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  • Pour la Chine, « l’OTAN ne devrait pas exister »

    Pour la Chine, « l’OTAN ne devrait pas exister »

    Cette rencontre de trois heures, la première depuis sept ans entre la délégation pour les relations avec la Chine et l’Assemblée populaire nationale chinoise, intervenait après la levée par Pékin des sanctions visant certains anciens et actuels eurodéputés.

    Plutôt qu’un dégel diplomatique, la réunion s’est révélée houleuse. « La partie chinoise a remis en question le droit d’existence de l’OTAN. Je n’avais jamais entendu cela exprimé publiquement de cette manière auparavant », s’est étonné Engin Eroglu, eurodéputé libéral allemand qui préside la délégation.

    « Du point de vue chinois, l’OTAN n’a plus aucune raison d’exister depuis la
    fin de l’URSS. Je trouve cela absurde au vu des agressions russes contre l’Ukraine et les pays d’Europe de l’Est » 

    Engin Eroglu, eurodéputé libéral allemand qui préside la délégation.

    « Ce n’était pas un dialogue », a affirmé Miriam Lexmann, députée européenne de centre-droit membre de la délégation. « Il n’y a eu aucune tentative de répondre à nos questions.»

    Miriam Lexmann a déclaré avoir soulevé des questions relatives aux droits de l’Homme, notamment au Tibet, au Xinjiang, où vit la minorité musulmane ouïghoure, et à Hong Kong, où la Chine a été critiquée pour avoir réprimé les libertés culturelles, religieuses et politiques. Elle n’a cependant obtenu aucune réponse de la partie chinoise.

    Elle a ajouté que les Chinois avaient souligné être alignés sur Bruxelles dans la lutte contre le changement climatique, mais avaient reproché à l’UE de prendre le parti des États-Unis dans la guerre menée par Israël contre le Hamas à Gaza.

    Engin Eroglu
    Engin Eroglu ©Parlement européen

    Chinois et Russes sur la même voie

    L’eurodéputée slovaque s’est également dite « surprise» de voir à quel point les Chinois reprenaient le discours de la Russie sur le rôle de l’OTAN dans la guerre en Ukraine.

    La vice-présidente de la D-CN, l’écologiste Markétka Gregorová, a quant à elle écrit sur X qu’elle n’avait « plus aucun espoir qu’un dialogue soit possible ».

    « Il est incroyable que le président chinois déclare officiellement qu’il est neutre dans le conflit et que l’intégrité territoriale des États doit être respectée, mais que les représentants de son Parlement viennent ici pour répéter la propagande russe »

    L’écologiste Markétka Gregorová

    Les députés européens ont aussi critiqué la décision de Pékin d’imposer des contrôles à l’exportation sur les terres rares, essentielles à de nombreuses technologies contemporaines.

    Par ailleurs, ce mois-ci, le Parlement européen a condamné la détention depuis dix ans par la Chine de l’éditeur suédois Gui Minhai, qui a publié à Hong Kong des ouvrages critiquant Pékin.

    La réunion de jeudi faisait suite aux tentatives de la Chine de renouer des liens avec l’hémicycle européen, au moins depuis novembre dernier. « La visite de la délégation chinoise montre qu’elle commence à respecter et à comprendre l’importance du Parlement européen », note tout de même Engin Eroglu.

    Les deux parties prévoient d’organiser une réunion similaire l’année prochaine.

  • Peste soit les économistes

    Peste soit les économistes

    On appelle économistes des professeurs qui n’ont jamais fait d’économie, comme on appelle politiste des journalistes qui n’ont jamais fait de politique. Hélas, leur influence fut et reste démoniaque : Peste soit les économistes ! À l’exception provisoire de Philippe Aghion, notre cinquième prix Nobel d’économie : Bravo, cocorico. Avec Esther Duflot et Jean Tirole, la France produit des économistes et cumule les déficits. Inconnu en France, Gerard Debreu, premier Nobel français en économie, élabora une théorie mathématique qui, selon le second prix Nobel, Maurice Allais, « n’avait aucune valeur scientifique, tant elle était totalement étrangère au monde de l’expérience. » Allais, qui se disait « socialiste concurrentiel », s’y connaissait en théorie : il avait écrit un « Traité d’économie pure » et sa fameuse « Théorie héréditaire, relativiste et logistique de la demande de monnaie et du taux d’intérêt » est sur toutes les lèvres. Allais proposa de supprimer l’impôt sur le Revenu, l’impôt sur les sociétés pour les remplacer par un impôt sur le capital de 2%. Voilà l’origine de la taxe Zucman. Ce dernier a été rabroué par le nouveau Nobel: « Tu veux faire de la France une prison fiscale ! », a lancé Aghion.

    Keynes, référence du vingtième siècle, fut un des rares économistes à pratiquer l’économie : il fut un spéculateur avisé. Pour le reste, heureusement, il ne fut pas toujours suivi : haut fonctionnaire, il prônait le désarmement unilatéral de l’Empire britannique avant-guerre. Un idiot utile pour les nazis.

    Plus les institutions sont « inclusives », plus le pays est prospère.

    Adam Smith, lui, ne se prétendait pas économiste, mais philosophe. Titre dont s’honorait Marx. Le Nobel Paul Samuelson, dans son manuel d’Économie, prédisait la future domination économique de l’Union soviétique. Bientôt les études marxistes creuseront ce mystère : comment tant d’intelligences idolâtrèrent une pensée aussi pauvre en économie qu’en histoire. Étrange fascination dont le ressort gît peut-être dans le droit au massacre que la pensée génère. « Il n’est pas une idée née d’un esprit humain qui n’ait fait couler du sang sur la terre. », dixit Maurras, dont les siennes furent un exemple. Mieux vaut donc des économistes sans idée. Social-démocrate et spécialiste de la destruction créatrice, Philippe Aghion est aussi brillant qu’humble, ce qui est à son honneur.

    Dans son cours au Collège de France, à la suite de ses amis Nobel Acemoglu, Robison et Johnson, Aghion insiste sur « le rôle des institutions dans le décollage de la croissance ».  Ils tentent d’expliquer les causes de l’inégalité entre les nations.

    Leur thèse : la pauvreté, comme la richesse, dépend des institutions politiques. Politique d’abord ! Plus les institutions sont « inclusives », plus le pays est prospère. Comment avoir des institutions inclusives ? Là revient l’économie : quand le pouvoir trop appauvrit, parfois le pouvoir s’appauvrit et tombe. Quand la population trop s’enrichit, le pouvoir se partage, ou tombe. Quand il tombe, que devient-il ?

    ©PNUD
    ©PNUD

    Ni l’or, le pétrole, le climat, la géographie, les maladies, religions, cultures, n’expliquent richesse et pauvreté.

    La décapitation de Jacques II d’Angleterre a plus favorisé la Révolution industrielle que la machine à vapeur. Déjà connue en Chine et à Byzance, elle amusait l’empereur. La France de Louis XIV dut battre en retraite face aux marchands des  Pays-Bas « républicains ». Les colons américains s’émancipèrent de leurs Lords, ce que ne firent les colons hispaniques.  L’Amérique latine conserva un système féodal, mélange d’esclavage, de pauvreté, et de guerre civile permanente. Le miracle grec, fut aussi un miracle économique, facilité par la diversité des cités, des échanges, des monnaies.

    Ni l’or, le pétrole, le climat, la géographie, les maladies, religions, cultures, n’expliquent richesse et pauvreté. Les institutions seules, quelle que soit la latitude, forgent la matrice.

    Plus les institutions sont « inclusives », font participer la population, plus le degré de liberté des acteurs est large, plus la capacité d’innovation a de chances. L’innovation est  inversement proportionnelle à la part de captation des douaniers (l’État) ou des contrebandiers (pirates, oligarques, cartels légaux et illégaux).

    Quels sont les pays les plus riches aujourd’hui ? Les mêmes qu’il y a cinquante ou cent cinquante ans : Europe, Amérique du Nord, Australie, Japon. Derniers venus : Corée du Sud, Taïwan et Chine.

    Les pays qui osèrent la révolution industrielle, suite de la révolution des Lumières, accumulèrent plus que du capital : un capital de processus, dans la politique, l’économie, l’éducation, qui les maintient parmi les plus riches.

    Plus le pouvoir est diffus, partagé, éclaté, plus l’ordre souple vit.

    Aujourd’hui un autre classement se profile, celui des cent prochaines années. Cette Révolution obéit-elle aux mêmes principes ? Les gagnantes seront-elles les sociétés les plus « inclusives » ? Ou, au contraire, les moteurs de l’innovation obéiront-ils à l’émergence de nouvelles règles, de nouvelles institutions qui n’auront rien à voir avec le modèle « libéral » ?

