Le déficit commercial de la France au troisième trimestre, a atteint le niveau historique de 150 milliards d’euros en base annuelle. La France détient ainsi un triste record avec le déficit commercial le plus élevé de l’Union européenne, encore-un.
Au troisième trimestre 2022, le solde commercial a été déficitaire de 47,6 milliards d’euros en augmentation de 7,3 milliards d’euros par rapport au deuxième trimestre 2022. Ce déficit record est la conséquence de l’augmentation des importations en valeur. Au troisième trimestre 2022, les exportations françaises de biens continuent de croître en valeur (+5,1 %), à un rythme légèrement supérieur à celui du deuxième trimestre (+4,0 %). Les trois quarts de cette croissance sont dus aux biens manufacturés, dont le dynamisme est porté par les ventes d’équipements mécaniques, électroniques et informatiques, celles d’automobiles, ainsi que par le vif rebond des exportations aéronautiques – ces dernières sont toutefois loin d’avoir retrouvé leur niveau d’avant crise sanitaire.
Les exportations agricoles, portées par le blé, atteignent un niveau record depuis 2009. Les importations ont, de leur côté, augmenté de +8,0 % au troisième trimestre après +7,8 % au deuxième trimestre.
La moitié de cette hausse est due à l’énergie, et plus particulièrement à l’électricité – dont les montants importés ont été multipliés par 42 par rapport à leur niveau moyen de 2019 – mais aussi au gaz naturel liquéfié dont les approvisionnements ont bondi depuis le début de la guerre en Ukraine.
Le solde commercial énergétique s’est dégradé de 7,3 milliards au troisième trimestre, en raison du renchérissement de la facture des achats d’électricité et de gaz naturel liquéfié. Le déficit manufacturier s’accroît plus modérément de 1,7 milliard euros, en dépit de la nette amélioration du solde aéronautique. Le solde des produits agricoles s’améliore également de 1,4 milliard et atteint 2,2 milliards, un niveau record depuis 2009.
Déficit avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni
Au troisième trimestre 2022, la plus forte baisse du solde par zone est enregistrée avec l’Amérique (-3,7 milliards d’euros). Elle s’explique essentiellement par la dégradation du solde avec les États-Unis (-3,1 milliards d’euros), en raison d’un accroissement des approvisionnements de gaz naturel liquéfié (GNL) qui ont fortement augmenté depuis le début de la guerre en Ukraine.
Le solde se détériore également fortement avec l’Europe hors Union européenne (-2,3 milliards d’euros) compte tenu de la dégradation du solde avec le Royaume-Uni (-2,2 milliards d’euros) et la Norvège (-1,0 milliard d’euros).
La hausse des importations d’électricité originaires du Royaume-Uni et celle des importations d’hydrocarbures naturels de Norvège sont les principaux facteurs expliquant cette dégradation. Au total, le solde avec le Royaume-Uni, qui constituait notre premier excédent en 2019, est devenu déficitaire ce trimestre, pour la première fois depuis 2009.
La dégradation du solde avec le Proche et Moyen-Orient (-1,0 milliard d’euros) s’explique principalement par la détérioration avec le Qatar (-1,2 milliard d’euros) et l’Arabie Saoudite (-0,9 milliard d’euros) en raison d’une hausse des importations d’hydrocarbures. Le solde se détériore également avec l’Union européenne (-0,9 milliards d’euros) en raison de la baisse du solde avec l’Allemagne (-0,5 milliard d’euros) et les Pays-Bas (-0,5 milliard d’euros).
L’immigration est devenue la première question brûlante pour le nouveau gouvernement de droite de Rome, opposant les puissances d’Europe occidentale que sont la France et l’Allemagne à la Première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni. La position intransigeante de l’Italie à l’égard des navires de sauvetage des ONG est soutenue par d’autres pays d’accueil de la Méditerranée orientale, à savoir la Grèce, Malte et Chypre.
« Si l’Italie veut être influente, il vaut mieux qu’elle ne joue pas les solitaires contre tout le monde. Ce n’est jamais une bonne chose en Europe, pour n’importe quel pays », a déclaré à EURACTIV Italie l’eurodéputé de Renew Europe Sandro Gozi, représentant du parti Italia Viva de Matteo Renzi, désormais allié à Azione de Carlo Calenda.
« Mme Meloni mène une bataille idéologique à des fins internes, en s’isolant de l’Europe. Plus tôt Mme Meloni reviendra sur ses pas, mieux ce sera », a-t-il ajouté.
Le nouveau gouvernement de Rome, dirigé par Giorgia Meloni, s’est enfermé dans une impasse concernant l’arrivée de migrants au large de ses côtes au cours des dix derniers jours.
Au total, quatre bateaux transportant un millier de migrants sont arrivés le long de la côte italienne. Le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi a déclaré : « ils doivent retourner en dehors des eaux territoriales, et c’est à l’État du pavillon de les prendre en charge ».
Si les femmes, les enfants et les personnes souffrant de problèmes médicaux ont été autorisés à débarquer immédiatement, la présence d’autres personnes à bord pendant plusieurs jours a provoqué des tensions. Les ONG ont réclamé leur débarquement immédiat, car certains faisaient la grève de la faim et d’autres sautaient des bateaux dans l’eau par désespoir.
La revendication de l’Italie selon laquelle l’État du pavillon de chaque navire devrait être responsable du relogement des migrants, plutôt que l’Italie ou leur lieu d’arrivée, a été âprement contestée par divers experts juridiques, militants des droits de l’homme, groupes humanitaires et politiciens.
