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  • Niger : les Français de l’étranger rapatriés dans le calme

    Niger : les Français de l’étranger rapatriés dans le calme

    Depuis la destitution du président Mohamed Bazoum par sa garde présidentielle le 26 juillet dernier, la situation politique est explosive au Niger. Dans ce contexte, le Quai d’Orsay a organisé l’évacuation de quelque 600 Français installés dans ce pays du Sahel, qui ont émis le souhait de partir. Nous recevons pour faire le point sur la situation des Français du Niger, Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour le Niger et les pays de la circonscription, et Sophie Lassan, présidente de la section Niger de l’Association Démocratique des Français de l’étranger (ADFE) – Français du Monde.

    Ecoutez le podcast avec Baptiste Heintz et Sophie Lassan

    Un point sur la situation des Français

    Sur les 1 200 Français enregistrés sur les listes consulaires au Niger, environ 600 d’entre eux ont émis le souhait de rentrer en France. En cette période estivale, de nombreuses familles étaient en France pour les vacances, parmi ces derniers, l’Ambassadeur de France, Sylvain Itté, qui fait aussi office de Consul.

    Pour évacuer nos compatriotes, le Quai d’Orsay a prévu quatre avions. Pour l’heure, plusieurs avions se sont posés à Paris. Le premier appareil a atterri mardi soir à Roissy avec « 262 personnes, dont une douzaine de bébés », a indiqué à l’AFP la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna. Dans la nuit de mardi à mercredi, un deuxième avion s’est posé sur le sol français avec « 234 personnes à son bord », selon une source aéroportuaire.

    Une propagande anti-française ?

    Pour commencer, nous avons interrogé nos invités sur les causes de cette animosité contre les Français. Tout d’abord, Sophie Lassan tient à préciser que plus que les Français c’est la politique française dans la région qui est remise en cause.

    Sophie Lassan

    « A aucun moment, les Français du Niger ne se sont sentis en insécurité »

    Sophie Lassan, présidente de la section Niger de l’Association Démocratique des Français de l’étranger (ADFE) – Français du Monde

    Une politique qui prend racine dans la lutte contre les activistes islamistes dans la région et pour laquelle les autorités françaises ont soutenu le président Mohamed Bazoum. L’échec de cette politique aurait nourri les ambitions des putschistes. Un phénomène qui risque de renforcer l’emprise des djihadistes et à terme déstabiliser la région et avoir des conséquences en Europe.

    « La tension n’est plus portée sur ce point et que les militaires désirent faire de la politique au lieu de défendre leur pays, cela risque de faire des trous dans la raquette. »

    Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour le Niger et les pays de la circonscription (Divers gauche)

    Une évacuation avant une riposte armée ?

    Pour de nombreux observateurs, si la France a décidé d’évacuer les Occidentaux, c’est parce que la CEDEAO s’apprêterait à réagir militairement au coup d’Etat avec le soutien des pays occidentaux. L’organisation régionale ouest africaine ayant donné jusqu’à dimanche à la junte pour rétablir Mohamed Bazoum dans ses fonctions.

    Une possibilité que Sophie Lassan et Baptiste Heintz ne désirent pas voir se réaliser.

    « Personne ne souhaite qu’un problème ne soit résolu par les armes ! (…) Après, quand il y a un coup d’Etat, on ne peut pas laisser passer ça comme ça.« 

    Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour le Niger et les pays de la circonscription (Divers gauche)

    Un rapatriement dans le calme

    Les opérations ont commencé hier. Les élus avaient été prévenus par Olivier Becht, le ministre des Français de l’étranger, en temps réel. Aussi, France Horizon, une association créée en avril 1940, gestionnaire d’établissements sociaux, médico-sociaux et de crèches multi-accueil, a été mobilisée pour prendre en charge nos compatriotes qui n’avaient plus d’attaches en France.

    En quelques heures, plusieurs avions ont pu évacuer les ressortissants des pays européens. Le calme a régné, aucune panique ou mouvement de foule n’ont été signalés. Le savoir-faire des troupes françaises est à saluer pour sa réactivité et sa maîtrise du terrain. Notons que l’armée française a pu bénéficier de la préparation de nos compatriotes grâce au dispositif des îlotiers. L’occasion de rappeler l’importance de s’inscrire au registre consulaire afin que les expatriés soient bien intégrés aux dispositions anticipées pour ce type de situation.

