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  • L’UE va durcir ses règles en matière de visas pour certains pays

    L’UE va durcir ses règles en matière de visas pour certains pays

    Bruxelles se prépare à durcir les conditions d’octroi de visas et de révision des exemptions de visas pour les pays tiers non coopératifs, selon une note de la Commission. Le texte, transmis aux États membres et consulté par Euractiv, présente un plan pour une « politique des visas moderne et adaptée à l’objectif visé» qui facilitera l’arrivée de talents en Europe et rendra l’octroi de visas plus difficile pour les pays non coopératifs.

    La double approche de la future stratégie de l’UE en matière de visas reflète une ambition plus large du second mandat d’Ursula von der Leyen : utiliser les outils de politique interne pour faire progresser les objectifs géopolitiques du bloc.

    La carotte et le bâton

    Selon la proposition, l’UE réexaminerait les exemptions de visa tous les trois ans, ou plus tôt en cas de « circonstances exceptionnelles », et serait en mesure de suspendre ou de retirer les exemptions grâce à un processus plus rapide et plus souple que ce qui est prévu par le système actuel.

    Bruxelles serait également en mesure d’imposer des restrictions ciblées en matière de visas aux pays dont « les relations avec l’UE se sont gravement détériorées », notamment des interdictions de voyager pour les fonctionnaires ou la suspension de tous les visas non essentiels.

    Cette mesure s’accompagnerait d’une application plus stricte de l’article 25 bis du code des visas, qui lie la délivrance des visas au degré de coopération des pays tiers avec l’Union en matière de réadmission et de gestion des migrations.

    La note de la Commission suggère également de « recalibrer » cette règle afin de permettre la suspension partielle ou totale des visas pour certaines catégories de voyageurs — comme les passeports diplomatiques et toutes les demandes de court séjour — si un pays tiers refuse de reprendre ses ressortissants. La même idée pourrait s’appliquer aux visas de long séjour et aux titres de séjour.

    Dans le même temps, le plan vise à rendre l’UE plus attrayante pour les chercheurs, les fondateurs de start-ups et les travailleurs hautement qualifiés, en invoquant la pénurie persistante de main-d’œuvre et en encourageant l’innovation.

    Il préconise de recommander aux États de l’UE de simplifier les procédures de délivrance des visas de long séjour et des titres de séjour pour ces travailleurs, ainsi que de consolider leurs droits.

    Contrôle passeports
    Contrôle passeports – Image illustration ©Getty Images/Nicolas Economou_NurPhoto

    La stratégie prévoit également d’octroyer des fonds européens pour aider les consulats à traiter les demandes des travailleurs qualifiés et des étudiants, et d’ouvrir la porte à des visas Schengen à entrées multiples d’une durée de 10 ans pour les voyageurs « de bonne foi » afin d’aider les entreprises. La note ne précise pas le montant qui serait alloué à cette initiative.

    Le rôle de Frontex

    Pour que cette politique fonctionne dans la pratique, la Commission propose une réorganisation structurelle. Elle prévoit notamment la création d’un bureau d’aide aux visas de l’UE au sein de l’agence européenne des gardes-frontières et des gardes-côtes (Frontex). Cette nouvelle unité formerait les agents consulaires et enverrait même du personnel temporaire supplémentaire pour aider les consulats surchargés pendant les périodes de pointe.

    La stratégie prévoit également une surveillance accrue des entreprises privées qui traitent les demandes de visa pour le compte des pays de l’UE, ainsi que la première étude à l’échelle de l’UE sur les pratiques d’externalisation, un sujet sensible depuis les scandales impliquant des prestataires de services externes.

    Le Parlement européen et le Conseil se prononceront une fois que la stratégie de l’UE en matière de visas aura été officiellement présentée dans le courant de l’année.

  • La grande rupture américaine

    La grande rupture américaine

    Le président Donald Trump a décidé d’apporter son soutien à son homologue argentin, Javier Milei, avec lequel il partage un goût affirmé pour la disruption. En visite officielle le 14 octobre prochain à Buenos Aires, le chef de l’État américain a accordé une ligne financière de 20 milliards de dollars, soit l’équivalent de la moitié des réserves de change de l’Argentine, afin de rassurer les investisseurs sur la solidité des réformes monétaires engagées. Ce soutien vise à enrayer la dépréciation du peso argentin.

    Mobilisation du Trésor américain

    Le Trésor américain envisage même de mobiliser l’Exchange Stabilisation Fund, un fonds en dollars qui n’avait plus été utilisé pour venir en aide à un pays étranger depuis 2002. Huit mois après le début de son second mandat, Donald Trump a profondément remodelé la diplomatie financière américaine. Pendant des décennies, celle-ci visait à réduire la pauvreté tout en consolidant l’influence des États-Unis. Les financements passaient par l’aide bilatérale, le FMI ou la Banque mondiale, dont Washington demeure le principal actionnaire.

    Désormais, la Maison-Blanche a coupé la moitié des flux financiers sortants, provoquant l’inquiétude des institutions multilatérales. Les États-Unis ne se retirent pas du développement international : ils en redéfinissent les règles. La diplomatie financière américaine devient plus sélective et instrumentalisée. Les ressources sont réservées aux alliés idéologiques, aux dirigeants jugés stratégiques par Donald Trump et aux pays qu’il souhaite soustraire à l’influence de Pékin. Le soutien américain est désormais explicitement politique. En avril, Scott Bessent, secrétaire au Trésor, avait cherché à apaiser le FMI et la Banque mondiale en promettant de maintenir l’appui américain, sous condition d’une réforme de leurs pratiques.

    Depuis, il leur demande de réduire leurs engagements globaux. L’administration affiche une volonté claire de désarticulation progressive des institutions multilatérales.

    Réorganisation des institutions américaines

    Dans le même temps, trois grandes agences américaines ont été réorganisées pour servir cette nouvelle orientation. En juillet, l’USAID, principale agence d’aide, a transféré ses derniers crédits au département d’État, chargé de leur trouver de nouveaux usages. La Millennium Challenge Corporation, organisme de prêts aux infrastructures, gelée au printemps, a été autorisée à reprendre ses activités, mais son budget a été réduit de 75 %. En 2026, le département d’État devrait contrôler la quasitotalité du budget des affaires internationales (31 milliards de dollars), soit deux fois moins qu’en 2025.

