À un peu plus de 430 jours des Jeux de Paris 2024, l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger), l’UNSS (Union nationale du sport scolaire) et une sélection de lycées français de l’étranger sont eux dans les starting-blocks des Jeux internationaux de la jeunesse. La 12e édition de l’événement réunira 400 jeunes participants du monde entier et du territoire national à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, du 12 au 17 juin prochains. Au cours d’une conférence donnée à l’AEFE le 17 mai à Paris, dirigeants des instances organisatrices, ambassadeurs et élèves impliqués dans le dispositif ont donné le coup d’envoi de la prochaine rencontre. L’occasion d’en apprendre davantage sur ce seul projet sportif et culturel dédié à la jeunesse mondiale.
Après deux années perturbées par la crise de la Covid-19, les Jeux internationaux de la jeunesse reviennent dans leur format initial. « C’est une belle reprise sur le plan international, commente Olivier Brochet, directeur de l’AEFE. Pour le retour des Jeux à Bruxelles en 2022, il y a eu des participants hors Europe mais en nombre limité. La représentation est beaucoup plus large cette année. »
Avec Singapour comme unique représentant du continent asiatique, la reprise reste cependant partielle. « La sortie de la Covid plus tardive en Asie a été source d’incertitudes, poursuit Olivier Brochet. En Chine notamment, nos établissements ont été fermés jusqu’à fin décembre. Or, l’organisation est lancée à l’automne. »
Pour 50 établissements retenus, les JIJ attirent plus d’une centaine de candidatures, selon le directeur : « La sélection est rude, les dossiers sont lourds avec de nombreux critères à remplir. Chaque année, il y a des déceptions, mais nous essayons de faire tourner et de ne pas faire toujours les mêmes déçus. » L’attrait est donc considérable et, pour limiter les coûts pour les établissements comme pour les familles, le dispositif s’appuie sur un système d’aides. La preuve notamment à travers « la participation d’établissements du Liban qui, malgré la crise, montre que l’on réussit à bien les soutenir. »
Retrouvez en cliquant sur le bouton ci-dessous la liste complète des 50 établissements sélectionnés pour les JIJ 2023.
Jeux de la jeunesse dans le Béarn – Pays Basque, entre montagne et océan
Si l’élection de Pau comme ville hôte repose sur un système d’alternance bien rodé, ce choix ne serait « pas complètement innocent » et surtout « symbolique » ironise Franck Dufour, Directeur départemental UNSS 64.
Fiers de contribuer à la promotion de la France Olympique et de lancer une année de sports sur le territoire, les organisateurs soulignent en effet que les JIJ 2023 auront lieu sur les terres de Tony Estanguet, président du Comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.
Aussi riche que complexe à organiser, l’événement est également l’occasion pour les participants et accompagnateurs de découvrir la culture, l’histoire et le patrimoine d’un territoire. Bordé à l’ouest par l’océan Atlantique et au sud par la chaîne des Pyrénées, le Béarn – Pays Basque a l’avantage d’offrir une formidable localisation et une diversité de lieux emblématiques.
Pelote basque, rafting, sauvetage… les sports et l’esprit des 12e JIJ
C’est donc dans ce cadre et dans une logique d’ancrage territorial que le programme a été établi. Ces 12e Jeux internationaux de la jeunesse feront découvrir aux jeunes sportifs des disciplines telles que la pelote basque (frontball), le sauvetage côtier, le sanball ou encore le beach volleyball. Les participants concourront également dans des épreuves plus classiques de trail urbain et de basket 3 x 3.
Un mix sport et culture qui contribue, selon Olivier Girault, directeur de l’UNSS, à la construction de ces futurs adultes. Et de rappeler l’importance du sport scolaire, surtout depuis la survenue et les conséquences de la Covid. « La dimension santé physique, mentale et sociale est très forte. Un enfant qui fait du sport, c’est un enfant qui se sent mieux avec lui et les autres. »
Des ambassadeurs du monde du sport de renom encadreront ces rencontres comme Diane de Navacelle de Coubertin, ambassadrice UNSS, mais aussi les athlètes Malia Metella, vice-chamionne olympique et du monde, nageuse de l’extrême ; Éric Deguil, quadruple champion du monde Kayak extrême et Stéphanie Barneix, championne de France de sauvetage en 2005. Après ses traversées de l’Atlantique et du Cap Horn en paddle board, cette dernière portera auprès des participants des valeurs qui correspondent bien aux JIJ : solidarité, résilience et dépassement de soi.
Bonjour à tous, et bon jour férié pour ceux qui vivent dans des pays célébrant l’Ascension. Ce 18 mai, c’est une édition un peu plus longue qu’à l’habitude puisque nous serons en vacances ce vendredi. Dans le flash quotidien des expatriés, aujourd’hui, on parle de la nomination d’une jeune expatriée à la tête du groupe Leroy Merlin, des révélations sur l’enlèvement d’Olivier Dubois, l’ex otage au Mali, de l’agression du petit-neveu de Brigitte Macron et on finit avec le livre d’une expatriée qui revient sur ses souvenirs de la guerre d’Algérie.
28 ans et directrice générale
L’actualité économique en France fut marquée cette semaine par la nomination d’Agathe Monpays à la tête de Leroy Merlin. Âgée de 28 ans, elle prend la direction de la marque en France mais aussi des filiales dans le monde. Les mauvaises langues ont attribué sa nomination à une proximité avec la famille fondatrice, les Mulliez (connus entre autre pour avoir créé Auchan et bien d’autres enseignes). Mais non,la jeune femme a fait ses preuves dans le cadre de missions d’expatriation en Belgique, en Grèce et à Chypre. Retrouvez un article sur l’expatriation et les jeunes sur le site Lesfrancais.press.
Deux mois après la libération du journaliste français Olivier Dubois, le 20 mars dernier, TV5MONDE, RFI, Le Monde et Libération livrent une enquête conjointe sur les circonstances de l’enlèvement du reporter le 08 avril 2021 à Gao alors qu’il s’apprêtait à interviewer un chef djihadiste du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, affilié à Al Qaïda au Maghreb Islamique. Une rencontre dont les militaires français de l’ancienne opération Barkhane ont suivi les préparatifs pendant plusieurs mois. Une mission risquée, organisée par le “fixeur” du journaliste qui a joué un rôle trouble dans cette affaire. Tous les détails sur nos sites et sur celui de TV5MONDE.
