Le système qui divise les Hongrois vivant à l’étranger en fonction de leur lieu de résidence laisse un grand nombre d’entre eux insatisfaits et sous-représentés, mais il n’a suscité que peu d’intérêt de la part de l’opposition ou du parti au pouvoir à l’approche d’une élection nationale cruciale qui aura lieu dimanche (3 avril).
Les ressortissants hongrois qui ne sont pas enregistrés comme résidents dans le pays ne peuvent actuellement voter par correspondance que pour les listes des partis nationaux, tandis que les Hongrois résidents disposent de deux voix, dont une complémentaire pour leurs circonscriptions au scrutin uninominal.
En revanche, ceux qui ont une adresse hongroise enregistrée et qui résident en fait à l’étranger ne peuvent voter en personne que dans les ambassades ou les consulats.
Cela peut constituer un choix difficile en soi, mais beaucoup n’ont pas le choix du tout.
En renonçant à votre adresse hongroise, « vous perdez certains de vos privilèges et dans certaines situations, vous ne pourrez pas le faire », a déclaré Tamás Csillag, qui occupe la 47e place sur la liste nationale de l’opposition commune, en donnant l’exemple des personnes ayant un prêt hongrois qui sont obligées de conserver leur adresse dans leur pays.
Cependant, ceux qui choisissent de conserver leur adresse hongroise, souvent en raison d’un processus de réenregistrement connu pour être compliqué s’ils décident de retourner vivre dans leur pays, ont été confrontés à des choix difficiles pour exercer leur droit de vote dimanche.
« Je n’aime pas le système de vote actuel car il crée beaucoup d’inefficacité, et une discrimination inutile entre les citoyens les uns par rapport aux autres », a déclaré un jeune professionnel vivant dans le nord-est de la France, qui a demandé à rester anonyme.
Lors des élections législatives de 2018, il a dû parcourir plus de mille kilomètres dans le Midwest américain, jusqu’à Chicago, pour pouvoir voter. Cette fois, dit-il, il est rentré chez lui pour devenir observateur électoral.
« Il pourrait y avoir un meilleur moyen et je suis très déçu du fait qu’à cette occasion, la possibilité de voter par voie postale n’ait pas été étendue à un plus grand nombre de personnes », a-t-il ajouté, se plaignant que le système postal actuel soit devenu un « foyer de fraude électorale ».
Des inquiétudes généralisées concernant les règles de vote par correspondance en Hongrie sont apparues ces dernières semaines, à la suite de scandales survenus dans des pays voisins et relayés par des médias indépendants.
Mercredi, un sac rempli de bulletins électoraux hongrois jetés et partiellement brûlés a été découvert dans une décharge en Roumanie. En Serbie, cette année, les bulletins de vote n’ont pas été envoyés par la poste, mais livrés et collectés par des militants du partenaire local du parti hongrois Fidesz actuellement au pouvoir.
La question des votes dans les pays environnants est d’autant plus importante que le gouvernement a pour politique de longue date de verser des milliards à l’étranger pour soutenir les communautés hongroises dans les pays voisins.
En 2011, le Fidesz a modifié la loi sur la citoyenneté hongroise, introduisant une nouvelle voie simplifiée d’acquisition de la citoyenneté hongroise pour les Hongrois « ethniques » vivant en dehors du pays.
Cela a ouvert la voie à la naturalisation pour une grande partie des 2,2 millions de la communauté hongroise vivant dans les pays environnants, leur donnant la possibilité d’influencer les élections en Hongrie. Lors des élections législatives de 2018, sur les 225 000 votes par correspondance provenant de l’étranger, 96 % étaient en faveur du Fidesz.
Viktor Orbán, l’actuel premier ministre hongrois
Parallèlement, certains Hongrois sans résidence n’ont même pas reçu leur bulletin de vote et ont désormais peu de possibilités de recours.
Tamás Felföldi, 22 ans, étudiant à l’université et vivant actuellement à New York, a déclaré qu’il n’avait pas du tout reçu son bulletin de vote. Le bureau électoral national (NVI) lui a dit de contacter la poste américaine, mais les bulletins sont envoyés sans numéro de suivi.
« Il est inacceptable pour moi de ne pas pouvoir exercer mes droits et responsabilités les plus fondamentaux en tant que citoyen », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Selon le candidat M. Csillag, qui travaille comme conseiller politique au Royaume-Uni, le cas de M. Felföldi n’est pas singulier et une trace des personnes se plaignant de la disparition de leur courrier a été conservée.
Toutefois, selon lui, le problème plus général est que l’opposition et le parti au pouvoir négligent souvent l’importante communauté hongroise qui ne vit pas dans les pays voisins.
Selon le bureau électoral national, un total de 65 716 personnes sont inscrites pour voter dans les consulats ou les ambassades cette année, soit une augmentation de 13 % par rapport à 2018, mais M. Csillag a déclaré que cela ne représente qu’une petite fraction de la totalité de la diaspora hongroise.
Une étude du 21 Research Center de novembre 2021 a révélé qu’environ un demi-million de Hongrois ont émigré et vivent maintenant principalement en Europe occidentale, et ce groupe d’électeurs est beaucoup plus critique envers le gouvernement que les Hongrois vivant en Hongrie.
L’enquête a révélé que « 55 % des personnes interrogées ont déclaré qu’elles se rendraient certainement aux urnes si elles avaient moins d’une heure de trajet pour rejoindre le bureau de vote, et 70 % ont déclaré qu’elles voteraient sans nul doute si elles pouvaient voter en ligne ».
Selon les calculs du centre de recherche, dans le cas du vote en ligne, cela se traduirait par la participation aux élections de 230 000 citoyens vivant à l’étranger, au lieu des 65 000 enregistrés actuellement, et cela pourrait représenter 150 000 voix supplémentaires pour l’opposition.
« L’un des problèmes est que les partis ne comprennent pas vraiment le poids de tout cela, à quel point ces votes peuvent compter…. Mais l’autre grand problème est que, quelle que soit la pression que nous avons exercée sur le gouvernement, nous n’avons pas réussi à le convaincre d’ouvrir de nouveaux bureaux de vote », a déclaré M. Csillag.