    Troisième pilier, la Development Finance Corporation (DFC), créée par Donald Trump lors de son premier mandat, dispose d’un portefeuille de prêts plafonné à 60 milliards de dollars, financé en partie par des investisseurs privés. La Maison-Blanche souhaite relever ce plafond à 250 milliards, ce qui nécessiterait l’approbation du Congrès. Dans ces trois institutions, la ligne directrice est désormais claire : moins de subventions, davantage de prêts à des conditions proches du marché et d’investissements en capital. Tout projet non rentable devra répondre à des priorités très ciblées, sous peine d’être rejeté. Les fonds ainsi économisés doivent être redirigés vers les partenaires jugés loyaux. Alors que les États-Unis évitaient traditionnellement les plans de sauvetage bilatéraux, préférant les confier au FMI, cette approche est désormais privilégiée. L’Argentine en est l’un des premiers bénéficiaires.

    La rivalité sino-américaine en toile de fond

    Malgré son tropisme isolationniste, Donald Trump n’hésite pas à mobiliser les ressources publiques pour se constituer de nouveaux alliés. Fidèle à la doctrine Monroe, il entend faire de l’Amérique latine son arrière-cour. Faute de pouvoir compter sur le président brésilien Lula, il a jeté son dévolu sur Javier Milei. Mais Washington prend un risque. Buenos Aires puise rapidement dans ses réserves de change pour soutenir le peso, condition essentielle à la maîtrise de l’inflation. Même avec l’appui américain, les besoins de l’Argentine en devises restent considérables pour financer ses importations et honorer ses remboursements.

    À travers cette nouvelle stratégie d’aide aux pays émergents, Washington cherche avant tout à contrer la Chine, devenue le premier créancier bilatéral mondial. Depuis 2016, Pékin a accordé quelque 185 milliards de dollars de prêts de sauvetage, se plaçant juste derrière le FMI. Les gouvernements bénéficiaires de ces fonds se montrent généralement peu enclins à soutenir les positions américaines, notamment lorsqu’il s’agit de relever les droits de douane à l’encontre de la Chine.

    « Les guerres commerciales sont bénéfiques et faciles à gagner », affirmait Donald Trump en 2018, un an avant de rencontrer le président chinois Xi Jinping à un sommet du G20 au Japon. © Sipa /Susan Walsh

    La rivalité sino-américaine s’intensifie. Donald Trump a ainsi demandé à Javier Milei de mettre fin à la ligne de swap de 18 milliards de dollars conclue avec les banques chinoises, et de cesser la vente de soja à Pékin. Les États-Unis s’engagent également dans le financement d’infrastructures à l’étranger, imitant la stratégie chinoise. Un nouvel instrument, l’America First Opportunity Fund, doté de 3 milliards de dollars et confié à Marco Rubio, secrétaire d’État, pourrait financer des projets jugés stratégiques, tels que des réseaux de télécommunications en Asie du Sud-Est ou des programmes d’exploitation halieutique dans le Pacifique Sud. Des prêts pourraient aussi être accordés à certains gouvernements latino-américains prêts à refuser l’accès à leurs ressources minières stratégiques aux groupes chinois.

    Pour Donald Trump, toute aide extérieure doit avant tout servir les intérêts nationaux américains. Le département d’État place désormais au cœur de ses priorités les ressources rares, les composants électroniques de pointe et les équipements de défense.

    La Maison-Blanche a offert à la Zambie des incitations pour accélérer l’exploitation de ses mines, conditionné une partie de l’aide militaire à l’Ukraine à l’accès à ses minerais, et prépare un accord du même type avec la République démocratique du Congo. La réorientation de la politique extérieure pourrait s’avérer coûteuse. Si, dans un premier temps, la Maison-Blanche avait promis de réduire l’aide internationale, rivaliser avec Pékin sur le terrain du crédit extérieur demeure une gageure.

    Selon le Council on Foreign Relations, les deux principales banques publiques chinoises totalisaient à elles seules plus de 500 milliards de dollars de prêts en 2024. Même avec le soutien du Congrès, Donald Trump ne pourrait mobiliser qu’environ 300 milliards de dollars. En Chine, certains appels à une réduction de ces aides émergent, ce qui constituerait une aubaine pour Washington. Jusqu’à présent, Donald Trump a agi sans réelle considération pour le coût de sa stratégie. Ses conseillers espèrent que, confronté à l’ampleur des financements requis, il modérera ses ambitions. Dans ce cas, les plans de sauvetage bilatéraux et les contremesures anti-Chine pourraient céder la place à des projets miniers plus ciblés. Mais si l’extension du mandat de la DFC se concrétise, la Maison-Blanche pourrait paradoxalement devenir un bailleur de fonds plus généreux encore que sous Joe Biden — une orientation qui risquerait de heurter une partie des partisans du mouvement « MAGA ».

  • Les mesures du projet du budget 2026 pour les Français de l’étranger

    Les mesures du projet du budget 2026 pour les Français de l’étranger

    Après la longue séquence, plus d’un mois, de constitution du gouvernement de Sébastien Lecornu, le Projet de loi de finances (PLF) 2026 a enfin été divulgué ce mardi 14 octobre à l’occasion du premier Conseil des ministres. Mais ce n’est que le début d’un long parcours législatif qui va conduire le texte à être étudié par les deux chambres du Parlement. Les sénateurs mais surtout les députés (qui auront le dernier mot) ont soixante-dix jours pour adopter la Loi de finances 2026. Pour les Français de l’étranger, on fait le point sur les mesures qui pourront les impacter.

    La contribution des plus aisées prolongée

    Si vous avez tout ou une partie de vos revenus encore fiscalisés en France et que ceux-ci dépassent 250 000 euros pour un célibataire, et 500 000 euros pour un couple (hors enfant), vous serez comme cette année assujeti(e) à la Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) est maintenue en 2026.

    Selon le texte, cette mesure de justice fiscale correspond à un effort ciblé sur les foyers aux revenus élevés qui, notamment par un recours soutenu aux dispositifs fiscaux dérogatoires, voient leur taux effectif d’imposition diminuer. Les expatriés sont donc particulièrement ciblés.

    Surtout que les Français de l’étranger vont échapper à la taxe sur le patrimoine financier des holdings patrimoniales. Inspirée de ce qui a déjà été mis en place aux États-Unis et en Irlande, la taxe sera due par les résidents français, qui détiennent des holdings situées à l’étranger, précise le texte. Elle doit cibler jusqu’à 30 000 structures. Et devrait rapporter entre 1 et 1,5 milliard d’euros (Le taux proposé actuellement est de 2%). Mais si vos entreprises sont en France, que votre holding, basée dans l’UE, bénéficie de la directive « mère-fille », il y aura toujours franchise sur l’impôts des sociétés et les dividendes versées par votre holding seront fiscalisées selon les règles de votre pays de résidence officiel, là où vous êtes résident(e) fiscal(e).

