En juin dernier, la décision de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit à l’avortement de la Constitution avait fait l’effet d’une bombe en Occident. En Europe, de nombreuses voix se sont élevées pour rappeler l’avancée que représente ce droit fondamental pour les femmes, celui de disposer de leur corps. En France, en quelques jours, quatre propositions de loi ont été déposées au Parlement. Au Sénat, les communistes, socialistes et écologistes ont déposé un texte commun qui était débattu ce 19 octobre dans la haute assemblée du Palais du Luxembourg. Son objet, faire inscrire le droit à l’avortement dans la constitution, et c’est Mélanie Vogel, sénatrice des Français établis hors de France (EELV), qui défendait cette proposition.
Manifestation de soutien au droit à l’avortement en juin 2022 à Paris
Une disposition soutenue par l’Assemblée des Français de l’étranger
Si la proposition de la sénatrice des Français de l’étranger a été rejetée par le sénat, elle fut soutenue unanimement par les expatriés à travers les voix de leurs élus à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE). En effet, lors de la dernière session de l’AFE, qui s’est conclue début octobre, Mélanie Vogel était venue exposer son texte permettant à terme d’inscrire le droit à l’avortement dans la constitution. Et comme le rappelle Hélène Degryse, la présidente élue de cette assemblée, les 4 groupes politiques la constituant avait voté comme un seul homme leur adhésion à ce projet.
Si les Français résidant hors de France étaient prêts à passer le cap, la sénatrice des Français de l’étranger, Mélanie Vogel, a été victime de l’adage « nul n’est prophète en son pays ». Ainsi malgré que 7 groupes politiques la soutenaient, Les Républicains, archi majoritaires parmi les sages, ont rejeté la proposition ce 19 octobre 2022.
Des élus peu solidaires
Parmi ceux qui ont voté non, on retrouve les élus Les Républicains des Français de l’étranger, qui ont préféré la solidarité avec leur groupe que celle avec les élus consulaires qui les ont pourtant élus et qui avaient, LR compris, voté pour à l’AFE.
Ainsi, Jean-Pierre Bansard, Évelyne Renaud-Garabedian, Christophe-André Frassa, Joëlle Garriaud-Maylam, Damien Regnard, ont voté contre cette résolution. Seul Ronan Le Gleut, président de la fédération Les Républicains pour les Français hors de France, a fait le choix de s’abstenir. On remarque que parmi ces derniers, deux femmes ont voté contre le texte.
Un sujet clivant
Si le texte a été rejeté, avec 172 voix contre, il a eu le mérite de mettre le sujet sur la table, et en 2022, il est encore clivant. Les observateurs ont pu le constater avec des échanges parfois vifs qui ont tourné à l’affrontement droite-gauche, le droit à l’avortement a réussi à ressusciter les clivages du XXème siècle ! Une situation qui n’a pas manqué de mettre en colère Mélanie Vogel.
« La majorité sénatoriale a fait le choix de s’inscrire contre la volonté de 81 % des Françaises et des Français (…) Cette bataille n’est pas terminée. Elle commence à peine ! »
Mélanie Vogel, sénatrice des Français de l’étranger
Et la sénatrice des Français de l’étranger a raison d’indiquer que le parcours législatif ne fait que commencer. Deux propositions de loi constitutionnelle similaires sont dans les tuyaux à l’Assemblée, à l’initiative de la Nupes et du groupe Renaissance. Au Palais-Bourbon, les macronistes veulent porter leur texte le 9 novembre en commission des Lois, et la semaine du 28 novembre dans l’Hémicycle.
Il y a quelques semaines, le Sénateur des Français de l’étranger Olivier Cadic était à Londres où il a rencontré le nouveau Consul Samer Melki, nommé cet été dans la capitale britannique.
Sur sa page LinkedIn il a évoqué leur entretien.
“Nous avons échangé durant près de trois heures sur notre communauté établie outre-Manche, la nécessité de recréer un lien qui s’est distendu suite au double traumatisme du Brexit et de la Covid. J’ai apprécié son regard neuf sur le poste, son expérience solide acquise entre autres au cabinet de Jean-Yves Le Drian et sa détermination pour servir notre communauté avec le même esprit que ses prédécesseurs. Son premier objectif est de résorber le stock de demandes de passeports ou de cartes nationales d’identité qui s’est accumulé durant ces 30 mois de crise. Pour lui permettre d’y parvenir, le ministère a consenti à renforcer l’équipe de plusieurs agents entre septembre et décembre 2022. Plus de 32 000 titres ont été délivrés à fin septembre 2022. Le record de 40 600 titres délivrés en 2019 pourrait être battu dès cette année. Londres est également le poste qui a délivré le plus de visas au monde dans notre réseau. Cette croissance nécessite de réfléchir en permanence à une optimisation de l’accès au consulat.”
Olivier Cadic – Sénateur des Français de l’étranger
Un parcours dans les règles de l’art
Samer Melki succède donc à Guillaume Bazard comme Consul de France à Londres. Cet énarque (promotion Aristide Briand / 2006-2008) officiait ces dernières années comme conseiller diplomatique du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, où il s’était spécialisé sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Son expérience de vice-consul de France à Jérusalem, où il traita particulièrement des affaires liées à l’autorité palestinienne lui en donnait la légitimité.