« Le continent est isolé », disaient les Britanniques forts de leur empire quand le brouillard envahissait la Manche. C’est ce que dit l’Occident de la Russie : la Russie est isolée. Mais peut-on isoler la Russie ? Soit : comme prévu, plus rapidement que prévu, la Russie a perdu la guerre d’Ukraine. Kiev restera libre. Poutine devra juste éviter l’humiliation auprès des Russes. Que 80% des Russes le soutiennent relève d’une propagande massive et d’une population sous surveillance. Des milliers de soldats font retraite, 200 000 civils ont quitté la Russie, ils savent, ils parlent. Mais si Poutine a perdu, l’Occident n’a pas gagné.
Peut-on isoler la Russie ?
Déjà, le rouble a retrouvé son niveau d’avant-guerre. Ce qui signifie que la Banque centrale soutient son cours, avec des taux d’intérêt dévastateurs pour l’économie et la population russe. Mais elle tiendra, elle a connu pire. Et puis beaucoup de petits malins achètent en roubles tout ce que vendent les Russes. L’Inde, ce sous-continent d’un milliard trois cent millions d’habitants, troisième importateur mondial d’hydrocarbures, achète à prix réduit son pétrole aux Russes. Une multiplication par 15 depuis la guerre. Lavrov a discuté d’un paiement en roubles cette semaine. La Suisse, pour la première sortie de sa neutralité, achète : Litasco, Vitol, Trafigura, Paramount, Gunvor, Petraco, Glencore, tous en Suisse, sont les principaux acheteurs de brut russe au monde. En mer, Les tankers coupent leurs transpondeurs pour disparaitre des radars.
La Chine a bien expliqué aux Européens qu’ils ne faisaient rien « délibérément » pour contourner les sanctions européennes. « Délibérément » ? De quoi ne pas se faire prendre. 15% des exportations chinoises sont destinées à l’Europe. La Russie ne représente que 2.5%. Les Chinois craignent surtout les sanctions américaines. La guerre d’Ukraine n’est qu’un « conflit régional ». Dans le grand conflit mondial des trente prochaines années, la Russie est « leur indéfectible allié ». Le jeu chinois consiste à détacher les Européens des États-Unis, leur vanter leur indépendance, regretter leur vassalisation, les écarter de la zone Asie-Pacifique en mettant en exergue les avantages d’une coopération économique et les inconvénients d’une vassalité.
Pourquoi financer des régimes qui prennent le parti de l’adversaire ?
La grande bataille diplomatique dépasse de loin l’immense et faible Russie. En Afrique, ne faut-il pas profiter de la crise russe pour éliminer les mercenaires ? La Russie tient un discours anti-occidental et anti-francais en Afrique depuis des années, s’appuyant sur des chefs d’Etat protégés par les mercenaires. Le pillage de la Centrafrique par le groupe Wagner a de quoi faire regretter la Françafrique : « Jamais, par le passé, les violations des droits de l’Homme et manquements au droit international humanitaire imputables aux forces armées centrafricaines, forces bilatérales (Wagner) et autres personnels de sécurité… n’ont égalé les exactions documentées par la Minusca (Mission des Nations unies en Centrafrique, juin 2021). Pour 6 tonnes d’or par an, plus les diamants, on peut organiser un trafic jusqu’au Soudan, le Proche-Orient et l’Inde, et conspuer l’Occident moraliste et grincheux.
L’Europe – et la France – doivent mettre à l’heure du jour leur politique en Afrique. Pourquoi financer des régimes (« des coopérations ») avec de régimes kleptocrates, et qui prennent le parti de l’adversaire ? Plus de la moitié de l’Afrique, tout en condamnant l’invasion russe, choisit de fait la Russie et la Chine. C’est dire la défaite politique et économique diplomatique des Européens, et notamment de la France, en Afrique.
Même le Maroc s’est tenu sur sa réserve. Anthony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, y est passé, au cours d’une tournée pendant laquelle il a essayé de rassurer ses alliés à propos du traité JCPOA avec l’Iran. Parce que cet accord inquiète, il reprend la politique d’Obama, sévèrement jugée dans le Golfe. L’Iran fait aussi partie de l’alliance stratégique que construit patiemment la Chine : c’est la Chine qui achète le pétrole iranien, c’est la Chine qui a conclu une alliance défensive avec elle.
La question n’est pas : la Russie peut-elle tenir ?, mais comment l’Occident agira-t-il face au reste du monde ?
Israël, les Emirats, l’Egypte, l’Arabie saoudite, ne comprennent pas la mansuétude européenne et américaine vis-à-vis de l’Iran. Aussi l’Arabie n’a-t-elle augmenté sa production de pétrole que de 500 000 barils au lieu des 1,5 millions demandés par les États-Unis. Et voilà Bachar aux Emirats, qui tente son retour dans la grande famille arabe. Aussi Jean-Yves Le Drian a-t-il lui aussi fait sa tournée au Qatar, au Koweït et en Oman, tandis que Bruno Le Maire était en Egypte. Le Liban est en jeu, avec des élections en mai, un exode en masse, du blé en manque. Ne pas se tromper dans la grande redistribution des peurs.
Quand on regarde la carte des pays qui ont condamné Poutine à l’Onu, la Russie a subi une défaite diplomatique monumentale. Peut-être la plus marquante de son histoire. Quand on compte les pays qui ont adopté des sanctions, alors les couleurs changent. Hormis les États-Unis, l’Europe, et les alliés du Pacifique, personne n’a rompu avec les Russes. La question n’est pas : « la Russie peut-elle tenir ? », elle vendra toujours plus ou moins bien ses ressources, et achètera un peu plus cher ce qui leur manque, mais comment l’Occident agira face au reste du monde ?
Par la lutte entre le bien et le mal, selon la vieille rhétorique américaine que reprend Biden ? Par la diplomatie du dieu dollar, plus efficace mais moins éthique ? Par l’alliance des démocraties ? Mais pourquoi aller chercher le pétrole vénézuélien et iranien ? La politique n’est que l’art du moindre mal, pas du choix entre le bien et du mal.
Les États-Unis solidifient l’Otan, l’Europe garde l’Ukraine, la Chine adopte la Russie.
La force de la Chine est autant son économie que son pragmatisme. Les tyrans n’hésitent pas à tirer sur la foule, empoisonnent, enferment leurs opposants, rasent ou gazent les villes. Cela ne gêne pas les Chinois, même s’ils le déplorent. Chacun est maître chez soi, pensent-ils. Et eux le sont chez eux : ils préviennent par les purges et le contrôle social.
