Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture

Blog

  • Bilan AFE : La French Tech

    Bilan AFE : La French Tech

    Les «communautés French Tech» à l’étranger constituent un réseau de 56 communautés. Ces regroupements ont été labellisés à la suite d’appels à projets menés en avril 2019 et 2020.

    Ces projets rassemblent au niveau local les fondateurs de startups, investisseurs et toutes les parties prenantes de l’écosystème d’innovation local. Le but est de favoriser les échanges et rencontres entre les écosystèmes locaux et celui français. Elles veillent aussi à promouvoir une image positive, innovante et attractive de la France.
    L’indépendance est inscrite parmi les neuf valeurs constituant le manifeste des communautés French Tech. Ce canon vise à permettre aux communautés de s’organiser en accord avec les défis et caractéristiques présentés par leur écosystème.

    Ainsi, la composition des «boards» des communautés est libre, sans intervention de la part de l’Etat ni de la Mission French Tech. les membres des communautés sont bénévoles et aucun des partenaires publics présents dans l’écosystème n’est membre de droit de la communauté.

    Un label qui encadre les communautés de bénévoles

    Malgré cette souplesse laissée dans la constitution des communautés, celle-ci reste encadrée en amont au travers des critères fixés lors des appels à projet pour la labellisation, et leur respect conditionne l’obtention du label.

    Les communautés doivent adhérer à une Charte d’Engagement qui détermine les principes fondamentaux des communautés (communauté, inclusion, indépendance, intégrité, honnêteté, protection des données personnelles, professionnalisme, start-ups, unité). Ce document définie aussi les actions attendues des communautés (connaissance de l’écosystème local et lien avec celui-ci, animation de la communauté locale, accueil des talents et entreprises français, etc.).

    Chaque French Tech est, ainsi, libre de lancer ses propres projets et initiatives, dans le respect des valeurs de la marque. Evidemment, les initiatives doivent être en accord avec les deux priorités fixées par la Mission French Tech :

    • promouvoir l’attractivité de l’écosystème français
    • organiser des événements destinés à animer la communauté locale et servir de relais de promotion de l’écosystème français.

    Chaque communauté s’est, donc, mobilisée pour, par exemple, réaliser et diffuser une newsletter à propos de son écosystème. Elles ont aussi organisé des événements de networking récurrents et thématiques (French Tech Days, petits déjeuners de l’innovation). Aussi, elle ont été les acteurs de la présence française sur des salons locaux (CES Asia, AI Expo, etc.) . Enfin, pas avare de travail, elle ont élaboré des guides pratiques concernant les spécificités de leurs écosystèmes à destination des entrepreneurs français souhaitant s’y implanter.

    Un financement sur deux pattes

    Deux principaux modes de financement s’offrent aux communautés. Elles peuvent d’abord faire appel, pour ce qui relève de leurs actions locales, à des soutiens privés récurrents ou ponctuels, dans le respect du Manifeste et de la Charte de la marque. Par ailleurs, chaque communauté French Tech peut candidater au financement de projets stratégiques et utiles à l’ensemble de la Communauté French Tech. Ce financement est octroyé au travers du Fonds French Tech Communauté (ou «Community Fund»), lancé en 2019 et abondé à hauteur de 2M EUR en 2019, et 3M EUR en 2020. Seules les communautés dotées d’une structure juridique sont éligibles à ce mécanisme.

    Un audit surveillé par l’assemblée des Français de l’Etranger

    Les élus du groupe « Français du Monde, écologie et solidarité » (PS, EELV et affiliés) Mme Gaelle Barré, Conseillère des Français de l’étranger en Italie, M. Yan Chantrel, Conseiller des Français au Canada, membre de l’AFE et M.Mehdi Benlahcen, Conseiller des Français de l’étranger au Portugal, membre de l’AFE s’interrogent sur ce réseau à la gestion si décentralisée et loin du cadre usuel.

    En réponse, le bureau de l’Assemblée des Français de l’étranger a rappelé qu’un audit est en préparation pour la fin de l’année 2020 . La direction de l’administration consulaire et des Français de l’Etranger ainsi que le Ministère du Commerce extérieur ont demandé à connaitre l’impact des projets réalisés.

  • Les pays inégaux face aux crises

    Les pays inégaux face aux crises

    Les pays ne sont pas tous égaux face au virus, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Des comparaisons, il est difficile de tirer des enseignements, pour la bonne raison, hélas, que le feuilleton macabre continue et que le décompte n’est pas terminé.

    Le record est au Pérou : 100 morts pour 100.000 habitants. Entre 90 et 70 morts en Belgique, Bolivie, Brésil, Equateur, Chili, Espagne. Entre 70 et 50 morts : Mexique, Etats-Unis, Royaume-Uni, Italie, Panama, Suède, Colombie, Argentine (53). 49 en France, 38 aux Pays-Bas, 29 en Afrique du sud, 24 en Suisse, 19 au Portugal, 15 en Russie, 11 en Allemagne, 4 en Tunisie. Pourquoi ces différences ?

    La vague a touché l’Europe, puis l’Amérique, avec des disparités flagrantes entre voisins : Suisse et Belgique, Allemagne et France, Paraguay et Argentine. Et des paradoxes qui mettent en cause les mesures de précaution : En Argentine où le confinement a duré le plus longtemps (six mois), le nombre de victimes par habitant dépasse celui de la Suède, qui, elle, a refusé tout confinement et n’oblige pas au port du masque. Que comprendre, sinon  que personne n’échappera, que retarder n’est pas guérir.

    Retarder n’est pas guérir 

    L’Amérique latine est la plus touchée. Mais le virus n’a pas fini son premier tour de planète. Faut-il craindre la vague épidémique en Afrique, comme le croient les gouvernements du Maghreb, ou se rassurer, comme  certains médecins,  en avançant que les populations africaines, plus jeunes, sont aussi plus résistantes? Faut-il louer l’esprit de discipline collective des pays d’Asie, ou s’attendre à ce que le retour du virus s’amplifie avec la densité de population ?  

