Le protectionnisme serait-il de retour après un cycle de près de 80 ans favorable aux échanges ? Les importations chinoises aux États-Unis ont diminué de 25 % au premier semestre 2023 au point que la Chine a perdu sa place de premier fournisseur de ce pays. Ces deux grandes puissances multiplient les mesures visant à limiter les échanges. Le mercredi 9 août dernier, le Président américain a signé un décret limitant les investissements liés aux nouvelles technologies dans plusieurs pays. Cette décision a été prise au nom de la défense « de la sécurité nationale ». Les entreprises américaines ne pourront plus investir librement à l’étranger dans les technologies, comme l’intelligence artificielle ou l’ordinateur quantique, dès lors que les investissements sont réalisés dans des « pays problématiques », ensemble dont fait partie la Chine.
Après la publication du décret, la Chine a adressé à Washington une protestation solennelle par la voie diplomatique. Elle « s’oppose fermement à l’insistance des États-Unis à introduire des restrictions sur les investissements en Chine ». Les autorités de ce pays soulignent que les États-Unis nuisent à « l’ordre commercial international et perturbe gravement la sécurité des chaînes industrielles et d’approvisionnement mondiales ».
Les terres rares, un outil pour contrer la pression américaine
La Chine ne manque pas également d’utiliser l’arme des échanges pour faire pression sur les autres pays. Ainsi, en 2019, le Quotidien du Peuple avait prédit que le monopole chinois sur les terres rares, des minéraux essentiels à la production de la plupart des équipements modernes, deviendrait un outil pour contrer la pression américaine.
Entre 2009 et 2020, le nombre des restrictions portant sur les exportations chinoises de la part de Pékin ont été multipliées, selon l’OCDE, par neuf. Après la décision des Occidentaux de restreindre les ventes à la Chine des semi-conducteurs de pointe et les machines pour les fabriquer, celle-ci a annoncé une limitation des exportations concernant les métaux utilisés dans les puces et autres technologies de pointe.
De nouvelles mesures de rétorsion sont en préparation. La Chine recourt aux mêmes armes que les Occidentaux pour réduire ses échanges avec ces derniers. Ainsi, une liste des « entités non fiables », créée en 2020, sanctionne toute entreprise portant atteinte aux intérêts de la Chine.
Une loi sur le contrôle des exportations de la même année a créé une base juridique pour un régime de licences d’exportation. En 2021, une loi anti sanctions a permis des représailles contre les organisations et les individus qui ont appliqué les sanctions d’autres pays. Une loi anti-espionnage est également entrée en vigueur, étendant la portée du contrôle que les agences de sécurité chinoises peuvent réaliser. Ces nouvelles dispositions ont donné lieu à plusieurs applications concrètes. En février 2023, Martin et une unité de Raytheon, deux fabricants d’armes américains ayant des activités non liées à la défense en Chine, ont été placés sur la liste des entités non fiables après avoir expédié des armes à Taïwan.
Les entreprises occidentales peuvent à tout moment se voir interdire le marché chinois
Les entreprises concernées ne peuvent plus réaliser de nouveaux investissements en Chine. En avril, Micron, un fabricant de microprocesseurs américain, a fait l’objet d’une enquête du régulateur chinois du cyberespace. Micron ne peut plus exporter en Chine ses semi-conducteurs car ils ne respecteraient pas les règles de sécurité de ce pays.
Compte tenu du caractère large des fondements des sanctions, les entreprises occidentales peuvent à tout moment se voir interdire le marché chinois. L’évaluation de leurs risques est un enjeu majeur. La loi sur les relations étrangères qui permet de tenir pour responsable toute personne agissant d’une manière jugée « préjudiciable aux intérêts nationaux de la Chine » constitue une menace pour les activités occidentales en Chine. Les nouvelles lois chinoises autorisent le gouvernement à restreindre un large éventail de minéraux et de composants. Les fabricants de batteries, en particulier, sont fortement exposés.
Batteries, panneaux solaires, radars…
Selon la Commission européenne, 40 % à 80 % de la fabrication des batteries dépendent d’une manière ou d’une autre de la Chine. Ce pays a également les moyens de bloquer la fabrication de la quasi-totalité des panneaux solaires. La dépendance des pays de l’OCDE est totale en matière de gallium et le germanium. La Chine produit 98 % du gallium brut mondial, un ingrédient clé de la technologie militaire de pointe. Cela inclut les systèmes de défense antimissile et de radar de nouvelle génération des États-Unis. De plus, un composé à base de gallium, le nitrure de gallium, constitue un élément clef pour l’élaboration de la future génération de semi-conducteurs hautes performances.
Le protectionnisme est un jeu perdant/perdant. Il contribue à l’augmentation des prix et au ralentissement de la croissance. Contrairement aux espoirs de certains, il ne permet pas la création d’emplois. Dans les années 1970 et 1980, les mesures protectionnistes prises par les États-Unis et l’Europe en ce qui concerne la sidérurgie et l’automobile ont été contre productives.
Les dispositions de restriction des échanges adoptées par la Chine sur les terres rares pourraient se retourner contre elle. Dans le cadre des chaînes de valeurs, des produits en provenance de Corée du Sud, du Vietnam, des États-Unis ou de l’Europe intègrent des terres rares de Chine et font l’objet d’une valorisation au sein de cette dernière. Des interdictions pures et simples d’exportation inciteraient l’Occident à accélérer la construction de ses propres usines de batteries et de trouver des substituts en ce qui concerne les matières premières.
Un jeu perdant/perdant
Dans l’histoire économique, le protectionnisme est synonyme de faible croissance et de tensions pouvant déboucher sur des conflits armés.
Il trouve pourtant de nombreux avocats au sein des populations occidentales. Il constituerait la meilleure arme pour lutter contre la désindustrialisation et pour éviter toute dépendance économique et technologique. Les relations entre la Chine et les pays de l’OCDE se tendent essentiellement du fait des États-Unis et de la compétition économique et géostratégique que ces deux pays ont engagée.
L’OMC ne joue plus son rôle d’arbitre
Depuis des années, l’Organisation Mondiale du Commerce n’assure plus réellement son rôle d’arbitre. La Chine aurait dû certainement perdre son statut de la nation la plus favorisée qui lui a été attribuée quand elle était un pays sous-développé. Devenue le premier exportateur mondial, elle conserve ce statut en raison de la faiblesse du PIB par habitant. Compte tenu de sa puissance économique, ce pays devrait être soumis aux mêmes règles que les autres grands exportateurs.
L’OMC aurait également dû traiter les dispositifs d’extraterritorialité qui se multiplient et qui autorisent les États à poursuivre des entreprises étrangères dès lors qu’elles ne respectent pas leur législation.
L’OMC devrait également s’inquiéter des mesures prises pour subventionner les entreprises en lien avec la transition énergétique. Une surenchère s’est instaurée entre les grandes puissances au détriment des pays émergents ou en voie de développement. La mise en place de taxes carbones aux frontières pourrait à terme réduire les échanges internationaux.
Or, ces quarante dernières années, ceux-ci ont permis de diminuer la pauvreté et de favoriser l’émergence d’une classe moyenne au sein de nombreux pays en Amérique Latine, en Asie et depuis peu en Afrique.
Un an après son entrée en vigueur, le plan grand pour le climat (ou IRA) voulu par le président Biden commence à produire ses effets sur le sol américain mais suscite toujours de nombreuses inquiétudes auprès des principaux alliés en Asie comme en Europe.
L’objectif du plan, qui comprend 370 milliards de dollars de subventions et réductions d’impôt est simple : permettre aux Etats-Unis de développer une industrie tant pour la production d’énergie propre que pour le développement des véhicules électriques.
Ce plan est « la preuve que les Etats-Unis s’y mettent réellement », souligne Joshua Meltzer, chercheur à la Brookings Institution, alors que l’Union européenne (UE) et la Chine, notamment, soutenaient déjà leur transition énergétique.
Mesure symbolique de cette ambition, l’achat d’un véhicule électrique est désormais subventionné à hauteur de 7 500 dollars, dès lors que le véhicule, comme ses composants, est assemblé en Amérique du nord.
À l’origine, l’idée était encore plus restrictive puisqu’il devait être « made in USA » mais la vive réaction du Canada et du Mexique, qui y voyaient une mesure allant à l’encontre de l’accord de libre-échange existant entre les trois pays (ACEUM), a obligé Washington à revoir sa copie.
« Les dernières versions du texte ont été négociées en secret et à la hâte pour obtenir les voix nécessaires mais ils s’y sont mal pris », rappelle Jeffrey Schott, chercheur principal pour le PIIE, avec « des conséquences inattendues pour certains de nos alliés proches ».
Ces derniers ont rapidement donné de la voix, à l’image de la Corée du Sud qui craignait de voir ses constructeurs automobiles exclus de la subvention de 7 500 dollars.
Même chose au Japon : même si les constructeurs japonais sont déjà largement implantés industriellement en Amérique du Nord, les spécificités de la subvention, sur la provenance de certains matériaux critiques, ont nourri les craintes.
Craintes dissipées par la signature, fin mars d’un accord entre les deux pays rendant éligibles les véhicules intégrant des composants ou matériaux issus ou transformés au Japon.
« Le Trésor a dû se montrer créatif dans la manière dont la loi doit être mise en place », indique M. Schott, en jouant notamment sur ce qu’est un accord de libre-échange « dont la définition est plus large aux Etats-Unis qu’ailleurs ».
Mesure symbolique de cette ambition, l’achat d’un véhicule électrique est désormais subventionné à hauteur de 7 500 dollars, dès lors que le véhicule, comme ses composants, est assemblé en Amérique du nord. [SHAWN THEW/EPA-EFE]
« Investissements significatifs aux Etats-Unis »
Un accord similaire est en négociation avec l’Union européenne, où l’inquiétude est cette fois de voir les investissements verts fuir le continent pour profiter des aides prévues par l’IRA, alors que l’industrie européenne souffre depuis des années des pratiques déloyales chinoises, selon Bruxelles.