Pour l’instant, la Russie perd, en fait, sa place de puissance mondiale. Les États-Unis empochent la solidification de l’Otan et leur soutien à l’Ukraine. L’Europe gagne un surplus d’unité, mais le paie fortement, économiquement et stratégiquement : elle est collée aux Etats-Unis, elle a perdu l’espoir d’une entente avec la Russie. La Chine reste dans l’attente. Elle sait que la vraie bataille ne fait que commencer. Elle a pris la Russie, tant que Poutine y restera.
Pour l’instant, l’Occident est plus seul qu’il ne le croit, mais la Chine n’a pas gagné, car les régimes autocratiques ont leur faille : ils vivent dans le contrôle de la population et le mensonge. Cela coûte cher. Et puis, on a beau se gausser de la « moraline », on ne peut ignorer cette aspiration universelle à la liberté qu’on trouve partout, même en Russie et en Chine, ou au Viet Nam. Il n’est que voir Taïwan, la Corée ou l’Ukraine pour comprendre qu’il n’y a pas de fatalité à l’absence de démocratie.
En Inde se jouera le destin du monde
Il est un pays démocratique qui fait la bascule commercial, diplomatique, militaire, et qui se tait. Les Américains, pour une fois prudents, n’ont pas critiqué les achats de pétrole indien aux Russes. Ils ont simplement dit qu’en cas de conflit avec la Chine, ce ne seront pas les Russes qui défendront les Indiens. Ce que choisira l’Inde déterminera l’axe du monde. Le continent est isolé, le sous-continent ne le restera pas longtemps. Là-bas se joue le destin du monde.
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a.Ambassadeur de France
a.Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press
Samedi 02 avril dans l’Arena de la Défense près de Paris, Emmanuel Macron a réuni ses soutiens pour son seul et unique meeting de la campagne du premier tour. 30 000 Français ont répondu à l’appel du Président de la République, les expatriés étaient aussi représentés. Les voisins tout d’abord : Allemagne, Belgique, Luxembourg, mais aussi des USA ou d’Asie. Cependant, tout au long des deux heures et demi de discours, on a attendu un mot pour les Français de l’étranger, il n’est pas venu. On fait le point sur les principales mesures annoncées.
Pour ce meeting, Emmanuel Macron a, avant tout, tenu à clarifier son programme national. Au début de sa prise de parole, il a abordé la thématique du pouvoir d’achat, première préoccupation des Français.
«Le vrai pouvoir d’achat, c’est celui qui vient du travail», a affirmé Emmanuel Macron. Pour son deuxième quinquennat, en cas de réélection, le président mettra en place une prime de pouvoir d’achat pour les travailleurs pouvant aller jusqu’à 6000 euros.
«Dès cet été, je veux permettre aux travailleurs de toucher une prime de pouvoir d’achat pouvant aller jusqu’à 6000 euros sans charges ni impôts. Les travailleurs indépendants gagneront davantage, 550 euros de plus chaque année au niveau du Smic. (…) À nouveau, ces cinq années de plus doivent être les cinq années du travail, du mérite, de la liberté, nous devons continuer d’avancer, et nous créerons le compte épargne-temps universel»
Emmanuel Macron
Marseillaise chantée par la foule et le gouvernement juste avant l’entrée d’Emmanuel Macron
L’école
L’une des premières mesures d’Emmanuel Macron à l’Élysée s’il est réélu, est de changer le système éducatif français.
«Nous renforcerons l’enseignement du français et des mathématiques jusqu’au baccalauréat, nous généraliserons le sport à l’école avec une demi-heure de sport par jour à l’école dès septembre, nous ferons une révolution complète du lycée professionnel, une voie d’excellence»
Emmanuel Macron
Par ailleurs, Emmanuel Macron souhaite que les instituteurs et professeurs soient mieux payés.
«Nos instituteurs et nos professeurs seront mieux rémunérés»
Emmanuel Macron
Cette année, aucune promesse sur l’Education à l’étranger n’est venue compléter le volet dédié à la scolarité.
La dépendance et le grand âge
Concernant la santé, Emmanuel Macron a abordé le problème des déserts médicaux. Pour mieux accompagner les personnes âgées dans «des établissements dignes», le président-candidat compte recruter 50 000 infirmiers et aides-soignants.
«Nous recruterons 50 000 infirmiers et aides-soignants, et nous renforcerons les contrôles, car tous, tous, nous avons été indignés par les révélations faites sur certains établissements. Cela ne vaut pas pour tous, beaucoup font un travail admirable, mais cela ne doit plus exister, jamais»
Emmanuel Macron faisant allusion au scandale Orpéa.
De plus, le candidat a rendu hommage aux soignants pour leur mobilisation lors de la crise sanitaire.
«J’ai une pensée pour eux, émue, mobilisés, parce qu’ils continuent de se battre dans les hôpitaux, dans leur cabinet, pas simplement contre le (sic) Covid qui continue à sévir, contre les formes de Covid long, et contre toutes les maladies que nous ne pouvons pas oublier, applaudissez nos soignants»
Emmanuel Macron
L’emploi
Alors qu’Emmanuel Macron se déclare en faveur de la baisse d’impôts à partir de 2026, le président-candidat a, toutefois, appelé les Français à travailler plus pour pouvoir rembourser la dette. Le candidat a également cité sa proposition de passer l’âge de la retraite à 65 ans.
«Je préfère être clair, pour financer tout cela, il n’y aura pas de hausse d’impôts, nous les baisserons, et je peux vous le dire, avec crédibilité, car nous l’avons fait pendant cinq ans»
Emmanuel Macron
Emmanuel Macron a également assumé «de viser l’objectif du plein-emploi».
«Nous continuerons de mener les réformes indispensables sur l’assurance-chômage (…) de donner plus de liberté à tous nos entrepreneurs (…). Nous mettrons en place pour les bénéficiaires du RSA de 15 à 20 heures par semaine des activités de formation, de réinsertion sur le modèle de ce que nous faisons depuis le 1er mars avec le Contrat d’Engagement Jeune pour les 18-25 ans».