Depuis le mois de juillet 2022, il est donc Consul général de la première communauté de Français hors de France, une promotion pour le jeune conseiller.
Nouveautés au Consulat
Et c’est donc avec un esprit jeune et neuf que Samer Melki arrive dans la capitale britannique avec un dynamisme et une volonté de faire évoluer la relation entre les Français installés sur place et le consulat. Et ça a commencé dès sa prise de fonction avec un renforcement des équipes pour permettre aux expatriés de renouveler leur passeport ou pièce d’identité. Ainsi, désormais, le consulat ajoute de nouveaux rendez-vous entre 9h et 9h30 pour le jour même. L’agenda est ouvert à 60 jours, c’est-à-dire que les rendez-vous de la journée J+60 sont mis en ligne à 18h tous les jours (sauf exceptions, par exemple si le 60e jour est un week-end ou un jour férié).
Le Consulat en ajoute de nouveaux sur son site Internet du lundi au vendredi entre 9h et 9h30 pour des rendez-vous le jour même, et entre 11h et 12h pour des rendez-vous entre J+1 et J+59. Une nouvelle application de prise de rendez-vous est, aussi, accessible pour les démarches passeports et cartes nationales d’identité au consulat général de France à Londres. Le site web est donc plus moderne, plus facile d’accès pour les Français au Royaume-Uni.
Samer Melki semble faire de la proximité sa marque de fabrique. Car si le lien entre la France et ses concitoyens expatriés ou binationaux passe par de bonnes relations avec le consulat, le nouveau Consul sait aussi que les associations, les établissements scolaires comme les conseillers consulaires sont au coeur de nos communautés de Français de l’étranger. Et dès cet été, et encore depuis la rentrée, Samer Melki a été présent sur tous les fronts, auprès de l’accueil des Français, des écoles, etc.
“Il faut une représentation de la communauté française auprès de l’administration.”
Nicolas Hatton, conseiller des Français de l’étranger
Nicolas Hatton
Pour Nicolas Hatton, conseiller des Français de l’étranger, “cela fait maintenant 15 mois que le Conseil Consulaire de la circonscription de Londres se réunit et le décret a le mérite d’encadrer avec plus de détails le fonctionnement du Conseil et la relation entre les élus, le Consul général et l’Ambassadeur. Notre rôle est principalement consultatif, avec un pouvoir de décision concernant les subventions aux associations et l’aide à nos concitoyens dans le besoin. Au delà du règlement, la pratique a démontré le besoin de représentation de la communauté française auprès de l’administration pour faire remonter les problèmes qui nous sont partagés par nos concitoyens et concitoyennes. Cela se passe plutôt bien entre élus et agents diplomatiques à Londres et je ne pense pas qu’il y a eu des histoires qui puissent faire les titres des journaux sur le Conseil de Londres, qui fonctionne donc de manière sereine.”
Sur son compte Twitter le Consul Samer Melki se félicite du travail de ses équipes. “Depuis janvier 2022, le @ConsulFranceUK a reçu plus de 36.000 demandes de passeports et cartes nationales d’identité. C’est +86% par rapport à 2021. 🥇Londres est au 1er rang mondial des consulats pour les demandes de passeports. Bravo aux équipes 👏🏼 »
Les pays membres de l’Union européenne sont confrontés à des prix de l’énergie nettement plus élevés que les autres pays (États-Unis, Chine, etc.) en raison de l’arrêt des importations de gaz naturel russe et de la volonté de respecter rapidement l’Accord de Paris en matière de neutralité carbone. Afin d’éviter le développement des importations de produits fortement carbonés, l’introduction d’une taxe CO2 aux frontières est prévue. Elle a pour objectif de compenser l’écart induit de compétitivité qui s’opère au détriment des entreprises européennes.
Par sa nature, cette taxe est éminemment protectionniste et peut accélérer la fragmentation du commerce international avec une forte pénalisation des pays émergents. Une telle taxe est également une source d’inflation et peut ainsi s’avérer contreproductive pour éviter la multiplication des délocalisations.
Le prix élevé de l’énergie en Europe pénalise l’industrie
Du fait de la guerre en Ukraine, l’écart de prix du gaz entre l’Europe et les États-Unis est passé du simple au triple. Si pour le pétrole, l’écart est plus faible du fait du caractère mondial du marché, l’autosuffisance des États-Unis induit néanmoins un avantage prix. L’Europe a réalisé des efforts plus importants que la Chine et les États-Unis en matière de décarbonation de ses activités. L’écart en la matière tend néanmoins à se réduire avec les États-Unis. Le prix élevé de l’énergie en Europe pénalise l’industrie et donc les exportations. Elle réduit la croissance des États membres.
Le Parlement européen a voté en juin 2022 la mise en place d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne qui entrera en vigueur à partir de 2027. Cette taxe ne porte que sur les produits ayant généré d’importantes émissions de gaz à effet de serre au moment de leur conception : acier, aluminium, ciment, etc. Cette taxe a comme défaut de ne viser qu’un nombre limité de produits. Les biens finaux (biens de consommation, machines, automobiles, avions, etc.) ne sont pas concernés, ce qui pourrait inciter les entreprises à délocaliser leurs chaînes de production.