    Certains pensent seule la puissance garantit le développement. D’autres que les oligopoles, ayant le pouvoir d’informer se moquent des institutions, tout autant que les cartels se moquent des gouvernements.

    Toute société nouvelle produit ses formes de pouvoir. Peut-on croire que « l’inclusivité » sera le facteur déterminant des institutions ? Le Rêve chinois prétend l’inverse.

    C’est la grande bataille entre l’ordre et la liberté. Plus le pouvoir est diffus, partagé, éclaté, plus l’ordre souple vit. Sinon, l’ordre ne s’impose qu’avec le gendarme. Et il faut toujours plus de gendarmes. C’est-à-dire de corruption.

    La planète devient-elle un collier de monarchies plus ou moins électives ?

    La Chine arrête un chef d’entreprise par semaine, en dehors de tout cadre légal, des dirigeants disparaissent. Le Parti décide des investissements. Aux États-Unis, la capacité de l’État à favoriser arbitrairement telle ou telle entreprise ouvre la possibilité d’un régime oligarchique. « No Kings », crient les manifestants anti Trump. La planète devient-elle un collier de monarchies plus ou moins électives ?

    Des milliers de manifestants se sont rassemblés au Independence Mall de Philadelphie pour soutenir la manifestation nationale « No Kings Day » contre l'administration du président Trump, le 18 octobre 2025. © Ricky Fitchett/ZUMA/SIPA
    Des milliers de manifestants se sont rassemblés au Independence Mall de Philadelphie pour soutenir la manifestation nationale « No Kings Day » contre l’administration du président Trump, le 18 octobre 2025. © Ricky Fitchett/ZUMA/SIPA

    Comment maintenir la liberté dans un monde où tout pouvoir peut tout savoir, tout manipuler ? En multipliant les contrôles du pouvoir ? Le contrôle du contrôle justifie aussi l’abus des contrôles. Multiplier les centres de pouvoir pourrait ne revenir qu’à construire des féodalités. Ce qui compte, c’est la dépendance du pouvoir au plus grand nombre. La plus grande « inclusivité » suppose la plus grande répartition du pouvoir, politique et économique.

    La révolution en cours doit déboucher sur la plus grande répartition du capital possible.

    Alors la révolution en cours doit déboucher sur la plus grande répartition du capital possible. L’hypercapitalisme ne suppose-t-il pas des citoyens actionnaires ? L’économiste qui expliquera comment répartir le capital -rétribution substitutive au salariat- mériterait un prix Nobel. Il obéira cette règle : avant de prendre une part de la prospérité, prendre une part du pouvoir. Il rendra alors hommage à Liu Xiao Bo, prix Nobel de la paix, mort en prison, membre du cercle de poètes « Cœurs innocents », moins innocent que les autres prix Nobel : « La fortune se nourrit de décomposition » osait-il. Destruction créatrice, dirait Aghion.

    Laurent Dominati

    a.Ambassadeur de France

    a.Député de Paris

    a.Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app de paiements des expatriés France Pay

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati
  • Éléonore Caroit : « Changer l’image des Français de l’étranger et moderniser leurs services publics »

    Éléonore Caroit : « Changer l’image des Français de l’étranger et moderniser leurs services publics »

    Nouvellement nommée ministre déléguée à la Francophonie, aux Partenariats stratégiques et aux Français de l’étranger, Éléonore Caroit veut mettre son expérience d’expatriée au service de ses compatriotes à travers le monde. Invitée Lesfrancais.press, elle confie : « Je suis née à Paris, mais j’ai grandi en République dominicaine. J’ai vécu à New York, à Genève… Je m’identifie vraiment aux Françaises et aux Français qui vivent un peu partout dans le monde ». Une proximité assumée, qui guide désormais son action au sein du gouvernement de Sébastien Lecornu.

    Écouter le podcast avec Éléonore Caroit

    Donner une nouvelle impulsion à la politique pour les expatriés

    L’ex-députée des Français d’Amérique latine et des Caraïbes compte faire évoluer la politique publique en faveur des expatriés. En collaboration avec son collègue de l’Assemblée nationale  Karim Ben Cheikh, elle souhaite transformer leur proposition de loi en un projet gouvernemental. « L’idée, c’est de trouver une synthèse pour garantir les droits des Françaises et des Français de l’étranger, les rendre plus pérennes, moderniser les services publics et garantir la sécurité et la protection sociale », précise-t-elle.

    « La réalité des Françaises et des Français de l’étranger est méconnue »

    Éléonore Caroit, ministre déléguée à la Francophonie, aux Partenariats stratégiques et aux Français de l’étranger

    Cette réforme devra notamment intégrer les grands chantiers déjà engagés, de l’éducation à la protection sociale, tout en tenant compte des consultations menées auprès des élus et des associations. Notre invitée insiste : « L’important, c’est que ces arbitrages reflètent les besoins de chacun ».

    Changer le regard sur les Français de l’étranger

    Au cours de ce podcast, la ministre a réagi au reportage moqueur sur les élus de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), diffusé dans l’émission C à Vous. Éléonore Caroit a rappelé que « la réalité des Françaises et des Français de l’étranger est méconnue ». Elle déplore que certains les voient encore comme « des exilés fiscaux » ou « des personnes qui auraient abandonné leur pays ». Pour elle, c’est tout le contraire : « Lorsqu’on est un Français ou une Française de l’étranger, c’est un parcours de vie, une aventure, une contribution au rayonnement de la France ».

    Éléonore Caroit ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger - AFE octobre 2025 ©LFP
    Éléonore Caroit ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger – AFE octobre 2025 ©LFP

    La ministre Caroit veut ainsi faire entendre la voix des expatriés dans le débat public, en donnant davantage la parole aux premiers concernés. Elle promet de poursuivre le travail initié par son prédécesseur avec une newsletter dédiée et de renforcer la visibilité de ces témoignages.

    AEFE : remettre à plat le modèle

    Le dossier de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) est au cœur de ses priorités. Ancienne élève et parent d’élève d’un lycée français à l’étranger, la ministre connaît bien le sujet. « Ce réseau est d’une richesse inégalable, mais il est en souffrance financière », reconnait-t-elle.

    « Ce réseau (AEFE) est d’une richesse inégalable, mais il est en souffrance financière »

    Éléonore Caroit, ministre déléguée à la Francophonie, aux Partenariats stratégiques et aux Français de l’étranger

    Des consultations sont en cours pour « remettre à plat le modèle économique de l’agence, sans tabou », associant syndicats, parents d’élèves et élus de terrain. L’objectif : dégager des orientations solides dans le futur projet de loi.

    CFE : protéger les plus vulnérables

    Autre chantier majeur : la Caisse des Français de l’étranger (CFE), aujourd’hui en difficulté. Éléonore Caroit reconnaît une situation économique tendue, tout en rappelant l’importance de cet outil de solidarité : « La CFE accomplit une mission de service public unique, celle de protéger les plus vulnérables ».

    Elle promet notamment d’agir rapidement avec le ministre Jean-Noël Barrot pour garantir la viabilité de la Caisse tout en maintenant un accès équitable à la santé pour tous les expatriés. « Non, les Français de l’étranger ne sont pas tous des exilés fiscaux, et oui, ils ont besoin d’une protection sociale adaptée », insiste-t-elle.

    S’appuyer sur les élus de terrain

    La ministre souhaite développer les dispositifs d’apprentissage du français, notamment en ligne, et renforcer les Alliances françaises. Concernant les difficultés de TV5Monde (suppression des journaux du matin et fin du financement suisse en 2029), elle se montre prudente mais déterminée : « Je me battrai pour que la diffusion de la langue française continue à avoir une présence importante ».

    « La francophonie, c’est aussi une question d’influence, mais c’est surtout un lien avec nos compatriotes à l’étranger »

    Éléonore Caroit, ministre déléguée à la Francophonie, aux Partenariats stratégiques et aux Français de l’étranger

    Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger ©LFP
    Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger ©LFP

    Au cours de cet entretien, Éléonore Caroit lie étroitement ses deux portefeuilles, la Francophonie et les Français de l’étranger : « La francophonie, c’est aussi une question d’influence, mais c’est surtout un lien avec nos compatriotes à l’étranger ».

    « Un portefeuille vaste, mais passionnant »

    Enfin, Éléonore Caroit confie avoir ressenti une émotion particulière en prenant ses fonctions : « Je me sentais un peu à la maison », raconte-t-elle, évoquant le site de Convention où siège l’AFE. Elle conclut avec enthousiasme : « C’est un portefeuille très vaste, mais je suis très heureuse de l’avoir, surtout pour ce qui concerne les Françaises et les Français de l’étranger ».