Emmanuel Macron
Expatriés et marcheurs
Si aucun point concernant les expatriés n’a été abordé par le président-candidat, les marcheurs des quatre coins du monde se sont satisfaits de ce meeting (retrouvez le programme d’Emmanuel Macron pour les Français établis hors de France). Les nombreuses allusions d’Emmanuel Macron à l’Europe, tout au long de son discours, ont été saluées par les Français de Bruxelles qui étaient les plus nombreux ce samedi à Paris. Proximité et forte présence des « eurocrates » pouvant expliquer cela.
« Pour mener le pays et relever les grands défis à venir, Emmanuel Macron est une chance pour la France.«
Pieyre-Alexandre Anglade, député LREM des Français du Benelux
Aussi présents, les Français de Suisse et du Royaume-Uni, responsables de sections locales ou élus consulaires avaient fait le voyage pour venir applaudir leur candidat. Il n’y a pas de place pour l’interrogation, pour eux le premier mandat fut un succès. L’expression qu’on retrouve dans la bouche de nombreux marcheurs établis hors de France, « Français à part entière », caractérise la volonté du président de la République d’inclure dans chacune de ses décisions ou actions ses compatriotes non-résidents.
Rencontrez des marcheurs expatriés présents au meeting d’Emmanuel Macron
Au total, 10 millions d’ukrainiens ont dû fuir leur foyer en se dirigeant dans un autre pays ou à l’intérieur de l’Ukraine. 90% sont des femmes et des enfants.
L’Europe n’a pas connu un tel flot de réfugiés depuis la deuxième guerre mondiale. Quelque 90 % de ceux qui ont fui l’Ukraine sont des femmes et des enfants, les autorités ukrainiennes n’autorisant pas le départ des hommes en âge de porter les armes.
L’Organisation internationale pour les migrations de l’ONU a précisé qu’environ 205 500 non-Ukrainiens avaient aussi fui le pays et rencontraient parfois des difficultés à rentrer dans leur pays d’origine. L’ONU estime à presque 6,5 millions le nombre de déplacés à l’intérieur du pays.
La Pologne, le refuge
La Pologne accueille à elle seule plus de la moitié de tous les réfugiés partis d’Ukraine depuis le début de l’invasion russe. Près de six réfugiés ukrainiens sur 10 sont entrés en Pologne, soit plus de 2,4 millions de personnes.
Les associations d’expatriés peuvent candidater avec un projet précis chaque année à un dispositif d’accompagnement mis en place par le gouvernement, le fameux STAFE. Cette possibilité vient remplacer depuis 2017 les fonds distribués par les parlementaires via une « enveloppe budgétaire » dont la finalité était laissée à leur discrétion.
Une sélection locale et nationale
Pour participer, les associations d’expatriés devaient remettre un dossier auprès de leur consulat. Une fois remis à l’administration, c’est un long parcours qui commence avec plusieurs filtres de sélection. Le premier, c’est le Conseil consulaire, réunissant les élus locaux, qui statue sur la pertinence du projet et sa recevabilité.
Une fois cet échelon passé, le dossier prend la direction de la direction de l’administration consulaire et des Français de l’étranger. A Paris, la conformité des éléments fournis sont vérifiés. Si c’est le cas, les projets retenus sont présentés à une commission nationale réunissant les représentants des élus consulaires, à travers les conseillers de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), et des cadres de l’administration. La commission peut être présidé par le Ministre en charge des Français établis hors de France, comme ce fut le cas cette année avec Jean-Baptiste Lemoyne.
Depuis 2018 et l’invention du STAFE, les commissions passaient et se ressemblaient. Le résultat, une forte proportion des fonds alloués par l’Etat (près de 2 millions d’euros/an) étaient attribués aux projets des agences et autres organes issus de l’administration. Lycées, Alliances françaises, Instituts français étaient les grands gagnants des commissions. Une situation que regrettait déjà en 2021, l’actuelle présidente de l’Assemblée des Français de l’étranger.
Cette année, les nouveaux élus consulaires et de l’Assemblée des Français de l’étranger ont décidé de reprendre la main. Après une première commission, le 11 mars, qui a vu le schéma des autres années se reproduire, avec plus de 110 projets issus d’associations d’expatriés rejetés, et 60% de l’enveloppe attribués aux organismes proches des associations.
Profitant de la présence de Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France, lors de la séance inaugurale de la 36ème session de l’Assemblée des Français de l’étranger, les élus sont montés au créneau. Fait peu courant, c’est le représentant de la majorité présidentielle, Thierry Masson, qui invectiva le ministre. Et ca a marché ! Peut-être que la proximité des élections nationales a favorisé un dénouement positif.
Des critères qui méritent plus de transparence
Revenant sur la commission du 11 mars, Jean-Baptiste Lemoyne a convoqué dès le 16 mars une nouvelle commission qui a permis d’équilibrer la répartition des fonds entre les projets et de s’assurer d’une diversité des acteurs financés. Pendant cette réunion, les élus ont aussi demandé à ce que des dispositions soient prises afin d’assurer une transparence et une meilleure compréhension du dispositif.
En effet, le résultat de la commission du 11 mars fut justifié par l’administration par l’application de critères, dont elle est la seule à connaitre les tenants et les aboutissants. Désormais, lors de la publication de l’appel à candidatures, sera jointe la liste exhaustive et détaillée des critères administratifs, financiers et statutaires.
Une transparence qui prend racine à l’AFE
La nouvelle présidente de l’Assemblée des Français de l’étranger, Hélène Degryse (élue aux Pays-Bas comme indépendante et élue à la tête de l’AFE avec les voix de LREM), a salué ces résultats dans un post du 02 avril sur Facebook. Et elle a inauguré cette nouvelle ère de la transparence en publiant le tableau détaillé des associations et des projets retenus dans le cadre du STAFE 2022 sur le site de l’AFE.
Et force est de constater que si les organismes parapublics sont encore nombreux parmi les lauréats, comme les Chambres de Commerce (pourtant des sociétés commerciales) ou les Alliances françaises, qu’un net effort a été fait pour porter assistance aux associations des Français de l’étranger pour la réalisation de leurs projets.
Et les associations d’expatriés ont plein d’idées, du festival de la pâtisserie en Argentine, une chasse aux trésors du savoir-faire à New-York ou encore des podcasts culturels au Mexique. Vous pouvez découvrir tous les projets retenus en consultant ou téléchargeant le fichier ci-dessous.