    L’Australie et la Nouvelle Zélande, où l’hiver s’est achevé, montrent une mortalité moins élevée que les années précédentes, malgré le virus. A moins que ce ne soit grâce à lui : les mesures prises auraient protégé de la grippe, la rendant moins meurtrière que les années précédentes.

    Les bilans, les évaluations ne pourront être faites qu’à terme. Les chiffres de la mortalité sont les seuls vraiment significatifs, car ce qui est attribué au virus pourrait l’être à d’autres pathologies, les pays n’adoptant pas les mêmes critères. La Belgique, en haut du tableau en nombre de victimes par habitant, attribue à la Covid tout décès porteur de Covid. Ce qui est peut-être exagéré compte tenu du fait que la plupart des décès ont des causes multiples. La Russie, au contraire, attribue les décès à la cause finale : embolie pulmonaire, arrêt du cœur. Les statistiques reflètent en partie ce que l’on y met. Sauf la mort, seule certitude. 

    Comparer la mortalité annuelle 

    A la fin de l’année, en comparant la mortalité annuelle à celle des années antérieures, on aura une première mesure des effets de la pandémie dans chaque pays. Encore y aura-t-il toujours des biais. Comment mesurer les décès provoqués non par la Covid mais par les mesures prises pour stopper l’épidémie : effets directs, par exemple, sur les personnes âgées, soudainement isolés, victimes de glissements, dépressions, suicides consécutifs aux mesures d’isolement ? Effets indirects : soins repoussés, opérations reportées ? Effets plus lointain, ceux des crises économiques et sociales sur la santé. 

    La mondialisation contre la pauvreté

    Selon la Banque Mondiale, le taux d’extrême pauvreté devrait augmenter pour la première fois depuis vingt ans. 150 millions de personnes dans le monde vont replonger dans l’extrême pauvreté, moins de 1.90$ par jour. L’Amérique latine, la plus touchée, subira aussi les pires conséquences économiques : une chute de 8% du PIB pour le continent. Pour l’Afrique, le FMI a débloqué 26 milliards de dollars, dix fois plus que les autres années.  Les besoins sont évalués à 1200 milliards. La baisse du revenu y serait de -12%, en moyenne. 

    La mondialisation, mise en échec, a donc gagné. On a beau expliquer qu’il faut relocaliser, retrouver la souveraineté économique pour produire masque et médicaments, l’enseignement de cette crise, c’est que la rupture des échanges ruine le monde, surtout les plus pauvres et les plus fragiles. Allemagne Suède, Etats-Unis s’en sortiront mieux que le Zimbabwe, l’Argentine, la Tunisie. 

  • La réunification allemande, trente ans déjà

    La réunification allemande, trente ans déjà

    La partition de l’Allemagne enfantée par l’opposition idéologique et géopolitique entre l’Occident et l’URSS après la Seconde Guerre mondiale avait fini par arranger bien des pays. La formule de François Mauriac, «J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux » était largement partagée. Les Allemands s’étaient faits, de leur côté une raison. La réunification « wiedervereinigung » était un sujet de discussion, un rêve, mais restait purement théorique et inatteignable. Il a fallu un concours de circonstances, la déliquescence de l’intérieur des régimes communistes d’Europe de l’Est et l’inaction fataliste de l’URSS pour permettre la réunification. 

    Le talent du Chancelier Helmut Kohl, qui était alors souvent critiqué, s’est révélé lors de ce moment unique. la Première Ministre, Margaret Thatcher, violemment opposée à l’Allemagne réunifiée, a cherché à recruter François Mitterrand pour bloquer le processus. Par sa culture et sa formation, ce dernier était au fond de lui-même très méfiant et a essayé aussi longtemps que possible de maintenir en vie la RDA. Devant la réalité du terrain, il a changé de position et s’est rallié à Helmut Kohl. Le Président du Conseil italien, de l’époque, Giulio Andreotti, était également très inquiet de la fusion des deux Allemagnes. Parmi les dirigeants européens, seul Felipe González, alors Premier ministre espagnol, soutenait sans équivoque une Allemagne unie. 

    « Trop grande pour l’Europe, trop petite pour le monde »

    L’unification allemande, effective le 3 octobre 1990, intervient moins d’un an après la chute du Mur de Berlin qui a eu lieu le 9 novembre 1989. Durant ce laps de temps, le Chancelier allemand dut négocier tout à la fois avec l’URSS, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Il dut également rassurer les pays d’Europe de l’Est dont, en premier lieu, la Pologne avec la reconnaissance de la frontière Oder Neisse. 

    Cette réunification est dans les faits une absorption des Länder de l’Est par la République fédérale. Ils sont intégrés, par ricochet, à l’Union européenne et à l’OTAN. La grande Allemagne était néanmoins une source de craintes. Selon les termes de Henry Kissinger, elle était « trop grande pour l’Europe, trop petit pour le monde ». 

    Le 3 octobre 2020, l’Allemagne unifiée a fêté son 30e anniversaire. Les craintes plus sombres des partenaires européens de l’Allemagne ne se sont pas réalisées. Forte de sa bonne gestion et de ses résultats économiques, l’Allemagne demeure pourtant très discrète, voire trop discrète, au niveau international. Dans un essai publié en 2019, Thomas Bagger, un fonctionnaire du gouvernement allemand, a soutenu que l’Allemagne post-réunification avait adopté une lecture naïve de la thèse de Francis Fukuyama sur la « Fin de l’histoire ».

    L’intégration à l’Europe 

    Les gouvernements successifs ont plaidé pour une politique de la conciliation tournant le dos à un passé brutal. Privilégiant le multilatéralisme, la diplomatie allemande a néanmoins veillé à ce que ses intérêts coïncident avec ceux de l’Union européenne. 

