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  • Rentrée scolaire : Classement de Shanghai 2023

    Rentrée scolaire : Classement de Shanghai 2023

    Pour la 22e année consécutive, Harvard occupe la première position, tandis que les universités américaines maintiennent leur leadership dans le classement de Shanghai dévoilé mardi 15 août 2023. A quelques jours de la reprise scolaire, on fait le point pour les Français de l’étranger.

    Domination américaine

    Le top 10 est identique à celui de l’édition 2022 : anglo-saxon. Seuls deux établissements britanniques, les traditionnels rivaux Cambridge (4e) et Oxford (7e), se font une place entre les mastodontes américains : Berkeley (5), Princeton University (6), Columbia (8), la California Institute of Technology (9e) et l’université de Chicago (10e).

    Depuis 2003, le classement de Shanghai prend en compte six critères, dont le nombre de Nobel et médailles Fields – considéré comme le Nobel des mathématiques – parmi les étudiants diplômés et professeurs, le nombre de chercheurs les plus cités dans leur discipline ou le nombre de publications dans les revues Science et Nature. Des critères, essentiellement fondés sur la recherche et pas sur la formation, qui alimentent une partie des critiques sur ce classement. Comme pour les éditions précédentes, plus de 2.500 établissements ont été examinés pour établir un classement des 1.000 premiers.

    La France au 3e rang mondial

    À la 15e place, l’université française de Paris-Saclay est le premier établissement de l’Europe continentale du classement, et gagne une place par rapport à l’édition 2022.

    La France conserve au total quatre établissements parmi les 100 meilleurs mondiaux, avec également l’université Paris Sciences Lettres (41e) – qui regroupe différents établissements du supérieur dont l’École Normale Supérieure (ENS)–, Sorbonne Université (46e) et l’université Paris Cité (68e).

    « Avec 27 universités représentées, le classement de Shanghai met à l’honneur l’excellence française. Acteurs de l’enseignement et de la recherche : merci ! Vous faites de la France une grande nation de formation, de recherche et d’innovation. Nous continuerons à vous soutenir »

    Emmanuel Macron sur X (ex-Twitter)

    Le classement de Paris-Saclay « permet à la France de conserver pour la quatrième année consécutive son 3e rang mondial, sur la base du nombre d’établissements dans le top 20« , a salué la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans un communiqué.

    Sylvie Retailleau s’est aussi félicitée de « l’évolution remarquable de l’université Côte d’Azur (+200 pour atteindre la tranche 301-400) », ainsi que « de l’entrée pour la première fois dans le classement de l’université de Poitiers« . Elle a également souligné que les huit universités françaises classées dans le top 200 ont « bénéficié de financements dans le cadre des différents programmes investissements d’avenir« .

  • La drogue, une activité économique, comme une autre ? 

    La drogue, une activité économique, comme une autre ? 

    Le trafic de drogue imprègne de plus en plus la société française. Pour conforter leur zone de chalandise, les trafiquants n’hésitent plus à assurer certaines missions qualifiables d’intérêt général. Ainsi, peuvent- ils prendre à leur charge l’entretien des ascenseurs dans les cités, et organiser, comme dernièrement à Cavaillon, des animations à destination des jeunes des cités. Ils occupent l’espace abandonné par les pouvoirs publics. 

    Le PIB et le trafic de drogue 

    Le trafic de drogue, activité illégale, est néanmoins comptabilisé dans le PIB. L’INSEE calcule le PIB de la France en tenant compte, depuis 2018, des activités liées à la consommation de la drogue. Elle a suivi, en la matière, d’autres pays européens comme l’Espagne, le Royaume-Uni ou l’Italie. Cette intégration fait suite à la demande de l’office européen de statistique, Eurostat. Le marché de la drogue représenterait ainsi pour la France environ 3 milliards d’euros, soit 0,1 point de PIB. L’INSEE retient le montant de la consommation minorée des importations. Ce montant de 3 milliards d’euros est une évaluation reposant tout à la fois sur des sondages concernant la consommation de stupéfiants et les saisies de drogues. 

    Un marché de 5 millions de consommateurs et 4000 points de vente 

    Selon le rapport 2022 de l’Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT), la France compte plus de 5 millions d’usagers du cannabis, c’est-à-dire de personnes ayant consommé le produit au moins une fois dans l’année. Parmi eux, environ 1,3 million sont des consommateurs réguliers (plus de dix fois par mois) et 850 000 sont des utilisateurs quotidiens. Environ 600 000 personnes consommeraient de la cocaïne au moins une fois dans l’année. Les drogues de synthèse, comme la MDMA ou l’ecstasy compteraient environ 400 000 usagers dans l’année. La consommation serait en forte augmentation. La résine de cannabis se négocie à la vente à environ 8 euros le gramme et l’herbe à 10 euros le gramme, selon les chiffres de l’OFDT et ceux du ministère de l’intérieur. Des prix qui n’auraient pas connu d’inflation entre 2021 et 2022. 

    La cocaïne est beaucoup plus chère, avec un prix de 65 euros le gramme. Un gramme d’héroïne se négocie autour de 30 euros et un comprimé d’ecstasy 10 euros. Un gramme de méthamphétamine se négocie en moyenne à 28 euros contre 10 euros pour l’amphétamine. 

    Selon le ministère de l’Intérieur, la France compterait 4 000 points de vente. Autrefois limitée aux grandes villes, la commercialisation s’opère désormais sur tout le territoire. Des communes comme Cavaillon (Vaucluse), Mersac (Charente), Valence (Drôme), La Roche-sur-Yon (Vendée) ou Le Creusot (Saône-et-Loire) sont confrontées à des trafics pouvant donner lieu à de violents règlements de compte. 

    Plus de 200 000 personnes travailleraient dans le secteur de la drogue. Le total des heures travaillées est évalué à plus de 30 millions par an.

