Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture

Blog

  • La dette européenne renforce l’euro

    La dette européenne renforce l’euro

    A travers le dollar, les États-Unis bénéficient d’un atout de premier ordre dont ne dispose pas encore la zone euro. Le dollar est la monnaie de réserve mondiale par excellence, offrant une situation de rente à son émetteur.

    Ce monopole pourrait être remis en cause dans les prochaines années sous réserve du respect de quelques conditions. 62% des réserves de change sont en dollars contre 20% pour l’euro, le yen, la livre sterling et le renminbi chinois se partageant le reste. Cette position dominante du dollar permet aux États-Unis de s’affranchir de la contrainte de l’équilibre commercial. Elle offre, en outre, la possibilité de financer un investissement structurellement supérieur à leur épargne en accumulant de la dette extérieure à un taux d’intérêt faible.

     

    Le Dollar, 60% des réserves de change.

    Aux États-Unis, en moyenne, le taux d’investissement est supérieur de deux points de PIB au taux d’épargne. La dette extérieure nette américaine s’élève à 58% du PIB en 2019, elle était nulle en 1990. Les achats nets liquides et monétaires par les non résidents représentent, en moyenne, 1% du PIB quand les achats d’obligations atteignent 2% du PIB. Les encours de Treasuries détenus par les non-résidents sont passés de 400 à 7 000 milliards de dollars de 1990 à 2020. La zone euro est dans la situation inverse des États-Unis. Elle dégage un important excédent au niveau de la balance des paiements courants, autour de 2 % du PIB en moyenne, ces dernières années. L’épargne est élevée et supérieure de plus de deux points de PIB à l’investissement. Par ailleurs, la dette extérieure de la zone euro est nulle.

    L’Europe finance la croissance à l’extérieur de ses frontières, que ce soit en Asie ou aux États-Unis. Le sous-investissement chronique pèse sur sa croissance potentielle. De 1998 à 2019, la croissance a ainsi augmenté de 62 %, aux Etats-Unis, contre 35 % au sein de la zone euro.

    Le dollar est une monnaie de réserve en raison du poids des États-Unis en tant que première puissance économique et gendarme du monde. Son statut de monnaie de réserve, le dollar le doit également au montant de la dette fédérale. Celle-ci est importante, 25 000 milliards d’euros d’obligations et de titres monétaires provenant d’un seul émetteur.

     

    Seul l’euro peut lui faire concurrence

    Le dollar est pour le moment sans concurrent. Seul l’euro pourrait le contester dans les prochaines années. Malgré le rôle de première puissance commerciale qu’occupe la Chine, le renminbi n’est pas en capacité de prendre la place du dollar. La devise chinoise pâtit de la faiblesse de son marché financier, de l’absence de transparence de sa banque centrale ainsi que du caractère peu démocratique de son régime politique. Les autorités chinoises entendent renforcer le renminbi. Elles ont créé ainsi la Banque Asiatique d’Investissement afin de concurrencer le FMI. Néanmoins, les restrictions économiques pour les investisseurs étrangers constituent un frein à l’essor de la devise chinoise. Pour le yen et la livre sterling, l’handicap provient de la taille réduite des économies japonaise et britannique.

     

    La zone euro, un marché riche, stable, fiable

    L’euro bénéficie d’une zone de chalandise de plus de 300 millions d’habitants disposant d’un fort pouvoir d’achat. Cette zone intègre plusieurs grands pays démocratiques comme l’Allemagne, la France, l’Italie ou l’Espagne. L’économie est relativement ouverte sur l’extérieur. Les décisions de la Banque centrale européenne font l’objet d’une publicité garantie d’une transparence certaine. En revanche, l’euro est pénalisé par la faible profondeur du marché financier qui repose sur 19 segments de dettes de taille diverse. En outre, depuis la crise grecque, ces marchés se renationalisent, les épargnants des différents pays financent une part croissante de la dette émise par leur pays d’origine. La segmentation des marchés financiers et l’absence d’une grande place de l’euro jouent également en défaveur de ce dernier. Ni Francfort, ni Paris n’ont réussi à s’imposer comme la grande place financière de l’Union européenne. Jusqu’au Brexit, ce rôle était dévolu à Londres.

    S’il y avait une dette unique souveraine de l’euro, liquide et de grande taille, la demande internationale pour cette dette serait plus importante. Le poids de l’euro dans les réserves de change augmenterait, la zone euro pourrait s’endetter auprès du reste du monde pour financer des investissements.

     

    Une dette européenne accroit le rôle de monnaie de réserve

    Le plan de relance européen du mois de juillet 2020 reposant sur l’émission d’une dette européenne devrait accroître le statut de monnaie de réserve de l’euro. Cet essor pourrait être facilité par les difficultés que rencontre le dollar en raison de l’augmentation très rapide de son endettement et des incertitudes politiques. Le passage du « soft-power » au « hard-power » encourage les investisseurs internationaux à se diversifier. Les Etats-Unis en imposant de plus en plus durement aux non-résidents certains aspects de leur politique (embargo, protectionnisme, mesures de rétorsions, normes, etc.), les États-Unis apparaissent de moins en moins prévisible, ce qui devrait nuire à terme au dollar.

  • Elections Consulaires, la date a été fixée :  30 mai 2021

    Elections Consulaires, la date a été fixée : 30 mai 2021

    Alors que les élections des conseillers des Français de l’Etranger qui devaient se tenir le dimanche 17 Mai 2020 ont été reportées une première fois en juin, elles le furent une seconde fois mais cette fois sans indiquer de date… C’est donc chose faite. Les élections auront lieu le 29 et 30 mai 2021 (le 29 pour le continent américain).  C’est que vient d’annoncer dans un courrier envoyé ce premier septembre par Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’Etat, aux Français résidant hors de France. 

     

    Une élection malgré la Covid-19

    En effet, face à la pandémie, quelles sont les garanties que tous les pays seront sorties de leur état d’alerte? Comment garantir à nos compatriotes qu’ils ne prendront pas de risques en allant voter ? Comment organiser sereinement une campagne si tout ou une partie du territoire de la circonscription est encore sous quarantaine, confinement ou avec des mesures empêchant les réunions ?

    Des enjeux constitutionnels et locaux

    Mais un nouveau report serait très difficile à instaurer. En effet, des élections des conseillers consulaires dépendent le renouvellement de l’Assemblée des Français de l’Étranger mais aussi celui des sénateurs qui siègent au sein de la vénérable assemblée du parc du Luxembourg à Paris. L’élection des sénateurs des Français de l’Etranger a déjà été postposée d’une année par rapport à leurs pairs renouvelés cet automne.

    Prolonger, donc une nouvelle fois, les mandats des élus choisis en 2014 pose des problèmes constitutionnels et de légitimité.  Rappelons que la communauté des Français de l’étranger a été fortement renouvelée en 7 ans, en particulier en Europe. Le secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne, l’a confirmé les élections des conseillers de l’Assemblée des Français de l’Etranger, par les tous nouveaux grands électeurs que seront les conseillers des Français de l’Etranger, auront lieu le 26 et 27 juin 2021.

    En sus, de nouveaux pouvoirs ont été conférés, lors de la réforme votée en 2019,  aux élus locaux que sont les Conseillers des Français de l’Etranger.

