Les acteurs français et européens de la tech se sont rassemblés mercredi 22 septembre à Paris pour le France Digitale Day. L’occasion de revenir sur les très bonnes performances des start-ups françaises du numérique et de discuter des prochaines étapes.
Tout le monde avait le sourire lors de cette 10ème édition du France Digitale Day, organisée par l’association France Digitale, qui représente plus de 1 800 entrepreneurs et investisseurs du numérique français.
1 milliard d’euros en 48h
Et pour cause, les start-ups françaises Sorare, qui a développé un jeu d’échange de cartes numériques basé sur la blockchain, et Mirakl, spécialiste français des places de marché en ligne, avaient annoncé la veille avoir bouclé des levées de fonds de 555 millions de dollars — un record pour la tech française — et de 473 millions de dollars respectivement.
« En 48 heures, on a fait autant » en levées de fonds « que dans toute l’année 2015 »
Le secrétaire d’État au numérique, Cédric O
Le gouvernement avait par le passé indiqué son ambition d’avoir 25 « licornes » — startups non cotées, valorisées à au moins un milliard d’euros — françaises d’ici à 2025. « On en est à 18 ou 19 », a indiqué M. O, avant d’ajouter immédiatement : « Ce n’est plus le sujet ». « On peut se fixer comme objectif que, d’ici 2025, on voit la première entreprise issue de la French tech entrer dans le CAC 40 ».
L’initiative Tibi
Pour maintenir la forte croissance des acteurs français du numérique, le secrétaire d’État a identifié deux priorités. D’abord, celle des investissements. Il veut pour cela travailler à faire émerger davantage de grands fonds de capital-risque en Europe, qui viennent abonder les start-ups en financement très tôt dans leur développement.
Il appelle également à renforcer l’initiative « Tibi » qui a permis de réunir plus de 18 milliards d’euros dans un ensemble de fonds pour accompagner les start-ups françaises du numérique dans leur développement, et surtout pour éviter qu’elles aient à chercher des financements hors de l’Europe.
La deuxième priorité, c’est celle des talents : les attirer, mais aussi les faire rester. « Ça veut dire quoi attirer des talents ? C’est les former, parce qu’on n’en a pas suffisamment en France » mais aussi garder en tête, si on veut qu’ils restent, « qu’il y a une concurrence mondiale », a expliqué Maya Noël, directrice déléguée de France Digitale, à EURACTIV.
« Ce qui se passe en ce moment, c’est qu’il y a énormément d’offres d’emplois disponibles », a détaillé à EURACTIV Alice Baleton, cheffe du marketing chez CleverConnect, une start-up spécialisée dans le recrutement des talents.
Selon elle, il y a plusieurs raisons à cela : d’abord, « la reprise » et les besoins supplémentaires pour une filière qui se porte plutôt bien, mais aussi un « turnover énorme, lié à un effet de retard sur les gens qui auraient dû bouger avant mais qui ne l’ont pas fait par sécurité pendant le confinement et surtout ceux qui, pris d’un grand questionnement, décident de changer de vie professionnelle et partir vers de nouveaux horizons », ce qui conduit à une situation où il y a à la fois « beaucoup d’offres et beaucoup de départs ».
Pour pallier cela, la tech française compte bien jouer la carte des « valeurs » — qui était d’ailleurs le thème de cette édition du France Digitale Day. Les valeurs éthiques, mais aussi l’engagement environnemental des start-ups.
« L’Europe est l’écosystème où se pose le plus la question du sens de ce qu’on fait », a souligné M. O, précisant que « ni les Chinois ni les Américains ne peuvent intégrer ça au centre » et qu’il s’agit d’« un avantage concurrentiel très important » pour attirer des talents.
« Il y a vraiment un changement de mentalité. On ne parle plus de ressources humaines, mais de personnes qui ont un besoin de carrière et de donner du sens » à ce qu’ils font, a abondé Mme Noël. Et d’ajouter : « Quand on regarde l’actualité, on parle beaucoup des montants de lever mais il faut aller encore plus loin ».
Objectif visé, selon le chef du gouvernement : répondre à la volonté populaire, les trois formations politiques ayant obtenu une large majorité. Les détails avec la correspondante de TV5MONDE, Maud Ninauve.
C’est le serpent de mer de la fiscalité des Français de l’étranger ! Un long parcours qui a commencé au début de la décennie précédente et qui s’est conclu en 2019 ! En effet depuis la période d’imposition pour l’année 2018, l’Etat Français et son administration fiscale ont été contraints par les tribunaux que la CSG n’était pas redevable pour les non-résidents sur leurs revenus français. L’affaire aurait pu s’arrêter là ! Mais c’était sans compter sur l’ingéniosité du Fisc.
La CSG finance la sécurité sociale
Tout d’abord, il faut savoir que la Contribution Sociale Généralisée avait été mise en place en 1990 de façon provisoire. Son objectif était de rembourser la dette détenue par la branche maladie et celle vieillesse de la sécurité sociale. Finalement, la contribution a été maintenue et elle finance directement la protection sociale des résidents en France. Celle-ci touche tous les revenus, ceux du travail, mais aussi ceux issus de gains financiers en bourse ou autre, sur les revenus immobiliers.. En élargissant ainsi l’assiette, le financement est plus pérenne. Cela a permis aussi au gouvernement d’Edouard Phillipe de faire disparaitre les prélèvements obligatoires sur les salaires pour ces deux branches.
Une décision de la Cour européenne
On l’a compris, cet « impôt » a pour objet de financer la sécurité sociale des résidents en France. C’est sur cette base que les non-résidents ont pu construire en action en justice qui a abouti à un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en 2015. Ce dernier met fin à la contribution sociale généralisée (CSG) sur les retraites, revenus locatifs et plus-values immobilière sur les revenus français pour ceux qui résident dans l’EEE (Espace économique européen + Suisse).
La Cour fonde sa décision sur le fait que ces expatriés au sein de l’UE sont obligatoirement affiliés à la protection sociale de leur pays de résidence et non par la France même si leur revenu sont issus de France. Le problème c’est que cette décision crée deux catégories d’expatriés, ceux résidents hors Union Européenne et ceux résidents au sein le l’EEE.