    Retraité(e) fiscalisé(e) en France ?

    Une nouvelle disposition va frapper principalement les fonctionnaires et assimilés retraités. En effet, ces derniers, dans la grande majorité des cas (à vérifier dans la convention fiscale liant votre pays de résidence et la France), sont fiscalisés comme un résident français sur la pension versée.

    En effet, le PLF propose la création d’un abattement forfaitaire de 2 000 euros, applicable aux pensions de retraite perçues par chaque membre du foyer fiscal en lieu et place de l’abattement de 10 % sur l’impôt sur le revenu comme pour les actifs. Concrètement si votre pension est supérieure à 20 000 euros alors vous payerez plus d’impôt sur les revenus 2025 et les années suivantes.

    Le nouveau gouvernement de Sébastien Lecornu présente ce mardi son projet de budget pour 2026
    Le nouveau gouvernement de Sébastien Lecornu présente ce mardi son projet de budget pour 2026. ©Sipa/Alain Jocard-pool

    Détaché(e) et/ou toujours affilié(e) à la CPAM ?

    Actuellement, les malades reconnus en affection longue durée (ALD) bénéficient d’une prise en charge à 100 % du montant remboursable par l’Assurance Maladie. En cas d’arrêt maladie, ils peuvent déduire de leur impôt sur le revenu l’intégralité des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale pendant cet arrêt. Le PLF 2026 propose de supprimer cet avantage fiscal, qui coûte 700 millions d’euros à l’État. Cette mesure touchera peu d’expatriés, mais ceux qui sont détachés seront pleinement exposés à cette modification.

    Visa, titre de séjour

    Les Français de l’étranger ont souvent créé des liens avec les populations avec qui ils partagent leur vie dans le pays de résidence. Parfois, ils se sont mariés, eu des enfants, sans toujours faire les démarches nécessaires auprès du consulat.

    Dans ce cas, même en tant que conjoint(e) ou descendant(e), vos proches sont des « étrangers » au sens légal. Sauf pour les citoyens européens, il faut souvent donc visa ou titre de séjours pour venir en France. Et le gouvernement a décidé de les cibler. Il propose, dans le PLF, une hausse des droits de timbre pour les titres de séjour, les visas et les demandes de nationalité.

    Le coût d’une carte de séjour augmentera de 100 €, celui d’une naturalisation de 200 €. En bonus, une nouvelle taxe de 40 € sera créée pour l’échange d’un permis étranger (même européen) contre un permis français. Ces hausses, destinées à rapprocher la France de la moyenne européenne, devraient rapporter 160 millions d’euros par an.

    Légion d’honneur, prix Nobel et sportifs de haut niveau

    Vous êtes, surement, peu à être concerné, mais pour ceux qui ont reçu la Légion d’honneur, la médaille militaire comme la médaille du travail ou un prix Nobel, l’exonération à l’impôt sur le revenu du traitement attaché des sommes perçues dans ce cadre est supprimée. De même, pour les déductions des dépenses engagées par les sportifs professionnels pour leur reconversion.

    Quid des Français de l’étranger ?

    A ce jour, les détails ne sont pas connus, mais le financement de la Caisse des Français de l’étranger, comme celui des retraites des professeurs de l’AEFE (une bombe qui peut assécher les finances du réseau, ne sont pas à l’évidence une priorité du gouvernement.

    Quels seront aussi les budgets alloués au rayonnement français, aux associations ou tout simplement à l’administration consulaire ? Et l’État français va-t-il s’attaquer à votre épargne en France ? Les détails dans les prochaines semaines au fil des examens en commission de notre Parlement. On suivra avec attention cette actualité, comme toujours, pour la retranscrire le plus fidèlement possible dans les meilleurs délais.

  • Jean-Hervé Fraslin : « au sein de l’AEFE, il est possible de faire mieux pour moins cher »

    Jean-Hervé Fraslin : « au sein de l’AEFE, il est possible de faire mieux pour moins cher »

    Les écoles françaises à l’étranger sont-elles en péril ? Comment réformer le réseau de l’AEFE qui comprend 612 établissements scolaires dans 138 pays ? Pour éclairer ces questions, Lesfrancais.press a interrogé Jean Hervé Fraslin. Élu des Français de Madagascar, il préside la commission en charge notamment de l’enseignement à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) ? Pour lui, au sein de l’AEFE, « il est possible de faire mieux pour moins cher ». Au cours de ce podcast, il esquisse plusieurs pistes de changements.

    Écouter le podcast avec Jean-Hervé Fraslin

    AEFE : une véritable inquiétude pour les parents ?

    Alors que la 43e session plénière de l’AFE se tient actuellement à Paris, les 90 élus de l’Assemblée examinent plusieurs dossiers touchant nos expatriés. Si la nouvelle ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, a déjà sur son bureau de nombreux sujets, l’un d’eux prend une ampleur croissante : la réforme des écoles françaises à l’étranger au sein du réseau de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) pourrait devenir une des priorités.

    « Les raisons de s’inquiéter de la situation de l’AEFE existent.
    Elles sont même assez nombreuses et elles ne sont pas récentes
    »

    Jean-Hervé Fraslin, président de la commission de l’enseignement AFE

    Depuis plusieurs mois, parents, élèves et enseignants alertent sur la situation de leurs écoles françaises à l’étranger. Ont-ils raison de s’inquiéter de l’avenir de leurs collèges et lycées hors de France ? Notre invité répons sans ambages « Oui, malheureusement, les raisons de s’inquiéter existent. ». Et il ajoute également qu’« elles sont même assez nombreuses et elles ne sont pas récentes ».

    Quelles réformes pour l’AEFE ?

    Alors qu’il siégeait au conseil d’administration de l’AEFE, Jean‑Hervé Fraslin dit avoir « identifié les difficultés structurelles liées à la conception même de cette agence et aux méthodes de gestion qui ne (me) semblent pas adaptées à l’époque contemporaine ». Pour y remédier, « plusieurs pistes pourraient être explorées », précise notre invité, dont il évoque quelques‑unes au cours de l’interview. Il souligne également que la place des parents devrait être mieux reconnue, notamment au regard de leur contribution au budget de fonctionnement des établissements.