    Les Conseillers consulaires actuels vont, déjà, donc bénéficier dès le premier octobre des nouveaux droits et devoirs liés au statut de Conseiller des Français de l’Etranger issus de la réforme. A cette date, le Consul abandonnera la présidence du conseil consulaire pour un président élu par les membres du dit-conseil.  L’administration devra donc aussi se justifier en cas de non application d’une mesure demandée par le Conseil. Les élus pourront disposer des locaux du Consulat ou de l’Ambassade (section consulaire) pour organiser des réunions, des ateliers, ou des rencontres entre Français.  Désormais régis par la charte des élus locaux, ils voient leur protection juridique et leur formation se professionnaliser.

    Ces élections sont donc très importantes autant pour Paris que pour les expatriés et leur quotidien.

     

    L’organisation de l’élection, le défi à relever

    Cependant, la crise sanitaire et sa cohorte de mesures rendent l’ouverture de bureaux de vote très problématique. Chaque pays a mis en place sa propre réglementation, certaines, encore, incompatibles avec la réunion de centaines voir de milliers, pour les plus grosses circonscriptions (Londres, New-York, Bruxelles, Genève), de votants.

    Dans ces conditions comment respecter l’obligation d’égalité des citoyens face au vote ? 

     

    Le vote par internet ?

    Certains élus et associations prônent un 100 % vote électronique via une plateforme sécurisée en ligne.  Cette proposition fait suite à un test grandeur nature, effectué en janvier de cette année, pour minimiser autant que possible les risques de cyber-piratage. Réussi, le gouvernement avait déjà prévu de proposer cette option pour le vote initial de mars 2020. Il pourrait, donc par simplification et pour respecter l’égalité face au vote, décider de l’imposer comme seul mode de participation à l’élection.

    La menace d’une attaque fut la raison principale pour laquelle le vote électronique ne fut pas introduit pendant les présidentielles et législatives de 2017 chez les Français de l’étranger malgré des demandes récurrentes. En cas de doute, comme nous l’avait indiqué Martine Schoeppner, Membre titulaire du bureau de vote électronique, dans un précédent article :

     

    « il pourra être suspendu ( portail fermé)  pour une ou plusieurs circonscriptions. Les électeurs concernés seraient alors informés que leur vote est annulé. Ils devront procéder au vote papier ou procuration. » – Martine Schoeppner – Membre titulaire du bureau de vote électronique

     

    Il y a aussi  un autre inconvénient au tout électronique. Certaines catégories d’expatriés, et notamment les personnes âgées, ne sont pas, forcément, à l’aise avec les outils informatiques. Et pourtant ils sont souvent le coeur de la participation et ils souhaiteraient continuer à avoir la possibilité de se déplacer.

     

    9 mois pour décider !

    Le gouvernement et les autorités consulaires ont 9 mois pour répondre à toutes ces questions. Il faudra donc inventer des dispositifs adaptés à la situation sanitaire et respectueux de la constitution. Les voix des Français de l’Etranger méritent d’être entendues.

  • Macron de retour au Liban !

    Macron de retour au Liban !

    Le président français Emmanuel Macron est arrivé lundi soir à Beyrouth, la capitale du Liban, pour sa deuxième visite depuis la double explosion tragique du 4 août 2020 à l’occasion des 100 ans du Liban (dans sa forme moderne).

    Son objectif ? Résoudre une crise politique profonde qui a conduit ce pays au bord du chaos.

    Sans ménagement diplomatique, il a averti les dirigeants libanais qu’ils s’exposeraient à des sanctions s’ils ne parviennent pas à tracer dans les trois mois un nouveau cap pour leur pays.

    Les discussions avec les responsables politiques fait partie des points les plus sensibles de la visite d’Emmanuel Macron, notamment avec le puissant Hezbollah. De nombreux pays occidentaux, dont les Etats-Unis, refusent tout contact avec le mouvement chiite en raison de ses liens avec l’Iran et de ses activités “terroristes”.

    “On ne partage pas ses valeurs, mais est-ce que nous pouvons avoir un rôle utile en refusant qu’il soit autour de la table? Je pense que ce serait une erreur”, a justifié Emmanuel Macron à Brut.

     

     

    Le contrôle des finances publiques

    Dans un entretien accordé au média en ligne français Brut, le président français a affirmé qu’il voulait « connaître les vrais chiffres du système bancaire libanais », appelant à un « audit des comptes ». L’audit de la Banque du Liban constitue l’une des demandes formulées par le Président de la République. Sous pression, le ministre démissionnaire des Finances, Ghazi Wazni, a signé dans la journée les contrats d’audit de la Banque du Liban avec trois cabinets d’audit internationaux.

     

    « C’est la dernière chance pour le système ! C’est un pari risqué que je tente, j’en suis conscient… Je mets sur la table la seule chose que j’ai : mon capital politique » – Emmanuel Macron

    Déjeuner protocolaire et Patrouille de France 

    10 Alpha jets de la patrouille de France ont effectué une démonstration de vol aux couleurs du drapeau libanais à l’occasion du centenaire de la naissance du Liban dans ses frontières actuelles devant les Présidents Français et Libanais.  Un déjeuner au palais présidentiel de Baabda a suivi,  en présence du président de la Chambre Nabih Berry, du Premier ministre désigné Moustapha Adib et du chef du gouvernement sortant Hassane Diab. Etaient également présents les chefs des groupes parlementaires, les ambassadeurs des pays européens et de certains pays arabes, ainsi que les membres du groupe d’amitié Liban-France.

     

    Les Français auprès des libanais

    Dans une tribune publiée dans Le Figaro le 30 août et intitulée « Beyrouth blessée et le Liban tout entier saluent l’élan fraternel de la France », le président Libanais, M. Aoun affirme qu’ »après la double explosion qui a ravagé Beyrouth, le soutien immédiat de la France au pays du Cèdre et sa sollicitude, manifestés par le chef de l’État français lui-même, ont fait chaud au cœur et offert de l’espoir aux Libanais endeuillés et accablés ». « Une fois encore, la France mérite la gratitude du Liban et de son peuple », ajoute le chef de l’Etat libanais. « Nos modes de pensée, nos méthodes d’action et nos vieux réflexes, devenus inadaptés et en décalage avec les attentes de la population, devront être modifiés », reconnaît encore le président Aoun.

    Et si les nations sont proches, par leur histoire commune, c’est aussi grâce à la présence de communautés des deux nations dans les deux pays. 

     

    200 000 Libanais en France

    L’Hexagone compte aujourd’hui une importante communauté libanaise sur son territoire, estimée entre 120 000 à 200 000 personnes par l’ambassade libanaise à Paris. Pour relever le pays, la diaspora libanaise se mobilise. Comme à Lyon, en lançant des collectes auprès de ses membres. 

     

    « Si on arrive à toucher 500 familles sur toute la France, on peut atteindre les 5 000 euros par mois, ce qui n’est pas négligeable », rapporte Bassel Jawhar, de l’association DLEF à l’AFP.

     

    Une communauté française trés active

    La France au Liban, c’est 23 000 citoyens, 56 établissements scolaires et 8 instituts français. Mais aussi une multitude d’associations (une cinquantaine d’associations) de citoyens qui se réunissent pour partager leur expatriation ou l’amour du Liban. Elles ont particulièrement été actives  en organisant collectes de dons, de fonds mais aussi en faisant venir professionnels et techniciens pour aider à reconstruire le pays comme « Windows for lebanon » créée 48h après l’explosion.

    Jean-Baptiste Lemoyne avait déjà annoncé lors de sa venue le 20 aout la mise en place de nombreux mécanismes de soutien aux Français touchés par l’explosion et la crise de la Covid-19 mais aussi plus généralement aux Libanais. En effet, malgré les restrictions liées à la Covid-19, le gouvernement français a levé les obstacles à l’établissement de VISA. Ceux qui avaient été suspendus sont depuis valables.

