Comme tous les ans pour la rentrée, le classement Shanghai qui recense les 1000 meilleures universités du monde a été publié. Les universités françaises sont particulièrement surveillées cette année. En effet l’université Paris-Saclay a été classée 12ème l’année dernière. Elle est la première université Française a apparaitre dans le top 100. On fait le point pour les Français de l’étranger.
Quels sont les critères du classement de Shanghai ?
Le classement académique des universités mondiales (ARWU) est publié par l’Université de Jiao Tong de Shanghai en Chine. Depuis sa création en 2003, c’est toujours l’Université d’Harvard qui a occupé la première place. L’Université de Stanford et le Massachusetts Institute of Technology (MIT) ne sont en général pas loin derrière.
Les universités sont classées selon six critères :
le nombre de prix Nobel et médailles Fields parmi les anciens élèves et les professeurs
le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline
le nombre de publications dans les revues scientifiques Nature et Science
le nombre de chercheurs répertoriés dans le Science Citation Index-Expended (SCIE) et le Social Science Citation Index (SSCI)
la performance moyenne des professeurs.
L’immuable top 3
Comme en 2024, les universités américaines dominent les premières places :
1ʳᵉ : Harvard University
2ᵉ : Stanford University
3ᵉ : Massachusetts Institute of Technology (MIT)
En Europe, l’université de Cambridge (Royaume-Uni) conserve la 4ᵉ place mondiale, restant la première université européenne dans ce palmarès.
Est-ce la fin de la domination anglo-saxonne ? Car la progression des universités chinoises, désormais plus nombreuses que leurs homologues américaines dans le top 1000, constitue la principale évolution de cette édition 2025.
La Chine compte 222 établissements classés, contre 183 pour les États-Unis. Treize d’entre eux figurent désormais parmi les cent premiers, signe d’un changement d’équilibre progressif dans la hiérarchie mondiale de la recherche.
Vingt-sept établissements français dans le top 1000
Confirmant la dynamique enclenchée en 2024, la France maintient sa position et enregistre une légère progression. Vingt-sept établissements français figurent cette année dans le top 1000, contre vingt-cinq l’an dernier. L’université Paris-Saclay reste la mieux classée, à la treizième place mondiale, perdant un rang par rapport à 2024. Elle demeure néanmoins la première institution non anglo-saxonne du palmarès.
Trois autres établissements français figurent parmi les cent premiers : l’université PSL (34e), Sorbonne Université (43e) et l’université Paris Cité (60e). Comme l’an dernier, les écarts de classement y restent marginaux, mais la stabilité témoigne d’une consolidation des positions acquises depuis plusieurs années.
Le succès relatif des universités françaises s’explique en grande partie par les politiques de regroupement institutionnel conduites depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Destinées à créer des entités suffisamment visibles et compétitives à l’échelle internationale, ces réformes ont permis de constituer des ensembles capables de répondre aux critères du classement de Shanghaï.
Paris-Saclay illustre cette dynamique : créée en 2020, cette structure regroupe dix composantes universitaires, quatre grandes écoles, deux universités associées et sept organismes de recherche. Elle représente à elle seule 13 % de la recherche française, avec 50 000 étudiants, 8 100 enseignants-chercheurs et 220 laboratoires. Une force de frappe scientifique indéniable, mais qui s’accompagne de tensions récurrentes en matière de gouvernance, notamment relevées en 2024
Découvrez le classement des universités françaises
En 2025, la France se situe à la 3ème place mondiale en nombre d’établissements dans le top 20 du classement de Shanghai, avec l’Université Paris-Saclay seul établissement d’Europe continentale classé dans les vingt premiers.
Rang en France
Institution
Rang mondial
1
Université Paris-Saclay
13
2
Université PSL
34
3
Sorbonne Université
43
4
Université Paris Cité
60
5
Université de Strasbourg
101 – 150
6-8
Université de Strasbourg
151-200
6-8
Université Grenoble Alpes
151-200
6-8
Université de Montpellier
151-200
9-12
Université Claude Bernard Lyon 1
201-300
9-12
Institut polytechnique de Paris
201-300
9-12
Université de Bordeaux
201-300
9-12
Université de Lorraine
201-300
13-14
École Normale Supérieure – Lyon
301-400
13-14
Université Paul-Sabatier (Toulouse 3)
301-400
15-18
Université Toulouse Capitole
401-500
Depuis dix ans, la position globale de la France a progressé dans les classements internationaux, en lien avec la prise en compte par les rankings des nouveaux regroupements d’établissements (Établissements publics expérimentaux) comme Paris-Saclay, PSL ou Sorbonne Université. Plus importants en taille, ces établissements se trouvent mieux classés, mais réduisent aussi le nombre d’établissements français pris en compte.
En juillet, de nombreux acteurs du tourisme exprimaient leurs inquiétudes : moins de visiteurs, des vacanciers plus économes, un climat d’attente et de prudence. Pourtant, les premiers bilans publiés par l’INSEE apportent un tout autre éclairage.
Les statistiques infirment les perceptions et dessinent l’image d’unété porteur, marqué par un regain de fréquentation.
+3,7% par rapport à 2024
La saison estivale 2025 enregistre en effet une progression de 3,7 % par rapport à 2024, soit 257,8 millions de nuitées dans les hébergements collectifs de tourisme.
En hausse de 9,1 millions de nuitées, ce chiffre dépasse non seulement les résultats de l’été 2024 – atypique et brouillé par les Jeux olympiques et paralympiques – mais franchit aussi le seuil historique de 2023 (249,8 millions). La dynamique de juin et juillet 2025 a largement contribué à ce rebond.
Campings et hôtels, les deux piliers de l’accueil
Les campings demeurent le principal moteur du tourisme estival : 124,9 millions de nuitées, en progression de 3,2 %. Leur rôle central se confirme, tant auprès des familles françaises qu’auprès de visiteurs étrangers fidèles.
Les hôtels, eux, profitent plus encore de l’embellie avec une hausse de 4,4 % et 90,4 millions de nuitées.
Les autres hébergements collectifs progressent aussi (+3,5 %), notamment les résidences de tourisme (+5,1 %), preuve que la demande se diversifie.
Après deux années de repli, la clientèle résidente renoue avec la croissance : +2,3 %, soit 3,9 millions de nuitées supplémentaires. Mais c’est surtout la clientèle internationale qui soutient le mouvement avec une envolée de +6,8 %, soit 5,3 millions de nuitées de plus qu’en 2024.
Les Américains se distinguent par une progression spectaculaire : +12,9 % en un an, atteignant 5,3 millions de nuitées hôtelières et devenant ainsi la première clientèle non européenne en France.
Les Britanniques restent la clientèle européenne la plus présente dans les hôtels, avec 4,2 millions de nuitées, devant les Allemands, Italiens, Espagnols et Belges, tous également en forte progression.
La clientèle asiatique est en hausse (740 000 nuitées pour les Chinois, 380 000 pour les Japonais) mais reste encore 40 % en-deçà des niveaux pré-pandémiques, signe d’un rétablissement lent.
Territoires contrastés : littoral, montagne et ville
Le littoral concentre 104,6 millions de nuitées, soit une progression de +2,7 %. Les campings, avec 68,5 millions de nuitées, y règnent en maîtres. L’Ouest et le Nord connaissent un dynamisme plus marqué que la Méditerranée, encore en retrait.
En montagne, les 44,6 millions de nuitées (+2,5 %) bénéficient largement de la clientèle étrangère qui compense une demande française atone.
Les zones urbaines denses affichent la croissance la plus vigoureuse : +7,1 %, portée par l’hôtellerie qui concentre trois quarts des nuitées citadines. Le milieu rural progresse plus modérément (+2,8 %), soutenu par le succès durable des campings.