    « Depuis hier, il y a eu au moins 3 vols qui sont arrivés. Nous sommes sur les derniers départs »

    Sophie Lassan, présidente de la section Niger de l’Association Démocratique des Français de l’étranger (ADFE) – Français du Monde

    A l’arrivée en France, la Croix-Rouge comme France Horizon ont pu s’occuper des Français qui n’avaient pas prévu de rentrer, et encore moins aussi précipitamment. Ils sont aussi nombreux à avoir fait le choix de rester.

    Un départ non définitif

    Pour nos compatriotes rentrés en France, l’espoir réside dans un retour à la normale dans les meilleurs délais. Ils sont peu à penser que ce départ est définitif.

    « Pour le moment, les gens ne sont pas partis définitivement. Ils n’ont pris qu’une petite valise. Et sur les réseaux sociaux, tout le monde pense au retour.« 

    Sophie Lassan, présidente de la section Niger de l’Association Démocratique des Français de l’étranger (ADFE) – Français du Monde

    Sophie Lassan, qui est enseignante au sein de l’établissement français de Niamey, indique qu’à ce jour l’AEFE n’a pas prévu d’annuler la rentrée scolaire. Tout va dépendre de l’évolution de la situation dans les prochains jours.

    La présence française

    Si certains fonctionnaires ont été évacués ou que d’autres sont en vacances en France, et donc dans l’impossibilité de retourner à leur poste, la présence française est maintenue, même en mode dégradé.

    Comme nous le rappellent nos invités, l’heure est à la sécurisation de l’enceinte diplomatique et à l’attente des réactions des acteurs politiques et militaires nigériens.

    Baptiste Heintz

    « On espère tous qu’au final la situation s’apaise (…) et que ça ne sera qu’une parenthèse par prudence et qu’un retour à la normale se fera avant la rentrée« 

    Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour le Niger et les pays de la circonscription (Divers gauche)

    La sécurité de notre armée

    On finit en s’interrogeant sur la situation de nos militaires sur place. Les 1500 soldats sont sur place pour lutter contre les djihadistes et non pour lutter contre les putschistes. Mais l’uniforme est un symbole fort, et nos invités espèrent que ces derniers ne seront pas attaqués.

  • La situation au Niger : analyse du député Bruno Fuchs

    La situation au Niger : analyse du député Bruno Fuchs

    Le député français a effectué plusieurs visites au Niger ces derniers mois où il a rencontré le Président Bazoum. Il revient sur la situation à Niamey quelques jours après le putsch qui a renversé le pouvoir en place.

    « Si on ne remet pas très vite les institutions en ordre et le président Bazoum, c’est un signe très important. Par effet domino on va voir d’autres situations... »

    Bruno Fuchs, délégué général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

    Bruno Fuchs, invité du journal international de TV5monde

  • Niger : une intervention militaire est-elle possible ?

    Niger : une intervention militaire est-elle possible ?

    Premières sanctions contre le Niger après le coup d’état militaire, le Nigéria a stoppé son approvisionnement en électricité dans le pays. La CEDEAO est à Niamey pour négocier avec la junte. Pascal Airault nous explique ce qui peut découler de ces négociations.

    Regardez l’intervention de Pascal Airault

  • Niger : « La France est inaudible au Sahel ! »

    Niger : « La France est inaudible au Sahel ! »

    Au Niger, alors qu’un rassemblement soutenant le coup d’Etat militaire a ciblé l’ambassade française à Niamey, Paris brandit la menace d’une réplique « immédiate » et « intraitable ». Mais selon Ousmane Ndiaye, « la France est inaudible au Sahel »…

    Regardez l’analyse de la rédaction de TV5MONDE

    Abdourahamane Tiani

    Le chef de la Garde présidentielle nigérienne, Abdourahamane Tiani, a pris la parole à la télévision nationale, vendredi 28 juillet, pour annoncer qu’il allait dorénavant diriger le pays et qu’il était le « nouvel homme fort », destituant de fait le président Mohamed Bazoum. Depuis le début du coup d’Etat, le chef de l’Etat élu en 2021 est en effet retenu captif avec sa famille au sein de la résidence présidentielle à Niamey, la capitale du Niger.

    Agé de 59 ans, le général Tiani est décrit comme un homme de l’ombre, puissant, à poigne, mais qui ne fait pas l’unanimité. « On ne le connaît pas beaucoup en dehors des milieux militaires, il n’a pas de présence publique affichée », décrit Ibrahim Yahaya Ibrahim, chercheur pour l’ONG International Crisis Group, interrogé par l’AFP.

