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  • 07 mars : la journée cruciale pour la réforme des retraites en France

    07 mars : la journée cruciale pour la réforme des retraites en France

    Les renseignements territoriaux estiment ainsi à entre 1,1 et 1,4 million, le nombre de manifestants en France ce mardi, selon une note consultée par BFMTV et LCI. À Paris, entre 60 000 et 90 000 manifestants devraient battre le pavé pour cette nouvelle journée de grève. Pour les syndicats c’est 2 millions dans toute la France et 1 million dans la capitale. Chez les Français de l’étranger, les chiffres risquent d’être historiques. Le réseau AEFE sera mobilisé à presque 100%, l’administration consulaire fera aussi grève et les appels à manifester devant les ambassades se multiplient. On fait le point pour les expatriés sur les conséquences de l’opposition à la réforme des retraites en France.

    Journée noire dans les transports

    Ce dimanche 5 mars, au micro de France 3, le ministre des Transports a fait savoir que les premières prévisions de trafic pour mardi seront communiquées lundi matin. Quant à la SNCF et la RATP, ils s’attendent à un trafic « très perturbé » ce mardi.

    Le trafic sera ainsi « fortement perturbé sur l’ensemble des lignes opérées par SNCF Voyageurs », avec un train sur cinq en moyenne pour les TGV Inoui et Ouigo ainsi que pour les TER, selon la SNCF, dont l’ensemble des syndicats a appelé à un mouvement de grève reconductible. Thalys et Eurostar sont aussi concernés. De son côté, la RATP prévoit « un trafic très perturbé sur les réseaux RER et Métro » et « perturbé sur les réseaux Bus et Tramway ».

    Ne comptez pas sur les Intercités ce mardi. La SNCF annonce un trafic « très fortement perturbé ». Il n’y aura « pas de circulation » sur la journée, à l’exception d’un aller-retour Paris-Brive et deux allers-retours Paris-Clermont. Le trajet Toulouse-Hendaye sera normal mais se fera par car de substitution. Enfin, aucun intercités de nuit ne circulera.

    Et du côté de la SNCF, la situation ne sera guère plus réjouissante pour les usagers, avec un mouvement de grève très suivi. Comme c’est généralement le cas, les lignes A et B du RER seront particulièrement concernées, tout comme les lignes du métro non automatisées. À chaque fois, le niveau de service sera très largement dégradé, avec toutefois une légère amélioration aux heures de pointe (entre 5h30 et 10h30, puis entre 16h30 et 20 heures). En revanche, la situation sera bien meilleure pour ce qui est des bus et des tramways.

    Les liaisons internationales devraient aussi être affectées. Du côté du Thalys, « le trafic sera perturbé et tous les clients ont été prévenus », a indiqué samedi soir une porte-parole.

    Dans les airs, la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies de renoncer mardi 7 et mercredi 8 mars à une partie de leurs vols, en prévision de la grève des contrôleurs aériens. La DGAC a demandé aux compagnies de réduire leurs programmes de vols de 20 % à Paris-Charles-de-Gaulle et de 30 % à Paris-Orly, Beauvais, Bordeaux, Lille, Lyon, Nantes, Marseille, Montpellier, Nice et Toulouse.

    Blocages et opérations escargots

    D’ailleurs, le secteur des transports connaît déjà quelques perturbations puisque certains routiers pourraient se sont mis en grève dès dimanche soir, avec des blocages qui sont intervenus dès lundi matin. La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière-UNCP a appelé dans un communiqué « l’ensemble des conducteurs routiers à se mettre à l’arrêt à partir du dimanche soir 5 mars 22 h 00 », ajoutant que les arrêts de travail seront ensuite reconduits « le 6, 7 mars… ».

    Ainsi sont prévus des blocages de plateformes logistiques et de zones industrielles dans les Hauts-de-France et en région parisienne et des opérations escargots aux abords des grandes métropoles. Interrogé sur BFMTV, le secrétaire général de la FNTL FO, Patrice Clos, n’a pas voulu dévoiler le lieu des actions. En revanche, l’Union fédérale route FGTE-CFDT, syndicat majoritaire, n’a lui appelé à la mobilisation que pour le 7 mars.

    Ecoles et consulats fermés

    Pour les Français de l’étranger, il y aura aussi des perturbations. En premier lieu dans le réseau AEFE et écoles affiliées, dans ces établissements la mobilisation s’annonce importante avec des taux de participation entre 50 et 100 %.

    Du côté de l’administration consulaire, pour la seconde fois sur les 6 journées dédiées à la lutte contre la réforme des retraites , les syndicats des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères vont se joindre aux cortèges. Ainsi les consulats devraient resté portes closes ce mardi. Bien sur, le personnel de chaque poste diplomatique va décider lors d’assemblée s’ils participent ou non au mouvement, ainsi certains consulats pourraient être ouverts.

    Enfin, les élus consulaires ont décidé de se faire aussi entendre en organisant dans de nombreux pays des appels à manifester devant les enceintes diplomatiques de nos pays. A Rabat, en janvier, ils avaient une trentaine à faire « piquet de grève » devant l’ambassade, seront-ils plus nombreux ce mardi, au Maroc, mais aussi en Espagne, en Australie, etc.. Réponse demain !

