Méditerranée, la mal aimée du G7

Méditerranée, la mal aimée du G7

août 30, 2019 0 Par Laurent Dominati

Avez-vous entendu l’appel de la forêt et des océans ? Emmanuel Macron l’a renvoyé en écho aux membres du G7. Il a menacé de rejeter le traité UE-Mercosur -un excellent traité pourtant – si le misérable Bolsonaro ne faisait rien contre les feux de forêt. L’appel pourrait attirer l’or : un fonds international pour sauver l’Amazonie. 25 millions d’euros, une aumône, remercie Morales le bolivien qui laisse aussi brûler la forêt.

« Le Sommet des Deux rives a fait pschitt. »

Il y a pire que le feu, il y a l’eau : l’eau tranquille, belle, lumineuse, irréelle qui s’empoisonne dans l’indifférence des sommets. L’Amazonie, soit. La France sait faire la leçon. C’est même une spécialité. Et la Méditerranée ? France a-t-elle une politique en Méditerranée, autre que celle du bouchon flottant au fil de l’eau?

23/24 juin 2019, Marseille accueille les délégations des dix pays riverains de la Méditerranée Occidentale : Maurétanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie, Malte, Italie, France, Espagne, Portugal. Résultat : « Le Sommet des Deux rives a fait pschitt. » titre un hebdomadaire étranger, l’un des rares à en avoir parlé. Misère politique de la Méditerranée.

Et pourtant : Le détroit de Gibraltar a remplacé celui de Sicile comme entrée de l’Europe pour les migrants. La moitié de la jeunesse marocaine souhaite partir. L’Algérie marche sur le vide. La Tunisie bégaie sa démocratie, coupée de sa voisine, une Lybie toujours en guerre. Espagne, Portugal, France, Italie représentent toujours l’Europe des déficits budgétaires, des dettes et du chômage, que l’Europe du nord regarde de haut. Quant à la Méditerranée elle-même, ceux qui en fréquentent les bords y rencontrent plus de plastiques que de poissons. On meurt en Méditerranée, la Méditerranée se meurt, et puis ?

24/26 août 2019, Biarritz accueille les dirigeants du G7. Les thèmes proposés par la France sont ceux de l’air du temps : Lutte contre les inégalités, égalité Hommes-femmes, lutte contre le réchauffement climatique. Les vrais débats portent sur le protectionnisme. On parle du détroit d’Ormuz, où se croisent et se recroisent les drones et le cours du pétrole, tous vus sur des écrans et corrigés par des algorithmes dont on craint qu’ils ne déclenchent un krach ou un missile.

On parle aussi Hong Kong et Mer de Chine : guerre des changes, guerre des monnaies, guerre commerciale, guerre tout court, entre deux vins français que Trump menace de taxer. Syrie, Yémen, Ukraine sont aussi au menu. Macron reçoit Poutine, il aurait pu inviter le Brésil, il invite l’Inde, le Rwanda, le Sénégal, l’Afrique du sud, l’Egypte, acteurs du « Partenariat pour l’Afrique » : 2.5 milliards d’habitants en 2050, une croissance démographique toujours supérieure au taux de croissance, sans compter le terrorisme, les razzias, les guerres tribales, religieuses, civiles, les guerres du pétrole, du diamant, de l’or, des minerais.

L’Afrique n’a-telle pas une rive nord ? Ne sont-ils pas maliens ou soudanais, les corps de ceux que l’on retrouve en Méditerranée ? Pense-t-on établir un partenariat avec l’Afrique sans les pays de la Méditerranée ? Le Sénégal et le Maroc ne le croient pas. Quand un tanker iranien veut livrer du pétrole à la Syrie, il est arrêté par les Britanniques à Gibraltar. La Méditerranée est au centre du monde.

Vous parlez protectionnisme ? Par les anciennes colonnes d’Hercule passe 30% du commerce mondial. La Chine investit au Pirée, au Maroc, en Algérie. Le premier port d’Afrique est en Méditerranée, à Tanger, comme la plus grande usine de construction automobile.

Voulez vous parler écologie ? Personne ne sait si les conférences et subventions diverses feront baisser d’un demi centigrade la température de la planète. Tous savent, même les Indiens qui nous renvoient nos plastiques et nos déchets, que la Méditerranée se meurt.

Vous voulez parler terrorisme ? Au Sahel, où sont installées depuis plus de dix ans les principales forces françaises, les groupes se nourrissent des trafics de drogue, d’armes, d’otages, de migrants, qui débouchent en Méditerranée. Pense-t-on lutter contre le terrorisme en ignorant ses ports?

Vous voulez parler d’immigration ? Nulle part il n’y a de mur aussi mortifère que la Méditerranée. D’égalité hommes femmes ? Où se baigne-t-on en Burkini ? Où y a-t-il encore des mariages forcés mais aussi des jeunes femmes qui manifestent dans la rue ?

Où est le plan d’investissement promis à la jeune démocratie tunisienne, désertée par les touristes ? La jeunesse algérienne aurait-elle pu entendre un mot du G7 pour savoir que l’Algérie n’est pas seule ?

Les uns prophétisent la grande crise qui ne manquera pas de venir, soit à cause de la guerre commerciale avec la Chine, soit à cause des taux d’intérêt, de l’Iran, de Hong Kong, des dettes. Chacun essaie de deviner quelle sera l’étincelle qui enflammera le monde. Personne ne voit l’incendie qui brûle déjà à nos portes. Si les mille drames, les mille guerres de Méditerranée se coagulent, la planète basculera.

Dans les dizaines de documents du G7, jamais le mot « Méditerranée » n’apparait. On ne nomme pas ce qu’on ignore. Etrange de constater que la France s’ignore elle-même à ce point.

Laurent Dominati

A. Ambassadeur de France

A. Député de France

Président de la société éditrice du site lesfrancais.press

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