    L’Etat français a aussi réorienté une partie du budget prévu pour les expatriés dans le cadre de la Covid-19 pour venir en soutien aux trésoreries des institutions françaises sur place. Les bourses scolaires d’exception ont été ouvertes aux enfants de nationalité libanaise.

     

    Un nouveau voyage en Décembre

    C’est donc, renforcé par les liens notre deux pays, que le chef de l’Etat a par ailleurs déclaré la France prête à accueillir en octobre une conférence internationale de soutien au processus de reconstruction du Liban.

    “Il faut qu’on continue à mobiliser toute la communauté internationale”, a-t-il promis, en annonçant son intention de réunir en octobre à Paris “une conférence internationale de soutien avec les Nations unies” pour lever de nouveaux fonds. Il a aussi assuré que la distribution de l’aide serait mieux coordonnée et contrôlée, alors que des ONG regrettent le manque de soutien.

    Cette visite avait  une dimension symbolique pour montrer que les Libanais sont “comme des frères pour les Français”, comme il l’a proclamé. Cependant, le chef de l’Etat a indiqué  qu’il y aurait « un mécanisme de suivi » aux discussions qu’il mène avec les responsables politiques « en octobre, puis en décembre ».

    « Je reviendrai en décembre », a précisé le Chef de l’Etat.

     

     

  • Une rentrée scolaire très particulière pour le réseau AEFE en Europe !

    Une rentrée scolaire très particulière pour le réseau AEFE en Europe !

    La rentrée scolaire 2020, concernant le réseau AEFE (agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger) s’annonce inédite dans le monde.

    L’Europe, qui fut le principal foyer de la Covid-19 pendant le printemps, s’apprête à vivre une rentrée inédite et sous haute tension. Alors masque ou pas masque ? Enseignement distanciel ou présentiel ? De nombreuses questions se posent après deux mois de vacances. Lesfrançais.press a pris le pouls à quelques heures d’une rentrée exceptionnelle à de nombreux niveaux.

     

    AEFE
    Copyright AEFE

    Le réseau AEFE : rappel et chiffres

    L’AEFE est le plus important réseau scolaire international. Outil d’influence et de rayonnement de la France, c’est un réseau mondial qui accueille également 60% d’élèves étrangers.

    La zone Europe représente 41 pays et compte 126 établissements. Ces établissements sont répartis de la manière suivante : 25 établissements en gestion directe ou EGD, 40 établissements conventionnés et 61 établissements partenaires. En tout, le réseau accueille 75 917 élèves dont 39 001 Français sur le continent. L’Europe représente 21,2% des effectifs du réseau. Le continent rassemble 1 888 personnels détachés par l’AEFE (32%) dont 185 expatriés et 1 700 résidents. Le continent c’est 4 zones de mutualisation.

    La crise sanitaire a touché rudement le réseau partout dans le monde. En Europe, l’enseignement s’est fait en grande partie en distanciel depuis mars avec, sur certaines zones, un retour partiel en présentiel dès mai.

    La pause estivale a été plus que bienvenue pour les élèves, les parents et les personnels enseignants avant d’embrayer sur une rentrée redoutée.

     

    Un été studieux pour certains et ressourçant pour tous !

    Les mois précédant les grandes vacances ont été éprouvants pour les professeurs, élèves et parents. Tous ont dû puiser dans leurs réserves pour finir une année scolaire anxiogène. La trêve estivale a été accueillie avec soulagement par tous ! Si beaucoup de familles ont dû adapter leurs projets de voyages en raison de la pandémie et des restrictions de déplacements, toutes ont profité de cette parenthèse plus qu’attendue.

    Marie Cordonnier, maman de trois enfants « AEFE » (en 5e, CM1 et CE1), présidente de l’association indépendante des parents d’élèves (AIPL)°du lycée Van Gogh d’ Amsterdam durant la pandémie, nous confia : « nous devions partir au bout du monde ce que nous n’avons finalement pas pu faire. Au final, nous avons préféré nous ressourcer en France auprès de nos amis et de notre famille. Une pause et des vacances détendues et régénérantes ! »

    Mehdi Benlahcen, professeur de Sciences économiques et sociales au lycée français de Lisbonne, mais aussi élu conseiller des Français de l’étranger au Portugal et AFE pour la péninsule ibérique et père de deux enfants de 6 et 10 ans nous explique ainsi avoir passé un été studieux durant lequel il a concocté des cours adaptés à un éventuel reconfinement tenant compte du virtuel. En famille, il a ensuite profité de vraies vacances bien méritées en restant cette année au Portugal.

     

    « Au bout de quelques semaines, les enfants ont surtout perfectionné leurs aptitudes à lever les divers secrets de Fortnite » – Jeremy michel – Conseiller des Français de Belgique

     

    Retour sur les mois de pandémie 

    Les mois de pandémie ont été éprouvants pour les familles et enseignants en Europe.

    L’enseignement à distance ne semble pas avoir été partout uniforme et de qualité constante.

    Jérémy Michel, conseiller des Français de l’étranger en Belgique et AFE pour le Benelux mais aussi et surtout parent de 3 enfants « AEFE » jusqu’en juin dernier, nota ainsi une cassure nette après des premières semaines studieuses et soudées. La rentrée des vacances de Pâques fut délicate et les enfants avaient pris un autre rythme avec des parents confrontés au casse-tête du télétravail. Il indique, non sans humour « Au bout de quelques semaines, les enfants ont surtout perfectionné leurs aptitudes à lever les divers secrets de Fortnite » soulignant d’ailleurs le rôle social adopté par le célèbre jeu du studio Epic Games.

    Comme de nombreux autres parents, il a regretté le manque de coordination durant cette période d’enseignement à distance. La multiplicité des plateformes (teams, skype), parfois le manque de coordination entre enseignants parfois ont, selon lui, créé de la confusion et mis les élèves (et leurs parents) face à des défis complexes !

    Certains parents interrogés parlent même d’une véritable chasse au trésor pour trouver les bons identifiants et mots de passe !

    Pour cette rentrée, Jeremy Michel espère qu’un bilan pragmatique et sans angélisme pourra être fait de la période d’enseignement à distance. Il appelle à une harmonisation si l’enseignement à distance devait se répéter. Il s’étonne en outre que les livres scolaires n’aient que très peu servi durant le confinement et ajoute la nécessité d’une plus grande souplesse à l’égard du programme en cette période inédite. Jeremy Michel fait naturellement confiance au corps enseignant pour mettre en œuvre, le cas échéant, les solutions adaptées.

    Ainsi que d’autres parents contactés, il déplore que le PAI (projet accueil individualisé) ait été négligé pendant cette période et sera particulièrement attentif à ce que cela ne reproduise pas…

    Sur une note positive, Marie Cordonnier nous explique que la période de pandémie a aussi été riche en créativité et nous annonce que la classe de 6e du lycée Van Gogh Amsterdam (nouvellement ouverte) a remporté le 1er prix des défis scientifiques en herbe ! Une belle motivation pour ces élèves à la veille de leur entrée en 5e!

     

    Une rentrée qui s’annonce en présentiel mais avec de nombreuses questions et défis !

    Sur la zone Europe, l’objectif actuel est une reprise en présentiel, échelonnée très souvent dans beaucoup de pays, sur la première semaine de septembre. Sur certaines zones comme le Portugal, l’éventualité d’une rentrée différée avait été évoquée avec la possibilité d’un raccourcissement des vacances de la Toussaint ou de février. Cette option ne sera finalement pas retenue.