Prison pour ceux qui ont agressé le petit neveu de Brigitte Macron
Une dizaine d’individus s’en sont violemment pris lundi soir à Jean-Baptiste Trogneux, le petit-neveu de la première dame, après l’interview télévisée du chef de l’État. Sur les huit personnes interpellées et gardées à vue, quatre personnes vont être jugées. Le procès de trois d’entre eux a été renvoyé à début juin. Ils ont été placés en détention provisoire.
Les enfants de la guerre d’Algérie
Daphna Poznanski-Benhamou, élue LR à Tel-Aviv, est une enfant d’Algérie, une fille d’Oran où elle est née et a passé ses premières années avant d’être plongée trop tôt dans ce tourbillon fait d’attentats et de déchirements que l’Histoire a retenu pudiquement sous le terme « d’événements », mais qui était bien une guerre sanglante. Dans un livre publié en avril, elle nous raconte cette Algérie perdue et le dur retour en France. Retrouvez son interview sur le site Lesfrancais.press.
Daphna Poznanski-Benhamou
C’est tout pour cette semaine, on se retrouve lundi pour un nouveau bulletin.
L’actualité économique en France fut marquée cette semaine par la nomination d’Agathe Monpays à la tête de Leroy Merlin. Agée de 28 ans, elle prend la direction de la marque en France mais aussi des filiales dans le monde. Les mauvaises langues ont attribué sa nomination à une proximité avec la famille fondatrice, les Mulliez (connus entre autre pour avoir créé Auchan et bien d’autres enseignes). Mais non, la jeune femme a fait ses preuves dans le cadre de missions d’expatriation. L’occasion pour nous de faire le point sur les bienfaits de l’expatriation comme expérience de nos jeunes cadres français.
Agathe Monpays
Belgique, Grèce et Chypre
Agathe Monpays a débuté son parcours dans le marketing direct, chez Happychic, entre 2014 et 2016, avant de rejoindre Leroy Merlin France comme chef de secteur à Valenciennes. A partir de 2020, elle a pris la direction du magasin Leroy Merlin de Tourcoing avant, en septembre 2022, d’être nommée à la tête de Leroy Merlin Grèce et Chypre, filiale comptant 8 magasins, 7 en Grèce et 1 à Chypre.
L’expatriation : s’enrichir des autres cultures
L’expatriation peut être un accélérateur de carrière car on apprend à oser, on acquiert de nouvelles compétences et de nouvelles responsabilités. Pourtant, attention, il faut être prudent : les trajectoires professionnelles à l’étranger sont plus à risques (rupture de contrat, protection sociale qui varie selon les pays).
D’un point de vue professionnel, les projets d’expatriation sont importants pour les entreprises françaises à l’étranger, et être en poste dans un pays étranger a un impact certain sur l’organisation du travail. A ce propos, le baromètre d’Expat Communication, publié en janvier 2023, cite la dynamique de travail (65 %), la connaissance des méthodes de travail (67 %) et du marché local (68 %) comme enjeux qui bénéficient d’une présence sur place par rapport au distanciel, souvent incompatible avec l’expatriation.
Ainsi, les raisons qui poussent les jeunes à partir sont nombreuses, mais leurs priorités divergent. Lorsque l’on parle de mobilité internationale, la priorité des étudiants interrogés est de découvrir une autre culture (68 %). 50 % des étudiants souhaitent s’expatrier pour voyager par attrait d’un pays. Vivre une expérience humaine unique et améliorer son niveau en langues sont également cités par, respectivement 49 % et 48 % des étudiants.
Le développement des compétences professionnelles est également une source de motivation. En effet, 44 % des étudiants affirment que cette expérience leur permet d’ajouter des compétences sur leur CV. Aller chercher des opportunités professionnelles qui manquent en France est une raison mentionnée par 18 % des étudiants sondés par Expat Communication.
Un bagage professionnel pour toute la vie
Par cette expérience, les jeunes Français gagnent en autonomie, en audace, en confiance en soi. Des qualités qui leur permettent, lors de leur retour en France, de trouver plus aisément des emplois. Les entreprises apprécient en effet leur grande capacité d’adaptation, de remise en question, leurs acquis professionnels et leurs réseaux. Cela leur permet de gagner en réactivité, innovation, en performance et en compétitivité. Elles peuvent aussi capitaliser sur leurs expériences et connaissances du pays pour se lancer dans un développement international.
Daphna Poznanski-Benhamou est une enfant d’Algérie, une fille d’Oran où elle est née et a passé ses premières années avant d’être plongée trop tôt dans ce tourbillon fait d’attentats et de déchirements que l’Histoire a retenu pudiquement sous le terme « d’événements », mais qui était bien une guerre sanglante.
La Conseillère des Français de l’Etranger prend la plume
Avec « Les enfants de la guerre d’Algérie – Le grand départ» (Ramsay) cette femme politique engagée auprès des Français de l’étranger retrouve sa plume d’écrivain après un premier roman publié en 2008. Elle livre ici un récit-essai nourri d’un grand talent littéraire et nous offre des pages totalement bouleversantes qui convoquent sa propre enfance et celle des autres gamins d’Algérie, rattrapés par les fracas d’une guerre sans nom longue de presque 8 ans (1958-62). Ces enfants déracinés qui atterrirent ensuite dans une « métropole » qu’ils ne connaissaient pas sont devenus eux-aussi des «pieds noirs » aux yeux de leurs compatriotes ou, pire, des « colons », faisant d’eux les co-responsables d’un drame pourtant décidé par les adultes.
Daphna Poznanski-Benhamou
Un livre fait d’empathie
Ce « passé qui ne passe pas » est passé au filtre de la sensibilité d’une femme qui possède la passion de dire et de témoigner pour les autres, elle qui a exercé les fonctions de député des Français de l’étranger et désormais de Conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger. Ses mots sonnent juste, sans rancoeur historique mais avec une profonde empathie humaine qui rend leur égale dignité aux Français expulsés de leur terre et aux femmes et hommes d’Algérie qui conquirent leur liberté en fondant au passage une indépendance chèrement acquise.