  • Les Français de l’étranger à la croisée des défis : protection sociale, éducation, climat et sécurité

    Les Français de l’étranger à la croisée des défis : protection sociale, éducation, climat et sécurité

    À l’heure où la mondialisation redessine les contours de la vie des expatriés, les Français établis hors de France font face à une série de défis majeurs, comme en témoigne la 43ème session de l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE) qui a eu lieu du 13 au 17 octobre. Entre réforme de la protection sociale, crise éducative, urgence climatique et enjeux sécuritaires, les élus présents ont dressé un état des lieux sans concession des réalités vécues par les plus de 2 millions de Français résidant à l’étranger.

    Une 43ème session de l’AFE marquée par l’arrivée d’Éléonore Caroit

    Pour la première fois, cette session s’est ouverte en l’absence de la nouvelle ministre déléguée aux Français de l’étranger, Éléonore Caroit, retenue par les formalités de passation de pouvoir avec son prédécesseur, Laurent Saint Martin. Ancienne élue des Français de l’étranger, députée de la 2ème circonscription (Amérique latine et Caraïbes) depuis 2022, Éléonore Caroit est la première franco-dominicaine à entrer dans un gouvernement français. Son parcours international et son engagement de longue date pour les expatriés lui confèrent une légitimité face aux 90 élus de cette assemblée.

    « La CFE ne peut plus assurer ses missions sans une réforme en profondeur »

    un membre de la commission des Affaires sociales de l’AFE

    La ministre a rappelé, lors de son premier échange avec l’Assemblée, son attachement aux Français de l’étranger, qu’elle qualifie de « force vive de la France ». Elle a assuré qu’elle serait présente pour défendre leurs intérêts et a souligné l’importance de la réforme de la protection sociale, de la pérennisation de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE), et de la modernisation des services publics à destination des expatriés.

    Protection sociale des Français de l’étranger : un système à bout de souffle ?

    Depuis mars 2025, les Assises de la protection sociale, lancées par l’ancien ministre Laurent Saint-Martin, et porté par la commission des Affaires sociales, du monde combattant, de l’emploi et de la formation, ont mobilisé des centaines de contributeurs. Le résultat ? 355 propositions, dont 36 jugées prioritaires, pour repenser les aides sociales, les bourses scolaires et le rôle de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE).

    Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger à l'AFE
    Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger à l’AFE

    La CFE est un organisme de Sécurité sociale, de droit privé chargé d’une mission de service public, placé sous tutelle des ministères en charge de la Sécurité sociale et du Budget. Rappelons que l’adhésion à la CFE se fait sans questionnaire médical préalable. Aucune exclusion (catastrophes naturelles, faits de guerre, attentats…) n’est opposée pour la prise en charge des frais de santé. Cette dernière en déficit structurel de 18 millions d’euros en 2024, est au cœur des préoccupations. « La CFE ne peut plus assurer ses missions sans une réforme en profondeur », alerte un membre de la commission présidée par Florian Bohême. Plusieurs propositions ont été faites pour la pérenniser, comme son raccrochement à la Caisse d’assurance maladie ou l’ouverture de nouvelles antennes.

    Éléonore Caroit s’est félicitée de cet exercice de démocratie inédit et a confirmé sa volonté de suivre les propositions faites dans le cadre de ces assises.

    Les violences faites aux enfants et la transmission de la mémoire sont aussi au centre des débats. L’association « Les Papillons », créé par Laurent Boyet, qui déploie des boîtes aux lettres dans les écoles pour libérer la parole des jeunes victimes, a traité 955 dossiers en 2024, un chiffre qui interroge sur l’efficacité des dispositifs de protection. Parallèlement, le Général Renaud Ancelin insiste sur l’importance de la mémoire collective et des valeurs républicaines, notamment à travers des outils numériques innovants.

    Éducation et francophonie : entre excellence et précarité

    Thèmes évoqués par la commission de l’enseignement, des Affaires culturelles, de la francophonie et de l’audiovisuel extérieur. Avec un taux de réussite au baccalauréat de 98,3 %, le réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE), affiche des résultats enviables. Pourtant, derrière ces chiffres se cache une crise financière aiguë : 80 % des dépenses sont consacrées à la masse salariale, et une solution de financement de 25 millions d’euros est nécessaire d’ici 2026 pour éviter une impasse de trésorerie. Éléonore Caroit devra trouver des solutions pour maintenir l’excellence du réseau des écoles françaises hors de France.

    « Au sein de l’AEFE, il est possible de faire mieux pour moins cher »

    Jean-Hervé Fraslin, Président de la commission de l’enseignement AFE

    La francophonie, quant à elle, reste un levier stratégique. L’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF), créée en 1967, et les 829 Alliances Françaises réparties dans 135 pays jouent un rôle clé dans la promotion de la langue et de la culture françaises. L’ouverture du Collège International de Villers-Cotterêts en septembre 2025 marque une étape symbolique pour former les enseignants et cadres éducatifs de demain.

    Climat et commerce : la France entre ambition et réalité

    Alors que le réchauffement climatique atteint +1,24°C, la France se prépare pour la COP 30 en novembre 2025, avec des objectifs ambitieux : évaluation des pays sur la sortie des énergies fossiles, éducation environnementale, et participation accrue à la TeachersCOP. Pourtant, les exportations françaises ont chuté de 2,3 % au T2 2025, et les tensions commerciales avec les États-Unis (droits de douane) et les GAFAM (déséquilibre fiscal) pèsent sur l’économie.

    43eme session plénière de l'AFE
    43eme session plénière de l’AFE

    Le secteur de la défense, deuxième exportateur mondial d’armement, reste un atout majeur. Dassault Aviation, Naval Group ou encore Thales incarnent cette autonomie stratégique, mais la transition écologique et l’innovation verte, portées par des économistes comme Philippe Aghion (Prix Nobel 2025), auditionné par la Commission Développement Durable et du Commerce Extérieur, deviennent des impératifs.

    Sécurité et droits humains : protéger les expatriés dans un monde instable

    La sécurité des Français à l’étranger est plus que jamais une priorité. La commission de la sécurité et des risques sanitaires a auditionné plusieurs élus de pays en crise ainsi que le directeur du centre de crise et soutien. En Ukraine, l’absence de plan d’évacuation a mis en lumière les lacunes des dispositifs consulaires. En Russie, la réduction des structures diplomatiques et en Israël, les dysfonctionnements dans la communication de crise ont révélé des failles préoccupantes.

    Face à ces défis, le Centre de Crise et de Soutien (CdCS) travaille 24h/24 pour gérer les urgences, mais des outils comme le système d’alerte Fil d’Ariane restent sous-utilisés. Parallèlement, la lutte contre les violences intrafamiliales et les violences faites aux enfants mobilise associations et institutions. L’association « Save You », auditionnée par la commission des lois, règlements et Affaires consulaires, a accompagné 600 familles depuis 2022, tandis que les cliniques juridiques gratuites se multiplient, comme à Singapour.

    Fiscalité et finances : un équilibre précaire

    La Caisse des Français de l’Étranger n’est pas la seule institution en difficulté. La commission de l’enseignement, a mis en lumière le programme 151, dédié aux services consulaires et aux bourses scolaires, qui a vu son budget réduit de 5,5 millions d’euros entre 2024 et 2025. La Mission Laïque Française (MLF), malgré un taux de réussite de 100 % au baccalauréat, affiche un déficit de 1,5 million d’euros pour 2024-2025.

    Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes à l'AFE, entouré de Pauline Carmona, Directrice de la DFAE et Hélène Degryse, Présidente de l'AFE
    Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes à l’AFE, entouré de Pauline Carmona, Directrice de la DFAE et Hélène Degryse, Présidente de l’AFE

    Le Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, invité par la commission des finances, de la Fiscalité et du Budget, est intervenu devant la 43e session de l’Assemblée des Français à l’étranger. Il s’est notamment exprimé sur la situation des finances publiques, les enjeux, et sur le rôle essentiel de l’AFE auprès des plus de 2,5 millions de citoyens vivant à l’étranger.

    La commission des Finances a également auditionné la Direction des Impôts des Non-Résidents (DINR) qui innove avec, en projet, un simulateur d’impôt pour aider les expatriés à y voir plus clair. Mais les conventions fiscales, suspendues avec la Russie et la Biélorussie, et en négociation avec la Pologne ou l’Inde, restent un casse-tête pour éviter la double imposition.

    Vers un avenir plus sûr et solidaire ?