    Jean-Hervé Fraslin, élu des Français de Madagascar
    Jean-Hervé Fraslin, élu des Français de Madagascar, Président de la Commission de l’enseignement, des affaires culturelles, de la francophonie et de l’audiovisuel extérieur à l’AFE

    À ce stade, la réforme de l’AEFE n’a pas été détaillée. Les élus des Français de l’étranger seront‑ils associés ? « Pour l’instant, nous ne sommes pas formellement sollicités » nous confie le président de la commission de l’Enseignement de l’AFE, qui appelle à l’ouverture d’un débat. Reste une question : avec quel interlocuteur ? Selon certains observateurs, le pilotage de la réforme ne relèverait plus de l’AEFE, mais plutôt de la DGM (Direction générale de la mondialisation) au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. En écoutant ce podcast, vous découvrirez la position de Jean‑Hervé Fraslin.

    AEFE : vers une gestion ouverte à d’autres acteurs ?

    Au cours de cet échange, Jean‑Hervé Fraslin s’appuie, entre autres, sur son expérience à Madagascar : « J’ai constaté que les acteurs les plus vertueux en matière de gestion n’étaient pas forcément ceux que la direction de l’AEFE appréciait le plus », glisse‑t‑il. Il évoque également de possibles liens entre la hausse des frais de scolarité et l’obtention de subventions.

    « Je crois que l’on peut développer notre réseau de l’enseignement français à l’étranger, à la condition de changer de paradigme, et de ne pas penser qu’il y a un modèle vertueux, unique, celui qui est piloté par la gestion publique »

    Jean-Hervé Fraslin, président de la commission de l’enseignement AFE

    S’appuyant sur les résultats obtenus grâce à une gestion associative de parents, à but non lucratif, notre invité affirme « qu’au sein de l’AEFE, il est possible de faire mieux pour moins cher ». Reste‑t‑il pour autant optimiste quant à l’avenir du réseau d’enseignement français à l’étranger, alors que certains s’inquiètent même de la survie de l’AEFE ?  « Je crois que l’on peut développer notre réseau de l’enseignement français à l’étranger, à la condition de changer de paradigme, et de ne pas penser qu’il y a un modèle vertueux, unique, celui qui est piloté par la gestion publique ». Ce message passera-t-il ?

  • L’AEFE joue sa survie le 20 octobre

    L’AEFE joue sa survie le 20 octobre

    Ils ont tous la date du lundi 20 octobre en point de mire. Les organisations syndicales de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) sont convoquées au ministère des Affaires étrangères à un groupe de travail à haut risque sur la réforme du réseau. Moment attendu par tous, l’instant est redouté par les représentants du personnel qui craignent d’assister au premier acte de démantèlement du réseau de coopération éducative. L’AEFE joue sa survie le 20 octobre pour nombre de représentants des personnels qui y voient le premier coup de semonce avant des bouleversements majeurs du réseau.

    Tous sont pourtant conscients du déficit structurel qui plombe les comptes de l’Agence à cause du poids galopant des pensions civiles. On évoquait plus de 70 millions d’euros au dernier conseil d’administration de l’agence. La réforme semble inéluctable et s’inscrit dans un paradoxe de gestion : le réseau de l’enseignement français à l’étranger continue son expansion et compte un nombre record d’établissements (615 pour 400 000 élèves) alors que se creuse un déficit devenu structurel.

    AEFE : les diplomates à la manœuvre

    C’est la directrice générale de la mondialisation, l’expérimentée Anne Grillo, qui a repris le dossier en main de la réforme depuis un conseil d’administration exceptionnel en juillet dernier. Les diplomates sont désormais à la manœuvre et les services de l’agence condamnés à jouer les utilités et les forces d’appoint. C’est ce raté qui explique le rôle en retrait de l’Agence : une mesure de transfert du poids des pensions vers les seuls établissements conventionnés du réseau avait été rétorquée au dernier moment par le ministre Laurent Saint-Martin. Une double impression d’impréparation et de précipitation avait prévalu. En prenant le leadership, la Direction générale de la mondialisation (DGM) affirme par là même son rôle politique et inscrit la réforme dans une optique plus large que la seule dimension budgétaire. Même si rien ne filtre du dossier aujourdhui, tous les acteurs sattendent à ce que la gouvernance du réseau, le statut demploi des personnels et les différentes ressources financières soient impactés. 

    L’ex Ambassadrice de France au Liban aujourd’hui à la tête de la DGM peut d’ailleurs revendiquer des états de service impeccables qui ont conduit cette ancienne élève de l’ENA au Quai d’Orsay où elle compte 28 années d’expérience. La directrice générale a la particularité d’avoir servi tant en centrale que dans les différents réseaux de la diplomatie politique, culturelle ou éducative.

    Anne Grillo
    Anne Grillo, Directrice générale de la mondialisation

    Des organisations syndicales mobilisées et déterminées à se faire entendre

    L’organisation syndicale majoritaire au sein de l’AEFE, la FSU, n’y va pas par quatre chemins :« La question de la pension civile des personnels détachés est un problème explosif que nous soulevons depuis des années » indique Patrick Soldat son responsable.

    « Il en va de la survie de l’enseignement français à l’étranger »

    Patrick Soldat (FSU)

    Le syndicat dispose de relais importants parmi les établissements et revendique des sections syndicales dans ceux dits « historiques » du réseau que sont les établissements à gestion directe (EGD), mais aussi dans la plupart des conventionnés. La FSU a déjà commencé à battre le rappel de ses troupes à l’occasion des dernières journées de mobilisation nationale. Ainsi le 2 octobre, sur nos antennes, Patrick Soldat déclarait :« On est tout à fait conscients des désagréments causés par une journée de grève (…) mais il en va de la survie de lAEFE, il en va de la survie de lenseignement français à l’étranger ».

    Patrick Soldat
    Patrick Soldat FSU

    Un ton alarmiste et déterminé qui promet sans doute un futur bras de fer avec la DGM si les scénarios les moins favorables devaient advenir. La FSU avec trois sièges au conseil d’administration de l’Agence sera bien représentée à la réunion du 20 octobre puisque les invitations ont été faites selon le nombre de sièges au CA. 