Un récit au service de la paix
« Le 17 juin 1962, un porte-parole du F.L.N. déclara à la radio en arabe et en français : « Li fet met, le Passé est mort ». Non, le Passé n’est pas mort puisqu’il vit en nous. Nos témoignages ont été écrits avec l’encre du chagrin (…) Puisse cet essai apporter sa pierre à l’édifice d’une paix pour tous les peuples du monde ».
Ouvrir ce livre c’est replonger dans un passé si souvent convoqué aux tribunaux de l’Histoire qu’il en devient saturé de jugements contradictoires et parfois manichéens. Quelle étrange impression de lecteur de retrouver un point de vue profond et équitable avec des mots qui agiront comme autant de pansements littéraires pour aider à la guérison de mémoires encore aujourd’hui à vif.
Un parti pris fort : déconstruire les mot de la guerre à travers la sensibilité de l’enfance
L’écrivain a choisi un parti pris singulier : restituer les sentiments de l’enfance face aux choix des adultes en se réappropriant les mots d’une guerre civile qui ravageait les rues des villes, les places des villages, un conflit qui partagea l’opinion publique et provoqua des divisions souvent définitives chez des personnes habituées jusque-là à vivre les unes aux côtés des autres. L’écrivain déroule donc l’abécédaire de la guerre, réécrit son dictionnaire intime fait de souvenirs et de sensations oranaises, déconstruit le vocabulaire politique pour bâtir son propre récit intime avec les mots reconstruits par une enfant devenue adulte. Au final s’impose une fresque du quotidien qui dit, mieux que la parole des historiens, ce qu’ont vécu ces mineurs souvent réduits au rôle d’observateurs des tumultes qui ont bouleversé puis ravagé leur enfance.
« Je constatais que les événements dont les adultes nous rebattaient les oreilles servaient désormais à expliquer tous les rébus du quotidien ».
La mort fait irruption dans l’enfance
Dans les pages terribles de ce récit, la mort fait irruption sans prévenir au point d’imposer aux enfants le terme terrible de charnier :
« J’en décortiquai les lettres. Char nier Cha rnier Charn ier Charnier. Les syllabes lourdes empâtaient ma bouche. Je les mâchonnai longuement, ne réussis pas à les avaler ».
Progressivement les illusions politiques de l’époque se font jour. Celles des Français d’Algérie qui voient en De Gaulle l’espoir d’un recours ultime… Que l’on veuille la guerre ou la paix.
« Ils ne peuvent pas faire autrement que d’appeler le Général, et le Général, c’est l’homme de Brazzaville. Il fera la paix », scandait Ali. « Le Général, c’est un soldat. Il fera la guerre », criait Yacef, pour se faire entendre d’Ali.
Les accords d’Evian puis l’exil des « rapatriés »
On suit le déroulé de ces années d’une guerre tragique où les fellaghas et l’OAS finissent par s’affronter dans une lutte à mort. Assassinats, mitraillages, grenades meurtrières, tueries de voisinage et règlements de comptes de proximité se succèdent sous le regard de cet enfant devenue grave et songeuse. On tue les voisines. On tue les gamins. On tue les gamines. On tue la vie même.
Après le cessez-le-feu et les accords d’Evian apparaissent des mots nouveaux :
« Des mots en ment, égorgement, enlèvement, emprisonnement, enterrement, divaguaient de par les rues, retroussaient leurs babines sur d’effroyables rictus ».
Un mot empli de terreur et de mystère s’impose alors.
« Barbouzes connut une fortune éclatante. En peu de temps, le quartier se chuchota la nouvelle. Nous, les enfants, nous adoptâmes avec enthousiasme le mot, nous l’utilisions aussi en guise d’injure suprême. Les adultes nous imitèrent. On retrouva certains gêneurs, maris jaloux, amants trop épris, gisant près du carrefour, une pancarte au cou, des lettres noires y inscrivant leur anathème « barbouze ».
Les beautés d’un pays, les beautés de l’enfance
Daphna Poznanski retrouve aussi entre les pages tragiques la douceur des femmes d’Algérie qui l’entourent. Elle sait restituer l’éclat du soleil sur les murs blancs, la suavité des odeurs, le quotidien de Français souvent modestes, habitant des immeubles défraîchis, qui demeurent incrédules face à l’écroulement de leur monde. Et toujours cette enfance faite de rêves et de cauchemars et la matérialisation des angoisses de la jeune Daphna qui imagine un monstre rôdant pour semer la dévastation :
« L’Homme en gelée verte avait commencé de tout dévaster ». Les nuits trop longues ou trop courtes, les voisins qu’on épie, tout parait vivant dans ce récit vécu, dans ces lignes habitées où « L’homme en gelée verte » fait figure de monstre dérisoire et terrible.
La valise ou le cercueil
Et puis arrive le temps de la valise ou du cercueil, le temps du départ. Certains l’anticipent et ferment leurs échoppes « pour congé annuel » avant de quitter l’Algérie furtivement. D’autres partent in extremis, par le dernier bateau. Tous sont déchirés.
« Mon pays disparaissait. Il n’était plus temps de le tenir à bout de bras. Il faudrait l’abandonner à l’abîme en espérant ne pas être happé dans le mortel maelström ».
« Là-bas non plus, on ne voulait pas de nous… »
Une lettre arriva. « Ici, on nous traite de colons, de profiteurs… Vous avez fait suer le burnous, c’est bien fait pour vous… Ici, c’est toujours l’hiver… Nous ne sommes plus rien, que des rapatriés comme on nous appelle… en France, on ne veut pas de nous. Là-bas non plus, on ne voulait pas de nous… On fait semblant de ne pas voir les regards de mépris ou de haine qu’on nous jette ».
Des enfants d’Algérie partageant un même destin fait d’incompréhension et de rejet
La deuxième partie du livre reprend les témoignages de ces enfants d’Algérie devenus des adultes habités par les souvenirs du pays perdu. C’est Jean-Pierre le pupille de la nation né dans le quartier populaire de Bab-El-Oued et qui réussit in extremis son intégration en devenant grossiste en boulangerie une fois installé à Marseille. C’est Jocelyne qui, après son rapatriement, ressent dans l’hexagone le double rejet d’être juive et pied-noire. C’est Catherine de Tlemcen qui apprendra l’assassinat de son oncle et sa tante malgré le respect que leur portaient les paysans du coin et qui découvrira près de trente ans plus tard que c’est l’intendant de leur ferme qui les a torturés à mort sous la menace du FLN.