  • Décès de Gérard Pélisson

    Décès de Gérard Pélisson

    Gérard Pélisson est décédé ce dimanche 06 mars en France, bien connu du grand public comme fondateur du groupe Accor, il fut aussi un bienfaiteur de la communauté des Français de l’étranger en tant que président de l’Union des Français de l’Etranger (UFE) qu’il a largement financée.

    Une success story à l’américaine

    Né le 9 février 1932 à Lyon, Gérard Pélisson part, diplôme d’ingénieur de l’Ecole centrale en poche, aux États-Unis où « les petits boulots » de sa femme paient ses études au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), avant qu’IBM ne l’embauche.

    Rentré en France, il rencontre Paul Dubrule, comme lui admirateur de la « success story » américaine Holiday Inn, aux chambres standardisées en périphérie des villes, quand en France l’hôtellerie n’est pas encore une industrie. En trois ans, ils réunissent 3 millions de francs et ouvrent près de Lille en 1967, sur un ancien champ de betteraves proche de l’autoroute du Nord, un premier Novotel.

    Paul Dubrule et Gérard Pelisson, les fondateurs d’Accor

    Succès immédiat. Deux autres Novotel sortent de terre en deux ans, à Colmar et Marseille et en 1974, Bordeaux accueille le premier Ibis, embryon du premier réseau d’hôtels économiques en France puis en Europe. Dans les années 70, la SIEH (Société d’investissement et d’exploitation hôteliers) investit en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et du Nord, et devient Accor en 1983.

    A coups de rachats -Courtepaille, Mercure, Sofitel…- le duo casse les codes, innove, inventant « la chambre à 99 francs » des Formule1, et se hisse parmi les leaders mondiaux du secteur. En 1990, ils veulent même créer le « Mc Donald’s de l’hôtellerie » en ouvrant 150 établissements par an.

    À partir de 1994, les acquisitions à tout-va pèsent sur les comptes d’Accor : le tandem abandonne la direction opérationnelle en 1997 mais conserve la coprésidence du conseil de surveillance jusqu’en 2005. En 1998, Gérard Pélisson avait aussi repris avec son ami Paul Bocuse l’Ecole des Arts Culinaires et d’Hôtellerie d’Ecully, rebaptisée Institut Paul Bocuse. Enfin en 2006, Gérard impose son neveu Gilles Pélisson à la tête du groupe, après une bataille d’actionnaires.

    Union des Français de l’étranger

    C’est donc au cours de son expatriation aux USA pendant ses études que Gérard Pélisson a inventé le futur groupe Accor. Il s’en est souvenu toute sa vie. Et c’est inspiré par sa propre expérience que le PDG s’est penché sur l’UFE.

    Il a accompagné l’association principale des Français de l’étranger, Union des Français de l’étranger (UFE) pendant 20 ans comme Président puis comme Président d’honneur jusqu’en 2018. Grâce à son généreux financement, l’association est reconnue d’utilité publique et générale ouvrant ainsi des droits à la défiscalisation des dons, l’Union des Français de l’étranger a pu se développer et ouvrir plus de 100 antennes à travers le monde.

  • La France abandonne l’idée d’une armée européenne ?

    La France abandonne l’idée d’une armée européenne ?

    La défense européenne ne consiste pas à déclarer que nous avons une armée européenne, a déclaré le président élu tchèque Petr Pavel, suggérant que même le président français Emmanuel Macron a changé d’avis et admis la nécessité de renforcer le pilier européen de l’OTAN au lieu de créer une armée européenne commune.

    Selon M. Pavel, qui sera officiellement investi le 9 mars, l’UE joue un rôle de premier plan dans le soutien à l’Ukraine, mais n’est toujours pas capable de jouer un rôle de premier plan en matière de défense.

    « La défense européenne — j’en ai parlé à Munich avec le président Macron — ne consiste pas à déclarer que nous avons une armée européenne ou une armée de l’UE », a déclaré M. Pavel à un petit groupe de parties prenantes de l’UE et de journalistes, dont EURACTIV République tchèque, à Prague.

      »Il y a déjà eu un grand changement de la part du président Macron — passé de l’armée européenne, dont il parlait il y a des années dans le contexte de la ‘mort cérébrale’ de l’OTAN, à dire maintenant que nous devons construire une défense européenne basée sur le pilier européen de l’OTAN, ce que j’applaudis. C’est un changement raisonnable »

    Le président élu tchèque Petr Pavel

    Pourtant, dans les discours prononcés avant sa rencontre avec Petr Pavel, le président français a toujours souligné la nécessité pour l’Europe de disposer d’un dispositif militaire indépendant de l’OTAN.

    « Si demain tel grand partenaire doit regarder ailleurs, nous devrons être en mesure d’agir avec les Européens à l’intérieur de l’OTAN ou en dehors de l’Alliance et, si nécessaire, d’assurer les capacités de commandement qui permettront de mener ensemble une opération d’ampleur »

    Emmanuel Macron aux forces armées le 20 janvier dernier

    EURACTIV a toutefois été informé que la France tient à ce que ses équipements et technologies militaires restent interopérables avec ceux des États-Unis, ce qui signifie que l’OTAN reste un élément crucial pour la France malgré les précédents commentaires de M. Macron.

