Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture

Blog

  • Avenir de l’AFE : 3 parlementaires sur le grill

    Avenir de l’AFE : 3 parlementaires sur le grill

    L’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) reste un organe encore peu connu du grand public. Composée aujourd’hui de 90 élus, elle propose la mise en œuvre de réformes qui permettraient de faire évoluer son travail. C’est l’objet d’un rapport que les membres de l’AFE ont adopté fin octobre lors de la dernière session plénière. Pour permettre ce changement, les parlementaires ont un rôle important à jouer. C’est pour cela que nous avons interrogé trois d’entre eux. Il s’agit de Ronan Le Gleut (LR), sénateur des Français établis hors de France, Mathilde Ollivier (EELV), sénatrice des Français établis hors de France et Stéphane Vojetta (apparenté Renaissance), député de la 5e circonscription des Français établis hors de France (Andorre, Espagne, Monaco, Portugal).

    Chacun nous livre, sans retenue, son constat et sa vision au sujet de l’AFE et de ses élus.

    39ème session de l'AFE au Conseil économique et social ©LFP

    AFE
    Stéphane Vojetta

    Stéphane Vojetta est député de la 5e circonscription des Français établis hors de France depuis 2021. Il a été réélu en 2022. Lors de sa dernière élection, il a notamment battu Manuel Valls qui avait été désigné par LaRem. Il a d’ailleurs écrit un livre sur ce sujet « Remontada : carnet de route d’un dissident ». Stéphane Vojetta est le coauteur d’une loi qui encadre le travail des influenceurs. Il siège comme apparenté au groupe Renaissance à l’Assemblée nationale.

    « Je trouve l’AFE structurellement trop éloignée de l’Assemblée nationale. »

    Stéphane Vojetta

    AFE
    Mathilde Ollivier

    Mathilde Ollivier est sénatrice des Français établis hors de France depuis 2017. Âgée de 29 ans, elle est la benjamine de la Haute-Assemblée. De 2021 à 2023, elle a été élue Conseillère des Français de l’étranger. Elle a aussi été membre de l’AFE. Au Sénat, Mathilde Ollivier siège au groupe Écologiste – Solidarité et Territoires.

    « Faire de l’AFE une caisse de résonance des situations diverses des Français de l’étranger est aujourd’hui primordial. »

    Mathilde Ollivier

    AFE
    Ronan Le Gleut

    Ronan Le Gleut est sénateur des Français établis hors de France depuis 2017. Il a été réélu en 2023. Il est membre du Groupe Les Républicains au Sénat. De 2014 à 2018, Ronan Le Gleut a été élu consulaire et membre de l’AFE. Il est actuellement Président du groupe d’études « Statut, rôle et place des Français établis hors de France » au Sénat.

    « J’invite le Gouvernement à se saisir de manière volontariste de la réforme de l’AFE. »

    Ronan Le Gleut

    L’AFE aujourd’hui

    Jérémy Michel : « Dans son format actuel, l’Assemblée des Français de l’étranger compte-t-elle dans le paysage politique ? »
    AFE
    Stéphane Vojetta

    Stéphane Vojetta : « Force est de constater que – malgré la bonne volonté des membres de l’AFE et la qualité de leurs travaux – ce n’est généralement pas le cas. 

    Vue de France, l’AFE n’existe pas. Si l’on devait faire un sondage au sein des gouvernements successifs depuis 2014 et la dernière réforme, combien de ministres admettraient ne serait-ce que connaître l’existence de l’AFE? Probablement aucun – à l’exception de ceux qui ont occupé le poste de ministre des Français de l’étranger ou de ministre des Affaires Étrangères. Et pourtant, l’action de tous ces ministres a des implications directes ou indirectes sur nous, les FDE (Les Français de l’étranger). »

    « Vue de France, l’AFE n’existe pas. »

    Stéphane Vojetta

    « Vue de notre prisme de citoyens français établis à l’étranger, l’AFE n’existe hélas pas non plus. La fonction et les rôles précis des Conseillers des FDE sont sans doute connus par moins de 10% de la population inscrite sur la liste électorale consulaire. Quant à l’existence et aux prérogatives de l’AFE et de ses membres, je dirais que sans doute moins d’un FDE sur 100 en est conscient… Et l’on parle uniquement de la population directement concernée par nos élections législatives, sénatoriales et consulaires. Bref, les membres et sympathisants des partis politiques, voire éventuellement (soyons optimistes) des associations de FDE.

    Enfin, en tant que député et en ce qui concerne le Parlement, je trouve l’AFE structurellement trop éloignée de l’Assemblée nationale pour peser sur nos travaux, en particulier sur ceux des députés des FDE. Par exemple, il n’y a pas d’automatisation de la transmission des résolutions de l’AFE vers les députés FDE. Ce type d’invisibilisation peut réduire à néant un travail pourtant essentiel. 

    Quant au Sénat, l’influence de l’AFE y est sans doute amoindrie par un système électoral qui réduit trop régulièrement l’AFE à un corps électoral, voire à un vivier de colistiers pour les élections sénatoriales. »

    AFE
    Mathilde Ollivier

    Mathilde Ollivier : « Oui, définitivement. L’AFE et ses commissions jouent un rôle de structuration, de réflexion et d’élaboration de propositions essentielles à la représentation des Français de l’étranger. Elle mérite néanmoins d’être mieux connue et reconnue, alors que les Conseillers à l’AFE y investissent un temps considérable. Au-delà des travaux de l’Assemblée, elle structure aussi le paysage politique chez les Français de l’étranger et représente l’une des seules plateformes de dialogue et de débats entre élus du monde entier. Enfin, la possibilité de poser des questions, écrites ou orales, à l’administration et au gouvernement est aussi un moyen de contrôle de l’action publique et une base d’informations importante dans l’exercice de nos mandats locaux.

    Cela rejoint d’ailleurs un besoin exprimé maintes fois par les élus: celui d’avoir accès à des offres de formations et à une plateforme compilant un maximum d’informations utiles aux Conseillers des Français de l’étranger et à l’AFE. Le rapport du groupe de travail de la réforme de l’AFE, présidé par Jean-François Deluchey, qui a terminé et présenté son travail lors de la dernière session, élabore d’ailleurs de nouvelles pistes pour renforcer et développer le site de l’AFE. C’est aussi par l’initiative des présidents de commission ou des groupes politiques que différentes formations sont régulièrement proposées lors de l’AFE : fresques du climat, présentations du GIEC par exemple, ou encore formations en finance publique initiées par Renaud Le Berre, président de la Commission des Finances dans laquelle je siégeais jusqu’il y a un mois. »

    « L’AFE structure aussi le paysage politique chez les Français de l’étranger. »

    Mathilde Ollivier

    « Faire de l’AFE une caisse de résonance des situations diverses des Français de l’étranger est aujourd’hui primordial. Alors que nous finissons ce vendredi l’étude du Projet de Loi Immigration au Sénat, empreint de nombreuses idées reçues sur les raisons et les parcours de migration, entendre une voix différente, celle des Français de l’étranger par son Assemblée, aurait été salutaire face aux propositions démagogiques de la droite sénatoriale avec laquelle le gouvernement s’est compromis par l’accord obtenu. C’est aussi faire entendre une voix alternative auprès de nos amis et partenaires étrangers, alors que cette loi et les discours qui ont été tenus dans l’hémicycle seront aussi commentés de par le monde, comme un signal de la fermeture de la France à la diversité des cultures et à la mobilité.

    C’est aussi un enjeu de citoyenneté française à l’étranger : l’AFE permet de problématiser et de débattre des positions et priorités politiques liées à l’enseignement français à l’étranger, la culture, la sécurité, l’économie… Bref, tous les sujets transverses relatifs à la place de la France et des Français dans le monde. Alors que les taux de participation aux élections consulaires sont faibles, c’est aussi un moyen de montrer aux Françaises et aux Français l’impact de leur représentation locale et de leurs choix politiques dans leur accès aux services publics à l’étranger. »

    AFE
    Ronan Le Gleut

    Ronan Le Gleut : « La réforme de 2013 a considérablement affaibli l’AFE pour quatre raisons :

    – Premièrement, en supprimant massivement le nombre de Conseillers à l’AFE, ce qui a comme conséquence que des pays importants pour les Français de l’étranger n’y sont plus directement représentés. Rappelons que l’AFE comptait 155 membres élus sur un total de 179 (2004-2012) puis 190 (2012-2014), contre seulement 90 aujourd’hui.

    – Deuxièmement, en diminuant les moyens alloués à chaque Conseiller à l’AFE, les empêchant d’exercer la plénitude de leur mandat.

    – Troisièmement, en mettant fin au lien organique entre les parlementaires et l’AFE, ce qui a eu comme conséquence d’éloigner le Parlement de l’AFE.