    « C’est une ère nouvelle pour les personnels,
    celle des menaces tous azimuts »

    Djamel Souiah (UNSA)

    L’UNSA quant à elle hausse le ton depuis plusieurs mois. Son dernier communiqué à l’issue du comité social d’administration du 9 octobre titrait sur « lAEFE en danger » et évoquait « trois coups de tonnerre » pour une gestion de l’agence « qui rentre dans une ère nouvelle pour les personnels, celle des menaces tous azimuts et de dangers hybrides faits de pressions professionnelles individuelles et de fragilisation des établissements ». Le secrétaire général du SE-UNSA hors de France, Djamel Souiah est catégorique :

     « Le changement de doctrine est déjà en cours et n’a pas attendu la réforme : lagence ferme pour la première fois des postes pour des enseignants qui seront forcés au départ ». Jusque-là c’était les enseignants partant à la retraite ou qui libéraient leur poste suite à un départ volontaire qui voyait leurs supports budgétaires rapatriés vers Paris.

    Djamel Souiah
    Djamel Souiah, secrétaire général du SE-UNSA

    C’est donc le premier coup de tonnerre d’une gestion déjà en pleine mutation : L’UNSA évoque aussi l’alignement sur le droit local qui serait envisagé pour les contrats de fonctionnaire détachés » « L’AEFE est-elle en train de devenir le laboratoire du dumping social, du moins-disant salarial et du rabotage programmé des pensions ? ».

    Le SNPDEN regrette la méthode retenue par la DGM

    Le SNPDEN, syndicat majoritaire des personnels de direction en France et à l’étranger, comprend la nécessité de la réforme compte tenu du contexte financier en France et celui de l’AEFE en particulier.

    Jean Dayet
    Jean Dayet, secrétaire académique du SNPDEN

    Ainsi Jean Dayet, secrétaire académique du SNPDEN, regrette la méthode : « alors que de nombreux élus sollicitent l’expertise du syndicat pour préparer cette réforme, la Directrice générale de la mondialisation qui la pilote n’a pas encore pris notre attache et organise une concertation avec les seuls élus au conseil d’administration ». Le responsable y participera à ce titre mais déplore le format proposé. 

    « Les rémunérations doivent être attractives pour tous les personnels »

    Frédéric Costes (CFDT)

    La CFDT, première centrale syndicale de France et troisième syndicat représentatif à l’agence part sur une posture réaliste considérant que le financement est à revoir d’urgence « L’AEFE n’a pas été créée pour faire financer par les familles les retraites des fonctionnaires » indique Frédéric Costes, administrateur de l’AEFE pour la CFDT Education monde. Le syndicat rappelle avant toute chose l’attachement au modèle de gestion directe, point de consensus entre les trois syndicats de l’agence.

    Frédéric Costes (CFDT)
    Frédéric Costes (CFDT)

    La CFDT trace également des lignes rouges, comme le glissement des contrats de droit français vers le droit privé pour les personnels détachés de l’agence ou la préservation absolue des droits syndicaux.  Autre point dur : « Les prestations familiales doivent être unifiées et améliorées pour tous, quel que soit le statut, avec un budget abondé pour mettre fin aux inégalités de traitement ».

     Dans ce paquet social défini par le syndicat « les rémunérations doivent être attractives pour tous les personnels, sans distinction de mission ou de statut ».« Dès le 20 au soir,  nous nous remettrons à l’œuvre pour agir avec vous pour un avenir juste et digne pour tous les personnels de l’Agence. »

    Serrer les rangs pour éviter un passage en force ?

    Des déclarations des syndicats représentatifs de l’AEFE ressort l’impression qu’une réforme majeure se prépare dans un climat d’inquiétudes très larges et partagées. Les syndicats ont d’ailleurs choisi de demeurer, au niveau de l’agence et du réseau, dans le format d’intersyndicale pratiqué au niveau national et de serrer les rangs. Si chacun reste dans sa sensibilité propre et des expressions publiques séparées, la distinction entre organisations réformistes et contestataires s’efface devant l’importance de l’enjeu et la nécessité de défendre l’opérateur public et ses établissements à un moment où le statu quo n’est plus à l’ordre du jour.

    La méthode de communication suivie par la DGM, avec une concertation pour l’heure réduite à la réunion du 20 octobre suscite des doutes.

    Les élus, sénateurs et députés, consultent de leur côté et le nouveau gouvernement vient tout juste de se mettre en place avec la reconduction du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. La nouvelle ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Éléonore Caroit, aura fort à faire pour avoir de l’influence sur une réforme dont les grandes lignes ont été pensées sans elle.

    Un passage en force des diplomates se prépare-t-il dans un contexte de fragilité politique extrême ? Ou au contraire une réforme échelonnée sur plusieurs exercices budgétaires sera-t-elle rendue nécessaire par ce qui ressemble de plus en plus à une crise politique durable ? Une chose est sûre : le 20 octobre c’est l’avenir de la coopération éducative française et de ses personnels qui sera en jeu.

  • La cour des comptes européenne alerte sur les fonds post-Covid

    La cour des comptes européenne alerte sur les fonds post-Covid

    Lors de la présentation de son rapport annuel publié jeudi 9 octobre, le président de la Cour des comptes européenne, Tony Murphy, a déclaré que la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) de l’UE, d’un montant de 650 milliards d’euros, était exposée à des risques accrus, les États membres se précipitant pour respecter les délais de financement. À ce jour, seuls 367 milliards d’euros ont été versés depuis décembre 2020, et seuls 40 % des objectifs fixés pour août 2026 ont été atteints.

    « C’est une entreprise colossale », a déclaré Tony Murphy. « D’après notre expérience passée […] lorsque nous faisons pression sur les pays de l’UE pour qu’ils dépensent de l’argent, nous constatons une corrélation directe avec les erreurs qui se produisent », a-t-il expliqué après avoir présenté les principales conclusions du rapport mercredi.

    28 paiements non conformes

    Le rapport a révélé que six des 28 paiements de subventions au titre de la FRR n’étaient pas conformes aux règles applicables et a signalé « des problèmes persistants de fiabilité » dans les rapports des pays de l’UE. Il s’agit notamment des risques de double financement, du démantèlement de mesures déjà financées, de la faiblesse des contrôles et du manque d’informations sur les fraudes éventuelles.

    En juillet, le président de la Cour des comptes avait confié à Euractiv que la Commission européenne s’était « déchargée » de sa responsabilité financière grâce à la conception des plans de la FRR, ajoutant que les auditeurs « n’avaient même pas de base pour dire si cela avait fonctionné ».

