Vote en ligne, chaos et risques d'annulation

Vote en ligne, chaos et risques d'annulation

Mise à jour le 31 mai à 14h

Comme pour les consulaires, les Français de l’étranger peuvent anticiper leur vote via une plateforme en ligne mise à disposition par la filiale du groupe La Poste, Docapost, sous le contrôle de l’administration consulaire. Mais depuis l’ouverture des urnes électroniques ce vendredi 27 mai à midi, les problèmes d’organisation et techniques se multiplient au point que certains candidats imaginent déjà une annulation du vote en ligne. Cependant depuis lundi 30 mai au soir, une partie des bugs a été résolue.

vote en ligne
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Une organisation défaillante

Comme pour la présidentielle, l’administration consulaire devait transmettre à la société chargée de l’organisation du vote et de la transmission des éléments les adresses email, et dans ce cas les numéros de téléphone, des citoyens inscrits au 31 mars 2022 sur les listes électorales consulaires.

Pour la présidentielle, la création d’un bureau de vote supplémentaire en Irlande avait entrainé un décalage de la numérotation des bureaux de vote. Les électeurs ont donc reçu des convocations avec de mauvais bureaux de vote. Prise sur le fait, l’administration avait réagi rapidement renvoyant des convocations, ce qui n’a pas empêché la cohue et le chaos de s’installer aux abords des bureaux de vote. Ils furent nombreux parmi nos compatriotes à abandonner et à ne pas voter au premier tour de l’élection présidentielle. En réaction, le secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France, Jean-Baptiste Lemoyne, avait promis une politique d’électrochocs pour remettre en ordre de bataille l’administration consulaire.

On aurait pu donc s’attendre à une organisation sans faille pour les législatives. Mais non ! On prend les même et on recommence. L’administration consulaire n’a pas réussi à fournir le bon fichier à jour des coordonnées des électeurs pour la mise en place des identifiants et mots de passe pour accéder à la société en charge de la plateforme de vote. Les expatriés ont donc reçu 2 identifiants et 2 mots de passe. Les premiers reçus étant caduques, il fallait utiliser les derniers reçus. Encore faut-il qu’ils n’arrivent pas dans les spams ou qu’on ne se mélange pas dans les combinaisons possibles…

Mais l’erreur, digne d’un stagiaire, ne semble pas plus inquiéter la direction de l’administration consulaire. Laurence Haguenauer se félicite même de la bonne tenue de l’organisation sur Twitter… Le sens des réalités de la haute fonctionnaire a donc encore frappé, au grand dam des Français de l’étranger qui subissent une dégradation des services depuis sa prise de fonction.

Tweet du 27 mai 2022

Un problème de compétences

Tous ces écueils auraient pu être évités avec une vraie analyse des tests grandeur nature qui avaient été mis en place. Le hic, c’est que le bureau centralisateur est composé d’élus et de fonctionnaires, aucun n’ayant reçu une formation adéquate ou disposant des compétences.

Car en plus de ces soucis d’organisation, la technique s’y est mise. Personne n’a vérifié la note de l’adresse IP qui émet les courriels. Une erreur que tous les professionnels de l’e-mailing connaissent et auraient anticipée. Cela aurait évité à ceux qui ont une adresse Yahoo ou AOL de se retrouver piégés. En effet, s’ils ont bien reçu leur identifiant, le troisième mail, qui contenait le code de vérification pour valider le vote une fois sur la plateforme, était tout simplement bloqué en « Soft Bounce » par les hébergeurs concernés. Impossible donc de récupérer le fameux code, le citoyen ne peut donc pas valider son vote, il devra se rendre à l’urne pour faire entendre sa voix. Facile au Luxembourg, plus difficile au Brésil ! Heureusement, Docapost a réussi à trouver une solution ingénieuse pour rattraper cette erreur et donc depuis le lundi 30 mai au soir (heure de Paris), les détenteurs d’adresses e-mail Yahoo ou AOL reçoivent bien le code de vérification, à 36h de la fermeture de l’urne électronique.

Autre problème, la gestion des envois des SMS. Pendant la phase de test, la majorité des membres du fameux bureau étaient basés en Europe, ils n’ont pas eu de souci pour recevoir leur SMS. Mais ailleurs dans le monde ? Pour exemple, seulement 11% des SMS ont été envoyés en Argentine. Mécaniquement le nombre d’électeurs s’est effondré. Là aussi, une véritable gouvernance aurait dû anticiper ces problèmes.

Quelles conséquences ?

La première c’est le taux de participation qui sera bien en deçà de celui attendu. A 18h (heure de Paris), ce dimanche, ils étaient moins de 7% des inscrits (quel que soit le mode de participation, en ligne ou à l’urne) à avoir participé. L’administration aura encore l’occasion de minorer l’appétit des expatriés pour leur pays et sa gestion, une façon pour elle de réduire la portée des revendications des Français de l’étranger.

La deuxième conséquence, c’est le risque juridique sur le vote. Déjà Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour, a annoncé se préparer à des recours en justice pour faire annuler ces élections. D’autres partis, comme Les Républicains, y réfléchissent aussi.

Peu de participants, des complications juridiques, on voudrait préparer l’opinion publique à la disparition des élus des Français établis hors de France qu’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est peut-être l’objectif caché de ces erreurs, ou c’est simplement la démonstration d’une incompétence généralisée.

Auteur

  • Paul Herikso est franco-norvégien né à Paris d'une maman française et d'un papa norvégien. Après des études de tourisme, il retrouva sa famille paternelle en Norvège où il participa au développement des croisières. Il est aussi correspondant pour lesfrancais.press

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