Pendant ce temps, la crise politique entre l’Italie et la France provoquée par les navires ne montre aucun signe d’apaisement. Le navire Ocean Viking de l’ONG SOS Méditerranée a accosté à Toulon et a débarqué les 234 migrants à bord de manière « exceptionnelle ».
La France affirme toutefois qu’elle n’en prendra pas d’autres, précisant qu’ils doivent être redistribués entre les États membres, et invite « tous les autres participants » au mécanisme européen de relocalisation des migrants à faire de même, notamment l’Allemagne.
« Il est clair qu’il y aura des conséquences extrêmement graves pour nos relations bilatérales » avec l’Italie, a déclaré le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a donné l’ordre de renforcer les contrôles aux frontières avec l’Italie et a déjà refoulé de nombreux migrants.
Selon M. Gozi, l’Italie a créé une crise qui va à l’encontre de son intérêt national : « nous sommes dans une crise majeure, dont la responsabilité revient à Giorgia Meloni, qui a fait de la propagande sur la peau des migrants. L’Italie doit faire sa part. »
Giorgia Meloni
Une position commune est-méditerranéenne
Cependant, si M. Gozi fait porter la responsabilité politique à Rome, d’autres pays d’accueil en Méditerranée soutiennent l’Italie dans sa position de défi.
Malte, Chypre et la Grèce ont rejoint une initiative lancée par M. Piantedosi, qui appelle l’UE à intervenir dans la situation migratoire actuelle.
Dans leur déclaration publiée ce week-end, elles ont réitéré leur position selon laquelle elles « ne peuvent souscrire à l’idée que les pays de première entrée soient les seuls points de débarquement européens possibles pour les immigrants clandestins ».
Ils ont également condamné les navires de bienfaisance privés « agissant en totale autonomie par rapport aux autorités étatiques compétentes » pour sauver les migrants bloqués en mer en tentant de la traverser pour rejoindre l’UE.
Cependant, les pays de la Méditerranée sont depuis longtemps critiqués pour leur gestion des migrations.
Malte a été largement critiquée pour avoir ignoré les appels de détresse, retardé les réponses et repoussé les migrants vers les garde-côtes libyens, où ils restent exposés au risque de viol, de torture, d’emprisonnement, d’extorsion et de mort.
Depuis 2020, La Valette a adopté une politique officieuse de non-communication avec les médias sur les sauvetages de migrants.
Des milliers de migrants tentent de traverser les côtes libyennes pour rejoindre l’Europe sur des embarcations précaires, entraînant des milliers de morts. Plus de 1 200 personnes sont décédées rien qu’en 2022, pour un total d’environ 25 000 décès depuis 2014.
En 2017, l’agence européenne Frontex a écrit que « toutes les parties impliquées dans les opérations SAR (recherche et sauvetage) en Méditerranée centrale aident involontairement les criminels à atteindre leurs objectifs à un coût minimum, à renforcer leur modèle économique en augmentant les chances de succès ».
Les réactions de l’Italie
« L’Italie a toujours fait sa part, nous avons toujours respecté tous les accords, ce sont les autres qui ne les ont pas respectés », a déclaré le ministre des Affaires étrangères et ancien président du Parlement européen de Forza Italia Antonio Tajani, appelant à une stratégie européenne commune.
Sur la question française, M. Tajani, du Parti populaire européen (PPE), a parlé d’une « déclaration de bonne foi » de Rome qui a été interprétée comme une provocation par Paris, qui a réagi avec des « tons exagérés » sur une question de politique interne.
En l’absence d’une solution au niveau européen, certains pays de l’UE ont accepté en juin le mécanisme de solidarité volontaire, une proposition dans laquelle les États membres aident volontairement d’autres pays de l’UE fortement touchés par l’afflux de migrants, soit en les relocalisant, soit en leur apportant un financement.
En outre, treize États membres ont accepté de fournir des « promesses de relocalisation » pour plus de 8 000 personnes, tandis que l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, la République tchèque et la Suisse ont proposé de contribuer financièrement.
Toutefois, les progrès en matière de relocalisation sont lents. Selon M. Tajani, « jusqu’à présent, 117 personnes ont été relogées, dont 36 en France. L’Italie a toujours fait sa part, nous avons toujours respecté tous les accords, ce sont les autres qui ne les ont pas respectés », a-t-il conclu.
Une communication mal gérée
« Si l’Italie arrêtait de contrer chaque déclaration du gouvernement français, les eaux pourraient se calmer », a déclaré à EURACTIV Italie le professeur Jean-Pierre Darnis, qui explique que « la communication du gouvernement italien a été mal gérée ».
En annonçant l’arrivée de l’Ocean Viking en France, selon M. Darnis, le gouvernement italien a déclenché des réactions de partis français qui ont conduit M. Macron à changer d’attitude et à hausser le ton contre Rome pour calmer les tensions politiques internes.
« Je pense que Mme Meloni a péché par naïveté. Il aurait été préférable de communiquer le succès politique après coup, et non avant », a déclaré M. Darnis.
« Le gouvernement français, qui a une faible majorité politique, s’est retrouvé coincé entre la gauche et la droite. Si le gouvernement italien n’avait rien dit, nous n’en serions pas là. La politisation de la question, des deux côtés, conduit à un cercle de tensions extrêmement négatives », a-t-il souligné.
Le sommet du G20 à Bali se tiendra de mardi à mercredi, ce qui pourrait être l’occasion d’une confrontation constructive entre Giorgia Meloni et Emmanuel Macron, mais l’Élysée indique qu’une rencontre entre les deux dirigeants n’est pas à l’ordre du jour pour le moment.