    Tony Murphy, Président cour des compte
    Tony Murphy, Président cour des compte ©Parlement européen/Laurie Dieffembacq

    Lutter contre les fraudes

    Dans son propre rapport publié mercredi, la Commission insiste sur le fait que « la lutte contre la fraude, la corruption et les conflits d’intérêts reste une priorité absolue ». Elle a également exhorté les États de l’UE à « accélérer la mise en œuvre », tout en affirmant que leurs « systèmes donnent des résultats positifs ».

    Les députés européens avaient demandé que les financements au titre du fonds de relance post-Covid, qui doivent prendre fin en août 2026, puissent être prolongés de 18 mois, mais leur demande a été rejetée par la Commission.

  • Cherchons le bouc émissaire !

    Cherchons le bouc émissaire !

    En France, la technique du bouc émissaire est éprouvée. Quand la situation se tend, la désignation d’un coupable, d’une victime expiatoire, est de mise. L’acrimonie et l’impuissance générale se concentrent alors sur lui. Comme tout, a tendance à remonter au sommet en France — à tort ou à raison — la cible est aisée à désigner. Le pays éprouve, en outre, toujours des difficultés à se mouvoir en période de turbulences.

    Le peuple, cet ingrat qui s’ignore

    Face aux épreuves, les dirigeants sont rarement soutenus et bien souvent trahis par leurs proches. En 1814, Napoléon Ier fut lâché en pleine campagne de France par ses généraux, ceux-ci préférant négocier avec l’ennemi afin de conserver tout ou partie des gains accumulés lors des précédentes guerres.

    Après Waterloo, Fouché favorisa la Restauration dans l’espoir d’en tirer profit ; à ce jeu, Talleyrand s’en sortit mieux. En 1830, en 1848 ou en 1870, après la défaite de Sedan, le pays s’effondra comme un château de cartes. Le pouvoir est fragile en France. Il est aussi de plus en plus éphémère. Si, dans le passé, la durée des mandats pouvait atteindre quinze, voire plus de vingt ans, aujourd’hui, l’exercice du pouvoir est de plus en plus court, surtout depuis le passage au quinquennat.

    Les seconds mandats sont bien souvent des chemins de croix. Ce fut le cas pour le général de Gaulle, pour François Mitterrand ou pour Jacques Chirac. Celui d’Emmanuel Macron ne fait pas exception. Le président exerce réellement son pouvoir durant les deux premières années : entre 1981 et 1983 pour François Mitterrand, de 1995 à 1997 pour Jacques Chirac — les grandes grèves de décembre 1995 mirent fin à ses ardeurs réformatrices —, de 2007 à 2008 pour Nicolas Sarkozy, de 2012 à 2014 pour François Hollande, qui fut ensuite en butte aux frondeurs, et de 2017 à 2018 pour Emmanuel Macron dont l’action fut entravée par la révolte des Gilets jaunes.

    Edouard Philippe et Emmanuel Macron, lundi pendant les commémorations du 11 Novembre.
    Edouard Philippe et Emmanuel Macron, lundi pendant les commémorations du 11 Novembre. ©LUDOVIC MARIN / REUTERS

    La pression permanente des médias, et désormais des réseaux sociaux, s’ajoute à celle des électeurs à travers les sondages d’opinion : elle impose son agenda aux dirigeants. Il y a quarante ans, un président de la République pouvait quitter le territoire sans que cela se sache, pour des périodes pouvant atteindre plus d’une semaine. La violence des propos sur les réseaux sociaux, la multiplication et la diffusion des fake news rappellent les libelles et les nouvelles du temps de la Révolution française. L’objectif demeure le même : la déstabilisation du pouvoir. Qu’elles soient d’origine nationale ou étrangère, ces campagnes contribuent à fragiliser le pouvoir.

    L’Élysée, l’Alpha et l’Oméga ?

    Pourtant, la fonction présidentielle reste un Graal au vu du nombre de candidats putatifs pour 2027. Dans ce combat pour l’Élysée, force est de constater que l’assainissement des finances publiques ne figure pas parmi les priorités affichées par les uns et les autres.

    Depuis 1988, chaque élection présidentielle s’est gagnée sur le thème du « toujours plus » de dépenses et non sur celui du rééquilibrage budgétaire. Raymond Barre ne passa pas le premier tour avec son programme de rigueur. Il en alla de même pour Édouard Balladur en 1995 et pour François Bayrou en 2007. Le pouvoir se conquiert par le rêve. En 2025, la France n’est pas encore au bord du précipice mais elle s’en approche. L’écart de taux avec l’Allemagne est au plus haut : il atteint désormais plus de 80 points de base, contre moins de 50 avant la dissolution de juin 2024. Nul ne sait le jour ni l’heure de la sanction. Il suffirait qu’une ou plusieurs grandes banques internationales émettent un jugement négatif sur la soutenabilité de la dette publique française pour provoquer une forte hausse des taux.

    Une crise sociale, un budget irréaliste, un dérapage masqué du déficit suffiraient à précipiter l’orage. La France peut compter, jusqu’à présent, sur la vitalité de son épargne et sur la force de certains secteurs économiques. Mais ses atouts ne permettront pas de compenser éternellement la dégradation de ses finances publiques. Le principe selon lequel « l’intendance suivra », mantra de nombreux dirigeants et candidats aux fonctions suprêmes, ne saurait être transformé en alibi éternel.

  • Madagascar, coup d’État militaire

    Madagascar, coup d’État militaire

    Ce mardi 14 octobre, on a appris que le Président Andry Rajoelina s’était enfui de l’île dans un avion français depuis dimanche dernier. Ce jour, après la destitution du chef de l’État par l’Assemblée nationale, alors qu’il venait de tenter de dissoudre l’hémicycle, une unité militaire a annoncé « prendre le pouvoir ». Air France annonce de son côté prolonger la suspension de ses liaisons jusqu’à vendredi inclus. On fait le point pour les Français de l’étranger.

    Un vote quasi-unanime contre Andry Rajoelina

    Au total 130 des 163 députés, soit plus de la majorité des deux tiers requise, ont voté mardi en faveur de la destitution d’Andry Rajoelina. Elle aurait normalement dû être avalisée par la Haute cour constitutionnelle, dont la dissolution a finalement été annoncée mardi par le colonel Michael Randrianirina, qui prend le pouvoir.