    Les commissions appellent ainsi à des réformes structurelles, notamment :

    • Rééquilibrer les finances de la CFE et de l’AEFE,
    • Renforcer la sécurité et l’accès au droit pour les expatriés,
    • Accélérer la transition écologique et l’innovation,
    • Lutter contre les violences et améliorer la protection des plus vulnérables.

    Alors que le rapport final des Assises de la protection sociale est attendu pour décembre 2025, une question persiste : la France saura-t-elle relever ces défis pour ses citoyens à l’étranger ? Prochain rendez-vous de l’AFE du 2 au 6 mars 2026 pour la dernière session de cette mandature.


    Plus d’information sur le site de l’AFE

  • Prix du développement durable AFE pour les « Enfants du Dragon »

    Prix du développement durable AFE pour les « Enfants du Dragon »

    Le Prix du développement durable AFE des Français de l’étranger a dévoilé son palmarès. Parmi les lauréats figure l’association Les Enfants du Dragon. Lesfrancais.press s’est entretenu avec Daniel Verschaere, directeur des partenariats de cette ONG basée au Vietnam. Dans ce podcast, vous découvrirez les actions menées par l’association, notamment le projet d’éco‑ferme pédagogique primé, ainsi que la fierté de son représentant d’avoir reçu cette distinction au Quai d’Orsay.

    Écouter le podcast avec Daniel Verschaere

    « Les Enfants du Dragon » récompensées par un Prix du développement durable AFE

    Décernés tous les deux ans, depuis sa création en 2019, les Prix AFE du développement durable visent à mettre en lumière des projets portés par des Français de l’étranger dans les domaines tels que la transition écologique, l’économie circulaire, l’innovation responsable et la solidarité. Lors de la cérémonie de remise des prix, organisée le 15 octobre au Quai d’Orsay en présence de Jean‑Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, cinq initiatives ont été distinguées. Parmi elles, l’association « Les Enfants du Dragon ».

    « Nos actions visent à améliorer les conditions de vie des familles défavorisées et à aider les enfants à se construire un avenir meilleur
    grâce à l’éducation »

    Les Enfants du Dragon

    C’est depuis au Vietnam qu’œuvrent « les Enfants du Dragon ». Cet orphelinat aide, entre autres, « les enfants à se construire un meilleur avenir grâce à l’éducation ». Depuis le Quai d’Orsay où se déroulait la cérémonie, nous avons pu interroger Daniel Verschaere, le directeur des partenariats et du développement de cette ONG, qui a donc reçu le troisième prix du jury cette année. À cette occasion, l’application bancaire France Pay, partenaire de cette troisième édition des Prix du développement durable AFE, a remis le trophée au lauréat.

    Les Enfants du Dragon : vers la création d’une éco-ferme pédagogique

    Fondée en 2009 par Marc De Muynck, l’association « Les Enfants du Dragon » a depuis mené de nombreux projets au Vietnam, notamment la construction et l’ouverture de l’orphelinat Phoenix, ou bien encore la construction de près de 200 maisons de solidarité dans le Mekong :« Nos actions visent à améliorer les conditions de vie des familles défavorisées et à aider les enfants à se construire un avenir meilleur grâce à l’éducation », souligne l’ONG. L’une de ces initiatives a donc été récompensée.

    Les "Enfants du Dragon" reçoivent le troisième prix du Développement durable AFE
    Les « Enfants du Dragon » reçoivent le troisième prix du Développement durable AFE

    C’est Daniel Verschaere, le directeur des partenariats et du développement « Les Enfants du Dragon » qui était au Quai d’Orsay pour recevoir ce trophée. Vous retrouverez son interview en podcast. Au cours de celle-ci, il nous parle notamment des « métiers » de cette ONG, et de l’action primée lors de cette édition du prix du développement durable AFE : « On a travaillé sur un projet d’éco-ferme pédagogique. Ce projet a beaucoup de facettes (…) et va peut-être nous permettre de tendre vers une autonomie alimentaire » nous explique-t-il. Une initiative qui verra le jour début 2026.

    Le Prix du développement durable AFE : une récompense collective

    Ce trophée est une récompense pour l’ensemble des équipes de l’ONG : « On est très heureux d’avoir été primé » exprime Daniel Verschaere au nom de l’association. Il ajoute également que cette distinction « c’est une reconnaissance pour l’ensemble des bénévoles et des volontaires qui travaillent au quotidien dans des ONG, dans des associations et qui font avancer les choses et qui font de l’impact ». C’est cet effort collectif qui a sans doute aussi séduit le jury.

    Partenaire de la remise de ce prix du développement durable AFE à l’association « Les Enfants du Dragon », l’application bancaire France Pay, s’inscrit dans cette démarche de soutien aux Français de l’étranger. Pour Fabien Ferasson, le fondateur de France Pay et le rédacteur en chef de notre site Lesfrancais.press, « à travers les articles presse comme à travers la mise à disposition d’un compte français à nos compatriotes expatriés, nous cherchons à accompagner au mieux les Français de l’étranger afin de faciliter la réussite de leur projet personnel comme de leurs actions bénévoles

    Remise des Prix du développement durable AFE en présence de Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères
    Remise des Prix du développement durable AFE en présence de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

    Présent lors de cette cérémonie de remises des prix, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a, de son côté, mis également en avant « l’engagement de nos compatriotes à l’étranger en faveur des générations futures », tout en félicitant celles et ceux qui font ainsi « rayonner la France ».

    En distinguant « Les Enfants du Dragon » lors de la cérémonie du 15 octobre au Quai d’Orsay, le Prix du développement durable AFE a donc souhaité soutenir une action concrète et collective pour améliorer durablement le quotidien des plus vulnérables par l’éducation et l’innovation sociale. Ce troisième prix du jury consacre aussi le travail des équipes et bénévoles de l’ONG.

    Si vous souhaitez accompagner le développement de l’association « Les Enfants du Dragon » vous retrouverez les informations nécessaires sur son site internet : https://lesenfantsdudragon.com/

  • Des propositions concrètes pour une protection sociale plus juste et plus humaine

    Des propositions concrètes pour une protection sociale plus juste et plus humaine

    En marge de la restitution des Assises de la protection sociale, organisée le 15 octobre lors de la séance plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), les sénatrices représentant les Français établis hors de France, Mathilde Ollivier et Mélanie Vogel, membres du parti Les Écologistes, ont adressé à notre média, Lesfrancais.press, une tribune que nous publions dans son intégralité.

    « Les Assises de la protection sociale des Français·es de l’étranger ont permis de faire entendre la voix de toutes et tous et de transformer les combats des écologistes en propositions transpartisanes largement soutenues par les citoyennes et citoyens. De la suppression du délai de carence pour la Sécurité sociale à l’indexation des aides sur l’inflation, en passant par la création d’un pôle handicap dédié, l’alignement des critères de l’AAH et la défense de la CFE : nos propositions portées au Sénat ont trouvé un large écho.

    Cahier d'acteurs des sénatrices Mathilde Ollivier et Mélanie Vogel
    Cahier d’acteurs des sénatrices Mathilde Ollivier et Mélanie Vogel, pour les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger

    Notre travail parlementaire prouve notre capacité à transformer ces recommandations en mesures concrètes. Nous resterons pleinement mobilisées pour que les propositions citoyennes se traduisent en actions réelles.

    Les Assises de la protection sociale : une démarche démocratique inédite

    Les Assises de la protection sociale des Français·es de l’étranger, organisées par l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), se sont déroulées de mars à octobre 2025.

    La Conférence de consensus du 10 octobre 2025 a ouvert la phase d’aboutissement de ce processus. Un dispositif de démocratie participative inédit, qui réunit un panel représentatif de citoyen·nes, a permis de hiérarchiser et de prioriser les propositions.

    Plusieurs propositions portées par le groupe écologiste au Sénat figurent parmi les mesures prioritaires soutenues par le panel citoyen. Cette convergence entre nos propositions législatives et budgétaires et les attentes exprimées lors de la consultation citoyenne n’est pas le fruit du hasard. Elle témoigne d’une écoute attentive du terrain, des élu·es et de nos compatriotes, et d’un engagement sans faille pour une protection sociale universelle et solidaire.

    Des avancées pour les Françaises et Français de l’étranger

    La création d’un pôle dédié aux Françaises et Français de l’étranger au sein d’une Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), notre proposition de loi, a recueilli un large soutien. Actuellement, nos compatriotes en situation de handicap sont confronté·es à un parcours du combattant administratif : multiplication des interlocuteurs, méconnaissance des spécificités de l’expatriation, délais parfois interminables. Un pôle dédié pourra centraliser les demandes, simplifier les démarches et garantir un accompagnement adapté aux réalités de la vie de nos concitoyen·nes à l’étranger.

