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  • Quelques cimetières militaires français dans le monde

    Quelques cimetières militaires français dans le monde

    Hier, le 8 mai, le Président de la République, et plus généralement les Français, ont rendu hommage à ceux morts pour la France au cours de la Seconde guerre mondiale. L’occasion pour Lesfrancais.press de vous présenter quelques lieux de mémoire à travers le monde. Sans surprise, c’est en Afrique qu’ils sont les plus nombreux.

    Gammarth, en Tunisie

    Le cimetière de Gammarth, en Tunisie, est situé à 15 km au nord-est de Tunis, aux abords de Carthage, sur une colline dominant la mer entre la Marsa et Sidi Bou Saïd.

    Le service des Anciens Combattants et Victimes de Guerre auprès de l’Ambassade de France en Tunisie gère et entretient ces 8,5 hectares commémoratifs.

    Cette nécropole a été créée le 5 janvier 1944 pour recueillir les sépultures des soldats de l’Armée d’Afrique tombés au cours de la campagne de Tunisie (1er décembre 1942 – 13 mai 1943). Elle a été réaménagée dans les années 1950 puis entre 1965 et 1971, lors des opérations de regroupement des corps des 2 268 soldats inhumés dans les cimetières tunisiens de Bab el-Khadra, Bizerte, Djerba, El-Assel, Gabès, Gafsa, Kairouan, Le Kef, Mahdia, Medenine, Sfax, Sidi Yahia, Sousse et Tataouine.

    Le site de Gammarth a été réalisé selon les plans établis par M. Zehrfuss, inspecteur général des bâtiments civils et palais nationaux, et M. Acérès, architecte. Le cimetière de Gammarth abrite 4 289 corps de soldats :

    • 1.976 tombes individuelles de militaires morts pour la France au cours des opérations et principalement lors de la campagne de Tunisie (décembre 1942 à mai 1943) ;
    • 1.214 corps de soldats non identifiés (1914-1918 et 1942-1943) déposés dans un ossuaire ;
    • 1.099 corps de soldats décédés en garnison hors des périodes de guerre et regroupés dans un columbarium.

    Gammarth abrite aussi la tombe du Soldat Inconnu de la campagne de Tunisie, le mémorial et la tombe collective de l’équipage du sous-marin « Morse », coulé le 17 juin 1940 au large de Sfax, ainsi que des monuments ou des plaques commémoratifs anciennement implantés dans d’autres cimetières tels les monuments aux morts de Bizerte ou de Hammamet. S’y trouve aussi le monument aux volontaires des Corps Francs d’Afrique, érigé à l’origine à Bizerte.

    Cimetière de Gammarth ©Service des Anciens Combattants et Victimes de Guerre

    Les cimetières militaires à Madagascar

    Le cimetière militaire de Diégo-Suarez à Madagascar abrite les tombes de 921 soldats français, européens et indigènes, enterrés entre la fin du 19e siècle et les années 60.

    Cette nécropole nationale française témoigne de soixante-cinq ans d’histoire commune franco-malgache, entre 1895, date de la colonisation de l’île et 1960, celle de son indépendance.

    Elle est située à la limite de la ville, au centre du cimetière municipal, en bordure du boulevard Dupleix. Elle compte 921 sépultures de militaires réparties en trois carrés : français, européen et indigène. Ces hommes sont décédés entre la fin du 19e siècle et les années 60.

    149 sépultures ont été ajoutées à l’enclos des autochtones, situé au bord du cimetière civil. Il existe par ailleurs un caveau où sont inhumés des légionnaires. Un monument aux morts « A la mémoire glorieuse des enfants de Diégo-Suarez morts pour la France », accueille le visiteur à l’entrée du carré militaire. Un autre, en forme d’arche, rappelle les combats de la libération de l’île durant la Seconde Guerre mondiale.

    Dans un rayon de 35 km autour de Diégo-Suarez, 1 664 autres tombes de militaires ont été aménagées dans les cimetières du Cap Diégo (1411 tombes), Anjianema (157), Joffreville (51) et Sakaramy (25). Un projet de regroupement des sépultures françaises de la région en un seul site est en cours d’étude.

    Le Consulat Général de France à Diégo-Suarez assure la gestion et l’entretien du site grâce à la dotation budgétaire annuelle octroyée par le ministère de la Défense.

    Cimetière militaire de Diego Suarez ©Souvenir Français

    Autres cimetières et carrés militaires sur l’île

    Avant toute chose, il convient de saluer le travail remarquable de l’ambassade de France à Madagascar, celui du Souvenir Français (dirigé par le commandant (CR) Patrick Deleplanque), celui des élèves du lycée français de Tananarive (en particulier la classe STG1), celui de nombreuses associations patriotiques, d’anciens militaires et bien entendu du détachement de la Légion étrangère de Mayotte (liste non exhaustive).

    Les principaux autres sites à Madagascar sont les suivants (là-encore, liste non exhaustive) :