    En jouant sur les divisions et la répulsion qu’inspire chez nombre d’États les positions françaises, les autorités allemandes ont, tout en valorisant autant que possible le couple franco-allemand, imposé leur vision privilégiant les relations commerciales. L’objectif d’une «Europe unie» a même été inséré dans la Constitution. Un général de la Bundeswehr a déclaré qu’il espérait voir les troupes allemandes prêter serment de loyauté à un drapeau européen. L’abandon du deutschemark a été chèrement négocié notamment avec l’adoption de critères de bonne gestion et l’instauration d’une banque centrale indépendante. 

    Après des années 2000 compliquées par la modernisation des Länder de l’Est, l’Allemagne a réussi, en partie grâce aux réformes de Gerhard Schröder, à devenir de loin la première puissance de l’Union européenne dans les années 2010. La crise grecque a provoqué une montée d’un sentiment anti-européen inconnu depuis 1949. Un sondage réalisé en 2010 indiquait que 44 % des Allemands voulaient le retour du deutschemark. Face à ce mouvement d’opinion, les dirigeants n’ont pas changé de route mais le discours vis-à-vis des États du Sud s’est durci. Wolfgang Schäuble, l’actuel Président du Bundestag, qui a longtemps été Ministre des Finances, aimait à rappeler qu’il ne fallait jamais demander à l’Allemagne de payer car de toute façon elle serait obligée de le faire. Il prônait l’appui en silence pour éviter une montée des oppositions à l’intérieur et à l’extérieur des frontières. 

    Une diplomatie en creux

    Cette diplomatie en creux a été souvent mal comprise par les autres États membres. Ainsi, en 2011, quand la crise de l’euro fait rage, Radek Sikorski, le ministre polonais des Affaires étrangères, avait déclaré craindre l’inactivité allemande plus que sa puissance. 

    À partir des années 2015, l’Allemagne s’affranchit de plus en plus des règles de prudence qu’elle s’était imposée. Ainsi, le gouvernement allemand, à la surprise générale, a ouvert ses frontières aux migrants pour les refermer quelques mois plus tard après la signature d’un accord bilatéral avec la Turquie. Cette volteface a incité les dirigeants à opter à nouveau pour une politique plus discrète. 

    Le durcissement des États-Unis à l’encontre de l’Europe avec, à la clef, une diminution des effectifs militaires en Allemagne ainsi que le Brexit ont bouleversé en quelques années le cadre d’action de la politique extérieure. En outre, la dérive autoritaire de plusieurs États d’Europe de l’Est a modifié les rapports de force au sein de l’Union. L’image d’une Europe pacifique, unie, commerçante s’est ébréchée. Les relations avec la Chine se sont également compliquées redorant l’importance du marché intérieur européen.

    La carte française 

    Angela Merkel a été contrainte et forcée de jouer à nouveau la carte française par crainte d’un isolement qui pouvait s’avérer à termes coûteux. Elle a défendu avec âpreté le plan européen de relance de 750 milliards d’euros. Les aides seront en partie distribuées en fonction des besoins des États, ce qui marque un tournant par rapport à la crise de 2010/2012. 

    Au sein des cercles gravitant autour du pouvoir allemand, le débat sur les liens avec les États-Unis demeurent vifs. Nombreux sont ceux qui espèrent l’élection le 3 novembre prochain de Joe Biden à la Présidence des États-Unis afin de revenir au paradigme précédent qui reposait sur le pacte transatlantique. Or, depuis des années, les États-Unis ont tendance à s’éloigner de plus en plus de l’Europe, quelles que soit les présidences. Les autorités allemandes pensent néanmoins qu’une majorité démocrate pourrait imposer un engagement renouvelé en faveur des accords multilatéraux, tels que l’accord de Paris sur le climat et l’Accord nucléaire iranien. 

    Une révision de la stratégie de défense

    La question de la défense est un sujet complexe outre-Rhin. La grande partie de la sécurité du pays reste assurée par les Américains. Même si les dépenses de défense de l’Allemagne augmentent rapidement, elles restent loin de l’objectif de l’OTAN de 2 % du PIB. Certaines parties de ses forces armées ne sont pas adaptées aux besoins. Le durcissement des relations internationales nécessite une révision de la stratégie de défense, ce qui est complexe à mener tant sur le plan intérieur que vis-à-vis d’un certain nombre d’États européens qui craignent tout la Russie que l’Allemagne.

    Championne du consensus

    Trente ans plus tard, la réunification allemande reste un succès retentissant. Avec seulement trois chanceliers en trois décennies, la nouvelle Allemagne s’est fait le champion de l’expansion de l’Union européenne vers l’Est et de la création de l’euro. Elle a dessiné sans le dire les grands axes de la politique internationale de l’Europe. Avec plusieurs législatures marquées par des grandes coalitions, l’Allemagne est devenue une championne du consensus. 

    Rôle de leader ?

    Le remplacement d’Angela Merkel en 2021 sera un moment charnière pour le pays et l’Europe. Cette dernière aura été pendant 15 ans Chancelière et aura ainsi vu passer quatre Présidents de la République français. Son successeur sera certainement invité (ou incité ?) à infléchir les positions de son pays en particulier vis-àvis de la Russie, de la Chine et des États-Unis. L’administration allemande commence déjà à évoluer sur plusieurs dossiers sensibles comme la construction de Nord Stream 2, un gazoduc reliant la Russie et l’Allemagne, ou l’implantation des antennes Huawei pour la 5G. 

    Sur le terrain purement européen, l’Allemagne avec le départ des Britanniques et compte tenu des problèmes liés à la crise sanitaire, devra assumer son rôle de premier de cordée et s’exposer aux réactions des autres États membres. Elle ne pourra plus vivre cachée comme lors de ces trente dernières années.