    – Quatrièmement, en cassant le rôle pivot que fut l’AFE et en diluant ainsi son autorité. »

    « Cette Assemblée est donc une source inépuisable d’inspiration pour nos propres initiatives au Sénat. »

    Ronan Le Gleut

    « Néanmoins, les travaux réalisés par les Conseillers à l’AFE restent de grande qualité, du seul fait de leur compétence propre. Cette Assemblée est donc une source inépuisable d’inspiration pour nos propres initiatives au Sénat. C’est pour recréer formellement le lien entre le Sénat et l’AFE que j’ai mis en place un dialogue institutionnalisé régulier entre l’AFE et le Groupe sénatorial d’études « Statut, rôle et place des Français établis hors de France » dès que j’en ai pris la présidence. Ce dialogue nouveau permet notamment de mieux sensibiliser nos collègues sénateurs de métropole aux problématiques spécifiques que rencontrent nos compatriotes établis à l’étranger. »

    Les réformes indispensables

    Jérémy Michel : « Pourquoi l’AFE doit-elle être réformée ? Et pour vous, quelles sont les deux ou trois réformes clés à envisager pour son avenir ? »
    AFE
    Stéphane Vojetta

    Stéphane Vojetta : « À l’évidence, si l’on souhaite que l’AFE pèse davantage sur les décisions parisiennes qui impactent le quotidien des Français de l’étranger (FDE), il faut changer quelque chose. Il faut notamment le faire pour toutes ces personnes, Conseillers FDE, délégués consulaires et membres de l’AFE qui se sont engagés dans la vie politique des FDE avec la volonté sincère et désintéressée de peser sur le cours des choses à travers leurs travaux, et qui considèrent l’AFE comme le seul instrument capable de leur permettre d’exercer cette influence.

    La plupart des membres de l’AFE dont je connais l’engagement partagent cette vision et cette ambition, plutôt que celle consistant à considérer l’AFE comme un simple symposium de « notables de l’étranger », voire comme un marchepied pour leur trajectoire politique personnelle, en route vers Paris et le Sénat. »

    « J’estime que l’on devrait systématiser l’audition de représentants de l’AFE au cours du processus d’élaboration d’un texte. »

    Stéphane Vojetta

    « En tant que député des Français de l’étranger (FDE), je trouve l’AFE trop éloignée de l’Assemblée nationale qui est pourtant l’endroit où se fabrique la loi et où se déterminent les textes qui seront à l’ordre du jour du débat législatif. Chaque processus de fabrication de loi (que l’on parle de PJL – Projet de Loi, d’initiative gouvernementale – ou de PPL – Proposition de Loi, d’initiative parlementaire) donne lieu à un travail préalable d’auditions intense.

    J’estime que l’on devrait systématiser l’audition de représentants de l’AFE au cours du processus d’élaboration d’un texte, si celui-ci a un lien direct et indirect avec les FDE. Cela obligerait de nombreux députés métropolitains à prendre en compte l’angle FDE dans leur texte, et cela modifierait à terme les mentalités au sein du Parlement, et notamment la perception de notre communauté établie hors de France. 

    Par exemple dans le cadre de la préparation de « ma » Loi Influenceurs, je suis allé à la rencontre de la French Tech Barcelone pour évoquer un texte pourtant franco-français et écouter leur retour. J’ai également débattu de certains aspects du texte avec les premiers concernés, les élèves de certains lycées français. Toutes ces consultations de terrain avaient mené à des ajustements de ma manière de voir les choses, et à des modifications de mon texte. »

    « L’engagement politique des Français de l’étranger est plus complexe que celui des Français de métropole. »

    Stéphane Vojetta

    « Au Sénat, où là encore l’AFE pourrait être auditionnée plus systématiquement, peut-être devrait-on également chercher à modifier la dynamique actuelle qui donne trop d’importance aux élections sénatoriales et donc aux approches électoralistes aussi bien des travaux des Sénateurs que de ceux de l’AFE. Mais comment l’envisager sans élargir le collège électoral des Sénateurs Français de l’étranger ? »

    « L’AFE doit être plus systématiquement consultée par les instances gouvernementales et parlementaires. »

    Stéphane Vojetta

    « Enfin, il faut reconnaître que l’engagement politique des Français de l’étranger est plus complexe que celui des Français de métropole, notamment en termes de déplacements et des coûts qui y sont associés. Il est important que les Conseillers des FDE et les membres de l’AFE aient les moyens matériels d’accomplir la mission pour laquelle ils ont été élus. Cela passe notamment par une revalorisation de la modeste indemnité dont ils bénéficient et qui n’a pas bougé depuis 2014. Un rattrapage serait parfaitement légitime, et le ministre Olivier Becht (Ministre délégué chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger) s’y est d’ailleurs engagé. »

    AFE
    Mathilde Ollivier

    Mathilde Ollivier :  « Aujourd’hui, de nombreux élus le remarquent : malgré l’investissement des Conseillers à l’AFE et un travail de fond d’auditions, de rapport et de résolutions, le caractère consultatif de l’AFE ne lui permet pas une prise en compte et un véritable suivi de ses résolutions dans leur mise en œuvre.

    Nous en avions fait un thème de campagne, alors que le sénateur Jean-Yves Leconte avait travaillé sur un rapport autour de la réforme de la représentation des Français de l’étranger, dans lequel un certain nombre de pistes étaient envisagées. »

    « Sortir du statut consultatif de l’AFE en lui donnant des fonctions délibératives »

    Mathilde Ollivier

    « Je retiendrai 4 points sur lesquels mettre l’accent, pour la plupart aussi évoqués par le rapport du groupe de travail sur la réforme de l’AFE lors de la dernière session :

    1. Assurer le contrôle par l’AFE de son budget, et des ressources humaines allouées suffisantes. C’est une demande récurrente depuis le début de la mandature, qui a fait l’objet d’une résolution votée très largement dans le cadre des discussions lors de la dernière session. Ce contrôle du budget permettrait à l’Assemblée une véritable indépendance face à la Direction des Français de l’étranger et la possibilité de choisir ses priorités. J’ai siégé au Bureau de l’AFE, et vu le besoin d’un secrétariat général exclusivement au service de l’Assemblée, de manière continue toute l’année. C’était d’ailleurs le cas par le passé, mais ces dernières années, les ressources humaines allouées à l’Assemblée n’ont cessé de baisser.

    2. Sortir du statut consultatif de l’AFE en lui donnant des fonctions délibératives en particulier sur les questions de bourses scolaires, d’action sociale et de soutien à l’action associative et un élargissement des compétences des élus aux subventions FLAM. »

    « Comment permettre à des personnes en activité professionnelle d’exercer leur mandat dans des conditions optimales ? »

    Mathilde Ollivier

    «3. Revoir le statut de l’élu : cet élément se heurte à un certain nombre de difficultés financières et fiscales, mais semble nécessaire pour permettre à toutes et tous de candidater à des fonctions électives chez les Français de l’étranger. Notre Assemblée, tout comme le Parlement français d’ailleurs, se rajeunit et se féminise. C’est une très bonne nouvelle, mais aussi un défi : comment permettre à des personnes en activité professionnelle d’exercer leur mandat dans des conditions optimales, alors que les dispositions françaises permettant des décharges aux élus locaux ne peuvent s’appliquer à eux ?

    Comment revoir le système de prise en charge des transports, notamment pour celles et ceux qui doivent avancer des milliers d’euros pour se rendre à Paris ? Le ministre a annoncé certaines évolutions qu’il faut saluer, notamment la possibilité d’avancer les frais de Conseillers de l’AFE se rendant à Paris. La possibilité de participation en visioconférence, supprimée il y a deux sessions, doit aussi être rétablie.

    4. De nombreux Conseillers des Français de l’étranger (CDFE) choisissent aussi de se rendre à Paris pour suivre les sessions de l’AFE et ainsi bénéficier des riches échanges et du travail de fond réalisé par l’Assemblée, qui nourrit le travail local. L’Assemblée pourrait réfléchir à la manière de mieux les associer au dispositif. La diffusion en direct des sessions plénières est déjà une avancée importante pour permettre aux CFDE et aux citoyens de s’informer sur les grands enjeux rencontrés par les Français de par le monde.»

    AFE
    Ronan Le Gleut

    Ronan Le Gleut : « Je vois trois réformes clefs :

    – Premièrement, nous avons besoin d’une AFE élargie et plus représentative de la diversité des situations et des géographies. En effet, je note qu’au Sénat tous les départements de France disposent d’au moins un sénateur. De même, je considère que chacune des 130 circonscriptions consulaires électorales devrait être représentée à l’AFE par au moins un Conseiller à l’AFE. Par conséquent, aux 90 Conseillers AFE déjà existants, s’adjoindraient les 130 Présidents de conseil consulaire. Donc, dans certains cas, les suivants de listes siégeraient à l’AFE lorsqu’un élu placé plus haut dans la liste se trouverait également être Président de Conseil consulaire. Nous arriverions donc à une AFE de 220 Conseillers. »

    « Chacune des 130 circonscriptions consulaires électorales devrait être représentée à l’AFE »

    Ronan Le Gleut

    « – Deuxièmement, en matière de bourses scolaires, de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger (STAFE) ou d’aides sociales, l’AFE doit devenir délibérative et donc décisionnaire et non plus seulement consultative. L’excellent rapport Frassa-Lecomte de la commission des Lois du Sénat revient en détail sur la mise en œuvre d’une telle mesure. Les compétences nouvelles de l’AFE devraient alors être inscrites dans la loi. »

    « C’est une révolution copernicienne qu’il conviendrait de mettre en œuvre. »

    Ronan Le Gleut

    « – Troisièmement, l’AFE doit davantage impliquer les Conseillers des Français de l’étranger et les Délégués consulaires à ses travaux. C’est une révolution copernicienne qu’il conviendrait de mettre en œuvre en la matière. »

    Comment appliquer les changements ?