    Manifestants devant l’ambassade de France ce 30 juillet 2023 © AFP/AP/SIPA

    La France ciblée

    La France, ex-puissance coloniale au Niger et soutien indéfectible du président Bazoum, apparaît comme la cible privilégiée des militaires ayant pris le pouvoir. « Dans sa ligne de conduite, allant dans le sens de la recherche des voies et moyens pour intervenir militairement au Niger, la France, avec la complicité de certains Nigériens, a tenu une réunion à l’état-major de la garde nationale du Niger, pour obtenir des autorisations politiques et militaires nécessaires » afin de rétablir le président élu, Mohamed Bazoum, dit un communiqué de la junte. Les putschistes ont, par ailleurs, accusé la France d’avoir tiré du gaz lacrymogène lors des manifestations de soutien à la junte devant l’ambassade de France.

    Le président français, Emmanuel Macron, avait menacé dimanche de répliquer « de manière immédiate et intraitable » à toute attaque contre les ressortissants de la France et ses intérêts au Niger, tandis que le Quai d’Orsay rappelait « les obligations qui incombent à tous en matière de protection des entreprises et personnels diplomatiques, ainsi que des résidents étrangers ».

    Ce lundi 31 juillet, les militaires nigériens qui ont renversé le président élu, Mohamed Bazoum, ont accusé la France de « vouloir intervenir militairement », au lendemain d’un sommet des voisins ouest-africains du Niger menaçant d’utiliser la « force » s’il n’était pas rétabli dans ses fonctions d’ici à dimanche.

    Les pressions sur les putschistes qui ont pris le pouvoir le 26 juillet, afin qu’ils rétablissent « l’ordre constitutionnel », sont de plus en plus fortes, venant de l’ensemble des partenaires occidentaux et africains du Niger, pays essentiel dans la lutte contre les groupes djihadistes qui ravagent les pays du Sahel depuis des années. La France et les Etats-Unis y déploient respectivement 1 500 et 1 100 soldats, qui participent à la lutte contre les djihadistes.

  • Baptiste Heintz, élu AFE pour le Niger témoigne

    Baptiste Heintz, élu AFE pour le Niger témoigne

    La crise se poursuit au Niger. Cinq jours après le coup d’Etat dans le pays, la pression s’accentue sur le nouvel homme fort proclamé du pays, le général Tiani. Tandis que la situation des Français installés sur place pourrait sembler de plus en plus complexe, nous avons interviewé Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription dont fait partie le Niger.

    Ecoutez le podcast avec Baptiste Heintz

    Les Français sur place alertés et finalement évacués

    Les 500 à 600 ressortissants français actuellement présents au Niger « ont été tous contactés, des mesures de précaution sont prises » et « elles seront renforcées si c’était nécessaire, mais il n’y a pas de décision d’évacuation au moment où je vous parle », a déclaré Catherine Colonna, la ministre des Affaires étrangères. Une décision qui peut se comprendre car comme nous le déclare Baptiste Heintz le sentiment anti-français est soudain et semble téléguidé.

    « En échangeant avec les Français sur place, on constate qu’il n’y avait pas de réel sentiment anti-français avant, ni même maintenant, dans la population civile. Les Français comme les bi-nationaux ne se sentent pas en danger »

    Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (Divers Gauche)

    Concernant le quotidien, pour l’instant, si des difficultés d’approvisionnement ou d’accès aux devises (le pays a été mis sous blocus financier) peuvent gêner les Français, ce n’est pas encore une priorité. Avant tout, comme nous le rappelle Baptiste Heintz, c’est d’identifier les Français sur place, beaucoup sont en vacances en France et en particulier les familles, et de les localiser. Car finalement ce mardi 01 août, le ministère des Affaires étrangères a annoncé lancer la procédure d’évacuation de nos ressortissants et des Européennes dès ce jour. Pour cela, le dispositif d’îlotiers a été activé, dans le calme. Ces derniers vont regrouper par secteur les Français présents sur place. Ils sont, donc, chargés, en concertation avec l’ambassade et nos forces militaires, de les accompagner aux points d’évacuations prévus dans le plan.

    Au niveau économique, les entreprises restent dans l’expectative dans l’attente des événements, c’est aussi le cas de l’AEFE qui n’a pour l’instant pas annulé la rentrée.