    La drogue, des revenus pour les familles en difficulté

    Dans des cités, le trafic de drogue peut offrir des compléments de revenus non négligeables. Les enfants, mineurs, servent souvent de guetteurs voire de revendeurs. Les familles monoparentales qui sont, en règle générale, les plus pauvres, sont les plus ciblées par les trafiquants, les enfants étant ainsi appelés à financer les dépenses des ménages. De 10 à 15 % des dealers auraient moins de 18 ans. L’essor du trafic de stupéfiants a accéléré le processus de déscolarisation dans les quartiers dits prioritaires de la ville. La perspective de gagner de 80 à 200 euros par jour pour faire le guet, dissimuler la drogue, approvisionner les points de vente est jugée, de prime abord, plus attrayante que se projeter dans des études (selon une étude menée par Nacer LALAM et David WEINBERGER, chargés de recherches à Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice citée par l’OFDT). Un chef de vente gagnera autour de 500 euros par jour et un responsable de trafic dans un quartier ou une ville pourra atteindre 1 500 euros par jour. Ces gains doivent être évidemment mis en parallèle avec les risques encourus (arrestation, règlement de compte, etc.). 

    Les mineurs sont amenés à occuper de plus en plus tôt des fonctions au sein des réseaux du fait des arrestations et des meurtres. Les forces de sécurité et la justice estiment n’avoir qu’une vision partielle de la revente de la drogue. Une partie de celle-ci serait revendue par des consommateurs qui achèteraient également pour le compte de tiers. Ce commerce améliorerait les revenus d’une partie des usagers des stupéfiants et financerait en partie leur addiction. 

    Quelles réponses face à l’essor des réseaux de stupéfiants ? 

    En 2022, les gendarmes, policiers et douaniers ont saisi 128,6 tonnes, ce qui constitue un record. Les forces de l’ordre ont trouvé deux fois plus de résine de cannabis (plus de 87 tonnes au total) que d’herbe (41 tonnes). En ce qui concerne les autres drogues, les saisies ont également augmenté l’année dernière. 27,7 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2022, 1,4 tonne pour l’héroïne. Les prises en matière de drogues de synthèses s’amplifient en lien avec l’augmentation de la consommation. Elles ont atteint 273 kg pour les amphétamines et méthamphétamines et plus de 1,5 million pour les comprimés d’ecstasy et de MDMA. 143 447 amendes forfaitaires délictuelles (AFD) pour usage de stupéfiant ont été dressées en 2022 par les forces de l’ordre. Ce chiffre est en augmentation de plus de 30 % par rapport à l’année précédente. 

    ©police nationale d’Annemasse – 2019

    Les départements où les amendes ont été les plus nombreuses en 2022 sont les Bouchesdu-Rhône, Paris, la Seine-Saint-Denis, le Rhône et le Nord. Plus de 7 % de la population française consomment de la drogue, ce qui pourrait relancer le débat sur son éventuelle dépénalisation. Sur le plan de la santé comme de la sécurité publique, cette option pourrait être considérée comme un aveu d’échec. L’exemple néerlandais n’est, en outre, guère probant. La légalisation de l’herbe n’a pas freiné la consommation des drogues dures et les trafics. 

    Face à la montée de la consommation en France, les pouvoirs publics ont été contraints d’opter pour un système d’amendes forfaitaires pour éviter l’engorgement des tribunaux. Il ne s’agit pas d’une légalisation mais une certaine forme de banalisation du délit. 

    Le marché de la drogue est de plus en plus visible. 

    Les trafiquants utilisent de plus en plus les techniques modernes de vente en recourant à Internet et, en particulier, aux réseaux sociaux. L’éradication des trafics ou du moins leur limitation est tout à la fois un problème d’éducation, de sécurité, d’emploi et d’urbanisme. Les pouvoirs publics doivent casser le cercle vicieux dans lequel évoluent certains quartiers : l’insécurité en empêchant la création d’activités économiques et donc d’emplois favorise l’essor des trafics en tout genre. Les premières victimes de cette spirale sont les habitants des cités qui doivent composer avec les dealers.

  • Élargissement du groupe des BRICS ? Pas une menace, répond l’Allemagne

    Élargissement du groupe des BRICS ? Pas une menace, répond l’Allemagne

    Les principaux responsables politiques allemands ont rejeté les craintes suscitées par l’élargissement du groupe des BRICS annoncé pour 2024, pointant plutôt du doigt la Russie et la Chine, les deux géants qu’ils considèrent comme la véritable menace.

    En 2024, six nouveaux pays, dont l’Iran et l’Arabie saoudite, rejoindront le groupe des BRICS, un club d’économies émergentes comprenant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, ont annoncé les membres fondateurs à l’issue de leur récent sommet, jeudi (24 août).

    L’Allemagne, cependant, ne perçoit pas l’élargissement du groupe comme une menace susceptible de rivaliser avec les institutions occidentales.

    « L’élargissement rend les BRICS encore plus hétérogènes. Ainsi, en tant qu’institution, ils ne représentent pas une menace pour l’ordre fondé sur des règles, contrairement aux membres individuels, comme la Chine et la Russie », a déclaré à EURACTIV Nils Schmid, un député allemand, porte-parole du SPD pour les affaires étrangères.

    Un projet anti-Occident ?

    Il a salué le fait que le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud défiaient les pressions de la Chine et de la Russie, qui veulent « faire des BRICS un projet anti-occidental ». De leur côté, de hauts responsables politiques allemands restent résolument détendus en ce qui concerne le statut et le pouvoir géopolitiques réels des BRICS.

    « Je ne suis pas déçue et je ne vois pas de division ou d’affaiblissement du G20 », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, avant le sommet, dans l’attente d’un élargissement potentiel, ce qu’elle a réaffirmé après l’annonce de jeudi.

    Elle a ajouté que l’Allemagne continuerait à entretenir de bonnes relations avec les nouveaux membres, tous les pays étant libres de rencontrer qui ils veulent.

    L’Allemagne, cependant, ne perçoit pas l’élargissement du groupe comme une menace susceptible de rivaliser avec les institutions occidentales.

    Cette décision intervient alors que la politique étrangère allemande se concentre de plus en plus sur certains membres du groupe des BRICS, à savoir le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. L’Allemagne recherche une coopération économique et géopolitique plus étroite avec les pays tiers afin de diversifier ses partenariats dans le contexte de la crise internationale déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

    La toute première stratégie du gouvernement allemand relative à la Chine, publiée en juillet dernier, fixe explicitement l’objectif d’une coopération plus étroite avec les pays tiers « d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine » pour contrer l’influence de la Chine.

    En conséquence, le chancelier Olaf Scholz ainsi que six autres ministres se sont rendus individuellement en Inde depuis le début de l’année. Mme Baerbock s’est aussi rendue en Afrique du Sud et au Brésil avec le ministre allemand du Travail, Hubertus Heil.