« Dans le contexte actuel, l’Italie et la France ont besoin l’une de l’autre. Avec une Allemagne très absente en Europe, il y a un grand besoin de dialogue et de convergence franco-italienne dans le cadre de l’Union », a déclaré M. Darnis.
Bonjour, bienvenue dans le flash des Français de l’étranger du mardi 15 novembre 2022, aujourd’hui on évoque la proposition de loi des sénateurs sur la CSG/CRDS, on célèbre les entreprises françaises à l’international et on revient sur l’affaire Hanouna/Boyard.
Nouvelle tentative pour mettre fin à la CSG pour les non-résidents hors de l’UE
C’est un serpent de mer qui revient chaque année, l’assujettissement des Français résidant hors de l’Union européenne à la CSG/CRDS sur leurs revenus français. Une injustice selon les sénateurs, car les expatriés au sein de l’Union européenne en sont exemptés. Et comme chaque année, les sénateurs des Français de l’étranger font voter un amendement à la loi de finances prévoyant son retrait. Seul hic, c’est qu’ils oublient de proposer une compensation pour les 250 millions de recettes perdues par l’Etat. Ainsi comme chaque année, l’amendement ne sera pas repris par le gouvernement. C’est donc plus une opération de communication pour les sénateurs qu’une véritable avancée pour les Français concernés.
CSG/CRDS
1 250 milliards de CA pour les entreprises françaises à l’international
Les grandes entreprises françaises à l’étranger ont acquis une nouvelle surface au cours de ces vingt dernières années. Elles sont présentes non seulement en Europe mais aussi en Amérique du Nord et en Asie. Elles emploient ainsi plus de 6,6 millions de salariés à l’étranger, représentant 55 % de leurs effectifs. En 2020, les firmes multinationales françaises contrôlaient 48 600 filiales à l’étranger dans plus de 190 pays. Ces filiales réalisent 1 257 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel consolidé, soit la moitié du chiffre d’affaires consolidé total des firmes multinationales françaises.
L’émission « Touche pas à mon poste » tourne au pugilat
En effet, Cyril Hanouna, la semaine dernière dans son émission, a insulté le député LFI à coup d’ « abruti », « tocard », « bouffon », « t’es une merde » (sic). Quatre jours après son passage sur le plateau de l’émission, Louis Boyard annonce qu’il porte plainte pour « injure publique envers une personne chargée d’une mission de service public ». Une plainte avec constitution de partie civile contre l’animateur Cyril Hanouna et le directeur de la chaîne C8. Une affaire qui va plus loin car au lendemain de cet incident d’une violence verbale rare, Louis Boyard avait réclamé une commission d’enquête parlementaire sur « les ingérences de Vincent Bolloré » dans les médias dont il est propriétaire.
C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain ! Prenez soin de vous où que vous soyez.
Comme chaque année, le Sénat a voté un amendement mettant fin au prélèvement de la CSG/CRDS pour les Français résidant hors de l’Union européenne. Un texte ajouté au projet de loi de finances 2023 du gouvernement par les sénateurs des Français de l’étranger affiliés au groupe Les Républicains, mais qui a très peu de chance de se concrétiser.
Discrimination entre Français de l’étranger
Les Français de l’étranger, résidant hors de l’UE, sont soumis aux prélèvements sociaux que sont la contribution sociale généralisée – ou CSG – et la contribution au remboursement de la dette sociale – ou CRDS – et au prélèvement de solidarité, pour un taux atteignant 17,20 %, alors même qu’ils ne bénéficient d’aucune prestation sociale en France.
À cela s’ajoute une discrimination entre Français de l’étranger, selon qu’ils résident ou pas à l’intérieur de l’Union européenne. Ceux qui résident au sein de l’Union européenne, en raison du refus des gouvernement successifs de supprimer ces prélèvements, ont saisi la Cour de justice de l’Union européenne, et ils ont gagné ! Ils en sont donc exemptés.
Alors que la constitution interdit la différence de traitement entre Français, les expatriés, selon leur pays de résidence, sont assujettis à des régimes fiscaux différents alors que les uns comme les autres ne bénéficient pas de la protection sociale française.
Si la situation ne se débloque pas, c’est que ces prélèvements,CSG/CRDS, rapportent plus de 250 millions d’euros au budget de l’Etat. Une somme pas si importante mais qui se doit d’être rapportée au budget de la Nation.
Les sénateurs le savent bien, pour qu’une telle proposition de loi puisse être adoptée, il faudrait que nos élus proposent une compensation. Mais les sénateurs ne s’aventurent pas sur ce terrain qui est peu propice aux résultats électoraux.
Et au final, comment le compenser ? Taxer plus les passeports comme certains le proposent dans les couloirs, augmenter l‘impôt de solidarité établi à 7,5% qui est prélevé sur les revenus nationaux des Français installés dans l’Union européenne ?
A ce jour, les textes proposés ne donnent pas de piste. Ainsi logiquement, cet amendement sur la CSG/CRDS ne sera pas repris par le gouvernement et donc ne sera pas adopté par l’Assemblée nationale, que ce soit dans le cadre d’un vote solennel ou dans celui d’un 49.3
Une publicité pas chère
Mais alors qu’est-ce qui pousse les sénateurs des Français de l’étranger, toutes tendances confondues, à proposer chaque année un texte similaire sur la CSG/CRDS ?