Pas suffisant cependant pour dissiper les craintes car « l’Europe doit déjà affronter la hausse de ses coûts énergétiques à cause de la guerre en Ukraine. En cela l’IRA vient s’ajouter à d’autres facteurs créant des problèmes de compétitivité pour l’UE », rappelle Joshua Meltzer.
Fin juillet, une étude réalisée par trois économistes de la Banque centrale européenne (BCE) soulignait que l’impact de l’IRA pourrait être sévère pour certains secteurs européens, avec une baisse de 10 à 40 %, selon les scénarios, des exportations en équipements électriques et optiques. Au total, il s’agirait d’une perte de production de 0,5 % à 3 % pour l’économie européenne.
En attendant, les effets de l’IRA se font déjà sentir aux Etats-Unis où 110 milliards de dollars d’investissement ont été réalisés, selon la Maison Blanche.
« Les investissements annoncés ces douze derniers mois dépassent ceux réalisés les huit années précédentes », a assuré dans un rapport publié début août le président de l’association pour l’Energie propre, Jason Grumet.
« On voit des investissements significatifs aux Etats-Unis et cela se fait sans doute partiellement au détriment d’investissements en Europe ou en Asie », estime M. Meltzer même si « les investissements progressent partout dans le monde ».
Ce qui pourrait inciter l’UE et les pays asiatiques à renforcer à leur tour leurs aides afin d’éviter le décrochage. Depuis plusieurs mois, le Fonds monétaire international (FMI) alerte d’ailleurs quant au risque d’une « guerre des subventions », coûteuse pour les finances publiques et avec un impact positif limité pour les économies.
Une crainte que ne partage cependant pas Jeffrey Schott, qui estime que « le risque politique [qui y est associé] semble grandir et les entreprises ne peuvent se permettre d’attendre qui sera le mieux disant ».
Mais « si vous êtes dans un secteur énergivore, actuellement les Etats-Unis sont de plus en plus attractifs », concède Joshua Meltzer.
L’eau et le feu. Hawaï flambe. Une soixante de morts. Touristes et habitants se jettent dans l’océan pour échapper aux flammes. Le Canada brûle. Plus de 13,5 millions d’hectares, le double du précédent record de 1989. 168 000 Canadiens ont fui, 90 jours d’alerte maximale. Bilan carbone des mégafeux : un milliard de tonnes, soit les émissions annuelles du Japon. Dans l’Union Européenne, le feu a déjà détruit fin juillet 200 000 hectares, 50% de plus que l’année dernière.
En Grèce, 37 000 hectares ont brûlé en deux semaines à Corfou, dans l’Eubée, à Rhodes, où les touristes ont été évacués d’urgence. En Sicile, les feux ont menacé Palerme. Au Portugal, 10 000 hectares de forêt sont partis en quatre jours. 1500 personnes évacués. En Algérie, 34 sont mortes dans les incendies. En juillet, le record de températures a été battu en Chine, + 52,2°C dans le Xinjiang. Un autre record -de froid- avait été relevé à -53°C à Mohe en janvier. Pékin a connu en quelques jours de juillet plus de précipitations que durant une année moyenne.
Quels que soient les milliards dépensés, nous ne deviendrons pas maîtres des nuages.
D’aucuns y voient les effets du dérèglement climatique. Selon l’OMM, la moyenne mondiale de température de janvier à juillet 2023 serait la troisième plus élevée jamais enregistrée, après 2016 et 2020. Et le mois de juillet le plus chaud enregistré.
Au-delà du réchauffement climatique, le nombre des humains, leur consommation, leurs habitudes de vie, provoquent une pression sur l’énergie, le feu, l’eau. Quels que soient les efforts et les milliards dépensés, nous ne deviendrons pas maîtres des nuages. En revanche, il ne tient qu’à nous de maîtriser cette richesse que l’on cherche dans toutes les exoplanètes de l’univers pour y retrouver les conditions initiales de la vie : l’eau.
Constat stupéfiant : l’essentiel de l’eau se perd. Cet or, qui nous habite (notre corps est fait d’eau), est méprisé.
Le gouvernement français a présenté un « Plan eau » il y a quelques mois. Objectif : diminuer de 10% la consommation des prélèvements d’ici 2030.
La France ne manque pas d’eau, elle la gaspille.
Pourtant, la France ne manque pas d’eau, elle la gaspille. En France, il pleut 510 milliards de m3 par an. Plus de la moitié retourne au ciel, s’évaporant. Le reste alimente fleuves, plantes, et nappes phréatiques, soit 200 milliards de m3 par an. Chaque année, il en est prélevé 32 milliards. L’eau douce, c’est-à-dire traitée, en représente 17%. Sur les 5 milliards de cette cette eau traitée, 30% se perdent dans les tuyaux, en fuites. De la pluie, il ne reste presque rien. Insouciance de l’abondance.
Le nouveau « plan eau » du gouvernement prévoit 500 millions pour les agences de l’eau, dont 180 pour résorber « en urgence » les fuites d’eau dans les points les plus sensibles. À ce rythme, il faudrait 150 ans pour renouveler les réseaux d’eau des villes moyenne. Urgence, donc. En 2023, des arrêtés préfectoraux ont été pris dans 90 départements pour limiter l’usage de l’eau, dont plus de soixante-dix en état de crise.
La réglementation française interdit le « stockage de confort ». La France stocke peu d’eau : 4,7% du flux annuel. Le Sénat recommande une politique inverse, avec des retenues d’eau, à usages multiples, et non réservées aux besoins agricoles, comme les fameuses « bassines », qui, elles, pompent dans la nappe phréatique. Inutile de pomper si on stocke les flux.
La Tunisie, semi-aride, elle, stocke les eaux récoltées pendant la saison des pluies dans le nord du pays puis les transfère dans le sud.
Des usines à gaz règlementaires.
Autre solution, classique, la plus facile : augmenter le prix de l’eau. Celui de l’eau agricole est beaucoup plus bas. Les impératifs économiques pèsent. À la fin, c’est le consommateur qui paie. D’où l’idée d’augmenter le prix de l’eau pour les particuliers en fonction de leur consommation, et de passer des contrats de modération avec les entités économiques. Des usines à gaz règlementaires.
En dehors des investissements nécessaires pour colmater les fuites, la meilleure solution est celle de la récupération des eaux usées. Pour les maisons individuelles, les bâtiments collectifs, les villes.
Le règlement européen de 2020 sur la réutilisation des eaux usées a été adopté par tous les États, à charge pour eux de le mettre en œuvre. Objectif : passer de 1,7 milliard de mètres cubes d’eau réutilisée par an à 6,6 milliards, ce qui réduirait 5 % le stress hydrique de l’UE en 2025. Objectif déjà hors d’atteinte.
En France, 0,6% des eaux usées sont retraitées. En Espagne, 14%. En Israël, 90%.
En France, 0,6% seulement des eaux usées sont retraitées. En Italie, 8%. En Espagne, 14%. En Israël, 90%. Ce n’est pas une question de technologie. Ce sont les moyens qui manquent le moins.
À l’île de Ré, les nappes phréatiques, à force de pompage, sont devenues salines. Les agriculteurs réutilisent les eaux usées. Le prix de l’eau a été divisé par trois. Dans de nombreuses petites communes, les eaux usées sont traitées avec des techniques extensives, souvent des filtres plantés de roseaux. Il en existe plus de 5 000 en France, avec des coûts d’investissement et d’exploitation faibles.
À Orléans, la station d’épuration va fournir 100 000 m3 d’eaux usées par an le parc floral. À Cannes, 200 000 m3 serviront au nettoyage des rues. A Nice, Haliotis 2 est une station d’épuration qui, au-delà du traitement des eaux, permet de produire de l’eau réutilisable, du biogaz et de l’électricité. Un investissement de 700 millions pour une population de 680 000 habitants.
L’eau réutilisée peut aussi être retransformée directement en eau potable.
Station d’épuration en Normandie
En Namibie, Windhoek (500 000 habitants), a été la première ville à se doter d’un tel système, en 1968. 30 % est recyclé en eau potable en moins de dix heures. Bangalore, en Inde, Los Angeles, Big Springs et Wichita Falls au Texas, Singapour, développent le même processus.
Le dessalement de l’eau de mer, très en vogue il y a un temps, est moins intéressant : le recyclage des eaux usées consomme moins d’énergie : un écart de 1 à 4 kwh par m3. Le dessalement produit des déchets salins rejetés directement dans la mer et nuit aux écosystèmes marins.
La géopolitique de l’eau n’en est qu’à ses débuts, elle peut être tragique.
La géopolitique de l’eau n’en est qu’à ses débuts, elle peut être tragique. En Asie centrale, partout en Afrique, partout au Moyen-Orient.
En Asie centrale, Tadjikistan et Kirghizstan abreuvent le Turkménistan (90% de l’eau) l’Ouzbékistan (77%) et le Kazakhstan (40%). Du temps de l’URSS, le pilotage centralisé répartissait (et gâchait) l’eau, ce qui a conduit à la quasi-disparition de la mer d’Aral. Aujourd’hui, les pays sont indépendants, les accords fragiles, les populations augmentent, les tensions s’accroissent.
En Afrique, l’augmentation de la population défie les progrès pour l’accès à l’eau. Les eaux souterraines, que ce soit en Afrique du Nord ou en Afrique de l’est, sont répertoriées ; mais il faudrait savoir les exploiter, elles représentent 100 fois les ressources annuelles stockées dans les barrages et les rivières. Cela ne suffirait pas. Sans la réutilisation des eaux usées, insuffisant.
La transition écologique a un effet négatif sur les besoins en eau.
La transition écologique elle-même, en intensifiant les besoins en métaux rares, a un effet négatif sur les besoins en eau. En Australie, la consommation pour l’extraction des terres rares représentera en 2050 11% de l’eau totale prélevée. Au Pérou, 16 fleuves sur 21 sont contaminés par les extractions minières.
Une thématique monte, celle de considérer l’eau comme un « bien commun ». Essentiel à la vie de tout un chacun : cela paraît logique. Comme l’air. Or l’eau, comme le pain, le blé, le riz, se fabrique, se vend, nécessite des investissements.