    Jérémy Michel : « Comment faire adopter les réformes que vous proposez, et quand pourraient-elles devenir une réalité? »
    AFE
    Stéphane Vojetta

    Stéphane Vojetta : « Je l’ai dit, l’AFE doit être plus systématiquement consultée par les instances gouvernementales et parlementaires. Je ne crois pas que cela puisse passer par une modification législative. Cependant, je vais étudier les pistes, et notamment les modifications des règlements de l’Assemblée nationale, qui permettraient d’aller dans le sens de cet objectif à l’occasion des travaux préparatoires de nos textes de loi. »

    AFE
    Mathilde Ollivier

    Mathilde Ollivier : « Certaines de ces propositions peuvent être mises en œuvre rapidement, sans passer par un processus législatif, à la faveur d’arbitrages gouvernementaux : le contrôle du budget de l’AFE (même si celui-ci nécessiterait aussi un meilleur ancrage dans les textes), l’adéquation des moyens humains avec les besoins de l’Assemblée, la revalorisation des indemnités et du statut, le rétablissement de la participation par visioconférence… »

    « Il nous appartient désormais, en tant que parlementaires, de soutenir l’AFE. »

    Mathilde Ollivier

    « D’autres devront passer par des propositions ou projets de loi, notamment afin de permettre à l’AFE une voix délibérative. 10 ans après la dernière réforme de la représentation des Français de l’étranger, ces modifications pourraient s’intégrer dans une réforme plus globale de la représentation des Français de l’étranger, s’appuyant sur les rapports des parlementaires et des Conseillers publiés ces derniers mois. Il est intéressant de noter que la plupart des programmes lors des dernières élections sénatoriales contenaient des propositions de réforme. L’AFE, par son groupe de travail transpartisan, et l’adoption consensuelle des résolutions associées lors de la dernière session, a montré la voie. Il nous appartient désormais, en tant que parlementaires, de soutenir l’AFE lors des discussions budgétaires et avec le gouvernement et de nous atteler à porter ces modifications législatives. »

    AFE
    Ronan Le Gleut

    Ronan Le Gleut : « Dix ans après la réforme de 2013, nous avons suffisamment de recul pour voir ce qu’il conviendrait d’améliorer. J’invite donc le Gouvernement à se saisir de manière volontariste de ce sujet majeur. »

  • Franck Bondrille : promouvoir la France avec Gims et Foresti

    Franck Bondrille : promouvoir la France avec Gims et Foresti

    Conseiller des Français de Miami, Franck Bondrille est notre invité. C’est sous son autre casquette de producteur d’artistes français aux Etats-Unis que nous le recevons. Il évoque notamment avec nous la venue de Florence Foresti et de Gims en tournée aux Etats-Unis.

    Arrivé aux USA, il y a 23 ans, Franck partage son parcours qui l’a amené de l’événementiel à la production d’artistes. Il a créé sa propre société, Silverprod qui, à l’origine, était spécialisée dans la réalisation de vidéo clips. C’est en 2007 que Franck a commencé à organiser les spectacles de nos compatriotes aux USA. Tout d’abord avec Diams, puis les « shows » se sont succédé. Jamel Debbouze, les Chevaliers du Fiel, Booba, Niska, Kev Adams, Charles Aznavour, Gad Elmaleh … pour ne citer qu’eux.

    Ces concerts ou représentations trouvent souvent leur écho auprès des expatriés. « 80 % du public vient de la communauté française » nous dit-il. Un public fidèle qui « aime rencontrer les artistes français aux Etats-Unis ».

    Les artistes «ont plus de proximité avec le public»

    Les artistes comme Florence Foresti ou Gims remplissent des salles en France de 10.000 à 15.000 personnes, voire plus. « Gims a fait le Stade de France ». Aux Etats-Unis, « c’est compliqué de trouver des grandes salles ». Ils se produisent alors dans des lieux de 1000 à 2000 personnes. « Ils ont plus de proximité avec le public » nous déclare Franck. « Aux Etats-Unis » les artistes français « sont plus accessibles » pour les fans. Ce côté intimiste, c’est un plus pour les Français vivant à l’étranger qui viennent les voir.

    Franck Bondrille
    Franck Bondrille avec Gad Elmaleh

    « Les consulats jouent le jeu »

    « C’est la promotion de la France » que fait Franck Bondrille aux Etats-Unis. Au cours de son interview, il partage le fait que « les consulats jouent le jeu ». Florence Foresti a ainsi été accueillie par le consul à Miami. Les consulats participent aussi à la diffusion des informations sur les spectacles proposés. En revanche, les risques financiers ne sont pas partagés. La production de ces spectacles « se fait sans aide » atteste Franck.

    La France vient de lancer une campagne pour attirer les investisseurs étrangers à venir en France, « Make it iconic. Choose France. ». En revanche, la production de spectacles d’artistes français en dehors de notre pays ne semble pas être encore soutenue par la France. Tout du moins pas d’aides spécifiques « pour les événements » dits « populaires » que peuvent être les concerts de Gims ou les représentations de Florence Foresti. « Souvent le soutien accordé va aux artistes plus intimistes » nous explique Franck.

    Franck Bondrille
    Franck Bondrille avec Kev Adams

    Aider aussi des jeunes talents français

    Franck Bondrille fait venir des artistes français connus aux USA mais il déniche aussi des talents français. En première partie de GIMS, ce sont ainsi deux de ces jeunes artistes qu’ils proposent au public : Alexis Large et Lily B . « Cela leur permet de faire connaître leur musique ».

    Pour conclure ce podcast, Franck Bondrille parle de la Corse d’où il est originaire. Il a notamment pour projet d’organiser aux Etats-Unis un salon pour promouvoir l’île de beauté.

    Ecoutez le podcast avec Franck Bondrille

  • La francophonie du septième art, Cinemania à Montréal 

    La francophonie du septième art, Cinemania à Montréal 

    Le Festival de films francophones Cinemania se déroule à Montréal du 1er au 12 novembre avec une programmation très réussie d’une centaine de films francophones dont des premières québécoises, nord-américaines comme Complètement Cramé avec Malkovich et Fanny Ardant et parfois même internationales, des invités de marque de tous horizons. On est dans le glamour ou dans le confidentiel, mais toujours dans la passion du cinéma. Bref, c’est la chance pour le public de voyager avec le septième art dans une francophonie jubilatoire qui touche des sujets aussi légers que parfois très engagés !

    Après Cannes, Cinemania

    La soirée d’ouverture a eu un grand succès avec Le procès Goldman que Cédric Kahn est venu présenter après le faste de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. Pour la soirée de clôture, ce sera Second tour d’Albert Dupontel, toujours aussi savoureux et engagé avec Cécile de France, Nicolas Marié et Philippe Duquesne. Côté jury de la compétition officielle, un équilibre surprenant avec Emmanuelle Béart et Philippe Falardeau. On sort du franco-français, la francophonie à l’honneur avec le cinéma comme catalyseur.  

    La Suisse est le pays à l’honneur pour cette 29ème édition, on y souligne le parcours de Léa Pool, la cinéaste suisse la plus québécoise. Léa devant la caméra, court métrage documentaire d’Ariel St-Louis est une ode à son travail. Bref, on célèbre. 

    À noter que Karin Viard a une actualité intense, elle vient présenter trois films dans lesquels elle joue dont Magnificat de Virginie Sauveur, Une nuit d’Alex Lutz et Nouveau départ de Philippe Lefebvre avec Franck Dubosc qui sort du comique habituel pour une comédie sympathique. 

    Cinemania
    Du 1er au 12 novembre , Montréal accueillera le Festival de films francophones Cinemania

    Une compétition québécoise intéressante

    Pour la compétition «Films du Québec» consacrée aux œuvres produites ici, huit longs métrages en lice dont Quitter la nuit, de la réalisatrice québéco-belge Delphine Girard, Kanaval d’Henri Pardo, Tu ne sauras jamais de Robin Aubert, Sucré Seize d’Alexa-Jeanne Dubé. Une belle façon de découvrir la production d’ailleurs… et d’ici.  

    Yolande Moreau
    KIM CHAPIRON 1 (1)
    Kim Chapiron
    Cinemania
    Victoria Bedos

    Rencontres avec Yolande Moreau pour La fiancée du poète, Le jeune imam de Kim Chapiron et Victoria Bedos pour La plus belle pour aller danser

  • Souveraineté : le directeur d’OVHcloud trouve que l’UE manque de « courage »

    Souveraineté : le directeur d’OVHcloud trouve que l’UE manque de « courage »

    Les responsables politiques de l’UE devraient avoir le « courage et l’honnêteté intellectuelle » de mettre en place un cloud souverain ainsi que de réguler les hébergeurs de services cloud américains dans le cadre de la règlementation antitrust de l’UE sur les marchés numériques, a déclaré Michel Paulin, directeur général du principal hébergeur de services cloud français OVHcloud, lors d’un entretien avec Euractiv.

    Le secteur du cloud, une composante cruciale de l’économie numérique pour le stockage et la manipulation des données, est actuellement règlementé par des cadres législatifs qui se chevauchent, notamment entre les États-Unis et l’UE. De là découlent des questionnements majeurs de souveraineté numérique et de cybersécurité.