    • Ambalavao : un monument rappelle l’accident en 1947 de l’avion des militaires suivants : lieutenant-colonel Lequesne, capitaine d’aviation Guillot, sous-lieutenant (infanterie) de Tournadre, adjudant-chef d’aviation Gourcerol, sergent-chef d’aviation Allard, sergent-chef Katsia (seul le sergent Anizet survécut au crash).
    • Ambato-Boeny : carré militaire qui rassemble, sans précision, une cinquantaine de tombes individuelles et un ossuaire. Monument commémoratif du 2e régiment de génie. Un monument avait été élevé à la mémoire des officiers, sous-officiers et sapeurs du 2e RG ayant participé aux opérations de 1895. Il a été détruit il y a quelques années par un camion et il n’en subsiste aucune trace.
    • Ambodimadiro : tombes militaires identifiées à Ambodimadiro (au nord de Mandritsara, à mi-chemin entre Tananarive et Diego-Suarez). Le cimetière rassemble également 10 autres tombes sans indications nominatives concernant des tirailleurs malgaches.
    • Ambohitra : Joffreville, actuelle Ambohitra, était une petite ville de garnison. Sur la route vers Diego-Suarez se situait le centre d’entraînement de la Légion étrangère, abandonné depuis 1973 pour le Centre d’entraînement à la forêt équatoriale, en Guyane. Les derniers occupants militaires français ont été les légionnaires du 3e R.E.I. qui entretenaient sur place cet ancien cimetière où reposaient leurs aînés du Bataillon de marche de la Légion qui avaient séjourné ici de 1901 à 1905.
    • Ambositra : tombes militaires recensées dans le cimetière d’Ambositra, concernant notamment des légionnaires du IV/4e R.E.I.
    • Andapa : le 30 mai 1958, un avion de transport de type Douglas C-47A qui effectuait une liaison s’écrase à 25 km d’Andapa, à l’ouest de Sambava et Antalaha (au nord-est de Madagascar). Tout son équipage périt dans l’accident. Les quatre aviateurs sont inhumés dans le cimetière d’Andapa.
    • Andriba : monument commémoratif, 13e R.I.Ma, 2e R.A.Ma et 38e R.A.C. A la sortie d’Andriba au bord de la route, au point kilométrique 224 (P.K.224), stèle élevée à la mémoire des officiers, sous-officiers, soldats et canonniers de ces régiments, morts pour la France en 1895.
    • Anjiamena : cimetière militaire de Ramena qui rassemble 159 tombes, pour la plupart datant du début du siècle, mais très peu ont conservé leurs plaques nominatives (les autres n’ont plus). Longtemps laissé à l’abandon, l’endroit est maintenant entretenu, notamment, grâce aux efforts réguliers du Détachement de la Légion Étrangère à Mayotte (D.L.E.M.).
    • Ankaboka : monument sans noms situé près de l’emplacement d’un important cimetière disparu de la conquête (1200 tombes dont il ne subsiste aucune trace).
    • Anketsabe : le cimetière militaire d’Anketsabe, situé près du village de Sarodrano sur l’île de Nossi-Komba, au nord-ouest de Madagascar, rassemble une centaine de tombes de militaires décédés au cours de la seconde expédition de Madagascar en 1895.
    • Antananarivo : dans le cimetière civil d’Ambohipo (commune de Tananarive), propriété de la mission catholique, sont enterrés environ 13 officiers et sous-officiers français dont seuls deux ont encore des sépultures identifiables.
    • Betafo : tombes militaires identifiées recensées dans le cimetière militaire de Betafo, commune située au centre de Madagascar, à l’ouest d’Antsirabe.
    • Hell-Ville : stèle commémorative installée dans le cimetière de Hell-Ville, sur l’île de Nosy-Be (au nord-ouest de Madagascar). Texte porté sur le monument : « A l’officier qui sut vivre et mourrir digne son nom, Pierre Jean BART, lieutenant de vaisseau du Roi, commandant de la corvette Sarcelle, mort en servant son pays le 3 juin 1843 – [érigé par la] Division navale de Madagascar et les Français de Nosy-Be en septembre 1846 ».
    • Maevatanana : quinze tombes de militaires français se trouvent dans le cimetière communal de Maevatanana
    • Mahatsinjo : monument commémoratif du 1er R.C.A. Il s’agit d’un village situé sur l’axe Tananarive-Majunga. Le monument a été érigé sous le commandement du Gouverneur général Léon Cayla et du général Roucaud, commandant supérieur des troupes à Madagascar, avec l’aide du Souvenir Français. « Aux officiers, sous-officiers, brigadiers et cavaliers du 10e escadron du 1er Chasseurs d’Afrique morts pour la France en 1895 ».
    • Majunga : monument aux soldats de l’expédition de 1895 morts pour la France. Bâti sous Gallieni à côté du cimetière de la ville (Route Corniche) devient aussi ensuite celui des soldats morts durant la Grande guerre.
    • Marovoay : à proximité de la Poste se trouve un ossuaire surmonté d´inscriptions française et malgache – « Morts pour la Patrie » – « 1896-1945 » – La porte est ornée de l’ancre des troupes coloniales – Aucun nom n’est enregistré, mais près de 1.400 militaires reposaient dans deux grands cimetières à Marovoay et il n’en subsiste plus aucune trace.
    • Sakaramy : petit cimetière où une vingtaine de tombes sont identifiées, les autres n’ont plus d’indications nominatives.
    • Vohemar : tombes militaires répertoriées à Vohemar, commune côtière située au nord-est de Madagascar. Sur six tombes, seules deux sont nominatives (dont une collective rassemblant trois militaires).

    En Macédoine

    Qui se souvient que des soldats français ont fait la Première Guerre mondiale dans les Balkans, et que celle-ci a d’ailleurs duré jusqu’en 1919 ?

    A la fin de l’année 1914, la situation semble inextricable. Après les offensives et les longs mouvements de conquête et de retraite de l’automne, les Alliés, comme les armées des Empires centraux, se sont enterrés dans des tranchées. Au cours de cette première année de guerre les pertes sont déjà phénoménales. L’Autriche a vu mourir plus de 500 000 de ses soldats.

    Winston Churchill, alors Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine britannique), défend l’idée de l’ouverture d’un second front en Europe, et du côté des Balkans. Dans un triple objectif : ravitailler l’Armée russe via la mer Noire ; contourner les Empires centraux ; occuper Constantinople, capitale d’un Empire ottoman, considéré comme le « grand malade » du continent et par ailleurs allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

    La Macédoine, indépendante depuis 1991 avec l’éclatement de la fédération yougoslave, a sur son sol deux cimetières militaires français principaux (il existe çà et là, dans des villages, des monuments à la mémoire de soldats français tombés en ces lieux).

    Cimetière militaire de Bitola (autrefois Monastir) ©Sénat

    Le cimetière militaire de Skopje (Uskub).

    Skopje est la capitale de la République de Macédoine. 700 000 personnes y habitent, c’est-à-dire environ un tiers de la population totale de ce pays de 25 713 km². Au cœur de la vallée du Vardar, qui se jette dans la mer Egée, Skopje est située à mi-chemin entre Athènes et Belgrade.

    Il y a quelques années, une mission du Sénat français s’est déplacée en République de Macédoine afin de contrôler l’état du cimetière de Skopje et de Bitola. Sur Skopje, il était ainsi remarqué : « Le cimetière est installé sur un coteau. Il est arboré et parsemé de rosiers et de buis entre les tombes. Le monument aux morts, édifié sur la hauteur, domine vers l’autre versant le fleuve Vardar qui arrose la capitale. Un obélisque, à la mémoire des inconnus morts pour la France, y est érigé sur l’un des deux ossuaires. Le petit musée, contenant des souvenirs du front d’Orient et des commémorations et visites à la nécropole, a été restauré par les militaires. Dans son ensemble la nécropole est bien entretenue ».

    Chaque année, au 11 novembre, des cérémonies sont organisées par l’Ambassade de France. Le cimetière militaire de Skopje contient les restes de 960 officiers, sous-officiers et soldats de l’Armée d’Orient, ainsi que deux ossuaires, regroupant chacun environ 5 000 corps.