    L’attente des consignes nationales et locales a confronté les établissements à de nombreux défis. Beaucoup de professeurs étaient encore en attente de leur emploi du temps lors de notre enquête.

    La question des masques se pose bien entendu pour les élèves mais aussi pour les professeurs. Faire des cours avec masque nécessite une volonté encore plus grande pour être audible et compréhensible de tous. Cela implique aussi une plus grande concentration pour les élèves et donc une organisation pédagogique différente.

    Mehdi Benlahcen s’interroge en outre sur le protocole qui sera appliqué si un cas positif se déclare au sein d’un établissement…

     

    Des protocoles sanitaires différenciés dans un but commun : lutter contre la pandémie

    L’AEFE articule ses protocoles aux protocoles nationaux ou régionaux des lieux où les établissements sont installés. La plupart des établissements ont publié le leur la dernière semaine d’août.

    Alexandre Bézardin, conseiller des Français de l’étranger en Italie, nous détaille ainsi les normes dans son pays de résidence. Premier pays lourdement touché par la crise de la Covid, cette nation compte un établissement conventionné, trois établissements EGD et deux établissements partenaires.

    Les normes en Italie sont nationales mais les régions italiennes ont la possibilité d’adopter les protocoles sanitaires en fonction des situations locales : distanciation d’au moins 1 mètre, port du masque obligatoire avec une durée des cours raccourcie (5-10 minutes) pour permettre aux enfants de retirer leur masque entre deux leçons), repas à horaires différents en fonction des classes, suppression vraisemblable des activités sportives au sein des établissements.

     

    Parfois, l’association des protocoles nationaux et locaux crée des situations inédites.

    Lycée Vincent Van Gogh site Amsterdam Copyright Hélène DEGRYSE
    Lycée Vincent Van Gogh site Amsterdam Copyright Hélène DEGRYSE

    Les autorités sanitaires et publiques des Pays-Bas ne croient pas par exemple à l’efficacité des masques dans la lutte contre la pandémie. Si une expérimentation a bien eu lieu dans certains quartiers d’Amsterdam et de Rotterdam, celle-ci prend fin le 31 août. Toutefois, au Lycée français Vincent Van Gogh (sites de La Haye et Amsterdam), le port du masque est obligatoire dès la 6e et pour tout le personnel enseignant. Cela créé un décalage avec le reste du pays qui lui mise sur la distanciation physique, les gestes-barrières, les tests et l’isolement volontaire pour lutter contre la pandémie.

    Certains parents s’étonnent de cela car la distanciation physique est respectée, notamment dans les classes du tout nouvellement créé Collège Van Gogh d’Amsterdam où les élèves sont en effectif restreint…

    En général, les protocoles partagés avec les parents du réseau détaillent les mesures de nettoyage des lieux et matériels, les gestes barrières, l’aménagement des espaces et la gestion des flux des espaces. Une note séparée détaille les heures de rentrée par niveau.

    Aux Pays-Bas, à Amsterdam, les seuls parents (1 par enfant) autorisés dans l’école la semaine de la rentrée sont ceux des PS, MS et des nouveaux élèves de Grande section.

    Les activités périscolaires sont, elles, aussi, soumises au protocole sanitaire, elles ne sont donc pas encore confirmées. Ces prochaines semaines devraient permettre de lever les interrogations quant à leur faisabilité. Dans certains pays, lors du déconfinement, les cours d’Echecs avaient ainsi été supprimés de l’offre car les conditions d’hygiène ne pouvaient être respectées.

     

    Le double défi de cette rentrée 2020 : retisser la confiance et remettre les élèves au travail !

    La période de confinement a parfois été synonyme d’un dialogue complexe entre l’AEFE et les parents.

    Jeremy Michel cite les courriers adressés aux parents par Olivier Brochet, directeur de l’AEFE, s’adressant à l’ensemble des parents du réseau alors que ceux-ci avaient besoin de proximité et d’un dialogue adapté à leur situation dans leur établissement.

    Marie Cordonnier souligne de son côté la bonne entente et la qualité du dialogue avec la direction de l’Ecole. En tant que responsable des parents d’élèves, elle a pu poursuivre le dialogue avec la direction et y a trouvé écoute et solutions. Elle ajoute que les décrochages potentiels ont été anticipés par les personnels.

    Ces besoins de proximité et de dialogue sont apparus dans de nombreux pays et les premières semaines de rentrée seront essentielles de ce point de vue.

    Plusieurs parents ont signalé la priorité donnée à l’enseignement du français et des mathématiques lors du retour au présentiel aux dépens des autres matières. Ils attendent une attention renouvelée pour toutes les matières.

     

    La question des frais de scolarité et des bourses scolaires au centre de la pandémie

    Mehdi Benlahcen explique que la grogne est bien présente chez les parents d’élèves. Le lycée de Lisbonne est ainsi le seul EGD à n’avoir pas accordé de réduction de tarif dans la péninsule ibérique.

    Jérémy Michel regrette également l’absence de réduction de tarifs. Selon lui, une proposition de réduction d’un montant même symbolique, aurait renforcé la confiance et souligné la considération envers les parents d’élèves qui financent, faut-il le rappeler, en majorité le réseau. Pour l’élu et père de 3 enfants AEFE (2 à cette rentrée), il s’agit là d’une occasion manquée de marquer des points. Dans un contexte plus large, il ajoute que le réseau AEFE et son système de bourses scolaires aux critères souvent inadaptés aux situations locales, exclut, de fait, de nombreuses familles qui n’ont pourtant pas des revenus élevés…

    Le contexte est donc tendu et la rentrée sera cruciale pour apaiser les esprits et renforcer un climat de confiance.

    Marie Cordonnier explique que l’établissement ne peut pas faire d’ajustement financier ou de réductions générales car ses postes de dépenses restent exactement identiques. En revanche, les familles qui affrontent des difficultés financières peuvent se mettre en relation directement avec les écoles qui proposent une bourse exceptionnelle par le biais du consulat. Elle évoque la possibilité de solutions sur-mesure avec la caisse de solidarité mais se demande si les familles oseront en faire la demande. Elle ajoute que les justificatifs demandés sont nombreux et découragent parfois les parents d’élèves.

    En Italie, de nombreux parents se sont plaints de l’absence de geste commercial envers les familles du réseau AEFE. La rigidité de l’opérateur sur ce point a été très mal perçue d’autant plus, rappelons-le, que 60% de nos élèves sont issus de familles étrangères…  Alexandre Bézardin ajoute que tous les établissements italiens ont eux accordé une réduction entre 10 et 15%. Les annonces concernant les bourses scolaires n’ont pas donné lieu à beaucoup plus de demandes car il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences économiques et sociales en Italie. Ces prochains mois seront décisifs dans tous les domaines.

     

    La rentrée 2020 reste sous tension avec de nombreux défis et des questions diverses. Les premières semaines seront cruciales pour une reprise sereine, en respect des protocoles sanitaires.

    L’auteure de cet article souhaite la meilleure rentrée possible aux élèves, parents et professeurs !

  • Plans de relance, COVID-19, Biélorussie, Turquie, Liban… Une rentrée plus que chargée pour la France et l’Allemagne

    Plans de relance, COVID-19, Biélorussie, Turquie, Liban… Une rentrée plus que chargée pour la France et l’Allemagne

    À période inédite, rentrée inédite. Les crises se sont succédé ces derniers mois et l’Union européenne est attendue sur tous les fronts : économique, diplomatique, sanitaire et climatique.