    Si l’élargissement du groupe des BRICS indique que les pays continuent à rechercher un partenariat actif avec la Russie et la Chine, M. Schmid considère l’absence de soutien inconditionnel à ces deux pays comme une réussite de la « diplomatie de la navette vigoureuse » de l’Allemagne.

    La clef d’une offre attrayante pour les pays tiers réside dans le soutien à leur aspiration à des « relations économiques justes », a-t-il déclaré.

  • L’ambassadeur de France sommé de quitter le Niger

    L’ambassadeur de France sommé de quitter le Niger

    Il y a un mois, au Niger, le président Mohamed Bazoum était renversé par des putschistes. Des militaires qui accentuent la pression en réclamant le départ de l’ambassadeur de France. La junte au pouvoir au Niger depuis le coup d’État du 26 juillet a ordonné, ce vendredi 25 août 2023, le départ de l’ambassadeur de France à Niamey, Sylvain Itté. Les militaires lui donnaient 48 heures pour quitter le pays.

    Analyse de Nicolas Normand, ancien ambassadeur de France au Mali, au Sénégal, et au Congo.

    Un départ en 48h ?

    Le ministère nigérien des Affaires étrangères a annoncé que face « au refus de l’ambassadeur de France à Niamey de répondre à l’invitation […] pour un entretien » vendredi « et d’autres agissements du gouvernement français contraires aux intérêts du Niger », les autorités « ont décidé de retirer leur agrément à M. Sylvain Itté et de lui demander de quitter le territoire nigérien sous quarante-huit heures ».

    Sylvain Itté

    Le ministère français des Affaires étrangères a réagi un peu plus tard dans la soirée en indiquant que « les putschistes n’ont pas autorité pour faire cette demande, l’agrément de l’ambassadeur émanant des seules autorités légitimes nigériennes élues ».

    1500 hommes

    Le nouveau régime a en particulier accusé Paris de vouloir intervenir militairement au Niger pour remettre en place Mohamed Bazoum et affirmé que la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) était une organisation « à la solde » de la France, ex-puissance coloniale dans la région.

    La France déploie au Niger 1.500 hommes qui aidaient le régime du président Bazoum à lutter contre les groupes jihadistes qui ensanglantent depuis des années ce pays et une grande partie du Sahel.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 28.08.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 28.08.23

    Bonjour à tous, bienvenue dans la 3ème saison du flash quotidien des expatriés. Tout au long de l’année, on vous accompagne du lundi au vendredi sur Lesfrancais.press et la Radio des Français dans le monde. Pour commencer cette année, on fait le point sur un été bien agité avant de se pencher sur les élections sénatoriales qui auront lieu le 24 septembre. 

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

    Un été caniculaire 

    De l’Amérique au sud de l’Europe en passant par l’Antarctique… De nombreuses zones du globe ont subi des épisodes de canicule en juillet 2023. À tel point que le monde n’avait jamais connu un mois aussi chaud dans son histoire. Sur terre, les températures atteignent des records, et en mer, le mercure grimpe également à un niveau inédit. Le 4 août dernier, Copernicus avait annoncé que les températures moyennes relevées en juillet 2023 s’étaient élevées à 20,96 degrés, un record. Grâce aux données satellitaires récoltées par le service européen, il a été établi que la moyenne enregistrée dans les océans en juillet est supérieure de 0,5 degré à celle observée entre 1991 et 2020.

    Canicule
    Paris cet été sous la canicule ©AFP

    Aussi sur le plan social

    Le meurtre d’un jeune de 17 ans, tué le 27 juin 2023 par un policier, a suscité une vague d’émeutes urbaines  : voitures, bus et immeubles incendiés, pillages de commerces, attaques, ou saccages de mairies, de bibliothèques, d’écoles, de commissariats, avec dans certains cas mise en danger de vies humaines, comme lorsqu’une voiture-bélier s’en est pris au domicile du maire de l’Haÿ-Les-Roses dans la nuit du 1er au 2 juillet. Ce sinistre fait divers a ouvert une séquence de tensions dans les quartiers français entraînant le déploiement des forces de l’ordre. Pourtant tout au long des semaines estivales, les règlements de comptes, les assassinats ont ponctué l’actualité nationale, à Paris, Marseille mais aussi à Nîmes

    CRS8 déployée à Nîmes en août 2023 Photo by NICOLAS TUCAT / AFP

    Sénatoriales 2023 

    On l’a vu, les sujets de travail pour nos parlementaires ne vont pas manquer. Parmi ces derniers, la moitié des 348 sénateurs vont être renouvelés ce 24 septembre, dont 6 élus pour les Français de l’étranger. 14 listes solliciteront les votes de vos 500 élus locaux, conseillers consulaires et délégués. On retrouvera Ronan Le Gleut pour les LR, Hélène Conway pour le PS, Thierry Masson pour Renaissance. Ce dernier sera confronté à 3 listes dissidentes, toutes menées par des anciens colistiers de Samantha Cazebonne, bombardée tête de liste en 2021. 3 Listes représenteront l’extrême-droite tandis que LFI et EELV présenteront aussi chacun des candidats. Tous les détails à retrouver sur le site Lesfrancais.press avec dès ce 28/08 une nouvelle émission « En toute confidence » qui jusqu’au 14 septembre recevra toutes les têtes de listes. 

    Sénatoriales 2023
    Sénatoriales 2023

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour une nouvelle édition 

  • Tous des enfants de la drogue

    Tous des enfants de la drogue

    Aucune famille, dans aucun pays, n’est épargnée par les méfaits de la drogue. Ceux qui croient y échapper en subissent, sans le savoir, les conséquences politiques, sociales, sociétales. 

    L’Allemagne a décidé d’autoriser le cannabis récréatif. La loi devrait passer à l’automne. Elle s’inscrit dans un mouvement progressif d’autorisation de la consommation, production, voire distribution de cannabis. Outre l’Allemagne, Tchéquie, Luxembourg, et Suisse prennent le même chemin.

    L’usage récréatif du cannabis est autorisée en Uruguay depuis 2012, au Canada en 2018, dans différents Etats américains, comme la Californie, depuis 2014. Malte permet depuis 2021 la production de cannabis à usage personnel ; et sa consommation, comme en Espagne, et les Pays-Bas.