    Le cimetière militaire de Bitola (Monastir).

    Bitola est une ville du sud-ouest de la Macédoine, à environ 15 kilomètres de la frontière grecque. Peuplée de plus de 100 000 personnes, Bitola est un important centre administratif, industriel et commercial. Deuxième ville du pays derrière Skopje, Bitola est connue pour son université. Située dans la plaine de Pélagonie, Bitola est sur la route qui mène de la mer Egée au cœur de l’Europe centrale.

    Le cimetière militaire français de Bitola regroupe les restes de 6 262 corps et deux ossuaires contenant 5000 corps chacun. Un vaste monument est situé au centre du cimetière, sur lequel est inscrit : « A la gloire de l’Armée d’Orient ». Des soldats, sous-officiers et officiers des unités suivantes se trouvent parmi les sépultures : 17e division d’infanterie coloniale (DIC) avec la 33e brigade d’infanterie coloniale (BIC), et les régiments d’infanterie coloniale 54e et 56e RIC ; la 21e BIC avec le 35e et le 44e RIC.

    En Asie, Rangoon

    Il y a peu, le Délégué général du Souvenir Français pour la Chine et l’Asie, Monsieur Claude Jaeck, alors en mission professionnelle à Rangoon en Birmanie, découvrait avec étonnement la tombe d’un soldat français au beau milieu du cimetière militaire anglais de la ville.

    Il s’agissait du caporal Philibert Methia, du 10e RICM, mort pour la France le 27 octobre 1945 (parcelle 2 – Rangée A – Tombe n°4). Pourquoi un Français là ?

    Cimetière anglais avec des tombes françaises à Rangoon ©Souvenir Français

    L’offensive victorieuse de 1945 dans la région venait de deux fronts : au nord, les divisions chinoises et anglo-indiennes enfoncent les lignes japonaises en quelques semaines. Au centre du pays, les troupes alliées provenant d’Inde immobilisent à Mandalay de nombreuses divisions japonaises. Ils se battent avec une ardeur désespérée. Ils profitent de la situation pour détruire une grande partie des édifices religieux de la ville. Bientôt, à cours d’artillerie et de munitions, laissant des milliers de morts, ils se retirent vers l’est.

    Une nouvelle fois avec l’appui de l’aviation américaine, Winston Churchill, Premier ministre britannique, ordonne à Lord Mountbatten d’envoyer des milliers de soldats à la reconquête de la capitale Rangoon. Des commandos, ceux de la Force 136 (principalement des Anglais, mais aussi plusieurs dizaines de Français), participent à cette offensive. Il s’agit d’être à Rangoon avant la mousson. Par ailleurs, le nationaliste Aung San change de camp et prend contact avec les alliés. Il s’agit maintenant de l’appuyer, après l’avoir combattu…

    Au cours du mois d’avril 1945, les Japonais décident de quitter Rangoon. Il n’est que temps : les troupes alliées sont à 30 kilomètres de la ville. Le 2 mai, la mousson débute vraiment, rendant impossible toute manœuvre militaire d’importance.

    Au total, plus de 144 000 Japonais trouvent la mort dans ces campagnes, soit deux fois plus que les Alliés. Ils sont enterrés dans de nombreux cimetières militaires, dont celui de Rangoon.

  • Services publics en France, un problème d’organisation ou de moyens ? 

    Services publics en France, un problème d’organisation ou de moyens ? 

    Depuis plusieurs années, la question du manque de ressources est avancée pour expliquer la dégradation des services publics en France (santé, éducation, transports, etc.). Les difficultés des services publics en France sont-elles provoquées par un déficit de moyens financiers ou par des problèmes d’organisation ? 

    Le service de santé, une faible efficience 

    La crise sanitaire a souligné les problèmes auquel est confronté le système de santé français. Ces problèmes sont multiples et anciens. Les déserts médicaux se développent sur fond d’insuffisance du nombre de patriciens disponibles. La saturation des services d’urgence provient de la disparition des médecins de garde. Les hôpitaux accumulent tout à la fois sous-investissement et déficits. La logique comptable qui aurait été retenue par les pouvoirs publics avec l’instauration de la tarification à l’activité a été jugée, en partie, responsable de la désorganisation des hôpitaux. 

    Par rapport à ses partenaires, la France, tout en dépensant plus que ses partenaires, a moins de médecins et de lits. Les dépenses publiques de santé représentaient, selon Eurostat, 9,2 % du PIB, en 2022, en France, contre 8,5 % en Allemagne ou aux Pays-Bas et 7,8 % du PIB en Finlande. La France comptait, selon l’OCDE, 5,7 lits pour 1 000 habitants, contre 7,1 en Autriche et 7,8 en Allemagne. Les Pays-Bas n’en comptaient, en revanche, que 2,9 et la Finlande 2,8. 

    La France a, à partir des années 2000, prit le parti de développer l’ambulatoire en réduisant le nombre de lits. En 2021, le nombre de médecins pour 1 000 habitants était, toujours selon l’OCDE, de 3,4 en France, contre 5,5 en Autriche, 5 en Allemagne, 3,8 aux Pays-Bas et 3,7 en Finlande. 

    La France se caractérise par ailleurs par la faible rémunération des professionnels de santé. En moyenne, la rémunération du personnel infirmier en hôpitaux était, en 2020, selon l’OCDE, de 35 531 euros, contre 60 051 euros en Allemagne. Pour les médecins spécialistes, la rémunération est également deux fois plus élevée outre-Rhin. La France souffre en matière de santé d’une faible efficience de la dépense publique. Les problèmes sont connus de longue date. Les relations entre la médecine de ville et les hôpitaux sont insuffisantes. Les médecins généralistes devraient être rattachés à des établissements de santé et bénéficier d’un accès plus aisé à des outils de diagnostic. La généralisation des cabinets médicaux pluridisciplinaires est lente à se concrétiser. Faute de moyens, les médecins de ville ne peuvent pas recruter des assistants pouvant les épauler. 

    Les relations sociales entre les différentes catégories de personnel au sein des hôpitaux demeurent complexes et sources de dysfonctionnements. La productivité y est faible. L’attractivité des professions de santé tend à décliner en raison des rémunérations faibles et de la lourdeur du travail.

    25 % des Français y ont accès à la prévention quand ce taux dépasse 50 % en moyenne en Europe 

    La prévention et le dépistage sont faibles en France en comparaison des pratiques en Europe. Seulement 25 % des Français ont accès à la prévention quand ce taux dépasse 50 % en moyenne en Europe. Ce faible score français est obtenu malgré des dépenses en la matière qui sont comparables à celles des autres pays européens (autour de 0,7 point de PIB). 