    Reprise du COVID-19, crises biélorusse, libanaise, malienne, vives tensions en Méditerranée entre la Grèce et la Turquie… Les sujets brûlants ne vont pas manquer pour les dirigeants européens en cette rentrée 2020. La crise économique perdure également, à l’heure où les différents plans de relance doivent se concrétiser et que le PIB des pays de l’OCDE a affiché « une baisse sans précédent » au deuxième trimestre, – 11,7 % pour l’Union européenne par rapport au premier trimestre de l’année, selon les estimations provisoires de l’organisation. Sans oublier l’urgence climatique, alors que cet été a de nouveau enregistré des records de températures.

    Paris-Berlin : une impulsion à pérenniser

    La France et l’Allemagne devront continuer à garder le cap, après avoir donné une forte impulsion et réussi, avec les États membres, le pari d’une dette mutualisée pour une partie des fonds alloués au plan de relance européen de 750 milliards d’euros. L’Allemagne a de plus pris la présidence du Conseil de l’UE depuis le 1er juillet, pour six mois, et se trouve donc à mi-parcours de son action.

    Alors que les chiffres du COVID-19 reprennent à la hausse de manière inquiétante dans plusieurs pays de l’Union, la rentrée scolaire sera masquée. Les écoliers allemands ont déjà repris les cours depuis mi-août pour certains, et en France, la rentrée s’effectuera mardi 1er septembre, avec pour les élèves de plus de 11 ans, l’obligation de porter un masque dans les lieux clos. Le 27 août, les chefs des Länder et la Chancelière Angela Merkel trouvaient un accord pour harmoniser les restrictions du pays relatives au virus, tandis qu’en France le Premier ministre Jean Castex indiquait que « des plans de reconfinement, territoriaux ou plus globaux » étaient prêts lors d’un point de situation à Matignon.

    Les députés français seront aussi de retour sur les bancs de l’assemblée, le 10 septembre. Bercy, qui présentera son plan de relance de 100 Mds€  ce jeudi, souhaite le voir voté par les parlementaires d’ici la fin de l’année, pour une mise en application en 2021. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire en a déjà dévoilé les principaux contours dans la presse : environ 40 mds€ viendront des 390 milliards d’euros de subventions du plan de relance européen, 3 milliards seront dédiés au soutien des PME, et une enveloppe de 30 mds€ pour la transition écologique a été annoncée par la ministre Barbara Pompili.

    L’Allemagne, qui avait de son côté déjà dévoilé son plan de relance national de 1100 mds€ en mars, abondé de 130 mds€ en juin, sera au rendez-vous du Conseil « Affaires économiques et financières » (Ecofin) informel, qui se tiendra les 11 et 12 septembre à Berlin, avant la session officielle qui aura lieu le 6 octobre à Luxembourg. Il devrait y être question de la mise en œuvre du plan de relance européen et de la révision du système fiscal, deux priorités majeures de la présidence allemande. Le Bundestag réouvrira quant à lui son hémicycle le 7 septembre.

    Mais la France et l’Allemagne devront aussi veiller au passage du plan de relance et du cadre financier pluriannuel de près de 1075 mds€ pour la période 2021-2027 devant les eurodéputés, qui s’y étaient opposés le 23 juillet. Les chefs des quatre principaux groupes politiques du Parlement ont également averti le 26 août qu’ils ne signeraient pas ce dernier sans accord officiel visant à conditionner l’octroi de fonds européens afin « d’accélérer la lutte contre l’érosion de la démocratie, de l’État de droit et des droits fondamentaux au sein de l’UE ».

    Le Parlement se retrouvera en séance plénière à Strasbourg le 14 septembre. En préambule, la commission budget se réunira ce lundi 31 août et le 1erseptembre, avec à l’ordre du jour des discussions sur les modalités budgétaires des propositions du Conseil européen, dont la prochaine réunion aura quant à elle lieu les 15 et 16 octobre.

    La diplomatie du bloc éprouvée

    Rentrée dense sur le plan diplomatique également. Les 27 et 28 août le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell a présidé à Berlin la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (Gymnich). Si le bloc avait parlé d’une seule voix le 14 août pour « sanctionner les responsables des violences, de la répression et de la falsification des résultats électoraux » en Biélorussie, les manifestations pacifistes et massives contre le président Alexandre Loukachenko se poursuivent et les États membres ne se sont pas accordés sur lesdites sanctions.

    Certains souhaitaient coordonner la réponse diplomatique européenne à la situation à Minsk à celle d’Ankara, suite aux vives tensions avec la Grèce au sujet d’un forage gazier découvert en Méditerranée orientale. Mais le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s’y est opposé. Les autorités chypriotes ont, elles, laissé entendre qu’elles pourraient bloquer les sanctions envers la Biélorussie à moins que les pressions européennes ne s’intensifient à l’égard de la Turquie. « Nous ne voulons pas que l’UE ait deux poids, deux mesures, ou que des ambiguïtés persistent », a annoncé le ministre des Affaires étrangères Nikos Christodoulides. Chypre a effectué un exercice militaire conjoint avec la France, l’Italie, et la Grèce le 26 août. Aucune décision relative à la mise en œuvre de mesures punitives contre la Turquie n’est attendue avant que les leaders européens n’organisent un sommet extraordinaire ou que les ministres des Affaires étrangères se rencontrent fin septembre.

    Concernant la crise ravivée au Liban suite à l’explosion sans précédent dans le port de Beyrouth, le Secrétaire d’État français chargé des affaires européennes Clément Beaune s’était félicité le 14 août de la mobilisation totale de la France et de l’UE.

    « Sur les plus de 250 millions d’euros promis lors de la conférence de soutien et d’appui initiée par Emmanuel Macron, plus de la moitié vient de l’Europe ».

    Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian en a appelé sur RTL le 27 août à la responsabilité des autorités libanaises pour « mettre en œuvre un gouvernement de mission, qui puisse assurer les réformes indispensables, (…) autrement la communauté internationale ne sera pas au rendez-vous, on ne va pas signer de chèque en blanc (…) ». Les États membres s’étaient réjoui du cessez-le feu et de l’annonce le 21 août de la tenue prochaine d’élections au Liban. Mais la situation reste toutefois très instable. Le président de la République Emmanuel Macron retournera à Beyrouth le 1erseptembre, a confirmé l’Élysée.

    Le coup d’État au Mali survenu dans la nuit du 18 au 19 août inquiète également. Condamné par la France, ainsi que par les 26 autres États membres, l’Union européenne a décidé de geler ses formations militaires au Mali. Celles-ci étaient destinées à soutenir les efforts de stabilisation du pays et la démocratisation de l’armée.

    L’Allemagne et la France auront en outre un rendez-vous important le 1erseptembre à Vienne, où se tiendra une réunion de la Commission mixte sur l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), présidée par l’UE, alors que le président américain Donald Trump persiste à vouloir rétablir contre Téhéran les sanctions préexistantes à l’accord conclu en 2015 par son prédécesseur. Une situation qui semble s’être débloquée d’un cran, l’Iran ayant autorisé le 26 août l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à accéder à deux sites nucléaires, après avoir refusé pendant de nombreux mois. « C’est un pas dans la bonne direction », a salué la diplomatie française, qui avait, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, présenté une résolution à l’AIEA en ce sens en juin dernier.