Inégalité face à la loi des expatriés
Concrètement, cela implique que si vous allez passé votre retraite (issue du secteur privé) au Maroc, vos revenus seront soumis à la CSG, si vous allez en Espagne, vous en serez exonéré. Pour nombre de nos compatriotes et pour la plupart des associations c’est une inégalité flagrante devant la loi ! Notre constitution impose le même traitement à chaque Français à situation identique. A ce jour, la notion juridique de « non-résident » ne prend pas en compte le pays de destination, un Français devient non-résident à partir du moment qu’il n’habite plus sur le territoire national.
Interprétation contestée
Il a fallu près de 4 ans à l’administration fiscale pour intégrer la décision de justice européenne. Aujourd’hui, l’administration ne compte plus faire évoluer l’encadrement fiscal des expatriés. La douloureuse épreuve de la réforme des barèmes qui fut avortée après avoir été votée puis annulée sans avoir été appliqué une seule année, le sujet n’est plus sur la table.
Mais les expatriés hors UE qui soient donc affiliés à un organisme privé, soit à la CFE soit la sécurité sociale de leur pays de résidence, ne baissent pas les armes. Alors que le Projet de Loi de Finances 2022 a été présenté ce mercredi 22 septembre, annonçant une période de diète pour les Français établis hors de France et leur administration (voir l’article du 23 septembre), l’Association Français du Monde de Toronto annonce un projet d’étude qui serait réalisée par une équipe de juristes spécialisés. Ils espèrent pouvoir influer sur la rédaction de la loi de Finances 2022 qui doit être votée au cours de l’automne.
Le problème ? C’est le coût ! 6000 euros ! L’Association a donc lancé une cagnotte ouverte à tous les expatriés et leurs amis. La période est propice aux actions de lobbying. Si vous désirez soutenir cette démarche, vous pouvez participez, même pour un euro, à ce projet en cliquant ICI. Ségolène Royal, candidate aux élections sénatoriales du dimanche 26 septembre 2021 avec Mehdi Benlahcen, Vice-Président du réseau des associations Français du Monde, s’étonne que le travail n’est pas été fait par les cadres de Bercy et s’engage à faire réaliser l’étude précis aux hommes du Ministère du Budget.
Quelques mois après la plainte de cinq hommes à l’encontre de Gérard Louvin et de son mari pour «viols sur mineurs», une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Ces derniers jours, des révélations effectuées par un couple de Français expatriés au Brésil mettent en cause d’autres célébrités dont Julien Courbet.
Parties sexuelles payantes
En effet, ne nouvelle enquête pour «viols sur mineurs» a été ouverte début août contre le producteur de télévision Gérard Louvin et son mari Daniel Moyne, déjà visés par une enquête depuis fin janvier, a indiqué ce samedi 18 septembre le parquet de Paris, confirmant une information du «Parisien».
Selon le quotidien, les investigations ont été lancées après qu’un témoignage accusant le couple de tourisme sexuel au Brésil en 2004 a été transmis au printemps à la justice française. Contactés par l’AFP, les avocats de M. Louvin et de M. Moyne ont contesté les faits.
Me Céline Bekerman, qui défend M. Moyne, a qualifié d’«abracadabrante» l’ouverture de l’enquête. «Il ne s’agit plus de justice mais d’un acharnement qu’aucun élément ne justifie», a-t-elle estimé. L’avocat de M. Louvin, Me Christophe Ayela, a pour sa part annoncé qu’il déposerait dès ce lundi une plainte pour dénonciation calomnieuse contre ce couple, ainsi qu’une autre contre «Le Parisien».
«Au printemps, un couple ayant résidé à Rio de Janeiro entre 1999 et 2009 a communiqué à la justice une attestation dans laquelle il affirme avoir eu connaissance de l’organisation par les deux hommes de «parties sexuelles payantes» avec des mineurs des favelas»
Extrait de l’article dans le Parisien
«Les deux témoins font essentiellement référence à une soirée qui aurait été organisée lors du réveillon de fin 2004. Une «partie sexuelle payante» à laquelle ils n’ont pas assisté, mais qui, selon leurs dires, leur aurait été rapportée par l’animateur vedette Julien Courbet et son épouse», poursuit-il.
Julien Courbet réfute l’information
«C’est complètement faux, M. Courbet n’a jamais été témoin de quoi que ce soit», a déclaré à l’AFP l’avocate de l’animateur, Me Sylvie Noachovitch. Si ça avait été le cas, «il l’aurait immédiatement dénoncé au procureur de Paris», a-t-elle assuré, indiquant qu’elle déposerait une plainte pour «diffamation» contre le couple.
Des réseaux déjà sur la sellette
Les soupçons visant le couple Louvin-Moyne ne datent pas d’hier. Au milieu des années 90, Gérard Louvin aurait quitté la présidence de l’association Enfants d’Asie après deux ans à sa tête à la demande de membres du conseil d’administration. La raison : des «rumeurs» de pédophilie.
Vingt enquêtes sur des pédophiles français présumés sévissant à l’étranger ont été ouvertes, en 2018, 19 en 2019 C’est quasiment deux fois plus que les années précédentes. Un message fort envoyé aux Français qui pensent être à l’abris de toute poursuite en agissant à l’étranger.
D’après un rapport publié mercredi 22 septembre par Amnesty International, moins de 1 % de la population est entièrement vaccinée dans les pays à faible revenu, contre 55 % dans les pays riches. L’ONG accuse les laboratoires pharmaceutiques d’entraver l’accès au vaccin.
AstraZeneca, BioNTech, Johnson & Johnson, Moderna, Pfizer… Plusieurs laboratoires pharmaceutiques se sont lancés avec succès dans la course au vaccin contre la Covid-19. Des laboratoires qui, selon Amnesty International, auraient pu être érigés en « héros », à la suite de leur rapidité à fournir des vaccins efficaces pour lutter contre la pandémie mondiale.