    Les États-Unis se tournent vers le Pacifique

    En outre, les deux dirigeants préviennent que les États-Unis vont très bientôt tourner leur attention non pas vers l’Europe mais vers le Pacifique.

    M. Pavel est convaincu que pour que l’Europe puisse mener une opération de grande envergure sans dépendre du soutien des États-Unis, elle doit disposer de « facilitateurs stratégiques ».

    Ces facilitateurs stratégiques sont, par exemple, des connexions de transport stratégiques, la logistique, la communication stratégique, y compris les satellites, ou le renseignement stratégique.

    « L’Europe dispose du minimum de toutes ces capacités », a ajouté M. Pavel, qui était auparavant à la tête du comité militaire de l’OTAN.

    Ce dernier a également averti que, sans facilitateurs stratégiques, « la défense européenne n’ira nulle part ».

    Selon Petr Pavel, qui sera officiellement investi le 9 mars, l’UE joue un rôle de premier plan dans le soutien à l’Ukraine, mais n’est toujours pas capable de jouer un rôle de premier plan en matière de défense.

    L’armée européenne : le songe d’une nuit d’été

    Par le passé, M. Macron s’était publiquement exprimé en faveur de la création d’une armée européenne, souvent soutenue par certains dirigeants de l’UE.

    En revanche, les pays d’Europe de l’Est — et plus discrètement, Washington et l’OTAN — se sont opposés avec insistance à un tel scénario. L’Europe de l’Est a plutôt souligné la nécessité de renforcer la défense de l’UE dans le cadre de l’OTAN.

    Fin septembre 2021, la France et la Grèce ont signé un accord militaire historique qui prévoit une assistance mutuelle si un pays tiers attaque l’une des parties. Beaucoup ont vu dans ce geste la première étape de la création d’une force militaire européenne.

    Mais depuis l’agression de la Russie contre l’Ukraine, le récit de l’armée européenne a disparu des discours publics des politiciens de l’UE et a été progressivement remplacé par la nécessité de renforcer la défense de l’UE au sein de l’OTAN ou l’autonomie stratégique.

    En 2018, élu depuis à peine un an, Macron avait assuré à la radio Europe 1 que l’UE ne pouvait pas se défendre sans « une vraie armée européenne ».

    « On ne protègera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne. Face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante (…) on doit avoir une Europe qui se défend davantage seule, sans dépendre seulement des Etats-Unis et de manière plus souveraine »

    Emmanuel Macron en 2018

    Il avait évoqué « puissances autoritaires qui réémergent et se réarment aux confins de l’Europe ».

    Il avait même parlé de la nécessité de « nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique », faisant référence à la décision du dirigeant américain de l’époque, Donald Trump, de se retirer d’un traité de désarmement nucléaire datant des années 1980 : il considérait que la « principale victime » était « l’Europe et sa sécurité ».

    Le 30 août 2021, lors d’une rencontre à l’Élysée avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, M. Macron avait souligné dans un communiqué commun que l’UE devait développer son « autonomie stratégique » pour assumer « une plus grande responsabilité pour sa sécurité et sa défense ».

    Ces avancées ont conduit à l’adoption d’une boussole stratégique établissant une doctrine commune et à la déclaration commune d’une ambition de renforcer et de relancer l’industrie européenne de la défense.

    L’Élysée y voit une partie intégrante de la souveraineté de l’UE à l’heure où plusieurs pays continuent d’acheter leurs armes aux États-Unis. Des projets communs pour développer le « système de combat aérien du futur » et le « char de combat du futur » ont été lancés par la France, l’Allemagne et l’Espagne.

    Un « fonds européen de défense » a également été adopté pour 2021-2027, avec un budget de 8 milliards d’euros, soit un peu plus d’un milliard par an, axé sur la recherche, le développement et l’acquisition d’armes.

    À titre de comparaison, la France investira 413 milliards d’euros sur la période 2024-2030 pour moderniser et mettre à niveau son armée, soit près de 60 milliards d’euros par an sur sept ans.

    Ainsi, après avoir affirmé pendant longtemps que l’OTAN était « en état de mort cérébrale », la France veut désormais réinvestir dans l’Alliance atlantique, au sein de laquelle le président souhaite « un ancrage fort », a déclaré Emmanuel Macron le 20 novembre 2022.

    La France entend pouvoir assumer le rôle de « nation-cadre » au sein de l’OTAN.

  • Emmanuel Macron à Kinshasa

    Emmanuel Macron à Kinshasa

    Samedi 4 mars, Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi ont donné une conférence de presse commune à Kinshasa. Les deux dirigeants sont revenus sur le conflit à l’est de la RDC qui oppose les rebelles du M23 à l’armée congolaise. Lors de l’ultime étape de la tournée africaine du président français, un cessez-le-feu en cours de négociation est annoncé pour le 7 mars par les deux chefs d’État.

    Pas de condamnation officielle du Rwanda pour son soutien aux rebelles du M23 mais de nouvelles mises en garde. Voilà ce que l’on peut retenir des déclarations du dirigeant français. 