Dans les dizaines de témoignages recueillis il y a cette succession de souvenirs vivaces, cette plume qui ne tombe jamais dans le pathos, il y a cet amour absolu d’une terre laissée au loin.
A jamais une déracinée
Les derniers mots seront pour Daphna, une enfant devenue grande trop vite :
« J’ai compris que je pourrais construire et construire encore et que je resterais néanmoins à jamais une déracinée qui chercherait sa vie durant à enfoncer en terre de nouvelles racines. Pour tenter de me retrouver ».
Echange en toute liberté avec l’auteur et « ses mots-diamants »
Lesfrancais.press : Daphna Poznanski-Benhamou, vous avez publié un livre bouleversant et d’une grande qualité littéraire. L’émotion de l’enfant d’Algérie semble à la fois toujours présente sous votre plume mais il y a aussi l’absolue dignité d’une écriture faite de distanciation et de justesse de ton. Quand on a vécu comme vous le rapatriement, les douleurs et les horreurs de la guerre, comment parvient-on à écrire un livre si juste ?
Daphna Poznanski-Benhamou :Evoquer la guerre d’Algérie, c’est aller sur un champ de mines. Il me fallait donc m’y rendre, chargée de bagages sûrs et pour cela, répondre à un certain nombre d’interrogations. Quel était mon propos ? Je ne voulais pas d’un livre politique. D’autres que moi s’y sont essayé avec plus ou moins de bonheur. Un livre d’histoire alors ? D’excellents historiens s’y sont attelé, je n’avais pas cette prétention. Quel était mon objectif ? Narrer le vécu, l’émotion, la douleur, le chagrin, le déracinement, le manque du pays natal. Comment y parvenir ? Autrement dit, qu’est-ce qu’un livre ? Un assemblage de mots alignés dessinant une mosaïque de sensations, de sentiments. J’ai entrepris le chemin, lestée des mots de la langue française, ceux que j’appelle les » mots-diamants » qui ont la fluidité, la pureté de l’eau d’une source et la densité du diamant. Ces mots résonnent au plus profond de nous, mettant en oeuvre notre mémoire. » Evénements « , » opérations de maintien de l’ordre « , » attentats « , » état d’urgence « , » torture « , » état de siège « , » autodétermination « , » guerre « , » négociations « , » cessez-le-feu « , « indépendance « , » la valise ou le cercueil « , ces mots-là ont rythmé la vie de bien des enfants d’Algérie. Ils nous ont décrit un monde cruel, un monde fracassé dans lequel les adultes se mentaient et nous mentaient. Ils nous ont fait grandir sans pitié, nous forçant à la résilience.
« Restituer les fils ténus qui relient entre elles les communautés »
Lesfrancais.press : Ce livre est au service de la paix. Comment sera-t-il reçu par ceux des Français qui ont choisi le parti du FLN, comment pourrait-il être reçu en Algérie par les Algériens d’aujourd’hui ?
Daphna Poznanski-Benhamou :Je ne porte aucun jugement de valeur sur aucune des parties en présence. Ce n’est pas la raison d’être de ce livre. J’ai tenu à restituer les fils ténus mais réels qui reliaient entre elles les communautés. J’ai jugé que je n’étais pas légitime pour parler au nom des enfants algériens de la guerre d’Algérie. Avant d’être un essai, ce livre est né sous la forme d’un roman. Même alors, je n’ai pu me résoudre à parler en leur nom. Je souhaite que ma tentative de mémoire inspire une personne de l’autre côté de la Méditerranée. Qu’il ou elle témoigne et fasse témoigner dans un livre qui ne serait ni politique ni d’histoire ni de propagande. Un livre qui n’aurait d’autre objectif que le surgissement de ce qui a été. Un livre qui serait le jumeau du mien. Dans un temps où Algérie et France essaient des sentiers tortueux pour se retrouver, la littérature pourrait se révéler plus efficace sur les esprits que maints discours politiques et nous offrir une route apaisante.
« La parution de mon livre m’a libérée »
Lesfrancais.press : Vous racontez n’avoir pu embarquer pour l’Algérie. Impossible pour vous d’imaginer demander un visa pour ce qui reste votre propre pays. Reviendrez-vous néanmoins un jour sur cette terre ?
Daphna Poznanski-Benhamou :Sur un plan émotionnel, il reste toujours choquant pour moi de demander un visa pour retourner dans mon pays natal. Mais je suis une juriste. Le problème ne réside pas dans le droit, mais dans l’écueil, l’obstacle à sauter mentalement. S’il y a dix ans, j’en étais incapable, aujourd’hui, la question se pose sous une perspective différente. J’ai le sentiment que la parution de mon livre m’a libérée. Libérée d’un immense poids que j’ai dû porter ma vie durant. Bien des témoins du livre ont évoqué avec moi cette même sensation. Cette impression de libération me renvoie à la sculpture de l’acrobate que l’on trouve parfois sur les chapiteaux des églises, la tête en bas. Elle nous appelle à changer de plan pour atteindre un autre niveau. Alors, un voyage vers ma terre natale ? Oui, pourquoi pas, à présent ?
« La promesse de se battre contre tous les extrémismes »
Lesfrancais.press : Vous êtes une femme engagée. Le monde politique paraît parfois plein de tumulte et de violence symbolique. Est-ce que la « tentation de Venise » existe chez vous, à savoir le désir de faire plus régulièrement des pas de côté pour vous consacrer à la création ? Y-a-t-il d’autres projets d’écriture à venir ?