Une taxe protectionniste
L’Europe importera moins d’acier et d’aluminium carbonés mais plus de produits finis. La taxe risque donc d’accélérer la désindustrialisation, sachant que l’emploi industriel dans l’Union européenne est passé de 20 à 14 % de l’emploi total de 1995 à 2022. En visant des produits intermédiaires, cette taxe concernera de nombreux pays en développement ou émergents. Elle sera par définition protectionniste. Elle freinera le développement de ces pays qui ont besoin des recettes d’exportation pour mener leur transition énergétique. Par ailleurs, elle contribuera à augmenter les prix au sein de l’Union européenne et donc à diminuer le pouvoir d’achat des Européens.
Les effets pervers
Pour éviter l’effet pervers sur les délocalisations, les tenants de la taxe carbone souhaitent qu’elle soit appliquée à tous les biens intermédiaires et finis. La mise en œuvre d’une telle taxe est compliquée du fait de l’assemblage de pièces ayant des intensités en carbone différentes. Certains estiment qu’il faudrait se fonder sur les écarts d’émissions de CO2 entre les pays ou en fonction de l’atteinte des objectifs fixés dans les traités internationaux.
Un système reprenant les règles de la TVA avec report sur le consommateur final de toutes les émissions des gaz à effet de serre pourrait également être institué. L’instauration d’un système de taxation du CO2 aux frontières supposerait, comme cela a été prévu dans l’Accord de Paris, le développement des aides aux pays en voie de développement afin qu’ils puissent décarboner leur économie.
Il est possible de vaincre la misère en ce monde. En 1950, 60% de l’humanité vivait avec moins de 2.15$ par jour, seuil retenu de l’extrême pauvreté. En 1990, 40%. Un progrès considérable, d’autant plus remarquable que la population passait de 5.2 milliards à 7.8 en 2020. En 2019, plus d’un milliard de personnes échappaient à l’extrême pauvreté. Restait 8% de la population en dessous de ce seuil.
Hélas, avec la pandémie, la rupture des circuits de distribution, la chute de la croissance mondiale, 70 millions de personnes sont retombées sous ce seuil, ce qui, derrière les statistiques, signifie la misère et la faim. Il s’agit de la plus forte augmentation en un an depuis 1990 et le début du suivi des chiffres de la pauvreté dans le monde. En tout, la Banque mondiale, dans son dernier rapport sur la pauvreté dans le monde, évalue à 720 millions de personnes le nombre de ceux qui vivent avec moins de 2.15$ par jour fin 2020.
La réduction de la pauvreté dans le monde a été stoppée. On sait comment y remédier.
La mauvaise nouvelle est donc que la tendance à la réduction de la pauvreté dans le monde a été stoppée. La bonne nouvelle est que l’on sait comment y remédier : la reprise de la croissance et du commerce mondial ont permis de réduire la pauvreté dès que les circuits économiques se sont rétablis. 685 millions de personnes vivront avec moins de 2.15$ par jour à la fin de l’année selon la Banque mondiale. La réduction de l’extrême pauvreté se poursuit, à un rythme plus lent. L’objectif d’éliminer l’extrême pauvreté dans le monde d’ici à 2030 ne sera donc pas atteint.
La pandémie a porté un coup rude à la guerre à la misère. La guerre en Ukraine a porté un nouveau coup avec les brusques hausses des coûts de l’énergie et des denrées alimentaires. En fait, ce n’est pas la maladie qui a frappé, mais les réponses politiques face à l’épidémie, qui ont été, notamment dans les pays riches, de mettre les économies à l’arrêt.
« Les progrès accomplis dans la réduction de l’extrême pauvreté ont été stoppés en même temps que la croissance économique mondiale marquait le pas, souligne le président de la Banque mondiale David Malpass. Il faut s’alarmer de la montée de l’extrême pauvreté et du déclin de la prospérité partagée qu’entraînent l’inflation, les dépréciations monétaires et plus généralement les multiples crises auxquelles est confronté le développement. Il est indispensable d’apporter des ajustements aux politiques macroéconomiques afin d’améliorer l’allocation des capitaux mondiaux, de favoriser la stabilité des monnaies, de réduire l’inflation et de relancer la croissance des revenus médians. Sinon les choses resteront ce qu’elles sont, avec une croissance mondiale au ralenti, des taux d’intérêt plus élevés, une plus grande aversion au risque et des situations de fragilité dans de nombreux pays en développement. »
L’adoption de mesures budgétaires vigoureuses a permis de réduire l’impact de la pandémie sur la pauvreté. Selon la banque mondiale, sans ce soutien, le taux de pauvreté moyen dans les économies en développement aurait été supérieur de 2,4 %.
Krakow, Poland – Dec 19, 2021: Christmas Eve for poor and homeless on the Main Square in Cracow. Despite the Covid pandemic, the group Kosciuszko prepares the greatest eve in the open air in Krakow
La mondialisation égalise les richesses à travers le monde, son interruption les accroit.
Dans les pays développés, les politiques budgétaires (en France, le « quoi qu’il en coûte »), ont compensé la perte de revenus. 17.000 milliards de dollars ont été dépensés en ce sens, soit 20% du PIB mondial. Mais principalement dans les pays qui avaient les moyens de le faire, par l’endettement.