Tout simplement car c’est un moyen de communiquer, facile et peu engageant ! En effet, le Sénat étant dominé par les LR, son adoption est presque une formalité. Mais les conséquences qui devraient être gérées et qui compliqueraient la tâche des élus sont ignorées. Car ils le savent, sans proposition de compensation, le texte n’a aucune chance de passer les étapes du processus législatif.
Est-ce qu’ils proposeraient ce texte si l’Assemblée nationale était dominée par les LR ? Rien n’est moins sûr… En attendant, les Français résidant hors de l’Union européenne subissent toujours de plein fouet cette discrimination et cette taxation.
Lundi 14 novembre à 20h50, BFMTV diffusera une émission d’anticipation exceptionnelle présentée par Bruce Toussaint « 2050 Ouvrons les yeux ». La première ministre Elisabeth Borne sera l’invitée spéciale. Une émission que les Français de l’étranger peuvent regarder sur le site de la chaîne info en direct ou en replay. Aucun géoblocage n’est annoncé par BFMTV.
Deux scénarios pour une crise écologique
Lundi 14 novembre à 20h50, BFMTV innove avec un programme inédit en télévision. Le leader info proposera la diffusion d’une émission d’anticipation exceptionnelle intitulée 2050 : Ouvrons les yeux !, présentée par Bruce Toussaint. Basé sur l’expertise d’un collège d’experts, ce concept original offrira aux téléspectateurs deux scénarios des effets de la crise climatique, pour envisager l’avenir de notre pays, la France, en 2050.
Les téléspectateurs découvriront une série de sujets, duplex et de reportages d’anticipation incarnés par les personnalités de la chaîne pour se projeter en 2050 : Aurélie Casse, présentatrice ; Marc Hay, spécialiste météo ; Ashley Chevalier, reporter ; Roselyne Dubois, spécialiste BFMTV répond à vos questions ; Agathe Lambret, journaliste politique ; Benjamin Duhamel, éditorialiste politique.
Pédagogie
Une émission placée sous le signe de la pédagogie pour comprendre les enjeux et les conséquences concrètes des deux scénarios au travers de témoignages, mesures politiques mises en place, bouleversements géopolitiques engendrés, changements des modes de consommation, évolution des consciences et situation de la biodiversité…
Le documentaire a été piloté par les journalistes Isabelle Quintard, Etienne Grelet et Clément Granon, avec l’expertise d’Emma Stokking, porte-parole du Plan de Transformation de l’Économie Française au Shift Project et d’Éric Vidalenc, directeur régional adjoint à l’ADEME Hauts-de-France (Agence de la transition écologique).
Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a reçu jeudi 10 novembre son homologue irlandais Micheal Martin et a affiché sa volonté de mettre fin aux différends commerciaux post-Brexit en Irlande du Nord au moment où la province est en pleine impasse politique.
Les deux dirigeants se sont rencontrés à l’occasion du Conseil britannico-irlandais à Blackpool dans le nord-ouest de l’Angleterre. Signe de la volonté de résoudre ces différends, Rishi Sunak est le premier chef de gouvernement britannique à ouvrir ce sommet depuis 2007.
Selon un porte-parole de Downing Street, le Premier ministre a répété sa préférence « pour une solution négociée avec l’Union européenne » en espérant « flexibilité et pragmatisme » de la part de toutes les parties.
Impasse politique
La province britannique d’Irlande du Nord est plongée depuis des mois dans une impasse politique sur fond de discorde sur son statut post-Brexit. Au coeur des désaccords, le protocole nord-irlandais, qui a été négocié au moment de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.
L’Irlande du Nord possède la seule frontière terrestre du Royaume-Uni avec l’UE, mais celle-ci doit rester ouverte en vertu de l’accord de paix de 1998 qui a mis fin à trois décennies de violences.
Le protocole maintient ainsi l’Irlande du Nord au sein du marché unique européen mais crée donc une frontière douanière avec l’île de Grande-Bretagne, inacceptable pour les unionistes d’Irlande du Nord attachés à l’ancrage de la province au sein du Royaume-Uni.
Les unionistes du DUP réclament l’abandon du protocole en bloquant la formation d’un exécutif avec le parti nationaliste Sinn Fein arrivé en tête aux dernières élections, conduisant à la paralysie de l’assemblée locale.
Le gouvernement britannique, qui risque des représailles commerciales de l’UE s’il revient unilatéralement sur le protocole nord-irlandais comme il en a affiché la volonté, a menacé d’organiser un nouveau vote en Irlande du Nord. Mais il a repoussé mercredi la date butoir avant de convoquer un tel scrutin.
De son côté Micheal Martin a estimé jeudi, dans un communiqué publié par ses services, qu’il était désormais temps de trouver « des solutions au protocole » car « les gens et les entreprises en Irlande du Nord ont été très clairs sur le fait qu’ils voulaient un accord ». Il a aussi affirmé espérer la formation d’un exécutif dans la province.
Pour le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord Chris Heaton-Harris, le protocole reste « un des principaux obstacles » à la résolution de la crise politique dans la province, mais il appelle toutefois à montrer confiance et respect envers l’UE pour une solution négociée.
Le Conseil britannico-irlandais réunit le Royaume-Uni, l’Irlande et les représentants des gouvernements écossais et gallois, ainsi que les gouvernements de l’Ile de Man, Jersey et Guernesey.
À Blackpool, Rishi Sunak a ainsi effectué ses premiers tête-à-tête avec la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, et son homologue gallois Mark Drakeford.
Selon un porte-parole du gouvernement écossais, Mme Sturgeon et M. Sunak ont eu des échanges « constructifs et cordiaux », mais la Première ministre a répété son intention d’organiser un référendum d’indépendance.