  • La BCE fait avancer le chantier de l’euro numérique

    La BCE fait avancer le chantier de l’euro numérique

    La BCE lance ce 12 octobre une consultation publique de trois mois sur la création de l’euro numérique, une monnaie virtuelle semblable au Bitcoin ou au Libra de Facebook, mais bénéficiant des garanties d’une banque centrale.

    Durant la dernière décennie, la concurrence que se livrent les monnaies numériques privées est devenue féroce. Au risque de générer un marché parallèle (souvent opaque et exposé aux risques de blanchiment), qui prive les banques centrales du contrôle qu’elles exercent sur l’argent en circulation. Raison pour laquelle la Banque centrale européenne (BCE) est intervenue, au cours des dernières semaines, pour réglementer l’accès des cryptomonnaies au marché européen.

    En réalité, l’idée de lancer des cryptomonnaies émises (et réglementées) par des banques centrales n’est pas nouvelle. Depuis quelques années, la Banque de France, la Banque du Japon, la Banque Populaire de Chine et la Banque des règlements internationaux ont entamé des recherches et effectué des essais dans ce domaine.

    La BCE n’est dons pas la première sur les rangs, même si elle s’était déjà livrée à une analyse des monnaies numériques en 2012. Mais l’entrée (hypothétique pour l’heure) de la BCE sur le marché des monnaies numériques pourrait marquer un tournant, à plus d’un titre.

    Un marché privé pour l’euro numérique

    D’abord, les particuliers auraient la possibilité de détenir des comptes numériques en euros auprès de la BCE, dont le degré de fiabilité serait totalement indépendant des actifs et de la notation des banques commerciales.

    Ensuite, l’ouverture de tels comptes permettrait aux particuliers et aux entreprises d’effectuer des paiements sécurisés en temps réel. Un circuit « complémentaire », qui ne se substitue pas à la circulation du papier, mais qui est certainement destiné à prendre de l’ampleur au fil du temps. Notamment en raison du recours toujours plus fréquent de la monnaie virtuelle (sous la forme de cartes de paiement, de crédit et de débit) dû à la pandémie, qui a rendu l’utilisation de la monnaie physique potentiellement risquée.

    Sur le long terme, cette évolution pourrait avoir un impact négatif sur le marché bancaire traditionnel. Et particulièrement en temps de crise, lorsque la confiance du public dans la solidité des banques commerciales décline. La BCE envisage donc de fixer un plafond aux dépôts en euros numériques, précisément pour ne pas pénaliser les établissements bancaires commerciaux.

    Vers une réforme du système monétaire international

    Enfin, le tournant pourrait s’avérer décisif pour l’ensemble du système monétaire international. Un système encore dominé par l’hégémonie technique (plus encore qu’économico-politique) du dollar ; car il est plus facile pour tous dans le monde de recourir à une monnaie unique dans le cadre des paiements internationaux.

    À terme, l’existence d’un grand marché numérique en euro favoriserait l’adoption de systèmes de paiement en euro, mettant en péril l’hégémonie du dollar comme principale monnaie de paiement.

    Cela dit, l’accession de l’euro au statut de monnaie internationale laisserait un autre problème en souffrance : l’absence d’un actif sûr libellé en euros, vers lequel les choix de portefeuille des réserves nationales pourraient se déplacer, au niveau mondial. Cette place est encore solidement occupée (mais moins que par le passé) par les obligations émises par le Trésor américain, considérées comme les titres les plus « sûrs » au monde.

    De ce point de vue, l’UE a fait un pas en avant. En effet, les obligations émises pour le soutien du plan de relance « Next generation EU » pourraient peu à peu devenir cet actif sûr alternatif aux obligations du Trésor américain, longtemps recherché sur les marchés financiers internationaux.

    Une évolution qui pourrait encourager l’adoption d’un système monétaire international différent et plus équilibré, enfin en mesure d’échapper au « paradoxe de Triffin » (la liquidité internationale, si elle est fournie par une monnaie nationale, dépend de l’endettement de ce gouvernement ; ce qui finit par saper la stabilité de l’ensemble du système de paiement international. C’’est exactement ce qui se produit aujourd’hui avec le système fondé sur le dollar).

    La prochaine étape pourrait être l’adoption, dans le cadre les paiements internationaux, d’une monnaie numérique multilatérale, un panier des principales monnaies mondiales. Celle-ci existe déjà depuis plus de 50 ans, il s’agit des Droits de tirage spéciaux (DTS).

    Les États-Unis se sont jusqu’alors fermement opposés à leur adoption. L’avènement des monnaies numériques et la concurrence économico-politique de l’Europe et de la Chine pourraient les obliger, à brève échéance, à accepter que les DTS fassent l’objet d’une utilisation plus large.

  • Retour du Polarstern de son expédition scientifique en Arctique

    Retour du Polarstern de son expédition scientifique en Arctique

    Après un an de recherches au pôle Nord, la plus grande expédition scientifique jamais menée dans cette zone est rentrée, ce lundi 12 octobre, dans son port d’attache de Bremerhaven, au nord-ouest de l’Allemagne. Avec un constat alarmant : la banquise dans l’Arctique fond à une vitesse dramatique.

    À bord du brise-glace Polarstern de l’institut allemand Alfred-Wegener, plusieurs centaines d’experts et scientifiques de vingt pays différents ont récolté durant des mois des données exhaustives. La mission, baptisée Mosaic et dont le budget a atteint les 140 millions d’euros, a étudié à la fois l’atmosphère, l’océan, la banquise et l’écosystème afin d’évaluer l’impact du changement climatique sur la région et le monde entier.

    « Glace criblée de trous »

    Mais au cours de l’été, les scientifiques ont pu constater par eux-mêmes l’ampleur du recul de la banquise dans cette région considérée par comme l’épicentre du réchauffement global, selon le chef de la mission, Markus Rex.

    Nous avons vu de larges surfaces d’eau liquide quasiment jusqu’au pôle, entourées de glace qui était criblée de trous en raison d’une fonte massive, s’alarme ce climatologue et physicien.