    Baptiste Heintz à un Forum sur la jeunesse africaine en 2022

    Manifestation devant l’ambassade de France

    Des milliers de manifestants pro-putschistes se sont réunis ce dimanche devant l’ambassade de France à Niamey, avant d’être dispersés par des grenades lacrymogènes. Certains ont voulu entrer dans le bâtiment, d’autres ont arraché la plaque affichant « Ambassade de France au Niger », avant de la piétiner sur le goudron et de la remplacer par des drapeaux russe et nigérien.

    « L’ambassade de France a été ciblée sur le modèle de ce qu’on a vu dans les pays voisins ces dernières années, avec manifestations où surgissent des slogans pro-russes. Des éléments qui font penser que celles-ci sont téléguidées »

    Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (Divers Gauche)
    Niger
    Manifestations devant l’ambassade de France à Niger ce dimanche 30 juillet ©AFP/AP/SIPA

    Coopération militaire

    L’avenir de la coopération militaire franco-nigérienne semble aujourd’hui hautement incertain. Or, avec 1.500 militaires sur place, le Niger constituait jusqu’ici le pivot du dispositif antijihadiste français au Sahel, depuis le départ contraint des militaires tricolores du Mali à l’été 2022.

    Réactions internationales virulentes

    Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis ce dimanche à Abuja, ont donné un ultimatum d’une semaine pour rétablir l’ordre constitutionnel. De son côté, la France a menacé dimanche de répliquer « de manière immédiate et intraitable » à toute attaque contre nos ressortissants après une manifestation ayant ciblé notre ambassade.

    « Le discours du Président de la République participe à un discours global de mise sous pression (…) des autorités nigériennes. (…) Il y a un ordre international »

    Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (Divers Gauche)

    Le président élu toujours retenu prisonnier

    Le président déchu Mohamed Bazoum, élu en 2021, est séquestré depuis le 26 juillet dans sa résidence privée au palais présidentiel par sa garde rapprochée, dont le chef, le général Abdourahamane Tiani. Ce dernier s’est présenté vendredi à la télévision publique comme « président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie », après un coup d’Etat qu’il a justifié par « la dégradation de la situation sécuritaire » dans le pays.

    Baptiste Heintz avec M. Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre d’Etat en Côte d’Ivoire, à Bondoukou (sa région, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire) à l’occasion d’une cérémonie de célébration des anciens combattants africains de l’armée française
  • Les lois de l’économie sont éternelles !

    Les lois de l’économie sont éternelles !

    « Pourquoi Dieu a-t-il inventé les prévisionnistes ? C’est pour que les pythies et les devins se sentent moins seuls dans l’erreur ». L’économie a beau être auscultée, modélisée et bardée d’indicateurs, elle surprend toujours. La multitude d’interactions rationnelles ou irrationnelles rend complexe leur réduction à une somme d’équations mathématiques. 

    Nul ou peu nombreux étaient ceux à avoir imaginé une décrue rapide du chômage après la crise sanitaire. La croissance du PIB de la France, au deuxième trimestre, de +0,5 % quand +0,1 % était attendu, tout comme la résilience de l’économie américaine sont des deux autres illustrations récentes de l’art difficile de la prévision. 

    Pour autant, ces résultats ne sont pas aussi extraordinaires qu’ils n’y paraissent. Le maintien du déficit élevé et le commerce extérieur les expliquent. La France qui a la tentation du protectionnisme chevillée au corps conserve un filet de croissance grâce, comble de l’ironie, à ses exportations. La vente à l’étranger de bateaux, d’avions, de produits de luxe, ainsi que le retour des touristes étrangers contribuent à la croissance du pays. En France, plus d’un salarié sur quatre travaillent pour l’exportation et bien plus en prenant en compte l’activité touristique.

    Commerce extérieur et investissements restent des moteurs essentiels de la croissance 

    Les Etats-Unis enregistrent une forte expansion grâce aux investissements portés par les aides publiques visant à favoriser la transition énergétique. La première puissance économique mondiale bénéficie également des recettes en hausse des exportations de gaz liquéfié à destination de l’Europe. Commerce extérieur, investissements, restent des moteurs essentiels de la croissance. L’utopie de l’autarcie, même drapée aux couleurs de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, que certains caressent, serait suicidaire. Les échanges extérieurs génèrent des gains de productivité et favorisent ainsi le développement économique. Si, en théorie, le principe des circuits courts est séduisant, il peut être contre productif tant pour la croissance que pour la protection de l’environnement. 