Aussi les inégalités entre riches et pauvres du monde se sont creusées. Alors que depuis 1990, l’indice des inégalités dans le monde (mesuré par le fameux coefficient de Gini) a chuté comme jamais dans l’Histoire, il est remonté avec la pandémie.
Encore une idée reçue : c’est la mondialisation capitaliste qui égalise les richesses à travers le monde, son interruption qui les accroit (une évidence pour peu qu’on y réfléchisse deux minutes).
Concentrer les aides plutôt que dispenser des subventions.
A regarder de près les politiques budgétaires, les politiques de subventions n’ont pas été les plus efficaces dans la lutte contre la pauvreté, parce qu’elles bénéficient à ceux qui consomment le plus, c’est-à-dire les catégories les plus aisées. C’est très clair pour les subventions à l’énergie. Selon la Banque mondiale, 50% de celles-ci vont aux 20% les plus riches. Alors que 60% des allocations ciblées vont aux 40% les plus pauvres. Les aides ciblées sont donc bien plus efficaces, et moins coûteuses. La Banque mondiale en conclut que dans la lutte contre la pauvreté, il faut éviter les subventions et concentrer les aides sur les citoyens les plus vulnérables.
Autre recommandation : investir dans l’éducation. L’épidémie a interrompu l’enseignement scolaire dans de très nombreux pays. Or l’investissement dans l’éducation a des effets bénéfiques à long terme, toute une vie. Et son absence aussi…
Un milliard de jeunes ont subi l’interruption de leurs études.
Les pertes économiques provoquées par la pandémie ont eu un effet mesurable de plusieurs années, au moins quatre à cinq années de retard. Elles ont aussi eu un effet négatif pour l’éducation des enfants par l’interruption des classes. Selon l’Organisation internationale du travail, plus d’un milliard de jeunes ont subi une interruption de leurs études ou de leur formation.
La fermeture prolongée des écoles a entraîné chez les élèves des pertes d’apprentissage massives. La proportion d’enfants étant incapables de lire et comprendre un texte simple à l’âge de 10 ans atteint aujourd’hui 70 % dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Les pertes d’emplois chez les jeunes auront par ailleurs des effets néfastes tenaces sur la productivité des générations actuelles et futures.
Ces baisses de niveau scolaire entraîneront probablement des répercussions durables sur l’avenir des jeunes générations et des conséquences coûteuses pour la croissance et la promotion de la prospérité entre et au sein des pays.
Celui-là aurait dû conduire à un rattrapage parce qu’il n’est pas mécanique.
L’Afrique subsaharienne concentre 60% de l’extrême pauvreté dans le monde.
L’extrême pauvreté est concentrée dans les régions du monde où elle sera la plus difficile à éliminer — en Afrique subsaharienne, dans les régions touchées par des conflits et dans les zones rurales.
L’Afrique subsaharienne abrite aujourd’hui 60 % des individus en situation d’extrême pauvreté dans le monde, soit 389 millions de personnes. Elle possède le taux de pauvreté le plus élevé du monde, à environ 35 %.
Pour parvenir à mettre fin à la pauvreté à l’horizon 2030, tous les pays de la région devraient maintenir un taux de croissance du PIB par habitant de 9 % par an pendant le reste de la décennie, ce qui parait impossible, sachant que leur PIB par habitant a augmenté de 1,2 % en moyenne au cours de la décennie précédant la pandémie.
Vendredi dernier, la principale suspecte dans cette affaire faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français. Des personnalités de la droite et de l’extrême droite dénoncent sa non-exécution. Mais quel est le cadre légal d’un tel avis d »expulsion du territoire français ? Et concrètement comment cela fonctionne-t-il ? Une question qui peut se poser chez les expatriés, ayant noué des liens avec des personnes lors de leur séjour hors de France, et qui parfois rentrent au pays avec elles mais sans se soumettre aux démarches préalables !
Absence de titre de séjour
Une obligation de quitter le territoire français « est prise par le préfet, notamment en cas de refus de délivrance de titre de séjour ou de séjour irrégulier en France », explique le ministère de l’Intérieur sur son site.
Elle concerne, entre autres, les personnes entrées irrégulièrement en France et n’ayant pas de titre de séjour, les personnes entrées régulièrement en France mais y étant restées au-delà de la durée de validité du visa (comme c’est le cas de la suspecte dans l’affaire de Lola) ou dont la demande de renouvellement du titre de séjour a été refusée.
Dans sa décision, qui peut faire l’objet d’un recours, le préfet doit motiver la raison de l’OQTF et préciser le pays vers lequel la personne visée sera renvoyée si elle ne quitte pas le territoire volontairement. Dans cette configuration, au-delà de 30 jours, l’administration française organise, théoriquement, le départ de la personne concernée, qui peut être placée en centre de rétention ou assignée à résidence. Le préfet lui notifie également une interdiction de retour en France (IRTF).
Les personnes concernées par une OQTF ne l’ayant pas respectée sont éloignées vers leur pays d’origine (sauf en cas de danger pour leur vie ou leur liberté notamment), ou dans un autre pays dans lequel elles peuvent légalement être admises. Certaines OQTF sont sans délai, pour les personnes présentant une menace pour l’ordre public par exemple.
95% des OQTF non appliquées
Mais dans les faits, les OQTF sont peu respectées. Leur taux d’exécution diminue depuis 2012 et en 2019, seules 12 % des OQTF prononcées ont été exécutées. Au premier semestre 2021, 5,6 % des 62.207 OQTF délivrées ont été exécutées, selon le ministère de l’Intérieur.