    Climat : l’année de tous les records

    Enfin, autre dossier brûlant et pas des moindres : le climat. Encore un été caniculaire, où plusieurs records de températures ont été observées en France et ailleurs dans le monde, Arctique inclus. Si le jour du dépassement était cette année le 22 août, près d’un mois plus tard qu’en 2019, les mesures de confinement et le fort ralentissement de l’économie mondiale en sont la seule cause. Personne n’est dupe. Le sujet reste donc central, alors que la Commission européenne présentera des propositions en septembre pour relever l’objectif climatique de l’UE pour 2030, dans le cadre de son Green deal. Les fonds dédiés à l’urgence climatique dans le cadre de la relance économique, qu’ils soient nationaux ou européens, seront très observés. D’ailleurs, plusieurs membres du mouvement « Fridays for Future » (FFF), dont la militante suédoise Greta Thunberg, ont eux aussi fait leur rentrée, en rencontrant Angela Merkel le 20 août.

    Un article de notre partenaire

  • La dette européenne renforce l’euro

    La dette européenne renforce l’euro

    A travers le dollar, les États-Unis bénéficient d’un atout de premier ordre dont ne dispose pas encore la zone euro. Le dollar est la monnaie de réserve mondiale par excellence, offrant une situation de rente à son émetteur.

    Ce monopole pourrait être remis en cause dans les prochaines années sous réserve du respect de quelques conditions. 62% des réserves de change sont en dollars contre 20% pour l’euro, le yen, la livre sterling et le renminbi chinois se partageant le reste. Cette position dominante du dollar permet aux États-Unis de s’affranchir de la contrainte de l’équilibre commercial. Elle offre, en outre, la possibilité de financer un investissement structurellement supérieur à leur épargne en accumulant de la dette extérieure à un taux d’intérêt faible.

     

    Le Dollar, 60% des réserves de change.

    Aux États-Unis, en moyenne, le taux d’investissement est supérieur de deux points de PIB au taux d’épargne. La dette extérieure nette américaine s’élève à 58% du PIB en 2019, elle était nulle en 1990. Les achats nets liquides et monétaires par les non résidents représentent, en moyenne, 1% du PIB quand les achats d’obligations atteignent 2% du PIB. Les encours de Treasuries détenus par les non-résidents sont passés de 400 à 7 000 milliards de dollars de 1990 à 2020. La zone euro est dans la situation inverse des États-Unis. Elle dégage un important excédent au niveau de la balance des paiements courants, autour de 2 % du PIB en moyenne, ces dernières années. L’épargne est élevée et supérieure de plus de deux points de PIB à l’investissement. Par ailleurs, la dette extérieure de la zone euro est nulle.

    L’Europe finance la croissance à l’extérieur de ses frontières, que ce soit en Asie ou aux États-Unis. Le sous-investissement chronique pèse sur sa croissance potentielle. De 1998 à 2019, la croissance a ainsi augmenté de 62 %, aux Etats-Unis, contre 35 % au sein de la zone euro.

    Le dollar est une monnaie de réserve en raison du poids des États-Unis en tant que première puissance économique et gendarme du monde. Son statut de monnaie de réserve, le dollar le doit également au montant de la dette fédérale. Celle-ci est importante, 25 000 milliards d’euros d’obligations et de titres monétaires provenant d’un seul émetteur.

     

    Seul l’euro peut lui faire concurrence

    Le dollar est pour le moment sans concurrent. Seul l’euro pourrait le contester dans les prochaines années. Malgré le rôle de première puissance commerciale qu’occupe la Chine, le renminbi n’est pas en capacité de prendre la place du dollar. La devise chinoise pâtit de la faiblesse de son marché financier, de l’absence de transparence de sa banque centrale ainsi que du caractère peu démocratique de son régime politique. Les autorités chinoises entendent renforcer le renminbi. Elles ont créé ainsi la Banque Asiatique d’Investissement afin de concurrencer le FMI. Néanmoins, les restrictions économiques pour les investisseurs étrangers constituent un frein à l’essor de la devise chinoise. Pour le yen et la livre sterling, l’handicap provient de la taille réduite des économies japonaise et britannique.

     

    La zone euro, un marché riche, stable, fiable

    L’euro bénéficie d’une zone de chalandise de plus de 300 millions d’habitants disposant d’un fort pouvoir d’achat. Cette zone intègre plusieurs grands pays démocratiques comme l’Allemagne, la France, l’Italie ou l’Espagne. L’économie est relativement ouverte sur l’extérieur. Les décisions de la Banque centrale européenne font l’objet d’une publicité garantie d’une transparence certaine. En revanche, l’euro est pénalisé par la faible profondeur du marché financier qui repose sur 19 segments de dettes de taille diverse. En outre, depuis la crise grecque, ces marchés se renationalisent, les épargnants des différents pays financent une part croissante de la dette émise par leur pays d’origine. La segmentation des marchés financiers et l’absence d’une grande place de l’euro jouent également en défaveur de ce dernier. Ni Francfort, ni Paris n’ont réussi à s’imposer comme la grande place financière de l’Union européenne. Jusqu’au Brexit, ce rôle était dévolu à Londres.

    S’il y avait une dette unique souveraine de l’euro, liquide et de grande taille, la demande internationale pour cette dette serait plus importante. Le poids de l’euro dans les réserves de change augmenterait, la zone euro pourrait s’endetter auprès du reste du monde pour financer des investissements.

     

    Une dette européenne accroit le rôle de monnaie de réserve

    Le plan de relance européen du mois de juillet 2020 reposant sur l’émission d’une dette européenne devrait accroître le statut de monnaie de réserve de l’euro. Cet essor pourrait être facilité par les difficultés que rencontre le dollar en raison de l’augmentation très rapide de son endettement et des incertitudes politiques. Le passage du « soft-power » au « hard-power » encourage les investisseurs internationaux à se diversifier. Les Etats-Unis en imposant de plus en plus durement aux non-résidents certains aspects de leur politique (embargo, protectionnisme, mesures de rétorsions, normes, etc.), les États-Unis apparaissent de moins en moins prévisible, ce qui devrait nuire à terme au dollar.

  • Olivier Brochet, directeur de l’AEFE, définit les priorités de l’année scolaire dans un podcast Video

    Olivier Brochet, directeur de l’AEFE, définit les priorités de l’année scolaire dans un podcast Video

    Olivier Brochet, directeur de l’AEFE, adresse son message de rentrée aux communautés scolaires du réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger.

     

    Retranscription du message :

    Mesdames, messieurs, chers enseignants, chers parents, chers élèves depuis un mois l’année scolaire a repris dans les établissements du rythme au sud dans quelques jours ce sera une nouvelle rentrée pour tous les autres établissements du réseau.

     

    J’espère que vous avez tous pu vous reposer durant ces vacances et je souhaiterais comme chaque année vous souhaitez simplement et sincèrement une bonne rentrée même si nulle part elle ne sera une rentrée comme les autres dans les 5 134 établissements du réseau.

     

    12 de plus que l’an passé et je veux souhaiter en notre nom à tous la bienvenue à ces nouveaux établissements et aux 5000 élèves qui nous rejoignent dans ce réseau exceptionnel de l’enseignement français à l’étranger.

    Votre arrivée parmi nous prend une importance toute particulière en cette rentrée si complexe car elle nous rappelle la force et l’attractivité de l’enseignement français à l’étranger dans ses tourments de planétaire provoquée par la crise sanitaire de la Covid 19.

     

    Voici en effet six mois que nous sommes plongés dans cette crise qui bouleverse nos vies parfois de façon dramatique j’ai d’abord une pensée émue pour celles et ceux qui ont été victimes de cette épidémie. Mais aussi également pour les familles libanaises touché par l’épouvantable drame qui a frappé Beyrouth 4 août dernier et qui n’a pas épargné les communautés scolaires à tous je veux exprimer notre sympathie et notre solidarité.