    Le service de l’éducation, une baisse de niveau et de motivation

    Les dépenses publiques d’éducation représentaient, en 2021, selon l’OCDE, 5,3 % du PIB, contre 4,5 % en Allemagne et 5 % aux Pays-Bas. En Europe, seule la Finlande dépense plus que la France pour l’éducation. Or, depuis plus de vingt ans, la France décline dans les classements concernant le niveau des élèves. La France occupe les derniers rangs de l’OCDE pour les mathématiques et les sciences. 

    La France se caractérise par le nombre élevé de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation (NEETS). La proportion des 15 à 29 ans dans cette situation était, selon l’OCDE, en 2022, de 15,5 % en France, contre 10 % en Allemagne et 7,8 % aux Pays-Bas. 

    Le taux de chômage des moins de 25 ans en 2022 s’élevait à 16 % en France, contre 5 % en Allemagne et 6 % aux Pays-Bas. 

    Le système éducatif français est plus rigide, plus centralisé que celui de ses partenaires européens. Les techniques d’éducation demeurent traditionnelles, magistrales et peu axées sur l’esprit d’initiative des élèves. L’arrivée des technologies de l’information et de la communication y est tardive. De nombreux établissements scolaires sont vétustes. 

    Le salaire moyen des enseignants est, en France, bien plus faible que celui enregistré dans les autres pays européens. Un enseignant du primaire gagnait, en 2021, selon l’OCDE, 38 000 euros en France, contre 64 000 en Allemagne, 55 000 aux Pays-Bas ou 54 000 euros en Finlande. Les faibles rémunérations conduisent à une faible attractivité du secteur de l’éducation. La formation du personnel enseignant est relativement faible ce qui n’est pas sans conséquence sur le niveau des élèves. 

    Une décentralisation accrue du système éducatif avec une meilleure allocation des ressources serait sans nul doute nécessaire. Les moyens alloués devraient être mieux proportionnés aux situations locales. Des établissements accueillant des jeunes d’origines diverses doivent bénéficier d’un soutien logistique plus élevé que ceux dont les origines des élèves sont plus homogènes. 

    Un service public de l’emploi perfectible 

    La France a connu un chômage de masse plus longtemps que la moyenne de ses partenaires. La décrue y a été plus lente et moins forte. En 2022, le taux de chômage était de 7,2 % de la population active, contre moins de 5 % en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Autriche. Le taux de chômage de longue durée était de 2 % en France, contre 1 % en Autriche, de 0,8 % en Allemagne et de 0,5 % aux Pays-Bas. 

    En matière d’indemnisation du chômage, la France enregistre un niveau de dépenses supérieur aux autres pays européens. Pour les dépenses actives en faveur du marché du travail (formation, aides à la réinsertion, etc.), la France est dans la moyenne européenne. En dépenses passives, la France consacrait, en 2022, selon l’OCDE, 3,2 % du PIB, contre 1,4 % en Allemagne. Les dépenses actives s’élevaient à 0,75 % du PIB, en 2022, comme l’Autriche. Elles étaient de 0,6 % du PIB en Allemagne et de 0,8 % en Finlande. 

    L’essor de l’alternance et de l’apprentissage, depuis 2018, est réel en France. Un million de contrats ont été signés en 2022, contre 300 000 en 2017. Malgré le Plan d’investissement dans les compétences qui a pour objectif de former deux millions de personnes en cinq ans, les problèmes d’accompagnement des demandeurs d’emploi demeurent. 

    En 2022, seulement 670 000 d’entre eux ont bénéficié d’une formation sur un total supérieur à 2,2 millions de chômeurs (au sens du Bureau international du travail). 

    L’insuffisance de l’évaluation des politiques du marché du travail. 

    La France réorganise en permanence son système d’aide à l’emploi. Pôle Emploi était né de la fusion des Assedic et de l’ANPE. Le 1er janvier 2024, Pôle emploi deviendra France travail. Au-delà du changement de nom, France travail doit contribuer à l’objectif de plein emploi. Ce nouveau réseau s’appuiera sur trois opérateurs : 

    • France travail (ex-Pôle emploi) ; 
    • France travail jeunes (missions locales) ; 
    • France travail handicap (Cap emploi). 

    Le système public de l’emploi est et restera complexe du fait de la dispersion des compétences entre acteurs nationaux et locaux. Les demandeurs d’emploi les plus fragiles sont mal suivis. Les prestations sont peu conditionnées à des suivis de formation ou à des actions volontaires de réinsertion professionnelle. 

    La France, dont les dépenses publiques absorbent 58 % du PIB, ne manque pas de moyens par rapport à ses partenaires. La faible efficience de ses services publics est à mettre au compte de problèmes d’organisation et d’une mauvaise allocation des ressources. Les professionnels de la santé comme ceux de l’éducation sont notoirement mal payés, ce qui génère une forte amertume et un désengagement. La lourdeur des procédures administratives réduit l’initiative et la diffusion des innovations que ce soit en matière de santé ou d’éducation.

  • La résolution condamnant « le régime d’apartheid » en Israël divise la gauche

    La résolution condamnant « le régime d’apartheid » en Israël divise la gauche

    La proposition de résolution communiste condamnant « l’apartheid » qui serait mis en place par Israël à l’égard des Palestiniens et appelant au boycott économique du pays, rejetée par l’Assemblée nationale, a ravivé jeudi (4 mai) des divergences à gauche de l’échiquier politique.

    Un sujet éminemment politique s’est invité à l’Assemblée nationale, sur initiative du Parti communiste français (PCF), jeudi (4 mai). Pendant sa niche parlementaire, le groupe a remis sur la table une résolution déjà déposée l’été dernier, avec le soutien de certains collègues de La France insoumise (LFI), cosignataires du texte.

    Objectif premier de la résolution : que l’Assemblée nationale condamne « le régime d’apartheid » qui serait institué en Israël au dam du peuple palestinien du fait de la colonisation. Le texte demandait également au gouvernement français « d’agir pour mettre fin à la colonisation » et au dit « régime d’apartheid », de reconnaître l’État palestinien, appelait à légaliser le boycott des produits israéliens et à prononcer un embargo sur la livraison d’armements à Israël.

    C’est d’abord la « politique coloniale » de l’Etat d’Israël qui motive cette prise de position, explique le député PCF Jean-Paul Lecocq.

