Les pays inégaux face aux crises

Les pays inégaux face aux crises

Les pays ne sont pas tous égaux face au virus, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. Des comparaisons, il est difficile de tirer des enseignements, pour la bonne raison, hélas, que le feuilleton macabre continue et que le décompte n’est pas terminé.

Le record est au Pérou : 100 morts pour 100.000 habitants. Entre 90 et 70 morts en Belgique, Bolivie, Brésil, Equateur, Chili, Espagne. Entre 70 et 50 morts : Mexique, Etats-Unis, Royaume-Uni, Italie, Panama, Suède, Colombie, Argentine (53). 49 en France, 38 aux Pays-Bas, 29 en Afrique du sud, 24 en Suisse, 19 au Portugal, 15 en Russie, 11 en Allemagne, 4 en Tunisie. Pourquoi ces différences ?

La vague a touché l’Europe, puis l’Amérique, avec des disparités flagrantes entre voisins : Suisse et Belgique, Allemagne et France, Paraguay et Argentine. Et des paradoxes qui mettent en cause les mesures de précaution : En Argentine où le confinement a duré le plus longtemps (six mois), le nombre de victimes par habitant dépasse celui de la Suède, qui, elle, a refusé tout confinement et n’oblige pas au port du masque. Que comprendre, sinon  que personne n’échappera, que retarder n’est pas guérir.

Retarder n’est pas guérir 

L’Amérique latine est la plus touchée. Mais le virus n’a pas fini son premier tour de planète. Faut-il craindre la vague épidémique en Afrique, comme le croient les gouvernements du Maghreb, ou se rassurer, comme  certains médecins,  en avançant que les populations africaines, plus jeunes, sont aussi plus résistantes? Faut-il louer l’esprit de discipline collective des pays d’Asie, ou s’attendre à ce que le retour du virus s’amplifie avec la densité de population ?  

L’Australie et la Nouvelle Zélande, où l’hiver s’est achevé, montrent une mortalité moins élevée que les années précédentes, malgré le virus. A moins que ce ne soit grâce à lui : les mesures prises auraient protégé de la grippe, la rendant moins meurtrière que les années précédentes.

Les bilans, les évaluations ne pourront être faites qu’à terme. Les chiffres de la mortalité sont les seuls vraiment significatifs, car ce qui est attribué au virus pourrait l’être à d’autres pathologies, les pays n’adoptant pas les mêmes critères. La Belgique, en haut du tableau en nombre de victimes par habitant, attribue à la Covid tout décès porteur de Covid. Ce qui est peut-être exagéré compte tenu du fait que la plupart des décès ont des causes multiples. La Russie, au contraire, attribue les décès à la cause finale : embolie pulmonaire, arrêt du cœur. Les statistiques reflètent en partie ce que l’on y met. Sauf la mort, seule certitude. 

Comparer la mortalité annuelle 

A la fin de l’année, en comparant la mortalité annuelle à celle des années antérieures, on aura une première mesure des effets de la pandémie dans chaque pays. Encore y aura-t-il toujours des biais. Comment mesurer les décès provoqués non par la Covid mais par les mesures prises pour stopper l’épidémie : effets directs, par exemple, sur les personnes âgées, soudainement isolés, victimes de glissements, dépressions, suicides consécutifs aux mesures d’isolement ? Effets indirects : soins repoussés, opérations reportées ? Effets plus lointain, ceux des crises économiques et sociales sur la santé. 

La mondialisation contre la pauvreté

Selon la Banque Mondiale, le taux d’extrême pauvreté devrait augmenter pour la première fois depuis vingt ans. 150 millions de personnes dans le monde vont replonger dans l’extrême pauvreté, moins de 1.90$ par jour. L’Amérique latine, la plus touchée, subira aussi les pires conséquences économiques : une chute de 8% du PIB pour le continent. Pour l’Afrique, le FMI a débloqué 26 milliards de dollars, dix fois plus que les autres années.  Les besoins sont évalués à 1200 milliards. La baisse du revenu y serait de -12%, en moyenne. 

La mondialisation, mise en échec, a donc gagné. On a beau expliquer qu’il faut relocaliser, retrouver la souveraineté économique pour produire masque et médicaments, l’enseignement de cette crise, c’est que la rupture des échanges ruine le monde, surtout les plus pauvres et les plus fragiles. Allemagne Suède, Etats-Unis s’en sortiront mieux que le Zimbabwe, l’Argentine, la Tunisie. 

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