    Interdire ou réduire les importations c’est diminuer le pouvoir d’achat des populations 

    Interdire ou réduire les importations en provenance de pays lointains suppose de faire de même avec les exportations vers ces mêmes pays. C’est priver des agriculteurs, des industriels des pays émergents et en développement, de recettes non négligeables qui pourraient leur permettre de décarboner leurs activités et qu’ils ne retrouveront pas sur leur marché intérieur. C’est diminuer le pouvoir d’achat des populations tant des pays exportateurs que des pays importateurs. 

    © https://fr.depositphotos.com/

    Dans l’histoire économique, les expériences d’autarcie ne manquent pas et se sont toujours mal terminées. La limitation du réchauffement climatique suppose que tous les États mènent le combat. Or, aujourd’hui, les pays émergents sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, en partie parce que les Occidentaux ne souhaitent plus avoir sur leur territoire d’usines polluantes. En revanche, ces pays, à juste titre, estiment ne pas être responsables des émissions des siècles précédents. Ils ne veulent pas payer une facture qui, à leurs yeux, est due aux comportements passés des pays dits avancés. Or, malgré les promesses répétées depuis les Accords de Paris sur le climat de 2015, les mesures de soutien des pays de l’OCDE se font attendre pour aider les pays émergents et en développement à décarboner leur économie. 

    À défaut d’aider ces pays, les États membres de l’OCDE subventionnent leur économie en favorisant la réalisation d’investissements visant à accélérer la transition énergétique. Une grande partie de la croissance américaine du deuxième trimestre et une partie de celle de la France sont le produit des subventions accordées aux entreprises.

    Gaspillage et effets d’aubaine 

    Les accusations de protectionnisme émises de part et d’autre de l’Atlantique pourraient être adressées à l’ensemble de la communauté internationale. La réindustrialisation des pays occidentaux est souhaitable mais elle ne doit pas se transformer en une chasse effrénée de la part des entreprises aux aides car celle-ci risque de provoquer gaspillage et effets d’aubaine. Elle pénalise les pays émergents en faussant les règles de libre concurrence. La Commission européenne comme l’Organisation mondiale du commerce semblent dépassées par la surenchère d’aides en cours. 

    Que ce soit aux États-Unis ou en France, la croissance se maintient de manière artificielle par la simple application de mesures d’inspiration keynésienne. Le montant des déficits publics est maintenu à des niveaux élevés pour soutenir la consommation et l’investissement. La dette publique poursuit sa marche en avant défiant la hausse des taux d’intérêt. Or, la dette, comme les actions en bourse, ne peut pas monter jusqu’au ciel sans provoquer de cataclysme. De l’Empire Romain à la Grèce en 2011 en passant par la France de 1797, toute perte de contrôle de la dette entraîne des corrections brutales. 

    La fuite en avant est aujourd’hui de mise, l’espoir des prévisionnistes étant que la croissance permettra de rétablir un jour ou l’autre les comptes. En la matière, nul mieux que Milan Kundera résume, grâce à son ironie et son sens de l’analyse, la situation : « Toutes les prévisions se trompent, c’est l’une des rares certitudes qui a été donnée à l’homme. Mais si elles se trompent, elles disent vrai sur ceux qui les énoncent, non pas sur leur avenir, mais sur leur temps présent ». 

  • La croissance française surprend en faisant mieux que prévu au deuxième trimestre

    La croissance française surprend en faisant mieux que prévu au deuxième trimestre

    La croissance française a fait bien mieux que prévu au deuxième trimestre grâce à des exportations dynamiques, mais cette embellie inattendue risque de tourner court, selon des économistes, dans un environnement marqué par une remontée des taux d’intérêt qui réfrène l’activité.

    Après une progression de 0,1 % (révisée en baisse) au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a fait un bond de 0,5 % entre avril et juin, a indiqué vendredi l’Institut national de la statistique (Insee), qui tablait sur une faible hausse de 0,1 %.

    Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a salué une « performance remarquable ». « Pour la première fois, la croissance française est tirée beaucoup plus par les exportations que par la consommation », a-t-il avancé sur RTL. « Cela engage un cercle vertueux où c’est la production qui finance notre modèle social et la redistribution », a ajouté le ministre qui se fait régulièrement le porte-voix de la réindustrialisation en France.

    Cette embellie printanière repose sur la bonne tenue des exportations (+ 2,6 %), surtout des matériels de transport, alors que les importations rebondissent moins fortement (+ 0,4 %).

    Outre le commerce extérieur, la croissance trimestrielle a aussi bénéficié du dynamisme de l’industrie manufacturière, des services marchands et de la production d’énergie, soutenue par la réouverture de centrales nucléaires.