La proportion de la population mondiale ayant accès à l’eau potable a augmenté. Progrès, mais lent.
Garantir l’accès de tous à l’eau potable et à des services d’assainissement est le sixième objectif du millénaire des Nations unies fixé en 2015 pour 2030. Il ne sera pas atteint, malgré des progrès. Entre 2016 et 2020, la proportion de la population mondiale ayant accès à l’eau potable a augmenté, passant de 70 % à 74 %. L’accès aux services d’assainissement est passé de 47 % à 54 %. Progrès, mais lent.
Il faudrait, selon, l’ONU, multiplier les investissements car 4,2 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, 4,6 milliards n’ont aucun accès à des services d’assainissement. Dans les pays pauvres, 99 % des eaux usées retournent dans la nature sans être traitées.
L’eau potable n’existe pas « naturellement »
Comme pour le pain, il faut des paysans, des meuniers, des boulangers. L’eau potable n’existe pas « naturellement ». Le réutilisation des eaux usées suppose un traitement.
Au grand scandale de beaucoup, face à la pénurie d’eau en Californie, la bourse de Chicago a créé un marché à terme de l’eau en 2020. Financiarisation de l’eau, négation d’un droit humain, disent les uns. Les autres disent que cela permet d’investir, d’économiser l’eau, et de réguler les besoins et la distribution, de sécuriser l’approvisionnement et les prix pour les municipalités. Si l’on prend l’expérience du blé, ce sont évidemment les seconds qui ont raison.
Il ne manque pas d’eau, il manque de savoir la traiter, la stocker, la gérer, la purifier, la réutiliser, la distribuer, avec le moins de pertes possibles. Si l’on veut plus d’accès à l’eau potable, moins de ponction dans les nappes phréatiques, moins de sècheresse, moins de feux, il faut plus d’eau.
La réutilisation des eaux de Windhoek se fait avec Veolia. La station de retraitement de Nice avec Suez. Selon l’Unesco, les financements privés mobilisés pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement étaient de 4,6 milliards de dollars entre 2016 et 2020. Totalement insuffisant. La population urbaine en manque d’eau atteindrait entre 1,7 et 2,4 milliards de personnes en 2050. On sait y répondre.
La France est leader dans le domaine de l’eau par ses entreprises spécialisées. Elle a une carte à jouer.
Entre 1900 et 2010, les prélèvements au niveau mondial ont été multipliés par plus de 7 alors que la population n’a été multipliée sur la même période « que » par 4,4.
La Suisse, qui recueille 6% des réserves d’eau en Europe, et traite déjà 20% de ses eaux usées, s’attend à une augmentation de 30% de la demande mondiale. Elle développe des start-ups. Elle se prépare à répondre à une explosion mondiale de la demande en eau par différentes technologies.
La France est leader dans le domaine de l’eau par ses entreprises spécialisées. Elle a une carte à jouer, si elle veut bien commencer sur son propre territoire ; elle pourrait exporter son savoir-faire, pour son intérêt, et le plus grand bien de l’Humanité.
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a. Ambassadeur de France
a. Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press
Henri et Marie-Noëlle ont connu l’expatriation en couple. Ils profitent d’une retraite bien méritée dans un petit village du Pays-Basque. Entre projets artistiques et activités de jardinage, les journées passent rapidement. Mettant à profit une pause dans le flux quotidien de la vie active de retraité, ils ont bien voulu répondre à nos questions pour la série de l’été « Lettres à la France ».
A l’étranger, on est les doigts de pied en éventail
Boris Faure : Parlez-moi de votre première expatriation. Il y a trente ans, en Guinée Conakry. La question de l’expatriation en couple est posée à cette occasion…
MN : J’arrive alors à la quarantaine et je viens de reprendre mon travail à la mairie d’Amiens après un congé parental. On a 4 enfants, la dernière a 3 ans et demi. Je ressens une lassitude de bosser avec des enfants et cela va faciliter mon choix de suivre Henri. Je me jette à l’eau et je le vis comme une libération. A l’étranger, on est les doigts de pied en éventail en comparaison (rires). Quand les enfants ont été plus grands, j’ai eu quelques regrets, mais sur le moment c’est vraiment une libération.
« On vous donne le temps de la réflexion mais si vous pouviez nous répondre dans les 8 jours, ce serait bien » (rires).
HE : Je suis secrétaire général de l’IUFM qui vient d’être créé à Amiens. Mais comme je suis faisant fonction, je n’ai que mon salaire de base, zéro prime, zéro indemnité, donc financièrement, c’est un peu difficile. On sait déjà qu’à l’étranger, on gagne plus et que les choses sont a priori plus faciles sur ce plan. Donc je ne me pose pas trop de questions, c’est un peu un coup de tête. J’avais déjà été contacté une première fois par le ministère de la Coopération pour un poste aux Comores. Mais ça ne s’était pas fait. Je ne m’attendais plus à être contacté. Et puis ça arrive soudainement. Il faut se décider rapidement. « On vous donne le temps de la réflexion mais si vous pouviez nous répondre dans les 8 jours, ce serait bien » (rires).
Boris Faure : Vous partez en 1993. Il y a encore un ministère de la Coopération autonome. Ensuite il sera intégré en 1997 au ministère des Affaires étrangères. Est-ce que c’est encore les grands moments du ministère de la Coop’ ?
HE :Pour les Comores, c’est un collègue qui me recommande. Le recrutement se fait beaucoup par contact à l’époque. Avec des procédures moins formalisées qu’aujourd’hui. J’ai un rendez-vous au ministère de la Coopération, je suis censé partir quelques mois après. Mais la situation comorienne est très instable et mon poste n’est pas créé. Après ils me rappellent un an plus tard pour un nouvel entretien. C’est plutôt une discussion à bâtons rompus dans un bureau du ministère avec un chef de service et un responsable de secteur, rien à voir avec les entretiens de recrutement que j’ai connu après à l’AEFE. Ils me parlent surtout du projet qu’ils mènent en Guinée dans le secteur éducatif. Ils m’évoquent aussi le Tchad, tout en précisant que pour une famille c’est plus difficile. J’ai vite compris où ils voulaient que j’aille. C’est en effet la fin d’une époque. Il y a encore beaucoup de moyens humains et financiers mais on comprend rapidement que la tendance est à la réduction. Quand nous sommes partis de Guinée, le projet de coopération sur lequel j’avais travaillé s’est rapidement arrêté.
Marie-Noëlle avec les élèves
En Guinée toutes les nuits on entend tirer dans les quartiers environnants…
Boris Faure : Parlez-moi de la vie sur place svp…
HE: La Guinée est un pays difficile et ses relations avec la France sont complexes. C’est le seul pays africain qui a refusé l’accord d’association proposé par De Gaulle. Ils ont dit non par référendum. Le retrait de l’administration et de l’armée française se fait quasiment du jour au lendemain et dans des conditions pas toujours très glorieuses pour la France. Aucune coopération pendant plus de vingt ans, ça jette les Guinéens dans les bras des Russes et des Chinois. Sékou Touré impose très vite une dictature d’inspiration marxiste, très dure. Après sa mort en 1984, un coup d’état militaire donne le pouvoir au général Lansana Conté. C’est toujours lui qui dirige le pays, quand on arrive à Conakry, pendant les élections présidentielles ; toutes les nuits on entend tirer dans les quartiers environnants, c’est l’armée qui essaie en fait de terroriser les opposants.
Nous sommes logés dans une résidence pour expats surnommée « le Petit Pretoria »
MN : Moi, ce qui me frappe surtout, c’est les difficultés de ravitaillement, avec des pénuries qui portent parfois sur des produits de base. Plus d’huile, plus de farine. Il faut passer une matinée entière à faire le tour des commerçants libanais pour remplir son panier. Il y a aussi une barrière entre les blancs et les noirs. Nous sommes logés dans une résidence pour coopérants à qui les Guinéens du quartier donne le surnom peu flatteur de « Petit Pretoria ». Les contacts qu’on a sont essentiellement ceux avec le personnel guinéen de la résidence, femmes de ménage et chauffeurs. Quand je vais à l’église, je rencontre des gens qui me traitent avec un respect qui me surprend. Par exemple, un jour j’arrive en retard à une messe, on vient me chercher au fond de l’église pour me trouver une place au premier rang. Tout ça parce que je suis blanche. C’est peut-être une forme de respect mais cela me trouble, d’autant qu’après chacun reste chez soi, dans sa communauté.
Boris Faure : Et l’acclimatation des enfants ?
MN : Ils se sont très bien adaptés, ils l’ont bien vécu. Ils étaient au lycée français.
HE : Au lycée, il y avait aussi des enfants de nombreuses nationalités, européens, américains, libanais et de familles guinéennes ayant les moyens de payer les frais de scolarité. Nos enfants ont sans doute eu plus de contacts que nous grâce à ce melting pot qu’était l’école. Dans les locaux du ministère où je suis assistant technique, nous sommes deux Français seulement. J’ai beaucoup de contacts professionnels mais nous parlons aussi de l’histoire du pays, de ses relations avec la France, parfois de politique… avec prudence. Notamment avec l’Inspecteur Général du ministère qui avait participé à l’indépendance comme membre de l’organisation de jeunesse du parti de Sékou Touré. C’est lui qui me raconte comment le jour de l’indépendance, les militaires français ont percé un mur de la grande caserne de Conakry pour ne pas sortir par la porte principale sur laquelle avait été hissé le nouveau drapeau guinéen. Cet épisode pas très glorieux l’avait beaucoup marqué. Avec mes collègues guinéens on se voit très peu en dehors du travail, on ne se reçoit pas car l’écart de niveau de vie les aurait mis très mal à l’aise pour nous rendre l’invitation. Par contre, nous avons des amis libanais. Ils nous emmènent dans leurs paillotes sur les îles au large de Conakry, nous sommes même invités à l’ambassade du Liban le jour de leur fête nationale.
Dans la tête de certains, on n’était toujours pas sorti de la période coloniale.
Boris Faure : Et les rapports avec l’ambassade ?