    A l’inverse, France, Chypre, Finlande, Grèce, Turquie, Suède maintiennent l’interdiction, même si la permissivité, pour usage personnel, gagne de fait. 

    Officiellement, les Etats sont tenus, par trois conventions internationales, depuis 1961, de lutter contre la drogue. Ces conventions laissent des marges de manœuvre, que ce soit pour l’usage médical, les sanctions, les exceptions, les politiques de santé publique, la liberté du commerce, et même la liberté d’expression. Aux Etats-Unis, qui ont déclaré la « guerre à la drogue » en 1971, plusieurs référendums, dans différents Etats, ont légalisé la production de cannabis, les tribunaux ont censuré l’interdiction d’en faire de la publicité.

    Paradoxe : l’interdiction profite au crime organisé.

    En Europe, 20% des jeunes entre 15 et 24 ans ont consommé du cannabis au cours de l’année. L’idée selon laquelle les Etats permissifs connaissent une flambée de drogue au contraire des Etats prohibitionnistes est contrebattue par l’expérience : « Aucune relation n’a été trouvée entre les changements de législation et la consommation de cannabis » analyse l’observatoire européen des drogues. En somme, ni l’autorisation, ni l’interdiction n’ont empêché l’explosion de la consommation de drogue. Nulle part. En revanche, un gouvernement qui dépénalise la consommation est jugé comme « laxiste ». Paradoxe, car l’interdiction profite au crime organisé.

    L’impact politique et social dépasse désormais l’enjeu de la santé publique. Déjà, la disproportion entre l’accompagnement des drogués et les moyens mis en œuvre contre les réseaux sont… stupéfiants : en France, la lutte policière contre la drogue représente deux milliards d’euros. La prévention : quatre millions. 

    Le gouvernement allemand, comme ceux d’autres pays, considère qu’il vaut mieux organiser un marché « légal » du cannabis pour assécher le marché noir. Cela a été efficace au Québec. En Europe, même les pays permissifs ne sont pas allés jusque-là, ce qui a pour conséquence de laisser les acteurs du crime organisé en place. Le but affirmé de la coalition allemande, comme au Danemark, est pourtant de faciliter un vrai marché.

    L’entre-deux de la situation actuelle est la pire des situations.

    L’entre-deux de la situation actuelle, les pays « prohibitionnistes », qui n’empêchent rien, et les pays « permissifs », qui n’osent légaliser, créer un vrai marché avec règles et contrôle, est la pire des situations. Le crime s’étend. 

    Le création d’un marché ouvert, légal, contrôlé, affaiblirait les réseaux criminels, comme le disent, depuis des années, plusieurs chefs d’état latino-américains, confrontés à ce que sont les cartels. C’est aussi l’avis de bien des responsables de la DEA américaine. 

    D’autant que de nouvelles drogues envahissent le marché. A San Francisco, le Fentanyl, cinquante fois plus puissant et trois fois moins cher que l’héroïne, fabrique une armée de zombies. Le maire dit qu’il ne peut rien faire vis-à-vis des 4000 toxicomanes qui restent dans les rues. Les Etats-Unis accusent la Chine d’en vendre les composants chimiques, les Chinois parlent de mauvaise foi. N’a-t-on pas fait deux guerres contre la Chine pour les obliger à acheter de l’opium ? 

    En France, cette semaine, à Nîmes, un enfant de dix ans a été tué, son oncle blessé, dans une fusillade de gangs. Deux jours plus tard, un homme a été assassiné dans le même quartier. L’enjeu, le contrôle d’un point de deal, comme à Marseille : 70 fusillades depuis le début de l’année, trente morts. Un tueur se paie seulement 15.000 euros. 

    200.000 personnes « travailleraient en France dans le marché illégal de la drogue.

    Le marché de la drogue en France représenterait 3 milliards d’euros. 200.000 personnes y travailleraient. En 2022, 251.400 ont été mis en cause pour usage de stupéfiants et 49.000 personnes pour trafic (voir l’article de Philippe Crevel sur lesfrancais.press).

    Anvers est le premier port d’entrée de la drogue en Europe, devant Rotterdam. Belgique et Pays-Bas se demandent à quel point ils sont devenus des narco-Etats. Pas en raison des coffee shops, mais parce que seulement 1 à 2 % des containers qui entrent dans leurs ports sont contrôlés. 

    L’Europe est le deuxième marché mondial de la cocaïne, après les Etats-Unis. Les exportateurs de Colombie, Pérou, Équateur, Bolivie, vendent directement en Europe, évitant la ponction des cartels mexicains. La route méditerranéenne n’est pas fermée : la Mocro mafia, qui contrôle la distribution aux Pays-Bas, est d’origine marocaine. 90% du cannabis consommé en France vient du Maroc, non sans complicité des autorités marocaines.

    La puissance des organisations criminelles est sous-estimée. Drogue et traite sont liées.

    La puissance des organisations criminelles est sous-estimée : le ministre de la Justice enlevé en Belgique (projet), le candidat centriste anticorruption assassiné à quelques jours du scrutin présidentiel en Equateur. La guerre des cartels y a fait l’an dernier 4 à 5000 morts. Le Président du Paraguay lié aux trafiquants locaux, comme ceux du Guatemala, du Honduras, du Venezuela… Le dictateur assyrien Assad et sa famille sont les premiers narcotrafiquants de drogue du Moyen-Orient, avec la bénédiction (et les commissions) russes. Sans les liens entre la mafia russe et le FSB, peut-on comprendre Poutine ? Sans les accords entre les mafias serbes, monténégrines, albanaises, et la route du Caucase, ou celle, plus au sud de la Turquie, comprend-on les Balkans ?

    Les réseaux criminels sont des réseaux de distribution multicartes. La traite des personnes occupe la première place sur le marché du crime, le cannabis la deuxième. Mais si l’on additionne les marchés des drogues et ceux de tous les trafics de personnes, alors la drogue arrive en tête. Drogue et traite sont liées. Les coups d’état au Sahel s’explique moins par le djihad que par le contrôle des routes multiples, drogue qui vient directement d’Amérique du Sud, traite humaine, armes. La guerre en Ukraine a interrompu le trafic par la Russie, il se rabat, d’Iran, sur les ports roumains. Récemment, les Américains ont repris les discussions avec les Talibans. Non sur le sort fait aux femmes, mais sur la surveillance du trafic de drogue.

    Aucun pays n’échappe à l’emprise du crime, pas plus que la géopolitique.  