La cheffe du Sinn Fein Michelle O’Neill – qui devrait devenir la Première ministre d’Irlande du Nord si un gouvernement pouvait être constitué – a elle regretté jeudi sur Twitter que l’impasse politique dans la province prive le sommet de représentants de l’assemblée nord-irlandaise, accusant le DUP « d’empêcher que nos voix soient entendues ».
Les grandes entreprises françaises à l’étranger ont acquis une nouvelle surface au cours de ces vingt dernières années. Elles sont présentes non seulement en Europe mais aussi en Amérique du Nord et en Asie. Elles emploient ainsi plus de 6,6 millions de salariés à l’étranger, représentant 55 % de leurs effectifs.
En 2020, les firmes multinationales françaises contrôlaient 48 600 filiales à l’étranger dans plus de 190 pays. Ces filiales réalisent 1 257 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel consolidé, soit la moitié du chiffre d’affaires consolidé total des firmes multinationales françaises.
La moitié des filiales françaises à l’étranger dans neuf pays
Le montant des investissements réalisés à l’étranger s’est élevé à 90,4 milliards d’euros. La moitié des filiales françaises à l’étranger sont implantées dans neuf pays. Les États-Unis (4 900 filiales), l’Allemagne (4 000 filiales) et le Royaume-Uni (3 600 filiales) concentrent un quart des filiales françaises à l’étranger.
Pour le chiffre d’affaires, les États-Unis arrivent en tête avec 235 milliards d’euros. Ils devancent l’Allemagne (114 milliards d’euros) et le Royaume-Uni (99 milliards d’euros). Ces trois pays concentrent 36 % du chiffre d’affaires consolidé total réalisé à l’étranger par les firmes multinationales françaises. Avec la Chine (75 milliards), l’Espagne (69 milliards) et l’Italie (66 milliards), ces pays concentrent la moitié du chiffre d’affaires consolidé total (53 %).
L’Union européenne (qui, en 2020, n’inclut plus le Royaume-Uni) représente 41 % des filiales de multinationales françaises (soit 19 800 filiales) et 37 % du chiffre d’affaires consolidé total (soit 460 milliards d’euros).
En matière d’effectifs, le trio États-Unis, Brésil et Inde
En matière d’effectifs salariés à l’étranger, les trois premiers pays sont les États-Unis (682 000 salariés), le Brésil (474 000) et l’Inde (442 000). Ces trois pays représentent 24 % du total des emplois à l’étranger des multinationales françaises, et 36 % des emplois hors Union européenne.
Au niveau de l’Union européenne, l’Allemagne (438 000 salariés), l’Espagne (389 000) et la Pologne (262 000) représentent 17 % du total des emplois à l’étranger des multinationales françaises, et 50 % des emplois localisés dans l’Union européenne. Cette dernière reste la première zone d’implantation des firmes multinationales françaises, avec 33 % des effectifs à l’étranger, soit 2,2 millions de salariés.
Le coût salarial par tête y est significativement plus élevé que dans le reste du monde : 45 000 euros par an en moyenne dans l’Union européenne, contre 33 900 euros. Ainsi, l’Union européenne représente 40 % des frais de personnel à l’étranger des multinationales françaises.
Joe Biden rencontrera Xi Jinping à Bali. Le Premier ministre chinois Li Quekiang était au sommet de l’ASEAN et a appelé à renforcer les liens avec le Japon et la Corée. Paroles apaisantes, bienvenues après la mise en garde de Xi Jinping : « La Chine ne renoncera jamais à l’usage de la force ». Emmanuel Macron s’envole pour Bali, où il rencontrera lui aussi Xi Jinping, et bien d’autres chefs d’Etat et de gouvernement. Pour calmer les alarmes de l’amiral Richard, un des chefs du Pentagone, qui explique que « l’Ukraine n’est qu’un échauffement », que le « grand conflit est à venir », il faut s’armer, sans doute, mais surtout parler.
S’il n’y avait eu des discussions, Kherson serait-elle intacte ?
C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Ukrainiens et les Russes à Kherson. S’il n’y avait eu des discussions, l’armée russe aurait-elle pu se retirer sans pertes ? Kherson serait-elle intacte ? Beaucoup se demandent depuis des mois s’il faut ou non négocier. Heureusement, Russes et Américains (et Français, et Turcs) n’ont jamais lâché le fil. Négocier n’est pas un aveu de faiblesse. En même temps, frapper et négocier. Plus on négocie, plus on frappe. Américains et Européens augmentent les aides à l’Ukraine tout en discutant avec les Russes.
Tant que les Ukrainiens auront l’espoir de reprendre tout le territoire, la guerre continuera, mais cet espoir ne peut s’entretenir qu’avec les munitions américaines et le soutien européen, des milliards de dollars et d’euros. Les Ukrainiens vont donc poursuivre leurs campagnes de communication dans les opinions occidentales pour qu’elles, à l’arrière, tiennent. Poutine espère l’inverse, il a été lâché par la Chine sur ses menaces nucléaires, il a moins de munitions, il lui faut tenir et montrer – avec l’hiver – que la contre-offensive ukrainienne n’avance plus.
Kherson n’est pas la fin de la guerre, peut-être le début de la fin
Mais son inquiétude est à Moscou : elle est la ville où les critiques, en sourdine, sont les plus fortes. Il ne va pas à Bali car il n’y ferait pas le beau, et qu’il ne serait peut-être pas sûr de retrouver le Kremlin en l’état où il l’aurait laissé. Kherson n’est pas la fin de la guerre, elle peut être le début de la fin, soit parce que les Ukrainiens peuvent espérer une victoire totale, soit parce que le Kremlin aura dans l’hiver qui vient un urgent besoin de paix.