    L’indexation des aides sur l’inflation et leur réévaluation continue répond là aussi à une urgence sociale. Le mode de calcul actuel, trop lent, n’est pas adapté à la réactivité nécessaire en cas de crises, notamment économiques, ou à l’inflation galopante dans certaines zones.

    Mathilde Ollivier sénatrice des Français établis hors de France, Les écologistes, lors d’une audition sur les Assises de la protection sociale

    Notre proposition de loi répondant à cette attente citoyenne prévoit une revalorisation automatique en cas de crise, une meilleure prise en compte des situations économiques locales et un droit à l’information garantissant la transparence des conditions d’attribution.

    La suppression du délai de carence pour accéder à la Sécurité sociale au retour en France a obtenu le score le plus élevé parmi les propositions relatives aux aides sociales. Aujourd’hui, les Français·es qui reviennent de l’étranger n’ont pas accès à la couverture maladie et doivent attendre plusieurs mois avant d’y avoir à nouveau droit. Il est donc essentiel de garantir une prise en charge immédiate de leurs frais de santé dès leur retour en France. Nos amendements adoptés aux projets de loi de financement de la Sécurité sociale 2024 et 2025 avaient déjà permis d’introduire cette proposition. Il est temps de concrétiser ce soutien transpartisan à notre proposition en action concrète.

    L’inclusion au cœur de nos propositions

    La suppression de la condition exigeant un taux de handicap supérieur à 50 % pour bénéficier de la prise en charge de l’AESH, identifiée par les participant·es comme une priorité, pourrait mettre fin à une autre discrimination que nous avions identifiée impactant les familles à l’étranger.

    De même, l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) est accordée en France dès 50 % d’incapacité (sous conditions de restrictions d’accès à l’emploi). À l’étranger, le seuil minimal est fixé à 80 % pour l’AAH dite « consulaire ». Pourquoi une telle différence de traitement ? Tout comme le panel citoyen, nous proposons l’alignement des critères d’éligibilité sur ceux applicables sur le territoire national, pour une véritable égalité républicaine.

    Sur les bourses scolaires, nous proposons le rétablissement et l’augmentation des crédits, une réforme axée sur le reste à charge avec un bouclier tarifaire, et des exonérations pluriannuelles pour assurer la stabilité financière des familles. Les coupes budgétaires actuelles excluent les familles françaises, particulièrement monoparentales et de classes moyennes. C’est inacceptable.

    Mélanie Vogel, sénatrice des Français établis hors de France, Les écologistes, lors de la conférence de consensus des Assises de la protection sociale
    Mélanie Vogel, sénatrice des Français établis hors de France, Les écologistes, lors de la conférence de consensus des Assises de la protection sociale

    Si la question de l’enveloppe allouée aux bourses scolaires devra être débattue lors de l’examen du PLF 2026, les Assises ont néanmoins retenu plusieurs propositions d’amélioration du système existant : transparence accrue, harmonisation des pratiques consulaires et meilleure prise en compte des observations des conseils consulaires des bourses.

    Sauver la Caisse des Français de l’étranger : un impératif de solidarité

    L’affectation d’une part de la CSG des Français·es de l’étranger à la CFE portée au sein d’une proposition de loi de notre collègue Karim Ben Cheïkh à l’Assemblée Nationale a, là aussi, reçu un fort soutien lors de ces Assises. Il est de notoriété publique que la CFE connaît un déséquilibre financier structurel alarmant : déficit de plusieurs millions d’euros en 2022, dépassant 10 millions d’euros par an en 2023-2024. Cette situation résulte avant tout d’un désengagement constant de l’État.

    Contrairement aux récentes orientations gouvernementales, nous défendons le rôle d’intérêt général de la CFE et proposons plusieurs mesures de sauvetage : inscription légale d’une obligation de financement à 50 % par l’État de la « catégorie aidée », affectation d’une fraction de la CSG/CRDS des Français·es de l’étranger (environ 200 millions d’euros annuels disponibles), voire la création ou la majoration d’une écotaxe sur les billets d’avion pour financer la solidarité. Sans nouvelles ressources, un drame est à prévoir pour la Caisse et, de facto, pour ses adhérent·es. Citoyen·nes, élu·es et associations sont unanimes sur ce constat collectif.

    Le maintien des tutelles de la CFE, en y ajoutant celle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, garantirait une gouvernance équilibrée associant expertise budgétaire, sociale et diplomatique. Cette proposition, que nous avions soulevée lors de nos consultations avec le précédent ministre délégué aux Français de l’étranger, assurerait une meilleure prise en compte des spécificités de notre communauté.

    La possibilité pour les travailleurs indépendants de cotiser à la retraite française via la CFE a obtenu le soutien le plus important lors de ces Assises. Cette proposition des Écologistes Hors de France répond à une attente majeure de notre communauté. Actuellement, les travailleurs non-salariés établis hors de France ne peuvent cotiser pour leur retraite française, créant une rupture de droits préjudiciable. Notre mesure rétablirait l’équité et renforcerait la CFE.

    Nous regrettons que le cadre des Assises n’ait, à ce stade, pas permis l’inclusion de la question des retraites et des carrières internationales, un débat pourtant essentiel pour notre communauté établie à l’étranger. Les inégalités en matière de retraites sont constamment mises de côté malgré nos nombreuses interventions et alertes. C’est un combat que nous continuerons à mener avec détermination, notamment dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale cet automne.

    Nos engagements

    La convergence entre nos propositions législatives, nos amendements, nos travaux et les attentes exprimées par les citoyen·nes et les élu·es lors de cette consultation démontre une chose essentielle : nos compatriotes hors de France attendent une protection sociale digne de ce nom, non pas des rustines budgétaires.

    Ces premiers résultats des Assises ne sont qu’une étape. Un autre chantier s’ouvre maintenant : transformer ces propositions fortement soutenues en mesures applicables et mises en œuvre. Les prochaines semaines seront décisives, avec l’examen du projet de loi de finances pour 2026, le projet de loi spécifique aux Français·es de l’étranger et la remise du rapport des Assises de la protection sociale des Français·es de l’étranger. Nous resterons mobilisées pour que ces propositions citoyennes se traduisent dans les faits et ne restent pas lettre morte.

    Nous porterons ces combats au Sénat avec nos propositions de loi, nos amendements budgétaires, nos questions au gouvernement, car l’éloignement ne doit jamais signifier l’abandon !
    La protection sociale des Françaises et Français de l’étranger est un investissement dans la cohésion de notre communauté nationale. Nos compatriotes hors de France en font pleinement partie. »

    Mathilde OLLIVIER et Mélanie VOGEL

    Sénatrices écologistes des Françaises et Français établis hors de France

  • Vers un transfèrement pour les derniers prisonniers français en Iran ?

    Vers un transfèrement pour les derniers prisonniers français en Iran ?

    Le Quai d’Orsay a dénoncé ce jeudi 16 octobre la condamnation à de lourdes peines de prison de Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus en Iran depuis plus de trois ans. Ils ont été inculpés pour espionnage et la France les considère comme des « otages d’État ». 

    20 ans et 17 ans de réclusion

    Lors d’une conférence de presse, les proches ont confirmé l’annonce de la condamnation à 17 ans de prison pour Jacques Paris et à 20 ans pour Cécile Kohler (fonctionnaire de l’AEFE), prononcée ce mardi.

    Les Français, détenus depuis mai 2022 en Iran où ils ont été inculpés notamment pour espionnage au profit des services de renseignement français et israélien, « ont été arbitrairement condamnés » par la justice iranienne, a dénoncé ce jeudi 16 octobre le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. « Les motifs d’inculpation, quels qu’ils soient, sont totalement infondés », a-t-il ajouté, en demandant « leur libération immédiate« .

    La survie de nos compatriotes en jeu ?

    Les familles de Cécile Kohler et Jacques Paris ont alerté, plus tôt ce jeudi lors d’une conférence de presse sur la situation de leurs proches, dont « la survie » est désormais en jeu selon elles, et exhorté l’État français à les faire libérer immédiatement.

    « Chaque jour de détention qui passe engage la responsabilité de l’Etat français sur la survie de Cécile et Jacques »

    Noémie Kohler, soeur de Cécile

    La jeune femme a confié avoir échangé brièvement mardi avec eux, « pendant huit minutes en visio » sous haute surveillance. « C’était un appel de détresse« , a-t-elle confié. « Ils m’ont dit qu’ils étaient épuisés« .