    Pour le groupe LFI, Ersilia Soudais souligne l’importance de la résolution, car « la lutte interne pour la démocratie israélienne ne peut aboutir sans la fin de l’apartheid et de la colonisation ». « Il ne faut pas avoir peur des mots, ils permettent d’appréhender la réalité », a-t-elle affirmé pour justifier l’utilisation du mot « apartheid ».

    Or sur les bancs socialistes, la résolution a provoqué une certaine gêne. Si le groupe du Parti socialiste (PS) a déserté le scrutin, seul Jérôme Guedj s’est prononcé en votant « contre » le texte.

    L’élu, s’exprimant au nom du parti et s’adressant à ses alliés de gauche, a indiqué qu’« en utilisant la notion d’apartheid […] vous desservez la cause que vous prétendez pouvoir défendre » — tout en dénonçant la colonisation des territoires palestiniens et « la dérive illibérale » du gouvernement israélien.

    Dans des termes semblables, un communiqué du PS, publié la veille du vote, « récuse et condamne l’utilisation du mot apartheid » de même que l’appel à la « légalisation du boycott contre les produits israéliens ».

    Le PS s’est donc retrouvé isolé de ses alliés du PCF, de LFI et des quelques écologistes présents (8 sur 23), qui ont voté en faveur du texte. La majorité présidentielle (Renaissance, Horizons et Modem), la droite (Les Républicains) et l’extrême droite (Rassemblement national) ont dénoncé la résolution d’une partie de la gauche et se sont opposées au texte.

    Résultat : le texte a été rejeté, à 71 voix « pour » et 199 voix « contre ».

    Si le groupe du Parti socialiste (PS) a déserté le scrutin, seul Jérôme Guedj s’est prononcé en votant « contre » le texte. [Shutterstock/Victor Velter]

    Attaque des centristes et de la droite 

    Bien que les résolutions ne soient pas juridiquement contraignantes, les échanges furent agités. Outre les réserves de la gauche socialiste, le débat a été l’occasion pour les opposants à la NUPES de s’en prendre à une partie de la gauche.

    La présidente du groupe Renaissance Aurore Bergé a accusé les signataires du texte de « blesser les citoyens israéliens » et d’« insulter la mémoire des innombrables victimes de ce régime [l’apartheid] », ajoutant que les Arabes israéliens « vivent pleinement en tant que citoyens de l’État d’Israël ».

    La cheffe des parlementaires de la majorité a dénoncé le caractère « antisioniste » du texte, relevant « l’obsession » pour Israël de ses collègues de gauche et leur manque d’initiative pour dénoncer la situation dégradée des droits de l’homme en Syrie, au Yémen, ou encore en Chine concernant la répression des Ouïghours.

    La résolution traduirait « une vision binaire et outrancière » de la relation entre Israéliens et Palestiniens, selon Annie Genevard, députée Les Républicains et secrétaire générale du parti de droite. Président (démissionnaire) du groupe d’amitié France-Palestine de l’Assemblée, Jean-Charles Larsonneur (Horizons) s’est inquiété d’un texte « contre-productif » et pour partie « irresponsable ».

    « Le détournement des morts ne sert pas la cause de la paix » a lancé la secrétaire d’État chargée de l’Europe Laurence Boone, au nom du gouvernement.

    Un point d’accord subsiste néanmoins, entre la position officielle et constante de la France – rappelée par Laurence Boone -, la résolution communiste et le communiqué du PS, qui tous appellent un processus de paix fondé sur la création de deux États souverains, Israël et la Palestine.

  • 8 mai : l’hommage à Jean Moulin

    8 mai : l’hommage à Jean Moulin

    Emmanuel Macron a rendu hommage à Jean Moulin et à la Résistance, lundi 8 mai à Lyon, après la traditionnelle cérémonie de la victoire à l’Arc de triomphe, à Paris. Le chef de l’Etat est arrivé vers 15 heures à l’ancienne prison de Montluc, où Jean Moulin et d’autres résistants furent détenus, pour un hommage à la « Résistance française et aux victimes de la barbarie nazie ». Il était accompagné du garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, du ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye, et de la secrétaire d’Etat chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, Patricia Mirallès.

    Des commémorations sous haute sécurité

    Devant les risques de « casserolades », récurrents depuis l’adoption de la réforme des retraites, tout rassemblement a été interdit aux abords des Champs-Elysées.

    A Lyon, où tout rassemblement était aussi prohibé dans un large périmètre autour de la prison de Montluc, environ 3 000 personnes ont manifesté en bordure de la zone interdite, selon la préfecture.

    Périmètre interdit à Lyon ©AFP

    La flamme du soldat inconnu

    Avant de partir à Lyon, comme à chaque célébration de la fin de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale, le chef de l’Etat a remonté en fin de matinée les Champs-Elysées, accompagné par la grande escorte de la garde républicaine, à cheval et motorisée. En présence de la Première ministre Elisabeth Borne, il a déposé une gerbe et a ravivé la flamme du Soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe. 

    Emmanuel Macron ravivant la flamme du soldat inconnue le 02 mai 2023 ©AFP

    Lier passé et présent

    Les forces de l’ordre étaient largement présentes autour de la prison de Montluc, dans laquelle Emmanuel Macron s’est rendu 14h30 pour les commémorations du 8 mai à Lyon. Après avoir déposé un bouquet de fleurs sur le porche du mémorial, le chef de l’Etat a observé une minute de silence. Une Marseillaise fut entonnée, suivie du chant des partisans.

    Les époux Klarsfeld, à l’origine de l’extradition de Klaus Barbie vers la France, étaient également présents. Mais c’est accompagné de Claude Bloch, 94 ans, dernier rescapé des camps de concentration à Lyon, qu’Emmanuel Macron a visité la prison de Montluc où fut emprisonné, torturé et assassiné, Jean Moulin, héros national.

    Puis le Président de la République a écouté l’histoire des enfants d’Izieu, racontée par deux lycéens. Ces 44 enfants juifs, logés à Izieu (Ain) ont été déportés lors d’une rafle de la Gestapo en avril 1944. Le président et les époux Klarsfeld ont ensuite remercié les deux élèves du lycée René Descartes, dans la banlieue lyonnaise. Pour finir la visite, le chef de l’Etat est allé dans la cellule du responsable nazi Klaus Barbie, condamné à perpétuité pour crime contre l’humanité à Lyon en 1987.

    Enfin, il a rendu hommage dans un long discours à Jean Moulin depuis le Mémorial de la prison de Montluc, à Lyon.