HE : Avec les diplomates des Affaires Étrangères, les contacts étaient plutôt rares. Et puis je ne me sentais pas nécessairement à l’aise à l’ambassade : un jour, j’y vais pour récupérer des papiers et il y a déjà quatre ou cinq personnes, des Guinéens, qui attendent ; une secrétaire me fais rentrer en passant devant les autres ; quand je lui dis que j’étais le dernier, elle me répond « oh, eux, ils ont le temps ». Là, je me suis dit que dans la tête de certains, on n’était toujours pas sorti de la période coloniale.
J’avais plus affaire au COCAC (conseiller de coopération et d’action culturelle, responsable des services de coopération) et surtout à son adjoint chargé de l’éducation. Ce qui était surprenant, c’est qu’on avait parfois l’impression que le COCAC qui gérait tous les moyens de la coopération pouvait être plus puissant que l’Ambassadeur. Coopération et diplomatie, ça restait encore deux mondes différents. Les relations avec le SCAC (service de coopération et d’action culturelle), où je me rendais toutes les semaines pour faire le point et récupérer le courrier arrivé par la valise diplomatique, étaient donc importantes mais dépendaient beaucoup de la personnalité du COCAC. J’ai souvenir de l’un d’entre eux qui manifestement ne portait pas le monde de l’éducation dans son cœur et nous le faisait bien sentir !
Boris Faure : Et l’église chrétienne que tu fréquentes Marie-Noëlle ?
MN : A Conakry, les églises étaient fréquentées essentiellement par des Africains. J’y ai été bien accueillie avec, comme je l’ai dit tout à l’heure, cette sorte de déférence étonnante. Au Maghreb c’est l’inverse, c’est des Européens et quelques Africains sub-sahariens qui s’y rendent. Aussi bien en Tunisie qu’à Casablanca, j’ai pu me faire des amis en sortie de messe. Ça a été un peu moins vrai à Rabat. En Tunisie, j’ai animé un petit groupe d’études bibliques. A Casablanca, j’ai pu intégrer une association caritative de femmes françaises dont les familles sont installées au Maroc depuis plusieurs générations ou appartenant à des couples mixtes. J’y ai aussi participé à un atelier de sophrologie. Je veux aussi dire que le rôle des Accueils français à l’étranger, comme Rabat Accueil dont j’étais membre, est fondamental. Tout cela a facilité mon intégration avec une frange de la population européenne. Beaucoup d’amis, des rencontres très riches.
« On est beaucoup plus dans le présent.«
HE : L’expatriation fait qu’on noue souvent contact d’abord avec des Français. Ça va très vite, on se tutoie très vite. Mais on est là pour quelques années seulement. Il y a donc des séparations. Les missions s’arrêtent. Les gens partent, d’autres arrivent. Quand on a quitté la Guinée, Internet n’existe pas, le téléphone et le courrier marchent mal. On perd très vite le contact. Ça m’a fait un peu mal quand j’ai revu les photos en préparant cette interview. On ne sait même pas si les gens qu’on a connus sont encore vivants. Tous les liens qui se sont créés et qui disparaissent… Le type d’expatriation qu’on a vécu, l’expatriation du fonctionnaire qui part sur une mission précise pour un temps limité, rend cela inévitable. On est beaucoup plus dans le présent. Ça peut aussi faire que les relations peuvent rester superficielles. En sachant qu’elles auront un terme. Pour les gens qui s’expatrient définitivement, pour la vie, c’est sûrement autre chose.
Henri lors d’un séminaire interministériel
« On ne paye pas pour avoir des profs marocains ».
Boris Faure : Pouvez-vous me parler de votre expérience à Casablanca où Henri devient le directeur administratif et financier (DAF) du grand lycée français de Casa?
HE : Le travail de DAF recoupe en grande partie celui que tu fais en France quand tu es gestionnaire agent comptable d’établissement scolaire. Mais tu gères des budgets dont le montant est cependant sans commune mesure. Tu assures aussi la gestion du personnel recruté localement en tant qu’employeur. Tu es à la fois soumis aux règles françaises mais aussi au droit local. Parfois ça coïncide, parfois c’est… disons plus « acrobatique », notamment pour les ressources humaines. Mais au niveau du boulot, tu as quand même beaucoup de points de repère d’autant que j’arrive d’un lycée français de Tunisie. La surprise, ce sont les parents d’élèves très présents, encore plus qu’en Tunisie, parfois presque intrusifs. Les parents d’élèves marocains sont les plus exigeants par rapport à ce qu’ils estiment devoir attendre d’un enseignement français. Ils sont souvent hostiles par exemple au recrutement d’enseignants marocains. Ils veulent le pédigrée français, « on ne paye pas pour avoir des profs marocains ».
« Un regret, la grande difficulté d’associer l’enseignement français à la coopération éducative.«
Boris Faure : Ce réseau au Maroc est-il élitiste ?
HE : On entend parfois des Marocains se plaindre : « Nos ministres marocains sortent tous de l’école française, ils scolarisent tous leurs enfants dans les écoles françaises et ils ne se soucient pas du développement de l’école marocaine ». Ce discours peut rencontrer un certain écho et alimenter des campagnes d’opinion contre l’enseignement français. Ce réseau porte des valeurs et est aussi un outil d’influence, c’est ce qui gêne certains. Mais mieux vaut la diplomatie de l’éducation que la diplomatie de la canonnière. Les écoles françaises au Maroc ne sont pas élitistes par nature, elles cherchent d’abord à répondre à l’attente des parents d’élèves qui veulent l’excellence. Mais comme elles sont payantes, seuls les enfants marocains de parents qui ont certains moyens financiers peuvent y être scolarisés. Ce que je regrette un peu, mais pas qu’au Maroc, c’est que nous n’ayons pas trouvé les moyens d’ouvrir nos écoles à quelques bons élèves issus de famille plus modestes. L’enseignement public marocain produit d’excellents élèves, il sait en repérer les meilleurs pour les scolariser au Collège Royal aux côtés des enfants de la famille royale. On n’a jamais trouvé le moyen de s’ouvrir à quelques-uns de ces enfants méritants là. Peut-être la création de bourses d’excellence franco-marocaines au mérite ? Mais il y a sans doute des obstacles que j’ignore. Un autre regret, la grande difficulté d’associer l’enseignement français à la coopération éducative. C’est pourtant dans ses statuts. Je sais que c’est un sujet délicat mais il faut pouvoir participer à l’amélioration des choses sans avoir la tentation d’imposer notre modèle. Sans penser que « La France c’est ce qui se fait de mieux au monde ».
« Les retours d’expatriation : on est dépaysé dans son propre pays.«
Boris Faure : Pouvez-vous me parler des retours en France que vous avez connus entre chaque expérience ?
HE : Le premier problème du retour c’est de savoir où tu vas aller. Le ministère de l’Education nationale a l’obligation de te réintégrer, mais où ? Tu participes au mouvement général. Si tu veux un poste en Seine- Saint-Denis, tu as de bonnes chances d’obtenir satisfaction. Sur d’autres départements, c’est une autre paire de manches. Même en ayant gardé contact avec le syndicat, tu es loin, tu peux vite te retrouves décalé par rapport aux procédures et louper une étape, une date limite… Une fois nommé, à part les éventuelles particularités de ton nouvel établissement, tu retrouves vite tes marques. Mais c’est surtout dans la vie quotidienne qu’il peut y avoir décalage…
MN : Tu n’es plus traitée avec déférence parce que tu es la femme du directeur administratif (rires). Cela te remet à ta place.
HE : On est dépaysé dans son propre pays.
MN : Une anecdote, quand on est rentré pour la première fois de Guinée pour les vacances, je suis restée figée devant le linéaire de biscuits dans un hyper français. Que prendre ? Y avait trop de choix ! (rires). Il faut se remettre à conduire aussi. Je ne conduisais pas en Guinée, ni au Maroc, surtout pour des questions de sécurité, un peu en Tunisie. Et quand tu fais tes courses dans ces pays, il y a toujours quelqu’un qui se précipite pour porter tes sacs. De retour en France, j’avais toujours mal au bras en revenant des courses : je n’avais plus les muscles pour porter mes 6 ou 7 kilos de sacs jusqu’à la voiture !
Boris Faure : Et les enfants ?
HE : Leur adaptation scolaire a été parfaite et ils se sont refaits des copains et copines très vite. Mais notre dernière fille nous a reproché quelques années après d’avoir aussi souvent changé de pays et de lui avoir fait perdre ses copines à chaque fois. Par contre, ses amies tunisiennes, elle les a presque toutes retrouvées en France à la fac, à Paris.
Au pays Basque, j’apprends à découvrir ce monde des agriculteurs de petite montagne
Boris Faure : Et votre adaptation au pays basque où vous passez votre retraite ?
HE : Nous, au départ, on est des urbains qui avons toujours vécu en ville. On a acheté cette maison dans un tout petit village quand j’étais à Pau car je n’en pouvais plus du logement de fonction du lycée que je vivais comme un fil à la patte permanent. L’achat avait été conçu à l’époque comme une résidence secondaire. Je n’envisageais pas d’en faire notre résidence principale. On ne pensait pas à la retraite alors. On venait surtout pendant les vacances, donc pas vraiment le temps pour se faire des relations. D’autant que les Basques vivent un peu entre eux. Mais on n’a jamais ressenti de rejet, au contraire. Et depuis qu’on est rentré définitivement on a beaucoup plus de contacts, on peut participer aux événements locaux.
MN : On n’a pas encore vraiment d’amis basques dans le village. On s’entend très bien avec nos voisins immédiats mais c’est aussi des gens qui viennent d’ailleurs comme nous.
HE : Et puis, la majorité des habitants du village sont agriculteurs. Ils travaillent énormément et ça ne leur laisse pas beaucoup de temps pour nouer des relations. J’apprends à découvrir ce monde des agriculteurs de petite montagne, qui font de l’élevage ovin, c’est une activité agricole extrêmement prenante. Découvrir cela, c’est pour moi comme découvrir la réalité d’un autre pays. Je suis devenu très admiratif des agriculteurs et en particulier des petits agriculteurs.