    Noemie Kohler, la sœur de Cecile Kohler
    Noemie Kohler, la sœur de Cecile Kohler s’exprimant lors d’une conférence de presse ce 16/10/2025 ©AFP

    Ils sont « à bout de forces« , a-t-elle poursuivi, ajoutant que sa soeur lui a clairement dit qu’elle ne pourrait endurer encore « trois mois ou même quelques semaines de détention ». De son côté, Anne-Laure Paris, fille de Jacques Paris, a souhaité se faire « la porte-parole de son épuisement, de son désespoir, de sa détresse et de sa colère« . « Mon père m’a dit: Je regarde la mort en face », a-t-elle dit.

    Enjeux internationaux

    L’avocate de la famille Kohler, Me Chirinne Ardakani, a souligné que leur détention était l’une des plus longues infligées à des Français dans le monde, après celle d’Ingrid Betancourt en Colombie entre 2002 et 2008. Les proches des deux détenus ont par ailleurs estimé qu’il y avait « une rupture de confiance avec les autorités françaises qui ont retiré leur plainte auprès de la Cour internationale de justice« .

    En effet, la CIJ a annoncé le 25 septembre avoir abandonné, à la demande de la France, une requête contre l’Iran au sujet de la détention de Cécile Kohler et Jacques Paris qui sont, selon Paris, « retenus comme otages d’État« . « Nous ne savons toujours pas où ils sont détenus depuis leur transfert forcé en juin » pendant la guerre des 12 jours avec Israël, s’est également indignée Noémie Kohler.

    Mais si la France a retiré sa plainte c’est qu’en arrière-plan, les diplomates s’activent. Le 12 septembre, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, avait déclaré qu’un accord visant à échanger des prisonniers français en Iran contre une femme iranienne détenue en France approchait de sa « phase finale« .

    L’échange proposé concerne Mahdieh Esfandiari, une Iranienne arrêtée en France en février pour avoir fait l’apologie du terrorisme sur les réseaux sociaux. Téhéran estime qu’elle est injustement détenue. Mahdieh Esfandiari, traductrice et diplômée de l’Université de Lyon, vivait en France depuis 2018. Si cette démarche aboutit, cela ouvrira la voie à un transfèrement de nos compatriotes vers la France.

  • Assises de la protection sociale : restitution des conclusions à la Ministre Caroit

    Assises de la protection sociale : restitution des conclusions à la Ministre Caroit

    Première étape importante franchie pour les Assises de la protection sociale. Ce mercredi 15 octobre, les recommandations ont ainsi été remises à la nouvelle ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Éléonore Caroit. Lancées en mars 2025, ces Assises ont fait l’objet d’une restitution officielle de leurs conclusions au gouvernement lors de la 43e session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), marquant un moment clé. C’est la première fois qu’un tel exercice est mené sur ce sujet. Reste une question centrale : que deviendront ces propositions ? Resteront-elles enfermées dans un document ou connaîtront-elles une mise en œuvre concrète dans les prochains mois au bénéfice des expatriés ?

    Assises : 355 propositions formulées

    Lancées en mars dernier, les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger entendaient faire de ce débat « une caisse de résonance des citoyens français partout dans le monde », selon Florian Bohême, conseiller des Français du Cambodge et Président de la commission des Affaires sociales, du monde combattant, de l’emploi et de la formation à l’AFE, qui a été l’un des premiers à en souhaiter l’organisation.  Pour Hélène Degryse, la présidente de l’Assemblée des Français de l’étranger, il était « grand temps d’adapter les mécanismes existants » de la protection sociale qui sont restés figés depuis des années malgré les évolutions démographiques, l’épisode Covid et la diversification des profils d’expatriés.

    « Assises de la protection sociale des Français de l’étranger :
    355 propositions reçues »

    Chiffre communiqué par les organisateurs AFE

    Six mois après son lancement, la démarche a mobilisé nos compatriotes sur les cinq continents. Trois thèmes avaient été retenus : les aides sociales directes et indirectes, les bourses scolaires de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et l’accompagnement par les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap), ainsi que l’avenir de la Caisse des Français de l’étranger (CFE).

    Séance de restitution des Assises de la protection sociale des Français de l'étranger à l'AFE
    Séance de restitution des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger à l’AFE

    Au total, plus de 12 000 personnes ont répondu au questionnaire, 355 propositions ont été formulées lors des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger (AFE) dans le cadre d’une procédure de participation collective. 70 d’entre elles et par thème ont d’abord été présélectionnées, puis 12, sur chacun des trois sujets, ont finalement été retenues par un panel de citoyens réuni lors de la conférence de consensus organisée le 10 octobre 2025 à l’Assemblée nationale. Lesfrancais.press avait publié l’ensemble des recommandations émises lors de cette réunion dans cet article précedent.

    Protection sociale : des conclusions remises et après ?

    Lors de la séance de restitution et de clôture des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger, ce mercredi 15 octobre à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), les élus ont pris la parole. Florian Bohème, qualifié de « brillant et vaillant chef d’orchestre » des Assises par la présidente de l’AFE, Hélène Degryse, a rappelé que « la protection sociale est l’un des piliers du pacte républicain » et qu’à travers les travaux, l’idée de « Faire France ensemble » a émergé.

    Florian Bohême, Président de la commission des Affaires sociales de l'AFE
    Florian Bohême, Président de la commission des Affaires sociales de l’AFE

    L’initiateur de ces Assises s’est également adressé directement à Éléonore Caroit, nouvelle ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, présente lors de cette restitution. Florian Bohème a notamment indiqué attendre sa part « des résultats » pour améliorer la protection sociale des expatriés, tout en lui souhaitant « d’avoir un temps long pour le faire ». Il a également ajouté : « Nous avons un panier de 355 propositions dans lequel vous pourrez faire vos courses. », soulignant l’importance des conclusions transmises ce jour, de la contribution et avis venus de nos compatriotes établis hors de France et de la mise en œuvre concrètes des recommandations.

    « Rien n’est pire que de formuler des propositions
    qui ne se traduisent pas en actions »

    Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

    Pour l’une de ses premières prises de parole publique depuis sa nomination dans le gouvernement de Sébastien Lecornu, Éléonore Caroit, nouvelle ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, a d’emblée souligné l’importance de la mention « Français de l’étranger » dans l’intitulé de son portefeuille.

    Éléonore Caroit
    Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger

    Élue en 2022 députée des Français d’Amérique latine et des Caraïbes, elle a tenu à rassurer sur le suivi des conclusions des Assises de la protection sociale remises ce mercredi 15 octobre : « Rien n’est pire que de formuler des propositions qui ne se traduisent pas en actions. » Tout en soulignant que cette restitution n’est « pas un point final à ces assises. »

    Les élus AFE entre contrainte budgétaire et mise en action

    Toutefois, la mise en œuvre des propositions pourrait également dépendre du débat budgétaire à venir. Au nom du groupe des Indépendants de l’AFE, Claude Levy a cependant précisé que les « recommandations qui n’engagent pas de dépenses pourraient être priorisées. » Du côté de la gauche et du groupe Écologie & Solidarité, Denis Glock a rappelé que « derrière les chiffres, il y a des vies » et qu’il revient à « l’État de garantir la continuité des droits », y compris dans un contexte financier contraint.

    « Derrière les chiffres, il y a des vies »

    Denis Glock, élu du Groupe Écologie & Solidarité AFE

    Souhaitant dépasser certains clivages politiques, Alexandre Col, pour le groupe Indépendants, démocrates et progressistes, qui rassemble les élus de l’ex-bloc central a affirmé que « la plupart des propositions sur la table sont massivement pragmatiques et non idéologiques ». Dans le même esprit, Catya Martin, pour le groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants, a cité un exemple concret : « faciliter le parcours des aides AESH pour les Français de l’étranger (…) aujourd’hui c’est un véritable labyrinthe ». Annie Réa, du groupe Solidaires et Indépendants, proche de l’ASFE, a également demandé qu’« aucun Français ne soit mis à l’écart de la solidarité nationale ». Enfin, selon Élise Léger, non inscrite, il importe que « ces travaux s’inscrivent dans la durée ».

    Pour la ministre, cette séance de restitution « n’est pas un point final ». Éléonore Caroit assure qu’elle analysera l’ensemble des propositions, en espérant que le travail se poursuive de manière transpartisane, comme elle a pu le faire avec son collègue Karim Ben Cheikh, du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. À eux deux, ils avaient déposé une proposition de loi en faveur des expatriés, qui pourrait, peutêtre, se transformer en projet de loi gouvernemental intégrant certaines recommandations des Assises de la protection sociale ? À suivre.