    « Cette forte progression est un peu en trompe-l’œil », a toutefois relativisé Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, citant des « effets d’une normalisation » dans le nucléaire ou « exceptionnels » comme la livraison d’un paquebot.

    Après une progression de 0,1 % (révisée en baisse) au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a fait un bond de 0,5 % entre avril et juin, a indiqué vendredi l’Institut national de la statistique (Insee). [Ronnie Chua / Shutterstock]

    Pas de récession

    Pour les trimestres suivants, « il y a encore du potentiel de rattrapage dans les matériels de transport », qui avaient souffert de la perturbation des chaînes d’approvisionnement post-Covid. « Mais à part ça, il n’y a pas beaucoup d’éléments pour se réjouir », a-t-il ajouté auprès de l’AFP.

    Ainsi, la consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance, a fléchi de 0,4 % au deuxième trimestre, avec un repli marqué (- 2,7 %) dans l’alimentaire, toujours affecté par une inflation à deux chiffres malgré une détente sur ce front.

    Après avoir passé son pic, l’inflation a continué à décélérer en juillet, atteignant 4,3 % sur un an après plus de 6 % en début d’année, mais elle s’élevait toujours à 12,6 % pour les produits alimentaires.

    « L’économie française est sur la voie d’une sortie progressive de l’inflation, sans récession », a souligné dans une déclaration le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

    Si la consommation des ménages risque de continuer à souffrir ces prochains mois, l’accalmie de l’inflation ainsi que le rattrapage des salaires devraient leur permettre de regagner progressivement du pouvoir d’achat, avec à la clé un rebond attendu de la consommation vers la fin d’année.

    En revanche, dans le même temps, le durcissement des conditions financières devrait fortement peser sur la demande, selon les économistes.

    Déjà, le crédit se tarit en raison de la hausse des taux d’intérêt opérée à marche forcée par la Banque centrale européenne (BCE) pour tenter de juguler l’inflation et la ramener vers 2 % à l’horizon 2025.

    Au deuxième trimestre, les investissements des ménages ont ainsi reculé de 1,6 %, pénalisant en premier lieu la construction.

    « Cela risque d’être un segment d’activité qui va continuer à souffrir dans les trimestres à venir », a prédit Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès, tandis que les exportations pâtiraient de la conjoncture morose chez les partenaires commerciaux de la France, comme l’Allemagne.

    Pour l’économiste, la croissance serait « au mieux poussive » durant l’été.

    M. Villeroy de Galhau a justifié le resserrement monétaire, dont un nouveau relèvement la veille du taux de référence à 3,7 %, au plus haut depuis le printemps 2001, en raison de « la persistance d’une inflation sous-jacente encore trop élevée », à savoir hors éléments volatils comme l’énergie.

    Alors que la BCE a ouvert la porte à une possible pause à l’avenir, « la persévérance est maintenant la première vertu clé », a-t-il ajouté.

    La volonté de l’exécutif de rétablir des finances publiques minées par les crises en déployant une politique budgétaire plus restrictive – avec notamment la réduction du bouclier tarifaire – devrait peser.

    Pour l’ensemble de 2023, l’Insee table sur un net coup de frein de l’activité, avec une hausse de 0,6 %, loin des 2,5 % de 2022.

    Le gouvernement est jusqu’à présent plus optimiste, misant sur une croissance de 1 %, un chiffre qui semble « atteignable » selon le chef économiste d’Ostrum Asset Management, Phillipe Waechter, sur Twitter, rebaptisé « X ».

  • A la question allemande, réponses françaises

    A la question allemande, réponses françaises

    « Deutschland über alles » ? (L’Allemagne par-dessous tout ?)
    Dès 1954, la RFA a retiré ces paroles de son hymne national, qui commence désormais par : « Unité, Justice et Liberté », triptyque qui pourrait s’appliquer à l’Europe. Pourtant, l’Allemagne devient peu à peu « über alles » (au-dessus de tous) en Europe, d’où la question allemande.

    Olaf Scholz avait parlé, dès août 2022, du devoir de l’Allemagne de faire face à ses responsabilités, avec une véritable « weltanschauung » (vision du monde). Vision allemande ou européenne ? L’Allemagne décide sans consulter ses partenaires, à commencer par le plus proche : la France. 

    Sortie du nucléaire, ouverture des frontières aux migrants syriens, augmentation du budget militaire de 100 milliards d’euros, création d’un bouclier anti-missile, plan de soutien à l’économie allemande de 200 milliards, toutes décisions unilatérales sur l’énergie, la défense, l’immigration, l’économie, questions communes à l’Europe. 