MN : Quant à moi, je viens d’ intégrer une association de femmes artistes et artisanes.
Hosta, le village où se sont installés Marie-Noëlle et Henri
Boris Faure : Y-a-t-il une dimension identitaire ici au pays basque ?
HE : Sans conteste. Il y a une culture basque très forte. La langue basque est parlée au quotidien surtout dans les campagnes. Mais le basque j’ai abandonné l’idée de l’apprendre, c’est trop difficile. C’est une des langues les plus difficiles qui soient. Ni indo-européenne ni sémitique. On se contente de quelques mots, « egunon » bonjour, « milesker » merci … La culture basque, l’histoire basque sont attirantes mais il faut rester prudent sur certains sujets clivants. La période ETA n’est pas très lointaine et a singulièrement marqué les esprits, y compris de ce côté des Pyrénées.
« A la retraite on n’a pas rompu le lien avec l’étranger«
Boris Faure : Et la retraite c’est un choc ?
HE : La retraite intellectuellement j’y étais prêt. Je ne suis pas parti à regret. La période n’était pas idéale parce que c’était la COVID et le confinement et qu’on a dû mettre beaucoup de nos projets entre parenthèses. On avait le projet de retourner rapidement au Maroc pour revoir des amis mais on a reporté jusqu’à maintenant. On devait partir en mai mais MN a oublié de renouveler son passeport. Vu les délais c’était mort. Mais on va très certainement y aller en septembre.
MN :On n’a pas rompu le lien avec l’étranger. On est allé quelques jours en Tunisie, à Djerba, l’été dernier pour fêter le mariage de notre dernière fille. C’était très émouvant, il faudra qu’on y retourne.
HE :Quand tu coupes avec la vie professionnelle, tu n’as plus d’horaires, plus de cadre, plus de routine et tu as l’impression de ne plus avoir suffisamment de temps. Cela m’a perturbé pendant deux ans.
MN :Il fait beaucoup de jardin, ça l’occupe beaucoup en réalité (rires). Moi, J’ai eu la chance de fréquenter des ateliers artistiques à l’étranger. J’y ai beaucoup appris et je continue à peindre.
HE :On a une pièce qui est transformée en réserve du Louvre (rires).
MN : En France je n’aurais pas eu la chance d’avoir cet enseignement artistique. Lap N’Go, Irina Condé en Guinée, ou Mustapha Raïth en Tunisie ont été mes professeurs. Des artistes de talents.
« Je suis sidéré de voir un pouvoir aussi autiste.«
Boris Faure : Et la France de demain, vous l’envisagez comment ?
MN : Je ne me vois pas m’engager politiquement. Mais j’ai participé au 1er Mai à Amiens et je n’avais jamais vu autant de monde dans une manif dans cette ville. Quand je suis rentrée en France après nos expatriations j’avais l’impression que l’atmosphère était morose, qu’il y avait une forme de déclin.
HE : Je suis encore plus pessimiste. Je suis sidéré de voir un pouvoir aussi autiste. La feuille de route n’a pas été clairement annoncée par Macron. Les deux dernières élections présidentielles ne se sont pas jouées sur des programmes mais sur un chantage à l’arrivée du RN. Le soir du deuxième tour, le président a déclaré se sentir comptable vis à vis de ces Français qui l’ont élu sans être en accord total avec lui, et pourtant il met en œuvre une feuille de route ultra-libérale contraire à ce que veut une majorité de Français. Je suis ulcéré par cela. J’ai été très engagé politiquement, mais je n’ai jamais eu par exemple de détestation envers Giscard d’Estaing quand on le combattait. Je ne suis pas un révolutionnaire virulent, mais j’en arrive à une sorte de détestation vis à vis du Président. Je ne peux plus le voir… et pourtant il est d’Amiens comme moi. Ni lui, ni ses oppositions d’ailleurs ne donnent l’impression de s’attaquer vraiment aux problèmes qui préoccupent les Français. Ils sont en train de générer un climat détestable et dangereux.
« L’immigration, c’est la préoccupation première de nos compatriotes en ce moment mais j’estime qu’on doit s’y pencher.«
Par exemple, je suis ouvert sur le monde, donc je m’intéresse à la question des migrations. Ce n’est pas la préoccupation première de nos compatriotes en ce moment mais j’estime qu’on doit s’y pencher. Au moins parce que certains savent bien l’agiter comme un épouvantail lorsque ça les arrange. Les gens qui veulent venir en Europe viendront. Parce que c’est souvent, et ce sera de plus en plus, vital pour eux. Quand tu vois les périls pour traverser la Méditerranée et leur motivation à passer ! On ne pourra pas à les arrêter. La réponse bisounours du « il faut accueillir tout le monde » est nulle, comme celle de ceux qui disent qu’il suffit de « les mettre dans un bateau retour ». Les vraies questions, c’est : que fait-on de ces gens ? On les laisse dans la rue ? Comment les aide-t-on à mieux vivre dans leurs pays ? Comment lutte-t-on vraiment contre le changement climatique qui va rendre invivable une partie de la planète ?
Je le redis, je suis très pessimiste. A la dernière présidentielle, j’ai voté Mélenchon au premier tour alors que je me considère plutôt comme social-démocrate. Au 2eme tour j’ai fait le barrage. La prochaine fois, je ne sais pas ce que je vais faire.
Leur lettre à la France
« France, depuis que je suis loin de toi … »
Sans doute serait-il plus judicieux d’écrire « lorsque nous étions loin de toi » :
« nous », parce que notre expatriation s’est vécue d’abord en famille avec nos enfants, puis, le temps passant, à deux, en couple,
« étions », puisque, l’âge de la retraite étant venu, nous sommes maintenant rentrés en France dans le petit village du pays basque intérieur où nous avions acheté une maison il y a près de 25 ans.
Picards à l’origine, donc a priori peu aventureux à en croire la rumeur publique, nous avons pourtant, à l’automne 1993, quitté Amiens où nous vivions jusqu’alors pour nous envoler vers Conakry.
Ce départ, décidé un peu sur un coup de tête, inaugurait, sans que nous le sachions alors, vingt années de vie hors de France, qui, après la Guinée, nous mèneraient en Tunisie et au Maroc.
Il fut d’abord, comme toute expatriation, une rupture et une séparation :
rupture avec notre milieu professionnel, définitive pour Marie-Noëlle qui dut, pour m’accompagner, abandonner sa carrière de cadre de l’administration territoriale,
rupture avec notre cercle d’amis et notre cadre de vie social et culturel
séparation enfin d’avec nos familles, rendue plus prégnante par l’éloignement et l’insuffisance des moyens de communication de l’époque entre la France et la Guinée.
A cette séparation initiale en suivraient d’autres au fil du temps, d’avec nos enfants d’abord, lorsque, le moment venu, il nous faudrait les laisser en France pour poursuivre leurs études, mais aussi, à chaque départ d’un pays, d’avec les personnes avec qui nous aurions pu nous lier d’amitié.
Mais il marqua aussi le début d’une période au cours de laquelle nous allions vivre et découvrir des choses que nous n’aurions jamais pu connaître autrement et surtout rencontrer des personnes extraordinaires. Cela peut sembler très convenu, mais cela constitue une expérience incomparable.
Même si nous nous sommes parfois définitivement perdus de vue, nous pensons souvent à vous, amis ou collègues guinéens, tunisiens, marocains ou de toutes autres nationalités et aussi français expatriés. Vous nous avez permis de découvrir vos pays, leurs climats, leurs géographies, vos cultures. Vous nous avez donné l’occasion de confronter nos différentes visions de l’histoire commune entre vos pays et le nôtre et ainsi, à notre modeste niveau, de mieux comprendre et de relativiser ce passé commun.
En nous aidant à appréhender concrètement la réalité de vos pays et, dans certains cas, de la misère, du sous-développement dans des domaines qui nous semblent relever d’acquis naturels et parfois hélas, de la violence sociale ou politique, vous nous avez aussi amenés à mieux apprécier les conditions de vie et le « modèle social » que nous offre la France, malgré ses imperfections, et la nécessité qu’il y a de le défendre et de l’améliorer, sans toutefois avoir la prétention de vouloir l’imposer aux autres.
« France, lorsque nous étions loin de toi,
Nous étions séparés de toi mais nous pensions à toi souvent.
France, lorsque nous étions loin de toi,
Nous avons aussi découvert et aimé les autres,
France, maintenant que nous sommes revenus chez nous,
Nous t’aimons d’autant plus et nous espérons que nous n’oublierons pas les autres »…
Les partisans des militaires qui se sont emparés du pouvoir au Niger se sont réunis devant la base militaire française de Niamey. Pour eux, la France serait à l’origine de la décision de la CEDEAO d’utiliser la force pour rétablir l’ordre constitutionnel au Niger.
Regardez le reportage de TV5MONDE
Une intervention militaire de la Cedeao
Le président ivoirien Alassane Ouattara a affirmé jeudi que les chefs d’État ouest-africains avaient donné leur feu vert pour qu’une opération militaire « démarre dans les plus brefs délais ». La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a pour but de rétablir l’ordre constitutionnel au Niger, où des putschistes ont pris le pouvoir il y a deux semaines.
« Les chefs d’état-major auront d’autres conférences pour finaliser les choses, mais ils ont l’accord de la conférence des chefs d’État pour que l’opération démarre dans les plus brefs délais »
Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire
Le président ivoirien a parlé à son retour d’Abidjan, où les dirigeants de la Cedeao ont ordonné le déploiement de la « force en attente » de l’organisation. La Côte d’Ivoire devrait fournir « un bataillon » de 850 à 1.100 hommes, aux côtés du Nigeria et du Bénin notamment, et que « d’autres pays » les rejoindront. Le président de la Commission de la Cedeao, Omar Touray avait toutefois réaffirmé « l’engagement continu à la restauration de l’ordre constitutionnel, à travers des moyens pacifiques. »
La menace d’un recours à la force avait été brandie la première fois le 30 juillet lors d’un précédent sommet de la Cedeao. Un ultimatum de sept jours avait été lancé aux putschistes pour rétablir le président Bazoum, renversé le 26 juillet, sous peine d’intervention armée. Mais rien ne s’est passé à son expiration dimanche. Depuis, les nouveaux maîtres du Niger ont semblé fermés aux tentatives de négociations de la Cedeao.