Le déclin du tourisme d’affaires
Déjà fragilisé depuis 2021, le tourisme professionnel poursuit sa décrue. Les nuitées d’affaires chutent de 14,1 % dans les hôtels, qui en concentrent l’essentiel. En 2019, une nuitée sur trois dans les hébergements collectifs (hors campings) relevait du tourisme d’affaires ; en 2025, ce n’est plus qu’une sur cinq.
Le développement des réunions à distance et la limitation des coûts de déplacement par les entreprises expliquent cette évolution.
Des retombées économiques supérieures à l’inflation
L’été 2025 ne s’est pas contenté d’accueillir plus de touristes ; il a généré davantage de revenus. Le chiffre d’affaires de l’hébergement progresse de 7,8 %, bien au-delà de l’inflation des prix (+3,4 %).
Cette hausse tient à la fois à la montée en gamme des séjours et à la densité de fréquentation.
Le transport aérien de passagers connaît une progression comparable (+8,9 % de chiffre d’affaires contre +5,0 % de hausse de prix), traduisant la vigueur des flux internationaux.
Le secteur de la restauration profite aussi de cette embellie, avec une croissance de +5,5 %, quand les prix n’augmentent que de 2,1 %.
L’été 2025 apparaît comme un bon millésime pour le tourisme français malgré les craintes des professionnels du secteur.
Les campings consolident leur rôle de pilier, l’hôtellerie bénéficie d’un afflux de visiteurs étrangers et les zones urbaines profitent de leur attractivité retrouvée.
Des marges de progression demeurent au niveau de la clientèle asiatique et sur la durée des séjours qui reste, en France, faible.
C’est dans une ambiance particulière que s’est ouverte la 43ᵉ session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger. En effet, il est dorénavant de coutume que le/la ministre chargé(e ) des expatriés prononce le discours inaugural. Celui-ci ouvrant par la suite à un dialogue direct avec les 90 élus présents. Or, en raison de la situation politique en France, aucun membre du gouvernement n’était présent. Pourtant, Eléonore Caroit a été nommée dans l’équipe Lecornu 2 à cette fonction. Mais la passation des pouvoirs avec son prédécesseur, Laurent Saint-Marin, n’a pu se faire avant l’ouverture de l’AFE.
Alors, pour faire face à cette absence, c’est donc David Bertolotti, secrétaire général adjoint ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), qui est venu répondre aux interrogations des conseillers de l’AFE. La plupart des élus ont tout de même voulu indirectement s’adresser à la nouvelle ministre en soulignant l’importance du prochain budget de l’Etat qui sera prochainement discuté. Alors, quels messages clés sont à retenir ? Lesfrancais.press vous propose un décryptage complet et un résumé des points les plus importants.
Une session plénière AFE contrainte par la situation politique ?
Du 13 au 17 octobre 2025, Paris accueille la 43e session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger. Deux fois par an, le plus souvent en mars et en octobre, les 90 conseillers AFE élus pour six ans, issus des cinq continents, se réunissent pour adopter résolutions, motions et avis, et lancer des initiatives d’ampleur, comme des Assises de la protection sociale.
« Les circonstances politiques exceptionnelles ne doivent pas nous empêcher d’avancer »
Hélène Degryse, Présidente de l’AFE
À l’ordre du jour de cette semaine figure, entre autres, la fiscalité des expatriés, l’avenir du réseau des écoles françaises à l’étranger du réseau de l’AEFE, la sécurité de nos ressortissants, le développement durable,…et également la remise des recommandations des Assises émises pour améliorer l’accès aux aides sociales, les bourses scolaires et à la Caisse des Français de l’étranger.
Avancer pour les expatriés dans un contexte incertain
Dans ce contexte particulier, Hélène Degryse, présidente de l’AFE, a ouvert les travaux de la 43e session plénière et indiqué d’emblée que « les circonstances politiques exceptionnelles ne doivent pas nous empêcher d’avancer ». L’élue des Pays-Bas a insisté sur les chantiers en cours, rappelant que « nul Français dans le monde ne doit se sentir isolé ».
De gauche à droite, David Bertolotti, secrétaire général adjoint ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, Hélène Degryse Présidente de l’AFE et Olivier-Antoine Reynes, secrétaire général de l’AFE
Dans le prolongement, David Bertolotti, secrétaire général adjoint du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a pris la parole pour souligner « la continuité républicaine de l’État », justifiant ainsi sa présence devant les 90 élus. Il a déroulé son intervention autour des trois priorités portées par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot : la sécurité, la modernisation des services consulaires et le soutien à nos compatriotes les plus défavorisés.
Parmi ses annonces, on retiendra la prochaine reconduction de l’expérimentation dispensant de comparution les usagers lors du renouvellement des passeports. Celle‑ci concernera le Canada et le Portugal, déjà engagés dans la première phase, ainsi que l’Australie et l’Espagne. S’agissant de France Consulaire, la couverture mondiale est attendue d’ici décembre 2025.
Les élus AFE entre discours politiques et sujets budgétaires
Les six groupes politiques représentés à l’AFE ont pu s’exprimer lors de la séance d’ouverture de cette 43e session plénière, notamment par la voix de leurs présidents. Baptiste Heintz, pour le groupe de gauche « Écologie & Solidarité », a évoqué, non sans ironie, la « prouesse d’avoir vu passer six ministres des Français de l’étranger » depuis 2021 et le renouvellement de l’AFE. Au‑delà de cette instabilité, l’élu des Français de Côte d’Ivoire a alerté sur l’importance du prochain budget, qui dira « ce que l’on protège et ce que l’on sacrifie » pour les expatriés. Selon lui, les derniers exercices budgétaires et les propositions actuellement sur la table entament les moyens dédiés aux Français de l’étranger. Il a enfin mis en avant les priorités de son groupe: « sauver la CFE, les services publics et l’éducation » via le réseau de l’AEFE.
« Le budget, c’est là que se lit, noir sur blanc, ce que l’on protège et ce que l’on sacrifie. Ce que l’on investit pour le bien commun, ou ce que l’on livre aux marchés. »
Baptiste Heintz, président du groupe « Écologie & Solidarité à l’AFE
Du côté du groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants, qui rassemble la plupart des élus LR, Olivier Piton, élu de la circonscription des États‑Unis, a lui aussi insisté sur l’enjeu budgétaire. Selon lui, une « année blanche ne tenant pas compte de l’inflation aurait des conséquences » directes et défavorables pour de nombreux compatriotes à l’étranger. Il a également alerté sur les baisses de dotation de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) et des aides sociales, tout en appelant à une attention particulière pour les retraités français établis hors de France.
Olivier Piton, président du groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants à l’AFE – Baptiste Heintz, président du groupe Écologie & Solidarité à l’AFE – Thierry Masson, président du groupe Indépendants, démocrates et progressistes à l’AFE
Au nom du groupe Indépendants, démocrates et progressistes, qui rassemble les élus du socle commun, son président Thierry Masson a déploré « l’incapacité des partis politiques à travailler ensemble », une remarque qui a suscité des réactions sur les autres bancs. En réponse, l’élu des Français du Benelux a précisé viser, pour cette session, la mise entre parenthèses des « positions partisanes » au profit du compromis, à l’image de ce qui se pratique lors des Assises de la protection sociale. Le résultat des motions, avis et résolutions attendus en fin de semaine apportera une réponse à ce souhait.
Le lien entre administrations et élus, conseillers des Français de l’étranger
Le groupe Solidaire et Indépendants, qui rassemble des élus proches de l’ASFE, s’est également exprimé par la voix de sa présidente, Annie Rea. Celle‑ci a d’abord évoqué la situation rappelant que « la politique est mouvante, mais que l’administration demeure », comme un gage de continuité.