Mais, dans ce rapport intitulé « Une double dose d’inégalité. Les laboratoires pharmaceutiques et la crise des vaccins contre le Covid-19 », l’ONG fustige ces grandes industries pharmaceutiques.
Entre le refus de renoncer à leurs droits de propriété intellectuelle et l’absence de livraison de vaccins aux pays en voie de développement, les laboratoires pharmaceutiques délivrant le vaccin contre la Covid-19 engendrent « une crise des droits humains sans précédent », alerte Amnesty International dans son rapport.
« Honteusement pour eux et malheureusement pour nous, le blocage intentionnel des transferts de technologie par Big Pharma et ses manœuvres commerciales à l’avantage des pays riches ont créé une pénurie de vaccins hautement prévisible et extrêmement dévastatrice pour tant d’autres personnes », déclare Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
0,2 % de la population vaccinée au Tchad
Dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie, les hôpitaux et le personnel soignant manquent cruellement de moyens et peinent à se fournir en vaccins. L’arrivée de nouveaux variants comme le variant Delta affaiblissent encore plus un le système de santé publique qui menace déjà de s’effondrer. « Dans beaucoup de pays à faible revenu, même les soignants et les personnes à risque ne sont pas vaccinés. », déplore Mme Callamard.
À titre d’exemple, en Bolivie, 26,4 % de la population sont complètement vaccinés. Au Venezuela, ils sont seulement 15 %. Sur le continent africain, la situation est encore plus catastrophique : au Niger, à peine 0,4 % de la population a un schéma vaccinal complet, au Tchad, ce chiffre est de 0,2 %. Seul le Maroc tire son épingle du jeu avec 17,4 millions de personnes vaccinées, soit 47,8 % de l’ensemble de la population.
En comparaison, la France a vacciné 64,2 % de sa population, l’Espagne 76 % et le Portugal 81 %.
Mi-avril, Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révélait que si une personne sur quatre est vaccinée dans certains pays riches, dans certains pays pauvres ce chiffre est d’une personne sur cinq cents.
« C’est inacceptable », avait alors déclaré Emmanuel Macron, avant d’ajouter : « Le temps est venu de partager ».
BioNTech, Moderna et Pfizer : 130 milliards de recettes fin 2022
Amnesty International reproche aux laboratoires pharmaceutiques l’absence de solidarité au profit de leurs bénéfices, et cite plusieurs exemples, à l’image du laboratoire Moderna qui n’a pas encore livré de doses de vaccin à un pays à faible revenu, et a alloué seulement 12 % de sa production à des pays à revenu intermédiaire. Moderna « n’honorera pas la grande majorité de ses commandes destinées à COVAX avant 2022 », tacle le rapport.
Quant à AstraZeneca, si le laboratoire est celui qui a livré le plus de doses de vaccin à des pays à faible revenu, Amnesty International note qu’ « il a refusé de partager ouvertement son savoir-faire et sa technologie avec les initiatives mises en place par l’Organisation mondiale de la santé ».
L’association est d’autant plus révoltée que les bénéfices engrangés par ces géants de l’industrie pharmaceutique se comptent en centaines de milliards de dollars américains. Les données du rapport révèlent que les entreprises BioNTech, Moderna et Pfizer s’apprêtent à engranger à elles trois 130 milliards de recettes d’ici à la fin 2022.
« Le profit ne devrait jamais passer avant les vies humaines », assène Agnès Callamard.
L’Europe et Covax
Le mécanisme Covax, dirigé par l’OMS, est censé assurer une répartition équitable des doses de vaccin aux pays à faibles revenus. L’Europe, l’un des principaux contributeurs, a annoncé en février dernier doubler sa contribution au dispositif, la portant ainsi à 1 milliard d’euros.
FILE PHOTO: Boxes of Oxford/AstraZeneca coronavirus disease (COVID-19) vaccines, redeployed from the Democratic Republic of Congo, arrive at a cold storage facility in Accra, Ghana, May 7, 2021. REUTERS/Francis Kokoroko/File Photo
« Par ce nouveau coup de fouet financier, nous souhaitons nous assurer que des vaccins seront bientôt livrés aux pays à revenu faible ou intermédiaire. Car nous ne serons en sécurité que si le monde entier l’est», avait déclaré Ursula von der Leyen.
Si de nombreux eurodéputés ont félicité l’engagement financier de l’UE pour venir en aide aux pays les plus pauvres, ils ont cependant souligné des retards dans la livraison des vaccins.
« Covax est un échec total.On devait fournir 660 millions de doses et il n’y a même pas 100 millions de doses qui ont atterri dans les pays en voie de développement », a déclaré Michèle Rivasi, membre des Verts/ALE, lors d’une conférence de presse sur l’Union européenne de la santé le 10 septembre dernier.
Mais pour l’heure, les 27 gardent le cap et maintiennent leur objectif : faire don, d’ici fin 2021, de 1,3 milliard de doses à 92 pays en voie de développement, ce qui représenterait un taux de 20 % de personnes vaccinées dans chacun de ces pays.
Amnesty International, de son côté, appelle à livrer à partir de maintenant et d’ici la fin de l’année, « deux milliards de doses de vaccin aux pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur »
Ententes à la pièce, entente de confiance avec un deuxième parti, voire même nouvelles élections anticipées… Comment Justin Trudeau, déjà réélu en 2019, peut-il diriger avec un gouvernement minoritaire ? Explications avec Hugo Cyr, politologue à l’Unversité du Québec à Montréal.
Les campagnes électorales ne sont pas des périodes propices aux réformes économiques. La crise sanitaire qui n’est pas encore achevée rend plus encore difficile leur adoption et leur déploiement. Les sujets difficiles à traiter sont donc renvoyés à l’après-juin 2022 quand les Français auront choisi leur Président (10 et 24 avril) et élu leurs députés (12 et 19 juin). Compte tenu de la fragmentation de l’électorat, il n’est pas impossible que le Président de la République soit contraint de constituer une majorité de coalition, ce qui retardera d’autant l’élaboration des projets de réformes.