    « Ayons confiance en nous et en ceux qui nous suivront », a déclaré Emmanuel Macron, lors de l’hommage rendu. Une manière de relier les héros du passé – à travers le chef de la résistance, Jean Moulin, et l’historien Marc Bloch, mort en déportation – et les générations futures.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 09.05.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 09.05.23

    Bonjour à tous, bienvenue dans le premier flash de cette semaine. Une semaine écourtée car la France, comme la Tchéquie et la Slovaquie, offre un jour de congé pour célébrer le 08 mai la victoire sur l’Allemagne nazie. Mais ce 09 mai c’est la journée de l’Europe, nous ouvrirons donc le flash quotidien des expatriés par ce thème, avant de se pencher sur les abus de l’ancien consul à Marrakech et nous terminerons en revenant sur la journée du 08 mai en France. 

    La Journée de l’Europe

    Voilà un jour qui mériterait d’être férié. En effet, dans toute l’Union européenne, de nombreuses activités sont offertes aux citoyens qui veulent mieux connaître l’UE. Pour ce faire, direction le site europeday.europa.eu. Sur lesfrancais.press, retrouvez un dossier spécial pour découvrir tout ce que l’Union européenne a apporté à la mobilité internationale. Une donnée que les expatriés ont bien compris, puisque le vieux continent concentre 50% des Français de l’étranger. 

    Journée de l'Europe

    Airbnb Consulat 

    C’est le bon plan dont un ami de l’ancien consul de France à Marakkech, Philippe Casenave, a pu jouir pendant 2 ans. En effet, le diplomate français lui avait prêté sa résidence officielle, et ce dernier en a bien profité, en conviant de jeunes prostituées dans le cadre de fêtes organisées avec la vaisselle gravée aux armoiries de la République française. Privé d’une promotion prestigieuse, Philippe Casenave devrait rester longtemps sans affection, mais quid des sanctions qui devraient s’étendre à toute la chaîne chargée du contrôle au ministère ?

    Philippe Casenave, éphémère directeur du protocole et ancien consul de Marrakech

    Un 08 mai calme pour Emmanuel Macron 

    Le président de la République était à Lyon ce lundi après-midi pour rendre hommage à Jean Moulin après avoir commémoré le 8-Mai et la capitulation de l’Allemagne à Paris. Les anti-réforme des retraites ont appelé à une casserolade, mais le tribunal administratif a interdit les manifestations dans une partie de la ville.

    Le président Emmanuel Macron dépose une gerbe de fleurs devant la tombe du Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe lors des cérémonies du 8 mai 1945, le 8 mai 2023 à Paris ( Michel Euler / POOL/AFP )

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour une nouvelle édition.

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Libertés à la traîne

    Libertés à la traîne

    Quel joli mois de mai ! Le 1er mai, des manifestations partout dans le monde. Comme les précédentes « Fêtes du travail », (qui ont remplacé les anciennes « fêtes de l’amour »), elles ne changeront rien au travail, pas plus que les précédentes fêtes de l’amour ne changèrent l’amour. Le travail est emporté dans la révolution digitale, la robotique, ChatGTP, et l’extinction du salariat. Le patron d’IBM étudie le remplacement de 30% de son personnel administratif par ChatGTP, l’IA et l’automatisation. Des chocs qui pourraient remettre en cause nos libertés ?

    ©Stock Adobe

    On ne couronne pas un roi tous les jours. Qui ne se souvient de celui de Bokassa ?  

    Le défilé, c’est la tradition. Et la tradition, c’est la tradition. Comme le 6 mai : on ne couronne pas un roi tous les jours. C’est plus rare que les J.O. Qui ne se souvient de celui de Bokassa ? Rares aujourd’hui sont les têtes couronnées, notamment parmi les 2000 invités de Charles, qui ont encore du pouvoir. Cela ne signifie pas que le principe dynastique s’éteint, il resurgit en Afrique, en Orient, comme en Corée du nord, mais la plupart des pays gardent inconsciemment en mémoire que le premier Charles d’Angleterre fut décapité, que les Britanniques inventèrent le pouvoir du parlement, et progressivement, la démocratie.

    Couronnement de Bokassa le 4 décembre 1977 ©AFP

    La faute à Charles 1er, décapité ?

    Que traîne la traîne royale ? Beaucoup voudraient que le nouveau roi se repente des méfaits de l’expansion impériale britannique, qui se vante d’avoir conquis et assujetti 178 nations. Rares furent les peuples qui connurent un succès mondial aussi stupéfiant, et aussi dur pour les autres, que les Britanniques, avec des moyens, notamment démographiques, si limités. La faute à la révolution industrielle, au charbon, à la marine ? Non. A Charles 1er décapité, à cette invention du Parlement, à l’affirmation des « libertés ». On peut dénoncer la colonisation britannique, les conquêtes, le racisme, l’esclavage, en vérité, quel peuple ne fut pas barbare ? Lequel ne fut pas cruel, raciste, massacreur ? Des Indiens de Californie à la Papouasie en passant par l’Afrique et la Chine, l’humanité est esclavagiste, expansionniste, avide, violente. Preuve que le progrès existe : le mérite des Britanniques (puis des Français, et des Américains) fut d’avoir été les premiers à dénoncer l’esclavage comme un crime (après l’avoir pratiqué), à l’avoir éradiqué à coups de canons, en Afrique, en Arabie, en Asie. Rares furent les massacreurs qui en firent autant. 

    Gravure de la décapitation de Charles I ©Data – Musées de Paris

    Le peuple se presse autour du roi, prend des selfies, et s’en fout un peu : 62% des Britanniques apprécient la monarchie, ils étaient 88% en 1969. La révolution ne gagne pas, l’indifférence peut-être. 

    Ce devrait être aux Allemands de célébrer le 8 mai. 

    Après le 6 mai, le 8 mai. Victoire sur le nazisme. Seules la France, la Slovaquie et la Tchéquie le fêtent. Etrange : Ce devrait être aux Allemands de la célébrer. C’est la liberté retrouvée qui lui a rendu luxe, puissance et richesse. Ils ne remercieront jamais assez les Alliés. Même les Russes, qui lui ont redonné la Prusse et toute son aura sur les pays d’Europe centrale et de l’Est. Les Russes, qui fêtent la victoire le 9 mai ont annulé leurs défilés dans six régions russes et 21 villes. Poutine a supprimé la traditionnelle réception. Peur d’un rhume, d’un drone, d’un concert de casseroles ? En Russie, contester la guerre vaut la prison. Pas mort le fascisme. Il réapparaît dans ces régimes fondés sur la violence, l’exaltation de la force, le contrôle des médias, le contrôle social, la corruption, la mise en coupe réglée du pays par la corruption, celle des ex-citoyens par la mise au pas, la prison, le contrôle de la presse.