     

    Cette crise qui frappe le monde depuis le mois de janvier n’a épargné aucun pays aucune communauté aucune structure partout elles plongeaient nombreuses familles dans l’angoissé du lendemain notamment au plan économique et dans l’inquiétude sur l’éducation de leurs enfants. Depuis six mois les élèves ont vécu des mois difficiles loin de leurs enseignants et beaucoup voient arriver une nouvelle année scolaire sans imaginer encore comment elle se déroulera.

    Les équipes de direction et les enseignants après des mois de travail considérable que je veux saluer avec reconnaissance n’ont pas tous pu profiter comme il l’aurait souhaité de leurs congés et tous n’ont cessé de penser à la future organisation des établissements et de leur pédagogie pour cette nouvelle année.

     

    Les gestionnaires qu’ils soient publics associatifs ou privés ont affronté les multiples difficultés du printemps dernier et il prépare la rentrée sur la base de scénarios complexes et obligeant à prendre parfois des décisions difficiles pour garantir la pérennité de l’établissement.

     

    Dans cette tourmente, tous les établissements en gestion directe conventionné ou partenaires, toutes les familles françaises ou étrangères, toutes les équipes pédagogiques ont tenu. A leur côté, l’État et son opérateur public sont présents depuis l’apparition de la crise.

     

    L’agence à apporter son aide à tous pour organiser l’enseignement à distance d’abord plus de 90 mille opérations de formation et d’accompagnement ont été organisées au bénéfice des équipes pédagogiques. Les circulaires régulièrement mises à jour ont été réalisés pour aider les équipes à s’organiser pour l’enseignement à distance, mais aussi pour préparer la reprise de la rentrée.

    Ces mois passés nous laissent un acquis important pour nous pour les équipes nous savons que quelles que soient les conditions dans lesquelles se déroulera la rentrée, quelles que soient les mesures que nous serions obligés de prendre en cas de reprise épidémique dans un pays aujourd’hui épargné. Nous saurons faire ce que nous ne savions pas faire en janvier dernier.

     

    Ce soutien pédagogique fera donc l’objet d’une enquête de rentrée dans tous les établissements pour identifier ensemble, enseignants, élèves, parents ce qui peut être encore amélioré pour renforcer notre capacité de réponse.

    S’’agissant des examens le bac et le brevet ont été organisés en tenant compte de la situation inédite et les résultats sont bons comme chaque année.

    99 % de réussite, 85 % de mentions dont 35 % de mentions très bien.

    Aucun candidat n’a été lésé et 12 1744 ont confirmé au moins veut sur parcours sup pour ceux qui souhaitent poursuivre leurs études en France et ils ont été accompagnés par l’agence.

     

    Nous travaillons actuellement avec le ministère de l’éducation nationale de la jeunesse et des sports à préparer les épreuves de fin d’année pour les établissements du rythme sud et je veux assurer aux familles aux élèves qu’ils bénéficieront d’une organisation à la hauteur de celle mise en place dans le rythme nord et j’en suis sûr les résultats seront aussi bons.

     

    Il fallait, aussi, compléter cet engagement pédagogique par un soutien solidaire aux familles et aux établissements engagés dès le mois de juin.

     

    Le plan de soutien voulu par nos autorités et validé par son conseil d’administration va continuer de soutenir les familles et les établissements suivants les axes qui seront validées dans les prochains jours par nos autorités et par notre conseil d’administration.

    Et nous allons tout faire aux côtés des établissements pour garantir que tous les élèves auront accès à l’éducation que nous leur devons, quelles que soient les circonstances !

    Nous y travaillons avec les chefs d’établissements depuis le mois de juin sur la base de scénarii de rentrée et nous allons les épauler dans la mise en œuvre.

    La majorité des établissements va pouvoir rouvrir ! C’est une excellente nouvelle ! Partout la sécurité sera notre priorité et tous devront adopter des mesures spécifiques adaptés à la réglementation locale et tenant compte si nécessaire des prescriptions françaises.

    Ceci se traduira par fois par la mise en place d’un enseignement en présentiel quand cela est possible. Cela va exiger beaucoup des élèves et de leurs enseignants ainsi que des équipes de direction.

    Mais je sais que tous auront à cœur de réussir cette rentrée.

    Cette nouvelle année est portée par la joie de se retrouver pour de bon !  Tous ne connaîtront pas malheureusement pas ce plaisir et j’ai une pensée forte et solidaire pour les communautés scolaires des établissements du rythme sud d’Amérique latine qui ont repris l’année scolaire du 1er août dernier en enseignement à distance sans perspectives pour la quasi-totalité de pouvoir se retrouver dans leur établissement.

    Plusieurs dizaines d’établissements du rythme nord vont aussi malheureusement connaître une rentrée en distance.  J’espère pour le moins longtemps possible !

    Je sais que partout les équipes vont faire l’impossible pour limiter les conséquences d’une telle rentrée et l’AEFE sera totalement à leurs côtés.

    Nous sommes pleinement conscients néanmoins de la déception, qu’une telle rentrée va provoquer chez nos élèves qui découvriront leurs enseignants par le truchement d’un écran, de la difficulté pour les familles de continuer d’accompagner la scolarité de leurs enfants dans ces conditions. Sans oublier les difficultés pour nos enseignants de construire un parcours pédagogique. Nous serons particulièrement attentifs à ce qui peut être fait pour limiter l’impact négatif d’une telle situation en particulier pour les plus jeunes et pour les non francophones.

    Soyez vraiment assuré que l’agence sera attentive et solidaire !  Elle le sera aussi à l’égard des établissements homologués du Liban et de Beyrouth en particulier.  Ils affrontent une situation absolument dramatique.

    Mesdames et messieurs, cette crise nous aura appris beaucoup. Elle nous aura conduit à innover plus que jamais. Il faut en tirer les leçons pour l’avenir, améliorer ce qui peut l’être. Ensemble nous conforterons notre réseau qui n’a absolument pas à rougir de ce qui a été fait bien au contraire !  Et cela nous laisse regarder l’avenir avec confiance en cette rentrée si particulière après des mois difficiles pour la scolarité des enfants. Je crois tout d’abord particulièrement qu’il est important de donner du temps au temps, sur le plan pédagogique pour permettre à tous de faire le point dans la classe, consolider les bases et entrer progressivement dans la nouvelle année.

    Toutes les équipes ont été invités à suivre une méthodologie en ce sens sur plusieurs semaines et j’ai pleinement confiance dans les enseignants pour construire les parcours pédagogiques adaptés à leurs élèves.

    Je veux ici les remercier une nouvelle fois ainsi que les équipes administratives et de direction pour leur engagement, leur réactivité et les encourager en ce début d’année.

    Deuxième principe majeur pour réussir cette rentrée c’est la nécessité de développer partout à tous les niveaux un dialogue de qualité. Les instances de débats et de décisions prévues par l’homologation sont plus que jamais indispensables à la bonne gestion des établissements avec pour objectif de créer des consensus sur les décisions les plus importantes à commencer par celles relatives à la sécurité.

    L’AEFE aussi emploiera à cet objet des aidants. Par mes responsabilités à l’égard du réseau, je poursuivrai un dialogue soutenu avec les fédérations des représentants des parents d’élèves avec les organisations syndicales et avec les comités locaux. C’est dans un dialogue exigeant mais confiant, respectueux de tous. Les priorités sont la sécurité de tous et la réussite de nos élèves quelles que soient les conditions locales. Ensemble nous réussirons cette nouvelle année.

    Soyez assurés de ma détermination et de mon engagement avec les équipes de l’AEFE à vos côtés pour travailler à ce que cette année soit une belle année scolaire réussie malgré les circonstances que nous aurons à gérer.