    « L’économie des données est aussi importante que le secteur de l’agriculture ou que l’énergie », a expliqué M. Paulin, avant d’affirmer qu’« aujourd’hui, l’accès aux données et la manipulation des données donnent un pouvoir stratégique ».

    OVHcloud, premier hébergeur de services cloud en France, est un acteur de premier plan, appelant à une souveraineté numérique renforcée en Europe.

    « Aujourd’hui ce qu’indique Amazon en parlant de cloud souverain européen est de la sémantique illusionniste », poursuit-il. Du point de vue de M. Paulin, il ne faut pas confier de données stratégiques européennes à des entreprises américaines comme Amazon, Microsoft ou Google, car les lois américaines pourraient les contraindre à coopérer et transférer des données aux agences de sécurité américaines.

    Le défi de la souveraineté

    OVHcloud est une entreprise européenne. En tant que telle, elle est « immunisée aux lois extraterritoriales américaines » du FISA et du Cloud Act, qui permettent aux agences de sécurité américaines d’accéder aux données personnelles stockées par des entreprises américaines, sans tenir compte du lieu géographique où elles sont stockées, a déclaré M. Paulin.

    Cependant, « OVHcloud est soumis à la loi locale et pourrait recevoir des demandes des administrations américaines sur les données stockées aux États-Unis. »

    OVHcloud a été l’un des plus fervents défenseurs de l’introduction de critères de souveraineté dans la certification de l’UE en cours de discussion, qui vise à harmoniser au niveau européen les certifications nationales de sécurité du cloud, le « EU Cybersecurity Certification Scheme for Cloud Services » (EUCS).

    M. Paulin souhaite intégrer le principe de transparence dans les critères de sécurité « pour que les utilisateurs du cloud sachent qui accède à leurs données et comment ».

    Ces critères de souveraineté reproduiraient au niveau de l’UE le système français SecNumCloud, et excluraient les hébergeurs de services cloud américains de pans entiers du marché européen. Toutefois, ce projet s’est heurté à une forte opposition de la part d’entreprises et de plusieurs pays de l’UE, dont l’Allemagne, qui considèrent cette mesure comme étant protectionniste.

    « J’espère que l’Europe et les Allemands auront le courage et l’honnêteté intellectuelle d’inclure ce principe au service des clients, du marché, de l’innovation. Sinon, nous risquons d’un autre scandale à la Edward Snowden dans le futur proche », a ajouté M. Paulin.

    OVHcloud
    « L’économie des données est aussi importante que le secteur de l’agriculture ou que l’énergie », a expliqué M. Paulin, avant d’affirmer qu’« aujourd’hui, l’accès aux données et la manipulation des données donnent un pouvoir stratégique ». [photo_gonzo / Shutterstock]

    Les limites du DMA

    En septembre, la Commission européenne a désigné six entreprises comme «contrôleurs d’accès» (gatekeepers) de secteurs critiques de l’économie numérique, dans le cadre de la règlementation sur les marchés numériques (Digital Markets Act, DMA). Cette désignation s’accompagne d’une série de mesures ex ante visant à rétablir une compétition loyale sur les marchés numériques.

    Toutefois, la Commission n’a, jusqu’à présent, désigné aucun hébergeur de services cloud comme « contrôleurs d’accès » dans le cadre du DMA, une lacune que M. Paulin a attribuée à un « manque de courage ».

    «Dans cet environnement, la Commission publie une liste qui semble dire que non, il n’y a pas de pratiques anticoncurrentielles de ces entreprises et qu’il n’y a pas aujourd’hui de risque hégémonique de ces trois acteurs, alors qu’ils contrôlent 78 % du marché européen», a-t-il continué.

    Pour M. Paulin, cette indifférence de la part des autorités européennes est en contradiction avec l’attention croissante des autorités antitrust un peu partout dans le monde sur les pratiques anticoncurrentielles du secteur du cloud. Selon M. Paulin, ce sont les entreprises qui dominent ce marché qui parviennent à imposer leurs solutions au détriment des plus innovantes

    Le Data Privacy Framework

    Le directeur général d’OVHcloud a également exprimé son mécontentement à l’égard du nouveau Data Privacy Framework, l’accord transatlantique qui fournit un cadre juridique autorisant les transferts de données personnelles de l’UE vers les États-Unis.

    « Je suis convaincu que la Cour de Justice de l’UE validera dans quelque temps l’illégitimité et le caractère illégal du Data Privacy Framework » a affirmé M. Paulin, laissant entendre qu’il souhaite un arrêt Schrems III qui annulerait pour la troisième fois consécutive un accord transatlantique de transfert de données entre les deux blocs.

    Les capacités de passage à l’échelle des clouders français

    Lors de l’examen du projet de loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, porté par le ministre délégué au numérique Jean-Noël Barrot, le Sénat a proposé d’inscrire dans la loi l’obligation pour les administrations publiques de migrer leurs données vers des clouds sécurisés certifiés SecNumCloud.

    L’amendement a été supprimé lors de sa lecture à l’Assemblée nationale, car, comme le rapportait Euractiv, des députés considéraient que les hébergeurs de services cloud français n’auraient notamment pas eu les capacités à accueillir une telle migration de données.

    « Il est faux de dire qu’aujourd’hui OVHcloud, mais aussi Scaleway et Outscale n’ont pas la capacité, ou les compétences ou les moyens d’accueillir les données de l’administration publique sur des clouds certifiés SecNumCloud. Ce sont des verbatim de lobbyistes extrêmement influents qui répètent à l’envi de fausses informations » a souligné M. Paulin.

    Il a également insisté sur le fait qu’« aujourd’hui le cloud SecNumCloud d’OVHcloud est le produit qui croît le plus vite et serait tout à fait capable et équipé à recevoir les données de l’administration française. Ceux qui disent le contraire ne sont pas sérieux ».

    Développement de l’intelligence artificielle

    M. Paulin a également abordé le secteur en pleine croissance de l’IA, qui, selon lui, va encore accroître le pouvoir stratégique des données.

    La stratégie d’OVHcloud dans ce domaine est de rejoindre des consortiums et de travailler « avec des acteurs de l’écosystème pour permettre à nos clients d’utiliser leurs outils dans un univers sécurisé dans lequel leur propriété actuelle est garantie, sans que personne n’y ait accès ».


    consulter la publication originale

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 10.11.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 10.11.23

    Bonjour à tous, nous sommes le vendredi 10 novembre et vous écoutez le flash quotidien des expatriés. Dans les titres : La journée du harcèlement scolaire – Astuces pour acheter un billet moins cher – Conférence pour la paix à Paris 

    Lutter contre le harcèlement scolaire 

    L’AEFE aussi se mobilise contre ce fléau qui touche les plus jeunes. Dans un long dossier à retrouver sur Lesfrancais.press, on découvre les dispositifs mis en place par les établissements aux 4 coins du monde. Dans le cadre du plan « Climat scolaire », l’AEFE a annoncé ce jeudi 09 novembre, journée nationale contre le harcèlement scolaire, que le réseau rejoignait le dispositif Pharos qui permet à tout à chacun de signaler les cas rencontrés. 

    harcèlement scolaire
    Harcèlement scolaire ©LFP

    Bientôt Noël, avez vous déjà pris votre billet d’avion ?

    Si non, sachez que l’effet « Last minute » n’existe plus, c’est même le contraire. Par contre, il y a bien des jours et des horaires à privilégier. Bien sûr il faudra se caler sur le créneau horaire du site de comparaison ou de la compagnie aérienne que vous avez choisis. En résumé, avec le site AirFrance.fr, il faut privilégier la nuit (horaire de Paris) et le mardi. Tous les détails et bien d’autres astuces sur le site Lesfrancais.press.

    billets d'avion
    Billets d’avion ©Stockadobe

    Cap sur un « cessez-le-feu » à Gaza ?

    C’est en tout cas le message d’Emmanue Macron lors d’une conférence humanitaire organisée ce jeudi à l’initiative de la France. Pour la première fois, le président de la république a appelé à un arrêt des combats entre Israël et le Hamas. Le message peut-il être entendu? Le gouvernement israélien n’est représenté à cette conférence et les pays arabes n’ont pas envoyé pas de représentants du plus haut niveau. Mais les ONG présentes devraient saluer cette prise de parole d’Emmanuel Macron. Treize d’entre elles ont appelé ce mercredi à un « cessez-le-feu immédiat ».

    Emmanuel Macron à l’Elysée ce 09 novembre 2023 ©AFP

    C’est tout pour cette semaine, on se retrouve lundi ! Toute la rédaction et moi-même nous vous souhaitons un bon week-end du 11 novembre, nos pensées vont aux familles de ceux qui sont morts pour la France.  

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Harcèlement scolaire, combat des écoles françaises à l’étranger

    Harcèlement scolaire, combat des écoles françaises à l’étranger

    Le harcèlement scolaire est un fléau mondial. Les écoles françaises à l’étranger tout comme les écoles de France métropolitaine et d’outre-mer sont touchées. Les conséquences sur les victimes sont dévastatrices, pouvant mener jusqu’au suicide. Il est urgent d’agir. Si le Ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports (MENJ) a fait de la lutte contre le harcèlement scolaire sa priorité éducative de la rentrée 2023-2024, qu’en est-il du réseau des établissements français à l’étranger ? Quelles sont les mesures mises en place par l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) ? Quelles sont les initiatives déjà probantes et les solutions locales ?