    Nous avons regardé comment la banquise se meurt en été. Si le changement climatique se poursuit comme cela, alors dans quelques décennies, nous aurons un Arctique libéré des glaces durant l’été, ajoute Markus Rex.

    L’analyse complète des précieuses données récoltées devrait prendre un ou deux ans, avec pour objectif de mettre au point des modèles de prédiction du climat pour déterminer à quoi ressembleront les vagues de canicule, les pluies diluviennes ou les tempêtes dans vingt, cinquante ou cent ans.

    Pour établir des modèles climatiques, nous avons besoin d’observation in situ , explique Radiance Calmer, chercheuse en sciences atmosphériques de l’Université du Colorado, et qui a séjourné de juin à septembre sur le Polarstern.

    Podcast vidéo de notre partenaire TV5 Monde

  • Bilan de l’AFE : La sécurité des expatriés et le dispositif des îlotiers

    Bilan de l’AFE : La sécurité des expatriés et le dispositif des îlotiers

    Premier point que nous abordons dans le cadre du bilan de la 33ème session de l’assemblée des Français de l’étranger qui s’est clôturée ce vendredi 09 octobre : la Sécurité des expatriés. (téléchargez le rapport ICI)

    Le réseau des îlotiers ! un dispositif trop peu connu

    L’ilotage est la base du plan de sécurité mis en place, normalement, dans chaque ambassade. Connu dans les pays à risque, ce dispositif existe pourtant dans de nombreux pays. En quoi consiste-il ?

    Tout citoyen Français présent à l’étranger peut solliciter l’assistance de nos autorités consulaires dans son plan de résidence.  En cas de crise grave, l’aide accordée s’inscrit dans le cadre plus général d’un plan de sécurité de la communauté française, établi et tenu a jour par l’ambassade ou le consulat.  Les ilotiers, des bénévoles français résidents dans le pays concerné par le plan, informent et conseillent sur l’attitude à observer et les précautions à prendre en cas de situation de crise. Leur objectif est d’ assurer d’une part la bonne intégration de la communauté dans le dispositif du plan de sécurité et d’autre part, vérifier la pleine efficacité des mesures qui seraient prises sous l’égide de l’ambassade.  

    Chaque zone, déterminée par l’ambassade, est pilotée par un chef d’îlot. Ce dernier est, donc, un maillon indispensable au dispositif de l’ilotage, base du plan de sécurité.  

    Chaque chef d’îlot est responsable d’un groupe de ressortissants. Afin d’être en mesure de les assister en cas de crise, il doit s’assurer auprès de l’Officier de sécurité que leur nombre n’est pas trop important (100 familles au maximum), qu’ils sont régulièrement inscrits et que leur adresse n’a pas changé, qu’ils sont prêts à être contactes et à quitter leur domicile dès que la situation l’imposera.  En liaison avec le poste diplomatique ou consulaire, il tient à jour la liste des résidents français relevant de son ilot et se fait connaitre de ceux-ci.  Par ailleurs, le chef d’ilot doit s’assurer que les Français dont il a la charge conservent certains documents (au moins sous forme de photocopie) et vivres de première nécessité dans un lieu accessible.  

    Pour assurer ses fonctions, le chef d’îlot est équipé de téléphones GSM ou satellitaires, et dans les situations les plus extrêmes de radio UHF/VHF. Ces matériels sont destinés à communiquer avec l’ambassade en temps de crise.

    La pandémie élargie le champ d’application des plans d’îlotages

    Avec la crise du Covid-19, les expatriés et le gouvernement ont découvert que les situations d’urgences pouvaient dépasser le cadre classique des guerres ou des grandes catastrophes « habituelles » (Tsunami, tremblement de terre, éruption volcanique, etc.). Les risques liés à la santé nécessitent aussi une nouvelle vision de l’encadrement qui doit être mis en place pour assurer la sécurité des 3 millions de Français expatriés.

    En effet, dans les pays où ils existaient, les îlotiers ont été sollicités quant aux consignes sanitaires, aux possibilités de voyager, etc. Ils ont été des relais du message consulaire qui ne parvenait pas toujours à tous les Français résidents dans les différents pays. Ces citoyens, engagés, ont pu ainsi, par leur proximité et leur connaissance des familles, dont ils avaient la responsabilité, transmettre les bonnes consignes aux bonnes personnes.

    Face à ce constat, l’Assemblée des Français de l’étranger n’a pas pu qu’exprimer son regret quant à l’absence d’îlotiers en Europe. Il est vrai que les risques de guerre ou de catastrophe ont pu paraître comme négligeables du fait de l’Union européenne et de la maîtrise millénaire des territoires. Cependant, comme l’a prouvé la Covid-19, les maladies n’ont pas de frontières. Tandis que les besoins d’information, de soutien sont, finalement, aussi importants qu’ailleurs.

    Des îlotiers en Europe ?

    Pour palier à cet état de fait, la Commission sécurité a voté à l’unanimité la création de réseaux d’îlotiers en Europe. Ils ont exprimé clairement leur volonté de voir s’organiser dans tous les postes en Europe ce maillage citoyen. Le but est d’assurer le contact, le relais, l’information et une meilleure prise en charge de nos compatriotes dans le cas de futures crises.

    Dans la même résolution, ils ont aussi réclamé une meilleure communication auprès des inscrits, au registre consulaire de la zone concernée, des personnes désignées comme îlotiers. Ils indiquent aussi que cette reconnaissance officielle permettra à ces derniers de mieux effectuer leurs missions auprès de nos compatriotes.

    La balle est dans le camps du gouvernement et de l’administration consulaire !

  • La semaine des Lycées Français du Monde c’est le 30 novembre !

    La semaine des Lycées Français du Monde c’est le 30 novembre !

    Pour valoriser encore davantage ce que représente le système éducatif français à l’étranger, chaque année depuis 2017, il y a une « Semaine des lycées français du monde » courant ou fin novembre.