    Arrivée d’Emmanuel Macron à Kinshasa ©AFP

    La France et le Rwanda

    Et Emmanuel Macron était particulièrement attendu sur les enjeux sécuritaires en RDC. Le dirigeant, qui achève une tournée africaine à Kinshasa après s’être rendu au Gabon, en Angola et au Congo, a été assailli de questions posées par les journalistes congolais. Ils ont interrogé à plusieurs reprises le président Macron au sujet des relations entre Paris et Kigali, qui est accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles du M23, dans l’espoir d’une condamnation formelle du Rwanda par le chef de l’Etat français.

    Regardez le reportage de TV5MONDE

  • L’Afrique, bien ou mal partie

    L’Afrique, bien ou mal partie

    La « Françafrique », c’est fini. Depuis le temps que présidents, ministres, économistes, intellectuels et militaires le disent, c’est fait. Emmanuel Macron avait déjà déclaré à Ouagadougou en 2017 : « Il n’y a plus de politique africaine de la France ». Pour le meilleur ou pour le pire ? Pour la France ? Pour l’Afrique ?

    L’Afrique, économiquement, compte peu : c’est le problème.

    De fait, la France a été expulsée du Mali, du Burkina, de Centrafrique. Chine, Russie, États-Unis, ont une politique africaine. L’Europe n’en a pas, même si elle apporte le plus d’aide à l’Afrique, et la France est le pays le plus impliqué parmi les Européens. Faut-il une politique française, européenne, pour l’Afrique ? Chasser Wagner, pour commencer, groupe terroriste, pourrait être un but louable, pour l’Europe comme pour l’Afrique.  

    L’Afrique, économiquement, compte peu : 3% du commerce mondial. C’est le problème. 1% du commerce extérieur japonais, 2% de celui de l’Allemagne ou des Etats-Unis, 2.5% de celui du Royaume-Uni, 3.3% de celui de la Chine. Pour la France, c’est 3.4% du commerce extérieur, dont la moitié avec l’Afrique du Nord. L’ex Françafrique (la zone CFA) seulement 1% : le pillage de l’Afrique par la France est un mythe. Les mines d’or du Mali ne sont pas exploitées par des Français. Il n’y a donc aucun rapport entre le nombre de soldats et les intérêts économiques. Chine, Japon, Allemagne, les trois premiers partenaires, n’ont pas un képi sur place.

    Il n’y a aucun rapport entre le nombre de soldats et les intérêts économiques.   

    C’est dire que l’intérêt de la France en Afrique n’est pas matériel. Il est presque irrationnel, en tout cas immatériel. Aucun pays n’a de tels liens avec l’Afrique. Les Mines d’or du Mali ne sont pas exploitées par des compagnies françaises. Aucune société française dans les grandes compagnies qui exploitent les « ressources naturelles de l’Afrique ». Contrairement à la doxa en vogue, la France n’est en rien responsable des malheurs de l’Afrique, au contraire, elle y a maintenu la paix. La France est intervenue au Mali pour s’opposer à des guerres civiles. Serval fut salué par tous les Africains. 

    La Françafrique, c’était la protection de la France pour les pays qui en faisait partie (et pour leurs dirigeants) en échange d’une relation privilégiée. Simple néocolonialisme ? Quand la Guinée de Sékou Touré n’en voulut pas (pour se tourner vers l’URSS), la France s’en retira. Léon Mba, premier président du Gabon, plaidait au contraire pour que le Gabon devienne un département français. De Gaulle refusa. Il pensait, déjà, que l’Empire était un poids plus qu’un atout.
    (De 1900 à 1958, 22% des dépenses publiques furent consacrées aux colonies).
    Les indépendances africaines ne furent pas le résultat de luttes de libération nationale, mais un abandon progressif, l’épuisement de la Métropole. 

    La France protégea donc le Gabon de Léon Mba et choisit pour successeur son chef de cabinet, un certain Bongo. Le pli était pris. Trente ans plus tard, en 1990, François Mitterrand dénonça la Françafrique. Il expliqua à La Baule que les aides seraient allouées en fonction de la démocratisation des régimes. Au sommet suivant, il fit marche arrière : le rythme devait être choisi « par les Africains eux-mêmes« , c’est-à-dire leurs dirigeants. Imposer la démocratie, ne serait-ce pas du néocolonialisme ?

    Rue de Bamako – 2022 ©AFP

    Qui oserait donner des leçons de gouvernance ?

    La plus grande démocratie africaine, le Nigeria, malgré Boko Haram et les mafias, a vu la victoire de Bola Tinubu, surnommé « le Parrain », surnom qui ne vient pas de son implication dans un trafic d’héroïne en 1993 mais de son expérience politique. 8 millions de Nigérians ont voté pour lui, sur 87 millions d’inscrits. 210 millions d’habitants, dont 40% sous le seuil d’extrême pauvreté. Qui oserait donner des leçons de gouvernance ?

    Hors islamisme, il n’y a pas de bataille idéologique en Afrique, l’Afrique est vue comme une grande place où jouent les puissances, influence contre influence, crédits contre crédits. La Chine, premier partenaire commercial, est aussi le premier créancier du continent. Elle est, derrière la Russie, le premier fournisseur de matériel militaire, marché d’avenir, compte tenu des guerres africaines, une dizaine.