    Aujourd’hui, le conflit franco-allemand sur le nucléaire tient moins à l’idéologie (les renouvelables face au nucléaire), qu’à la manne des subventions, à l’économie. L’industrie allemande s’inquièterait-elle des bas prix de l’énergie nucléaire, ce qui fut longtemps pour les Français un avantage ? Préfère-t-elle encore ses usines à charbon, sa dépendance hier au gaz russe, demain aux métaux rares chinois, au GNL américain ? Etrange, inquiétante attitude. 

    La première armée européenne sera la Bundeswehr.  

    L’Allemagne, par sa puissance économique, financière (sans l’Europe, la France tiendrait-elle ?), ses investissements en Europe de l’Est, est devenue le pivot de l’Europe. Elle est favorable à l’extension de l’UE à la Moldavie et aux pays des Balkans. L’extension de l’OTAN à la Suède et la Finlande, voire à l’Ukraine, en font la garante de l’ordre européen à l’est ; à condition de s’appuyer sur le lien transatlantique, et non sur une « autonomie stratégique » qu’elle n’entend que comme une ritournelle française. 

    La première armée européenne sera bientôt la Bundeswehr. Mais sans la puissance nucléaire. Elle agira en coopération étroite avec les Etats-Unis. Le Fonds spécial de Défense allemand, après une modification de la loi fondamentale, est hors budget. L’Allemagne financera 80 milliards d’équipements par an, c’est-à-dire plus du double de ce que prévoit la nouvelle loi de programmation militaire française, puisqu’elle ne supporte pas l’entretien de la dissuasion nucléaire, qu’elle n’a pas de marine, qui sont les atouts de la France.  

    ©AdobeStock

    Si l’Allemagne choisissait de constituer avec la France un pôle européen de défense, une industrie européenne, comme cela serait possible avec l’avion et le char du futur, alors on pourrait parler de continuité dans l’esprit du Traité de l’Elysée de 1963, qui constituait le « couple franco-allemand », socle de l’Europe. Les freins mis à cette coopération, les premiers achats allemands aux Américains ne confirment pas cette direction.

    Le problème allemand n’est que l’autre face du problème français.

    La démarche solitaire allemande a une cause : la faiblesse française. Tandis que la France est endettée à hauteur de 3000 milliards, que la dette atteint 112% du PIB, que le gouvernement cherche désespérément 10 milliards d’économies, le gouvernement allemand fait voter un budget avec une réduction de dépenses de 30 milliards, l’endettement de l’Allemagne est revenu à son niveau d’avant crise : 66% du PIB. L’Allemagne empruntera l’an prochain 16 milliards d’euros, la France 270. Le problème allemand n’est que l’autre face du problème français.

    Y a-t-il une politique alternative pour l’Europe à l’alliance franco-allemande ? Celle de l’Europe allemande, alliée aux Etats-Unis. La sécurité sera assurée, le commerce, les investissements, les relations avec la Chine aussi. La France y aura sa place, vieille cousine que l’on ne veut pas vexer. Evidemment, ce n’est pas l’Europe. Evidemment, dans un tel cadre, tout le monde pourrait venir, voire les Britanniques et le Canada. Évidemment, au bout d’un certain temps, ce sera une impasse. Les Etats européens se livreront à une surenchère des intérêts nationaux, hors de tout esprit européen, en échange de leur soumission. Les institutions européennes auront de plus en plus de mal à imposer leurs règles de droit. Cela dépendra du Chancelier (et du chéquier) allemands. 

    ©Dépositphotos

    Cette Europe-là ne correspondra plus à grand-chose. Elle ignorera, en grande partie, le monde. S’occupera de commerce, verra de loin l’Afrique, le Moyen Orient, le Pacifique, la Méditerranée, laissant toute gestion géopolitique aux États-Unis.

    Croire, quand on est tchèque, belge, italien, polonais, qu’il serait possible de faire l’Europe sans laisser à la France une place correspondant à son Histoire et à son influence, serait faire preuve d’ignorance et de naïveté. Quand le premier ministre polonais se plaint en disant qu’en Europe, il y a certains pays qui sont plus égaux que d’autres, c’est exact, et nécessaire : il ne faut pas craindre de l’avouer, de le revendiquer. Il faut un pilotage politique à l’Europe, il ne peut être que franco-allemand. 