Au G20, les appels à la paix ne vont manquer. Sur quelles bases ? Rappelleront-ils l’intangibilité des frontières internationales ? Que diront, cette fois, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du sud, le Président du Sénégal, au nom de l’Afrique ? Emmanuel Macron avait demandé à l’Onu que les neutres s’engagent. La défaite russe de Kherson les délivrera-t-ils de leur timidité ?
L’agressivité de la Chine soude avec les Occidentaux plus de pays qu’elle n’en éloigne
L’accord russo-ukrainien sur les exportations de céréales a été maintenu, signe, une fois encore, qu’il faut parler, même sous le feu. Les Occidentaux, toujours capables de se quereller, par exemple sur les subventions nationales américaines dénoncées avec force cette semaine par les Européens, paraissent plus unis que jamais. Et l’agressivité de la Chine soude autour d’eux plus de pays qu’elle n’en éloigne. Vietnam, Indonésie, Thaïlande, Corée , Japon, Malaisie, l’Asie craint l’expansionnisme chinois, qu’il soit militaire ou financier.
Après Bali, après Narendra Modri (Inde), Xi Jinping (Chine), Joko Widodo (Indonésie), soit les chefs d’Etat qui représentent un tiers de la population mondiale à eux trois, Emmanuel Macron ira à Bangkok, à l’Apec (Forum de coopération économique Asie Pacifique, 21 pays, de la Chine au Chili, de la Malaisie au Canada) : la France sera le premier pays à y être invité. N’est-elle pas aussi un pays du Pacifique ? Ensuite il sera à Djerba, pour le sommet de la Francophonie, puis à Washington, le 1er décembre où il rencontrera un Biden conforté par la conservation du Sénat. Combien de temps un pays de 67 millions d’habitants gardera-t-il une influence sur les affaires du monde ? Tant qu’il a quelque poids, et quelque chose d’utile à dire pour les autres.
Il a raison, Zelensky, de dire que la victoire de Kherson est une victoire des pays occidentaux, dans lesquels l’Ukraine se compte désormais, non par sa puissance économique (elle est ruinée) mais par le modèle démocratique. L’échec de Poutine a renforcé l’alliance des démocraties, elle a aussi marqué l’échec de la guerre comme moyen de résolution des conflits.
Une victoire russe en Ukraine aurait libéré tous ceux qui estiment que les problèmes se règlent avec des chars
Une victoire russe en Ukraine aurait libéré tous ceux qui estiment qu’un char règle mieux les problèmes qu’un accord. Qu’il vaut mieux bombarder qu’échanger.
En Méditerranée, les Turcs auraient été encouragés à prendre les îles grecques, au vu des côtes turques, et déchirer le traité de Lausanne : « Votre occupation des îles ne nous lie en rien. Nous pouvons arriver subitement la nuit », menace Erdogan. En Afrique, sur le modèle Wagner, de nouveaux groupes mercenaires auraient vu le jour. Des dizaines de petits Prigogine auraient tenté leur chance ici et là. N’est-ce pas déjà le modèle de seigneurs de guerre qui pullulent en Afrique ? En Algérie, le régime aurait été tenté de se refaire une légitimité contre le Maroc, au nom du peuple sahraoui. Sagement, avec les déboires de Poutine, l’Algérie remballe son matériel russe et vend son gaz à l’Europe.
Bref, la défaite russe est une défaite de la guerre. Tout cela n’est pas fini, mais tout le monde a compris le sens de l’Histoire.
Il est normal que les militaires, en France ou aux États-Unis, alertent sur l’état des stocks, la faiblesse des ressources, la montée en puissance de la Chine. Mais se reposer sur les armes n’a pas plus de sens que de se reposer sur le seul doux commerce. La « nouvelle revue stratégique », présentée à Toulon, qui fixe le cadre de la prochaine loi de programmation militaire, fait la part belle aux nouveaux domaines de la guerre : espace, cyber, etc. Cela est nécessaire, évident, sans être nouveau. Encore fallait-il le faire.
Ce n’est pas à une « guerre de haute intensité », qu’il faut se préparer, mais plutôt à la guerre hybride, guerre totale
En fait, ce n’est pas forcément à une « guerre de haute intensité », qu’il faut se préparer, comme le réclame l’ancien chef d’état-major de Villiers : avant que des chars ennemis ne soient sur le Rhin, il y aura quelques bouleversements antérieurs. C’est plutôt dans la guerre hybride, autre forme de guerre totale en temps de paix, qu’il faut investir.
Ce qui est nouveau, même si cela ne fait que quelques lignes dans la nouvelle stratégie, c’est l’attention accordée par les militaires à « l’influence ». Voilà un nouveau pilier de la défense. L’échec de l’opération Barkhane n’est pas dû aux militaires, ni au manque de moyens militaires, mais à la perte d’« influence », au discours.
S’armer, frapper, négocier, parler. A tout le monde. Tout le temps. Par tout moyen. Si tu veux gagner, frappe, peut-être, mais parle. A tes amis, à tes ennemis, aux neutres, aux durs, aux colombes et aux faucons. Encore faut-il savoir parler et avoir quelque chose à dire. Mais cela, c’est une autre histoire.
Bonjour à tous, bienvenue dans le flash du lundi 14 novembre. Aujourd’hui, on revient sur la modification de la gestion des établissements scolaires en direct par l’AEFE qui divise les Français de l’étranger, sur la situation des 7 Français emprisonnés en Iran et sur les tensions entre l’Italie et la France suite à l’affaire du bateau Ocean Viking.