Cette situation s’explique notamment par la « difficile identification des personnes en voie d’éloignement » et par « l’insuffisante coopération des autorités de leur pays d’origine pour les reconnaître et leur attribuer des laissez-passer consulaires », explique un rapport d’information de l’Assemblée nationale de 2019. Les laissez-passer consulaires sont des documents fournis par les autorités du pays d’origine et indispensables pour renvoyer un étranger en situation irrégulière de la France.
La commission d’enquête relève également, dans son rapport publié en novembre 2021, que « les services préfectoraux sont débordés par le nombre et la complexité des décisions à prendre ». Cette situation laisse un sentiment d’impunité se répandre. Cependant dans le cas d’un « accompagnant » d’un ancien expatrié, la situation est plus simple, le lien avec l’ancien Français de l’étranger étant souvent connu (par exemple lors d’une démarche pour un visa qui aurait été refusé), il est plus facile pour les services de Police de retrouver l’hébergeant français et ainsi faire appliquer la décision préfectorale d’expulsion du territoire national.
Bonjour à tous et bienvenue dans l’édition dédiée aux Français de l’étranger, ce jeudi 20 octobre on parle de la réouverture de la Maison de l’institut de France à Londres, des auditions de l’orchestre des Lycées du Monde et du drame qui frappé la petite Lola en France.
L’Institut de France a rénové sa maison
A Londres, en plus de l’Institut de France, il existe un bâtiment dédié à l’accueil des artistes et intellectuels français en herbe qui veulent s’imprégner de la culture anglaise. La première villa fut construite en 1906 et détruite pendant les bombardements en 1941. La France a reçu en dédommagement une nouvelle bâtisse à Queen’s Gate Terrace. Dégradée par le temps qui passe, elle a été rénovée en deux ans et rouvre enfin ses portes. C’est Isabelle Janvrin qui a travaillé à cette restauration dans les règles de l’art et le respect de l’authenticité architecturale de cette belle demeure. 14 chambres sont désormais disponibles pour les étudiants et chercheurs.
Les auditions pour l’orchestre des Lycées de l’AEFE sont ouvertes
Pour pouvoir tenter sa chance aux auditions, il faut déjà être un élève du réseau scolaire français hors de France et être scolarisé soit au collège soit au lycée. Mais, évidemment, il faut aussi maîtriser un instrument ! Pour candidater, il suffit de poster une vidéo d’un morceau avec votre instrument préféré et de transmettre le lien avec vos informations personnelles à l’AEFE. Petit bémol, il faut avoir reçu l’accord de son établissement pour y participer ! Vous avez jusqu’au 31 octobre pour y participer.
L’assassinat barbare de Lola
Vendredi dernier, dans une valise abandonnée dans une cour d’un immeuble parisien, le corps d’une jeune adolescente de 12 ans, Lola, a été retrouvé.
Rapidement la police a identifié la coupable, une Algérienne sur le territoire français en situation illégale. Après un week-end d’émotion, la politique s’est emparée du sordide fait divers. Depuis lundi, à l’Assemblée nationale, les élus d’extrême-droite vilipendent le gouvernement qui « laisserait la porte ouverte aux criminels ». Une récupération politique que d’autres dénoncent alors que les parents ont appelé à respecter leur deuil en préservant leur sérénité.
C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour le dernier flash de la semaine !
Après deux ans de fermeture, la Maison de l’Institut de France à Londres a rouvert ses portes le lundi 5 septembre 2022. La maison a fait l’objet d’une rénovation totale en installant des salles de bains modernes et privatives dans toutes les chambres et en supprimant les aménagements disgracieux de quelques décennies passées. Située dans le quartier de Kensington, La Maison vient enfin de retrouver le prestige de son époque victorienne. Cette transformation apportera dès aujourd’hui et pour longtemps un confort élégant aux visiteurs dans la tradition prestigieuse de l’Institut de France.
H&K – Institut de France. Madame Béatrice Keighley, présidente du comité des trustees de la Maison, et Monsieur Xavier Darcos, chancelier de l’Institut de France.
Entente cordiale
Pour les responsables, “cette maison qui rouvre grand ses portes, cette maison chaleureuse, accueillante et désormais rénovée, est vouée à rappeler l’entente qui nous unit par-delà les intérêts qui parfois nous divisent.” Née sur les ruines de la première guerre mondiale, détruite par les bombes de la deuxième, la réouverture de la Maison de l’Institut de France par le Chancelier Xavier Darcos en présence de Jean-Robert Pitte, Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques, Président de la Société de géographie (Prix du Rayonnement français 2021), et de très nombreuses autres personnalités françaises et britanniques.
Dans le quartier français
Maison de l’Institut de France : inauguration
Isabelle Janvrin a travaillé pour cette restauration dans toutes les règles de l’art et le respect de l’authenticité architecturale de cette belle demeure. C’est Edmond de Rothschild, grand mécène, esthète et membre élu de l’Académie des Beaux-Arts depuis 1906 qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, décida de travailler au rapprochement intellectuel de la France et du Royaume-Uni et offrit en 1919 à l’Institut de France un hôtel particulier destiné à accueillir étudiants et chercheurs français. Situé à Queen’s Gate, il fut entièrement détruit sous les bombardements de la 2ème guerre mondiale et l’Institut reçut alors en dédommagement cette maison à Queen’s Gate Terrace. La maison s’étant dégradée au fil des décennies, il convenait de la restaurer et c’est à cette tâche, importante tant par l’ampleur des travaux que par leur coût, que se sont attelés Béatrice Keighley et les Trustees avec le soutien de l’Institut de France.