La future majorité, quelle qu’elle soit, aura en effet à relever plusieurs défis économiques et sociaux dont l’assainissement des comptes publics, la crise du logement, les problèmes de recrutement des entreprises, la mutation de l’économie occasionnée par la digitalisation et la transition énergétique.
L’assainissement complexe des comptes publics
Le déficit public de la France s’est élevé en 2020 à 9,2 % du PIB, soit deux fois celui de l’Allemagne. En 2021, il devrait, une nouvelle fois, dépasser 9%. La dette publique est passée de 2019 à 2020 de 98 à 116% du PIB. Malgré le retour de la croissance et l’amélioration de la situation de l’emploi, le déficit structurel français devrait rester, sans réforme, à un niveau élevé, autour de 6% du PIB.
Avec la réduction des rachats d’obligations par la Banque Centrale Européenne, les pouvoirs publics devront faire appel plus massivement à l’épargne nationale ou extérieure au risque de générer des effets d’éviction. En 2021, 25% de la dette publique française a été acquise par la BCE. La hausse probable des taux pèsera sur le budget de l’État.
L’endettement de la France se cumulant avec un déficit de la balance des paiements courants, la France sera de plus en plus sous la pression de la Commission européenne et des États d’Europe du Nord. La réduction des déficits publics sera un exercice compliqué en France en raison de la forte appétence de la population à la dépense publique.
Depuis 2002, les dépenses publiques dans notre pays ont augmenté de 40 %. Par ailleurs, plusieurs postes sont amenés à progresser durant les prochaines années dont ceux liés à la santé, la retraite, la dépendance, la formation, la sécurité intérieure et la défense, auxquels vient s’ajouter la transition énergétique.
Lors des crises précédentes, les gouvernements ont privilégié l’arme fiscale aux économies budgétaires au point que le niveau de prélèvements obligatoires français est le plus élevé des pays de l’OCDE.
Pour rassurer ses partenaires, le Président de la République répète que la réflexion sur la réforme des retraites engagée en 2019 sera poursuivie tout en indiquant que celle-ci ne pourra pas intervenir avant la présidentielle. Les dépenses de retraites en France sont, avec celles de l’Italie, les plus élevées de l’OCDE. Elles atteignent 14% du PIB, contre une moyenne de 8%. Ce haut niveau de dépenses est lié au choix d’un système qui repose sur des régimes obligatoires (régimes de base et complémentaires).
La France dépense plus que ses partenaires sur la majorité des postes, en particulier la santé, le logement et les aides aux entreprises.
Le déficit extérieur, le prix de la désindustrialisation
Depuis 2003, la France accumule des déficits commerciaux en lien avec la désindustrialisation qu’elle subit depuis les années 1990. Depuis le début de la crise sanitaire, le déficit industriel s’est accru avec le recul des ventes d’aéronefs et de véhicules. En moins de vingt ans, le poids de la France dans les exportations mondiales a été divisé par deux. Il est passé de 6 à moins de 3% quand l’Allemagne passait sur la même période de 10 à 8%. Le déficit n’étant plus totalement compensé par les recettes issues du tourisme et des services. La France est confrontée à un déficit extérieur qui commence à être notable.
Xavier Bertrand, candidat à l’élection présidentielle présentant son plan régional de réindustrialisation dans le Nord-Pas de Calais
Sur les sept premiers mois de l’année 2021, le déficit commercial demeure élevé du fait d’une vive progression des importations entre les mois de janvier et avril. Sur un an, de juillet 2020 à juillet 2021, le déficit s’établit à un niveau élevé de près de 68 milliards d’euros, soit quatre milliards d’euros de plus que le résultat de l’année 2020. Selon la Banque de France, en 2020, la France a enregistré son déficit des transactions courantes le plus élevé depuis 1982. Il a atteint 43,7 milliards d’euros, soit 1,9 % du PIB.
Ce déficit a accru la position extérieure négative de la France qui a atteint, à la fin de l’année dernière, 30 % du PIB. Elle se situe désormais jute 5 points au-dessous du niveau de déclenchement de la procédure de déséquilibre macroéconomique. La restauration des comptes extérieurs suppose une amélioration du solde industriel. Or, la France a enregistré une diminution du poids industriel au sein de sa valeur ajoutée important. Il est passé de 12 à moins de 10 % de 2000 à 2020.
La réindustrialisation suppose un effort de formation et de recherche important.
Le problème de recrutement des entreprises
Dès la reprise économique, les difficultés de recrutement des entreprises françaises sont devenues très importantes. Plus de 15% des entreprises sont confrontées à des problèmes de recrutement, ce taux atteignant 40% au sein du secteur du bâtiment. Ces difficultés sont de nature structurelle et non cyclique. Ce problème a plusieurs origines. L’inadéquation entre offre et demande de travail est traditionnelle en France. Depuis de nombreuses années, les entreprises éprouvent des difficultés à trouver des ingénieurs ou des techniciens en particulier en informatique, en robotique ou en électronique. De plus en plus d’actifs se détournent des emplois pénibles soumis à des horaires atypiques (construction, hébergement, restauration). Certains secteurs peinent à trouver des candidats en raison de rémunérations trop faibles (services à la personne, secteur de la santé, éducation). La crise sanitaire a renforcé cette tendance.
En outre, le niveau de compétences des actifs français est faible au regard des standards internationaux. Selon le classement PIAAC de l’OCDE, la France se classe au 21e rang en ce qui concerne le niveau des actifs. En raison également des piètres résultats enregistrés selon la dernière enquête TIMMS sur le niveau en sciences des élèves, aucun progrès n’est attendu en la matière pour les prochaines années.
Les goulots d’étranglement sur le marché du travail pourraient nuire sur le long terme à la croissance. Une croissance pérenne suppose une amélioration sensible du taux d’emploi en France qui, avant la crise sanitaire, était inférieur de dix points à celui de l’Allemagne, du Japon ou du Royaume (65 % contre plus de 75 %).