    A quel point les mafias locales imprègnent-elles les systèmes politiques, corrompent, collaborent ? Aucun pays n’échappe à l’emprise du crime, pas plus que la géopolitique. Nigeria, Géorgie, Iran, Syrie, Maroc, Dubaï, Birmanie, Russie, Mexique, Venezuela, Brésil, Argentine, Pérou, Guatemala, Salvador, Honduras, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Italie, Turquie, Malte, Roumanie, Venezuela, Équateur, Bolivie, où s’arrêtera la liste ? Haïti, est un pays, un État détruit. Les gangs y font la loi. L’ONU réclame une force internationale. Personne ne veut y aller. 

    L’Europe ne fait pas que consommer. Les Pays-Bas sont devenus le premier producteur d’ecstasy au monde. Or il n’existe pas de pays dans lequel la puissance du crime organisé ne se soit pas étendue à la sphère politique.

    Le crime organisé sait que la démocratie est son ennemi, son meilleur marché.   

    Jusqu’à présent, les démocraties, selon les indices internationaux de criminalité, résistent mieux au crime organisé que les autres régimes. Si la démocratie, par sa transparence, le contrôle des forces de police, et donc la lutte contre la corruption, se bat contre le crime, le crime organisé sait que la démocratie est son ennemi, son meilleur marché.  

    En Italie, l’an dernier, 36 communes, dans lesquelles vivent 750.000 habitants, infiltrées par les mafias, ont été placées sous tutelle. Loin d’être guérie, l’Italie a obtenu des succès en Sicile ; la notion d’association mafieuse, le statut de repenti, la confiscation des avoirs criminels sont des exemples à suivre. Mais cela ne suffit pas, loin, de là. La mafia calabraise ne sait plus que faire de sa fortune. 

    L’initiative allemande est à suivre de près. Créer un marché légal permet de surveiller les produits et stopper la plus-value de la prohibition au profit du crime. Cela permet aussi une politique de santé publique de prévention. Concentrer la répression sur la criminalité organisée au lieu de conforter les cartels et gangs criminels par la prohibition.

    Que l’on aborde la question sous l’angle de la santé publique, celui de la lutte contre le crime, de la politique locale ou internationale, on est obligé de constater un dramatique échec depuis 1961. Il n’y a pas moins de drogués. Les cartels et autres groupes criminels sont devenus des puissances. De vraies puissances politiques. Ils s’entendent et s’étendent.

    Boutique de cannabis en Espagne ©AFP

    Une autre approche est nécessaire. Toutes les sociétés sont malades de la drogue, toutes sont des enfants de la drogue, de ces milliards blanchis, de ces corrupteurs, de ces organisations dans les cités, avec le modèle social du gamin qui s’enrichit vite et mal, jusqu’aux palais présidentiels. On ne détruit pas les cartels en leur laissant le monopole de produits de plus en plus envahissants. La police n’y pourra jamais rien. Bien des Etats succombent aux gangs. Il faut renoncer aux postures de fermeté sans suite, soigner les jeunes en les accompagnant, confisquer le marché en le légalisant, légiférer contre l’appartenance à une association criminelle, nationale ou internationale.

    La lutte contre la drogue passe par une nouvelle politique de santé publique, à peine esquissée, d’autre part, par la lutte contre le crime international. L’interdiction ne fonctionne pas pour l’une, mais alimente l’autre. Rester dans l’entre-deux de la permissivité sans la légalité est la pire des situations, la plus malsaine pour les consommateurs, la pire pour le tissu social, la plus dangereuse pour les Etats. 

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati 

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • Sénatoriales Français de l’étranger : divisions ou pluralité de choix ?

    Sénatoriales Français de l’étranger : divisions ou pluralité de choix ?

    Le 24 septembre prochain au soir, il ne restera que six vainqueurs sur les cent douze personnes qui, aujourd’hui, concourent pour les élections sénatoriales des Français établis hors de France. 

    Même si tous les noms n’ont pas encore été officiellement publiés, c’est – au moment où cet article est publié – tout de même quatorze listes, comportant chacune huit candidats, à parité égale, qui se présentent au suffrage des 532 électeurs. En 2017 et 2021, lors des précédents scrutins, le choix pouvait alors se porter sur dix listes.  

    Pluralisme des listes, un bon signal pour la démocratie ? 

    Cette inflation de candidatures augure-t-elle d’un renforcement de la démocratie ? Au nom du pluralisme c’est déjà une première victoire : tout ce que compte comme tendances sur l’échiquier politique national est ainsi représenté dans cette élection pour les Français établis hors de France. 

    Cette pluralité est-elle pour autant un bon signal pour les Français de l’étranger ? Est-ce un gage de diversité d’idées et de propositions nouvelles pour nos expatriés ? La campagne électorale répondra à ces interrogations. Les sujets concernant nos compatriotes à l’étranger ne manquent pas : de l’évolution de nos écoles à l’étranger à la fiscalité, de la prise en charge de la santé à la sécurité de nos concitoyens partout dans le monde, tout en passant par le soutien à nos associations et au dynamisme économique de nos entreprises françaises à l’étranger…

    Cette élection est aussi l’occasion d’apporter des réponses à cette question de plus en plus centrale concernant la clarification des compétences des conseillères et conseillers des Français de l’étranger et des délégués consulaires qui, rappelons-le, constituent quasiment 96 % du corps électoral. 

    « En toute confidence »

    Ce petit mois qui nous sépare du scrutin va nous éclairer sur ces différents points. Les enjeux sont importants pour nos expatriés, c’est pour cela que cette élection mérite un débat de qualité. Votre média Lesfrançais.press s’y engage. Chaque tête de liste est ainsi invitée à participer à notre nouveau rendez-vous politique « En toute confidence » pour répondre aux interrogations de nos compatriotes à l’étranger et éclairer le choix des électeurs. 

    Les forces en présence : du neuf, de l’ancien, de l’expérience, de la jeunesse… 

    Parmi les têtes de liste 2023, nous retrouvons quatre sénateurs sortants : Hélène Conway qui siège actuellement au groupe socialiste au Sénat, Ronan Le Gleut, membre du groupe Les Républicains, Damien Regnard, qui appartient également au groupe Les Républicains mais qui, en 2017 figurait sur la liste de l’ASFE (Alliance solidaire des Français de l’étranger) avec Evelyne Renaud-Garabedian, également sénatrice sortante qui, en 2023, est le porte-drapeau de la liste ASFE. 