    La quatrième édition est programmée du 30 au novembre au 5 décembre 2020. Cette semaine de sensibilisation, à laquelle tous les lycées français du monde sont invités à participer en valorisant les activités éducatives, a un impact à la fois local mais aussi à l’échelle du réseau…de l’inventivité au menu en cette période de pandémie.

    Famille françaises et non françaises

    Avec une présence dans 137 pays, 535 établissements et 365 000 élèves scolarisés de la maternelle à la terminale en 2020, la France est le pays qui dispose de plus important réseau scolaire au-delà de ses frontières. Sur tous les continents, des familles françaises et de nombreuses autres nationalités font le choix de l’enseignement français car elles en apprécient les atouts.

    L’objectif est de faire rayonner l’enseignement français pour le renforcer et le faire grandir, de faire davantage connaître, aussi bien en France qu’à l’étranger, le réseau des lycées français du monde dont chaque établissement fait partie. Il s’agit en effet de se mobiliser autour de l’ambition de développement de l’enseignement français à l’étranger imprimée par le président de la République.

    Les lycées mobilisés dans le monde

    En participant à la Semaine des lycées français du monde, chaque établissement se fait mieux connaître et contribue à montrer à la fois la cohérence et la diversité mais aussi la solidarité du réseau.

    Certains attaqueront plutôt comme le Lycée Français de San Francisco (LFSF). Dès le 13 novembre avec « World Kindness Day », le LFSF mettra en avant sa politique de développement socio émotionnel qui fait partie des priorités de l’année. En 2019 le LFSF développe une politique autour du bien être individuel comme collectif de l’élève à travers des classes innovantes et des formations du personnel, des élèves et de la communauté en général.

    A Pékin, c’est au travers des initiatives de l’équipe pédagogique du Lycée Français International et des réalisations des élèves, que l’établissement souhaite mettre en valeur les atouts de l’enseignement français. Le dynamisme de l’établissement, l’engagement des équipes éducatives et la réussite des élèves seront au coeur des évènements qui ponctueront la semaine.

    Tandis qu’au Luxembourg, c’est la remédiation, une particularité du Grand-Duché, qui sera mis à l’honneur. En, effet, depuis près de 20 ans, la remédiation est apparue au sein de l’école primaire pour répondre aux besoins particuliers de certains élèves puis a été développée au collège et au lycée. Des outils de repérage et d’identification de ces élèves ont été mis en place pour tenter de prévenir et de répondre à leurs difficultés. Un parcours d’aide personnalisé est spécialement construit pour lui avec l’équipe éducative. En plus, un accompagnement humain en classe peut être envisagé par un Assistant de Vie Scolaire (AVS) et/ou des séances de remédiation. Pour répondre au mieux aux besoins spécifiques croissants, l’établissement a renforcé ce service en recrutant pour la rentrée 2020/2021 deux personnes référentes-remédiation pour l’école élémentaire et le collège-lycée ainsi que trois AVS. Une professeure des écoles et une professeure du secondaire contribuent aussi à ces actions.  Le service propose également un accompagnement réalisé auprès des familles.

    Vous l’aurez compris, chaque Lycée participant à l’opération, partagera à travers des évènements la plus value de son expérience. Diversifié, le réseau s’enrichie de chaque expérience.

    Une carte narrative des événements répertorient les initiatives en s’enrichissant des contributions des établissements du réseau scolaire mondial. Elle été mise en place sur le site de l’AEFE et vous pouvez, aussi, la découvrir ci-dessous.

    Bon semaine des Lycées des Français du Monde à tous !

  • Dévoilé, le projet de traité UE-Mercosur est accusé de rater le coche sur le climat

    Dévoilé, le projet de traité UE-Mercosur est accusé de rater le coche sur le climat

    Une version du texte de négociation du traité UE-Mercosur, divulguée par Greenpeace Allemagne, ne contient aucune disposition visant à garantir l’application de l’accord de Paris sur le climat, ce qui laisse le champ libre à la déforestation en Amazonie, selon l’organisation.

    L’accord de Paris, cité mais pas pris en compte

    Alors que le projet d’accord commercial de l’UE avec les pays d’Amérique du Sud mentionne l’accord de Paris, appelant à sa mise en œuvre rapide, il ne contient aucune disposition concernant son application ou les répercussions auxquelles les parties devront faire face si elles ne le mettent pas en œuvre, souligne Greenpeace.

    « L’absence d’engagements susceptibles d’entraîner des sanctions, qui permettraient d’arrêter la destruction de la nature et de lutter contre la crise climatique, montre à quel point cet accord ne tient pas compte des défis existentiels auxquels nous sommes confrontés »

    l’expert commercial de Greenpeace, Juergen Knirsch.

    « L’accord accélérerait la destruction de l’Amazonie, provoquant ainsi le déchaînement du chaos climatique et l’annihilation d’innombrables espèces »

    l’expert commercial de Greenpeace, Juergen Knirsch.

    Alors que certaines parties de l’accord commercial UE-Mercosur sont accessibles depuis juillet 2019, le texte de l’accord d’association n’avait pas été rendu public jusqu’à maintenant.

    20 ans pour un accord avec les membres du Mercosur

    Le pacte entre l’Union européenne et les partenaires du Mercosur qui pratiquent entre eux le libre-échange – soit le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay – a fait l’objet d’un accord de principe l’an dernier, après deux décennies de querelles.

    Le mois dernier, Peter Altmaier, le ministre allemand de l’Économie, a déclaré qu’il croyait toujours que la ratification de l’accord commercial était possible, malgré la colère des Européens face à la déforestation au Brésil.

    Même sans retoucher au texte de l’accord, « il y a certaines questions que nous devons clarifier, que nous pouvons clarifier », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion des ministres européens du commerce à Berlin, le 21 septembre.

    Une solution durable ?

