurée, fluide de Milan Kundera. Souvent il citait René Char, une impudeur tant il donnait chaque fois l’impression de se recueillir à voix haute : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». 

                   Le plus bel hommage que je puisse lui rendre, c’est-à-dire au plus près de sa vérité, nous projette dans les pages solaires de cet essai qu’il proclamera À mon frère qui n’est pas mort, son acte littéraire absolu – ce livre est un éblouissement. « À Fréjus, il y avait la plage sur laquelle, pendant longtemps tu as régné. Dans ma mémoire, cette plage des années cinquante est encore à peu près déserte. Notre peau était encore plus méditerranéenne que la mer. Elle brunissait au fil de l’été, le sable s’accrochait aux cheveux, nos sexes étaient salés et les filles s’allongeaient comme des royaumes. » C’est sa présence-absence qui danse dans les vagues sous ces soleils révolus.

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