Le professeur Thomas Römer, titulaire de la chaire des Milieux bibliques au Collège de France, est aussi l’administrateur de l’institution. Avec TV5MONDEplus, vous pouvez désormais découvrir des leçons inaugurales des prestigieux professeurs de l’établissement. Mathématique, biologie, physique, histoire, il y en a pour tous les goûts ! Nous l’avons rencontré dans l’écrin du Collège de France au cœur de Paris.
Thomas Römer, un expatrié en France
Né en décembre 1955 à Mannheim (Allemagne), Thomas Römer a commencé sa carrière comme assistant de recherche en Ancien Testament à la faculté de théologie de l’Université de Genève, chargé de l’enseignement de l’hébreu biblique et de l’ougaritique (1984-1989). Il y a obtenu le titre de docteur en théologie, spécialisé en philologie biblique (1988). Thomas Römer a ensuite été nommé maître d’enseignement et de recherche (1989-1991,) puis professeur adjoint de philologie biblique et d’exégèse biblique à l’Université de Genève (1991-1993).
Thomas Römer devint en 1993 professeur ordinaire de Bible hébraïque à la faculté de théologie et des sciences des religions de l’Université de Lausanne, dont il a été le doyen de 1999 à 2003. Il a été professeur invité dans les facultés de théologie de Montpellier, Neuchâtel, Paris, Zurich, Mexico ainsi qu’au centre d’études théologiques et sociales de Managua, et directeur d’études invité à l’École pratique des hautes études (Ve section) en 1999-2000. Depuis 2007, Thomas Römer est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Milieux bibliques. Il a prononcé sa leçon inaugurale « Les Cornes de Moïse. Faire entrer la Bible dans l’histoire » le 5 février 2009.
Les travaux de recherche de Thomas Römer portent sur la naissance de la Bible dans le contexte du monde antique. Dans une perspective d’histoire des religions, son approche se caractérise par une analyse philologique et littéraire des textes, en dialogue avec l’histoire et l’archéologie du Proche-Orient ancien. Cette approche permet de faire ressortir la fonction des textes dans leurs milieux d’origine, répondant tout à la fois à des problématiques qui sont identitaires, culturelles, sociales ou politiques. C’est ainsi qu’il a pu proposer de nouvelles synthèses historiques, notamment sur la formation du Pentateuque, de l’historiographie biblique, ou encore sur les origines du dieu et de ses cultes dans les anciens royaumes d’Israël et de Juda.
Thomas Römer est l’auteur de plus de trois cent cinquante publications scientifiques : articles, ouvrages savants, éditions… parmi lesquels on peut distinguer La première histoire d’Israël : L’École deutéronomiste à l’œuvre (Labor et Fides, 2007), L’invention de Dieu (Seuil, 2014) ou encore Aux origines de la Torah : nouvelles rencontres, nouvelles perspectives (Bayard, 2019) en collaboration pour ce dernier ouvrage avec Israël Finkelstein. Il a également contribué à la diffusion de ses recherches auprès du grand public, par la publication de livres comme La Bible, quelles histoires ! (Bayard, 2014) ou Les 100 mots de la Bible (Que sais-je, PUF, 2016).
En 2019, il est élu par ses pairs comme administrateur du Collège de France à Paris.
Disponible gratuitement dans 194 pays à travers le monde sur internet et via une application pour téléphones mobiles et tablettes, TV5MONDEplus a vocation à promouvoir la richesse des contenus audiovisuels francophone : films, séries, documentaires… produits par les chaînes partenaires de TV5 (France Télévisions, Radio-Canada, Télé-Québec, TV5 Québec Canada, Radiotélévision suisse romande, Radiotélévision belge francophone). On y trouve également des coproductions africaines et des programmes produits par de grands partenaires culturels et scientifiques.
Institution unique, le Collège de France dispense des cours accessibles à tous, gratuitement à Paris ou sur internet. Il enseigne « le savoir en train de se constituer dans tous les domaines des lettres, des sciences ou des arts ». Naturellement, le Collège de France est, ainsi, devenu le premier partenaire hors média de TV5MONDEplus, la plateforme francophone mondiale de vidéos à la demande, 100% gratuite. L’institution met donc à disposition certaines de ses leçons inaugurales. Disponibles en 5 langues de sous-titrage (français, anglais, espagnol, arabe et, pour certaines, allemand), c’est plus de 60 leçons inaugurales qui sont offertes au public.
En une heure, un prestigieux universitaire vous fait découvrir sa matière. Ainsi les plus brillants des chercheurs français et étrangers partagent avec les élèves et les téléspectateurs l’essence de leurs recherches. Merci TV5MONDEPlus !
Le roman de Cédric Gras, « Anthracite », a été publié en 2016. Il y a 6 ans, la guerre ravageait déjà le Donbas mais se limitait aux marges orientales de l’Ukraine, dans une région où les tendances séparatistes des uns se heurtaient à la fougue souverainiste des autres. Il est toujours possible de le commander en ligne.
L’oeuvre de Cédric Gras entre récits de voyage et regard cultivé sur l’Est et la Russie.
Ce roman, six ans après sa première parution, est hélas encore d’actualité. C’est le témoignage de fiction d’un homme qui, en géographe et amoureux de la langue française, a œuvré in situ, en Ukraine, à Donetsk puis à Odessa pour diffuser notre culture et aller à la rencontre de ces russophones du Donbas qui sont aujourd’hui présentés comme la source et le prétexte du conflit déclenché par Vladimir Poutine. Cédric Gras nommé directeur d’Alliance française par le Quai d’Orsay pour fonder l’Alliance française de Donetsk reviendra de ces quatre ans sur place parfaitement russophone : un atout maître pour mieux comprendre le pays et la région où la diplomatie française l’a affecté et où la guerre l’obligera à cesser ses activités de coopérant.