Un logement pour des étudiants et chercheurs français
Aujourd’hui la maison comporte 14 chambres destinées à des étudiants ou chercheurs français devant se rendre à Londres pour compléter leurs travaux, en plein cœur du très agréable quartier de South Kensington, à deux pas de Hyde Park, et très bien desservi par les transports en commun. Elle se situe près du Consulat et du Lycée Français Charles de Gaulle. Aujourd’hui, pour réserver, il faut prendre contact avec le directeur de la Maison via le formulaire disponible ICI. La Maison est ouverte aux étudiants, chercheurs, artistes et écrivains français en mission (travail, recherche, enseignement) à Londres.
Les étudiants et chercheurs bénéficient de la chambre et du petit-déjeuner moyennant une contribution fixée, de £70 à £120 par nuit. Le candidat doit fournir des références de membres de l’Institut ou de professeurs.
Depuis 2015, l’AEFE a formé un orchestre international et inter-établissements, composé d’élèves de la sixième à la terminale ! Né pour célébrer le 25e anniversaire de l’AEFE, l’orchestre des lycées français du monde est avant tout une aventure humaine et artistique que porte avec passion, Adriana Tanus, enseignante au lycée français de Madrid. Sa neuvième édition est lancée ! Première étape, comme les grands, les auditions ! A la clé, la chance de pouvoir jouer dans une des plus belles salles d’Europe à Vienne, en Autriche ! 70 musiciens vont être recrutés dans les prochaines semaines !
Quels sont les talents recherchés ?
Pour pouvoir tenter sa chance aux auditions, il faut déjà être un élève du réseau scolaire français hors de France et être scolarisé soit au collège soit au lycée. Mais, évidemment, il faut aussi maîtriser un instrument ! Mais lesquels sont recherchés par Adriana Tanus ?
La maîtresse de cet orchestre exceptionnel fait un appel à tous ceux qui ont un talent pour les instruments suivants :
Violon
Alto
Violoncelle
Contrebasse
Flûte et piccolo
Hautbois
Cor anglais
Basson
Clarinette
Cor
Trompette
Trombone
Tuba
Timbales
Piano
Harpe
Avec 16 instruments, le panel de candidats devrait être large ! Mais comment participer aux auditions alors qu’Adriana Tanus est basée à Madrid ?
enregistrer une vidéo comprenant deux extraits d’œuvres de leur choix (un extrait expressif et un autre technique) et renseigner le lien de la vidéo dans le formulaire mentionné ci-dessus ;
faire compléter le formulaire d’accord préalable par leur chef d’établissement et le retourner à l’adresse indiquée.
Une fois les formalités réalisées, il faut donc suivre un protocole précis. En effet, l’enregistrement ne devra pas dépasser huit minutes et devra être organisé ainsi :
Au début de la vidéo, l’élève indique son nom complet, son établissement scolaire, son pays et sa motivation
ll est possible de jouer avec ou sans pianiste accompagnateur
La qualité de l’enregistrement sonore, sans être professionnelle, doit être soignée
La vidéo doit être mise en ligne viaYoutube, Vimeo, Dailymotion, Dropbox, Google Drive puis indiquer le lien URL de la vidéo dans l’espace du formulaire d’inscription prévu à cet effet
Rejoindre l’orchestre de l’AEFE
Courant novembre, les 70 sélectionnés seront contactés pour rejoindre l’aventure 2022/2023 jusqu’à Vienne.
Et pour s’y préparer, l’ingéniosité prime ! Entre répétitions en ligne, stage à Madrid, les élèves sélectionnées vivront une expérience d’une richesse inédite pour des jeunes : stress, pression mais aussi travail d’équipe, passion et un sentiment de fierté une fois le concert achevé !
Alors, si vous ou vos enfants sont passionnés de musique, de voyages, de partage et d’aventure, n’hésitez pas, posez une candidature !
L’économie de la Russie ne s’est pas effondrée en grande partie grâce aux recettes issues du gaz et du pétrole. Faisant face à des embargos comptant parmi lesplus sévères de ces deux cents dernières années, dans un système qui s’est entre-temps mondialisé, le pays commence cependant à souffrir économiquement.
Au-delà des embargos croisés, la Russie maintient un niveau élevé de recettes pour ses exportations de pétrole, de gaz naturel, et aussi de charbon grâce à l’augmentation des cours sur les marchés mondiaux. Les exportations de pétrole ont diminué de près de deux millions de baril jour mais le prix du baril est passé de 60 à plus de 90 dollars. Les flux de gaz vers l’Europe qui atteignaient 400 millions de mètres cubes par jour avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, ne dépassent plus 90 millions. Depuis le mois de février 2021, le prix du mégawattheure de gaz est passé de 30 à 90 euros (fin septembre) après avoir atteint plus de 300 au cœur de l’été.