Daphna Poznanski-Benhamou : Dans mon témoignage, je raconte comment, sur le quai du port d’Oran en feu, un jour de juin 1962, je comprends que j’ai perdu en quelques minutes mon statut de petite fille et tout mon univers. Et la promesse que je me suis faite alors. » Ne plus jamais être un fétu de paille malmené par les vents de l’Histoire. Et donc apprendre à me battre, pour moi et pour les autres, pour tous les » sans-voix » qui ne savent même pas qu’ils ont des droits. » Je me battrai. Avec l’énergie de mon enfance volée ». Cette promesse, je l’ai toujours tenue jusqu’ici. Je me suis battue contre tous les extrémismes, contre le racisme, contre l’antisémitisme. Résidant hors de France, je me suis battue pour défendre les valeurs de la République et défendre les droits et les intérêts des Français de l’étranger qui m’ont toujours accordé leur confiance. L’on comprendra que les mots » tentation de Venise » ne font pas partie de ces » mots-diamants » que je chéris. Il y aura toujours une cause à défendre, je continuerai à me battre. Je demeurerai fidèle à ma promesse sur le quai du port d’Oran en feu un jour de juin 1962. Des projets ? Bien sûr !
« Olivier Dubois, ce que savait la France », c’est le titre d’une investigation qui pointe le rôle trouble de l’armée française au moment du rapt du journaliste français en août 2021 dans le nord du Mali. Une enquête menée par TV5MONDE, RFI, Libération et Le Monde révèle qu’elle l’aurait suivi, à son insu, afin de localiser un chef djihadiste, sans empêcher son enlèvement. Les détails avec Anne-Fleur Lespiaut, notre correspondante au Niger qui a participé à ce travail.
Le football fascine, attire les fortunes plus ou moins bien gagnées. Le film « le corps de mon ennemi » d’Henri Verneuil de 1976 relatait déjà les passions parfois sombres que pouvaient générer le football dans une ville du Nord de la France, passions associant dirigeants d’entreprises, élus et parfois représentants du milieu.
Depuis cinquante ans, ce sport bénéficie de flux financiers croissants. En Europe, les clubs appartiennent de plus en plus à des investisseurs étrangers à la recherche de reconnaissance et de pouvoir d’influence.
Des clubs de plus en plus internationalisés
Plus de la moitié des clubs français de la Ligue 1 sont détenus par des investisseurs étrangers. Le passage sous contrôle étranger concerne de grands clubs comme des clubs plus modestes. Le PSG illustre la transformation du monde du football en France, transformation qui a été également constatée dans d’autres pays d’Europe dont notamment au Royaume-Uni. Le PSG, créé en 1970, notamment par Daniel Hechter qui en fut le premier Président, a été racheté en 1991 par Canal + qui le revend, en 2006, à un fonds américain Colony Capital qui le cède, en 2011, à Qatar Sports Investments (QSI), une filiale du fonds souverain qatarien Qatar Investment Authority (QIA).
Parmi les autres clubs passés sous contrôle étranger, il faut citer l’Olympique lyonnais racheté récemment par l’Américain John Textor. Ce dernier est également propriétaire des clubs de Botafogo (Brésil) et de Molenbeek (Belgique). Il possède 40 % du capital de Crystal Palace (Angleterre). Clermont est la propriété du Suisse Ahmet Schaefer depuis 2019. Outre le Clermont Foot, l’homme d’affaires est propriétaire du club de Lustenau (Autriche). En 2020, Toulouse a été racheté par le fonds américain RedBird Capital. En 2019, le club de Nice est passé sous le contrôle du pétrochimiste britannique Ineos, dirigé par le milliardaire Jim Ratcliffe, qui a dépensé 100 millions d’euros pour l’acquérir. Outre l’OGC Nice, son groupe détient le FC Lausanne (en Suisse), l’équipe cycliste professionnelle Ineos Grenadier ainsi qu’un tiers des parts de l’écurie de Formule 1 Mercedes-AMG Petronas. L’Olympique de Marseille est la propriété de l’homme d’affaires américain Frank McCourt qui a fait fortune dans l’immobilier aux États-Unis. Le club lillois, le LOSC, appartient au fonds luxembourgeois Merlyn Partners. L’AJ Auxerre est la propriété du Chinois James Zhou qui a fait fortune dans l’industrie de l’emballage et a racheté le club en 2016.
En 2011, la principauté de Monaco a accepté de céder le contrôle du club, en l’occurrence au milliardaire russe, Dmitri Rybolovlev. L’homme d’affaires, qui a fait fortune dans la potasse, possède 66,67 % des parts de l’AS Monaco, le reste étant détenu par l’exécutif monégasque. Dmitri Rybolovlev qui a des relations distanciées avec son pays d’origine, a réussi à ne pas être concerné par les sanctions prises à l’encontre des ressortissants russes. Depuis 2020, l’Estac est majoritairement détenue par City Football Group (CFG), contrôlé par un fonds de private equity proche de la famille royale d’Abu Dhabi.
Quelques grands clubs sont restés contrôlés par des capitaux français. Lens est ainsi contrôlé, depuis 2016, par le Franco-Libanais Joseph Oughourlian qui a fondé le fonds d’investissement Amber Capital. Outre le RC Lens, le dirigeant est actionnaire majoritaire du Calcio Padoue (Italie), du Millonarios de Bogotá (Colombie), et minoritaire du Real Saragosse (Espagne). Le Stade brestois est dirigé depuis 2016 par Denis Le Saint, propriétaire du club en compagnie de son frère Gérard. Les deux frères gèrent une entreprise familiale spécialisée dans la distribution de fruits et légumes, produits de la mer, viandes et surgelés. Depuis 2007, le FC Nantes est détenu par l’homme d’affaires franco-polonais Waldemar Kita. Ce dernier a notamment cofondé Corneal, entreprise spécialisée dans l’ophtalmologie qu’il a revendue par la suite. Il dirige depuis les laboratoires Vivacy. Le club de Lorient est contrôlé par Loïc Féry, depuis 2009. Il est le dirigeant de Chenavari Investment managers, une société de gestion d’actifs spécialisée dans les marchés de crédit et de financement. Le SCO Angers est aux mains de Saïd Chabane, homme d’affaires franco-algérien et fondateur du groupe Cosnelle, spécialisé dans le négoce de charcuterie. Racheté par Louis Nicollin, il y a plus de quarante ans, le Montpellier Hérault Sport Club (MHSC) demeure dans le patrimoine familial depuis son décès, en 2017. Le club est présidé par son fils Laurent Nicollin, également codirigeant du groupe Nicollin spécialisé dans la gestion des déchets avec son frère Olivier. Revenu en quelques années du monde amateur après une relégation administrative, le Racing Club de Strasbourg est détenu par plusieurs actionnaires « historiques » ainsi que par Marc Keller, ex-joueur du club et désormais président. Le Stade rennais est contrôlé par Artémis, la holding patrimoniale de la famille Pinault qui dirige le groupe de luxe Kering. Le Stade de Reims possède plusieurs actionnaires, dont deux principaux : Jean-Pierre Caillot, dirigeant d’une entreprise de transport, et Didier Perrin propriétaire d’une agence de publicité. Les maisons de champagne Thiénot et Taittinger possèdent également des parts. L’ACA, le club d’Ajaccio, le plus petit budget de la Ligue 1, est la propriété de la holding Ajaccio Imperial Corse Investissement, présidé par Alain Orsoni et qui rassemble des responsables économiques de l’Île.