    Est-ce la propagande russe qui attise le sentiment anti-français en Afrique ? La France a suffisamment de talent autocritique pour le faire elle-même. Au Burkina, au Mali, en Centrafrique, ce n’est pas un mouvement populaire qui a porté les juntes au pouvoir, mais des coups d’Etat. C’est parce que la France n’a pas voulu soutenir ces « nouveaux pouvoirs » qu’elle a été évincée. Aurait-elle dû les évincer elle-même ?

    Soutenir les autocrates, soutenir la démocratie, la France a toujours tort. 

    Wagner a déployé 1400 hommes au Mali. Le massacre de 300 civils à Moura en 2022, suffit à faire comprendre qu’il vaut mieux ne pas protester. En Centrafrique depuis 2017, Wagner (1000 hommes) se paie en diamant et en or. En Libye, 1500 hommes gardent les sites pétroliers et 25% de la production. Au Soudan, Wagner a sa mine d’or à Al Abiddiya. Wagner, c’est la Russie. Aussi la Russie mène une guerre de propagande anti-française, que ce soit par Sputnik Afrique, ou RT.

    La France a toujours tort. Soutenir les autocrates, ce serait empêcher l’émergence de nouvelles élites. Soutenir la démocratie ce serait faire preuve d’ingérence, d’ignorance des réalités culturelles ou ethniques (si le vote n’est que tribal, alors la majorité démographique prend le pouvoir et la minorité prend les armes). 

    Que pèse la France en Afrique ? 900 soldats en Côte d’Ivoire, 350 au Sénégal, ainsi qu’au Gabon, 2500 entre le Niger et le Tchad. Enfin Djibouti, avec 1500 hommes. Près de la moitié de l’enveloppe de l’AFD (12 milliards) va en Afrique.  L’Union Européenne ajoute 4.5 milliards dans le cadre du programme « Global Gateway ». De l’argent utile ? Le prix Nobel Angus Deaton explique que l’aide au développement ne fait que conforter les mauvais régimes.

    La France doit fortifier les pays qui lui sont proches, si elle le peut. Evidences qu’il faut rappeler : ferait-on des procès pour « biens mal acquis » à Lula, l’Emir du Qatar, la famille Aliev ou le roi du Maroc ? A tous ceux qui achètent des biens en France sans que l’on en connaisse l’origine dans leur pays ? Qu’a pu dire Emmanuel Macron à Ali Bongo : que la justice française est extra territoriale ?

    Ce qui est reproché à la France, ce n’est pas la puissance, mais l’impuissance.

    Au Gabon, Emmanuel Macron assiste au sommet sur la protection de la forêt. Le Gabon tire 80% de ses ressources du pétrole. « Préparer l’après pétrole », donc. C’est pourquoi il va aussi en Angola, autre géant pétrolier, ancienne colonie portugaise. Encore la forêt ? Emmanuel Macron a aussi vu Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, qui accuse le Rwanda de Paul Kagame, soi-disant « ami » de la France, de soutenir les rebelles du M23, ce que confirme l’ONU. Sans force, quel arbitrage ? 

    La première condition du développement est la paix. Ce qui est reproché à la France, ce n’est pas l’exercice de la puissance, mais l’impuissance à contrôler les conflits

    Le taux de croissance du PIB de l’Afrique se situe autour de 2.7%. A ce rythme, l’Afrique ne peut pas s’en sortir. Il faut un surplus de croissance.

    Une zone de libre-échange permettrait de sortir 50 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035.  

    55 pays africains veulent mettre en place en place une zone de libre-échange, l’élimination des tarifs douaniers pour les produits africains en Afrique, un tarif extérieur unique, un marché d’1.3 milliards de personnes, un PIB de 3400 milliards de dollars. Qui mieux que l’Union Européenne peut les aider ? Selon la Banque mondiale, cet accord permettrait de sortir 50 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035. 

    La France a un atout, celui de partager avec de nombreux pays africains la langue française, il y a plus de locuteurs de français en Afrique qu’en France. Avec la paix, l’éducation. Notamment pour les filles. C’est pourquoi Boko haram s’attaque aux écoles. Hélas, la Francophonie a été confiée à Kagame, fauteur de guerre, américanophile.

    Si « la France n’a plus de politique en Afrique », il lui faut en redéfinir une, ou plutôt plusieurs. 

    Quand l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants, en 2050, 40% des Africains auront moins de 20 ans. L’Afrique est le continent qui connaîtra la plus forte croissance du siècle, ou bien les plus grandes guerres. Personne ne contrôle les Etats africains. Ni la « Françafrique », fantôme ou fantasme, ni sa dénonciation, ne sont des politiques. C’est l’Afrique, bien partie ou mal partie, qui pèsera sur l’Europe. Paix, éducation, énergie, si « la France n’a plus de politique en Afrique », il lui faut en redéfinir une, ou plutôt plusieurs. 