    Selon l’Unesco, 2022 a été l’année la plus sanglante pour les journalistes : 86 ont été tués. La liberté de la presse se célébrait le 3 mai. On enferme de nouveau les journalistes au Maroc, en Tunisie et en Algérie. D’après le dernier rapport de Reporters Sans Frontières, l’Europe est encore le continent où la liberté de la presse est le mieux défendu. La désinformation, à travers les réseaux asociaux, pullule. Les services parallèles d’Etats organisent des campagnes de désinformation, contrôlent des sous-traitants pour diffuser des fake news. Les organes de presse sont de plus en plus fragiles financièrement. Le vieux monde des médias n’est pas encore mort, le nouveau encore balbutiant et fragile (à l’exemple de lesfrancais.press : il n’est pas interdit de prendre un abonnement à 2€ !). 

    Les autocrates s’attaquent en premier lieu à la liberté de la presse et au contrôle des médias. Contrôler l’information, c’est croire contrôler le monde. C’est en tout cas fabriquer son image. Les Polonais, du temps de Jaruzelski, tournaient la télévision vers la rue lors du journal pour montrer leur mépris des mensonges. Russes, Iraniens, tant d’autres devraient faire de même. L’érosion de la liberté de la presse est l’érosion de la liberté.

    64% des Français estiment que les libertés individuelles ont régressé en France 

    Geoffrey Hinton, prix Turing, ingénieur en chef chez Google, un des inventeurs de l’Intelligence Artificielle, a démissionné le 1er mai. Il craint que l’IA ne contrôle l’humanité : « Ces choses auront tout appris de nous, lu tous les livres de Machiavel, et si elles sont plus intelligentes que nous, elles n’auront pas de mal à nous manipuler. (…) leur algorithme d’apprentissage pourrait être bien meilleur que le nôtre, et c’est effrayant ». La civilisation de l’information, la nouvelle civilisation de la connaissance, liée à la révolution digitale, serait-elle fatale à l’information et à la connaissance ?

    Manipulés ? Faut-il attendre ChatGTP et l’IA ? Comment certifier l’information ? Ce ne sont certainement pas les Etats qui le feront. Selon un sondage IFOP/L’Opinion, 64% des Français estiment que les libertés individuelles ont régressé en France depuis dix ans. Ils n’ont pas tort : il suffit d’essayer de repasser le permis de conduire. 

    Les Français se rendent comptent d’un recul de la liberté. Les peuples ne se laissent pas manipuler si facilement. C’est la grande leçon des Charles 1, 2 et 3 : si la monarchie ne rend plus service, elle chute. C’est la leçon de Poutine et des Ayatollahs : quand on a peur, on condamne, on enferme, on assassine.

    La grande date du mois de mai pourrait bien être le jour des élections en Turquie.  

    Aussi la grande date du mois de mai pourrait bien être le 14. Jour des élections en Turquie. Erdogan est affaibli. Pour la première fois, malgré le contrôle total des médias, les emprisonnements, les purges dans la justice, l’éducation, l’armée, la police, il n’a pas pu éteindre tout à fait le principe de l’élection démocratique, et, cette fois, il pourrait perdre. 

    Le président turc Erdogan, à Antalya le 7 janvier, en campagne ©AFP – Turkish Presidency / Murat Cetin / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

    Ce serait un événement considérable. Du point de vue géopolitique bien sûr. De la Lybie à la Russie, du Turkménistan à l’Allemagne, la chute du Sultan changerait la donne, tant Erdogan a joué double et triple jeu, tant il a investi dans son rêve de restauration « néo ottoman », ce qui a ruiné son économie. Au-delà des enjeux géopolitiques, la chute d’Erdogan signifierait que le rêve démocratique n’est pas une survivance du passé, une vieille habitude occidentale, une relique aussi dorée que le carrosse de Charles III. Que la démocratie, même étouffée, peut renaître, comme l’arbre de mai. Si elle y arrive en Turquie, elle peut y arriver ailleurs. Et pourquoi pas en Tunisie, en Iran, en Russie ? Qui sait, même en Chine ? Taiwan est une démocratie chinoise, non ? C’est bien ce qui inquiète Xi. Dans la traîne du roi Charles, il y a donc toutes les traditions libérales que la couronne britannique a diffusées à travers le monde. Pour cela il lui sera beaucoup pardonné. Parce qu’il reste beaucoup à espérer, en ce mois de mai qui pourrait être si joli. 

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. ambassadeur de France

    a. député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • Charles III : le couronnement avec les Français

    Charles III : le couronnement avec les Français

    Charles III est enfin roi ! Notre correspondant, Alexander Seale, et ceux de TV5MONDE, ont suivi cette journée historique au coeur de l’abbaye de Westminster et dans les rues de Londres auprès des Français touristes comme expatriés.

    Une cérémonie qui a fait oublier les crises

    Toute sa vie, il a été préparé pour ce moment. Samedi 6 mai, le roi Charles III apparut couronné au balcon du palais de Buckingham, aux côtés de Camilla. La foule acclama et la famille royale sourit. Alors que les couleurs britanniques apparurent dans le ciel, Londres entonna « God Save The King ». Dans la solennité de l’abbaye de Westminster, devant 2 300 invités, le cérémonial était réglé au millimètre. Arrivé en carrosse, Charles III prêta serment sur la Bible. Dans un rituel somptueux et “archaïque” jamais vu en Grande-Bretagne depuis 1953, le roi fut oint d’huile sainte et a prêté le serment des rois, avant que l’archevêque de Canterbury (en français Cantorbéry), Justin Welby, ne place la couronne de Saint-Édouard sur sa tête, au cri de « God Save the King!” 

    Ainsi, Charles III fut désormais sacré souverain du Royaume-Uni et chef du Commonwealth. Le prince William fut le premier à lui prêter allégeance. Puis, Camilla fut aussi couronnée et a prêté serment.

    Londoniens attendant le début du défile ce 06 mai 2023 ©Alexander Seale

    Malgré la pluie battante, le public a applaudi le spectacle de la monarchie. S’il n’égale pas sa mère, les Britanniques n’ont pas boudé ses festivités. Cette parenthèse a fait oublier les crises, pour quelques heures. Comme l’ont démontré les dizaines de milliers de personnes qui étaient entassées sur le Mall et le long d’un parcours de la procession allant du palais de Buckingham à l’abbaye, beaucoup ont campé pendant la nuit pour avoir une bonne vue sur le défilé d’un kilomètre de long, qui impliquait 7 000 soldats et 19 orchestres militaires, le plus important depuis le couronnement de la reine Elizabeth II en 1953, il y a 70 ans. 

