L’Alliance des patronats francophones : le business en français

L’Alliance des patronats francophones : le business en français

Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF (regroupement des dirigeants et actionnaires français),était à Tunis le 29 mars pour signer un accord avec 23 organisations patronales issues de pays francophones, créant L’Alliance des patronats francophones. La cérémonie s’est tenue en Tunisie à l’invitation de l’UTICA, le pendant tunisien du syndicat des patrons français.

Un environnement économique qui a de l’avenir

Le monde francophone peut être estimé à 524 millions d’individus au 1er janvier 2021, «soit une hausse de près de 2,3 % sur un an (512,3 millions début 2020), et une population désormais supérieure à celle de l’ensemble constitué par l’Union européenne et le Royaume-Uni (515,8 millions)», note le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF). Cette estimation ne tient compte «que des pays et territoires réellement francophones», insiste le CERMF. Soit l’espace géographique dans lequel la population est en contact quotidien avec la langue française, et où l’on peut donc « vivre en français ».

Tandis que selon l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF) de Laval (Canada), en 2050, plus de 70 % des Francophones seront africains et l’Afrique comptera plus de 90 % des jeunes francophones de 15-29 ans. C’est donc un immense marché qui est en train de se créer en français.

Cependant, force est de constater un certain manque d’intérêt de la France pour l’Afrique francophone, qui n’a représenté que 3,6 % de son commerce extérieur en 2019 (dont 1 % pour la partie subsaharienne). Cette situation, qui résulte notamment de la faiblesse des investissements productifs réalisés dans ce vaste ensemble (à l’exception de la Tunisie et du Maroc), se manifeste particulièrement en République démocratique du Congo, pays stratégique qui n’est autre que le plus grand et le plus peuplé des pays francophones du monde, et où l’Hexagone brille par sa quasi-absence.

Et pourtant, les Francophones « pèsent et pèseront de plus en plus » dans l’économie mondiale comme nous le rappelle l’Organisation internationale de la Francophonie avec ces quelques chiffres :

  • 16% de la population mondiale
  • 16,5% du Revenu brut mondial
  • 20% des échanges commerciaux se font entre pays francophones

Les atouts de la francophonie

Doté d’un droit des affaires ayant une base commune, d’une démographie dynamique, jeune et très bien formée, et des entreprises évoluant dans tous les secteurs d’activités économiques innovantes, compétitives et comptant de nombreux leaders mondiaux, l’espace économique francophone est très bien « armé » pour relever les défis du XXIème siècle.

“La richesse de la Francophonie viendra de la croissance des flux entre nos entreprises, plus d’échanges commerciaux, plus d’investissements croisés et plus de partenariats”

Samir Majoul, Président de l »UTICA

Le continent africain en particulier représente une opportunité, car c’est la zone géographique la plus dynamique de la francophonie en termes de démographie et de croissance. C’est incontestablement l’un des pivots avec la République du Congo et l’Algérie, qui sont, après la France, les deux pays qui comptent le plus de francophones et qui disposent tous deux d’énormes réserves minières ou d’hydrocarbures. Sans oublier pour autant les pays du sud-est asiatique, le Vietnam, le Cambodge et le Laos, qui s’éloignent aujourd’hui de la francophonie.

©Stockadobe

Plus récemment, on a vu l’émergence d’une monnaie virtuelle francophone, la paypite. Le rapport 2019 sur la langue française publié par l’OIF soulignait que « le commerce entre francophones dans le monde est freiné par de nombreuses barrières : coût élevé des transactions financières internationales (jusqu’à 20 % du montant envoyé), sous-bancarisation, fluctuation des monnaies… « 

Le projet Paypite vise à lever ces barrières au commerce entre francophones pour simplifier et développer les échanges économiques, en promouvant l’usage d’une monnaie commune, la paypite, constituant un pas vers une Union économique francophone.

Une alliance des patrons pour favoriser la croissance

Le projet mené par les dirigeants des entreprises des pays francophones est donc une nouvelle brique pour construire une prospérité commune. Cette démarche s’inscrit dans la volonté du Président de la République, Emmanuel Macron, de créer une nouvelle relation avec l’Afrique qu’il a promue les 17 et 18 février à Bruxelles derniers lors d’un somment entre l’Union européenne et l’Union africaine.

Depuis la parution du rapport Attali sur La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable, le concept de « francophonie économique » désigne à la fois la capacité à développer des affaires en français mais aussi à promouvoir une économie plus équitable, durable et inclusive afin de servir les populations et de contribuer au mieux-être commun. C’est le moteur des chefs des patrons qui étaient réunis à Tunis le 29 mars 2022.

Ensemble, ils ont crée 7 groupes de travail aux thèmes bien définis :

  • les infrastructures et grands projets,
  • la libre circulation des biens, des services
  • la libre circulation des personnes,
  • la transition écologique et la RSE,
  • le financement,
  • l’éco-investissement
  • la formation

Cette alliance regroupera au total 31 patronats francophones, traduisant la résolution de bâtir une francophonie économique concrète autour des entreprises.

L’alliance, dont la prochaine réunion est prévue à Abidjan en octobre prochain, en marge d’un sommet de l’Organisation international de la Francophonie, sera dotée d’une organisation permanente. Elle aura pour mission d’accélérer les flux d’affaires entre entreprises francophones, de coordonner l’action francophone des organisations professionnelles les plus représentatives de chacun des pays membres, d’établir des diagnostics partagés et d’être une force de proposition. Son secrétariat général a déjà été choisi, c’est le Maroc qui sera en charge de la gestion quotidienne et de préparer la prochaine rencontre sur son sol.

Auteur

  • Samir Kahred a suivi ses parents dont le père était ingénieur dans une succursale du groupe Bouygues. Après une scolarité au Lycée français et des études au Caire, il devient journaliste pour des médias locaux et correspond pour lesfrancais.press

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