Des clubs de Ligue 2 ont également fait l’objet de rachats par des fonds étrangers. Bordeaux appartient ainsi à l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois Gérard Lopez, qui a racheté le club au fonds américain King Street, actionnaire du club entre 2018 et 2021. Le fonds d’investissements américain Oaktree et le producteur français Pierre-Antoine Capton ont racheté 100 % des parts du club de Caen en septembre 2020. L’homme d’affaires américain Vincent Volpe est devenu président et actionnaire du club du Havre. Le club sochalien, longtemps propriété de Peugeot, est contrôlé par des capitaux chinois (groupe immobilier chinois Nenking).
Dans la catégorie inférieure, la Nationale, deux clubs historiques français sont détenus par des capitaux étrangers : le club parisien, le Red Star cédé en mai 2022 à 100% au fonds d’investissements américain « 777 Partners », pour un montant s’élevant à 15 millions d’euros et l’AS Nancy Lorraine, contrôlé par le groupe d’investisseurs Partners Path Capital, comprenant le Sino-Américain Chien Lee, ancien actionnaire de Nice.
L’internationalisation du monde de football n’est pas de loin une spécificité française. Le championnat britannique a été précurseur en la matière. Seize des vingt clubs de la Premier League anglaise en 2022-23 sont contrôlés par des capitaux étrangers. Ce championnat qui est un des plus regardés au monde attire depuis quarante ans les fortunes étrangères.
Un tiers des clubs sont aux mains d’investisseurs américains (Arsenal, Bournemouth, Chelsea, Crystal Palace, Liverpool et Manchester United, Fulham). Derrière, dix autres nationalités sont également représentées. Des propriétaires du Golfe (Manchester City, Newcastle) et un Chinois (Wolverhampton), mais également un Égyptien (Aston Villa), un Iranien (Everton), un Grec (Nottingham Forest), un Italien (Leeds), un Thaïlandais (Leicester), ou un Serbe (Southampton). Seuls Brentford, Brighton, Tottenham et West Ham sont contrôlés par des structures britanniques.
En Italie, plusieurs clubs comme Milan ou Parme sont contrôlés par des capitaux étrangers. Tout comme en Espagne, l’état dégradé des finances des clubs impose de plus en plus le recours à des actionnaires étrangers. En Espagne, le groupe Chinois Wanda, spécialiste de l’immobilier, est entré au capital de l’Atlético Madrid. Le fonds de Singapour Meriton a pris, de son côté, le contrôle du FC Valence. Le Real Madrid et le FC Barcelone, ont préféré nouer des partenariats avec les fonds d’Abu Dhabi et du Qatar respectivement. En Allemagne, la législation freine les achats par des étrangers qui doivent s’associer avec des actionnaires locaux qui doivent eux posséder plus de la moitié du capital (règle 50+1).
Les investisseurs qui interviennent dans le monde du football ont de plus en plus des stratégies internationales. La société d’Abu Dhabi, CFG, propriétaire de Toulouse et de Manchester City. a progressivement construit un réseau d’une dizaine de clubs passant par les États-Unis (New York City FC), l’Australie (Melbourne City FC), l’Italie (Palerme FC), l’Espagne (Girona FC) ou l’Inde (Mumbai City FC).
Le Prince saoudien Abdallah ben Moussaed et son United World Group ont racheté en mars 2021 le club de Châteauroux et possèdent quatre autres équipes : Sheffield United (Premier League), Beerschot (D1 belge), Kerala FC (D2 indienne) et Al Hilal United (D2 émiratie). Le fonds d’investissement RedBird Capital Partners, qui détient le Toulouse FC, possède également l’AC Milan, cette dernière acquisition ayant coûté plus de 1,2 milliard d’euros. La présence dans plusieurs clubs permet de mutualiser les risques. Ces derniers sont de plus en plus gérés comme des créateurs d’événements. Le PSG s’offre ainsi des tournées en Asie, aux Etats-Unis ou au Moyen-Orient.
Une progression exponentielle des dépenses
Si les budgets des clubs professionnels français ont augmenté au fil des ans, l’arrivée progressive des investisseurs étrangers a accéléré le phénomène. Le football a toujours été un sport business. Dans les années 1950, même en troisième division, les joueurs réputés amateurs étaient payés sous forme d’emplois fictifs par des entreprises locales. Avec la montée en puissance médiatique de ce sport, les sommes en jeu ont connu une forte croissance. Auparavant les transferts internationaux de joueurs étaient rares et limités à quelques vedettes : Kopa, Fontaine, Cruyff. A partir de Platini et surtout avec la fin de la limitation en Europe du nombre de joueurs étrangers par club, ils sont devenus légions.
Le montant des transferts a dépassé, en 2017, 200 millions d’euros avec Neymar quand celui de Johan Cruyff avait atteint en 1973 un million d’euros. Au niveau des salaires, l’évolution est tout aussi impressionnante. Kylian MBappé a signé un contrat avec le PSG prévoyant une rémunération de 6 millions d’euros. En 1980, Platini gagnait 300 000 euros annuel à la Juventus, ce qui était considéré comme un salaire élevé à l’époque. En tenant compte de l’inflation, ce montant correspondrait à une somme d’un million d’euros aujourd’hui. Ainsi Mbappé gagne, en euros constants, six fois plus que Platini.