Annie Rea, président du groupe Solidaire et Indépendants à l’AFE – Nadia Chayaa, présidente du groupe Les indépendants à l’AFE – Elise Léger, groupe des Non inscrits à l’AFE
Elle a ensuite énuméré plusieurs dossiers prioritaires : l’accès des classes moyennes aux bourses scolaires, l’avenir de la CFE, ainsi que la situation des EFE (Entrepreneurs français à l’étranger), « dont il n’est même pas fait mention dans le rapport du ministère des Affaires étrangères sur les Français de l’étranger ».
« Pauline Carmona (Directrice de la DFAE) a su redonner un nouveau souffle à la relation entre les élus et l’administration »
Nadia Chayaa, pour le groupe Les indépendants AFE
Nadia Chayaa, pour le groupe Les indépendants, s’est voulue optimiste. Elle a, en outre, rendu hommage à la Directrice des Français de l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE), Pauline Carmona, qui a su « redonner un nouveau souffle à la relation entre les élus et l’administration ». Elle souhaite également que dans le contexte budgétaire, les propositions des élus soient « lucides et responsables ».
Enfin, les élus sans appartenance, dits « non-inscrits », ont également fait entendre leur voix. Élise Léger, élue des Français d’Australie, a notamment regretté que les jeux politiques extérieurs à l’Assemblée des Français de l’étranger se retrouvent malgré tout dans les travaux de cette séance d’ouverture.
Eléonore Caroit, la nouvelle ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger
La séance inaugurale de la 43e plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger s’est conclue par la traditionnelle « photo de famille » sur les marches du ministère hôte de l’AFE. C’est à ce moment que la nouvelle ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, a rejoint l’ensemble des élus présents.
Félicitations d’usage et bons mots ont accompagné ces premiers instants de rencontre informelle entre les Conseillers des Français de l’étranger et la nouvelle membre du gouvernement de Sébastien Lecornu. La suite des travaux prévue cette semaine viendra-t-elle confirmer cette confiance ?
Eléonore Caroit, première franco-dominicaine à entrer dans un gouvernement français, a été nommée ce dimanche 12 octobre 2025 Ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger.
Cette nomination, annoncée dans le cadre de la formation du gouvernement Lecornu II, marque un tournant pour les 2,5 millions de Français établis hors de France et pour les 88 États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Députée des Français d’Amérique latine et des Caraïbes, avocate spécialisée en droit des affaires, Eléonore Caroit incarne une nouvelle génération de responsables politiques engagés pour la défense des intérêts des expatriés et le rayonnement de la langue française dans le monde.
Mais quels sont les défis qui l’attendent ? Entre la pérennité du financement de la caisse des Français de l’étranger, la gestion du réseau de l’AEFE, les élections consulaires de mai 2026, et les tensions géopolitiques au sein de la Francophonie, son mandat s’annonce ambitieux. Lesfrancais.press fait le point.
Eléonore Caroit : une trajectoire au service des Français de l’étranger
Eléonore Caroit a toujours mis en avant son attachement aux Français de l’étranger, qu’elle qualifie de « force vive de la France ». Son parcours personnel — franco-dominicaine, mariée à un Suisse, avocate internationale — lui donne une légitimité unique pour comprendre les enjeux des expatriés : fiscalité, scolarité, représentation politique, et accès aux services consulaires. Lors de son élection comme députée, elle avait insisté sur la nécessité de « rendre la scolarité française plus accessible » et de « créer un label entreprise ‘Français de l’étranger’ » pour valoriser l’entrepreneuriat des expatriés
Membre du groupe Renaissance (majorité présidentielle), Eléonore Caroit s’est distinguée par son travail parlementaire sur la protection des droits des expatriés, la simplification des démarches administratives, et la défense du réseau éducatif français à l’étranger. Son engagement pour la ratification du traité sur la haute mer et sa participation active aux travaux de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) ont renforcé sa crédibilité sur les scènes nationale et internationale.
Les défis majeurs pour les Français de l’étranger
Premier défi : le financement de la caisse des Français de l’étranger, un équilibre est à trouver rapidement. Car La caisse des Français de l’étranger (CFE) est un pilier du système de protection sociale des expatriés. Pourtant, son financement est régulièrement mis à mal par les restrictions budgétaires. En 2025, la CFE a vu ses subventions diminuer, tandis que le nombre de bénéficiaires ne cesse d’augmenter (+5 % en 2024). Eléonore Caroit devra négocier avec Bercy pour garantir la pérennité de ce dispositif, tout en évitant une hausse des cotisations pour les expatriés, déjà soumis à des pressions fiscales locales.
Le second défi consistera à maintenir uneexcellence éducative dans le réseau AEFE malgré les contraintes budgétaires. Car l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) gère 600 établissements dans 138 pays, accueillant 400 000 élèves. Mais le réseau fait face à des coupes budgétaires drastiques : -14 millions d’euros en 2025, -24 millions en 2026, et la suppression de 150 postes sur trois ans. Ces restrictions menacent la qualité de l’enseignement et l’accessibilité financière pour les familles expatriées. Eléonore Caroit devra trouver des solutions pour maintenir l’excellence du réseau, tout en explorant de nouveaux modèles de financement (partenariats publics-privés, mécénat, etc.)
Dernier défi, organiser les élections consulaires de mai 2026 ! Les prochaines élections consulaires locales des Français de l’étranger seront un test pour la nouvelle ministre. Ces élections, qui renouvelleront les 442 conseillers consulaires puis les 90 membres de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), sont cruciales pour la représentation des expatriés. Les défis sont nombreux :
Participation : seulement 15 % de participation en 2021, malgré l’introduction du vote électronique.
Sécurité : les élections de 2026 se dérouleront dans un contexte géopolitique tendu (crise au Sahel, tensions en Amérique latine, en Russie, aux USA, etc.).
Modernisation : Eléonore Caroit devra finaliser le déploiement de la nouvelle version vote par internet, qui devait être testé en septembre 2025, pour faciliter l’accès au vote des expatriés mais dont la réalisation a été reporté du fait de l’absence de ministre en fonction.
La Francophonie : entre unité et fragmentation
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) traverse une crise sans précédent. En mars 2025, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont annoncé leur retrait simultané, dénonçant un « néocolonialisme » et un manque de représentation.
Ces départs, symboliques et politiques, affaiblissent l’OIF et remettent en cause son modèle de coopération. Eléonore Caroit devra travailler à une refonte de la gouvernance de l’OIF, pour redonner confiance aux États membres et éviter de nouveaux départs.
A ce jour, la Francophonie représente 88 États et gouvernements, soit 321 millions de locuteurs et un PIB combiné de 8,7 % du PIB mondial. Pourtant, les échanges économiques entre pays francophones restent faibles (moins de 10 % du commerce intra-francophone). Les défis sont multiples :
Numérique : développer une stratégie commune pour le français dans l’IA, les plateformes numériques, et l’éducation en ligne.
Économie : renforcer les partenariats Sud-Sud et Nord-Sud, notamment en Afrique, où la croissance démographique et économique est la plus forte.
Eléonore Caroit devra aussi redonner un sens politique à la Francophonie, en la positionnant comme un acteur clé des enjeux globaux :
Climat : porter une voix francophone dans les négociations internationales.
Paix et sécurité : renforcer la coopération en matière de prévention des conflits, notamment en Afrique.
Éducation et jeunesse : développer les échanges universitaires et la mobilité des jeunes francophone
Un mandat ambitieux pour une ministre emblématique ?
La nomination d’Eléonore Caroit à la tête du ministère de la Francophonie et des Français de l’étranger envoie un signal fort : la France reconnaît l’importance stratégique de ses expatriés et de la langue française dans le monde. Son parcours, son engagement, et sa connaissance fine des enjeux font d’elle une ministre légitime pour relever les défis qui l’attendent.