    Une « solution durable » peut être trouvée, a-t-il plaidé, en enjoignant ses partenaires européens à ne pas se laisser diviser par les questions les plus délicates. Valdis Dombrovskis, le nouveau commissaire européen au commerce, a également affirmé qu’il était « clair que nous devons prendre ces questions au sérieux ».

    Alors que l’Allemagne tient à ce que le traité soit ratifié rapidement, la France a insisté sur l’importance d’inclure des dispositions destinées à garantir que l’accord commercial n’entraîne pas de nouvelle déforestation.

    « Le projet d’accord ne contient aucune disposition visant à imposer aux pratiques des pays du Mercosur des mesures disciplinaires destinées à lutter contre la déforestation », a déclaré le gouvernement français dans une déclaration datant de septembre.

    « C’est la principale carence de cet accord et c’est la raison principale pour laquelle, en l’état actuel des choses, la France s’oppose au projet d’accord »

    Déclaration du gouvernement français

    La démocratie, un enjeu de l’accord?

    Le projet de traité contient d’autres aspects problématiques, tels que le manque de responsabilité démocratique, les parlements nationaux et le Parlement européen étant exclus des organes décisionnels chargés de surveiller la mise en œuvre de l’accord.

    Le traité encourage également les investissements, mais n’exige pas que ceux-ci répondent à des critères de durabilité, ce qui laisse le champ libre à la poursuite de la déforestation, dénonce Greenpeace.

    « Au XXIe siècle, la protection de l’homme et de la nature doit être au centre des accords internationaux, il ne s’agit pas d’un à-côté superflu et agréable – cet accord n’est pas à la hauteur et doit être abandonné », martèle Juergen Knirsch.

    Une signature avant 2021 ?

    Les pays du Mercosur ont fait savoir qu’ils espéraient une signature de l’accord commercial avant la fin de l’année. Mais le chemin vers la ratification est long, et plusieurs pays, dont l’Autriche, la France, l’Irlande, le Luxembourg et la Wallonie belge, ont exprimé leur inquiétude quant à l’absence de dispositions environnementales contraignantes dans l’accord.

    Pour esquiver un éventuel veto de ces pays, la Commission européenne pourrait décider de scinder l’accord et de ne soumettre que certaines parties à un vote au Conseil des ministres de l’UE, où une majorité qualifiée serait suffisante.

    Une telle démarche « constituerait une manœuvre technique pour contourner le vote juridiquement contraignant du parlement autrichien obligeant le gouvernement autrichien à voter contre l’accord au Conseil », a relevé Greenpeace.

  • 14 milliards d’euros de masques importés.

    14 milliards d’euros de masques importés.

    Le masque facial s’est imposé au sein de l’Union européenne comme l’objet de lutte contre l’épidémie de coronavirus. Auparavant porté par les professionnels de la santé, il l’est depuis plusieurs mois par un nombre croissant de citoyens. 

    1800% d’augmentation

    La demande en masques est avant tout satisfaite à travers des importations. Celles-ci sont variables en fonction des États membres en raison de leur poids démographiques et de leurs pratiques différents. En comparant le premier semestre 2019 au premier semestre 2020, la valeur des importations de masques faciaux a évidemment fortement progressé. Elle est passée de 800 millions d’euros à 14 milliards d’euros, soit une augmentation de 1800 %. 

    Luxembourg, Belgique, Allemagne, France, le quatuor des masques

    Avec une politique gouvernementale de distribution nationale de masques faciaux, Le Luxembourg a de loin les importations de masques faciaux par habitant les plus élevées avec 121 euros par personne. La Belgique, l’Allemagne et la France étaient les seuls autres pays à avoir des importations supérieures à 50 euros par personne. La Belgique et la France ont imposé le masque assez rapidement au sein des lieux publics. Les autorités allemandes le préconisant vivement. En revanche, les importations étaient inférieures à 10 euros par personne à Chypre, en Pologne, en Suède, en Croatie, en Grèce et en Bulgarie. Ces pays ont été soit moins affectés par la première vague soit ont opté pour des politiques moins contraignantes comme en Suède. 

    La Chine a fourni 92 % des masques faciaux à l’Union européenne au premier semestre 2020, en hausse de 30 points de pourcentage par rapport au premier semestre 2019. À l’exception de Hong Kong, les six autres principaux partenaires d’importation de l’Union pour les masques ont tous perdu des parts de marché. Au premier semestre, seuls le Vietnam et Hong Kong ont fourni plus de 1 % du total des importations de masques faciaux. Le Royaume-Uni, la Turquie et la Tunisie représentaient tous une part de marché de 0,7 %.

  • Elections, pièges à cons.

    Elections, pièges à cons.

    Normalement, Trump a perdu. Le Coronavirus chinois l’a tué. Suave et délicat comme un nid d’hirondelles, Xi Jinping lui a souhaité un « prompt rétablissement ». Trump, ce génie biomoléculaire, s’est rétabli physiquement, mais politiquement, il est épuisé. Plus que Joe Biden, c’est dire. Ce n’est pas tant sa gestion du coronavirus qui a miné ses chances que l’oubli de ses succès économiques. 

    La coronacrise a mis fin à 128 mois de croissance aux Etats-Unis, la période d’expansion la plus longue de son histoire. Plein emploi(3.5% de chômage), taux de pauvreté minimal (10.5%), notamment pour les minorités ethniques, baisse des impôts en moyenne de 8% pour tous les revenus, tous les voyants, avant le coronavirus, étaient au vert. Sauf les déficits, abyssaux. 

    A tort ou à raison, 55% des Américains approuvent la politique économique de Donald Trump. Mais, à tort ou à raison, 55% des Américains pensent qu’il est également pour quelque chose dans la crise due au coronavirus[1]

    Chaos préélectoral

    Soit, les sondages peuvent se tromper, et le retard de Trump sur Biden doit être évalué uniquement dans les Etats-clés. Soit, la campagne n’a pas encore révélé toutes ses surprises : Demain, à la veille du scrutin, les fake news ciblés sur les électeurs des swing states vont déferler. Ce sera le chaos préélectoral, un chaos volontaire, tout est prêt. Et le sort du monde de reposer sur les épaules de red necks prêts à croire n’importe quel bobard.