Gras a une attirance charnelle et spirituelle pour tout ce qui se passe à l’est du Dniepr, lui qui compose depuis une bonne dizaine d’années l’oeuvre d’un témoin immergé dans cette réalité de l’Est des plaines et grands espaces. De ses récits de voyage orientaux on peut citer « Le Nord, c’est l’Est : aux confins de la fédération de Russie » (2013), « L’hiver aux trousses » (2016) ou « Kaliningrad : la petite Russie d’Europe » (2020). Ce regard d’amoureux des steppes lui a valu d’être rangé dans la catégorie un peu fourre-tout, des « écrivains voyageurs ». Certes il écrit et parcourt la Russie des villes et des plaines mais il n’hésite pas non plus à se lancer à l’assaut de ses sommets vertigineux, en amateur d’alpinisme. Le livre « Alpinistes de Staline » (2020) témoigne de cette aptitude à naviguer sous toutes les altitudes. Certes, Gras est aussi le compagnon de route d’un autre fou de liberté et d’exploration, le cabossé et médiatique Sylvain Tesson. Avec lui il a parcouru la route des soldats de Napoléon dans « Bérézina », leur commune épopée en side-car, mais on devine une personnalité moins exubérante et plus taiseuse du géographe de formation qui est mieux qu’un simple second de cordée.
Cédric Gras vaut d’ailleurs beaucoup mieux que cette image d’aventurier beau gosse à la plume alerte ou de routard à l’élégante barbe de trois jours. On sent chez le bonhomme, à travers les mots qu’il nous livre dans cet interview, un homme direct qui n’hésite pas à prendre le contrepied de la doxa du jour s’il estime que la vérité est en jeu. Un homme fonctionnant au temps long, à la réflexion fertile qui germe lentement après une journée de marche, un gars courageux que l’alpinisme a rendu droit comme un piton d’acier.
Anthracite, un roman qui plonge ses racines au coeur du conflit dans le Donbas.
Dans Anthracite, Gras explore tout simplement l’Histoire et la Géographie, matières fondamentales de l’écrivain. Il part fureter dans les racines du conflit qui date de 2014 mais puise sa source dans des données géologiques antérieures : il explique la richesse immense du sous-sol de cette région de l’est de l’Ukraine qui fut pendant longtemps le principal gisement de carbone du pays sous l’union soviétique. La gloire du Donbas signera aussi sa perte quand, après l’écroulement de l’Union Soviétique et le rachat de la région par des oligarques peu scrupuleux, les mineurs licenciés ou réduits à la sous-activité seront renvoyés aux rebuts de l’Histoire qui avancera dès lors sans eux après les avoir célébrés. Ce roman est le road-movie de deux Ukrainiens pris sous les bombes que leurs positions politiques opposent mais qui n’entameront jamais leur amitié à cause de ce qu’ils perçoivent de folie pure et de ridicule dans ce conflit.
« Anthracite » est à conseiller à tous ceux qui veulent comprendre l’Ukraine sans juger hâtivement les uns ou les autres, à tous ceux qui voudront lire les mots d’un parfait conteur de l’Est pourtant natif de la région parisienne.
Cédric Gras, écrivain-éveilleur qui vous emmène en voyage malgré la guerre. Rencontre !
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Cédric Gras, vous êtes considéré comme un écrivain voyageur reconnu. Vos récits sont situés en Eurasie dont vous êtes devenu, par les voyages et l’étude – vous êtes géographe de formation – un spécialiste. Aujourd’hui ce sont vos souvenirs de dirigeant d’Alliance française que je souhaite mobiliser : vous avez fondé l’Alliance française de Donetsk dans le Donbass en 2010 et passé au total 5 ans en Ukraine. Quelle était alors la perception de la langue française et de la France dans cette région russophone qui allait bientôt connaître la guerre déclenchée en 2014 ?
Cédric Gras :La langue française a toujours été très mise en avant dans les pays ex-soviétiques. Depuis la chute de l’Urss, elle revient à la place réelle qu’elle occupe dans le monde d’aujourd’hui, secondaire. Au-delà de la langue, la France bénéficie d’un a priori sympathique fondé en partie sur des clichés plus ou moins datés. La guerre ne remet pas vraiment en question ces perceptions je pense !
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Vous évoquez dans votre roman « Anthracite », sortie en 2016 et qui est consacré au premier conflit en Ukraine, la ligne de partage entre russophiles et ukrainophiles, entre les nostalgiques de l’URSS qui se situent à l’est et les pro-occidentaux fascinés par l’Ouest, qui divise l’Ukraine post Maidan.
L’affrontement était-il programmé par une logique géopolitique faisant de ce pays né en 1991 une zone aux influences contraires coincée entre deux grandes entités – la Russie et l’Europe ?
Cédric Gras : C’était quand même difficile à prédire… Des dissensions au sein d’un pays, c’est une chose. De là à voir une guerre de cette ampleur… Par ailleurs la césure n’est pas si simple. Le Sud est aussi très russophone ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de se sentir en majorité ukrainien. Les identités ont connu une grande dynamique depuis 2014. La question ne se posait pas forcément avant, l’Ukraine était l’héritière de la république socialiste soviétique d’Ukraine et ça ne changeait pas grand-chose dans l’immédiat. Maïdan et la sécession du Donbass ont rebattu les cartes, chacun s’est mis à réfléchir, changer d’avis peut-être.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Les deux personnages du roman, un chef d’orchestre et un mineur, incarnent à la fois des options politiques différentes – l’un est plutôt russophile l’autre partisan de l’Ukraine indépendante. Mais tous deux sont sans fanatisme, capables d’ailleurs de masquer leurs convictions ou d’en changer au hasard des rencontres. Ils portent un regard ironique et moqueur sur le conflit qu’ils essaient de fuir. Ces personnages sont-ils vos doubles de fiction ? Avec un regard distancié sur un conflit parfois grotesque – le portrait que vous faites de certains groupes armés cosaques ou séparatistes est cocasse…
Cédric Gras : Ces deux héros sont faits chacun de plusieurs personnes que j’ai pu rencontrer. Je me suis amusé aussi à travers eux à confronter les idées que j’entendais et qui évidemment m’influençaient dans un sens puis l’autre. Je suis un observateur de ce monde, j’écris, je tente de raconter. J’avais à cœur de donner la parole à tous les acteurs dans ce roman et je voulais aussi pointer l’absurde de cette situation.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Anthracite est un roman d’hommes. Les femmes sont le prétexte du road trip opéré par les personnages qui, pour l’un, recherche son épouse en même temps que son amante, mais les personnages féminins sont en arrière plan. Ce choix narratif est-il lié au contexte de guerre que vous décrivez ou est-il le reflet de la camaraderie virile et sportive que vous avez vous même expérimentée à travers l’épopée de 4000 km en side-car aux côtés de Sylvain Tesson (racontée dans « Berezina ») ou dans votre expérience de l’alpinisme ?
