Dans le cadre de nos interviews sur les élections consulaires organisées pour les Français de l’étranger partout dans le monde, aujourd’hui nous prenons la direction Genève pour interroger Halima Delimi, tête de liste « Bien vivre en Suisse romande ». Forte d’un engagement de longue date au sein de Français du monde ADFE et d’une expérience internationale, elle porte une vision centrée sur l’utilité concrète du mandat de Conseillère des Français de l’étranger. Au cours de cet entretien elle détaille ainsi ses priorités tout en souhaitant redonner du sens à ces élections consulaires de proximité souvent méconnues.
À quoi servent les élections consulaires ?
Lesfrancais.press : « Que représentent pour vous les élections consulaires et qu’est-ce qui vous distingue des autres candidatures ? »
Halima Delimi : « Les élections consulaires sont les seules élections de proximité pour les Français de l’étranger. Elles devraient être un espace d’écoute, d’utilité concrète et de transparence. Ce qui me distingue, c’est un engagement de terrain ancien et structurant. Engagée depuis de nombreuses années au sein de Français du monde ADFE, association créée en 1980 et reconnue d’utilité publique, j’inscris mon action dans une tradition de solidarité, de défense des droits et de service concret aux Français de l’étranger.
J’ai participé aux travaux consulaires aussi bien en Suisse qu’au Japon, où j’ai vécu 17 ans. Aujourd’hui, en tant que présidente pour la Suisse, je poursuis cet engagement au plus près du terrain : échanges avec les équipes consulaires, soutien aux associations, participation aux commissions.
« Ce qui prime, ce sont nos compatriotes. »
Halima Delimi, tête de liste « Bien vivre en Suisse romande » – circonscription Genève
Ces élections ne sont pas des élections d’appareil. Ce sont des élections de service. Elles reposent sur le travail en collégialité, avec des sensibilités différentes, dans un esprit de responsabilité et d’efficacité. Elles permettent de travailler en collégialité avec des personnes de sensibilités différentes, en mettant de côté les logiques partisanes pour être réellement au service de nos compatriotes. Cela demande de la rigueur, de la diplomatie et une capacité à rassembler autour du bien commun. Ce qui prime, ce sont nos compatriotes. »
Lesfrancais.press : « Certains critiquent l’utilité même des conseillers des Français de l’étranger, jugés peu visibles et peu influents. Que répondez-vous à ceux qui estiment que ce mandat est inefficace ? »
Halima Delimi : « Le problème ne vient ni du mandat, ni de l’engagement des équipes sur le terrain. Aujourd’hui, les personnels consulaires font face à une réalité très concrète : des effectifs qui diminuent, des moyens contraints, alors même que les besoins augmentent. On leur demande toujours plus, avec toujours moins. Notre service public à l’étranger tient, mais il tient sous tension.

Ils ne peuvent pas toujours travailler dans les conditions qu’ils souhaiteraient, ni répondre pleinement aux attentes légitimes de nos compatriotes. Notre rôle est de faire le lien : accompagner, faire remonter, alerter. Car ce sont les équipes consulaires qui connaissent le mieux la réalité du terrain. Si l’on veut un service public efficace, il faut repartir de leurs besoins. »
Quelles propositions pour les expatriés ?
Lesfrancais.press : « Quelles sont alors vos deux ou trois priorités principales pour les Françaises et Français de votre circonscription ? »
Halima Delimi : « Première priorité : rétablir un service public à la hauteur. Cela passe par des moyens renforcés pour les consulats, mais aussi par une meilleure prise en compte du coût de la vie en Suisse. Aujourd’hui, certains dispositifs restent inadaptés, notamment les barèmes des aides et des bourses.
« L’égalité d’accès aux droits ne doit pas s’arrêter aux frontières. »
Halima Delimi, tête de liste « Bien vivre en Suisse romande » – circonscription Genève
Deuxième priorité : mieux accompagner les parcours de vie. Aujourd’hui, on sait partir, mais on ne sait pas toujours revenir. Le retour en France est souvent un angle mort : manque d’information, complexité administrative, difficultés de reconnaissance des compétences. Certaines situations sont encore plus fragiles, notamment celles de femmes ayant suivi une expatriation et qui se retrouvent éloignées de l’emploi ou de la formation. En cas de rupture, de précarité ou de violences, il est indispensable de pouvoir orienter, informer et soutenir efficacement.
Troisième priorité : mieux prendre en compte les vulnérabilités. L’égalité d’accès aux droits ne doit pas s’arrêter aux frontières. Cela concerne le handicap, à l’école comme dans l’accès aux services, mais aussi l’illectronisme, qui reste une réalité trop souvent ignorée. »
Lesfrancais.press : « La France, ses institutions et son administration vous semblent-elles bien appréhender la réalité vécue aujourd’hui par les Français de l’étranger ? »
Halima Delimi : « Pas suffisamment. Il existe encore un décalage entre les décisions prises à Paris et la réalité vécue sur le terrain. Dans un pays comme la Suisse, où le coût de la vie est particulièrement élevé, certains dispositifs apparaissent déconnectés.
On ne peut pas appliquer les mêmes règles partout sans regarder les réalités locales. Il faut une approche plus fine, plus pragmatique et plus humaine.
Comment éviter une forte abstention ?
Lesfrancais.press : « Malgré la possibilité de voter par internet pour les élections consulaires, l’abstention reste très élevée. Est-ce selon vous un problème d’information, de confiance… Ou un désintérêt pour ces élections ? Quelles actions concrètes envisagez-vous pour changer cette situation dans votre circonscription ? »
Halima Delimi : « L’abstention n’est pas un problème technique, c’est un problème de sens. Les gens ne votent pas quand ils ne voient pas l’utilité. Quand les services se dégradent ou que les réponses tardent, la confiance s’érode.
Nous faisons le choix d’aller au contact, avec des formats simples : cafés citoyens, rencontres locales, échanges directs. Il faut aussi adapter certaines politiques à nos réalités, comme le pass culture. Redonner envie de voter, c’est d’abord redonner de la crédibilité à l’action publique. »
Informations sur la liste « « Bien vivre en Suisse romande » en cliquant ici
Pour les élections consulaires concernant les Français de la circonscription de Genève en Suisse 9 Conseillers des Français de l’étranger sont à élire et 12 délégués consulaires. Le scrutin se tiendra du 22 au 27 mai (12h heure de Paris) par Internet, et le 31 mai à l’urne.
Neuf listes ont été déposées : (cliquez ici )
- « Unis ! Au service des Français de Suisse romande » menée par Marie Ange ROUSSELOT
- « Bien vivre en Suisse romande » conduite par Halima DELIMI
- « La France au Cœur – Liste conduite par Linda CHEVALIER »
- « LA DROITE UNIE – Françaises et Français de Suisse » de Philippe TISSOT
- « Construire Ensemble » de Nicolas LANG
- « LIBRES ET INDÉPENDANTS : une équipe issue des réseaux économiques, culturels et associatifs, engagée pour défendre les intérêts des Français de Suisse indépendamment des partis politiques » avec Josiane TISTOUNET
- « Romandie Insoumise » menée par Julie SALUMU
- « Les Écologistes et Place publique » conduite par Lalla-Ilham CHAHDI
- « ASFE – Agir pour tous les Français de Suisse » avec Edouard BARATIN
Auteur/Autrice
- Voir toutes les publications
La Rédaction vous propose quelques articles où l'ensemble des collaborateurs ont participé à leur rédaction.





