Le problème majeur de l’accès au logement
Un nombre croissant de ménages éprouve des problèmes pour se loger décemment en raison de l’augmentation du prix des logements, à l’achat comme en location. Au sein des grandes métropoles, depuis une dizaine d’années, la qualité des logements est en baisse du fait de la réduction de leur taille. Le coût médian des dépenses de logement en France est de 22 %. Il est en hausse constante depuis les années 1980. Cette progression contribue au ressenti de diminution des conditions de vie. Une grande partie des gains de pouvoir d’achat de ces trente dernières années a été captée par les dépenses contraintes que sont les dépenses de logements et celles liées aux assurances et aux abonnements. Elles sont passées de 12 à 29 % de 1960 à 2019. Pour les 20% du bas de l’échelle des revenus, ces dépenses représentent près du tiers de leur revenu, contre moins d’un cinquième pour les 20% les plus riches, selon une étude de l’INSEE de 2017.
Pour les ménages les plus modestes qui ne disposent pas d’un HLM et pour les jeunes actifs, les dépenses de logement peuvent représenter jusqu’à 40% du budget. Du fait de l’augmentation du prix de l’immobilier, les primo-accédants sont de moins en moins nombreux malgré la baisse des taux d’intérêt. En France, en moyenne, les prix des logements ont doublé en vingt ans ; à Paris, ils ont été multipliés par quatre. Pour tenter de freiner la croissance des crédits immobiliers et les prix, le Haut Conseil à la stabilité financière (HCSF), qui associe entre autres le ministère de l’Économie et la Banque de France, a indiqué le 14 septembre, qu’il rendrait contraignant, à compter du 1er janvier 2022, les recommandations prudentielles (limitation à 25 ans la durée des prêts immobiliers, et à 35% la part des revenus consacrée au remboursement du crédit et au paiement de l’assurance-emprunteur). Les banques ne peuvent déroger à ces règles que pour 20 % de leur production. Ces mesures si elles visent à éviter une dérive du marché immobilier risquent néanmoins de pénaliser les emprunteurs les plus jeunes avec peu d’apport personnel.
Les prix de l’immobilier augmentent en France en lien avec une forte demande provoquée par la concentration croissante de la population au sein des grandes métropoles et à proximité des littoraux. Ils sont également la conséquence d’une rareté du foncier et d’un coût de construction élevé du fait d’une faible industrialisation du secteur du bâtiment. Les mises en chantier sont nettement inférieures à 500 000, le niveau jugé nécessaire pour répondre à la demande.
Le coût du logement pourrait générer d’importantes tensions sociales. Après Paris, plusieurs grandes villes ont décidé d’encadrer les loyers mais cela ne résout pas la totalité du problème. De nombreux ménages sont contraints de résider de plus en plus loin de leur lieu de travail, les obligeant à utiliser de coûteux moyens de transports.
En France, un plan de relance de construction de logements pourrait être engagé.
Le défi de la transition énergétique
La France s’est engagée à respecter la neutralité carbone nette en 2050 et réduire de 55 % en 2030 ses émissions de CO2 par rapport à 1990. En 2020, la moitié du chemin a été réalisée, sachant que l’année dernière était atypique avec la mise en place des confinements. Les efforts à réaliser d’ici 2030 demeurent conséquents. La réalisation de nombreux investissements en matière de production d’énergie, la transformation du parc automobile et la rénovation de millions de logements auront un coût important pour les pouvoirs publics, les entreprises et les ménages. Pour la première fois, un changement d’énergie s’effectue non pas au nom de la productivité mais de manière réglementaire au nom de la protection de l’environnement.
La transition énergétique bouleverse de nombreux secteurs d’activité avec, à la clef, la transformation de millions d’emplois. La filière automobile (construction, réparation, commerce, station d’essence) est évidemment fortement exposée tout comme celles de l’énergie et des biens intermédiaires fortement émettrices de CO2. Le secteur au sens large de l’automobile emploie plus de 500 000 personnes en France. Une reconversion des salariés vers les nouveaux secteurs liés aux énergies renouvelables (solaire, éolien, batteries, etc.) devra être organisée.
La transition énergétique devrait occasionner un renchérissement des énergies carbonées ce qui pourrait pénaliser les ménages se chauffant au fioul ou au gaz ainsi que ceux qui effectuent de nombreux déplacements en véhicules à moteur thermique.
Le défi de la recherche
En baisse depuis 2007, les dépenses publiques de recherche et développement en France s’élevaient à 0,8% du PIB en 2019, quand elles atteignaient 1% en Allemagne et en Suède. Toujours en 2019, les dépenses privées en la matière étaient inférieures à 1,5% du PIB en France. Elles dépassaient 2,1% du PIB aux États-Unis ainsi qu’en Allemagne et atteignaient 2,5% au Japon et en Suède. Le nombre de brevets pour 100 000 habitants était de 0,3, en 2019, en France, contre 0,4 aux États-Unis, 0,6 en Allemagne et 1,4 au Japon. La faiblesse de la recherche développement est une des causes et une des conséquences de la désindustrialisation. Elle contribue également au recul des parts de marché à l’exportation.
Les dossiers économiques et sociaux seront donc nombreux, la liste ci-dessus étant loin d’être exhaustive. L’aménagement du territoire avec la question des transports, la modernisation du système de santé, la dépendance sont autant de sujets sensibles qui seront également au cœur des débats des prochaines années.
Depuis l’entrée en vigueur des règles du Brexit, les histoires alarmantes de citoyens de l’Union européenne s’étant vu refuser l’entrée dans le pays se multiplient. Même le progressiste quotidien « The Guardian » se fait régulièrement l’écho de ces mésaventures comme celle vécue par une Française, Tessa Stines.
Une Européenne expulsée du Royaume-Uni
Elle vit au Royaume-Uni depuis un an et fait du bénévolat pour une association caritative, tout en effectuant des voyages aller/retour en France même pendant cette période de pandémie. Selon notre confrère, cette jeune femme a déposé une demande de statut de résident. Le Premier Ministre et son administration s’étaient engagés à accorder un droit de résidence temporaire pour tous les dossiers en attente de traitement. Malgré cela, elle a été arrêtée, détenue par des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur britannique dans un aéroport de Londres pendant plus de huit heures. Les faits se sont déroulés sur le chemin du retour à Gatwick le mois dernier, lorsque la jeune femme de 23 ans a été arrêtée par des gardes-frontières avec une Afghane et une Espagnole.