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

  • Flash quotidien des expatriés – Edition du 06.03.23

    Flash quotidien des expatriés – Edition du 06.03.23

    Bonjour à tous, bienvenue dans le flash quotidien des expatriés du lundi 06 mars, alors que la France a une semaine difficile ponctuée par des mouvements contre la réforme des retraites, on salue le succès de notre compatriote à New-York avec ses mini-croissants et on applaudit les deux femmes qui mènent encore une fois avec talent le projet de l’Orchestre des Lycées français dans le monde.

    Le 18 mars à Vienne

    C’est le rendez-vous que vous donne l’AEFE pour le concert de l’Orchestre des Lycées français dans le monde. Dans un podcast exclusif à retrouver sur votre radio et sur le site Lesfrancais.press, découvrez les coulisses de cette machine qui réunit des élèves de plusieurs établissements disséminés dans le monde avec la cheffe d’orchestre et la proviseure du Lycée français de la capitale autrichienne. Un concert qui sera retransmis en live sur votre radio. 

    Orchestre des Lycées français dans le monde
    Orchestre des Lycées français dans le monde

    Un couple de Français fait le buzz à New-York 

    Avec des croissants, mais pas n’importe lesquels : des mini-croissants à consommer dans son bol de lait le matin. A 50$ la boite, c’est une bonne affaire pour sa jeune boulangerie ouverte en mai 2022 après plusieurs années comme ingénieur agronome à Grenoble. Pour info, les 250 mini-croissants présents dans la boîte sont faits main. 

    mini-croissants céréales
    Mini-croissants céréales

    Une semaine difficile pour les Français de l’Hexagone 

    La journée du 07 mars doit être le pic de la mobilisation contre la réforme des retraites en France. La montée en puissance voulue par les syndicats contre la réforme des retraites semble se confirmer. Dans les transports, où la grève reconductible a été votée, une première depuis le début du mouvement, « il y aura de très grandes difficultés » ce mardi 7 mars, a confirmé ce dimanche Clément Beaune, ministre des Transports sur France 3. Bon courage à nos compatriotes au pays. 

    Clément Beaune, Ministre des transports

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau flash dédié aux conséquences de la grève générale pour les Français de l’étranger. 

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Rencontre avec la cheffe de l’Orchestre des Lycées français dans le monde

    Rencontre avec la cheffe de l’Orchestre des Lycées français dans le monde

    Fondé en 2015 à l’occasion du 25e anniversaire de l’AEFE, l’Orchestre des lycées français du monde est un projet fédérateur, résultat de partenariats fructueux, et une magnifique aventure humaine et artistique, savant mélange de travail et de passion. La particularité de cet orchestre est d’être international et inter-établissements, composé d’élèves de la sixième à la terminale, il est dirigé par Adriana Tanus, enseignante au Lycée français de Madrid.

    Nous la recevons pour évoquer l’organisation d’un tel défi, ainsi que la proviseure du Lycée de Vienne, Magali Durand Assouly, qui accueillera le 16 mars la première représentation avant de la reproduire dans la salle de concert de la « maison de la radio autrichienne ».

    Adriana Tanus et Magali Durand Assouly

    Ecoutez le podcast avec Adriana Tanus et Magali Durand Assouly

  • Semaine de la francophonie 2023 sur TV5MONDEplus

    Semaine de la francophonie 2023 sur TV5MONDEplus

    La Semaine de la francophonie 2023 est le rendez-vous des amoureux des mots, en France et à l’étranger. La thématique choisie pour cette édition qui se déroulera du 18 au 26 mars est : « À tous les temps ? ».

    Les organisateurs souhaitent nous inviter à réfléchir à notre perception et à notre rapport au temps, notamment en jouant avec les mots francophones qui les expriment.

    Des concours d’écriture aux tournois de slam, en passant par les dictées intergénérationnelles, ateliers de calligraphie, lectures contées, concerts francophones ou encore représentations théâtrales, toutes les disciplines artistiques sont valorisées et bien sûr la seule plateforme d’AVOD gratuite et francophone, TV5MONDEplus, participera à cette dynamique francophone.

    6 programmes spécifiques ont été dénichés par les équipes de la programmation de TV5MONDEplus aux 4 coins de la planète. Du Canada au Tchad, en passant par la France, 6 séries et oeuvres qui feront plonger les francophones de 7 à 77 ans dans l’histoire, la genèse mais aussi l’utilisation de la langue de Molière.

    Vivre et parler en français

    On commence notre aventure francophone en faisant le point sur l’art de parler en français. Grammaire, orthographe mais aussi littérature, rigueur et plaisirs sont au programme.

    OSEZ, le français ?

    Mais pourquoi on met un s à des chaussettes rouges, et pas à des chaussettes orange ? Qui a décidé qu’il fallait mettre un trait d’union et une apostrophe quand on écrit « va-t’en » ? Pourquoi l’adjectif « demi » s’accorde seulement quand il est derrière un nom, et pas devant ? Quel bazar !

    La langue française paraît parfois si complexe qu’il serait facile de se décourager. La web série « Osez le français » est là pour vous aider ! Chaque vidéo aborde en moins de deux minutes et avec humour, une complexité propre à la langue française et la rend facilement compréhensible. Vous verrez, ce n’est pas si compliqué !