    L’unité militaire, qu’il dirige, avait joué un rôle majeur dans le coup d’État de 2009. En 2025, celle-ci a renversé le rapport de force en se joignant samedi aux manifestations qui ont commencé le 25 septembre. Ses officiers ont appelé les forces de sécurité à « refuser de tirer » sur les manifestants, avant de rejoindre ces derniers dans le centre de la capitale.

    Andry Rajoelina et Michael Randrianirina
    Andry Rajoelina à droite et Michael Randrianirina à droite ©AFP Reunion

    La place de la France ?

    L’ancien président, Andry Rajoelina (disposant aussi de la nationalité française), a donc été exfiltré par un avion militaire français le 12 octobre 2025. Un accord avec le président Emmanuel Macron aurait permis cette exfiltration. Les autorités françaises indiquent, pourtant, qu’elles n’interviennent en aucune manière dans la crise malgache.

    Car si un départ a été autorisé pour permettre une transition pacifique, Paris rappelle fermement qu’en aucun cas la France n’interviendra militairement à Madagascar. Les forces militaires françaises du sud de l’océan Indien, basées à La Réunion, n’iront pas plus loin, il n’y aura pas d’intervention sur la Grande Île, martèlent-elles.

    Surtout que plus de 100 000 Malgaches vivent en France et que 40 000 de nos compatriotes (binationaux inclus) sont installés dans cette ancienne colonie française. Leur sécurité est une priorité de Paris et des autorités consulaires sur place. L’ambassade, comme le consulat, invite nos compatriotes à éviter de circuler sur l’île.

    « En raison des événements qui se déroulent actuellement à Tananarive, l’Ambassade de France et le Consulat général rappellent qu’il est vivement conseillé d’éviter tout déplacement et de rester à son domicile. »

    Message de l’ambassade de France ce 14 octobre 2025

    En cas d’urgence, le Consulat général a mis en place une adresse électronique dédiée, [email protected] et 4 numéros locaux :

    • +261 (0)32 12 11 010
    • +261 (0)34 12 11 010
    • +261 (0)32 12 611 85
    • +261 (0)32 07 816 82
  • La « crise de régime (…) n’aura pas lieu » pour Sébastien Lecornu

    La « crise de régime (…) n’aura pas lieu » pour Sébastien Lecornu

    Sébastien Lecornu a prononcé son discours, très attendu, de Politique générale. Le Premier ministre devant les députés a assuré ce mardi 14 octobre que la « crise de régime (…) n’aura pas lieu ». Et en effet, après son allocution, alors que le chef du gouvernement était menacé de censure par les oppositions, le Parti socialiste a annoncé ne pas les voter. Pour les Français de l’étranger, on fait le point.

    Suspension de la réforme des retraites

    C’est cette mesure qui a décidé le PS de pas participer aux votes, de jeudi contre le gouvernement, initiés par LFI et le RN. Ainsi, Sébastien Lecornu a acté la suspension de la réforme des retraites « jusqu’à l’élection présidentielle » de 2027. Cette décision portera à la fois sur la mesure d’âge et la durée de cotisation.

    « Aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028, comme l’avait précisément demandé la CFDT. En complément, la durée d’assurance sera elle aussi suspendue et restera à 170 trimestres jusqu’à janvier 2028 »

    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale ce 14 octobre 2025

    Concrètement, les Français, résidents ou non-résidents, pourront faire valoir leur droit à la retraite dès 62 ans et 9 mois jusqu’en 2028. Mais cette suspension a un coût,  « 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027 », a néanmoins prévenu Sébastien Lecornu.

    « Cette suspension bénéficiera à terme à 3,5 millions de Français.
    Elle devra donc être compensée par des économies.
    Elle ne pourra pas se faire au prix d’un déficit accru »

    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale ce 14 octobre 2025

    Le premier ministre a aussi proposé la tenue d’une conférence sur les retraites et le travail avec les partenaires sociaux « dans les prochaines semaines » afin de discuter de « l’ensemble de la gestion du système de retraite ».

    Cette décision qui éloigne le spectre d’une France ingouvernable a été accueilli avec soulagement par les marchés. En effet, la référence des investisseurs internationaux, le taux d’emprunt de la France à dix ans s’est établi à 3,41 % vers 16 h 40, contre 3,47 % à la clôture lundi soir. Mieux, le spread, qui signale l’écart entre le taux d’emprunt français et le taux d’emprunt allemand, s’est réduit à 0,8 point de pourcentage, une première depuis la mi-septembre.

    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale
    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale

    Maintenir l’objectif d’un déficit de moins de 5%

    Mais si pour éviter la crise institutionnelle, Sébastien Lecornu a renoncé à la mesure phare des mandats d’Emmanuel Macron, il n’abandonne pas les exigences budgétaires.

    « J’ai accepté la mission que m’a confiée le président de la République parce que la France doit avoir un budget, parce qu’il y a des mesures d’urgence à prendre sans attendre, c’est un devoir »

    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale ce 14 octobre 2025

    Ainsi, pour Sébastien Lecornu, le déficit « devra être à moins de 5 % » du PIB en 2026. Pour lui, une « panne budgétaire » et une crise « réjouiraient » les ennemis de la France.

    La fiscalité des très grandes fortunes

    Enfin, Sébastien Lecornu a reconnu dans son discours « des anomalies » dans la fiscalité des très grandes fortunes, souhaitant « une contribution exceptionnelle » des Français les plus riches dans le prochain budget.  Car « Il faut reconnaître qu’il peut y avoir des anomalies » dans la fiscalité des très grandes fortunes, selon la déclaration du premier ministre devant les députés. Une phrase qui donne écho à la volonté du Parti socialiste qui réclame une mesure de justice fiscale.

    « Nous demanderons à créer une contribution exceptionnelle des grandes fortunes que nous proposons d’affecter au financement des investissements du futur qui touchent à notre souveraineté, pour les infrastructures, la transition écologique ou la défense »

    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale ce 14 octobre 2025

    Il a promis également d’« encadrer l’optimisation fiscale – en particulier celle qui passe par les holdings ». Pourtant la holding n’existe pas dans les statuts français et la remontée des bénéficies au sein des l’Union européenne est organisée par la fameuse directive « mère-fille » qui échappe au champs de compétences du Premier ministre.

    Changement de méthodologie

    Dans sa déclaration de politique générale qui aura duré une demi-heure, Sébastien Lecornu a également confirmé l’abandon de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution, qui permet l’adoption d’un texte sans vote.