Pour les Français de l’étranger, les mois à venir seront décisifs : financement de la CFE, sauvegarde du réseau AEFE, et organisation des élections consulaires de 2026. Pour la Francophonie, il s’agira de surmonter les divisions, de renforcer les coopérations économiques et culturelles, et de redonner un sens politique à une organisation en quête de renouveau.
Eléonore Caroit a les cartes en main pour marquer l’histoire de son portefeuille en charge des Français de l’étranger. Reste à savoir si elle parviendra à concilier les attentes des expatriés, les contraintes budgétaires, et les ambitions géopolitiques de la France.
Ce lundi matin, depuis Tel Aviv et la place des Otages, Caroline Yadan, députée de la VIII ème circonscription des Français de l’étranger (incluant Israël), a partagé son émotion et ses analyses sur un moment historique pour l’État hébreu : la libération des otages détenus par le Hamas depuis le 07 octobre 2023. Caroline Yadan a livré un témoignage poignant, porteur d’espoir, mais aussi teinté de prudence sur l’avenir politique et sécuritaire de la région.
Écouter le podcast avec Caroline Yadan
Une émotion à vif sur la place des Otages
En ligne depuis Tel Aviv, Caroline Yadan n’a pas caché son bouleversement : « Un sentiment incroyable d’allégresse, un sentiment mêlé de larmes, de joie, d’union, d’espoir, de tristesse. » Cette libération survient à un moment symbolique, au lendemain de Sim’hat Torah, une fête juive qui avait été ensanglantée lors de l’attaque du 7 octobre. « Il y a un sentiment plus spirituel qui se mêle à ça. »
La scène qu’elle décrit sur place est chargée d’humanité : « Autour de moi, ce sont beaucoup de de drapeau, de sourires, de rires, d’applaudissements lorsqu’on voit les familles d’otages leur parler au téléphone. » L’émotion collective s’exprime à travers les retrouvailles, les chansons, les échanges, souvent entre parfaits inconnus. « C’est un pays qui peut à nouveau respirer. »
Une étape décisive mais pas une fin
Face à cet événement, la députée reste lucide : cette libération, bien qu’essentielle, ne signe pas la fin du conflit. « On n’en est qu’à la phase 1, c’est la phase principale, c’est la phase essentielle qui nous permet aujourd’hui de dire ça y est, il n’y a plus d’otages torturés dans les tunnels de Hamas. »
Elle insiste sur le caractère évolutif de la situation et les nombreux défis sécuritaires qui persistent. « Le Hamas mobilise plusieurs centaines de terroristes, […] ils ont recruté 7 000 membres pour torturer, exécuter les opposants, pour faire régner la terreur. »
La députée appelle à la vigilance : la démilitarisation de Gaza reste selon elle l’enjeu central. « La démilitarisation reste l’objectif principal avec cette force internationale, laquelle j’espère pourra réellement intervenir et réellement repousser le Hamas de Gaza. »
Place des otages Tel Aviv
Donald Trump en figure centrale du processus
Interrogée sur le rôle de la communauté internationale, Caroline Yadan souligne l’importance du soutien extérieur. Mais un nom revient plus que les autres : « C’est évidemment Donald Trump qui est évoqué aujourd’hui puisque c’est lui l’ordonnateur de ce plan, celui qui a fait échouer le Hamas. »
Elle précise : « Il s’est rendu avec des pays arabes pour faire pression sur le Hamas. Aujourd’hui, il y a une réelle reconnaissance envers Donald Trump, quels que soient les clivages politiques. » Une position qui peut surprendre au regard du positionnement diplomatique traditionnel de la France, mais qui reflète une reconnaissance locale forte sur le terrain.
Une société israélienne profondément divisée
Sur le plan politique, Caroline Yadan n’élude pas les fractures internes à Israël. « La société israélienne est très divisée. Il y a des manifestations monstres contre le gouvernement en place. C’est d’ailleurs ce qui prouve que c’est une véritable démocratie. »
Benjamin Netanyahou a été hué la veille sur cette même place des Otages. Un fait politique symbolique, bien que localisé. « Il y a une grande partie de la population israélienne qui est très inquiète et qui veut voir partir Netanyahou. Une autre partie ne le souhaite pas. » Des élections à venir permettront peut-être de redessiner le paysage politique. Mais pour l’heure, la priorité semble ailleurs.
Caroline Yadan résume l’unité du moment : « Ce qui domine aujourd’hui, vraiment, sur la place des Otages, c’est l’union nationale. Parce que tout le monde se retrouve sur deux faits en Israël : la libération des otages et “jamais plus le 7 octobre”. »
Un message aux Juifs de France
Très active sur les réseaux et auprès de ses électeurs, Caroline Yadan partage largement ce qu’elle vit à Tel Aviv : « J’ai publié des photos, je publie sur mes groupes de WhatsApp des vidéos. »
Elle témoigne d’un moment de communion rare, au-delà des appartenances : « Il y a des Juifs, il y a des non-Juifs. Ce qui prime, c’est de se retrouver autour d’une véritable humanité, en sachant que nous avons tous le même ennemi, qui est l’islamisme. »
Vue de l’étranger, la renomination de Sébastien Lecornu à Matignon est « un naufrage politique« . De nombreux titres pointent Emmanuel Macron comme le responsable de ce chaos politique. Petit tour d’horizon pour les Français de l’étranger.
Au Royaume-Uni, on commente sans retenu
On commence par nos voisins britanniques, qui parlent de la « mort lente du chef de l’État » et du « crépuscule d’une époque » celle de la présidence Macron.
Pour le quotidien britannique The Guardian, c’est une mission «difficile» qui attend Sébastien Lecornu après sa renomination à Matignon. Le choix d’Emmanuel Macron « est vu par les partis d’opposition comme un signe que Macron, à qui il reste dix-huit mois au pouvoir, refuse d’élargir le gouvernement à d’autres visions politiques qui refléteraient le Parlement divisé », commente la correspondante du journal à Paris.
« L’une des concessions nécessaires pour faire passer le budget pourrait impliquer la remise en question de la réforme des retraites, une réforme qui avait demandé une âpre bataille », regrette le quotidien économique The Financial Times, face à ce qui semble s’apparenter à « un possible retour en arrière des réformes pro-business d’Emmanuel Macron ».
Les alliés européens s’inquiètent de cette France ingouvernable
En Allemagne, on insiste sur une France totalement ingouvernable, où la crise politique ne fait qu’aggraver la crise budgétaire. Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung donne peu de chance à Sébastien Lecornu, car pour lui « même le meilleur premier ministre ne saurait le libérer de ce piège de légitimité » et considère qu’Emmanuel Macron est maintenant « un président sans peuple ».
Même constat en Belgique, où le quotidien belge le Soir titre « Macron choisit un gouvernement Lecornu II, retour à la case départ ». En Suisse, on n’est pas plus tendre, le quotidien le Temps constate froidement qu’« Emmanuel Macron s’entête et prend le risque de braquer en renommant Sébastien Lecornu Premier ministre », ainsi « la crise française ne s’arrange pas », assure le journal.
Enfin, de l’autre côté des Pyrénées, la presse espagnole estime que le président français est » piégé dans son propre labyrinthe « . C’est globalement, l’inquiétude et l’incompréhension dans les États de l’UE.
Outre-Atlantique, on s’inquiète du retour de bâton
Chez nous cousins canadiens, on considère que cette situation n’est qu’une des « répliques sans fin du séisme de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 par M. Macron ». « À peine reconduit comme Premier ministre, Sébastien Lecornu est déjà sous la menace d’une censure des députés de gauche et d’extrême droite, qui réclament des concessions politiques ou refusent catégoriquement de le soutenir », s’inquiète le journal canadien la Presse.