    Un cinquième sénateur sortant, Jean-Yves Leconte, du groupe socialiste, ancien colistier d’Hélène Conway en 2017, se positionne cette année à la deuxième place de la liste menée par la verte (EELV) Mathilde Ollivier, conseillère des Français de l’étranger à Vienne. 

    Divisions, pluralité ou les deux ? 

    C’est Christine Tuaillon (New York) qui mène la liste de la France Insoumise (LFI), avec trois listes représentées, la Nupes est ainsi divisée ou plurielle selon le regard de chacun.

    Il y a aussi embouteillage du côté de la majorité présidentielle. Thierry Masson, élu en Belgique, conduit la liste désignée par Renaissance, et trouve sur son chemin Franck Barthélémy. L’élu pour l’Inde et le Sri Lanka, qui figurait en deuxième position sur la liste Majorité présidentielle menée par Samantha Cazebonne en 2021, a donc déposé sa propre liste cette année, tout comme Sophie Suberville (troisième de la liste Majorité présidentielle en 2021), élue à San-Francisco, qui a cette fois-ci fait le pari de présenter sa candidature à cette élection sénatoriale de 2023 en formant un duo avec le Modem Jean-Hervé Fraslin, élu à Madagascar.  

    Le terme « Indépendants » fait aussi l’objet d’une concurrence entre deux listes : celle d’Hélène Degryse, élue aux Pays-Bas et Présidente de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), qui a annoncé présenter sa candidature, et celle d’Olivia Richard qui revendique aussi, au côté d’Olivier Cadic pour lequel elle travaille depuis des années au Sénat, l’appellation des « Indépendants ».

    La droite de la droite attise également les convoitises. Ce n’est pas moins de trois listes qui portent cet étendard. C’est la première fois que cette mouvance est autant représentée dans ce scrutin sénatorial pour les Français de l’étranger avec Alain Ouelhadj (Miami) pour Reconquête, Pierre Brochet (Kuala Lumpur) à la tête de la liste du Rassemblement national et Marc Guyon, élu à Hong Kong, qui, pourtant sans étiquette apparente, couvre également ce spectre.       

    Le 24 septembre, il n’en restera que six 

    De ces multiples candidatures, six gagneront leur siège au Sénat le 24 septembre au soir. Si quelques certitudes quant aux futurs élus ou réélus peuvent d’ores et déjà émerger au regard du corps électoral actuel, une élection reste une élection. 

    Les LR feront-ils un ou deux sièges ? Les indépendants se neutraliseront-ils ou parviendront-ils à faire émerger un nouveau courant ? L’ASFE gardera-t-elle l’ensemble de ses fidèles ? La majorité présidentielle résistera-t-elle et si oui qui la représentera ? A gauche, qui deviendra le leader de la Nupes à l’étranger ? Combien de voix se porteront sur Reconquête et sur le Rassemblement national ? Et quelles idées nouvelles émergeront de cette campagne électorale pour soutenir nos compatriotes à l’étranger ? Tels sont les principaux enjeux de ce scrutin que suivra avec attention l’ensemble de la rédaction de votre média lesfrancais.press tout en relayant aussi toutes vos questions auprès des têtes de listes. 

  • Sénatoriales 2023 : le guide

    Sénatoriales 2023 : le guide

    Et oui, il y a bien des élections cette année même si tous les électeurs ne sont pas appelés aux urnes. En effet, se tiendront le 24 septembre les élections sénatoriales 2023. Mais rappelons, les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect pour un mandat de 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans, en alternance entre deux séries : la série 1 (170 sièges) et la série 2 (178).

    Quels départements sont concernés ?

    En septembre 2023, ce sont les sénateurs de la série numéro 1 qui sont concernés par le renouvellement, c’est-à-dire ceux élus en 2017. La circonscription d’un sénateur est l’ensemble d’un département. Les départements renouvelables cette année vont du numéro 37 (Indre-et-Loire) à 66 (Pyrénées-Orientales), ainsi que ceux d’Île-de-France, six territoires d’Outre-mer et six sénateurs (sur 12) des Français de l’étranger.

    Quel mode de scrutin ?

    Originalité des Sénatoriales, elles combinent deux modes de scrutin : proportionnel et majoritaire. Dans les départements les plus peuplés, qui comptent trois sénateurs ou plus, un scrutin de liste à la représentation proportionnelle s’applique. La liste doit respecter une alternance entre les sexes. Si une femme est tête de liste, c’est un homme qui lui succède, puis une femme, etc. Pour les départements les moins peuplés ou un ou deux sénateurs sont élus, le scrutin majoritaire à deux tours est appliqué. Un(e) candidat(e), avec un(e) suppléant(e) peut se présenter. Le candidat et son suppléant doivent être de sexe différent.

    Qui vote ?

    Ce n’est pas l’ensemble des Français inscrits sur les listes électorales qui élisent les sénateurs, mais des grands électeurs. Ils sont au total de 162 000. Selon l’article 24 de la Constitution, le Sénat « assure la représentation des collectivités territoriales ». Le collège électoral des grands électeurs est donc logiquement composé à 95 % par les conseillers municipaux, ainsi que par les conseillers généraux, les conseillers régionaux et les parlementaires du département. À noter que le vote est obligatoire pour les sénatoriales. Les grands électeurs encourent une amende de 100 euros en cas de non-respect de cette obligation. Dans le détail, pour les communes de moins de 9 000 habitants, une partie seulement des conseillers municipaux vote. Dans les communes de 9 000 à 30 000 habitants, tous les conseillers municipaux sont grands électeurs. Pour les communes de plus de 30 000 habitants, des délégués supplémentaires sont désignés par tranche de 800 habitants. Ces délégués sont des personnes de confiance, choisies généralement pour leur proximité politique avec les conseillers municipaux qui les désignent. Trois sénateurs sur quatre sont élus à la proportionnelle. La combinaison de ces deux modes de scrutin renforce le pluralisme au Sénat. En effet, cette part importante de proportionnelle permet aux minorités politiques d’être mieux représentées.

    En ce qui concerne les sénateurs représentant les Français de l’étranger, ils sont élus par 443 conseillers consulaires, les 68 délégués consulaires et les parlementaires représentant les Français établis à l’étranger.