L’amendement de Frédéric Petit retoqué au Sénat
A peine adoptée à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de Finances 2023, la proposition de créer un comité de gestion des établissements managés en direct par l’AEFE a été rétoquée au Sénat. Ce projet prévoit donc de scinder en deux non l’AEFE, mais la gestion et la comptabilité de ses deux missions, d’un côté celle nationale et internationale, soit le développement du réseau scolaire français à l’international et le renforcement du « soft power » français, et de l’autre la gestion du quotidien de 68 écoles, collèges et lycées. Une idée simple mais qui rencontre une opposition forte des professeurs inquiets du renforcement du poids des parents dans ce comité ad hoc. Mais Frédéric Petit n’a pas dit son dernier mot, il a déjà annoncé le représenter à l’Assemblée nationale en décembre, une nouvelle adoption du texte par ses collègues primerait sur l’avis du Sénat. Affaire à suivre…
Frédéric Petit
Catherine Colonna a annoncé que 2 Français étaient aussi en prison en Iran
Depuis 2 ans, Téhéran utilise ses prisons pour mettre en scène sa politique des otages qu’a dénoncée ce week-end la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna. En tout, 7 Français sont détenus à ce jour dans les prisons iraniennes, une chercheuse et son époux, une syndicaliste de l’AEFE et son mari, mais aussi un simple touriste accusé d’espionnage. Les profils des 2 autres Français, qui seraient détenus depuis plusieurs mois, n’ont pas été rendus publics.
Ocean Viking tend les relations franco-italiennes
Et c’est un euphémisme, il n’aura pas fallu longtemps pour que le ton monte entre l’Italie gouvernée par l’extrême droite et notre pays. La cause : l’accueil des naufragés en Méditerranée, qui sont souvent des migrants illégaux. En opposition au droit maritime, Giorgia Meloni a refusé d’accueillir le bateau danois Ocean Viking qui avait récupéré des enfants, femmes et hommes en perdition. C’est donc la France qui a ouvert le port de Toulon à ces 240 migrants. Dans un entretien au Parisien, la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, dénonce le « manque d’humanité » de l’Italie. Catherine Colonna affirme « qu’il y aura des conséquences si l’Italie persiste dans cette attitude (…) L’Italie ne respecte ni le droit international, ni le droit de la mer. La règle est celle du port sûr le plus proche: le navire était près des côtes italiennes ». De son côté, Rome rejette les critiques de Paris et plaide pour une « solution européenne ».
L’amendement du député des Français d’Allemagne, d’Europe centrale et des Balkans, créant un comité de gestion des établissements scolaires sous le contrôle direct de l’AEFE au sein de l’agence, divise la communauté des Français de l’étranger. Celui-ci a été déposé à l’Assemblée nationale et adopté en première lecture avant d’être retoqué au Sénat, mais Frédéric Petit (MODEM) n’a pas dit son dernier mot.
Une gestion plus transparente des établissements scolaires
L’amendement propose donc de diviser les outils de contrôle des différentes missions réunies au sein de l’AEFE. Frédéric Petit assure préserver la cohésion de la politique globale de l’agence, tout en permettant de créer une comptabilité propre à la gestion des EGD et à séparer, ainsi, la gestion des missions nationales et internationales de l’AEFE de celle de ses établissements.
Frédéric Petit
Comme nous le rappelle Boris Faure, qui représente le syndicat UNSA au conseil d’administration de l’AEGE et qui est aussi journaliste pour Lesfrancais.press, « aujourd’hui le dialogue de gestion est en triangle : l’ordonnateur ou son délégué, c’est à dire le Proviseur ou le Secrétaire général, l’agent comptable à Nantes qui contrôle la régularité des dépenses, et enfin la Direction Administrative et Financière de l’AEFE qui pour les EGD exerce un rôle de contrôle plus pénétrant. »
C’est ce dispositif qui reste opaque pour les parents mais aussi pour la Cour des comptes, qui a alerté les autorités publiques, que Frédéric Petit veut remettre à plat, par souci de transparence, mais aussi pour inclure les parents d’élèves, qui rappelons-le supportent de lourds frais de scolarité tout en n’ayant que 2 sièges au Conseil d’administration de l’AEFE.
Rejet des syndicats
Du coté des syndicats des professeurs et du personnel administratif, c’est une levée de boucliers qui s’est déclenchée depuis la semaine dernière. Pour eux et en particulier l’UNSA, qui a répondu à nos questions via son délégué, Adrien Guinemer, « les parents d’élèves sont déjà représentés dans les conseils d’établissements sur le terrain ainsi qu’au conseil d’administration de l’agence, entre autres. » Ainsi, ils seraient déjà suffisamment représentés dans les organes de contrôle du réseau scolaire homologué hors de France.
Adrien Guinemer
Renforcer leur présence serait donc perçu comme la mise en place généralisée du principe des « parents payeurs » donc décideurs. Alors que pour les syndicats, les parents ne sont ni des spécialistes de la pédagogie ni a fortiori des spécialistes budgétaires, l’amendement Petit serait donc purement idéologique selon eux.
« C’est une position idéologique qui traduit l’obsession du député Petit à affaiblir le système actuel malgré l’opposition de tous les acteurs de terrain : l’éducation et la gestion d’établissements doivent être gérées par des personnes dont c’est le métier. M Petit aurait tout intérêt à mieux se renseigner sans a priori sur le fonctionnement du service public d’éducation. »
Adrien Guinemer, Chargé de mission « Hors de France »AEFE, MLF, MEAE – trésorerie, numérique, communication.