    De quoi désespérer ? Ou l’inverse. Quelle que soit la réussite économique de Trump, quand le monde est à ce point turbulent, la middle class préfère un vieux cheval sur le retour comme Biden à un cas psychopathologique comme Trump. Personne n’aime ajouter l’instabilité à l’incertitude. 

    Continuité de Trump à Biden

    Il y aura d’ailleurs plus de continuité entre Trump et Biden qu’on ne l’imagine. En matière économique, Républicains et Démocrates sont tous d’accord pour alimenter la croissance américaine avec de l’argent tombé du ciel, helicopter money. En politique internationale, l’opinion publique américaine a adopté la Chine comme adversaire. Biden aura un autre style, le fond ne changera pas. Biden reviendra à plus de considération pour l’Europe, mais le désengagement américain se poursuivra, surtout avec le Brexit. 

    Il signera sans doute les Accords de Paris, mais la nouvelle donne économique et pétrolière n’incitera pas à les faire respecter tout de suite. Les Européens se satisferont de déclarations, comme ils se satisfont des déclarations chinoises et russes en la matière. 

    Le seul dossier sur lequel une évolution est possible serait le Moyen-Orient. Vraiment ? En position de force, Biden jouerait l’apaisement avec l’Iran? Seulement pour donner une porte de sortie acceptable. Force des démocraties : les constantes sont plus fortes que les ruptures.

    En tant de crise, le populisme trouve un terreau sur lequel prospérer. Il l’emporte contre les élites bien pensantes, jugées finalement méprisantes et inefficaces. Mais en temps de bouleversements, le populisme n’est plus vu comme une solution, mais redevient un risque. Finalement, mieux vaut bien penser que penser mal.

    Des élections, quelles que soient la difficulté

    Débattre, étymologiquement, est le contraire de battre : Le débat évite de se battre. Les élections, aux Etats-Unis comme ailleurs, restent la solution. Le meilleur moyen de changer les dirigeants.

    « Le seul moyen de reconstruire la Libye, c’est de commencer par le commencement, la légitimité populaire. Organiser des élections, quelles qu’en soient les difficultés »

    le Président algérien Abdelmadjid Tebboune.

    Belle confession ! En Algérie, le Hirak refuse des élections jugées manipulées par le pouvoir en place. Le Président Tebboune sait qu’en Biélorussie les élections truquées ont provoqué les manifestations qui ébranlent le pouvoir du dernier dictateur d’Europe.

    Au Kirghizistan, après des élections ratées, les manifestations s’amplifient, les clans s’affrontent dans la rue. En Afrique, d’ici décembre, cinq élections présidentielles auront lieu, dans des conditions plus ou moins contestables : Côte d’Ivoire, Guinée en octobre, où les présidents sortants entendent se maintenir au pouvoir, Burkina Faso, Ghana, Nigeria. Avant, il fallait l’huile sainte, maintenant, l’urne pleine. 

    Magie inquiétante du processus électoral

    Manipulations, truquage des urnes, vote ethnique, clientélisme, propagande, fake news, on n’en finit pas de saboter les processus électoraux. Pourtant, il y a dans le rite électoral une magie inquiétante, même pour les plus cyniques, les plus menteurs, les plus acharnés des truqueurs et dictateurs. Un vote trop bidonné peut faire chanceler le pouvoir. 

    Parce qu’avec un bout de papier dans la main, l’électeur sent qu’il peut, éventuellement, être le maitre. Comme le jour du carnaval on inverse les rôles, le roi devient serviteur, le serviteur devient roi ; l’électeur devient le souverain. Carnaval, mascarade, illusion ? Certes, avec un seul bulletin de vote on ne fait rien, mais avec un seul un fusil non plus. Les révolutionnaires le savent.

    Sartre, qui écrivait, après 68 «  Elections, piège à cons » dans les Temps modernes, avait évidemment tort. On ne peut reprocher à Sartre, un idiot utilepour le parti communiste, de dénigrer la démocratie des petits bourgeois. Les élections sont vraiment des pièges à cons, mais les cons, ce ne sont pas les électeurs -même si on tente aussi de les piéger- mais les dirigeants, obligés, un moment, de sacrifier au rite de l’humilité, de se laisser ausculter, radiographier, tâter.

    Les cons croient que la démocratie est un régime comme un autre.

    Quand vraiment les élections sont libres, elles sont incertaines. Quand vraiment elles sont justes, elles sont incontestées. 

    Ceux qui croient que la démocratie américaine pourrait périr du Trumpisme ignorent la force de la démocratie. Trump pourrait monter et descendre le Capitole sur une Batmobile, s’il est battu, il s’en ira. Les Etats-Unis ont beau avoir l’air d’être désunis comme jamais, ils s’uniront dans le même culte.

    Les cons, ce sont ceux qui croient que la démocratie est un régime comme un autre, que le pouvoir y est de la même nature que dans n’importe quel régime, qu’il suffit de sortir un nom de l’urne pour empocher 36 fois la mise.

    En ces temps de coronavirus et de révolution économique, jamais les peuples n’ont paru si dociles, jamais les libertés n’ont semblé si fragiles, jamais la richesse si instable. Du moins en temps de paix. Si les crises s’accentuent, les solutions les plus pérennes seront les plus démocratiques, tout simplement parce que ce sont celles qui sous l’apparence du conflit, apaisent; sous l’apparence de la division, réunissent; sous l’apparence de la fragilité résistent. Même à de mauvais dirigeants.


    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    Editeur de lesfrancais.press. Ancien Ambassadeur de France au Conseil de l’Europe, ancien député de Paris. 

    [1] Source,  New York Times, 5 octobre 2020