Le budget additionné des clubs de Ligue 1 en l’an 2000 était de 915 millions d’euros, contre près de 2,4 milliards d’euros en 2022. Les capitaux étrangers représentent trois quarts du budget total des clubs de Ligue 1.
Le budget moyen des clubs est ainsi passé en Ligue 1 de 52 millions d’euros en 2011 à 116 millions d’euros en 2022. L’arrivée de capitaux étrangers a accru les écarts entre les clubs le plus huppés et les plus modestes.
Le budget du Paris Saint-Germain pour la saison 2022/2023 dépasse 700 millions et représente 30 % de l’ensemble des budgets des 20 clubs de Ligue 1. Les suivants, Olympique de Marseille, Olympique Lyonnais et AS Monaco ont des budgets évoluant entre 240 et 250 millions d’euros. Huit clubs ont un budget inférieur à 50 millions d’euros. Le club ajaccien, l’ACA, a le plus petit budget de Ligue 1 (22 millions d’euros). Les six premiers clubs en matière de budget sont contrôlés par des capitaux étrangers. A la fin de la 34e journée de la saison 2022/2023, les cinq premiers clubs sont également détenus par des étrangers. Rennes qui est 6e est le premier club dont le capital est majoritairement détenu par des actionnaires français.
Le football, un placement à risques
Le retour sur investissement dans le football est aléatoire et rarement financier. Les motivations pour les apporteurs de capitaux sont multiples, avant tout la notoriété, et l’influence même si cela n’interdit pas l’espoir de réaliser quelques bonnes affaires. L’arrivée des capitaux étrangers a abouti à une forte augmentation des recettes. Ainsi, en 2011, celles-ci ne dépassaient pas 100 millions d’euros au PSG. Elles s’élevaient à plus de 560 millions d’euros en 2022. En une dizaine d’années, les droits télévisés ont connu une progression exponentielle. En 1999, les droits télé de la ligue 1 étaient de 900 millions d’euros ; en 2019, ils ont dépassé le milliard d’euros.
Durant la même période, les droits de la Ligue 2 ont été également multipliés par trois. Les recettes dérivés (sponsoring, merchandising) ont connu un essor sans précédent. Au PSG, elles représentent plus de la moitié des entrées. Le PSG vend ainsi plus d’un million de maillots contre 80 000 en 2011. Il a également comme d’autres clubs émis des NFT sur la blockchain. De plus en plus de clubs réalisent des partenariats, que ce soit avec des éditeurs de jeux vidéo, des marques de luxe ou des organisateurs d’événements. Une collection de vêtements avait été, en 2017, signée à la fois par le PSG et les Rolling Stones à l’occasion de la venue de ces derniers à Paris pour un concert.
Les stars du ballon rond génèrent des activités économiques multiples dont une partie est captée par les clubs que ce soit avec le merchandising ou les droits à l’image. Ces derniers peuvent donner lieu à des conflits avec les joueurs et leurs agents (exemple MBappé avec l’équipe de France et le PSG).
Par ailleurs, le football est au cœur de la société de la communication et de l’information. Des milliers de sites, de blogs, de pages sur les réseaux sociaux relaient véritables et fausses informations afin de réaliser du buzz et générer des recettes. Cet univers associant journalistes, blogueurs, influenceurs, fans, est obscur tant en ce qui concerne la véracité des informations que sur les ressources qu’il engendre.
Les clubs de football, des entreprises financières
Les clubs de football sont des entreprises qui donnent lieu à des valorisations. Celles-ci dépendent de la valeur marchande et footballistique des joueurs, du potentiel économique du club et de l’image de ce dernier. Selon Forbes, en 2022, le Real Madrid est le club donnant lieu à la plus forte valorisation (5,1 milliards d’euros). Détenant le record de coupes d’Europe gagnées, ce club génère depuis deux ans des bénéfices (200 millions d’euros). Il devance le FC Barcelone (5 milliards d’euros) et Manchester United (4,6 milliards d’euros). Le PSG est 7e avec une valorisation de 3,2 milliards d’euros. Le club de la capitale est pénalisé par sa non possession du Parc des Princes qui appartient à la Ville de Paris. Par ailleurs, ce stade est plus petit que celui des clubs concurrents (47 000 places contre par exemple 81 000 pour le stade Santiago-Bernabéu du Real de Madrid et 76 000 pour le stade Old Trafford du Manchester United).
Une valorisation importante permet au club d’accéder à des ressources de financement à meilleurs coûts. FC Barcelone a ainsi mis en avant sa capitalisation pour assurer le financement de la restauration de son stade.
Ces valorisations subjectives ne sont pas celles retenues dans le cadre des rachats des clubs par des investisseurs. Ainsi, le PSG serait évalué à 4 milliards d’euros. QSI l’avait acheté 70 millions en 2011. Roman Abramovitch a de son côté vendu 5 milliards d’euros le club de Chelsea acheté 140 millions d’euros en 2003. Les actifs de certains des clubs sont bien moins importants que la valorisation fondée sur la valeur marchande des joueurs, valeur qui peut être remise en cause par les résultats ou les éventuelles blessures.
Dans les années 2000, des clubs ont essayé de trouver des sources de financement auprès des marchés financiers en se faisant coter. En 2003, 37 clubs européens, principalement anglais, étaient ainsi inscrits à la bourse. En 2022, il n’en reste que quelques-uns parmi les grands clubs : le Borussia Dortmund en Allemagne depuis novembre 2000, l’Olympique Lyonnais en France depuis février 2007 ainsi que trois clubs italiens, la Juventus de Turin (2001) qui a rejoint l’AS Roma (2000), la Lazio de Rome (1998), Ajax d’Amsterdam, Fenerbahçe Sportif Himzet, Galatasaray, Trabzonspor Sportif Yatir, Besiktas, Sport Lisboa E Benfica de Lisbonne, Futebol Clube Do Porto Sporting, Sporting Braga, etc.
Les investisseurs séduits dans un premier temps se sont révélés plus rares dans un second des incertitudes qui pèsent sur ce type d’activité. La cotation en bourse exige une grande transparence financière, ce qui n’est pas une pratique courante dans le milieu du football. Par ailleurs, les repreneurs entendent avoir les mains libres et ne pas dépendre d’actionnaires, ce qui explique que certains clubs ne soient plus cotés.