    Le plan « Climat scolaire »

    Bien-être pour bien apprendre

    Et si la prévention du harcèlement passait également par une amélioration du climat scolaire ? Cultiver le bien-être des élèves et des équipes éducatives pour prévenir les violences ? Déjà, en octobre 2022, dans une démarche proactive contre le harcèlement scolaire, la commission Education de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) avait étendu son champ d’action à la santé mentale des élèves. Un domaine de plus en plus préoccupant dans le contexte post-crise sanitaire. Les Conseillers des Français de l’étranger, jouant un rôle actif dans les établissements scolaires, avaient mis en évidence les problématiques de troubles comportementaux et mentaux chez les jeunes. Pour y remédier, l’AFE a initié une série d’audiences pour mettre en avant la nécessité d’adopter une approche globale et inclusive. L’enquête sur le climat scolaire montre que les relations sont majoritairement positives mais révèle aussi une préoccupation croissante de la pression scolaire et du harcèlement.

    harcèlement scolaire
    Samantha Cazebonne, Sénatrice au Vietmam

    Déploiement du programme pHARe

    La rentrée 2023-2024 est marquée par l’annonce du Ministre de l’Education Nationale d’un plan prioritaire axé sur le bien-être des élèves ainsi que sur la lutte contre toute forme de discrimination et de violence. Cette annonce semble être le signe d’une prise de conscience collective de la gravité du fléau et un appel à la mobilisation générale. L’AEFE, avec ses 580 établissements scolaires et ses près de 395 000 élèves répartis dans 139 pays, est le relais des directives du MENJ mais doit intégrer la diversité des contextes locaux. Le réseau de l’enseignement français à l’étranger compte 68 établissements en gestion directe, 161 établissements conventionnés et 351 établissements partenaires.

    harcèlement scolaire

    Mieux connaître, prévenir, détecter et traiter le harcèlement scolaire

    Le plan « Climat scolaire » de l’AEFE de la rentrée 2023 place le programme pHARE au cœur de sa stratégie. Un programme consacré à la prévention et à la lutte contre le harcèlement scolaire. Ce programme cible trois axes majeurs : évaluer le climat scolaire, prévenir et gérer les cas de harcèlement. La réalité du mal-être des élèves français expatriés est méconnue. Une évaluation est donc nécessaire pour avoir une meilleure vision de la situation. La prévention est également essentielle pour sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’école au phénomène de harcèlement. En cas de harcèlement avéré, les modalités d’intervention doivent être claires. Elles doivent permettre la résolution du problème tant pour la victime que pour le bourreau.

    Des effectifs à renforcer et des équipes éducatives à former

    Si le SGEN-CFDT applaudit la reconnaissance du problème du harcèlement scolaire, il rappelle que des actions concrètes sont nécessaires. Pour la réussite du programme pHARe, il préconise notamment le recrutement significatif de personnels médico-sociaux. Le SNES-FSU rajoute que l’ensemble des équipes éducatives doivent être formées, y compris les personnels de droit local et les vacataires. Samantha Cazebonne, Sénatrice des Français établis hors de France confirme que l’ensemble de la communauté scolaire doit être sensibilisé au repérage des signes du harcèlement. Elle a elle-même vécu ce problème quand elle était proviseur en Espagne. Tout le monde avait vu la mise à l’écart d’une élève, mais personne ne pensait que c’était grave. Depuis, la Sénatrice a fait de la lutte contre le harcèlement scolaire son cheval de bataille. D’ailleurs, elle a mis en place avec l’aide de ses collaborateurs une plateforme collaborative dédiée à l’enseignement français à l’étranger, et notamment une carte qui répertorie l’ensemble des actions du réseau en faveur de cette lutte. 

    harcèlement scolaire
    CNED et Phobie Scolaire

    Évaluer le climat scolaire

    Enquêtes locales de climat scolaire

    L’AEFE propose aux établissements accompagnement et formation sur les trois volets du pHARe.  Cela concerne en particulier la réalisation d’enquêtes locales de climat scolaire (ELCS). Ces enquêtes vont permettre d’établir un diagnostic précis sur le climat scolaire afin de connaître le degré de bien-être des élèves et des personnels et d’estimer la qualité des relations au sein de la communauté éducative, notamment avec les parents. Les résultats sont attendus fin novembre.

    Questionnaires pour les élèves

    L’AEFE encourage une autoévaluation dès le primaire, permettant aux élèves de s’exprimer anonymement sur leurs expériences de harcèlement. Cela crée un espace où les élèves peuvent se sentir écoutés et en sécurité, contribuant ainsi à la détection précoce des cas de harcèlement. La distribution des questionnaires sur le harcèlement prévu le 9 novembre, journée de lutte nationale contre le harcèlement scolaire fait débat. Le SGEN-CFDT exprime des réserves quant à la clarté des questions, leur pertinence et le traitement des données recueillies. Le syndicat attend des clarifications sur la manière dont les résultats seront exploités.

    Combattre le harcèlement scolaire à la racine

    Samantha Cazebonne, Sénatrice des Français établis hors de France se félicite du déploiement dans le réseau de l’enseignement français à l’étranger du programme pHARe, qui comprend une autoévaluation dès le primaire. Il s’agit d’une avancée majeure pour identifier et combattre le harcèlement dès ses premiers signes. Ce programme permet aux élèves de s’exprimer anonymement. On est ainsi sûr d’entendre et de considérer les voix des victimes et des témoins du harcèlement.

    Impact positif des initiatives locales

    Les écoles françaises à l’étranger s’efforcent d’adopter des mesures proactives pour assurer la sécurité et le bien-être des élèves. Elles doivent désormais implémenter des politiques et des programmes de prévention pour maintenir leur homologation. Des établissements sont récompensés pour leurs efforts. Cela montre l’impact positif d’une politique proactive, comme au Vietnam, aux Philippines ou encore au Togo. Parfois, les associations de parents d’élèves décident d’agir comme en Côte d’Ivoire, où ils ont déposé un projet permettant la formation des personnels pour lutter contre le harcèlement auprès des Conseillers Français de l’Etranger. Samantha Cazebonne, note : « dans ces établissements, il y a un climat beaucoup plus apaisé et on voit même parfois jusqu’à des harceleurs qui ont libéré totalement l’emprise qu’ils pouvaient avoir sur certains élèves et qui les empêchaient parfois, soit de travailler dans de bonnes conditions, soit même de venir à l’école tout simplement ».

    harcèlement scolaire
    L’application 3018

    Prévenir pour protéger les élèves

    Des formations et des ressources adaptées

    L’AEFE met en place depuis 2022 des temps de sensibilisation au climat scolaire, au bien-être et au harcèlement.  Des universitaires et des experts du MENJ interviennent devant des équipes d’encadrement, des personnels de direction, des directeurs d’école, des responsables administratifs et financiers des établissements à l’occasion de séminaires de zone. De plus, 32 formateurs « climat scolaire » sont présents partout dans le monde. Des ressources en ligne sont également disponibles. Par exemple, l’Association e-Enfance est le partenaire officiel du Ministère de l’Education nationale dans la lutte contre le harcèlement scolaire. Le 3018 est le numéro national pour accompagner les jeunes victimes et aider leurs parents et les professionnels dans leur rôle d’éducation. Gratuit, anonyme et confidentiel, le 3018 est accessible sur 3018.fr par Tchat en direct, via Messenger et WhatsApp. Existe également l’application 3018.

    Campagnes d’information dans les écoles

    La sensibilisation de tous, élèves, familles et personnels, passe par des campagnes d’information au sein des établissements scolaires. L’occasion de valoriser les nombreuses actions menées par les élèves sous la responsabilité des enseignants, dans le cadre notamment de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire ou par la participation au prix « Non au harcèlement ». Ce prix vise à réaliser des affiches ou des vidéos sur ce thème. Par exemple, des collégiens du Lycée Français Saint-Louis de Stockholm ont créé une comédie musicale « Si c’était à refaire » avec leur professeur de musique et d’EPS. Elle raconte l’histoire d’un collégien, Éric, qui subit chaque jour des remarques et gestes désagréables de la part de ses camarades. Ses camarades se rendent alors compte qu’il s’agissait de harcèlement et se demandent comment ils auraient pu agir différemment.

