Samantha Cazebonne, un mandat pour corriger les injustices

Samantha Cazebonne, un mandat pour corriger les injustices

Avec Samantha Cazebonne, ancienne proviseur de Lycées français en Espagne, ancienne députée des Français de la Péninsule ibérique, actuelle sénatrice des Français de l’étranger, élue par les conseillers consulaires en 2021, nous faisons le point sur la rentrée scolaire et parlementaire. L’occasion d’aborder les problématiques rencontrées en ce mois de septembre 2022, mais aussi de faire le point sur les réformes qu’elle a fait voter lors du précédent quinquennat sur la gouvernance de l’AEFE, le lancement des Instituts de Formation Régionaux et le déploiement des Accompagnants de Vie Scolaire pour les petits expatriés frappés par un handicap.

La pénurie de professeurs

Comme en France et dans de nombreux pays européens, le réseau scolaire français à l’étranger, que ce soit en gestion directe de l’AEFE ou lorsque l’établissement est confié à des tiers, est confronté à une pénurie de professeurs.

Pour pallier la crise des vocations, Samantha Cazebonne a décidé de porter un projet à destination des anciens élèves du réseau. Ces diplômés sont pour la sénatrice un vivier qui a été trop longtemps négligé. Car formés à la française, rodés aux usages des Lycées français, maitrisant la culture locale ainsi que la langue, ces profils sont parfaitement adaptés à la mission. Une idée qu’elle tentera de traduire en disposition concrète et qui s’appuierait sur les Instituts de Formation Régionaux (IFR) lancés en janvier 2022.

Mais au-delà des dispositions pratiques, Samantha Cazebonne évoque les deux grands maux qui touchent le corps professoral, soit le manque de reconnaissance sociale et financière. Une situation qui doit évoluer et qui passera par une revalorisation des contrats locaux qui ne sont pas des professeurs « de seconde zone ».

Les Instituts de Formation Régionaux

L’année 2022 a vu naître seize instituts régionaux de formation (IRF). Il s’agit, sur le papier, de “nouvelles structures qui renforcent quantitativement et qualitativement la formation au bénéfice de tous les personnels de l’ensemble du réseau scolaire mondial”, d’après le site de l’AEFE. Autrement dit, des organismes gérés par l’AEFE afin de former et certifier de nouveaux professeurs pour le réseau à l’étranger. Les futurs enseignants seront encadrés par les professeurs expatriés, c’est-à-dire des éducateurs mandatés par l’Éducation nationale le temps de leur mission. Ce nouveau dispositif a été créé suite à une loi portée par Samantha Cazebonne au début de cette année 2022, la sénatrice est donc particulière attentive à son déploiement.

Un déploiement que Samantha Cazebonne juge opaque, la direction de l’AEFE s’étant emparée, selon elle, du projet. Une situation qui étonne la sénatrice qui « ne demande qu’à être associée » à cette création. Une attitude qui risque de gêner la réussite de ces IFR alors qu’elle, comme les autres responsables politiques et associatifs, dispose des compétences complémentaires à celles de l’administration.

Elle appelle, donc, dans l’esprit de la loi sur la nouvelle gouvernance de l’AEFE, autre volet du texte législatif porté par Samantha Cazebonne, à l’organisation d’Etats généraux pour que ces Instituts de Formation Régionaux soient adaptés aux nouveaux besoins.

Une réforme de la gouvernance qui appelle à aller plus loin

Grâce à l’action de la sénatrice, les parents d’élèves ont vu leur poids renforcé dans la direction collégiale de l’Agence pour l’Education Française à l’Etranger incarnée par le conseil d’administration qui se réunit plusieurs fois par an à Paris. Pour Samantha Cazebonne, c’était une manière de « corriger une injustice » alors que les parents d’élèves (principaux pourvoyeurs de fonds) n’avaient que 2 sièges. En doublant le nombre de voix (soit 4 sièges), elle espère permettre à ces derniers de pouvoir mieux se faire entendre.

Mais Samantha Cazebonne reste lucide, la majorité étant conservée par l’administration, pour elle le Conseil d’administration se limite le plus souvent à un rôle de « chambre d’enregistrement » des décisions prises par la direction parisienne. Pour cela, elle voudrait aller plus loin en créant des commissions chargées de préparer les réflexions et caps qui seraient soumis au Conseil d’administration. La sénatrice veut ainsi sortir d’une logique mécanique pour que le Conseil d’administration soit un vrai outil de travail et de réflexion.