    « C’est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat, notamment budgétaire mais pas seulement, dans tous les domaines, vivra, ira jusqu’au bout, jusqu’au vote »

    Sébastien Lecornu, Premier ministre à l’Assemblée nationale ce 14 octobre 2025

    Il prend donc au mot les parlementaires en les mettant face à leur responsabilité tant comme groupe comme individuellement. Une nouvelle façon de concevoir la Vème République, permettra-t-elle d’avoir un budget et une stabilité politique, la réponse dans quelques mois.

  • L’ancien député des Français de Suisse condamné et SDF

    L’ancien député des Français de Suisse condamné et SDF

    Joachim Son-Forget, devenu Eva depuis sa transition de genre en novembre 2024, était député des Français de Suisse. Elle est désormais SDF et doit rendre des comptes à la justice en raison de son comportement. Un premier jugement vient de condamner Joachim-Eva Son-Forget à du sursis.

    Délit de fuite après accident matériel

    Le samedi 15 juin 2024, la Mercedes que conduit Joachim-Eva déboule devant le Palais Bourbon à grand renfort d’accélérations. Des fonctionnaires de police en voiture banalisée s’engagent à sa suite. Aucune équivoque possible : la sirène deux-tons et le gyrophare indiquent au fou du volant la qualité des poursuivants. Boulevards Saint-Germain, Raspail, le pilote est pied au plancher. Alors que les forces de l’ordre se portent au niveau de sa vitre, il/elle brandit sa cocarde tricolore de parlementaire. Un sentiment de toute-puissance, a fortiori lorsque l’on sait que ladite cocarde est périmée depuis son échec aux législatives de 2022 (4,48 % des suffrages dans la 6e circonscription des Français du Lichtenstein et de Suisse).

    Les agents n’ont que faire du symbole de la République, la loi est la même pour tous. Demi-tour raté devant Le Lutetia, luxueux hôtel Art nouveau, choc contre la voiture d’un employé. Dans sa course, il a percuté un véhicule en stationnement, puis a pris la fuite en circulant sur des voies réservées aux cyclistes. Au terme de plusieurs minutes de poursuite, l’ex-député a été bloqué par les policiers, qui lui barraient la route. Interpellé, il a été soumis à un dépistage de stupéfiants, qui s’avérera positif à la cocaïne. 0,7 gramme de poudre blanche a aussi été retrouvé sur lui.

    Pendant son mandat des dérapages en série

    C’est ainsi que se conclurait le passage dans la vie publique que Joachim-Eva Son Forget, déjà marqué par de nombreux dérapages.

    Radiologue de profession, Eva Son-Forget s’est d’abord fait remarquer par une série de déclarations à connotation sexistes publiées sur le réseau X (anciennement Twitter). Fin 2018, dans un message aujourd’hui supprimé, elle s’était attaquée au physique de la sénatrice EELV Esther Benbassa, la décrivant comme étant un «pot de maquillage que vous vous mettez sur la tête».

    Pris de court par un avertissement de son parti, l’auteur du dérapage avait alors claqué la porte de La République en Marche puis créé son propre mouvement «Je suis Français et Européen».  Mais à la même période, la députée avait, déjà, copieusement insulté le président américain Trump de « Donald le Gâteux (…) atteint d’incontinence cérébrale », brisant les codes de la diplomatie française.

    Joachim Son-Forget à l'Assemblée nationale, le 20 mars 2019
    Joachim Son-Forget à l’Assemblée nationale, le 20 mars 2019. ©MAXPPP – Vincent Isore

    Trois ans plus tard, en janvier 2021, la députée profite de la suppression du compte X (anciennement twitter) du président américain Donald Trump pour se faire passer pour lui sur le réseau social. Une « blague » qui n’a pas amusé le réseau social puisque le compte de la députée a par la suite été suspendue.

    Quelques mois après, en février 2020, toujours sur X, la députée (encore sous le nom de Joachim Son-Forget), avait été la seule parlementaire à relayer le site renvoyant vers les images privées à caractère pornographique, attribué à Benjamin Griveaux. L’élue avait justifié son geste par la volonté de « prévenir » le candidat LREM, réfutant toute intention de lui « nuire ».

    Bascule chez Zemmour et échec aux législatives

    En 2022 l’ancienne députée annonce son soutien au candidat nationaliste Éric Zemmour, pour l’élection présidentielle. Ouvertement opposée aux passes sanitaires, Son-Forget avait été éliminée dès le premier tour des élections législatives de 2022, récoltant 4,3% des voix de sa circonscription des Français de l’étranger, comprenant le Liechtenstein et la Suisse. La même année, l’élue avait accusé son ancien parti LREM, devenu Renaissance entre-temps, de harcèlement moral, ce qui avait suscité une vague de polémiques au sein du parti présidentiel.

    Les soutiens d'Eric Zemmour ce dimanche à Villepinte, notamment Jean Messiha, Joachim Son-Forget, Laurence Trochu et Jacline Mouraud
    Les soutiens d’Eric Zemmour ce dimanche à Villepinte, notamment Jean Messiha, Joachim Son-Forget, Laurence Trochu et Jacline Mouraud. ©LP/Delphine Goldsztejn

    D’un hôpital psychiatrique à l’autre à cause de son « identité »

    Aujourd’hui, la situation d’Eva Son-Forget semble avoir empiré. Son état, « physique et mental », ne lui a pas permis de comparaître ce 1er octobre à son procès.

    Son conseil ledit « SDF » depuis plusieurs mois, en proie à « un trouble du genre ». Mais « en sa qualité d’ancienne élue » de la nation, le procureur et la présidente ont considéré que son attitude devait être « exemplaire ». Tenant compte du casier, le tribunal l’a condamnée à 8 mois de prison avec sursis.

    Mais, il comparaîtra de nouveau pour vol de deux robes et d’une veste dans le bureau de la députée Manon Bouquin (RN), commis le 25 mai à l’Assemblée nationale. Le badge toujours actif de l’ancienne députée lui aurait permis de pénétrer dans l’immeuble réservé aux bureaux des parlementaires et aux chambres à coucher. Une fois à l’intérieur, elle s’est dirigée vers l’accueil pour récupérer les clefs de la chambre de la députée RN, que personne ne surveillait. Selon les informations de Libération, Eva Son-Forget serait restée plusieurs heures sur place. Elle aurait quitté la chambre après avoir vidé le minibar qui contenait des jus de fruits, de l’eau et de l’alcool, emportant avec elles les vêtements de l’élue du Rassemblement National.

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