Des recettes d’exportation de 330 milliards de dollars
Les recettes d’exportations d’énergie annualisées de la Russie sont passées de 250 milliards de dollars à 330 milliards de dollars entre 2019, avant l’épidémie de covid-19, et septembre 2022. Elles ont retrouvé leur niveau d’avant 2015, année marquée par la baisse des cours en lien avec l’essor du pétrole de schiste et une crise en Russie.
Si la Russie engrange des recettes d’exportations, elle souffre de son incapacité à importer de nombreux produits occidentaux. Les importations russes sont passées de 350 milliards de dollars en rythme annuel de fin décembre 2020 à 200 milliards de dollars en septembre. L’excédent commercial atteint plus de 400 milliards de dollars mais est difficilement mobilisable économiquement.
Un recul de la production
Le départ des entreprises occidentales, l’embargo sur les produits technologiques (notamment les semi-conducteurs) conduisent à un recul important de la production dans certains secteurs. Celle de l’industrie automobile a chuté de 30 % depuis le mois de mars. Les productions agro-alimentaires et chimiques résistent néanmoins assez bien.
Recul du PIB, forte inflation
Dans ce contexte, le PIB pourrait reculer de 5 à 8 points cette année, sur fond de forte inflation qui pourrait cette année dépasser 15 %. La consommation des ménages pourrait se contracter de 10 % tant par manque de biens qu’en raison de la hausse des prix.
Si les Occidentaux s’entendent pour plafonner le prix d’achat du pétrole russe, le pays pourrait subir une baisse de ses recettes d’exportations, les autres acheteurs ne souhaitant pas payer plus cher. Le difficile accès aux biens technologiques pourrait à terme pénaliser le secteur de l’énergie et celui de la chimie ainsi que celui de la fabrication des armements.
L’effort de guerre pourrait également peser sur la croissance d’autant plus que le Kremlin a dû recourir à une mobilisation partielle.
Emmanuelle Wargon est une haute fonctionnaire française. Elle est présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité administrative indépendante en charge du bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France. [CHRISTOPHE PETIT TESSON]
ENTRETIEN. Sobriété énergétique, réforme du marché européen de l’électricité, relance du projet MidCat, la présidente de la Commission de régulation de l’énergie, Emmanuelle Wargon, revient pour notre partenaire EURACTIV France sur les enjeux énergétiques de l’Union.
Emmanuelle Wargon est une haute fonctionnaire française, Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire (2ème gouvernement Philippe), puis Ministre déléguée chargée du Logement (gouvernement Castex), elle est dorénavant présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), autorité administrative indépendante en charge du bon fonctionnement des marchés de l’électricité et du gaz en France.
Points forts de l’entretien :
La CRE est confiante sur la réduction de la consommation lors des heures de pointe.
Sur la future réforme du marché européen de l’électricité, s’il faut conserver la règle de la vente sur le marché de gros de l’électricité au coût marginal, le prix de l’électricité au détail doit être moins volatil.
Emmanuelle Wargon propose la création d’un « compartiment » de marché de gros à long terme qui s’amortisse sur le long terme et qui ne soit pas dépendant des énergies fossiles.
Les gestionnaires de réseau Teréga et GRTgaz ont fait part de leur intérêt pour la relance du projet MidCat. La CRE est prête à étudier un dossier.
EURACTIV France. Les États membres se sont mis d’accord sur des objectifs de baisse de consommation non contraignants : -15% pour le gaz et -10% pour l’électricité. Or, pour le moment, la consommation énergétique est en hausse, tant en France qu’en Allemagne.
Emmanuelle Wargon. Il est trop tôt pour avoir des certitudes sur les niveaux de consommation. En revanche, nous savons que nous ne sommes pas certains de passer l’hiver sans coupure d’électricité.
La première chose à faire est donc de mettre en place un suivi précis de la consommation. Nous y travaillons avec les gestionnaires de réseau d’électricité (RTE et Enedis) et de gaz (GRTgaz et GRDF).
Ne faudrait-il pas rendre ces objectifs contraignants pour que la consommation baisse ?
En France, le monde du tertiaire est déjà régi par un ensemble de textes réglementaires qui, certes, ne sont pas encore tous respectés, mais les entreprises prennent de plus en plus d’engagements sur le sujet.
La prise de conscience est aussi en train de se généraliser, chez les particuliers en raison notamment de la hausse du prix de la facture d’énergie.
Côté administrations et bâtiments publics, l’État a dit qu’il sera exemplaire.
Que va-t-il se passer si les objectifs ne sont pas atteints ?
Pour les périodes de pointe de consommation, c’est-à-dire entre 8 heures et midi et 18 et 20 heures le soir, les États membres ont validé l’objectif contraignant de baisser de 5% la consommation électrique durant au moins 10% de ces heures de pointe, en plus de l’objectif global et non contraignant de baisse de 10% de la consommation électrique.
En ce sens, nous sommes confiants sur l’attention que porteront les Français aux alertes rouges du dispositif « Ecowatt » de RTE qui permettra aux citoyens et aux entreprises de connaître en avance les tensions à venir sur le réseau et quelles mesures prendre pour les réduire.
À ce moment-là, si aucun effort n’était fait, RTE pourrait être obligé de délester.