Concernant la gestion de l’agence, l’UNSA nous rappelle qu’elle « fait l’objet d’un contrôle strict puisque son budget et ses comptes de l’année sont arrêtés en conseil d’administration, de même des budgets des EGD présentés en conseil d’établissement et qui sont agrégés à la comptabilité unique de l’agence. La transparence est donc la règle. »
Les parents s’interrogent
Alors qu’on s’attendait à un soutien massif de la part des parents d’élèves, ces derniers restent circonspects. Non consultées par le député Frédéric Petit, les associations de parents d’élèves, dont le nouveau mouvement UNAPE, s’interrogent sur « la véritable origine de cet amendement » et sur l’impact réel sur le mode de fonctionnement des établissements en gestion directe (EGD).
La répartition des postes au sein de ce nouveau comité de gestion interroge aussi les parents d’élèves. Dans le texte du député Petit, il est prévu que 60% des « droits de vote » aillent à l’AEFE et aux syndicats de professeurs et du personnel administratif, tandis que 25% seraient réservés aux associations de parents d’élèves. Mais « qu’en est-il des 15% restants ? Qui sont-ils et sur quelle base seront-ils sélectionnés et financés? », se questionne Sabri Khelif, le président de l’UNAPE.
Autre inquiétude des parents, en tout cas ceux qui ont fait le choix de mettre leurs enfants dans un établissement en gestion directe de l’AEFE, comme on peut comparer aux établissements publics en France, sauf qu’ils sont payants, serait la privatisation du réseau. Mais n’est-elle pas déjà faite ? Avec 68 EGD sur plus de 500 établissements dans le monde entier, la gestion par le service public est déjà ultra minoritaire. La séparation du management des EGD de la gestion de la politique d’homologation et d’animation du réseau par l’AEFE permettrait plutôt d’établir une égalité de traitement entre les établissements.
La formation des professeurs touchée par cette réforme
L’autre conséquence dénoncée par les syndicats du corps enseignant, c’est la main-mise sur la formation des futurs professeurs recrutés localement. On le sait, le budget de l’AEFE n’est pas extensible à l’infini et pour répondre aux objectifs fixés par le gouvernement d’ici 2030, soit le doublement du nombre d’élèves versus 2017, la sénatrice Samantha Cazebonne a fait adopter en 2021 un amendement créant les Instituts de Formation Régionaux (IFR).
Ces derniers, dont le déploiement est en cours, malgré un sous-financement, auront la lourde tâche de former des Français de l’étranger mais aussi d’autres francophones aux méthodes et aux programmes qu’on retrouve sur le territoire français. Ca c’est la théorie ! Car le texte prévoit que ces IFR soient placés sous le contrôle des EGD et financés par ces derniers. L’inquiétude du corps enseignant c’est qu’à travers le comité de gestion, les parents puissent influencer les formations donc in fine les programmes scolaires mais aussi les valeurs transmises par ces nouveaux professeurs.
Boris Faure
« Je suis parent d’élève. quelle serait ma valeur ajoutée pour décider de la formation des professeurs de maths ? Parce que je paye pour que mes enfants soient scolarisés ? »
S’interroge Boris Faure, représentant de l’UNSA au Conseil d’Administration de l’AEGE, et journaliste pour Lesfrancais.press et SUD Radio.
Une situation qui met dans l’embarras une partie des alliés de M. Petit, ainsi la sénatrice Cazebonne a indiqué dans un groupe Telegram dédié aux élus « Ensemble ! » soit Renaissance, MODEM et AGIR, qu’elle s’abstiendrait en cas de vote solennelle au Sénat.
Quel avenir pour cet amendement ?
Si l’amendement irrite les professeurs, ne satisfait pas complètement les parents d’élèves, il répond tout de même à des impératifs de modernité comme le réclame la Cour des comptes.
Il a aussi le mérité d’isoler le budget des établissements, financés en grande partie par les parents et les autorités locales, du reste de l’enveloppe budgétaire de l’AEFE. Actuellement, les fonds versés par l’Etat français, les subventions des Etats ou collectivités locales des pays où sont implantés les EGD, comme les frais d’écolage, sont versés directement sur les comptes parisiens de l’AEFE. Et comme le prévoit la comptabilité publique à laquelle est soumise l’agence actuellement, les actifs disponibles servent à l’ensemble des missions de l’AEFE.
Des missions donc liées aux EGD, mais aussi des missions de prospection, de communication, d’homologation de nouveaux établissements, qui dépassent largement le cadre des établissements scolaires et sont souvent à l’origine de déficit. Avec l’amendement Petit, les deux fonctions de l’AEFE seraient isolées comptablement et préserveraient ainsi les fonds versés par les parents d’élèves et les autres puissances publiques.
C’est sur ce principe que la conviction du député Frédéric Petit sur la pertinence de son amendement se base. Et comme il nous l’a précisé, malgré le rejet par la commission du Sénat, le parcours législatif de l’amendement n’est pas fini. Ainsi, Frédéric Petit a décidé de représenter l’amendement en relecture à l’Assemblée nationale comme le prévoit le système de « navette parlementaire » propre à notre constitution. Vraisemblablement, c’est en décembre que le texte repassera devant les députés. En cas d’adoption, il serait définitif, l’Assemblée nationale primant sur le Sénat, et l’AEFE comme les EGD auraient une année pour se préparer à ce bouleversement prévu par l’amendement au 1er janvier 2024.