    élections sénatoriales 2023
    Elections sénatoriales 2023

    Qui peut se présenter ?

    Il faut avoir 24 ans révolus pour se présenter, contre 18 ans pour les législatives. En décembre 2022 une proposition de loi adoptée par le Sénat va permettre aux candidats de mener campagne entre les deux tours du scrutin qui se tient le même jour, Il réautorise également la remontée des résultats au fil de l’eau. En septembre 2020, plusieurs résultats avaient été publiés avant 17h30, soumettant les médias fautifs à des sanctions pénales.

    En ce qui concerne les sénateurs représentant les Français de l’étranger, il n’est pas obligatoire d’être un non-résident ou d’avoir eu une expérience d’expatriation.

  • « Que quelqu’un le fasse ! » : le roman engagé d’une Française du Botswana ! 

    « Que quelqu’un le fasse ! » : le roman engagé d’une Française du Botswana ! 

    Le roman d’une vengeance au temps de MeToo. Mais aussi un thriller sud africain se déroulant au sein d’une exploitation viticole de Stellenbosch près de Cap Town (Afrique du Sud – pays dans lequel est imbriqué le Botswana). Et une belle réflexion sur l’impunité des violeurs et la tentation de se faire justice soi-même quand les circonstances l’exigent. Voilà les éléments constitutifs du dernier opus romanesque de Soline Lippe de Thoisy. L’autrice de fiction sait manifestement écrire court et dense et son style nerveux et sans afféterie fait germer un très bon polar ramassé autour des 155 pages d’un récit en mode « page turner ».

    « Un page turner »

    Attention : les lignes qui suivent contiennent des révélations sur l’énigme !

    On va suivre de chapitre en chapitre Elise, le personnage principal, dans les méandres d’une vengeance qui a pour mobile la punition de violeurs jamais inquiétés pour leurs terribles forfaits. Roman féminin autant que féministe, le récit livre au regard du lecteur le portrait d’hommes veules et violents : leur symbole est Jaco, fermier et exploitant un domaine d’une cinquantaine d’hectares dont il est le maître brutal et oppressif pour ses employés. C’est la sociologie des exploitations viticoles de la région du Cap qui est brossée avec précision comme les conditions de travail d’une grande rudesse et la culture du viol qui frappe les femmes réduites souvent à de simples objets sexuels ou à des domestiques sans droits. 

    Un roman sud-africain qui permet de voyager aussi entre la Martinique, le Bordelais et les paysages du Cap

    Le récit est un va-et-vient permanent entre le Bordelais dont est originaire le propriétaire français du domaine sud-africain et les vignes du Cap où la terrible vengeance va s’accomplir dans le sang. Face aux humiliations subies par les femmes c’est le meurtre comme dernière extrémité qui s’impose. Sans grande hésitation morale. Mais comme une sorte d’évidence liée à une société masculine naturellement oppressive et prédatrice. L’auteur a tenu à préciser cependant qu’elle ne fait aucune apologie du règlement de comptes sanglant. Élise finit en prison et la justice des hommes finira par la rattraper. 

    Des décrochages du récit  vers la Martinique, ou l’évocation de destins d’expatriés, donnent au roman une dimension ample au plan géographique et historique. Le commerce triangulaire est ainsi évoqué comme les conditions de vie dans les townships sud-africains. C’est aussi les effets de la pandémie sur l’économie locale qui sont mentionnés dans un polar politique et sociologique qui nous parle de notre époque. 

    Une autrice française qui écrit le roman d’une vengeance face aux violeurs

    L’autrice est elle-même une expatriée française au Botswana qui connaît parfaitement l’Afrique du sud puisqu’elle vit dans l’hémisphère austral depuis une vingtaine d’années. Elle y a notamment travaillé dans une exploitation viticole, ce qui lui a donné l’idée du livre. Le sujet de l’identification au personnage principal se pose pleinement : Elise est présentée comme  la fille d’expatriés français ayant étudié en banlieue parisienne à Evry après une enfance en Martinique et des pages de vie africaines. Le personnage travaille dans l’exploitation comme cadre dirigeante et va constater de visu les dégâts humains commis par un Jaco humiliant pour les femmes. Une fois sa résolution prise elle va poursuivre plus largement une vengeance sanguinaire à l’égard d’autres violeurs croisés quand elle était étudiante. On peut lire notamment une scène de viol collectif éprouvante qui agit comme un élément fondateur dans la détermination d’Elise à châtier les criminels sexuels. Le trauma avant la furia punitive en somme. 

    Le décor africain du récit est inspiré du parcours de vie d’une autrice dont le regard international  donne de l’ampleur à cette fiction. L’engagement féministe est aussi marqué et porte ce récit de bout en bout. On retrouve un peu de la Marie Ndiaye de  « Trois femmes puissantes » dans cette plume vive et forte. 

    Un thriller que je conseille pour sa réflexion sur la sanctions des viols impunis. On ne saurait donc trop conseiller la lecture de ce livre publié aux éditions Ex Æquo chez un éditeur militant. 

    A l’heure d’un féminisme régénéré par les combats nécessaires contre les violences sexuelles, ce polar fera résonance chez nombre de femmes en lutte pour leurs droits ou pour la reconnaissance de leur parole. Il y a dans l’acte criminel d’Elise une dignité sombre et si le roman est résolument une fiction, l’autrice met en scène un questionnement philosophique profond : est-il légitime de se faire justice quand les moyens de police et de justice sont inopérants et les viols impunis ?

    Ce livre donnera à tous les lecteurs une matière romanesque entraînante pour deux à trois heures de lecture prenantes et permettra plus largement de poser une nouvelle réflexion sur le viol, le besoin collectif de se mobiliser contre l’impunité des violeurs et de combattre toutes les atteintes faites aux femmes. 

    Interview de l’autrice : « Dans nos sociétés patriarcales, personne n’a jamais pris les armes « 

    Boris Faure : Votre thriller a une dimension militante. Face à l’impunité de violeurs le personnage principal, Elise, va aller jusqu’à l’assassinat pour se venger. Comment en vient-on à porter ce thème brûlant et douloureux  ?