La pandémie et la guerre ont continué à frapper nos économies tout au long des 12 derniers mois. L’inflation mondiale en fut la conséquence la plus frappante pour le quotidien, mais la remontée des taux, décidée par les banques centrales pour contrer le phénomène, a aussi eu de lourdes conséquences. On fait le point pour les Français de l’étranger.
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L’inflation : mère de toutes les batailles
L’année 2022 comme 2023 sont marquées par le retour de l’inflation, conséquence de la guerre en Ukraine, de la création monétaire effectuée pour financer les plans post-covid ainsi que par les tensions dans le secteur bancaire.
Europe : inflation à 2% , d’ici fin 2024 ou 2025
Les taux ultra-bas, voire négatifs, appartiennent au passé. La Banque centrale européenne n’aura pas besoin de revenir à des taux d’intérêt ultra-bas car l’inflation s’installera dans un nouveau régime proche de son objectif à moyen terme de 2%, selon François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et donc membre de droit du Conseil des gouverneurs de la BCE.
Comment l’Union européenne s’est-elle passée du pétrole et du gaz russe ?
En moins d’un an, l’Europe a été contrainte de revoir de fond en comble ses approvisionnements de pétrole et de gaz. Ce défi a été relevé par la réalisation d’économies et par la montée en puissance de certains pays exportateurs de pétrole et de gaz. La Russie qui était au début de l’année 2022 le premier fournisseur de l’Union européenne en gaz et pétrole a perdu cette place en 2023 en lien avec l’instauration des embargos croisés.
Inflation, les banques centrales cherchent le Nord
Depuis une dizaine d’années, l’inflation s’était faite rare, permettant le financement par l’endettement des dépenses publiques selon la Théorie Moderne de la Monnaie (TMM). Sa résurgence après un long épisode d’augmentation de la masse monétaire sur fond de plans de relance et de guerre en Ukraine a modifié la donne de manière rapide.
Jusqu’en au XIXe siècle, les banques réglaient les fins de mois des États impécunieux. Celle des Médicis de Florence a ainsi joué le rôle de prêteur en dernier ressort des Rois et des Empereurs. Aujourd’hui, les banques ont parfois besoin des États pour éviter le dépôt de bilan.
Leur fragilité a été soulignée avec acuité lors de la crise des subprimes en 2007/2009. La non-intervention de l’État fédéral américain pour sauver Lehman Brothers a failli déboucher sur une implosion généralisée de la sphère financière. Afin d’éviter la réédition d’une telle crise, les États ont renforcé leur pouvoir de contrôle sur les établissements financiers.
Aux États-Unis, le régulateur, la Federal Deposit Insurance Corporation, un régulateur américain, a imposé aux banques américaines le sauvetage de la Silicon Valley Bank (SVB) et de la Signature Bank pour un coût global dépassant 16 milliards de dollars. Elles seront également appelées à couvrir les pertes de la First Republic.
L’essor des cryptoactifs dans les années 2010 et la tentative de Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, de créer un nouveau système monétaire international avec son libra ont incité les banques centrales à réagir en développant des projets de monnaies numériques de banques centrales. Pour leurs détracteurs, elles ne sont qu’une mode, qu’un moyen pour lutter contre les cryptoactifs ; pour leurs partisans, elles sont une réponse nécessaire à un monde qui se numérise.
Des responsables de banques centrales estiment qu’elles seront indispensables pour ancrer la valeur de l’argent dans un système financier sans numéraire. Si ces monnaies de banques centrales voyaient réellement le jour, les gouvernements seraient conduits à reconstruire leurs systèmes bancaires et de paiement.
Depuis une quinzaine d’années, les pays occidentaux ont eu recours à l’endettement pour juguler les crises qui se sont succédées à un rythme rapide, et pour compenser le déficit de croissance. Les émissions d’emprunts atteignent des records. L’abondance de l’épargne et les politiques monétaires accommodantes ont permis le financement des États à des coûts jusqu’à maintenant réduits.
Avec l’augmentation des besoins d’investissement, en lien avec la transition énergétique, les taux d’intérêt pourraient être durablement orientés à la hausse d’autant plus que les banques centrales avec la résurgence de l’inflation sont contraintes de durcir leur politique monétaire.
Si, il y a quelques jours, Philippe Crevel publiait un article célébrant la constance des lois économiques, il a, pendant de longs mois, pointé du doigt les changements qui ponctuent la vie économique. Nous avons sélectionné quelques articles pour vous.
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Mondialisation, fin de partie ou nouvelle partie ?
De l’interdiction d’accéder aux réseaux sociaux américains en Chine à la menace d’interdiction de Tik Tok aux États-Unis, en passant par l’instauration d’embargos à l’encontre de la Russie ou de l’Iran, les barrières commerciales se multiplient. Le département du Trésor américain élaborerait des plans pour arrêter les investissements dans les technologies de pointe au sein de pays qui mettraient en œuvre des politiques contraires aux intérêts américains. La vente à la Chine de microprocesseurs avancés et d’équipements de leur fabrication est désormais interdite.
Dans le même temps, le gouvernement fédéral propose des subventions pour rapatrier les chaînes de fabrication des semi-conducteurs, des batteries, des voitures électriques et des équipements indispensables pour les énergies renouvelables. L’Union européenne recourt aux mêmes armes afin de limiter sa dépendance à la Chine et aux États-Unis.
La transition énergétique dont le coût financier est important pourrait être, à terme, un vecteur de création de richesses pour les États en pointe. La décarbonation de l’industrie européenne apparaît plus rapide que celle de ses principaux concurrents.
Depuis 2018 (hors période covid), les émissions de gaz à effet de serre sont en baisse dans l’Union européenne quand elles augmentent encore pour la Chine et l’Inde. Les États-Unis ont simplement réussi à stabiliser les leurs.
Jusque dans les années 2000, le passage du permis de conduire marquait l’entrée dans la vie adulte. Il était un rite initiatique ouvrant sur l’indépendance en matière de mobilité. Aujourd’hui, de nombreux jeunes en Europe comme aux États-Unis renoncent à passer leur permis de conduire.
En France, le nombre de jeunes de 18 à 20 ans ayant leur permis de conduire est passé de 75 à moins de 50 % de 2013 à 2017 (étude OpinionWay pour Point S). À 24 ans, un tiers des Français n’auraient pas leur permis. Aux États-Unis, en 1997, 43 % des jeunes de 16 ans avaient leur permis de conduire. En 2020, cette proportion est tombée à 25 %. Un Américain sur cinq âgé de 20 à 24 ans n’a pas de permis, contre seulement un sur 12 en 1983.
Aux États-Unis comme en Europe, l’heure est au grand retour du colbertisme combinant interventionnisme étatique et protectionnisme. À grand renfort de presse, les gouvernements vantent le lancement d’usines de batteries, de microprocesseurs ou de panneaux solaires. Ils entendent décarboner les économies, relocaliser certaines productions et modifier le comportement des consommateurs. En France, les mots « économie de guerre », « nationalisation » et « planification » ont été ressortis de la naphtaline comme le signe CNR signifiant désormais « Conseil National de la Refondation », qui fait référence au fameux « Conseil National de la Résistance » de la fin de la Seconde Guerre mondiale, Conseil dont furent issues plusieurs grandes lois sociales dont celle instituant la Sécurité sociale.
Toujours en France, l’État impose à un fabriquant de batteries, en contrepartie des aides reçues, qu’une partie de sa production soit réservée aux entreprises françaises. Le ministre de l’Économie fait pression sur les chefs d’entreprises afin qu’ils baissent leurs prix.
Avec le vieillissement de la population, les pénuries de main-d’œuvre ont vocation à se multiplier en particulier dans le secteur des services. L’automatisation et la robotisation sont des moyens pour compenser ce manque. Les progrès de l’intelligence artificielle offrent de nouveaux moyens pour substituer la machine aux hommes et aux femmes.
Cette évolution génère des craintes au point qu’une tribune de l’ONG Future of Life Institute, signée par de nombreux responsables de la haute technologie dont Elon Musk, appelle à une « pause » de six mois dans la création des formes les plus avancées d’intelligence artificielle.
Inflation, mondialisation, des termes et des notions qui ne sont pas réservés aux bancs des universités ou des écoles de commerce, les sujets que nous venons d’aborder ont des conséquences concrètes pour les citoyens. Nous conclurons ainsi cette revue de la saison 2022/2023.
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La crise de l’immobilier a-t-elle déjà eu lieu en France ?
En France, jour après jour, les spécialistes de l’immobilier craignent un krach sur fond de hausse des taux d’intérêt et de ralentissement économique, oubliant que ces quinze dernières années le prix des logements a été multiplié par deux. Sur douze mois, ces derniers restent toujours en augmentation, seuls ceux de Paris sont en baisse.
La crise tant attendue se fait attendre. Dans d’autres pays, comme aux États-Unis ou en Australie, la contraction du prix des logements a commencé dès le début de l’année 2022 mais elle semble déjà s’achever. En Australie, les prix de l’immobilier ont augmenté au cours des trois premiers mois de l’année 2023.
La collecte nette des fonds immobiliers accessibles au grand public a atteint, selon l’Association Française des Sociétés de Placement Immobilier (ASPIM), 16,1 milliards d’euros en 2022, en hausse de + 47 % sur un an et dépassant ainsi le précédent record de 2019 (14,8 milliards d’euros). La « pierre papier » a le vent en poupe !
Au cours du dernier trimestre de l’année 2022, la collecte de l’ensemble des fonds s’est élevée à 3,8 milliards d’euros (+ 26 % sur un an). La pierre papier a continué à attirer les épargnants dans un contexte d’inflation et de hausse des taux. Une part croissante de la collecte s’est effectuée via les unités de compte dans le cadre des contrats d’assurance vie.
