Le lycée français Molière de Madrid, creuset fertile du biculturalisme franco-espagnol

Le lycée français Molière de Madrid, creuset fertile du biculturalisme franco-espagnol
L’établissement de la Mission laïque française à Madrid développe un programme, en français et en espagnol, qui permet aux élèves de faire partie de la francophonie et de sa culture comme du monde hispanophone. 

Eh ! La directrice a dit : ‘En français’ !”, rappelle Noa, 9 ans, à ses camarades qui bavardent allègrement en espagnol. Au-dessus de leurs têtes, quatre expressions idiomatiques évoquant des légumes sont peintes sur des panneaux de bois, plantés au fond du “potager” de la cité scolaire de la Mission laïque française (MLF) près de Madrid. Sous le soleil de 13 heures, les élèves de CM1 arrachent les mauvaises herbes, retournent la terre ou observent un escargot, ce mardi 16 mars, quatrième jour de la semaine de la francophonie dans le monde. Une tranche de vie en français dans le cœur de l’Espagne, pour faire germer les graines d’une double culture dans ces esprits en construction.

Le Potager

Ici, la semaine de la francophonie, c’est tous les jours”, s’amuse Alix Martelly, directrice des classes de primaire. Implantée à Villanueva de la Cañada, à une vingtaine de kilomètres de Madrid, la cité scolaire Molière accueille des élèves de la petite section de maternelle (autour de 3 ans) à la terminale, au lycée (autour de 17 ans). Ils reçoivent tous les enseignements du système français en même temps qu’ils doivent assimiler les savoirs requis par le système espagnol. Ils terminent leur scolarité avec deux diplômes : le baccalauréat et le bachillerato, son équivalent de l’autre côté des Pyrénées.

Le multiculturalisme se fait tout seul, dans la cour de récréation. Quand ils sont devant nous les élèves parlent en français, mais dès qu’on a le dos tourné, c’est l’espagnol qui reprend le dessus

Stéphanie Agathon, documentaliste de la cité scolaire Molière de Madrid

Le but de l’établissement est de former des esprits dans lesquels cohabitent la culture du pays de Cervantès avec celle du pays de Molière. Plus de 40 % des élèves sont issus de familles espagnoles. Parmi les autres, une bonne partie vient de familles dont un des parents est natif du royaume. La majeure partie de l’équipe pédagogique, elle, vient de France.

Apprendre le français, apprendre en français

Alix Martelly, la directrice du primaire dans la salle dédiée à la
grande section en maternelle à Madrid

Dans une classe de maternelle, un groupe d’enfants de 4 à 5 ans est absorbé par les couleurs de la peinture qu’ils étalent sur leurs feuilles, un peu avant midi. “Je vais me laver les mains”, annonce une petite fille à l’institutrice avant d’interroger sa camarade : “¿Y tú, ya las tienes limpias?” (“Et toi, tu as déjà les mains propres ?” en espagnol, NDLR). Ils ont encore l’élocution maladroite de la petite enfance mais passent déjà d’une langue à l’autre comme si de rien n’était.

La francophonie, ce sont deux choses : apprendre la langue et la culture à travers le cinéma, la musique, la lecture ou l’histoire. Mais c’est aussi apprendre en français, ce qui est différent du fait de simplement apprendre la langue

Valérie Servissol, proviseur du lycée de la cité scolaire.
Martina, espagnole qui a suivi toute sa scolarité au Lycée Molière

Résultat : “Je sens qu’il y a une autre culture qui est ancrée en moi, alors que je suis totalement espagnole”, explique Martina, 17 ans, élève de terminale au lycée Molière. Elle est née et a grandi à Madrid, dans une famille espagnole. Mais elle a fait toute sa scolarité ici. La jeune fille s’exprime dans un français parfait. Seul un autre interlocuteur bilingue notera, çà et là, une expression typiquement espagnole traduite dans notre langue. Sans accent.

Comme les ados de Paris, Marseille ou Lyon, Martina rit aux vannes d’“Amixem ou de Squeezie”, des youtubeurs qui font un carton dans l’Hexagone. Dans ses playlists, la chanteuse bruxelloise Angèle côtoie une certaine Amaia, artiste pop célèbre auprès du jeune public en Espagne. “Dans mes goûts, les livres que je lis, la musique que j’écoute, c’est surtout du français.” 

Pour elle, le choix est déjà fait. Elle fera ses études en France. Passionnée d’informatique, elle rêve de continuer sa route avec une double licence “maths et info”. 

Jeter des ponts entre les cultures

Chaque année, en moyenne, 55 jeunes comme elle sortent du lycée Molière avec le bac en poche. Et un bagage leur permettant de jeter des ponts entre le monde hispanophone et celui de la francophonie. 100 % de réussite au bac, un réseau d’anciens élèves bien placés, cet établissement privé revendique une excellence du modèle français.

60 % des élèves du lycée Molière enchaînent sur des études supérieures en Espagne. 30 % choisissent la France. “Et puis il y a une petite dizaine de pourcents qui va un peu partout dans le monde”, complète Valérie Servissol. En dehors de la “biculture” franco-espagnole, la Mission laïque française (MLF) chapeaute un réseau de 112 établissements scolaires à travers les cinq continents. “Au-delà du biculturalisme, il y a le multiculturalisme. Notre objectif est vraiment l’éducation des citoyens de demain, ouverts sur le monde. L’autre n’est pas un problème, l’autre est intéressant.” 

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