    Une production TV5MONDE

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    I SPEAK FRANCAIS

    ls sont souvent bilingues, voire trilingues, apprennent l’anglais depuis qu’ils parlent, consomment majoritairement de la musique anglophone, des films et des séries en anglais, utilisent des anglicismes… Pour les jeunes Québécois de 18-24 ans, la langue de Shakespeare est une évidence. Mais quel rapport entretiennent-ils avec celle de Molière ?

    Réalisation : Karina Marceau (Canada, 2019)

    Une production Radio Canada

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    Encre noire et page blanche

    « Encre noire et page blanche » met en lumière l’histoire d’une vingtaine de personnalités dont la création francophone a servi des idéaux de liberté, d’émancipation et d’indépendance. Parmi eux : le poète et ancien président sénégalais Léopold Sedar Senghor, Aminata Sow Fall considérée comme pionnière de la littérature africaine francophone, le Guinéen Camara Laye avec son « Enfant noir » ou encore le Camerounais Mongo Beti et l’Ivoirien Ahmadou Kourouma.

    Cette nouvelle collection raconte le destin et l’oeuvre de ces femmes et de ces hommes, tous artistes d’exception, bien souvent malmenés par la postérité et parfois même oubliés, alors qu’ils et elles étaient des plumes de premier ordre parmi les poètes et les romanciers francophones.

    L’encre, parfois s’est estompée, presque effacée, et la page blanche s’est envolée au gré du vent de l’Histoire. « Encre noire et page blanche » répare cet oubli et a pour ambition d’être une collection de référence pour la mémoire.

    Une production TV5MONDE

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    D’une langue à l’autre – Disponible le 15 mars

    La volonté de cette web-série est simple : l’élaboration d’un programme multimédia d’apprentissage du français par la fiction qui au-delà de la langue, vise la transmission de nos codes culturels à nos invités. Un outil au service de la cohésion sociale.

    Une production TV5MONDE

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    Penser et aimer en français

    Deuxième volet de notre aventure francophone : les sentiments, la poésie, l’art, car le français n’est pas un idiome, la langue française est avant tout le vecteur de valeurs, d’une certaine façon de voir le monde.

    Les bisons ravis

    Boris Vian se réveille dans son appartement soixante ans après sa mort. Il rencontre Ursula, une jeune danseuse, sensible et drôle. Il se frotte à sa bande d’amies, soudée et survoltée, qui l’entraînent dans un Paris qu’il ne reconnaît plus. Il doit comprendre qu’il est âgé de trente-neuf ans et de cent ans… en même temps. De leur côté, elles doivent négocier les incertitudes de la trentaine. Ensemble, ils tentent de trouver leur place dans cette époque.

    Une fiction de Thomas Baumgartner et Alexandre Lenot réalisée par Mariannick Bellot. Une coproduction du Labo-RTS Culture et des Productions Hors-Cases. Disponibilité des fichiers audio illimitée. – Pour un usage privé exclusivement.

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    Et si Babel n’était qu’un mythe ?

    Sur les pas d’un jeune chercheur venu documenter un isolat linguistique au Sud du Tchad, le film part à la rencontre des habitants pour explorer leur relation aux langues. À leur écoute, c’est une humanité profondément multilingue qui se révèle. Mais pour combien de temps encore ?

    Réalisation : Sandrine Loncke (France, 2019)

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    Je slame, tu slames !

    Un art à la croisée des chemins : le slam. Partout au Québec, professionnels ou amateurs sont de plus en plus nombreux à participer à des soirées de slam de poésie. Qui sont-il ? Pourquoi montent-ils sur scène à la conquête des oreilles et des coeurs ?

    Réalisation : Jean Fugazza (Canada, 2021)

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    Et pour les plus jeunes

    TV5MONDEPlus vous propose une série qui a accompagné les jeunes Français des années 80/90 et plongera les petits derniers de nouveau dans les aventures de la troupe de Molière au XVIIème siècle.

    Quentin, 10 ans, intègre la troupe de Molière et voyage à travers le royaume de France. De Richelieu à Louis XIV, l’époque est riche en rebondissements. Accompagné de Cachou, un singe aussi savant qu’habile, Quentin découvre un univers d’actions et de représentations.

    Une production française

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  • Le théâtre traditionnel japonais adopte un jeune Franco-Japonais

    Le théâtre traditionnel japonais adopte un jeune Franco-Japonais

    Maholo Terajima est le premier acteur binational de l’histoire du kabuki, forme de théâtre traditionnel japonais. En mai, il donnera ses premières représentations sur une grande scène de Tokyo et deviendra officiellement Onoé Maholo.

    Kabuki, kezako ?

    Mais avant tout, qu’est-ce donc que le kabuki ? Influencé par le théâtre Nô et le théâtre de poupées Bunraku, il s’en est détaché au cours de ses plus de 400 ans d’histoire, tout en se codifiant à l’extrême. Une de ses particularités est que tous les rôles sont joués par des hommes. Le théâtre kabuki est inscrit sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2008.

    Le terme Kabuki est composé des idéogrammes 歌 (ka), 舞 (bu) et 伎 (ki) qui signifient respectivement « chant », « danse » et « technique ». Dans le langage courant, le mot « kabuki » évoque aussi une certaine extravagance, quelque chose qui sort de la norme et de l’ordinaire.