    Détecter pour intervenir en cas de harcèlement scolaire

    Les élèves ambassadeurs : un rôle clé

    Les élèves ambassadeurs sont essentiels pour détecter et contrer les actes de harcèlement au sein de leur établissement. Il s’agit d’élèves volontaires, formés pour repérer leurs camarades en détresse, victimes de harcèlement. Comme au Lycée Lyautey de Casablanca. Chaque jour, ils interagissent dans des espaces tels que les cours de récréation ou bien les cantines. Même hors des murs de l’école, leur rôle persiste, notamment à travers les interactions sur les réseaux sociaux. Leur mission principale est double : d’une part, réconforter la victime et, d’autre part, alerter un adulte de confiance sur la situation. Leur approche se veut bienveillante, cherchant à soutenir l’élève en détresse en lui offrant une épaule sur laquelle s’appuyer. Ils sont des relais d’alerte, des témoins actifs et impliqués dans la création d’un environnement scolaire sain et sécurisé.

    harcèlement scolaire
    Lauréat du prix « Non au harcèlement scolaire » au Vietnam

    Un protocole d’intervention clair

    La mise en place d’une fiche de remontée des situations permettra désormais à l’AEFE de connaître tous les cas de harcèlement. Lorsqu’un cas est identifié, l’équipe de direction de l’établissement le traite au niveau local. Les établissements doivent créer leur propre protocole. Ils préviennent les incidents tout au long de l’année, ils recueillent les propos des enfants avec empathie et protègent le harcelé. Ils informent également la famille, organisent des rendez-vous médicaux et rédigent un compte rendu. Selon la gravité de la situation, ils informent les autorités judiciaires ou les services sociaux. Ils mettent en place un soutien pour l’élève, qui peut inclure un accompagnement psychologique ou des aménagements pédagogiques. Enfin, ils prennent des mesures pour renforcer la sécurité au sein de leur établissement et agissent envers le harceleur.

    L’importance de protéger les victimes et d’éduquer les harceleurs

    Pour aider les élèves harcelés à faire cesser les comportements qu’ils subissent, les psychothérapeutes soulignent qu’il est essentiel de se mettre à leur hauteur et de comprendre leur réalité. Une approche consiste à utiliser l’autodérision et l’humour pour déstabiliser le harceleur. En montrant que les attaques ne les affectent plus, les victimes peuvent changer la dynamique du harcèlement. C’est un travail long réalisé avec l’aide d’un psychologue afin d’armer le harcelé. Les sanctions contre le harceleur ne sont généralement pas efficaces. Les études montrent que la sanction n’a pas d’impact significatif. Expulser un harceleur déplace le problème. Au contraire, cela peut aggraver la situation en privant la victime de la possibilité d’apprendre à se défendre et à gagner le respect de ses pairs. Une autre approche est proposée.

    Fait avec Padlet

    L’Approche de la Préoccupation Partagée

    La « méthode de la préoccupation partagée », inspirée du travail d’Anatol Pikas, un psychologue suédois préconise la mise en place d’une équipe dédiée dans chaque établissement. L’AEFE demande alors à chaque établissement de mettre en place une cellule d’écoute et de prise en charge pour accompagner les victimes tout en intervenant individuellement auprès des harceleurs. Le but ? Susciter une empathie envers la victime. Néanmoins, cette approche peut se révéler inefficace lorsque le harceleur cherche à maintenir son emprise sur la victime. Cette méthode ne fonctionne pas dans tous les cas, mais en Belgique, où elle est utilisée, 95% des cas de harcèlement sont résolus, note Stéphanie Stevens, correspondante en Belgique de l’association Phobie Scolaire.

    Perspectives pour l’avenir

    Tournée vers l’avenir, l’AEFE prépare d’ores et déjà des mesures renforcées. Au premier trimestre 2024, un conseiller technique sera recruté pour accompagner les établissements en situation de crise. De plus, un label « pHARe » sera créé pour reconnaître les établissements ayant déployé le programme. Cette labellisation sera accompagnée du développement d’un dispositif d’alerte renforcé. L’AEFE prévoit également la création d’un parcours M@gistere Climat Scolaire.

    Le harcèlement scolaire est un fléau à combattre. Cette lutte exige l’engagement de tous les membres de la communauté éducative : chefs d’établissement, personnels, élèves et familles. Avec le programme pHARe, le MENJ affirme son engagement résolu pour garantir à chaque élève un environnement d’apprentissage sain et sécurisé. Espérons que la mise en place de ces nouvelles mesures et leur transposition par l’AEFE – mesure du climat scolaire, prévention et prise en charge des situations de harcèlement – constitue un pas décisif vers une scolarité sereine pour les élèves français expatriés. Et saluons les initiatives locales qui ont déjà fait leurs preuves dans l’amélioration du climat scolaire.

    Le communiqué de presse sur la journée du harcèlement scolaire de l’AEFE

  • Harcèlement scolaire dans les établissements français à l’étranger : état des lieux

    Harcèlement scolaire dans les établissements français à l’étranger : état des lieux

    La journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire a lieu ce jeudi 9 novembre. Créée en 2014, cette journée permet de prendre conscience de la gravité de ces violences aux conséquences catastrophiques. Phobie scolaire, anxiété, dépression, et dans le pire des cas, suicide. Le harcèlement scolaire ne s’arrête pas aux frontières, c’est un fléau mondial. L’occasion de réaliser l’état des lieux du harcèlement au sein des écoles françaises à l’étranger. Écoles qui sont le reflet d’un monde polychrome. Même si les élèves expatriés cumulent plusieurs facteurs de risque, les mécanismes du harcèlement sont partout les mêmes.

    Quand l’enfer c’est l’école

    La souffrance des victimes

    Le harcèlement scolaire est bien plus qu’un simple comportement enfantin ou de simples taquineries entre élèves. Il s’agit d’un acte nuisible et persistant, d’une maltraitance physique et/ou morale. Le harcèlement scolaire peut entraîner des répercussions dévastatrices sur la vie des victimes. Les victimes ont alors tendance à garder le silence par peur, honte ou désespoir. Elles ne se sentent pas assez en sécurité pour en parler et ressentent une profonde douleur et angoisse. Savoir identifier les signes qui traduisent une situation de harcèlement est primordial, souligne la pédopsychiatre Hélène Denis, à la tête de l’unité RSA, Refus Scolaire Anxieux au CHU de Montpellier. Les harcelés redoutent le retour à l’école, se sentent impuissants, et cherchent à protéger leur famille de leur souffrance. Les premiers indices sont souvent la perte d’appétit au petit-déjeuner et les attaques de panique à chaque retour de vacances ou le dimanche soir.


    harcèlement scolaire
    Définition du harcèlement scolaire

    Les formes du harcèlement scolaire

    Stéphanie Stevens, la correspondante en Belgique de l’association Phobie Scolaire, rapporte que le harcèlement scolaire peut prendre de multiples formes. On parle de harcèlement verbal quand le harcelé subit des insultes, des moqueries, des menaces. Qu’on propage à son égard des rumeurs blessantes. S’il s’agit de coups, de bousculades et d’autres formes d’agression physique, on parle de harcèlement physique. Le harcèlement social implique d’isoler une personne, de l’exclure de groupes d’amis, ou de l’humilier publiquement. Quant au harcèlement en ligne ou cyberharcèlement avec l’avènement des médias sociaux, il est devenu alors une menace majeure. Les agresseurs utilisent internet pour harceler leurs victimes. Souvent le harceleur navigue d’un type d’agression à un autre, impliquant par conséquent chez le harcelé une souffrance sempiternelle.

    Profil des victimes, des harceleurs et des suiveurs

    Stéphanie Stevens poursuit : « contrairement à une idée reçue, il n’y a pas de profil type ni pour les victimes ni pour les harceleurs. Tout le monde peut être touché. Ce qu’on constate, c’est qu’en amont du harcèlement, il y a souvent une vulnérabilité chez la victime, repérable par une certaine posture ou façon d’être. La dynamique de groupe est un facteur essentiel à l’âge où la popularité compte le plus. Les jeunes sont dans une désirabilité sociale et ne font pas confiance aux adultes. Il est donc crucial de ne pas stigmatiser les victimes en se basant sur des caractéristiques superficielles. Quand on parle de harcèlement, il faut imaginer un trio : le bourreau, la victime, et les suiveurs. Ceux qui sont spectateurs et ne défendent pas la victime, ont peur eux aussi d’être agressé un jour, ils préfèrent alors être du côté du plus fort. Une situation sécurisante. »

    harcèlement scolaire
    Les mécanismes psychologiques

    Conséquences dévastatrices du harcèlement scolaire

    Le harcèlement scolaire peut entraîner des conséquences désastreuses sur les victimes. Les effets à court et à long terme sont profonds et peuvent inclure des problèmes de santé mentale tels que la dépression, l’anxiété et même des pensées suicidaires. Les harcelés éprouvent des difficultés académiques. En effet, les victimes ont du mal à se concentrer sur leurs études et souffrent parfois de phobie scolaire. Ils vivent aussi un isolement social, car ils craignent de nouer de nouvelles relations par crainte de nouvelles agressions. Les harcelés souffrent de traumatismes durables qui affectent leur estime de soi et leur confiance en eux.

    harcèlement scolaire
    Helene Denis, pédopsychiatre

    Mal-être scolaire des élèves français expatriés : une réalité méconnue

    Recensement imprécis des cas de harcèlement scolaire

    À l’heure où les statistiques précises font défaut, l’ampleur du mal-être scolaire chez les élèves expatriés reste une énigme. L’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE) se heurte ainsi à la complexité de son réseau pour répertorier fidèlement les cas de harcèlement. Les incidents signalés à l’AEFE ne reflètent qu’une fraction de la réalité, beaucoup étant gérés et résolus au sein même des établissements. Néanmoins, le rapport de l’UNESCO, « Au-delà des chiffres : en finir avec la violence et le harcèlement à l’école », publié en 2019, fournit un aperçu des données les plus récentes. Dans 144 pays, près d’un élève sur trois dit avoir été agressé physiquement au moins une fois au cours de l’année. Malgré la libération de la parole sur ce sujet, beaucoup d’enfants taisent à leur entourage les violences dont ils font l’objet. La même source de l’UNESCO mentionne que jusqu’à un enfant sur dix peut être affecté par le cyberharcèlement.