Aux USA, CNN évoque « une décision choc » Pour la célèbre chaîne d’informations, « la paralysie politique et l’incapacité à former un gouvernement a suscité des comparaisons désagréables pour la France, qui a à présent comme l’Italie, la réputation d’être instable politiquement. » Enfin, le New York Times juge de son côté le choix d’Emmanuel Macron « risqué » et susceptible de susciter un retour de bâton. « Il n’apparaît absolument pas clairement en quoi la renomination de M. Lecornu va pouvoir améliorer la situation de blocage de la France. Emmanuel Macron semble faire le pari que la plupart des partis, même ceux qui ont considéré la nomination de M. Lecornu comme une provocation, seront prêts à des compromis sur le budget car ils craignent trop de nouvelles élections. Mais c’est un pari risqué au vu de l’ampleur des désaccords sur le budget.»
Comme en France, c’est donc l’incompréhension quant à la décision d’Emmanuel Macron de renommer Sébastien Lecornu. Mais tous constatent que la situation nécessite des réponses urgentes et que sans « Union nationale », les prochaines années des Français pourraient être sombres.
Plus d’un an après le décès de son fondateur Jean-Pierre Bansard en août 2024, l’ASFE (Alliance solidaire des Français de l’étranger) poursuit sa mission. Mais où en est l’Alliance aujourd’hui ? Quelles sont les priorités de cette structure ? Pour nous en parler, Lesfrancais.press reçoit Sophie Briante Guillemont, sénatrice des Français établis hors de France, et l’une des trois parlementaires de l’ASFE. Avec notre invitée, nous aborderons également les enjeux et défis actuels de nos compatriotes expatriés, à l’heure où s’ouvre, ce lundi 13 octobre, la 43e session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE).
Écouter l’interview de Sophie Briante Guillemont
ASFE : « continuer l’œuvre de Jean-Pierre Bansard »
Un an après le décès de Jean-Pierre Bansard, comment l’Alliance solidaire des Français de l’étranger (ASFE) perpétue-t-elle sa mémoire et son engagement pour les Français de l’étranger ? Pour notre invitée, « les trois sénateurs de l’ASFE, Jean-Luc Ruelle, Evelyne Renaud-Garabédian et moi-même, avons décidé ensemble de continuer son œuvre. Jean-Pierre Bansard avait énormément d’activités différentes, aussi bien dans les affaires que dans le milieu associatif, et une des choses qui lui tenait le plus à cœur, c’était les Français de l’étranger » explique-t-elle.
« On est toujours dans cette démarche de continuer à travailler non seulement pour les Français de l’étranger, mais en plus de faire en sorte que notre communication soit toujours plus pratico-pratique »
Sophie Briante Guillemont, sénatrice des Français de l’étranger, membre de l’ASFE
Au sein de l’ASFE, outre les activités parlementaires, la structure poursuit son travail d’information auprès des expatriés pour améliorer leur connaissance des possibilités existantes quand on vit en dehors du territoire national. La sénatrice, rattachée au Groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen (RDSE) au sein du Palais du Luxembourg, constate en effet que « les Français de l’étranger n’ont pas toujours la bonne information, ne connaissent pas suffisamment leurs droits ».
Sophie Briante Guillemont au Sénat, intervention à la tribune
Aussi, nous partage Sophie Briante Guillemont, l’ASFE « est toujours dans cette démarche de continuer à travailler non seulement pour les Français de l’étranger, mais en plus de faire en sorte que notre communication soit toujours plus pratico-pratique ».
Les priorités de l’ASFE
Au cours de cet échange, la sénatrice rappelle la tenue des élections consulaires en mai 2026 et indique d’ores et déjà que « L’ASFE présentera des listes exactement comme la dernière fois ». Parmi les priorités mises en avant figure toujours la recherche d’« une meilleure information des Français de l’étranger ».
Elle évoque également la création d’un nouvel outil documentaire sur le site internet de l’ASFE, où chacun peut poser des questions : « Et les réponses sont basées sur les 35 000 articles qui sont sur notre site », présente-t-elle.
Instabilité politique : quelles conséquences pour dossiers des expatriés ?
Concernant la séquence politique actuelle en France, alors que des dossiers urgents, tels que l’avenir de l’Agence française de l’enseignement à l’étranger (AEFE) ou celui de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) sont sur la table, notre invitée souligne que nous n’« avons plus de Ministre délégué aux Français de l’étranger. » (situation au moment de l’enregistrement de cette interview, depuis Eléonore Caroit a été nommé ministre déléguée à la Francophonie et aux François de l’étranger dans le gouvernement Lecornu 2). À l’ouverture de la 43e session plénière de l’AFE, la situation se serait alors avérée pour le moins compliquée.
« On ne peut pas arriver au sixième ministre en deux ans et réexpliquer à chaque fois tous les sujets concernant les Français de l’étranger »
Sophie Briante Guillemont, sénatrice des Français établis hors de France, membre de l’ASFE
Jean-Pierre Bansard, fondateur de l’ASFE (source compte Facebook)
Au cours de ce podcast, la sénatrice évoque les différentes priorités concernant nos compatriotes établis hors de France, et elle insiste également sur la nécessité de stabilité pour les dossiers concernant les expatriés.
Or, face aux changements fréquents au sein du gouvernement, elle souligne que l’« on ne peut pas arriver au sixième ministre en deux ans et réexpliquer à chaque fois tous les sujets », sans pour autant remettre en cause « la qualité de chacun ».
Et c’est dans ce contexte que la prochaine session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) prévue du 13 ou 17 octobre pourrait se tenir. Et du côté du Sénat « on a besoin de l’exécutif pour pouvoir avancer » insiste-t-elle.
La situation politique en France et ses répercussions à l’étranger
Outre les sujets qui concernent nos compatriotes hors du territoire national, le climat social et politique en France inquiète fortement les Français de l’étranger. Ils en sont « d’autant plus conscients qu’ils lisent non seulement et qu’ils voient non seulement les médias français, mais les médias de leur pays (…) C’est une véritable inquiétude », souligne Sophie Briante Guillemont.
Pour sortir de cette impasse, notre invitée l’affirme « d’autant plus que, comme on est indépendant à l’ASFE, on a toute l’attitude pour le dire, c’est vrai qu’on n’a pas le poids des partis politiques nationaux derrière, mais le fait de pouvoir choisir la France avant son parti, c’est quelque chose qui nous tient extrêmement à cœur ». Et elle conclut sur une note d’optimisme : « rien n’est perdu. Mais c’est sûr que dans la situation actuelle, on a du mal à voir la lumière, mais je pense qu’elle existe ».
Après une première tentative de former un gouvernement dimanche dernier, le 05 octobre, Sébastien Lecornu a de nouveau présenté à Emmanuel Macron une équipe ministérielle ce 12 octobre au soir. Si officiellement, il a succédé à François Bayrou lors de la passation de pouvoir, mercredi 10 septembre, la France est toujours à l’arrêt depuis plus d’un mois.
Si on dit Sébastien Lecornu, comme étant « apte aux compromis », le nouveau Premier ministre a dû jongler entre les exigences du PS et la défection des LR. Menacé de censure par La France Insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN), Sébastien Lecornu est attendu, avec une semaine de retard, mardi à l’Assemblée pour sa déclaration de politique générale. Il a annoncé ce dimanche 12 octobre au soir son gouvernement. 34 ministres ont été nommés. Pour les Français de l’étranger, on fait le tour de ceux qui vont diriger la France alors que notre Nation affronte de nombreux périls.
Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur
Ce fonctionnaire, né le 19 février 1964 à Bourges, dans le Cher, est issu d’une famille de pieds-noirs d’origine espagnole ayant quitté l’Andalousie à la fin du XIX siècle pour s’installer à Oran, en Algérie, il est le fils d’un architecte, Jean-Marie, et d’une institutrice. Ses parents sont rapatriés en France en 1962, deux ans avant sa naissance, et s’installent à Bourges, où il grandit entouré de sa sœur jumelle et de son frère cadet.
Après avoir obtenu un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en gestion des collectivités locales à l’université de Tours, il débute sa carrière en 1987 au service économique du conseil général du Cher, avant de devenir inspecteur des impôts. En 1997, il est admis à l’École nationale d’administration (ENA). Deux ans plus tard, il intègre le ministère de l’Intérieur, à la direction générale des collectivités locales (DGCL), en tant qu’administrateur civil.
En 2005, sa carrière décolle au sein du ministère de l’Intérieur, où il dirige le bureau de la gestion du corps préfectoral. Trois ans plus tard, il devient directeur de cabinet du préfet de Seine-Saint-Denis, Claude Baland.
De 2012 à 2015, il est directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Bernard Boucault. Il est confronté à plusieurs crises majeures, notamment les manifestations de La Manif pour tous et les attentats de janvier 2015 contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. En 2015, il est nommé préfet de police des Bouches-du-Rhône. Le 22 juin 2017, dans le cadre de la réorganisation du renseignement voulue par Emmanuel Macron, il est nommé directeur général de la Sécurité intérieure (DGSI), en remplacement de Patrick Calvar, optant pour une politique d’ouverture.
C’est en 2018, qu’il bascule en politique auprès d’Emmanuel Macron. En octobre de cette année, il entre au gouvernement en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, dans le second gouvernement d’Édouard Philippe. Ensemble, ils affrontent la crise du mouvement des Gilets jaunes. Il enchaine ainsi les postes dans les gouvernements qui se succèdent avant de devenir, sur proposition du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, préfet de police de Paris, en remplacement de Didier Lallement. Côté vie privée, il est marié et père de deux filles.
Roland Lescure, un macroniste transatlantique, nouveau ministre de l’Économie
Jusqu’au dernier moment, on ne savait pas s’il partait ou non. Finalement, Roland Lescure conserve son portefeuille. Ancien banquier, député des Français de l’étranger et ministre de l’Industrie sous Élisabeth Borne, ce Franco-Québécois (premier vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), l’un des plus importants fonds de pension d’Amérique du Nord dont il supervise 80 % de l’activité) incarne une synthèse rare : un profil à la fois technocrate et politique, ancré dans les réalités des expatriés et les enjeux industriels français.
Son parcours, jalonné d’engagements en faveur de la compétitivité et de l’innovation, en fait un acteur clé pour affronter les crises économiques actuelles – inflation persistante, désindustrialisation, transition écologique – dans un contexte de tensions budgétaires et de montée des extrêmes.
Gérald Darmanin, avec ses ambitions présidentielles, était sur la liste des partants. Mais surprise, celui qui n’a jamais caché son souhait de rester garde des Sceaux, le restera. Il pourra donc finir sa mission soit au moins construire quatre nouvelles prisons de haute sécurité.
Dimanche dernier, Gérald Darmanin avait aussi appelé à « une inflexion sociale« , relevant « la détestation des élites et des politiques » « très importante« . Il semblerait qu’il fut attendu par le Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Édouard Geffray, directeur général de l’Enseignement scolaire, devient ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Edouard Geffray est titulaire d’une maîtrise d’histoire et diplômé de l’institut d’études politiques de Paris, et sort de l’École nationale d’administration (ENA) en 2005 (promotion Romain Gary). Il entre alors au conseil d’État. Jusqu’en 2012, il y occupera successivement les fonctions de rapporteur à la 10e sous-section, responsable du centre de documentation et de recherches juridiques et rapporteur public. Depuis septembre 2020, il est conseiller d’Etat en service extraordinaire. Nommé directeur des affaires juridiques, internationales et de l’expertise à la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) en 2012, il en devient le secrétaire général, de 2012 à 2017.
Avant de rejoindre le ministère de l’Éducation nationale, où il occupe le poste de directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) entre 2019 et 2025.
Édouard Geffray, Ministre de l’Éducation
Rachida Dati reste à la Culture
Les LR sont partis mais Rachida Dati demeure ministre de la Culture. Le soutien de Renaissance alors qu’elle brigue la mairie de Paris en mars semble plus important que le soutien des LR. Réponse au printemps, alors, qu’elle sera jugée pour corruption dans l’affaire Renault/Nissam dans moins d’un an ?
Jouera-t-elle un rôle de liant pour un gouvernement qui dépend fortement du soutien des LR pour ne pas tomber ?
C’est une vraie surprise, Jean-Pierre Farandou, ancien PDG de la SNCF, rejoint le gouvernement de Sébastien Lecornu, comme ministre du travail.
Jean-Pierre Farandou est diplômé de l’École des Mines de Paris, une des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs en France. Après ses études, il commence sa carrière dans une entreprise minière américaine, Amax, basée à Denver, aux États-Unis. Et c’est en 1981 qu’il rejoint la SNCF en tant que chef de gare, marquant ainsi le début de sa carrière dans le secteur ferroviaire. Il y fera toute sa carrière.
Au fil des années, Jean-Pierre Farandou gravit les échelons au sein de la SNCF. En 1993, il est nommé chef de projet pour le lancement de la ligne TGV Paris-Lille, un des projets phares de l’entreprise. Il joue également un rôle déterminant dans la fondation de Thalys International à Bruxelles, où il occupe le poste de directeur général jusqu’en 1998. Il continue d’assumer diverses responsabilités, notamment comme directeur des ressources humaines et directeur régional de Rhône-Alpes, la plus grande région ferroviaire de France.
En novembre 2019, Jean-Pierre Farandou succède à Guillaume Pepy à la présidence de la SNCF. Son mandat est marqué par la transformation de l’entreprise en société anonyme à capitaux publics, ainsi que par la mise en place de réformes structurantes. En 2023, il prend également la tête de Fer de France, une association réunissant les principaux acteurs du secteur ferroviaire.
En 2024, il fait face à des tensions sociales importantes liées à un accord sur la fin de carrière des employés de la SNCF, un sujet qui devient un point de friction avec le gouvernement français en raison de la réforme des retraites. C’est lui qui a concédé 2 années de moins aux cheminots qui partent donc toujours à 60 ans. Un bon signe pour la gauche, une inquiétude pour ceux qui sont attentifs au budget de la Nation.
Jean-Pierre Farandou, ministre du travail
Jean-Noël Barrot, toujours ministre des Affaires étrangères
En période de crise, il a été décidé de ne pas modifier le cap diplomatique et c’est donc Jean-Noël Barrot qui conserve le Quai d’Orsay.
Ce dernier, porte un nom politique célèbre. Son père, Jacques Barrot, décédé en 2014, a été une figure de la démocratie chrétienne : ancien ministre, ancien commissaire européen. Son grand-père, Noël, était aussi député. D’où ce record : la première circonscription de Haute-Loire a été « détenue » par la famille Barrot sans discontinuer ou presque de 1945 à 2004. Jean-Noël fut aussi conseiller départemental de Haute-Loire. Avant d’être élu député une première fois en 2017, mais dans les Yvelines. Il a été réélu en juillet avec près de 73 % des suffrages, ce qui en faisait le candidat de l’ex-majorité le mieux réélu au second tour.
Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères
Eléonore Caroit, ministre déléguée de la Francophonie et des Français de l’étranger
Née à Paris en juillet 1985 d’un père français et d’une mère dominicaine, Éléonore Caroit part à l’âge de trois ans vivre à Saint-Domingue en République Dominicaine où elle y fera toute sa scolarité. À 17 ans, elle rentre à Paris et intègre Sciences Po. Elle se dirige ensuite vers des études de droit international et sera diplômée de l’école de droit de Sciences-Po / Paris I. Elle passera d’ailleurs son premier barreau à New York et devient avocate spécialisée en contentieux international. Après quelques années passées à Paris, la Française décide de partir pour Genève en 2015, accompagnée de son mari franco-suisse et de leur jeune enfant. Là-bas, elle est d’abord recrutée par un cabinet d’avocat spécialisé en arbitrage avant de rejoindre une structure en tant qu’associée. De nationalité franco-dominicaine, Eléonore Caroita fait le choix d’acquérir la triple nationalité suisse.
De ses expériences en République Dominicaine, à New York et à Genève, Éléonore Caroit a constaté une évolution entre l’expatrié d’il y a 30 ans et le jeune expatrié d’aujourd’hui. C’est cette vision qu’elle a portée lors des élections de 2022 où elle remporta la deuxième circonscription des Français de l’étranger, l’Amérique latine et les Caraïbes, pourtant classée à gauche. La jeune députée renouvela son succès en 2024 après la dissolution et naturellement se retrouve désormais à la tête du portefeuille des Français de l’étranger et à la Francophonie.
Eléonore Caroit, ministre des Français de l’étranger
C’est donc la protégée du parlementaire démissionnaire Stéphane Vojetta qui remporte ce 2eme tour de l’élection législative dans la 5eme circonscription. Selon les résultats du vote par internet, qui constitue la grande majorité des suffrages exprimés, Nathalie Coggiadeviendrait ainsi la nouvelle députée des Français de l’étranger avec plus de 65 % des voix exprimés contre moins de 35 % en faveur de la candidate de gauche, LFI – Les écologistes, Martha Peciña (en attente de la publication des résultats définitifs) Dans le contexte politique que nous connaissons, nos compatriotes d’Espagne, du Portugal, d’Andorre et de Monaco ont donc accordé leur confiance à une candidate qui portait les couleurs du parti du président de la République.
Nathalie Coggia confirme son avance au deuxième tour
Arrivée en tête au premier tour de la législative partielle avec 26,35 % des suffrages, l’ancienne suppléante de Stéphane Vojetta, Nathalie Coggia, semble avoir confirmé son avantage. Alors que nous l’avions reçue pour la première fois sur nos antennes pour sa première interview de campagne en plein cœur de l’été, lors de la saison des barbecues et autres crumbles de courgette, tout indique, dans les résultats encore provisoires, que Nathalie Coggia siégera à l’Assemblée nationale. Elle devrait rejoindre le groupe « Ensemble pour la République », présidé par Gabriel Attal, auquel était apparenté le député démissionnaire.
À gauche, le premier tour s’était joué en ordre dispersé, avec des candidatures du Parti socialiste, de Place publique de Raphaël Glucksmann et de Martha Peciña qui s’était présentée sous l’étiquette LFI–Les Écologistes. Qualifiée pour le second tour avec 15,80 % des voix, et constituer le duel des finalistes, cette dernière n’a pas réussi à renverser la tendance, malgré l’appel du parti d’Oliver Faure à voter en sa faveur.
Une participation quasi similaire entre les deux tours
120 797 électeurs inscrits sur les listes électorales étaient appelés aux urnes pour ce second tour de l’élection législative partielle des Français de l’étranger. 17 595 d’entre eux, soit 14,57 % de la totalité des personnes pouvant s’exprimer, avaient déposé leur bulletin dans l’urne électronique par internet. Ils étaient 14,42 % à le faire lors du premier tour de cette élection dansla 5e circonscription des Français établis hors de France.
Au second tour des votants par internet, le résultat est le suivant : 10 454 personnes (65,17 %) ont voté en faveur de Nathalie Coggia, et 5 602 ( 34,89 %) en faveur de Martha Peciña. 1 539 ont voté blanc. Le résultat du vote à l’urne viendra ajuster ce résultat.
Nathalie Coggia, nouvelle députée des Français de l’étranger de la 5eme circonscription
Ainsi, les aléas de la situation politique française qui se sont déroulés entre les deux tours de ce scrutin, notamment la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu et sa reconduction à Matignon, n’ont donc pas suscité de sursaut de mobilisation chez les Français établis en Espagne, au Portugal, en Andorre et à Monaco. La participation totale pour ce second tour, en y incluant le vote à l’urne « physique », devrait tourner autour des 18-19 %, contre 17,02 % enregistrée il y a quinze jours, lors du premier passage par les urnes pour ce scrutin. Le résultat définitif de cette élection partielle sera connu un peu plus tard, et publié par le ministère de l’Intérieur.
À l’Assemblée nationale, mais pour combien de temps ?
C’est dans un climat politique français singulier que Nathalie Coggia, nouvelle députée des Français de l’étranger, ira siéger à l’Assemblée nationale. Les enjeux pour nos compatriotes établis hors du territoire national restent importants en cette période : entre l’avenir des écoles françaises à l’étranger au sein du réseau de l’AEFE, la protection sociale, à la lumière des recommandations qui seront issues des Assises dédiées actuellement en cours, la fiscalité, l’accès à la culture, l’emploi, la modernisation des services consulaires, les retraites et la reconnaissance des périodes d’activité entre la France et le pays de résidence, … Autant de sujets sur lesquels nos expatriés attendent des avancées tangibles.
Or, le temps est peut-être déjà compté avant une nouvelle élection législative anticipée. Tour à tour reconsidérée puis à nouveau écartée, la menace de dissolution plane toujours au-dessus du Palais-Bourbon, même après la reconduction de Sébastien Lecornu au poste de Premier Ministre le 10 octobre.
Nathalie Coggia nouvelle députée des Français de l’étranger de la 5eme circonscription (Espagne, Portugal, Andorre, Monaco)
Autre fait qui pourrait avoir un impact sur cette élection. Stéphane Vojetta, qui avait du démissionner de son mandat de député de cette circonscription en juillet dernier, en conformité de la décision rendue par le Conseil constitutionnel, le rendant également inéligible pour un an, a décidé de contester cette situation et de présenter un recours devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH). Dans un communiqué, il indique souhaiter que « la France soit condamnée pour cette décision et contrainte à modifier la loi électorale ». Et il « appelle par ailleurs solennellement le Conseil Constitutionnel à publier l’intégralité des délibérations ayant conduit à cette décision. » À suivre…
Les armées du Josué encerclent la ville de Jéricho, tournent sept fois autour des murs, sonnent sept fois de la trompette, les murailles s’effondrent. Ce miracle porte un nom : la reddition. Ni par la faim, ni par la défaite, par la seule voix des trompettes. Les ondes miraculeuses atteignent le cœur, les armes sont jetées à terre, les pierres s’effritent, les défenseurs abandonnent. Dans la non-guerre d’aujourd’hui, les trompettes sont dans les airs, les terres, les mers. Les murailles dans les têtes. C’est dire si elles sont fragiles.
Pete Hegseth, ministre de la « guerre », selon la nouvelle appellation de la « défense », a donné une leçon aux 800 généraux et amiraux américains. Il a dénoncé une armée « wokiste », des généraux obèses, – comme leur chef suprême – qui doivent recommencer à faire des pompes. Les puces, briques d’une armée moderne, en font-elles ? Trump prépare ses troupes à remettre de l’ordre dans les villes démocrates, comme si elles étaient sur le point de faire sécession. Le cœur de la démocratie libérale américaine brûle.
Telle est la façon de faire la guerre : fissurer les ennemis par l’intérieur.