    Bonne rentrée à toutes et à tous

     

  • Naissance de notre meilleur ennemi, la Turquie.

    Naissance de notre meilleur ennemi, la Turquie.

    J’allume, tu es mort.  Illuminer un navire, pour les marins, est un acte de guerre.

    Trois fois, en juin, « Le Courbet » a subi une illumination radar de la part d’un navire turc, qui protégeait un cargo de contrebande livrant des armes en Libye, violant comme chaque semaine l’embargo des Nations-Unies.

    Depuis, la Turquie a continué les livraisons et multiplié insultes et manœuvres militaires, et prétend forer dans les eaux grecques et chypriotes. Cela irrite les plus cléments, Américains et Allemands. Ivresse du pouvoir, haute stratégie ?

    Erdogan est dans une situation intérieure difficile. L’économie turque plonge, le pays est divisé, la question kurde brûle, la démocratie étouffe. L’opposition a pris Istanbul. Il y a quelques années, la Turquie modernisait sa justice, ouvrait son économie, frappait aux portes de l’Europe. Aujourd’hui, après une série de purge, elle se militarise. Le ministre de la défense, le général Hulusi Akar, l’homme de l’épuration, en est l’étoile montante. Guerre en Syrie, au Kurdistan, en Lybie, conflit à Chypre, en Grèce : Erdogan a besoin d’ennemis pour souder ses troupes dans un réflexe nationaliste, réflexe banal du coup de menton quand le cerveau s’atrophie.

    Les caisses sont vides, les prisons pleines.

    Sans réussite. Erdogan resserre sa poigne, s’il la relâche, il tombe. Suite au coup d’Etat d’il y a trois ans, appelé par dérision le mou d’Etat, 77 000 personnes sont encore en prison (dont 17 000 femmes et 750 enfants), 240 000 attendent d’être traduites en justice, 150 000 fonctionnaires ont perdu leur emploi – selon le gouvernement. La première raison du durcissement d’Erdogan est donc du à sa fragilité intérieure.

    Ses faiblesses sont réelles. La Turquie accueille des millions de réfugiés. Les Kurdes forment un quasi Etat à la frontière ; ceux de Turquie voient en Erdogan un tyran. Le Kemalisme traditionnel est toujours vivace. La confrérie Gülen n’est pas un mirage.

    La volte face diplomatique d’Erdogan parait cependant absurde. Il aurait plutôt besoin d’amis. Grand allié des Etats-Unis, il flirte avec les Russes. Sunnite, il sympathise avec les Perses, chiites. Candidat à l’Europe, il la menace.

    Grace à l’Iran, remplacer l’Arabie

    Le virage d’Erdogan s’explique par la stratégie des Frères musulmans, dont il est un des relais. L’enjeu : la domination du monde musulman. Leur adversaire : l’Arabie saoudite. Ce qui explique le soutien turc à l’Iran, leur ennemi, au Hamas, au Hezbollah, au gouvernement de Tripoli, lui aussi dans la mouvance des Frères, et la haine du Maréchal Sissi, qui a renversé le Président Morsi, chef des Frères musulmans d’Egypte.

    L’Iran, perse et chiite, ne peut devenir le leader du monde arabe. En revanche, l’Iran affaiblit l’Arabie, ce qui peut laisser la place à un autre pays. Erdogan est candidat. Cette stratégie peut réussir. Les Saoudiens sont faibles, les Etats-Unis se retirent, l’Europe laisse faire.

    Erdogan a choisi la France pour adversaire. Elle ne laisse pas faire. Elle reste la seule puissance diplomatique européenne, avec son siège au Conseil de sécurité. Elle est la seule à avoir une puissance militaire, une influence diplomatique. Mais c’est un puissance faible, bonne cible.

    La France, une bonne cible

    Elle représente l’esprit laïc, une référence en Turquie pour tous les ennemis d’Erdogan. Elle a une population musulmane sur son sol, des réseaux animés par les Frères. Elle soutient les Arméniens. Elle a fermé la porte de l’Europe à la Turquie. Enfin, Turquie et France n’ont pas de vrais différents, aussi une volte face négociée est possible, d’autant que les Français voudront la paix plutôt que la guerre. La France est donc un bon ennemi pour Erdogan.

    Quand Erdogan dénonce le néocolonialisme de la France, il veut flatter les Arabes mais rappelle la puissance des Turcs, un peuple qui, venant de l’Altaï, a pris Constantinople et s’est installé à Alger, razziant les côtes méditerranéennes, transformant les enfants chrétiens en esclaves soldats. Or, en Afrique du nord, comme en Méditerranée orientale, c’est la France qui chassé les Turcs, d’Alger, de Salonique, d’Alep. Un petit air de revanche rappelle grandeur passée et fierté bafouée.

    Enfin des alliances pour la France

    Que doit faire la France ? Ce qu’elle fait. Alors qu’elle n’avait pas de stratégie en Méditerranée – si elle en avait eu une, elle aurait pu prévenir ces conflits- elle active enfin des alliances : Grèce, Italie, Egypte et enfin, Algérie, Tunisie. Oblige l’Europe, peu à peu, à ouvrir les yeux. Pour la première fois, l’Allemagne songe à sanctionner les Turcs.

    La Turquie ne peut compter sur personne. Pas même sur le Qatar, qui finance les Frères, ni sur la Russie, qui n’y voit d’intérêt que de gêner les Etats-Unis et l’Europe, ni sur les Etats-Unis, car la santé de la Turquie dépend de la Réserve fédérale américaine. Et, dans le monde arabe, qui veut vraiment des Frères, qui voudrait d’un leadership turc ?

    Erdogan fait miroiter des poches de gaz en mer noire ou en mer de Chypre pour rassurer les préteurs. Mais il n’a rien. Il existe des Zones économiques exclusives (ZEE) reconnues entre Chypre, Grèce, Egypte, Israël. La Turquie n’a aucune zone économique en Méditerranée, les îles de la côte turque sont grecques. Un peu comme Jersey, face à la côte française, est anglaise. Parce que même les côtes, avant, étaient peuplées de Grecs, qui en furent chassés. Son gaz en Caspienne risque de n’être que du vent. Erdogan n’a donc pas de gaz à apporter en garantie. A moins qu’on ne le lui cède. Et ne donne aucune fiabilité stratégique.

    La Turquie sert la France

    Le jeu de la Turquie sert la France. Justifie sa marine, son autonomie diplomatique, sa capacité à parler avec tout le monde. La rapproche de l’Algérie, de l’Egypte, des Saoudiens, des Emirats, d’Israël, sans la fâcher avec le Qatar. Lui redonne une place positive dans les Balkans. Légitime un rôle de leader diplomatique, utile à l’Europe. Démontre que l’alliance avec l’Allemagne, malgré les divergences d’intérêt à court terme, fonctionne.

    La présence militaire française interdit désormais à la Turquie une opération guerrière, comme celle qui lui permit d’occuper par surprise le tiers de Chypre en 1974.

    Ce n’est donc pas un navire turc que la marine française pourrait illuminer bientôt : c’est Chypre. Une initiative pour la réunification de Chypre rappellerait que le droit international, parfois, a force de loi. Ce serait un excellent signe pour tous ceux qui pensent, au Moyen-Orient, en Europe, et même en Asie, que le règne du chantage, du fait accompli, est le seul qui vaille. Servir le droit, beau rôle pour La Royale.

     

    Laurent dominati
    Laurent dominati

    Laurent Dominati

    Fondateur de lesfrançais.press

    Ancien Ambassadeur de France, ancien Député de Paris

     

     

     

     

● Radio en direct
En pause