Samantha Cazebonne lors de l’inauguration du Lycée français de Panama en présence d’O. Brochet, directeur de l’AEFE

Accompagner les enfants expatriés en situation de handicap

Samantha Cazebonne a fait sa carrière dans l’Education, logiquement, ses mandats comportent de grands volets liés à ce sujet fondamental pour les Français comme pour les expatriés. Naturellement, on la retrouve aussi à l’origine de l’élargissement du dispositif des accompagnateurs de vie scolaire (AVS), existant en France depuis 2016, aux jeunes Français de l’étranger frappés par un handicap.

La sénatrice revient en détails sur cette disposition attendue par de nombreuses familles et associations. Les fameux AVS devaient être recrutés localement ou en France et formés dans les fameux IFR. Cependant, en toute transparence, la parlementaire s’inquiète du retard pris et de l’absence de financement comme de méthodologie. Car plus qu’une formation, Samantha Cazebonne voudrait que ces intervenants soient certifiés et reconnus tant dans le pays de résidence qu’en France.

Les bourses scolaires

Dernier sujet lié à la rentrée scolaire : les bourses scolaires. Alors que l’inflation sévit dans la quasi totalité des pays, les bourses sont peu revalorisées et les plafonds permettant d’y accéder s’éloignent un peu plus de la réalité à laquelle sont confrontés les Français de l’étranger lorsqu’ils veulent mettre leurs enfants dans le réseau français, qui rappelons-le n’est pas gratuit, même pour les citoyens français.

Samantha Cazebonne, sans ambage, s’inquiète de l’exclusion des classes moyennes des établissements français qui subissent cet effet de ciseaux. Elle veut donc porter une nouvelle disposition législative pour faire croitre l’enveloppe budgétaire des bourses mais surtout pour réviser le mode d’attribution afin de répondre, au mieux, aux défis que rencontrent les expatriés dans leur vie quotidienne.

« J’ai envie de faire passer des messages »

Dans la dernière partie du podcast, Samantha Cazebonne évoque la situation politique mais aussi son propre engagement. Consciente du privilège de porter la voix de ses concitoyens, d’abord de la Péninsule ibérique et désormais des quatre coins de la planète, la sénatrice veut rendre utilise « son temps en politique » en faisant passer les messages des expatriés et en transformant leur vie quotidienne.

Cet engagement, elle le mènera encore pendant ce mandat, en espérant que la voix des Français de l’étranger sera plus entendue que lors du dernier mandat pendant lequel, elle regrette que Jean-Baptiste Lemoyne, l’ancien Ministre des Français de l’étranger, ne fut pas assez entendu.

La Loi de Finances 2023

Première étape du parcours parlementaire à venir, la Loi de Finances 2023. Revenant sur le financement du réseau scolaire, Samantha Cazebonne s’étonne que l’AEFE a pu débloquer 20 millions d’euros pour accueillir les nouveaux professeurs mais soit incapable de fournir un budget pour les Instituts de Formation Régionaux ou d’adapter les cotisations demandées aux parents d’élèves français à la situation économique de leur pays de résidence. Elle propose plusieurs pistes pour débloquer des fonds.

Les promesses du candidat Macron

Qui dit agenda parlementaire, on pense évidemment à la planification des lois et amendements qui rendront concrètes les promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Si la parlementaire se dit prête à accélérer sur ces sujets comme la résidence de repli, une généralisation du Service Universel, la distribution des « Pass culture », à l’image des députés de la majorité, elle rappelle que le « top départ » des réformes est dans les mains du nouveau ministre des Français de l’étranger, Olivier Becht. Nous ne manquerons pas de lui poser la question lors de l’interview qui sera diffusée sur notre site dimanche 11 septembre à 17H (CET).

Stéphane Vojetta, le cas de la Péninsule ibérique

Pour finir, on évoque la situation de la Vème circonscription des Français de l’étranger, réunissant Andorre, Monaco mais surtout l’Espagne et le Portugal. Rappelez-vous, en octobre 2021, à la suite de l’élection de Mme Cazebonne comme sénatrice des Français de l’étranger, c’est Stéphane Vojetta, son suppléant, et en accord avec le fonctionnement constitutionnel de l’Assemblée nationale, qui siégea au Palais Bourbon. Logiquement ce dernier pensait obtenir l’investiture de La République en Marche.

Et pourtant, c’est Manuel Valls qui fut adoubé par le parti présidentiel. Malgré son aura d’ancien Premier ministre, le candidat officiel ne parvient pas au second tour. Une situation qui aurait pu être embarrassante mais que Samantha Cazebonne assume au nom de la fidélité au Président de la République. Les détails dans les dernières minutes du podcast ci-dessous.

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