En Chine, les purges continuent. Rythmée de l’immuable chorégraphie de Frédéric II, l’Armée Populaire défile avec ses danseuses au pas cadencé. Les soldats, à force d’imiter les robots, leur laissent la place. Les drones désorganisent les aéroports, les navires fantômes les ports, les trolls biaisent les élections, falsifient, partout répandent « l’esprit qui toujours nie ». Telle est la façon de faire la guerre : fissurer les ennemis par l’intérieur. La guerre ne reprend son vrai visage de bombes que lorsqu’elle l’impunité la rend possible.
Ainsi l’Ukraine devait tomber en trois jours. Jamais Poutine n’avait pensé mener une guerre pour des années, avec des centaines de milliers de morts. La guerre devait se passer sans guerre. Hélas, un pas a entraîné l’autre. La stupide fierté des dictateurs, parce qu’ils craignent qu’un échec ne mine leur autorité, est de ne jamais reculer, jusqu’au désastre. Il n’est pas impossible que Poutine ne conduise la Russie au désastre. C’est même une hypothèse très sérieuse. Ce n’est pas forcément une bonne chose car son désastre de le mener à n’importe quoi. Bachar et Ianoukovitch ont trouvé refuge chez lui, mais chez qui peut-il se réfugier ? Renverser Poutine ne viendra que de l’intérieur, alors il élimine ses généraux, assassine ses proches, autant d’hommages aux cendres de son ami Prigogine.
Quelle autodestruction pour Israël ! Les antisémites en profitent
La guerre ne se fait que lorsqu’elle est impunie. Ainsi à Gaza, un gouvernement antiterroriste terrorise les populations, craignant une pénurie de munitions, finit par accepter la paix des ruines. Quelle autodestruction pour Israël ! Les antisémites en profitent, jouent les redresseurs de torts. Les attentats se multiplient, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne. En France, alors que les Juifs représentent 1% de la population, ils concentrent 60% des actes xénophobes et racistes. Depuis le 7 octobre, le nombre d’actes antisémites a quadruplé. Partout où la société s’enflamme sur la « question palestinienne », brûle la « question juive ». Entretenir le conflit, le magnifier, c’est délicieux. Chacun se gorge de sa bonté criminelle.
La haine a gagné. L’atroce pogrom aura entraîné le désespoir d’Israël et de Gaza. Le plan Trump promeut la solution à trois États, sans État. Un faux État en Cisjordanie, coupé en deux par l’extension des colonies. Un faux État à Gaza, sous tutelle internationale. Et Israël en sursis. Car tant qu’il n’aura pas d’État pour faire la paix, Israël sera menacé, y compris de l’intérieur. C’est d’ailleurs l’absurdité de refuser un État palestinien : Annexer la Cisjordanie ou Gaza revient à peupler Israël une d’une majorité de Palestiniens, une stratégie de guerre civile.
Entretenir le conflit, le magnifier, c’est délicieux. Chacun se gorge de sa bonté criminelle.
Le plan pour Gaza donne aux pays arabes la clé d’Israël. Les Israéliens pensent qu’avec les Américains, ceux-ci ne bougeront jamais. Mais les Américains, eux, ne bougeront-ils pas ? Les Israéliens oublient les trompettes de Jéricho. L’antisémitisme devient légitime. Les jeunes marocains défilent contre Israël et la vie chère, ondes de destructions massives.
Tandis que Vance, Hegseth et Trump entendent mobiliser les militaires contre les villes démocrates, les vraies guerres se passent ailleurs. À moins que ce ne soit la même.
Les guerres sont subliminales. Multi vectorielles, elles concentrent leur feu sur le point G de la paralysie neuronale : Désarmer l’attrait pour la démocratie, attiser les crises internes, activer les peurs. Qui peut former une équipe, un bataillon, quand on se méfie de son voisin ?
Désarmer l’attrait pour la démocratie, attiser les crises internes, activer les peurs.
Le principe même de la guerre froide était un combat moraliste. Partout s’activaient des propagandistes. Le communisme bardé d’espérance, revendiquait la noblesse du combat. Il entraînait des cohortes de combattants de l’ombre sacrificiés jusqu’aux aveux. L’Empire s’effondra, quand, à l’hypocrisie cynique s’ajouta l’impasse économique. Mais en premier vint l’effondrement moral.
La Chine reprend cette stratégie. Aidée par ses proxys : casser l’Europe, la désarmer de l’intérieur, car l’Europe reste le seul vrai point de résistance idéologique. Une partie de l’Amérique promeut, comme tant d’autres, l’illibéralisme. La Chine, peut-elle gagner ? Riche, unie, soudée, prête à sacrifier sa population sous surveillance, elle ne peut l’emporter sans que s’agrègent d’autres espérances. Personne ne rêve d’être chinois.
Le vrai face-à-face se joue entre le modèle chinois et le modèle européen.
Le vrai face-à-face n’est pas entre les États-Unis et la Chine, puisqu’ils sont prêts à des deals. Ni entre l’Europe et la Russie, qui ne sont pour l’instant que des acteurs secondaires. Le vrai face-à-face se joue entre le modèle chinois et le modèle européen. L’uniforme contre la diversité, l’ordre contre la liberté. Allemands et Français l’ont compris. Merz et Macron ont constaté d’une seule voix que jamais le modèle démocratique n’avait été aussi fragile, aussi menacé. Ils seraient bien inspirés de ne fabriquer qu’un seul avion.
Les cinquièmes colonnes s’activent. Chez les industriels et au Parlement européen. Insoumis et Patriotes s’allient, comme en France, pour censurer la Commission. Sans succès, pour l’instant. Rarement partis auront autant moqué leurs noms : des patriotes qui défendent les adversaires de leur pays, des insoumis qui se soumettent à l’avance aux autocrates. Orban le Hongrois et Fico le Slovaque, renforcé par Babis le Tchèque, travaillent à la fin de l’Europe, au nom des intérêts légitimes de chaque « nation ». Le monde n’obéirait qu’à la force et l’intérêt, alors les suivre. Ou plutôt, les faire apparaître, ont décidé les Chinois.
Ce qui est remis en cause, c’est la double victoire des démocraties sur les totalitarismes au siècle dernier
Xi Jinping propose au reste du monde une cartographie assez simple des intérêts : obtenir pour les humiliés de l’histoire une revanche sur l’Occident colonial, donner aux peuples fierté nationale et progrès économique, avec pour corollaire une société ordonnée, dans laquelle le pouvoir n’est jamais remis en cause. En face, l’Europe, contestée en son sein par les illibéraux et les décolonialistes, s’accroche à son vieux triptyque : droits de l’homme, démocratie, état de droit. Sont-ils encore des références en Amérique, en Israël, dans les pays arabes, en Asie centrale, même au Japon, gagné, lui aussi, par une sorte de revanchisme révisionniste ?
Il suffit que l’un des deux piliers manque, Allemagne ou France. Quand on enlève la pierre d’angle, la muraille s’effondre
Ce qui est remis en cause, c’est la double victoire des démocraties sur les totalitarismes au siècle dernier, celle de 1945, celle de 1989. La démocratie libérale redevient minoritaire dans le monde. Les démocrates deviennent minoritaires dans leur propre pays. Les Européens deviennent antieuropéens. Les antisémites s’affichent. Les Israéliens quittent Israël. Par les satellites, les drones, les robots, mille trompettes agitent les tempêtes sous les crânes. Poutine peut s’effondrer. Xi Jinping s’essouffler. Trump revenir à la raison, comme en Ukraine. Mais l’Europe aussi. Peu importent une victoire en Roumanie, une défaite en Tchéquie, il suffit que l’un des deux piliers manque, Allemagne ou France. Quand on enlève la pierre d’angle, la muraille s’effondre. Vous entendez les trompettes ?
Laurent Dominati
a.Ambassadeur de France
a.Député de Paris
a.Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app de paiement des Français de l’étranger, France Pay