    harcèlement scolaire

    Complexité du cadre de l’éducation française à l’étranger

    Samantha Cazebonne, Sénatrice des Français établis hors de France, particulièrement engagée dans la lutte contre le harcèlement scolaire note : l’enseignement français à l’étranger inclut non seulement les établissements gérés par l’AEFE, mais aussi ceux conventionnés et partenaires. Tous n’ont pas les mêmes moyens, mais tous, en théorie ont les mêmes obligations. (…) Le harcèlement scolaire est un sujet que j’aborde systématiquement dans tous mes déplacements. J’interroge à la fois des élèves, des parents d’élèves et la direction des établissements sur la manière dont ce sujet est appréhendé et je vois vraiment une grande disparité dans le traitement

    Aucun établissement à l’abri

    La lutte contre le harcèlement scolaire est désormais une condition sine qua non pour l’homologation d’une école française à l’étranger. Avec un contrôle systématique et la nécessité de démontrer l’application de mesures de lutte contre le harcèlement, selon les normes françaises. « Je suis fière de cette décision car je l’ai portée dans l’hémicycle », déclare Samantha Cazebonne. Cependant, il reste des défis, notamment la formation du personnel et l’adaptation aux cultures locales où la liberté d’expression n’est pas toujours une évidence. Malgré les progrès, Samantha Cazebonne admet que dans aucun établissement qu’elle a visité, le harcèlement n’est inexistant. À son avis, la prise de conscience et la mobilisation doivent être globales, impliquant tous les acteurs de la communauté éducative, y compris ceux des services périphériques comme la restauration et le périscolaire, puisqu’ils ont aussi les enfants en charge à un moment donné et que le harcèlement est insidieux.

    Quand l’expatriation exacerbe les défis éducatifs

    L’expatriation est un facteur de stress supplémentaire dans la vie des élèves. Elle intensifie les obstacles éducatifs, confrontant les enfants à un environnement culturel étranger, une langue nouvelle, et les plaçant parfois en marge de groupes sociaux déjà formés. Parallèlement, la pression exercée par des parents eux-mêmes en adaptation peut aggraver ce sentiment d’isolement, créant une pression insoutenable sur les épaules de l’élève. Dans le microcosme des écoles françaises à l’étranger, ces défis ne sont pas moindres. La fréquente mobilité des élèves engendre une dynamique distincte de celle d’écoles où les relations entre élèves et enseignants sont ancrées dans la durée, compliquant ainsi l’assimilation des nouveaux venus et fertilisant, malheureusement, le terrain propice au harcèlement.

    La prise de conscience du fléau du harcèlement scolaire

    Les harcelés brisent le silence

    Louis, un jeune adolescent, raconte comment il a été harcelé verbalement et même physiquement au collège. Les insultes et les menaces étaient constantes, et cela avait alors un impact dévastateur sur sa vie. Lucas se sentait isolé, effrayé, et incapable de faire confiance à qui que ce soit. Souffrant de phobie scolaire, il a suivi les cours en ligne via le CNED. Élodie, une jeune fille, parle du harcèlement qu’elle a subi pendant deux longues années. Elle explique que la honte et la peur l’ont empêchée de parler de son calvaire à ses parents. Elle craignait les représailles et voulait protéger sa famille de sa souffrance. Cependant, les menaces constantes l’ont poussée à bout, et elle a fini par tenter de se suicider. Toute la famille expatriée est rentrée en France.

    Le difficile rôle de parents

    Le harcèlement scolaire est une souffrance pour les jeunes. Et une souffrance pour leurs parents quand ils en prennent conscience. Que leur enfant soit harcelé ou harceleur, il s’agit d’un véritable tsunami pour la famille. Les parents ne sont pas toujours lucides sur le comportement de leurs enfants. Et une fois les faits découverts, ils se sentent coupables de ne pas les avoir vus avant. La plupart des parents sont soulagés de savoir qu’il existe des ateliers de sensibilisation notamment sur le cyberharcèlement à l’école, ce qui permet à leurs enfants d’en parler entre eux plutôt qu’avec eux, car ils se sentent souvent dépassés.

    harcèlement scolaire
    Stéphanie Stevens correspondante en Belgique de l’association Phobie Scolaire

    Manque flagrant de ressources pour les personnels éducatifs

    La pression s’accroît sur les personnels éducatifs qui, malgré leur vigilance et leur engagement, sont dotés de moyens insuffisants. Les directives du MENJ (Ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des sports) tendent à déléguer aux établissements la responsabilité de lutter contre le harcèlement, sans leur fournir les outils nécessaires. Le SNES-FSU souligne le besoin criant de personnels spécialisés tels que des conseillers principaux d’éducation (CPE), des infirmières, des assistants sociaux et des psychologues de l’éducation nationale, dont l’absence dans de nombreux établissements rend difficile le travail de prévention et de prise en charge des situations de harcèlement. Le SGEN-CFDT va dans le même sens à propos du déploiement de mesures de lutte contre le harcèlement. En effet, cela ne peut se faire qu’avec des équipes complètes, nommées, et présentes dans les établissements.

    harcèlement scolaire
    Emma Pisartz psychologue spécialisée dans l’expatriation

    Les associations et psychologues spécialisés, des relais puissants

    Une aide à distance

    « Les consultations s’intensifient souvent en période de rentrée scolaire ou après les vacances de fin d’année, périodes charnières pour les élèves », confie Emma Pisarz, psychologue spécialisée dans l’expatriation. Selon elle, l’expatriation en soi n’augmente pas forcément le risque de harcèlement. Cependant, les conséquences peuvent être plus sévères en raison de la taille restreinte de la communauté éducative française à l’étranger, où tout le monde se connaît et où les options alternatives d’établissement sont limitées. La consultation à distance, bien que parfois accueillie avec appréhension par les parents, est bien acceptée par les jeunes patients. Ces derniers, familiers des outils numériques, se sentent à l’aise avec ce format. De plus, pour les adolescents, l’avantage de la distance est d’avoir un professionnel extérieur à la petite communauté expatriée, ce qui garantit alors une certaine confidentialité. Emma Pisarz affirme aider des élèves français expatriés partout dans le monde.

    harcèlement scolaire
    Affiche de l’association Phobie Scolaire
    Des associations à l’écoute des familles

    Stéphanie Stevens, la correspondante en Belgique de l’association Phobie Scolaire, souligne qu’en tant que parents, on est démuni quand son enfant est harcelé. Il faut du temps pour trouver les bonnes personnes. Ils ont besoin de soutien. « Nous les invitons dans un premier temps à examiner nos recommandations sur notre site web avec une feuille de route expliquant les démarches à suivre. Nous leur indiquons les dates des prochaines rencontres en visio de l’association. Dans un second temps, les parents peuvent nous contacter pour fixer un rendez-vous téléphonique avec un correspondant pour faire un point sur leur situation. »

    Le harcèlement scolaire est un problème grave qui a des conséquences profondes et durables sur les victimes. Les écoles françaises à l’étranger s’engagent donc à affronter le défi du harcèlement scolaire, conscientes que la responsabilité est partagée et que la lutte nécessite un effort collectif. Malgré la complexité du réseau des établissements scolaires français à l’étranger, il est urgent de briser le silence, de sensibiliser et d’agir pour mettre fin à cette terrible réalité. Il est temps de protéger les élèves et de faire en sorte que l’école soit un lieu d’épanouissement, de découverte et de sécurité pour tous.

    Le communiqué de presse sur la journée du harcèlement scolaire de l’AEFE

  • Billets d’avion pas chers ? Mode d’emploi 

    Billets d’avion pas chers ? Mode d’emploi 

    Les Français de l’étranger, en particulier ceux qui vivent dans des pays non frontaliers, sont souvent contraints de prendre l’avion pour rentrer en France. Comme chaque année, on fait le point sur les astuces pour obtenir les meilleurs prix alors que chacun se prépare à rentrer dans l’hexagone pour les fêtes de fin d’année.

    Quand réserver pour avoir les meilleurs tarifs?

    Pour un vol long-courrier, il vaut mieux réserver son billet plusieurs mois à l’avance, au milieu de la semaine et en pleine nuit. Une dizaine de jours avant le départ suffit pour un vol européen. Voilà, en résumé, le moment idéal pour réserver un vol pas cher et faire des économies. C’est en tout cas ce qui ressort des principales études menées sur ce sujet.

    billets d'avion
    A l’approche des fêtes, de nombreux Français de l’étranger vont rechercher des billets d’avion abordables

    Eviter le week-end

    Idéalement, il faut réserver son billet le mardi ou le jeudi, et n’importe quel autre jour, à l’exception du week-end. Cette recommandation à la question « quand acheter son billet d’avion ? » s’explique assez facilement. La plupart des voyageurs profitent du temps libre dont ils disposent le week-end pour planifier leur voyage, leur vol, etc. Sur les sites de réservation de billets d’avion, l’affluence est donc beaucoup plus importante le week-end que la semaine.