“Nous étions tous dans une situation très stressante lorsque nous étions enfermés dans cette pièce à l’aéroport”, a déclaré Tessa Stines. J’ai pris les coordonnées de la femme espagnole, puis je l’ai vue sur Instagram. Malheureusement, elle a été expulsée du Royaume-Uni.”
Tessa Stines au journal The Guardian
Stines a été arrêtée malgré un changement de règle annoncé par le ministère de l’Intérieur en mai lorsque les responsables des forces frontalières ont reçu l’ordre de ne pas détenir les citoyens de l’UE. La consigne est d’établir une caution financière liée à l’immigration. Ce dispositif a été mis en place suite aux vives critiques émises après la publication d’un rapport du Guardian. Ce dernier faisait état de plusieurs cas de femmes et d’hommes détenus dans des centres de renvoi plus tôt cette année.
Stines a été détenue alors que sa demande de « pre-settled status » était toujours en cours. Les autorités ont par la suite admis que la décision de la détenir était incorrecte bien qu’aucune excuse n’ait été présentée.
Le « pre-settled status » refusé
Après que le Guardian a contacté le ministère de l’Intérieur au sujet de l’affaire, Tessa Stines a reçu une nouvelle lettre lui informant la décision de refuser son installation au Royaume-Uni. La lettre de Gatwick Border Casework datée du 11 septembre 2021 indique que la demande de la jeune Française pour le « pre-settled status » a été refusée le 20 août.
Précédemment, elle avait déjà reçu deux e-mails de la part des travailleurs sociaux du Home Office demandant des documents supplémentaires pour étayer sa demande, mais n’avait pas vu les e-mails, car ils avaient été classés dans son dossier de courrier indésirable. Elle rassemble actuellement les preuves supplémentaires demandées par le ministère de l’Intérieur.
“Pas un comportement amical entre voisins.”
La lettre indique que lorsqu’elle a été détenue à l’aéroport, elle était dans les délais pour faire appel du refus de sa demande.
« Compte tenu de cela, j’ai conclu que la décision de vous refuser l’entrée au Royaume-Uni devrait être retirée ».
Lettre du Home Office britannique à Tessa Stines
Cette situation a bien évidemment entrainé un stress important pour notre compatriote.
« Tout cela m’a fait me sentir vraiment stressée »(…) “Pendant que j’étais détenue, les agents ont pris des photos des pages de mon journal intime. J’ai été triplement contrôlée, mes empreintes digitales ont été relevées et mes cahiers ont été lus. Je dirais que ce n’est pas vraiment un comportement amical entre voisins.”
Tessa Stines au journal The Guardian
De son côté, la porte-parole du ministère de l’Intérieur a tenu à rappeler que l’enregistrement sur le territoire britannique avant le 31 décembre 2020 était une condition indispensable pour bénéficier du régime d’immigration spéciale, sinon il ne reste qu’une option pour rejoindre la Grande-Bretagne : obtenir un visa.
« Une personne qui ne résidait pas au 31 décembre 2020, et qui soumet une demande à l’EUSS [système de règlement de l’UE] n’aura pas automatiquement un droit d’entrée tant que sa demande n’est pas acceptée, et ceux qui viennent travailler ou étudier doivent prouver qu’ils remplissent nos conditions d’entrée.”
Porte-parole du Home Office
« Beaucoup d’autres citoyens européens dans cette situation-là.”
Nicolas Hatton est le fondateur de l’association the3million. Il l’a fondée à la suite du référendum de 2016 qui a commencé le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, souvent appelé Brexit.
« C’est une histoire abracadabrante, et malheureusement Tessa n’est pas seule. J’ai été contacté ce week-end par un étudiant français. Il retournait au Royaume-Uni pour faire sa 3e année à l’Université d’Exeter et il a été refoulé par la douane, alors qu’il a une demande de « pre-settled status » en cours, comme Tessa. Le Home Office démontre encore une fois de plus son incompétence à gérer les 450 000 dossiers en attente de décisions, malgré le scandale des détentions administratives disproportionnées de ce début d’année. The3milllion va saisir le Home Office encore une fois pour que ces vexations administratives cessent immédiatement.”
Nicolas Hatton, fondateur de l’association the3million, et élu consulaire à Londres
La galère d’un étudiant français au Royaume-Uni.
Actuellement Guilhem est étudiant à l’université d’Exeter, et il rentre en troisième année. Récemment, il a contacté des conseillers consulaires , car, il y a quelques jours, la douane anglaise ne lui a pas permis de passer les frontières et le voilà bloqué en France. Alors que ses cours reprennent ce lundi 20 septembre.
“J’attends, en effet, une réponse de mon « EU settlement scheme ». Je fais donc comprendre à la douane anglaise que je resterai moins de 6 mois en Angleterre (billet de retour acheté pour le 7 décembre) et que je n’ai donc pas besoin de visa pour résider et étudier à Exeter. Ainsi, je peux attendre une réponse de l’ « EU settlement scheme » tout en assistant à mes cours qui ont repris en présentiel. Je leur dis également qu’en cas de réponse négative, je prendrai un visa. Cependant, ces derniers m’ont refusé l’accès.”
Guilhem, étudiant français à l’université d’Exeter
Étant dans une situation embarrassante, il s’est tourné vers les élus pour qu’ils leur apportent leur soutien afin de l’aider à reprendre ses études normalement.
Espérons que Guilhem et d’autres Français puissent revenir au Royaume-Uni normalement dans les meilleurs délais.
10h17, vendredi 21 septembre 2001. Le hangar 221 de l’usine AZF de Toulouse explose, la Ville rose ne sera plus jamais comme avant. 31 morts, des milliers de blessés, des bâtiments éventrés, des rumeurs qui pullulent rapidement autour de l’enquête, un procès qui s’éternise et des victimes en souffrance… Cette catastrophe, et tous les événements liés qui ont suivi, ont marqué les Toulousains à jamais.