Cédric Gras : J’ai écrit un recueil de nouvelles intitulé Le cœur et les confins. Il s’agit d’histoires d’amour et de voyage. Tous les protagonistes ou presque y sont masculins et quelques lectrices m’en ont fait le reproche. Je proteste vivement ! Je ne suis pas capable de me mettre à la place d’une femme, d’imaginer ce qui lui traverse l’esprit. J’étais plus à l’aise avec ces deux-là !
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Quelle est la vocation dans votre esprit d’un roman comme Anthracite ? Il a une dimension historique et géopolitique éducative pour un lecteur français alors peu habitué à entendre parler du Donbass. Croyez-vous que la littérature ait une fonction de transmission et ce roman a-t-il une dimension engagée en posant comme un possible brûlot contre la guerre et ses absurdités ?
Cédric Gras : Ce livre se retrouve aujourd’hui d’une certaine actualité parce que la littérature, c’est le temps long, contrairement au journalisme. La France semble découvrir le Donbass alors qu’on en a parlé déjà beaucoup en 2014. A la sortie d’Anthracite, je me souviens qu’on m’avait reproché un contexte complexe. Aujourd’hui j’imagine que le lecteur a malheureusement plus de repères… Moi je l’avais écrit comme une catharsis. Ce conflit entre deux pays dans lesquels j’ai résidé m’a, comme beaucoup, désespéré. Et voilà que ça recommence.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Vous êtes plus familier du récit et de l’essai que de la fiction. Votre dernière publication – Les alpinistes de Staline – a d’ailleurs été saluée par le prix Albert Londres. Pourquoi cet attrait moindre, en tout cas en apparence, pour la fiction ?
Cédric Gras : Je m’essaie progressivement à tous les genres et styles. Le dernier est une enquête qui m’a passionné. J’ai refusé d’en faire un roman pour rester au plus près de la vérité car l’histoire se suffit à elle-même. Elle est incroyable ! Je considère la fiction comme le genre suprême (juste après la poésie). Mais c’est aussi l’occasion de formidables ratages. J’y vais prudemment. Chaque chose en son temps.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Avoir sillonné une partie de la Russie et être un voyageur qui parle russe et connaît le peuple russe amène-t-il face au conflit actuel à une forme de compréhension et d’empathie vis à vis des choix faits par Poutine et soutenus par une partie du peuple russe ?
Cédric Gras : Aucune empathie pour la guerre, non. Et elle balaie toutes les nuances qui pouvaient effectivement exister. C’était la pire des décisions. En revanche j’ai de l’empathie pour le peuple russe qui va souffrir dans la durée des sanctions, des privations de liberté, d’une réputation exécrable, etc. Il est très difficile d’apprécier la part de la population soutenant ce conflit.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Les femmes et les hommes de culture, dont vous êtes, ont-ils une responsabilité politique pour s’exprimer sur un conflit qui puise justement ses racines dans l’histoire, dans la géographie et la géologie d’un territoire ? Les medias sont parfois adeptes du raccourci.
Cédric Gras : C’est pour cela qu’on écrit des livres… que personne ne lit ou presque ! Il n’y a pas que les médias à blâmer. Les gens sont eux-mêmes coupables. Cela dit, tout un chacun ne peut pas consacrer à chaque problème du monde des journées entières. Voilà pourquoi il faut synthétiser au mieux parfois. Et puis il y a les livres pour approfondir. Quant à la responsabilité, je suis partagé. Je n’aime pas trop cette injonction à prendre position publiquement. Il n’y a de toute manière pas assez de place pour tout le monde dans les tribunes des journaux.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Envisagez-vous, malgré la guerre, de retourner en Asie Centrale ?
Cédric Gras : Bien sûr ! Elle ne fait pas la guerre que je sache ! Plusieurs pays d’Asie centrale ont pris des distances avec ce conflit dont leurs économies vont souffrir par le biais des sanctions occidentales.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Que pensez-vous des sanctions qui touchent certains sportifs ou certains hommes de culture juges proches de Poutine ?
Cédric Gras : Les sanctions individuelles ne font que renforcer la fidélité à un régime duquel on dépend d’autant plus…
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui comme nouveau livre ?
Cédric Gras : Je travaille aujourd’hui sur la Chine… Je sais, c’est vaste ! Mais vous en saurez plus prochainement !
Le président tunisien Kaïs Saïed a annoncé mercredi la dissolution du Parlement huit mois après l’avoir suspendu pour s’arroger les pleins pouvoirs en juillet 2021, faisant vaciller l’expérience démocratique dans le pays berceau du Printemps arabe.
Kaïs Saied a fait cette annonce lors d’une réunion du « Conseil de sécurité nationale » qu’il a présidée, quelques heures après que des députés ont bravé la suspension du Parlement en organisant une séance virtuelle, au cours de laquelle ils ont voté pour annuler les mesures exceptionnelles décidées depuis par le président.
« J’annonce aujourd’hui en ce moment historique la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple pour préserver l’Etat et ses institutions et pour préserver le peuple tunisien« , a déclaré le président dans une vidéo diffusée par la présidence.
Séance virtuelle de l’assemblée nationale tunisienne
Après des mois de blocage politique, Kaïs Saïed, élu fin 2019, s’est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet en limogeant le Premier ministre et en suspendant le Parlement dominé par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, sa bête noire.
120 députés tunisiens ont bravé mercredi 30 mars la suspension du Parlement en organisant une séance virtuelle au cours de laquelle ils ont voté pour annuler ces mesures exceptionnelles.
A l’appel du Bureau de l’Assemblée des représentants du peuple, une instance qui regroupe la présidence du Parlement et des représentants des partis y siégeant, 120 députés (sur un total de 217) ont participé à cette plénière en ligne, présidée par Tarek Fertiti, vice-président du Parlement, un indépendant.
116 députés ont voté en faveur d’un projet de loi visant à annuler les mesures exceptionnelles prises par Kaïs Saied, qui bloquent, selon eux, le processus démocratique et instaurent le pouvoir d’un seul homme dans le pays berceau du Printemps arabe.