Pour la consommation hors des heures de pointe, c’est une question de sobriété. Notre principal enjeu est donc de faire en sorte que les gestes qui seront acquis pour la consommation en heures de pointe se généralisent et deviennent naturels.
Le Conseil de l’Europe, la Commission européenne, tout comme certains États membres, appellent à une refonte du marché européen de l’électricité. Quand pourrait-elle intervenir ?
Sur le court terme, il faut réussir à gérer la crise avec des outils tels que le « mécanisme ibérique » ou des achats groupés de gaz et la mobilisation, au besoin, de nouvelles mesures de protection.
Sur le moyen terme, nous espérons que les prix de gros de l’électricité baissent en début d’année 2023 grâce à une meilleure disponibilité du parc nucléaire et des températures clémentes.
Enfin sur le long terme, il sera nécessaire de réformer le marché de l’électricité en présentant une réforme européenne d’ici à la fin du 1er semestre 2023.
La CRE a-t-elle des idées de réforme ?
Nous pensons premièrement qu’il faut maintenir le marché européen interconnecté et la solidarité européenne grâce aux échanges physiques fondés sur les prix de gros de court terme. Deuxièmement, qu’il faut accepter la règle de la vente sur le marché de gros de l’électricité au coût marginal par le spot. Troisièmement, qu’il faut ouvrir une réflexion sur la répercussion de ce coût marginal sur le marché de détail.
La CRE propose également la création, par exemple, d’un « compartiment » de marché de gros à long terme qui s’amortisse sur le long terme et qui ne soit pas dépendant des énergies fossiles.
Nous devons développer des mécanismes de marché qui permettent aux fournisseurs d’acheter à long terme. Cela permettra le développement d’offres qui favoriseront la visibilité des clients et la stabilité des prix.
De cette façon, nous pourrions imaginer un prix de l’électricité plus proche des véritables coûts de production du nucléaire et des énergies renouvelables, et donc moins volatil.
Le prix marginal du marché de gros ne servirait plus qu’à faire du bouclage à la marge, alors qu’il couvre, en ce moment, toute la partie qui n’est pas couverte par l’ARENH.
Enfin, il faut conserver de la concurrence sur le marché de détail. En complément du tarif réglementé de vente, cela permet des contrats à prix fixe sur le long terme, et une diversité d’offres de service adaptée aux besoins des consommateurs.
En parallèle, il faut être plus strict sur les obligations de couvertures des fournisseurs, quitte à sévir et bannir du marché ceux qui ne respectent pas les règles.
Ce besoin de réforme n’appelle-t-il pas également une accélération des projets d’interconnexions énergétiques en cours et la relance de ceux qui sont à l’arrêt, comme les projets entre la France et l’Espagne d’interconnexion électrique dit Golfe de Gascogne et gazière dit MidCat ?
Sur le projet Golfe de Gascogne, nous n’avons pas expertisé de besoins d’accélérations des travaux, car nous n’avons reçu aucune demande des opérateurs. Le projet suit donc son cours.
Concernant le projet MidCat, la CRE et son homologue espagnol [Comisión nacional de los mercados y la competencia – CNMC] ont considéré en 2019 que le projet n’était pas à l’équilibre économique.
Avec la crise énergétique actuelle, les gestionnaires de réseau français qui étaient impliqués dans le projet, Teréga et GRTgaz, nous ont fait part de l’intérêt de relancer le projet. Avec mon homologue espagnole, Cani Fernandez Vicien, nous sommes donc prêts à l’étudier, si nous recevons un dossier, ce qui n’est, pour le moment, pas le cas.
Les parlementaires européens viennent justement de voter (5 octobre) une résolution qui demanderait, entre les lignes, la relance du projet MidCat. L’Allemagne, l’Espagne et le Portugal mettent également la pression sur la France depuis la fin du mois d’août.
Avec ce projet, il ne faut pas mélanger l’éventualité d’un besoin supplémentaire d’interconnexion gazière, et l’idée à plus long terme d’un projet d’hydrogène pan-européen.
Si l’enjeu est l’hydrogène, alors nous ne sommes pas pressés.
Si la question est de savoir si nous avons besoin d’un nouveau gazoduc, nous pensons plutôt, et sans préjuger des suites de la guerre en Ukraine, que le temps nécessaire à la relance du projet dépassera celui de la crise énergétique.
Que ce soit en matière d’interconnexions intra-européennes ou de développement d’infrastructures d’énergies renouvelables, la France est souvent pointée du doigt pour sa lenteur administrative.
Le fait que presque tous les projets d’énergies renouvelables sont attaqués en justice explique en grande partie pourquoi la France est plus longue que ses voisins européens.
Selon nos sources, la lenteur viendrait plutôt de la réduction des budgets et des effectifs en charge des procédures.
Je ne pense pas que ce soit un problème d’effectifs. Certes, les autorisations sont longues, mais je pense que la cause est à rechercher dans les procédures plutôt que dans les délais d’instruction, en simplifiant, mutualisant, voire en anticipant certaines étapes.
C’est l’objectif du projet de loi en faveur de l’accélération des énergies renouvelables qui sera discuté au Sénat à la fin du mois.
Des porteurs de projet ont également relevé que le formalisme strict de certaines administrations locales ou décentralisées pouvait également jouer sur le temps de développement d’un projet renouvelable, voire sur sa réalisation.