A défaut de chercher en bourse des actionnaires, les clubs peuvent ouvrir leur capital comme entend le faire QSI avec le PSG. Le Président Nasser Al-Khelaïfi étudierait la possible arrivée au capital à hauteur de 10 à 15 % de deux fonds américains. L’objectif serait d’avoir une nouvelle source de financement et faciliter la création d’une marque mondiale.
Les clubs de football sont devenus des marques qui génèrent de multiples recettes et d’importantes pertes. Les clubs de Ligue 1, en France, ont enregistré une perte cumulée de 600 millions d’euros en 2022, dont 370 pour le seul PSG. Au niveau européen, la pandémie aurait provoqué 7 milliards d’euros de pertes pour l’ensemble des clubs de football. En 2021, après le départ de Messi, le FC Barcelone a accusé une perte de plus de 400 millions d’euros. De nombreux clubs de football sont ainsi fortement endettés. Ils ne peuvent survivre que grâce aux apports de leurs propriétaires mécènes. La dette de Tottenham dépasse un milliard d’euros, celle du Real Madrid, 967 millions d’euros et celle de Barcelone, 841 millions d’euros. Le PSG arrive en 10e position avec 90 millions d’euros.
Qu’est-ce qui fait courir les investisseurs derrière le ballon ? L’achat d’un club relève de l’influence et de l’image. Le Qatar qui a investi depuis 2011 plus de 1,4 milliard d’euros dans le PSG a sans nul doute pris en compte les retombées sportives et diplomatique dans la perspective du Mondial de 2022. Le Qatar est lié par de nombreux accords à la France et au Royaume-Uni, pays dans lequel il est également footballistiquement présent. Le PSG sert de vecteur de communication internationale à ce pays. Ces retombées sont fragiles. Elles dépendent du parcours sportif du club et du comportement des joueurs. La stratégie d’influence n’est pas sans limite comme en témoignent les relations de plus en plus conflictuelles entre le Qatar et la mairie de Paris.
Plus de 200 PDG du monde entier ont participé à la 6e édition du sommet phare de l’investissement en France « Choose France », qui s’est tenu au château de Versailles le lundi 15 mai. Une fois de plus, la France se positionne en tête des destinations européennes en matière d’investissements directs étrangers (IDE).
Près de 13 milliards d’euros d’investissements futurs en France ont été annoncés par des entreprises internationales, dans le cadre de 28 projets spécifiques au sein des secteurs de la santé, des transports et de l’énergie. Ils devraient créer 8 000 emplois.
« C’est LA destination des investisseurs étrangers en Europe. La constance de notre politique économique et fiscale paie » a tweeté Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique.
La France attractive
C’est la quatrième année consécutive que la France est classée première destination européenne pour les IDE, selon une étude annuelle du cabinet de conseil Ernst & Young.
Les tensions géopolitiques et les pressions inflationnistes ont, de manière générale, limité la croissance des investissements étrangers. Cependant, la France demeure l’État membre le où il est le plus attractif pour investir, avec 1 259 projets financés en 2022, contre 929 au Royaume-Uni et 832 en Allemagne, selon l’étude.
Dans un discours prononcé le jeudi 11 mai, Emmanuel Macron s’est félicité de la volonté de son gouvernement de « réduire le coût du travail et du capital » pour attirer davantage de capitaux étrangers. Entre 2017 et 2022, 52 milliards d’euros de baisses d’impôts ont été enregistrés, tant sur les sociétés que sur les particuliers.
L’énergie nucléaire bon marché et décarbonée a également aidé la France à faire face à la crise énergétique qui a frappé l’Union Européenne à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
« Nous investissons dans notre compétitivité et cela porte ses fruits », a-t-il déclaré à l’époque.
Plus de la moitié des projets annoncés seront consacrés à la décarbonisation de l’industrie française et à l’investissement dans les technologies de production d’énergie propre, selon les estimations du gouvernement.
Un projet de loi sur l’industrie verte et la réindustrialisation devrait être présenté mardi et devrait être examiné par le Parlement d’ici l’été.
Le sommet « Choose France » est une initiative lancée par Macron au cours de sa première année de mandat en 2018. Il vise à réunir des entreprises françaises et internationales dans un cadre informel pour favoriser la création de partenariats.
Emanuel Macron (ici lors de l’édition 2021) inscrit Choose France 2023 dans sa stratégie d’attractivité et de réindustrialisation de notre pays. LP/Ludovic Marin
Un sommet informel
Plusieurs ministres français, dont Macron lui-même, ont eu des entretiens individuels avec les dirigeants d’entreprises présents. Parmi eux figurait Elon Musk, PDG de Twitter, qui a fait une apparition surprise à l’Élysée quelques heures avant le début du sommet.
« Avec Elon Musk, nous avons parlé de l’attractivité de la France et des avancées significatives dans les secteurs des véhicules électriques et de l’énergie. De régulation numérique également. Nous avons tant à faire ensemble » a tweeté Macron, sans que Musk ne confirme s’il avait des projets d’investissements dans le pays.
En revanche, des investissements records ont été annoncés dans des régions traditionnellement confrontées à la désindustrialisation.
À Dunkerque (Nord, Hauts-de-France), le projet annoncé du groupe taïwanais Prologium a pour objectif de construire une « gigafactory » de batteries pour un investissement de 5,2 milliards d’euros, créant 3 000 emplois.
À Sarreguemines (Moselle, Grand Est), le projet de la start-up européenne Holosolis vise à investir plus de 700 millions d’euros pour construire une usine de production de panneaux solaires, générant 1 700 emplois.
Ces annonces revêtent également un enjeu politique. Le gouvernement français exploite ces annonces pour attaquer ses adversaires sur leurs terres électorales.
Ainsi, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Roland Lescure, a déclaré dimanche (14 mai) dans le journal régional Le Dauphiné Libéré que : « Le RN (Rassemblement National, parti d’extrême droite, affilié à Identité et Démocratie) a prospéré grâce à la désindustrialisation », suggérant que les projets d’IDE créeront des emplois qui amélioreront les conditions de vie et dissuaderont les Français de voter pour des partis contestataires.