    Regardez le reportage de TV5MONDE

    Liesse populaire

    Après la cérémonie protocolaire, le roi Charles et la reine Camilla sont apparus sur le balcon du palais de Buckingham pour saluer la foule rassemblée sur le Mall et regarder le défilé aérien qui dut être écourté à cause de la pluie.

    Pourtant des milliers de personnes se sont alignées dans les rues de Londres pour apercevoir le roi et la reine au passage. Une joie populaire qui ne fut pas entachée par les mouvements contestataires. En effet, plus tôt, des membres du groupe Republic, le groupe anti-monarchie, figuraient parmi les personnes arrêtées près de Trafalgar Square. 

    Les Français : la première communauté étrangère présente pour le couronnement

    Parmi les Londoniens et les habitants du Royaume-Uni qui sont allés suivre le couronnement sur des grands écrans qui parsemaient la capitale britannique, nous avons croisé beaucoup de Français, principalement des touristes et aussi quelques expatriés.

    Londonien en costume d’époque ©Olga Mallo

    Marie, une Française, est venue à Londres parce qu’ »un couronnement n’a lieu une fois. J’espère voir celui du Prince William. Je ne pourrais pas être ailleurs en fait. J’étais déçue de ne pas être présente pour les obsèques de la Reine Elizabeth II, donc je me suis promis d’être là pour le couronnement du roi. J’essaierai d’être idéalement sur le parcours de la procession. J’ai vu qu’il y avait déjà des gens bien positionnés avec leurs tentes et leurs affaires. Je vais m’approcher d’un écran géant, peut-être à St James’ Park.”

    Une famille de Marseille 

    Des Marseillais, venus dans la capitale britannique pour célébrer le couronnement du Roi Charles III, se sont levés très tôt, ont réservé le petit-déjeuner et ont trouvé une place pour pouvoir assister au couronnement.

    “On a déjà vu le Roi plusieurs fois. On est venu pour le Jubilé et aussi pour les obsèques de la Reine. On va essayer de participer à une fête de quartier.”

    Les expatriés français à Londres ?

    Si les Français de Londres furent discrets, soit parce qu’en tant que républicains ils ne voulaient pas y participer soit parce qu’ils se sont fondus dans la masse des Britanniques, prouvant leur intégration, certains ont tenté de se réunir pour assister au défilé. Mais la densité de la foule a souvent contrarié leurs plans à l’instar de Lucie, à Londres depuis 5 ans et demi.

    Avec la foule et les journalistes au passage du cortège royal ©Alexander Seale

    Rencontrée dans les rues, elle nous a expliqué que ses copines françaises devaient la rejoindre mais elle est venue avant. Quand elles sont arrivées c’était plein et elles n’ont pas pu prendre place, donc elle a regardé la cérémonie toute seule sur sa chaise de pique-nique.

    “Demain j’irai faire un tour dans le centre de Londres, dans les alentours de Regent’s Street et à Piccadilly pour voir ce qu’il s’y passe. J’ai assisté au Jubilé l’année dernière où j’étais sur le Mall, mais là vu la pluie j’ai préféré aller à Hyde Park qui est plus proche de chez moi. En tout cas je suis contente d’être à Londres et d’avoir pu vivre ce moment historique.” 

    L’ambassade de France célèbre la quiche royale

    Du côté de la représentation française, c’est le 5 mai 2023, à la veille du couronnement du Roi Charles III, que l’Ambassade de France au Royaume-Uni a fait preuve de solidarité en participant au Big Help Out, une initiative lancée par la famille royale britannique pour encourager les citoyens à s’entraider. En partenariat avec cette initiative, l’Ambassade a livré des quiches du couronnement à l’association caritative The Trussell Trust.

    Ces quiches, met officiel d’origine française, ont été choisies par la famille royale pour marquer l’événement. Elles ont été préparées par le chef de la Résidence de France, Gilles Quillot, et livrées à la branche locale de Chelsea et Kensington de la banque alimentaire The Trussell Trust. L’association a organisé un « grand déjeuner du couronnement » pour ses bénéficiaires, leur offrant ainsi un repas digne de la cérémonie.

    Le Big Help Out est une initiative qui invite tous les Britanniques à donner de leur temps pour aider leur entourage. La participation de l’Ambassade de France au Royaume-Uni à cet événement témoigne des liens forts entre les deux pays et de l’engagement de la France à soutenir les actions caritatives au Royaume-Uni.

    Emmanuel Macron a représenté la France

    Enfin, le président de la République Emmanuel Macron était aussi présent à l’abbaye pour le couronnement. Accompagné de son épouse, il a assisté à la cérémonie à l’abbaye de Westminster.

    Jusqu’à lundi 8 mai, jour férié au Royaume-Uni, le pays va fêter cet événement historique. Ce dimanche 07 mai, des fêtes de quartier et un concert à Windsor sont organisés. 

  • La monarchie anglaise vend-t-elle toujours autant ?

    La monarchie anglaise vend-t-elle toujours autant ?

    Couronnement de Charles : un événement historique auquel se préparent depuis des mois les vendeurs et petits commerces britanniques. Mais la monarchie anglaise est-elle toujours « bankable » ?

    Mugs, pièce de monnaie, t-shirt, statuettes…

    Il suffit de se rendre dans la première boutique de souvenirs londonienne venue pour mesurer la popularité de ces produits dérivés fabriqués à l’effigie des membres de la famille royale d’Angleterre.

    Selon les données du Centre for Retail Research (CRR), les admirateurs de la dynastie auraient dépensé plus de 280 millions de livres (plus de 310 millions de francs) en produits de ce type à l’occasion du jubilé de platine d’Elizabeth II, en juin dernier.

    Le sacre de Charles III, célébré ce jour (samedi 06 mai) dans la capitale britannique, devrait à son tour faire le bonheur des marchands de babioles. Mais le nouveau roi sera-t-il aussi vendeur que sa défunte mère ?

    London, England – 10.05.22: PRINCE CHARLES REPRESENTS QUEEN ELIZABETH at the State Opening of Parliament. The Prince of Wales was accompanied by Camilla, Duchess of Cornwall and Prince William to the ceremony.

    Regardez le reportage de TV5MONDE

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