    Étonnamment c’est une femme qui serait à l’origine de cet art aujourd’hui uniquement réservé à la gent masculine. En 1603, une prêtresse shinto dénommée Izumo no Okuni donnait des représentations religieuses de danse nenbutsu odori, dans le but de collecter des fonds pour le sanctuaire d’Izumo. Elle se travestissait pour jouer les rôles masculins dont certains étaient mis en scène dans les quartiers des plaisirs, proposait des danses à caractère sensuel et érotique. Même si ses représentations choquèrent le shogunat, elle fit des émules et entre 1607 et 1620, de nombreuses troupes de femmes souvent issues du milieu de la prostitution reprirent le flambeau et interprétèrent à leur tour des pièces tout aussi provocatrices.

    Comme le théâtre à ses débuts en Europe, le Kabuki et ses interprètes étaient souvent mal considérés, d’autant plus qu’ils se produisaient essentiellement dans les quartiers de plaisirs, et les limites avec la prostitution étaient souvent floues. Paradoxalement, ce sont les nombreuses interventions des autorités qui ont permis au Kabuki actuel de se forger :

    • En 1629, le shogunat Tokugawa interdit aux femmes de se produire dans des pièces de Kabuki afin d’éviter les nombreux troubles à l’ordre public liés à la prostitution, au point de faire disparaître les troupes de femmes.
    • En 1653, le shogunat interdit aux jeunes hommes – qui avaient pris le relais des femmes pour leurs rôles – de se produire, pour les mêmes raisons. C’est ainsi que naît l’onnagata (女形), le rôle de femme interprété par des acteurs spécialisés et d’âge mûr.

    Ancestral mais moderne

    Rester à la pointe de la modernité a toujours été une préoccupation du Kabuki, notamment sur le plan technique avec l’importation et l’amélioration de dispositifs scénographiques.

    C’est une des branches de la famille Ichikawa, longue lignée d’acteurs, de metteurs en scène, que vient une partie du succès actuel du Kabuki. Ichikawa Ennosuke III a créé en 1986 le Super Kabuki, qui visait à élargir le public potentiel en présentant toujours les classiques du Kabuki selon les techniques ancestrales, mais en intégrant aussi des classiques chinois, ou des légendes japonaises populaires et en utilisant les avancées techniques lors des représentations. Le concept est repris en 2014 par son successeur Ennosuke IV avec le Super Kabuki II (Second) qui ouvre le répertoire à un public encore plus large. Ainsi, des mangas populaires comme One Piece ou Naruto voient certains de leurs arcs emblématiques adaptés, ou encore l’hologramme de Hatsune Miku s’invite dans un classique du XVIIIe siècle.

    Fin 2019, une des stars actuelles du Kabuki, Ichikawa Ebizo XI, a même adapté Star Wars, dont il est fan, pour une représentation unique avec son fils.

    Ouverture aux étrangers ?

    Les amateurs occidentaux ne découvrent que progressivement le théâtre japonais, d’abord par les témoignages des premiers voyageurs et des résidents étrangers qui arrivent au Japon dans les années 1860-1870, puis, peu à peu, par les travaux et traductions des pionniers des études japonaises.

    En revanche, les occasions d’en voir réellement restent rarissimes : de l’ouverture de Meiji aux années 1950, seules quatre troupes s’aventurent sur les scènes étrangères avec des spectacles se réclamant, à plus ou moins juste titre, du kabuki.

    Après un bref rappel des productions de Kawakami, de Hanako et de Sadanji, cet article se concentre sur la longue (janvier 1930-avril 1931) tournée de Tsutsui Tokujirō qui rencontra un grand succès dans pratiquement toutes les capitales européennes ; négligé par les historiens japonais, le travail de Tsutsui exerça pourtant une influence considérable sur les metteurs en scène européens avec des spectacles relativement proches de l’esprit du kabuki authentique.

    Maholo Terajima

    On comprend mieux désormais l’émoi qui a parcouru le Japon au début du mois de février à l’annonce qu’un Franco-Japonais allait rejoindre une troupe officielle surtout si jeune. En effet, en mai, Maholo Terajima deviendra officiellement Onoé Maholo, un acteur de kabuki.

    Après sa journée d’école, il rejoindra la grande scène du Kabukiza, un haut lieu de la discipline qui a pignon sur rue dans le quartier de luxe de Ginza, à Tokyo. Il sera sur scène du 2 au 27 mai avec seulement deux jours de relâche. 

    Mais ce n’est pas le hasard si Maholo est devenu un adepte du kabuki, son père Laurent Ghnassia, directeur artistique au Japon fut le premier binational en charge d’un théâtre de kabuki au Japon.

    Réception à l’ambassade de France en l’honneur de Maholo Terajima en février 2023 ©AFP

    Pour Philippe Setton, ambassadeur de France au Japon, « Nous nous trouvons dans une situation inédite. C’est la première fois, en 400 ans d’histoire du kabuki qu’un binational devient acteur. » 

    Ainsi Le jeune acteur devient malgré lui, « un symbole de l’amitié France-Japon »

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