  • Cérémonie de remises des prix du développement durable AFE au Quai d’Orsay

    Cérémonie de remises des prix du développement durable AFE au Quai d’Orsay

    La cérémonie de remises des Prix AFE du Développement Durable des Français de l’Étranger s’est déroulée ce mercredi 15 octobre. C’est le quai d’Orsay qui fut l’écrin de cette troisième édition en présence de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Lesfrançais.press était présent et vous partage le palmarès et les impressions.

    Prix du développement durable AFE : les Français de l’étranger à l’honneur

    Créés en 2019 et décernés tous les deux ans, les Prix AFE du Développement durable mettent « en lumière les démarches les plus innovantes » portées à l’international par des Français engagés, comme l’a rappelé Patricia Connell, élue des Français du Royaume-Uni et présidente du prix, lors de l’ouverture.

    Cette année c’est d’ailleurs cinq récompenses qui ont été attribuées : les trois prix traditionnels, ainsi que celui « Jeunes entreprises » et un « coup de cœur » décerné par le jury, présidée pour cette troisième édition par Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

    Patricia Connell, Présidente du prix du développement durable AFE
    Patricia Connell, Présidente du prix du développement durable AFE lors de la cérémonie de remises des récompenses au Quai d’Orsay

    Pour la climatologue de notoriété internationale et directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), « les Français de l’étranger montrent, par leur créativité et leur engagement, qu’ils contribuent chacun à bâtir un avenir plus durable », nous avait-elle confiée précédemment pour notre média.

    Un palmarès qui fait rayonner la France

    Présent lors de cette cérémonie de remises des prix, Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a, quant à lui, souligné « l’engagement de nos compatriotes à l’étranger en faveur des générations futures », tout en félicitant l’organisation de ces Prix AFE du développement durable qui « valorisent les actions locales » tout en faisant « rayonner la France ».

    L'association "Les Enfants du Dragon" dirigé par Daniel Verschaere récompensée par le troisième Prix du développement durable AFE
    L’association « Les Enfants du Dragon » représentée par Daniel Verschaere, directeur des partenariats de l’ONG, récompensée par le troisième Prix du développement durable AFE

    Parmi les nombreuses candidatures reçues, le Premier prix a été décerné à une action entreprise depuis le Danemark ou un de nos compatriotes, Samuel Faucherre, porte le projet « Hawila » dont l’ambition est de « contribuer à la transformation du transport maritime mondial en une industrie éthique et sans carbone. »

    La « Ferme aux mille couleurs » a été mise à l’honneur en recevant la deuxième distinction. L’agroforesterie est au cœur de cette initiative développée à Madagascar.  C’est vers le Vietnam que s’envole la troisième récompense. Les actions de l’association « les Enfants du Dragon » ont séduit le jury. Cet orphelinat « aide les enfants à se construire un meilleur avenir grâce à l’éducation ». Lesfrancais.press a pu interroger Daniel Verschaere, directeur du développement et des partenariats de cette ONG, présent lors de cette cérémonie, interview que nous diffuserons très prochainement.

    Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, lors de la cérémonie des prix du développement durable AFE 2025
    Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, lors de la cérémonie des prix du développement durable AFE 2025

    Enfin, la récompense « Jeunes entreprises » du développement durable AFE 2025 a été décernée à Terra Faly, une association œuvrant pour la reforestation à Madagascar. Direction l’Inde pour le prix « coup de cœur ». Celui-ci a été attribué à l’ONG « OFI (Objectif France Inde) », qui « vient en aide aux populations les plus vulnérables des zones urbaines et rurales défavorisées ». Ses actions s’articulant autour de trois priorités : l’enfance et l’éducation, le développement rural intégré et l’ « empowerment » des femmes.

     De Copenhague à Tananarive, de Hô Chi Minh‑Ville au Pays du Gange, ce cru 2025 des Prix AFE du développement durable consacre la force d’action en faveur de l’environnement et l’humanitaire de nos compatriotes à l’étranger. Chacun des lauréats, avec leur projet, met en place des solutions concrètes en faveur d’une transition écologique ambitieuse.

    Au‑delà des prix, cette troisième édition au Quai d’Orsay rappelle que l’engagement de la diaspora française fait rayonner la France. Lesfrancais.press poursuivra cette mise en lumière, notamment avec son partenaire France Pay, sponsor de cette édition du Prix du développement durable AFE. D’ores et déjà, nous vous donnons rendez-vous pour la prochaine remise de récompenses qui permettra de découvrir de nouveaux projets inspirants portés par nos Français(es) de l’étranger.

  • « Derrière les fourneaux » : Dans les coulisses vivantes de la restauration

    « Derrière les fourneaux » : Dans les coulisses vivantes de la restauration

    Le livre « Derrière les fourneaux » de Joël Diconne et Stéphane Cholet (Les Presses du Midi, 2025) plonge de plain-pied le lecteur dans les coulisses du monde de la restauration.  Le récit en est ainsi vivant est structuré autour d’anecdotes authentiques, drôles ou émouvantes mais toujours savoureuses. Les auteurs montrent notamment la vie réelle des cuisines, l’engagement total qui est celui du personnel face à des chefs magnanimes ou tyranniques. On sent toute la tension du coup de feu qui oblige à être rapide, réactif et…interchangeable … quand le cuisinier aviné s’endort dans le bac à plonge et que le serveur doit le relever.

    Le livre a été créé par des professionnels qui aiment leurs métiers, cuisinier ou sommelier, mais qui ont aussi du recul et de l’humour. La recherche d’excellence n’exclut pas les ratés magistraux : ce chariot de dessert qui s’écroule, le postiche du client qui se retrouve accroché à une veste de serveur, mais surtout les réussites d’un quotidien dédié à la satisfaction de clients qui savent reconnaître et récompenser un repas réussi. Ce livre n’est pas un simple manuel de cuisine, mais une fresque humaine, un hommage à des métiers de passion. Il nous fait rentrer pleinement dans les coulisses vivantes de la restauration, cet art de bouche exigeant.

    Le secteur de la restauration, poids lourd de notre économie

    Le livre s’ouvre sur une présentation du secteur de la restauration en France qui permet de mesurer combien ce secteur est important à notre économie mais aussi à notre rayonnement à l’international : plus d’un million d’actifs, 300 000 saisonniers, des milliers de petites entreprises et de grandes maisons étoilées. Puis viennent des chapitres thématiques : la cuisine et ses excès de tension, le service et ses imprévus, la sommellerie et ses histoires de bouteilles mythiques, les plongeurs et leur rôle invisible, ou encore les animaux, les vols et les blessures du quotidien.

    Derrière les fourneaux - Joël Diconne, Stéphane Cholet
    « Derrière les fourneaux » – Joël Diconne, Stéphane Cholet

    Chaque anecdote illustre à la fois la dureté et la beauté du métier, la camaraderie et les moments de grâce qui naissent dans ce microcosme unique. Le ton est direct, drôle et sincère, à mille lieues des clichés. C’est un témoignage sur la vie des hommes et des femmes qui font la restauration française.

    Un savoir-faire international

    Si « Derrière les fourneaux » (Les Presses du Midi, 2025) parle avant tout du quotidien des métiers de la restauration en France, il résonne également avec la dimension internationale de la cuisine française. Les anecdotes et les valeurs qu’il porte – exigence, rigueur, transmission, passion – se retrouvent dans les restaurants français aux quatre coins du monde. On évoque l’Angleterre, la Thaïlande, l’Écosse ou plus près de nous, la Belgique et Bruxelles. Les chefs et serveurs formés en France perpétuent un savoir-faire qui incarne (aussi) la diplomatie culturelle loin des chancelleries. Ces établissements sont à la fois des entreprises, des écoles de vie et des ambassades culinaires.

    Chef cuisinier et gâteau
    Chef cuisinier et gâteau – Illustration

    Le livre de Diconne et Cholet rappelle cette universalité du métier : partout où il y a un restaurant français, on retrouve cette même alchimie de discipline, d’émotion et de service. La mot rigueur trouve son incarnation la plus parfaite dans ces chefs qui passent la serviette blanche pour détecter la moindre tache oubliée sur le matériel et exigent de tout reprendre en cas de micro-salissure.

    On découvre les acteurs du cinéma français, Depardieu, Annie Girardot, Blier et tant d’autres, dans leurs grandeurs ou petitesses à table. Il y a ces princes saoudiens généreux, ces clients fantasques et leurs exigences étonnantes. Une galerie de portraits digne d’un roman.  Que ce soit quand il parle des grandes tables de haute gastronomie ou de plus modestes pizzérias de région, l’ouvrage à aussi une dimension égalitaire : La valeur travail est privilégiée et le souci de bien faire anime toute la chaine de cuisine et de salle face à des clients dont on cherche la satisfaction quoi qu’il en coûte.