Dès les premières minutes qui ont suivi l’explosion, la proximité temporelle entre la catastrophe toulousaine et les attentats du 11-Septembre à New York a alimenté les théories les plus diverses, notamment à cause de la pression médiatique.
Il aura fallu 18 ans pour que l’affaire connaisse son ultime épilogue. Dix-huit années d’un procès hors-norme marqué par des rebondissements, des conditions uniques vu le nombre de parties civiles, des déceptions et des victoires, et au final une justice lente mais qui est allé au bout.
Un parcours de mémoire ?
Sur l’ancien site industriel AZF, une zone en friche dans la banlieue sud de Toulouse (Haute-Garonne), des ouvriers s’activent. Ils installent neuf grands panneaux explicatifs autour du mémorial de l’explosion du 21 septembre 2001, qui a fait trente et un morts et des milliers de blessés.
Composés de textes et de photos, ces lutrins retracent l’histoire de la catastrophe, mais aussi du passé de l’usine d’engrais chimiques et de la réhabilitation du quartier. « Le parcours de mémoire sera révélé au public lors de la cérémonie des 20 ans d’AZF », précise Francis Grass, élu municipal chargé de la coordination des politiques culturelles et mémorielles.
Conçues par la mairie avec l’appui d’un comité scientifique indépendant, ces installations divisent les associations de victimes. Parmi les quatre sollicitées, trois n’ont pas pris part au projet. Elles avancent des « problèmes de forme » – zone mal desservie, signalétique absente, plantation de cyprès qui masquent le mémorial –, résolus depuis. Mais ce sont surtout les textes qui sèment la discorde. D’un côté, les représentants des sinistrés reprochent au « discours officiel » d’occulter certaines informations sur la condamnation de Grande Paroisse (propriétaire de l’usine et filiale de Total) et les conséquences de l’explosion. « On voulait faire revivre ce que les gens ont vécu dans leur chair », justifie Michel Massou, du comité de quartier Croix-de-Pierre. De l’autre, le collectif des ouvriers rescapés Mémoire et solidarité, seule association à avoir collaboré avec la municipalité, préfère souligner le passé glorieux de l’industrie « qui a contribué à la richesse de la ville ».
Des citoyens marqués
Pour les victimes, les séquelles s’inscrivent dans le durée. « 18 mois après la catastrophe, 6,7 % des résidents de la zone proche du site ont déclaré un trouble auditif consécutif à l’explosion », écrivait l’Institut de veille sanitaire en 2004.
Je sens un incendie de très loin », raconte àLa DépêcheMichèle Darchicourt, également victime de l’explosion. Aujourd’hui, elle ne supporte plus le bruit du tonnerre ou la vue d’un ciel qui jaunit, « à certains moments, je ne vois plus les couleurs de la vie ».
Les victimes peuvent « revivre par les sens le drame, que ce soit via des odeurs, un son, une image, des sensations physiques, qui leur rappellent ce moment », explique à BFMTV.com Armelle Vautrot, psychanalyste spécialisée dans le traumatisme et doctorante chercheuse au CNRS. En thérapie « on travaille à désactiver cela, mais de toute façon, il faut apprendre à vivre avec le trauma une fois qu’il est là ».
Pauline Miranda raconte également comment l’explosion dans Beyrouth en août 2020 a « réveillé de vieilles blessures » chez elle. L’explosion, là aussi provoquée par du nitrate d’ammonium, a fait une centaine de morts. « Chaque fois, il y a de la compassion. C’est terrible pour les Libanais quand on se souvient de ce qu’on a vécu », déclarait alors sur BFMTV Claudine Molin, membre de l’association toulousaine « Plus jamais ça ni ici ni ailleurs ».
Mehdi Benlahcen, actuel élu à l’Assemblée des Français de l’étranger et candidat au Sénat en N°2 derrière Ségolène Royal, est originaire de Toulouse, il y faisait ses études en 2001, il témoigne sur Facebook.
« Lorsque je suis rentré chez moi, comme de nombreux Toulousains j’ai trouvé un appartement très salement amoché. Comme les autres, je me souviens du bruit, du souffle, de la terre qui tremble et de la panique. Je me rappelle être rentré à pied jusqu’à Saint-Agne et ne trouver que vitres cassées et désolation sur mon passage. Je veux aussi me rappeler de la solidarité à l’œuvre, très vite, pour aider ses voisins, ses amis.«
Mehdi Benlahcen sur Facebook
Le stockage des substances dangeureuses
Le nitrate d’ammonium d’AZF est le même à l’origine des explosions de Beyrouth en août 2020. C’est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles : ce sont des « comburants », c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu.
La détonation du nitrate d’ammonium n’est possible qu’avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur. Et le stockage doit donc suivre des règles pour isoler le nitrate d’ammonium de liquides inflammables (essence, huiles…), de liquides corrosifs, de solides inflammables ou encore de substances qui dégagent une chaleur importante, parmi d’autres interdits, selon une fiche technique du ministère français de l’Agriculture.
L’accident AZF de Toulouse va provoquer une prise de conscience dans la population des risques industriels et pousser le gouvernement de l’époque à muscler la réglementation. En juillet 2003, la loi Bachelot entraîne l’obligation d’informer les riverains, la sensibilisation des salariés et des sous-traitants, la maîtrise de l’urbanisation par la définition de zones à risques et la reconnaissance de la notion de risques technologiques.
C’est la naissance des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) pour les entreprises les plus à risques, c’est-à-dire classées Seveso seuil haut. De nombreux investissements ont dû ainsi être réalisés par les industriels concernés pour se mettre en conformité. Cependant le chemin vers une sécurisation totale en France, en Europe ou ailleurs dans le monde est encore long.
La reprise économique est réelle. Elle surprend même par sa vigueur. Le maintien du pouvoir d’achat des ménages, le niveau élevé des trésoreries des entreprises et le déploiement des plans de relance favorisent le retour de la croissance. Si le contexte en cette fin d’année est porteur, plusieurs facteurs pourraient cependant provoquer un déraillement de la croissance en 2022 ou en 2023.