Appel à de nouvelles élections
Les députés, dont des élus d’Ennahdha et des indépendants, ont appelé en outre à l’organisation d’élections législatives et présidentielle anticipées pour sortir de la crise politique et socio-économique.
Dans son allocution annonçant la dissolution du Parlement, le président tunisien a qualifié la réunion des députés de « tentative de coup d’Etat, qui a échoué« . Il a accusé les participants de « comploter contre la sécurité de l’Etat » et demandé à la ministre d’engager des poursuites à leur encontre. « Nos forces de sécurité militaires et civiles feront face selon la loi à tout recours à la violence« , a-t-il averti.
Après avoir suspendu le Parlement et limogé le gouvernement, Kaïs Saïed a dissous en février le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), une mesure qualifiée de nouvelle dérive autoritaire par ses détracteurs et qui a suscité des inquiétudes pour l’indépendance de la justice.
Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF (regroupement des dirigeants et actionnaires français),était à Tunis le 29 mars pour signer un accord avec 23 organisations patronales issues de pays francophones, créant L’Alliance des patronats francophones. La cérémonie s’est tenue en Tunisie à l’invitation de l’UTICA, le pendant tunisien du syndicat des patrons français.
Un environnement économique qui a de l’avenir
Le monde francophone peut être estimé à 524 millions d’individus au 1er janvier 2021, «soit une hausse de près de 2,3 % sur un an (512,3 millions début 2020), et une population désormais supérieure à celle de l’ensemble constitué par l’Union européenne et le Royaume-Uni (515,8 millions)», note le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF). Cette estimation ne tient compte «que des pays et territoires réellement francophones», insiste le CERMF. Soit l’espace géographique dans lequel la population est en contact quotidien avec la langue française, et où l’on peut donc « vivre en français ».
Tandis que selon l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF) de Laval (Canada), en 2050, plus de 70 % des Francophones seront africains et l’Afrique comptera plus de 90 % des jeunes francophones de 15-29 ans. C’est donc un immense marché qui est en train de se créer en français.
Cependant, force est de constater un certain manque d’intérêt de la France pour l’Afrique francophone, qui n’a représenté que 3,6 % de son commerce extérieur en 2019 (dont 1 % pour la partie subsaharienne). Cette situation, qui résulte notamment de la faiblesse des investissements productifs réalisés dans ce vaste ensemble (à l’exception de la Tunisie et du Maroc), se manifeste particulièrement en République démocratique du Congo, pays stratégique qui n’est autre que le plus grand et le plus peuplé des pays francophones du monde, et où l’Hexagone brille par sa quasi-absence.
Et pourtant, les Francophones « pèsent et pèseront de plus en plus » dans l’économie mondiale comme nous le rappelle l’Organisation internationale de la Francophonie avec ces quelques chiffres :
16% de la population mondiale
16,5% du Revenu brut mondial
20% des échanges commerciaux se font entre pays francophones
Les atouts de la francophonie
Doté d’un droit des affaires ayant une base commune, d’une démographie dynamique, jeune et très bien formée, et des entreprises évoluant dans tous les secteurs d’activités économiques innovantes, compétitives et comptant de nombreux leaders mondiaux, l’espace économique francophone est très bien « armé » pour relever les défis du XXIème siècle.
“La richesse de la Francophonie viendra de la croissance des flux entre nos entreprises, plus d’échanges commerciaux, plus d’investissements croisés et plus de partenariats”
Samir Majoul, Président de l »UTICA
Le continent africain en particulier représente une opportunité, car c’est la zone géographique la plus dynamique de la francophonie en termes de démographie et de croissance. C’est incontestablement l’un des pivots avec la République du Congo et l’Algérie, qui sont, après la France, les deux pays qui comptent le plus de francophones et qui disposent tous deux d’énormes réserves minières ou d’hydrocarbures. Sans oublier pour autant les pays du sud-est asiatique, le Vietnam, le Cambodge et le Laos, qui s’éloignent aujourd’hui de la francophonie.
Plus récemment, on a vu l’émergence d’une monnaie virtuelle francophone, la paypite. Le rapport 2019 sur la langue française publié par l’OIF soulignait que « le commerce entre francophones dans le monde est freiné par de nombreuses barrières : coût élevé des transactions financières internationales (jusqu’à 20 % du montant envoyé), sous-bancarisation, fluctuation des monnaies… «
Le projet Paypite vise à lever ces barrières au commerce entre francophones pour simplifier et développer les échanges économiques, en promouvant l’usage d’une monnaie commune, la paypite, constituant un pas vers une Union économique francophone.
Une alliance des patrons pour favoriser la croissance
Le projet mené par les dirigeants des entreprises des pays francophones est donc une nouvelle brique pour construire une prospérité commune. Cette démarche s’inscrit dans la volonté du Président de la République, Emmanuel Macron, de créer une nouvelle relation avec l’Afrique qu’il a promue les 17 et 18 février à Bruxelles derniers lors d’un somment entre l’Union européenne et l’Union africaine.
Depuis la parution du rapport Attali sur La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable, le concept de « francophonie économique » désigne à la fois la capacité à développer des affaires en français mais aussi à promouvoir une économie plus équitable, durable et inclusive afin de servir les populations et de contribuer au mieux-être commun. C’est le moteur des chefs des patrons qui étaient réunis à Tunis le 29 mars 2022.
Ensemble, ils ont crée 7 groupes de travail aux thèmes bien définis :
les infrastructures et grands projets,
la libre circulation des biens, des services
la libre circulation des personnes,
la transition écologique et la RSE,
le financement,
l’éco-investissement
la formation
Cette alliance regroupera au total 31 patronats francophones, traduisant la résolution de bâtir une francophonie économique concrète autour des entreprises.
L’alliance, dont la prochaine réunion est prévue à Abidjan en octobre prochain, en marge d’un sommet de l’Organisation international de la Francophonie, sera dotée d’une organisation permanente. Elle aura pour mission d’accélérer les flux d’affaires entre entreprises francophones, de coordonner l’action francophone des organisations professionnelles les plus représentatives de chacun des pays membres, d’établir des diagnostics partagés et d’être une force de proposition. Son secrétariat général a déjà été choisi, c’est le Maroc qui sera en charge de la gestion quotidienne et de préparer la prochaine rencontre sur son sol.