    Pour les compagnies aériennes, cette forte affluence est une belle opportunité pour faire grimper les tarifs. À l’inverse, quand la majorité des personnes sont au travail (les mardis et jeudis, surtout), la demande est plus faible et les tarifs peuvent alors baisser. Selon le même principe, évitez de programmer votre voyage à quelques jours seulement des vacances scolaires.

    Privilégier la nuit

    Depuis de nombreuses années, des professionnels tentent en effet d’étudier la variation des prix des billets d’avion. Selon ces études, le bon moment pour réserver son billet d’avion est en semaine, plutôt la nuit, et plus ou moins longtemps à l’avance selon le choix de la destination. Lorsque la majorité de la population tombe dans les bras de Morphée, les compagnies aériennes ont tendance à faire baisser les prix de leurs billets.

    La nuit représente en effet une période creuse dans les réservations des vols pour les compagnies aériennes. Ces dernières tentent alors de la rendre plus attractive en diminuant les prix. À noter, pour les lève-tôt, que le créneau entre 4h et 6h du matin est, lui aussi, un bon moment pour obtenir des billets d’avion au meilleur prix.

    billets d'avion
    Voici nos conseils pour obtenir un billet d’avion au meilleur prix

    Comparateurs ou sites des compagnies ?

    Il existe aujourd’hui quantité de comparateurs de vol qui vous promettent d’obtenir votre billet d’avion au meilleur prix. C’est le cas, par exemple, des comparateurs en ligne LiligoKayak, Opodo ou encore Skyscanner. Sur ces sites, il vous suffit d’indiquer dans le moteur de recherche les caractéristiques de votre vol :

    • Aller simple,
    • Aller-retour,
    • Dates,
    • Aéroport de départ,
    • Destination,
    • Valise cabine,
    • Bagages en soute…

    Pourtant, les compagnies aériennes proposent des billets d’avion pas chers. Les prix peuvent être inférieurs à ceux proposés sur les sites mentionnés précédemment. La meilleure astuce consiste donc à comparer les vols sur le site du comparateur, de la compagnie aérienne et des agences de voyages. À la clef, le meilleur tarif pour votre vol !

    Fin du last minute ?

    La tendance des « dernières minutes » qui a dynamisé le secteur du tourisme il y a quelques années, s’est largement essoufflée. Il est assez rare, aujourd’hui, de dénicher un billet d’avion pas cher à la dernière minute, même auprès des compagnies aériennes low cost.

    Selon les compagnies aériennes, les prix des billets d’avion « dernière minute » peuvent même grimper à quelques jours de la date du départ. En misant sur une réservation de votre billet d’avion au dernier moment, vous prenez donc le risque de le payer plus cher, ou tout simplement de ne pas pouvoir partir en voyage.

  • Choc des civilisations : Au-delà des clichés 

    Choc des civilisations : Au-delà des clichés 

    L’Ukraine, Israël, le Mali ou le Niger seraient autant de guerres et d’évènements illustrant l’acuité de la confrontation entre l’Occident et le reste du monde. Ils confirmeraient le bien-fondé de la prévision de Samuel Huntington sur le caractère incontournable d’un « choc des civilisations ».

    Les pays émergents et en développement accusent ceux de l’Occident de mettre en œuvre des politiques néocolonialistes en tentant d’imposer leurs valeurs et leurs règles. Face aux États-Unis, à l’Europe, au Japon ou à la Corée du Sud, un axe réunit la Chine, la Russie et de nombreux pays émergents et en développement, pays ayant en commun de récuser tout droit d’ingérence dans leurs affaires intérieures. À leurs yeux, l’Occident est synonyme de décadence tant économique que morale. Le Sud entendrait également occuper la place qui lui revient et que lui refuseraient les anciennes puissances industrielles. Les pays émergents et en développement estiment que les organisations internationales comme le FMI ou la Banque mondiale ne servent que les intérêts des Occidentaux. Ils estiment ne pas avoir à obéir aux diktats du Nord, en particulier en ce qui concerne la décarbonation des activités.

    Le poids des sept premières puissances occidentales au sein du PIB mondial est passé de 72 à 45 %

    Force est de constater qu’un rééquilibrage est intervenu durant ces quarante dernières années. Les pays émergents et en développement pèsent à présent plus lourd que ceux de l’OCDE. De 1975 à 2023, le poids des sept premières puissances occidentales au sein du PIB mondial est passé de 72 à 45 %. En termes de population, le rapport de force est tout aussi éloquent : en 2022, 1,3 milliard d’Occidentaux pour une population totale de 7,8 milliards.

    Force est également de constater que les dernières interventions des États-Unis, du Royaume-Uni ou de la France en Afghanistan, en Irak, au Mali ou en Libye n’ont pas amené sécurité et croissance dans les pays concernés. Les valeurs démocratiques ne seraient plus tendance. Elles seraient un frein au développement, une source de divisions. Après avoir connu un essor dans les années 1990 et 2000, elles seraient en recul. Selon le dernier rapport annuel de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA), pour la sixième année de suite, en 2022, le nombre de pays connaissant un déclin démocratique excède celui où la démocratie a progressé, constituant ainsi la plus longue période de recul depuis 1975.

    Le choc des civilisations
    Les gouvernements se sont focalisés sur le rapport aux droits de l’Homme en négligeant les rapports de force géopolitiques qui s’inscrivent dans le temps tout au long de l’histoire

    Réduire les relations internationales à une grille de lecture Nord/Sud est une vision étroite et simplificatrice

    Les gouvernements des démocraties ont sans nul doute considéré, à tort, que l’histoire s’était achevée en 1991 avec la chute de l’URSS. Ils se sont focalisés sur le rapport aux droits de l’Homme en négligeant les rapports de force géopolitiques qui s’inscrivent dans le temps tout au  long de l’histoire. Réduire les relations internationales à une grille de lecture Nord/Sud est une vision étroite et simplificatrice. Elle participe à la tentation d’autoflagellation ou d’autodénigrement en cours au sein même de nombreux pays d’Europe ou d’Amérique du Nord.

    Le rejet de l’Occident est organisé avant tout par les dirigeants des régimes autoritaires qui, par ce moyen, se maintiennent au pouvoir en manipulant leur population. Ces dirigeants mettent sur le compte des Américains ou des Européens les difficultés économiques ou sociales rencontrées par leur peuple. Les démocraties sont ainsi transformées en parfaits boucs émissaires. La Chine et la Russie sont louées comme contre-modèles, sachant que ces pays ne se préoccupent guère des droits de l’homme chez leurs partenaires.

    Dans les faits, les valeurs de liberté, d’égalité, de respect du droit gênent les dirigeants des régimes autoritaires plus que leur population. En refusant à ces valeurs toute universalité, ils justifient la pérennisation de pratiques dictatoriales.

    Dans de nombreux pays émergents et en développement, en effet, les populations aspirent à plus de liberté et à plus de richesses. Elles souhaitent vivre comme des Japonais, des Européens ou des Américains. En Iran, depuis des mois, des femmes se battent pour enlever leur foulard au nom de la liberté. De nombreux ressortissants asiatiques ou africains souhaitent immigrer non pas en Chine ou en Russie mais aux États-Unis, en France ou en Suède, à la recherche de conditions de vie meilleures.

    Le choc des civilisations
    Si l’Occident fait moins rêver aujourd’hui, ce n’est pas en raison de son modèle mais parce qu’il tend à se refermer

    Si l’Occident fait moins rêver aujourd’hui, ce n’est pas en raison de son modèle mais parce qu’il tend à se refermer

    Dans les pays émergents, les parents aisés financent des études à leurs enfants à New York, à Londres ou à Berlin et non à Moscou. Quand leur niveau de vie le leur permet, les touristes de ces pays se rendent avant tout en Europe et aux États-Unis, preuve que ces continents honnis disposent de quelques attraits.

    Si l’Occident fait moins rêver aujourd’hui, ce n’est pas en raison de son modèle mais parce qu’il tend à se refermer. Les obstacles à l’immigration institués ces dernières années sont durement ressentis de même que les tentations xénophobes et protectionnistes. Les crises des vingt dernières années ont écorné le modèle occidental tout comme la disparition de tout esprit de consensus.

    Le doute qui s’est insinué au sein des pays démocratiques est perçu comme un aveu de faiblesse. Les démocraties sont des constructions fragiles car elles sont fondées sur le principe même de la contestation permanente, sous réserve que cette dernière se fasse dans un cadre constitutionnel accepté de toutes et tous.

    Face aux crises, aux conflits, l’histoire démontre que, dans un premier temps, les démocraties sont démunies et paralysées avant, dans un second temps, de faire preuve de résilience. L’épidémie de covid a prouvé leur force malgré les errements du début. La capacité d’innovation et la mobilisation des populations y sont plus fortes qu’au sein des régimes autoritaires. La Chine s’est enfermée dans sa politique du zéro covid avant de l’abandonner quand la Russie a connu un des taux de mortalité par le covid les plus élevés au monde, la population ayant peu confiance dans le vaccin national.

    Le risque ultime pour les pays occidentaux serait d’abandonner leurs valeurs de tempérance, le respect de l’état de droit et l’acceptation des différences. Tout abandon serait la victoire de leurs adversaires, tout comme le choc des civilisations.

● Radio en direct
En pause