    Le projet européen porte une ambition de civilisation, de création d’une forme politique nouvelle, agile, adaptable. Sans la France, à quoi cela peut-il correspondre ? L’Europe peut se passer du Royaume-Uni, et d’autres, elle ne peut se passer de la France, de son influence.

    Y a-t-il une politique alternative pour la France ?  

    Encore faut-il que la France ait une politique à partager. Encore faut-il que, comme tout grand pays, elle ait plusieurs options politiques pour elle-même. L’existence de politiques alternatives est un moyen de pression politique.

    Y a-t-il une politique alternative pour la France ? La France seule sera la 25ème puissance mondiale dans 25 ans. Elle fera partie, du point de vue technologique, scientifique, des pays récepteurs, qui bénéficieront des investissements et technologies extérieurs, sans les avoir créés. Elle paiera tribut aux entreprises étrangères, que ce soit pour l’IA, l’économie digitale ou autre. Sa puissance militaire sera émoussée, celle-ci dépendant d’investissements de plus en plus onéreux, de technologies étrangères.

    Les discours « souverainistes » sont au mieux illusoires, au pire pathétiques 

    Sans l’Europe, elle serait incapable de faire face à sa dette. Elle n’a pas le choix d’autres alliances, puisqu’elle a échoué à constituer un réseau d’alliés en Méditerranée, a perdu l’Afrique, perd son influence au Moyen-Orient, a boudé le Royaume-Uni, conserve autant d’atouts dans le Pacifique que de risques. Elle n’a pas d’alliés de rechange viable ni en Europe et hors d’Europe, à la mesure de l’Allemagne, ou… des États-Unis. Tous les discours « souverainistes » sont au mieux illusoires, au pire pathétiques. Pas d’indépendance de la France sans alliances. Les soi-disant gaullistes devraient relire De Gaulle. 

    Quand on voit l’Italie organiser une conférence sur les migrations en Méditerranée, avec une vingtaine de dirigeants, sans la France, on regrette le temps perdu. C’est la France qui devait, depuis des années, proposer une politique pour la Méditerranée, pour les migrations, les trafics, l’énergie, la biodiversité, les routes commerciales. N’est-elle pas la première puissance méditerranéenne ? Combien de fois faudra-t-il le crier ?

    Le problème français est pire que le problème allemand. Car les Allemands vont, involontairement, aveugler l’Europe en affirmant leur puissance. Mais les Français seront entraînés dans un bourbier qu’ils seront incapables de résoudre tout en se plaignant. 

    Paradoxalement, l’avenir dépend plus des Français que des Allemands. Car des Allemands reviendrait, par réalisme et intérêt, au couple franco-allemand si celui-ci pouvait exister dans la durée. Ce sont des Français que tout dépend. La France sera-t-elle capable de se redresser, ou non ? 

    Il ne faut pas considérer le redressement comme une purge, une restauration -c’est l’erreur des réactionnaires- mais comme une audace.

    La France peut-elle avoir l’ambition de repenser son Etat ?  

    Il faut une politique de libération : la fiscalité sur le salarié moyen s’élève à 54,1 % en France en 2023. Dans l’UE, le taux réel d’imposition du salarié est à 44,1 %. Malgré ces records de prélèvements, la France sera le seul pays de l’UE à ne pas ramener son déficit sous la barre des 3 % en 2026. L’Italie ou l’Espagne, qui avaient des niveaux de déficit plus élevés en 2022, y sont arrivées.

    La France peut-elle avoir l’ambition de repenser son Etat ? Education, formation, fiscalité, organisation territoriale, logement, santé, énergie, relations sociales, subventions, prestations, prestations, relations sociales ? Est-elle capable, comme elle le fit parfois, de s’imaginer comme un « modèle », à commencer par sa réglementation, confuse et abusive, son administration ? Est-elle capable de rattraper son retard démocratique ? Dans les différents classements de la démocratie, la France ne figure plus parmi les vingt premiers. C’est peut-être la clef : les grandes réussites sont toujours liées aux libertés, à la capacité d’agir et d’imaginer des citoyens, à l’obligation de l’administration de rendre des comptes et non l’inverse.  

    Libérer la France des carcans qui l’entravent, faire participer les citoyens aux décisions qui les concernent, voilà une politique de libération nationale qui fera de la France non plus un pays débiteur mais un pays créateur. 

    L’avenir de l’Europe, d’une grande partie du monde, dépend de la réponse française à la question allemande. Ces réponses, elles sont en France. Quelle chance !

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. ambassadeur de France

    a. député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

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