Une croissance vive jusqu’en 2022
Les différents instituts de conjoncture économique parient sur le maintien à un haut niveau de l’activité jusqu’en 2022, permettant aux différents États membres de l’OCDE d’effacer la contraction du deuxième trimestre 2020. Les indices économiques sont à des niveaux très élevés, signe que les dirigeants d’entreprises croient en une forte reprise. Cet optimisme est fondé sur une restauration rapide des profits. Après avoir baissé de plus de 10 % au sein de l’OCDE au cours de l’année 2020, ils ont retrouvé au premier semestre 2021 leur niveau d’avant crise.
Le maintien de taux d’intérêt extrêmement faibles contribue à la profitabilité des entreprises. Le taux d’intérêt des obligations d’État de l’OCDE ne dépassait pas 0,5 % à la fin du mois de juin dernier. Les plans de relance qui se chiffrent en milliers de milliards de dollars conduisent à une hausse de la demande. La croissance pourrait être soutenue dans les prochains mois par le déblocage d’une partie de l’épargne « covid » dont le montant au niveau de l’OCDE dépasserait 1 000 milliards de dollars.
Quatre facteurs pourraient contrarier ce mouvement de croissance :
– La hausse des prix des matières premières et des coûts des consommations intermédiaires ;
– Les difficultés de recrutement des entreprises ;
– Le ralentissement de la croissance chinoise ;
– La réduction des déficits publics.
La hausse des matières premières, de l’énergie et des biens intermédiaires
Alimentée par les plans de relance, la reprise économique mondiale a conduit à une forte hausse des prix des matières premières et de l’énergie, des prix des semi-conducteurs ainsi que du coût du transport maritime. Le prix des métaux précieux et des matières premières agricoles était, au mois de juillet 2021, à un niveau inconnu depuis dix ans. L’indice du coût du fret a été multiplié par plus de deux par rapport à la fin 2019, celui des semi-conducteurs par trois.
Les entreprises sont confrontées à la fois à des hausses de prix et à des difficultés d’approvisionnement (semi-conducteurs, matériaux de construction, etc.). Si cela peut provoquer des fermetures temporaires d’usines et reporter certains travaux, ces difficultés n’ont pas eu, pour le moment, d’effet majeur sur l’activité et ne remettent pas en cause les perspectives de croissance et les profits des entreprises.
L’augmentation des difficultés de recrutement des entreprises
Les entreprises aux États-Unis comme en Europe rencontrent des difficultés croissantes de recrutement. Plus de la moitié des entreprises américaines sont dans cette situation.
En France, le taux atteint 15 % avec une pointe à 40 % pour le bâtiment. Les difficultés de recrutement sont liées à une inadéquation croissante de l’offre et de la demande sur le marché de l’emploi. Les compétences de la population active sont de plus en plus décalées par rapport aux besoins des entreprises. Les salariés rejettent de plus en plus les emplois pénibles, notamment ceux aux horaires atypiques, ainsi que les emplois mal payés dans les services. Par ailleurs, le nombre d’ingénieurs et d’informaticiens est insuffisant pour répondre à la demande.
Si les créations d’emploi sont importantes depuis le deuxième trimestre 2020, elles sont loin d’avoir permis de retrouver le taux d’emploi d’avant-crise. Il y a toujours un important déficit d’emplois aux États-Unis comme en Europe.
Le ralentissement de la croissance chinoise
Après avoir bénéficié de l’arrêt du monde en 2020, la Chine pourrait connaître une phase de ralentissement de son activité. Celui-ci serait occasionné par des facteurs conjoncturels et structurels. Le niveau d’endettement des collectivités locales chinoises pourrait peser sur la commande publique. Le secteur immobilier pourrait subir un net refroidissement du fait des pratiques de financement. En outre, la Chine est confrontée à un rapide vieillissement démographique. La faiblesse de la couverture retraite conduit les actifs à épargner de manière de plus en plus importante, ce qui pèse sur la consommation.
La population active en Chine décroit depuis 2018, ce qui nécessite la réalisation d’importants gains de productivité avec une robotisation des chaînes de production. Les dépenses publiques de retraite sont inférieures à 8 % du PIB, contre 14 % en France. Les gains de productivité tendent à s’amoindrir en Chine avec la fin du rattrapage économique, ce qui induit automatiquement une baisse de la croissance. Le Président Xi Jinping entend renforcer le contrôle de l’État sur les grandes entreprises chinoises, notamment celles intervenant dans le domaine de la haute technologie et dans le secteur de l’information. Cette politique pourrait ralentir les investissements et l’innovation.
La réduction des déficits publics.
La demande mondiale devrait connaître une moindre croissance à compter de 2022 en raison de la diminution des déficits publics. Aux États-Unis, le déficit public est censé passer de 15 à 8 % du PIB de 2021 à 2022. Pour la France, les ratios respectifs sont 9 et 6 %. Pour l’ensemble des pays de l’OCDE, le déficit public devrait se réduire de moitié. En l’absence de gains de productivité, la croissance de l’économie mondiale pourrait trouver ses limites en 2023.
La transition énergétique si elle favorise l’investissement, génère des surcoûts immédiats. La substitution des énergies renouvelables aux énergies carbonées ne s’effectue pas au nom d’une rentabilité immédiate mais au nom d’impératifs environnementaux de moyen et long terme. Le défi réside donc dans la nécessité de trouver des solutions techniques pour améliorer l’efficience économique de l’économie décarbonée.
L’économie mondiale reste soutenue par des politiques monétaires expansionnistes qui doivent logiquement arriver à leur terme entre 2022 et 2023. La hausse des taux d’intérêt, que l’arrêt des rachats des obligations pourrait provoquer, pèsera sur la croissance. Néanmoins, ces politiques ont pour conséquence la hausse de la valeur des actifs (immobilier et actions), hausse en partie déconnectée de la création de richesses.
En douze ans, le prix des logements a augmenté de plus de 60 % au sein de l’OCDE et les indices boursiers de plus de 200 %.