L’intelligence artificielle, une onde de choc à propagation rapide
Avec le vieillissement de la population, les pénuries de main-d’œuvre ont vocation à se multiplier en particulier dans le secteur des services. L’automatisation et la robotisation sont des moyens pour compenser ce manque. Les progrès de l’intelligence artificielle offrent de nouveaux moyens pour substituer la machine aux hommes et aux femmes.
Cette évolution génère des craintes au point qu’une tribune de l’ONG Future of Life Institute, signée par de nombreux responsables de la haute technologie dont Elon Musk, appelle à une « pause » de six mois dans la création des formes les plus avancées d’intelligence artificielle.
Les progrès des robots conversationnels ont surpris par leur ampleur et leur rapidité grâce à leurs capacités auto-apprenantes. ChatGPT d’OpenAI est ainsi capable de résoudre des énigmes logiques, d’écrire des codes informatiques et d’identifier des films à partir de résumés. Ces modèles sont appelés à transformer la relation des humains avec les ordinateurs.
Les jeux vidéo sont omniprésents. Des jeunes aux seniors, ces jeux sont partout. En 2022, plus de 3,2 milliards de personnes ont joué sur leur ordinateur, leur tablette, leur smartphone ou leur console, soit environ quatre personnes sur dix dans le monde. Ce nombre augmente de plus de 100 millions par an faisant de ce marché un des plus lucratifs.
La monarchie anglaise vend-t-elle toujours autant ?
Il suffit de se rendre dans la première boutique de souvenirs londonienne venue pour mesurer la popularité de ces produits dérivés fabriqués à l’effigie des membres de la famille royale d’Angleterre.
Selon les données du Centre for Retail Research (CRR), les admirateurs de la dynastie auraient dépensé plus de 280 millions de livres (plus de 310 millions de francs) en produits de ce type à l’occasion du jubilé de platine d’Elizabeth II, en juin dernier.
Le dollar est une énigme. Les États-Unis sont confrontés à une croissance de plus en plus évanescente et à une crise bancaire régionale. Durant des semaines, faute d’accord entre Démocrates et Républicains, le pays était menacé d’un nouveau shutdown. Or le dollar, au lieu de se déprécier par rapport aux autres devises, s’est au contraire apprécié.
Véronique Trillet-Lenoir, 66 ans, qui siégeait parmi les macronistes au Parlement européen de Strasbourg, est morte, a indiqué mercredi (9 août) le président du groupe Renew, Stéphane Séjourné, sur le réseau social X (ex-Twitter).
« Hommage à Véronique Trillet-Lenoir, cancérologue reconnue qui avait fait de son mandat de députée européenne un engagement en faveur de la santé des Français et des Européens », a écrit sur ce même réseau la Première ministre, Elisabeth Borne.
Mme Trillet-Lenoir, 66 ans, avait mené de front une carrière hospitalière et universitaire. Elle avait été présidente du directoire du Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes entre 2013 et 2020.
Elle était entrée en politique en 2015 en se faisant élire conseillère régionale d’opposition d’Auvergne-Rhône-Alpes sur la liste socialiste conduite par Jean-Jack Queyranne.
Mme Trillet-Lenoir, 66 ans, avait mené de front une carrière hospitalière et universitaire. Elle avait été présidente du directoire du Cancéropôle Lyon Auvergne-Rhône-Alpes entre 2013 et 2020. [Parlement européen]
Hommage unanime
Soutien d’Emmanuel Macron dès 2017, elle avait été élue sur la liste Renaissance lors des élections européennes deux ans plus tard.
Mme Trillet-Lenoir siégeait à Bruxelles et à Strasbourg au sein de la commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire.
« Modèle d’intégrité, Véronique avait fait de la santé des Européens et de notre sécurité sanitaire son combat, en s’appuyant sur son expérience universitaire et son parcours de patricienne hospitalière qui était internationalement reconnus », a salué M. Séjourné, en faisant valoir « son humanité, sa bienveillance et sa générosité » ainsi que « sa dignité et son courage face à la maladie ».
Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a pour sa part rendu hommage à « une élue engagée pour porter à l’échelle politique, régionale puis européenne, les convictions qui étaient les siennes », alors que le ministre du Travail, Olivier Dussopt, s’est dit « terriblement triste » et « si fier de son travail ».
Le ministre des Transports, Clément Beaune, a fait part d’ »un choc profond et une immense peine » en décrivant une députée « exemplaire, courageuse dans tous ses combats, juste dans toutes ses convictions ».
Le chef de file des députés Les Républicains à Strasbourg, François-Xavier Bellamy, a témoigné de sa « profonde admiration, au-delà de nos désaccords, pour son engagement sans faille, et pour le courage de la soignante qu’elle était face à la maladie ».
Il y a 90 ans, l’Union mondiale des associations d’originaires de Savoie était créée à Aix-les-Bains par le Sénateur Antoine Borrel. Pour célébrer cet anniversaire, l’association, quasi-centenaire, fait paraître un livre qui nous conte les péripéties des Savoyards aux 4 coins du globe. Une publication qui s’inscrit dans un été bien chargé pour nos montagnards, avec la remise des Trophées des Savoyards du Monde qui eut lieu le 05 août dernier en ouverture du rassemblement annuel dans la commune des Echelles en Savoie.
Une somme historique et géographique pour dessiner l’identité savoyarde à travers ses associations. Voilà le résumé succinct d’un livre qui comptera chez les Savoyards de France et de l’étranger. « Savoyards du Monde, une petite histoire des associations de Savoyards » vient de paraître sous la double direction de Michel A. Durand et Laurent Rigaud.
Une identité savoyarde faite de solidarités multiples
Cette identité savoyarde rime d’abord avec solidarité pour une région historique faite de montagnes, de petites propriétés agricoles, d’élevages dans des milieux souvent âpres et de relative pauvreté qui oblige ces courageux montagnards à aller chercher ailleurs un avenir meilleur à partir du Moyen-Age puis plus massivement après la Révolution. Avec une unité construite pas à pas, une annexion à la France datant de 1860 seulement, la Savoie se caractérise géographiquement par ses hautes vallées comme la Maurienne, la Tarentaise ou Faucigny qui forment autant de sous-ensembles à l’identité forte et qui seront intégrés peu à peu à un plus vaste groupe de « petites républiques de Montagnes » devenant le socle du duché de Savoie.
Une unité construite pas à pas
Un des grands personnages de l’unité savoyarde se nomme Charles-Emmanuel 1er qui, au 17ème siècle, est chanté comme « Roi des Alpes » par les poètes tant il réussit à renforcer les liens avec ses voisins européens grâce à une politique de mariage habile et une diplomatie active de ce territoire devenu duché en 1416 sous l’impulsion d’Amédée VIII, autre personnage capital à mentionner. La Savoie connaît une émigration importante aux 18 et 19ème siècles qui s’accompagne d’une structuration de sa communauté opérée d’abord dans la première destination d’installation qu’est alors Paris.
Rassemblement à Grésy-sur-Isère en 2021
Une myriade d’associations qui se déploient en France et dans le monde
Qu’elles soient étudiantes, professionnelles, politiques, culturelles ou militaires, ces associations parisiennes forment un tissu d’entraide très dense pour une communauté qui revendique à son plus fort près de 100 000 membres. Sociétés philanthropiques et mutuelles se multiplient, et essaiment dans toute la France à Bordeaux, Toulon, Rouen ou encore dans le Nord. Mais l’émigration couvre aussi le globe dans son entier. C’est d’ailleurs toute la saveur de ce livre d’embrasser l’émigration savoyarde dans sa dimension mondiale.
Le livre met ainsi en valeur des « émigrés d’exception » comme Marie Suize, une pionnière de la ruée vers l’or californienne et qui sera surnommée « Marie Pantalon » par les rudes orpailleurs à qui cette féministe avant l’heure réussit à tenir tête dans ce milieu du 19ème siècle qui voit la structuration économique de ce puissant Etat américain.
Une constellation mondiale d’associations de Savoyards
La recension des associations de l’étranger commence par celle des « Allobroges de New-York » fondée en 1901 et qui fait référence à l’idéal révolutionnaire des Allobroges de 1792. Ces idées progressistes se traduisent dans le règlement d’une association agissant comme une caisse maladie qui protège et soutient les sociétaires empêchés de travailler. La présence savoyarde en Argentine est attestée quant à elle par « la société savoisienne de Secours Mutuels d’Argentine » qui est créée au moment où en 1850 affluent les Savoyards dans ce nouveau monde aux promesses de réussite. Le livre met ainsi en exergue la figure de Claude Martin, homme d’affaires, banquier et philanthrope de Chambéry qui oeuvrera des deux côtés de l’Atlantique pour soutenir les membres de sa communauté. La géographie de ces associations hors de France épouse les soubresauts de l’histoire, et Alger, Oran, la Côte d’Ivoire ou le Maroc connaîtront des implantations d’associations à la faveur de l’épisode colonial français.
Le livre permet de voyager et de se documenter avec de riches illustrations et un travail de valorisation des archives associatives qu’il faut saluer.
Les lauréats des trophées 2022 et les partenaires
Une identité savoyarde en construction permanente
A sa lecture on sent aussi le refus d’une vision identitaire fermée, la culture savoyarde, pleinement alpine, refuse en effet les pièges de la xénophobie ou du repli sur soi. A travers ces associations c’est une vision humaine et solidaire du rapport à l’autre qui s’impose loin de tout patriotisme de vallée.
Ce livre est à recommander aux amateurs d’Histoire mais aussi à tous les humanistes qui y trouveront un témoignage fécond de ce que des femmes et des hommes unis peuvent initier librement en matière de secours et de solidarité.
Nous avons pu interroger Laurent Rigaud, président de l’Association des Savoyards du Monde et également conseiller des Français de l’étranger pour la circonscription des Emirats Arabes Unis et du Sultanat d’Oman. Un Savoyard éminent à qui se livre doit beaucoup.
Laurent Rigaud
Boris Faure : Une première question s’impose, pourquoi ce livre ?