    La restauration après un ouvrage réussi sur le vin

    Joël Diconne nous avait déjà livré avec « Boissons du monde » un impressionnant panorama international de tous les alcools avec leurs secrets de fabrication et les mille et une anecdotes qui peuvent les accompagner.

    « Derrière les fourneaux » évoque également la sommellerie. On perçoit à quel point la France reste une référence symbolique, même dans les contextes internationaux. Qu’il s’agisse d’un client russe commandant un Château Haut-Brion ou d’un amateur coréen fasciné par les crus de Bourgogne, les scènes racontées dans le livre soulignent la force d’attraction du vin français. Le livre doit beaucoup à cet égard à Stéphane Cholet, co-auteur et maître sommelier.

    Stéphane Cholet
    Stéphane Cholet

    Les auteurs rappellent plus largement que la formation française en hôtellerie-restauration est une référence mondiale. Des anciens élèves des lycées hôteliers français exercent aujourd’hui dans des établissements étoilés à Hong Kong, Genève, Montréal ou au Nord de la Norvège dans les meilleurs établissements du monde. L’ouvrage pourra donc fournir des idées à une jeunesse ouverte au monde et qui cherche un destin professionnel vers des métiers de passion et d’énergie où l’ardeur à la tâche et l’écoute des ainés sont des valeurs cardinales.

    Le mot de la fin sera pour un des plus grands cuisiniers français : Alain Ducasse : « la cuisine c’est l’un des rares domaines où il est possible de s’émerveiller à chaque instant »

    Ce livre est donc aussi, tout simplement, une invitation à vous émerveiller.

    Joël Diconne
    Joël Diconne

    Rencontre avec Joël Diconne

    « La restauration est avant tout un métier de passion »

    Lesfrancais.press : « Joël Diconne, avec Stéphane Cholet, votre co-auteur, vous nous livrez un panorama complet de la restauration à travers une successions d’anecdotes et de réflexions parfaitement savoureuses. C’est la chronique d’années de métiers qui est ainsi faite, même si vous vous effacez devant ces serveurs ou cuisiniers anonymes qui témoignent pour vous, et que le livre est avant-tout un hommage au travail bien fait. A-t-il était difficile de faire un choix parmi ce qu’on imagine être votre mémoire remplie d’histoires de restauration ? »

     Joël Diconne : « Choisir les anecdotes n’est pas obligatoirement une chose difficile à faire. Avant tout, le but de ce livre est de transmettre la réalité, au grand public, tout en présentant les faits les plus valorisants, le côté humain avec toutes ses difficultés, trop souvent ignorées.  Il était hors de question de dégrader la restauration qui est avant tout un métier de passion. « On ne tue pas ce que l’on a aimé ». Même si personne n’est parfait. »

    Lesfrancais.press : « Pouvez-vous nous raconter une de ces histoires qui aurait valeur pour vous de symbole de ce qu’est la restauration à la française ? »

    Joël Diconne : « Pour l’histoire symbolique, deux anecdotes sont appropriées, tout dépend de quel côté on se positionne : Clients ou Employés.

    *côté clients :  la dureté du métier, les horaires à rallonge, décalés, le nombre de pas : plusieurs kilomètres par jour, la tenue corporelle et vestimentaire quel que soit le moment de la journée ou de l’année rendent ce métier dur.

    « Un ancien élève fait son premier stage.  Il en bave beaucoup physiquement et moralement. Cependant il a promis à son professeur, que quel que soient les difficultés, son stage se passerait très bien.  Il a tenu ses promesses en résistant au moins en façade et surtout en se lâchant le soir seul dans sa chambre. Après une expérience dans de grands établissements étoilés en France ou à l’étranger , aujourdhui, il est chef sommelier dun grand groupe dhôtellerie/restauration en Suisse. Page 96 »

    *Cotés Employés : au-delà des célébrités, des pourboires et des mauvaises expériences ou rencontres ce qui reste et restera toujours dans la mémoire de chacun, sera le premier, comme en amour, le démoulage, la casse, l’accident , surtout en service, où l’on travaille sans pare-feu ni paravent. 

    « Mon premier démoulage à 15 ans. Je portais un plat sur lequel se trouvait un brasero et un carré d’agneau. Emporté par la chaleur insoutenable, pour mon âge, du plat, j’ai lâché prise en arrivant à la table. Le plat a terminé sa course sous la table des clients en embrasant la nappe. Le chef de rang a géré la problématique en salle et m’a soigné ma main avant de repartir avec le plat en essayant de vaincre ma gène. On m’a appris à ne rien lâcher. Tout ce qui ne tue pas rend plus fort »

    Page 25

    « Le plus Grand Chef de la Cuisine Française est Fer-nand Point » Joël Diconne

    Lesfrancais.press : « On voit apparaitre dans le livre des grands noms de la cuisine, Paul Bocuse ou Joël Robuchon. C’est une question difficile peut-être mais qui est, d’après-vous, le plus grand maître français en matière de gastronomie et pourquoi ? »

    Joël Diconne : « Le Premier plus Grand Chef de la Cuisine Française est Fernand Point. C’est le premier chef qui a donné ses lettres de noblesse à la Gastronomie Française (On en reparlera). Il a été le premier chef trois étoiles au guide Michelin à Vienne 38. Il a été célèbre en France. Paul Bocuse, son apprenti, a rendu la gastronomie française célèbre à l’internationale. Il est devenu le premier ambassadeur. »

    Lesfrancais.press : Le livre nous fait voyager également à l’étranger, témoignant de la capacité intacte de la cuisine française à s’exporter et à faire rayonner notre culture dans le monde. On évoque Glasgow ou Bruxelles dans votre livre. Entre un restaurant très sélect qui n’hésite pas à virer manu militari ses clients célèbres mais goujats, et celui qui impose le port de la cravate aux clients l’étiquette semble faire partie des règles de savoir-vivre de ces tables.  Vous avez vous-même exercé en Angleterre je crois. Je serais un peu provocateur : Pour réussir en matière de restauration française à l’étranger faut-il être sélectif ? 

    Joël Diconne : « Pour réussir à l’étranger, il n’est pas nécessaire d’élaborer de mets sophistiqués, la qualité des produits et du travail bien fait sont les bases reconnues de la tradition française. À voir les retours d’anciens élèves ou collègues installés à l’étranger, la confection des grands classiques de la gastronomie française garantit le bon fonctionnement des restaurants français à l’étranger.

    « Quand on rentre de l’étranger, on a comme un manque, on veut retrouver les plats traditionnels fran-çais » Joël Diconne

    Sans oublier, un élément majeur, le service en salle qui permet la valorisation des mets. Paul Bocuse : « Un bon restaurant c’est 40 % de cuisine et 60 % de service. »

    Lesfrancais.press : « Pour les Français de l’étranger qui rentrent en France après avoir subi  (parfois) des années de mal bouffe dans leurs pays de résidence, avez-vous des conseils pour choisir une bonne table dans une de nos capitales régionales à un prix accessible ? »

    Joël Diconne : « Quand on rentre de l’étranger, on a comme un manque, on veut retrouver les plats traditionnels français suivant la période de l’année : choucroute, potée, pot-au-feu, cassoulet, petit salé, bouillabaisse, soupe de poissons, fruits de mer, daube, bœuf bourguignon, blanquette, charcuteries, pâté en croûte, pâtés. »

    Lesfrancais.press : « Cet ouvrage est le premier et appelle une suite. Pouvez-vous nous indiquer quel en sera le sujet ? »

    Joël Diconne : « Pour être complet et clore ce chapitre « Derrière les Fourneaux Tome 2 », au travers de présentations, mettra en avant la formation et la promotion sociale. Mais pas que. Au-delà des restaurants étoilés, plus de 600, il y a des milliers de restaurants plus de 170 000, mais aussi les restaurants d’entreprises et des administrations pourvoyeurs de nombreux emplois. Les anecdotes les plus extraordinaires, décalées et inattendues seront toujours présentes. »

     Lesfrancais.press : « Avez-vous voulu faire la promotion des métiers de cuisine et de service ? »

    Joël Diconne : « Le but a été de faire beaucoup de pédagogie auprès du  grand public en abordant tous les thèmes sans tabou autour de la Restauration en valorisant le personnel, trop souvent ignoré.  Quand on voit les 200 000 emplois non pourvus en France malgré tous les centres de Formation, allons-nous vers une crise de la vocation pour ces métiers ? »


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