    Soline Lippe de Thoisy : J’ai commencé l’écriture de ce livre après avoir dirigé un vignoble à Stellenbosch (Afrique du Sud) pendant trois ans. Les vignes sud-africaines portent une histoire très lourde : le massacre des Khoisans à l’arrivée des Hollandais en 1650, puis l’esclavage pendant deux cent ans, puis l’apartheid. Cette histoire a laissé des plaies béantes dans la société. Les travailleurs agricoles sont pauvres et souvent, même s’il existe des initiatives locales pour tenter d’améliorer leur situation, exploités. 

    Soline Lippe de Thoisy

    « En Afrique du Sud les femmes subissent une double peine  » 

    Soline Lippe de Thoisy : Les femmes y subissent une double peine : l’exploitation de la société et la violence des hommes. J’ai voulu écrire une histoire en hommage aux femmes avec qui j’ai partagé ces trois années. Pas une semaine ne se passait sans que l’une raconte une agression, un mari saoul et violent, etc. Et jamais je n’ai rencontré une telle résilience, une telle solidarité, et paradoxalement, jamais je n’ai autant ri qu’en leur présence. 
    Je voulais que quelqu’un s’intéresse enfin à elles et leur rendent leur honneur. C’est comme cela qu’est née Élise.    

    « Dans nos sociétés patriarcales personne n’a jamais pris les armes « 

    Soline Lippe de Thoisy : Et puis j’ai fait le constat suivant : dans nos sociétés patriarcales et violentes envers la moitié de l’humanité, personne n’a jamais pris les armes. Il y a des vengeances personnelles de femmes envers leurs bourreaux, mais jamais au nom de la cause toute entière. Les armes des femmes sont les cheveux en Iran, les seins nus des Femen et les plus violentes ont peut-être été les suffragettes qui ont fait sauter quelques bombes sans faire de victimes. 

    Jamais plus. Et pourtant, on a tué pour bien moins. 

    Élise pose la question de l’utilisation de la violence quand personne n’écoute. C’est une question à l’actualité brûlante. Les défenseurs de l’environnement radicaux  sont appelés « écoterroristes », probablement Élise serait qualifiée de « féminiterroriste ». 
    Ce livre n’est évidemment pas un appel à la violence. Élise finit en prison et c’est normal, on ne se fait pas justice soi-même. Elle est en paix, mais ne regrette rien, car, pense-t-elle,  il fallait bien que quelqu’un le fasse.

    J’ai été, adolescente, violée. Je l’avais oublié. Est-ce l’écriture de ce roman qui a provoqué une levée d’amnésie, ou bien à l’inverse, ce souvenir enfoui qui m’a fait créer le personnage d’Élise, je n’en sais rien. Mais je sais que cette expérience a joué un rôle dans la genèse de ce roman.   

    La violence que subissent les femmes est réelle. Élise, elle, n’est qu’un personnage de littérature. Une lectrice victime d’un viol il y a plus de 30 ans dont elle n’a jamais pu parler m’a écrit : « Élise m’a vengée, merci ». C’est le pouvoir de la littérature et rien que pour cette lectrice, je suis heureuse de l’avoir écrit.

    Boris Faure : « Que quelqu’un le fasse » est un roman de l’ère MeToo. Quel est le message politique que vous souhaitez porter 7 ans après le déclenchement du mouvement  ? 

    Soline Lippe de Thoisy : En 2017 en France, le président Macron fit de la lutte contre violence faite aux femmes la grande cause de son mandat.  

    En 2020, le président d’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, ordonna que les drapeaux du pays soient mis en berne pendant cinq jours pour honorer les victimes de deux pandémies que traversait le pays : celle de la Covid, celle des hommes violents.

    « En France et en Afrique du Sud, si peu a changé malgré les déclarations politiques « 

    Depuis, dans ces deux pays, si peu a changé. Les statistiques, année après année, sont toujours aussi terrifiantes. L’impunité règne, la justice est inadaptée et surtout, la société n’est pas prête à changer. Il faut une refonte en profondeur du système, de l’éducation des garçons à l’école et à la maison, du capitalisme qui vulnérabilise les femmes, de la volonté réelle de la justice de punir les bourreaux, etc., et c’est cela qui se fait attendre.

    Une vague s’avance, je n’en ai aucun doute. Les femmes s’impatientent. Doit-on vraiment en arriver à une Élise, ou une armée d’Élise, pour réagir enfin et construire des sociétés où les femmes n’ont plus peur ?

    Boris Faure : Le personnage principal évoque une femme française qui travaille en Afrique du Sud et qui est une fille d’expatriée. Pouvez-vous nous parler de votre itinéraire personnel et nous indiquer en quoi il influence votre écriture qui est très tournée vers l’Afrique ?

    Soline Lippe de Thoisy : Je vis depuis vingt ans en Afrique Australe. Enfant, j’ai beaucoup voyagé aussi, mais je ne suis arrivée sur ce continent qu’il y a vingt ans, au hasard d’un contrat au Botswana, et n’en suis jamais repartie.

    Je crois que c’est la vibration de l’Afrique qui m’inspire tant. Je ne retrouve pas cette intensité quand je rentre en Europe, mais peut-être suis-je partie depuis trop longtemps. Par vibration je veux dire qu’il n’y a pas d’acquis. Tout est à faire. Vivre, ou souvent survivre, est une aventure de tous les jours et en soit, c’est romanesque.

    Ici, l’histoire est en marche, les pays sont jeunes, absolument imparfaits mais pleins d’espoir. C’est très inspirant. La société sud-africaine en particulier , avec son passé récent si douloureux, me fascine par sa résilience, la complexité des liens entre les communautés pleines de méfiance les unes envers les autres et qui pourtant se ressemblent tant mais refusent de l’admettre. Observer les points communs, ce qui lie les gens, nourrit mes livres. 

    « Mon amour de l’Afrique du Sud est né de la littérature  » 

    D’ailleurs mon amour pour ce pays est né par la littérature. Je l’ai découvert très jeune en lisant les romans de Coetzee et André Brink, des auteurs qui m’ont profondément marquée, et ont compté dans ma décision de m’installer dans cette région.

    En Afrique on côtoie des humains d’une incroyable diversité, avec des histoires personnelles tellement extraordinaires que l’autrice que je suis n’a souvent rien à inventer. Il suffit d’observer.

    Et il y a la beauté, comme le delta de l’Okavango (où se passe mon roman L’Île des Rois) ou le Cap de Bonne Espérance. Des paysages si sauvages et parfaits à la fois, qu’il suffit d’y poser quelques personnages pour qu’une histoire y naisse.

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