Laurent Rigaud : Nous avons décidé d’écrire ce livre pour en faire un document de mémoire et de transmission. Nous avons noté au fil des ans et des disparitions des anciennes associations que peu de personnes connaissaient l’histoire et l’organisation des sociétés savoyardes dans le monde. Il y a peu d’écrits sur celles-ci et les sociétés savantes de Savoie ont peu d’informations sur leur existence.
L’émigration savoyarde est un sujet qui me passionne depuis toujours. Avec Michel-André Durand, nous avons codirigé et coécrit ce livre avec la participation de présidents d’associations et de trois auteurs savoyards qui ont apporté leur contribution. Je me suis penché sur les associations historiques et disparues en France et à l’étranger et plus particulièrement celles de Paris qui sont les fondations de la diaspora sur des valeurs d’entraide et de solidarité à travers la philanthropie et la mutualité.
Chaque famille savoyarde a au moins un ancêtre qui a émigré soit temporairement, soit définitivement. La rudeur de la vie en montagne avec des hivers qui n’en finissaient pas, les familles nombreuses et des exploitations agricoles de petite taille sur des terres escarpées ont encouragé nos compatriotes à partir. J’ai moi-même un ancêtre qui est parti à Saint Louis aux Etats-Unis où il a participé à la construction des égouts de la ville, mes arrière-grands-parents maternels ont longtemps tenu un restaurant en Algérie.
Ce qui nous a touché le plus dans notre recherche c’est l’organisation de la communauté autour de l’entraide, la structuration de la communauté à Paris qui était certainement la plus grande ville savoyarde en dehors des pays de Savoie et la solidarité avec ceux restés au pays.
Boris Faure : Le livre offre une puissance réflexion historique sur le rôle d’associations de Savoyards comme porteuses d’une identité et de valeurs. À la source il y a les associations de Savoyards de Paris qui se sont développées avant l’annexion de la Savoie à la France en 1860. Pouvez-vous nous parler de cette « matrice » associative et de la manière dont elle a influencé les associations qui ont essaimé dans le monde ?
Laurent Rigaud : L’émigration savoyarde en France notamment vers la Franche Comté, la Lorraine et dans le reste de l’Europe (Suisse , Allemagne et Autriche) est effective dès le 16e siècle, celle-ci est avant tout saisonnière. La communauté n’est pas organisée en associations mais est connectée par groupes d’originaires de villages. Elle devient permanente vers le 19e siècle. Les premières sociétés philanthropiques et mutualistes de Paris ont définitivement été un exemple pour les différentes communautés de Savoyards en province d’abord avec la création des premières sociétés philanthropiques à Lyon, Rouen, Marseille puis des sociétés mutualistes dans les colonies au Maghreb, en Afrique et en Asie. Sans oublier l’Argentine où l’émigration est massive à partir de 1850 et les Etats-Unis à partir de 1900 notamment à New York.
C’est après la Première Guerre mondiale que la colonie à Paris se structure avec de nouvelles organisations professionnelles, politiques, sportives et culturelles. Mais c’est Antoine Borrel, grand fédérateur de la communauté savoyarde de Paris, qui encourage les Savoyards expatriés en province et de par le monde à créer de nouvelles associations sur le modèle parisien. En fondant le Foyer Savoyard à Paris, puis l’Union mondiale des originaires de Savoie, il passe à la vitesse supérieure en soutenant la création de nombreuses associations.
Je tiens tout d’abord à mentionner les premières personnes qui ont structuré la communauté à travers la Société philanthropique Savoisienne de Paris en 1833, ils ont définitivement monté la base de la structure associative des Savoyards de Paris.
Boris Faure : La Savoie a ses grandes femmes et hommes. Antoine Borel, ex sénateur et député, a été une figure de proue pour développer notamment l’industrie touristique dans les années d’après guerre et pour fonder le réseau des Savoyards du Monde. Pouvez-vous nous dire un mot sur ce rôle et sur l’esprit de Borel qui demeure jusqu’à aujourd’hui ?
Laurent Rigaud : Avant de parler d’Antoine Borrel, on ne peut pas mentionner Marie-Louise Jay, petite bergère de Samoëns qui « monta » à Paris à 16 ans en 1850. Vendeuse au magasin de « La Nouvelle Héloïse”, elle y rencontre son futur mari, Ernest Cognacq. Quelques années plus tard, il ouvre un petit commerce prénommé “La Samaritaine“, les deux époux consacrent leur vie à leur magasin. Ils transforment cette petite boutique en un véritable empire. Marie-Louise n’oublie pas son village natal et sa communauté à Paris. Elle devient la plus grande donatrice et philanthrope de la colonie savoyarde de Paris à travers la fondation Cognacq-Jay qui détient 50 % de la Samaritaine, l’autre moitié ayant été cédée aux employés qui touchent 65% des bénéfices de l’entreprise !
Antoine Borrel est le grand fédérateur des Savoyards expatriés. Il a su capitaliser sur le nombre important des associations à Paris et il a pu au-delà des querelles de clochers, les fédérer tout en développant un réseau couvrant l’amicalisme, la philanthropie, la mutualité et le réseau des affaires à travers le monde. Son engagement pour les Savoyards du Monde est certainement unique et ses qualités et son humanisme se résument dans un de ses derniers discours: « Ce que j’ai fait pour la Savoie est bien normal. Je suis heureux, croyez-le, d’avoir beaucoup travaillé pour mon pays et pour la Savoie en particulier (…) J’ai fait mon travail et j’ai pour moi la plus belle des récompenses, la satisfaction du travail accompli et l’affection de mes compatriotes que je considère tous comme mes enfants ». Aujourd’hui, nous continuons le travail engagé par Antoine Borrel dans un esprit toujours aussi rassembleur et fédérateur.
Boris Faure : Comment voyez-vous l’avenir pour l’association des Savoyards du Monde et les associations régionales en général ?
Laurent Rigaud : Ces dernières années, notre fédération a mis en place des initiatives pour continuer son développement plus précisément vers l’international où la communauté expatriée est importante avec plus de 30.000 compatriotes dans le monde. Les trophées dont nous célébrons la 4e édition cette année récompensent les talents de la diaspora et sont un vrai succès. La nomination de délégués dans une dizaine de pays nous permet d’identifier et de rassembler nos compatriotes et mènera vers la création de nouvelles associations. Enfin, nous devons consolider nos associations en France dont certaines restent très actives et se préparent à fêter leur centenaire voire leur cent-cinquantenaire comme la Savoisienne Philanthropique de Lyon.
Je pense que les associations régionales ont un bel avenir, nos compatriotes sont très attachés à leur région d’origine, à leur histoire et à leurs liens familiaux. Au-delà des associations historiques comme la nôtre, les Alsaciens ou les Bretons, plusieurs régions ont récemment créé des associations pour rassembler leurs originaires qui sont toujours heureux de se retrouver et surtout sont de vrais ambassadeurs du tourisme et des affaires.
Cet été, avec TV5MONDEplus, croisez des destins, suivez des itinéraires pluriels et (re)découvrez la francophonie.
En ce mois d’août, l’équipe des programmes de la plateforme francophone AVOD vous propose de vous plonger dans l’univers de Stromae, de flâner dans les rues de Dakar avec les cinéastes sénégalais, avant de découvrir des habitats suisses qui vous interpelleront tout comme la situation d’une maternité à Marseille. Enfin, TV5MONDEplus rendra hommage à Jane Birkin en mettant à votre disposition un concert exceptionnel enregistré à la Philharmonie de Paris.
Des émotions, des pages de vies, qui nous rappellent que nous ne sommes pas des robots, thème qu’aborde, d’ailleurs, une nouvelle série canadienne, à travers la traque d’un mystérieux tueur de chatons !
Fictions : Naître et vivre
VOIR LE JOUR – 2019 – 89′
Réalisation : Marion Laine / Casting : Sandrine Bonnaire, Brigitte Roüan, Aure Atika, Sarah Stern
Auxiliaires dans une maternité de Marseille, Jeanne et ses collègues se battent nuit et jour pour défendre les mères et leurs bébés face au manque d’effectif et à la pression permanente de leur direction. Lorsqu’un drame survient, le passé secret de Jeanne ressurgit. Elle affirmera désormais ses choix de vie.
JE NE SUIS PAS UN ROBOT- SÉRIE – SAISON 1 – 6X7′
Télé Québec (Canada)
Marie-Chantal travaille dans un centre de modération de contenu en ligne appelé Soulshine. Incapable de continuer à trier passivement les horreurs qui défilent sur son écran, elle développe une obsession pour un mystérieux tueur de chatons.
Documentaires : d’une rue à l’autre, d’un continent à l’autre
DING DONG, MONTRE-MOI TA MAISON ! – 2021 – 4 saisons
RTS
Dans chaque village ou quartier de la Suisse, il existe des formes d’habitat qui interpellent et interrogent. Qui vit ici et pourquoi ? Dissipons les rumeurs et appuyons simplement sur la sonnette.
Un hommage au cinéma sénégalais, aux mères qui nous inspirent. À travers les rues vibrantes de Dakar, le film met en valeur la beauté, le talent et les rêves des cinéastes africains inspirés par la figure de la mère dans la société sénégalaise et dévoués à l’éducation des générations futures.
Musique : deux légendes
LE FABULEUX DESTIN DE STROMAE – 2023 – 27′
Belgique
Alors que son « Multitude Tour », entamé en avril 2022, rassemblait les foules à travers le monde, Stromae a récemment annoncé l’arrêt définitif de sa tournée. Joëlle Scoriels et Bruno Tummers ont tenté de comprendre quel enchaînement de circonstances avait pu mener à une telle décision.
JANE BIRKIN, OH PARDON TU DORMAIS – 2022 – 87′
Le concert à la Philharmonie de Paris
S’inspirant de sa pièce de théâtre éponyme sur le couple, Jane Birkin se livre à coeur ouvert dans ce nouvel album qu’elle présente en live à la Philharmonie de Paris. Longuement mûri dans une veine pop orchestrale, il résulte d’une collaboration en osmose avec Étienne Daho et Jean-Louis Piérot.