Selon l’INSEE, le niveau de vie médian en France métropolitaine et à La Réunion s’établit à 25 840 euros par an en 2023. La moitié de la population vit avec un revenu disponible supérieur à ce montant, l’autre moitié avec moins. Ce seuil, qui constitue une référence centrale pour l’analyse des inégalités, sert également de base au calcul du seuil de pauvreté monétaire, fixé à 60 % de ce niveau médian. En 2023, ce taux de pauvreté atteignait 16,2 % de la population, soit environ un Français sur six.
Une France pas si uniforme que ça
Derrière cette moyenne nationale, les écarts territoriaux sont importants. Quatre départements se distinguent nettement par des niveaux de vie particulièrement élevés. Les Hauts-de-Seine arrivent en tête avec un niveau médian de 33 790 euros, suivis de Paris (33 650 euros), de la Haute-Savoie (32 180 euros) et des Yvelines (31 520 euros). Ces territoires concentrent des emplois qualifiés, une forte densité de cadres et une proximité avec des pôles économiques majeurs, notamment l’aire parisienne et les zones transfrontalières dynamiques. Plus largement, l’Île-de-France (à l’exception notable de la Seine-Saint-Denis) présente des niveaux de vie médians supérieurs à 26 000 euros. Ce constat vaut également pour plusieurs départements frontaliers, notamment ceux en contact avec la Suisse (Ain, Savoie, Haute Savoie, Doubs, Jura) ou l’Allemagne (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle), où les effets de frontière, en particulier les différentiels de salaires et les mobilités professionnelles, contribuent à tirer les revenus vers le haut.
À l’autre extrémité de la distribution, certains territoires cumulent les fragilités. La Seine-Saint-Denis affiche un niveau de vie médian de 19 110 euros, tandis que La Réunion se situe à 21 250 euros. Une série de départements, souvent situés dans le nord ou le sud du pays, présentent également des niveaux médians compris entre 22 000 et 24 000 euros. C’est le cas notamment de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, de la Creuse, du Pas-de-Calais, de l’Aisne, de l’Ariège, des Ardennes, du Lot-et-Garonne, du Nord, du Vaucluse, du Gard ou encore de la Haute-Marne. Ces territoires sont fréquemment caractérisés par une moindre densité d’emplois qualifiés, une désindustrialisation ancienne ou une dépendance accrue aux transferts sociaux.
L’analyse du taux de pauvreté confirme la polarisation territoriale. La Seine-Saint-Denis et La Réunion apparaissent comme les deux départements les plus exposés, avec respectivement 29,5 % et 36,4 % de leur population vivant sous le seuil de pauvreté. À l’inverse, certains territoires se distinguent par une faible incidence de la pauvreté : la Vendée affiche un taux de 9,2 %, tandis que la Haute-Savoie se situe à 10,2 %. La façade atlantique, dans son ensemble, présente des taux inférieurs à la moyenne nationale, traduisant une relative homogénéité sociale et une dynamique économique plus favorable.

Les disparités régionales restent marquées. Les Hauts-de-France se caractérisent par des taux de pauvreté élevés, souvent supérieurs à 17 %, à l’exception de l’Oise (14,5 %) qui bénéficie de l’influence économique de l’Île-de-France. Sur le pourtour méditerranéen et en Corse, les taux dépassent également la moyenne nationale, franchissant souvent le seuil de 20 %, à l’exception du Var (16,8 %), des Alpes-Maritimes (17,7 %) et de la Corse-du-Sud (17,9 %).
Les métropoles vs les campagnes
L’approche par intercommunalités et par aires d’attraction des villes apporte un éclairage complémentaire. Les territoires situés en périphérie des grandes métropoles régionales, Lyon, Bordeaux ou Toulouse, affichent des niveaux de vie relativement élevés, témoignant des effets de diffusion de la croissance urbaine. Les zones frontalières conservent également leur avantage comparatif. À l’inverse, la pauvreté se concentre davantage dans les pôles urbains que dans leurs couronnes. Dans les aires de plus de 50 000 habitants, plus d’une personne sur cinq vit sous le seuil de pauvreté dans les centres, soit un niveau supérieur de plus de 50 % à celui observé dans les zones périphériques. Les écarts de niveau de vie entre pôles et couronnes peuvent atteindre jusqu’à 3 000 euros dans les grandes aires urbaines hors Paris.
Les communes rurales offrent, quant à elles, un tableau plus nuancé. Celles situées hors de l’influence des villes présentent un taux de pauvreté de 14,9 %, inférieur à la moyenne nationale mais supérieur à celui observé dans les couronnes rurales des grandes aires urbaines (9,9 %). Dans la couronne rurale de l’aire de Paris, ce taux descend même à 7,3 %, illustrant l’effet protecteur de la proximité des grands bassins d’emploi. Au sein des aires d’attraction, les écarts entre couronnes urbaines et rurales traduisent des dynamiques différenciées. Dans les grandes aires, les couronnes urbaines affichent des taux de pauvreté supérieurs de 3 à 5 points à ceux des couronnes rurales. À mesure que la taille des aires diminue, ces écarts se réduisent, non par amélioration des zones les plus fragiles, mais du fait d’une dégradation relative des couronnes rurales. Les aires de moins de 50 000 habitants présentent, en revanche, un profil plus équilibré. Le taux de pauvreté y atteint 19 % dans les pôles, soit un niveau inférieur à celui observé dans les grandes aires, tandis que les couronnes rurales enregistrent un taux de 12,2 %. L’écart entre centre et périphérie y est ainsi moins prononcé, traduisant une moindre polarisation socio-spatiale.
Les métropoles et leurs périphéries dynamiques, ainsi que les zones frontalières, concentrent donc les niveaux de vie les plus élevés, tandis que certains territoires industriels en reconversion, les espaces ruraux isolés et les départements ultramarins demeurent confrontés à des niveaux de pauvreté élevés.
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Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.
























