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  • Concurrence, l’Europe n’est pas aussi naïve qu’on le dit !!!

    Concurrence, l’Europe n’est pas aussi naïve qu’on le dit !!!

    Le refus de la fusion Siemens/Alstom par la Commission européenne a été sévèrement jugé tant par le Gouvernement français que par de nombreux experts. La Commission a justifié sa décision en se fondant sur le droit de la concurrence. Ce dernier est-il devenu une entrave au bon développement de l’économie européenne ou joue-t-il son rôle pour lutter contre la constitution de situation de monopole ?

    Les Européens sont schizophrènes en matière de concurrence. Ils entendent lutter contre les oligopoles au nom de la défense des droits des consommateurs et afin de faire baisser les prix. Ils peuvent estimer que les situations de position dominante empêchent l’essor de PME et aboutissent à des pratiques peu en phase avec le développement durable (agriculture par exemple). Ils dénoncent le rôle des multinationales, surtout celles d’origine américaine ou chinoise.

    Par ailleurs, ces mêmes européens critiquent la Commission ou les États membres quand ces derniers freinent ou empêchent des fusions de se réaliser. Cette dernière position est justifiée par la nécessité de constituer des géants européens pouvant faire face aux à leurs concurrentes étrangères.

    Un effet de 8% de hausse sur le pouvoir d’achat

    Depuis 2000, l’Europe défend plutôt une politique concurrentielle. Les concentrations y sont moindres qu’aux États-Unis. Le Conseil d’analyse économique a réalisé une étude pour apprécier l’importance et les effets des concentrations. Les rapporteurs de l’étude ont comparé l’évolution des prix par rapport au coût unitaire du travail entre l’Europe et les États-Unis. Cet exercice mené sur les dix principaux pays de l’Union européenne et les États-Unis montre que sur la période 2000-2015, les prix ont augmenté de 15 % de plus aux États-Unis qu’en Europe mais les salaires de seulement 7 %. La marge prix/salaire a ainsi baissé d’environ 8 % en Europe par rapport aux États-Unis. Pour un travailleur au salaire médian cela représente une hausse de 8 % du pouvoir d’achat.

    Chute du prix des télécommunications.

    Par ailleurs, les baisses de prix en Europe résultent souvent de mesures de politique économique ayant des effets pro-concurrentiels. La concurrence est plébiscitée quand, par exemple, à la suite de l’octroi d’une quatrième licence à Free en France en 2011, les prix des télécommunications ont baissé de 40 % en moins d’un an. Les prix des services de télécommunication qui, selon une étude du Conseil d’analyse économique de 2019, étaient plus élevés en France qu’aux États-Unis, sont devenus plus bas et le sont restés.

    Les partisans de la limitation du droit de la concurrence mettent en avant que dans une économie à forte intensité capitalistique, les entreprises doivent avoir une taille suffisante pour innover et investir. Or, la pertinence empirique de cette thèse n’est pas vérifiée. Aux États-Unis, depuis vingt ans, les concentrations qui ont été réalisées dans les secteurs de l’électronique, de l’informatique ou de la chimie ont abouti à une appréciation du cours des actions et à une augmentation des bénéfices mais à une diminution des dépenses de recherche/développement. En Europe, la politique de la concurrence s’est traduite par des prix plus bas et une productivité au moins équivalente à celle des États-Unis. La relative faiblesse de l’innovation en Europe a de nombreuses causes, mais la politique de la concurrence n’est probablement pas l’une d’entre elles.

    Pas d’effet négatif sur l’innovation et l’investissement

    L’absence de marchés de capitaux unifiés, la méfiance des Européens à l’encontre du progrès, et une formation moins centrée sur les sciences qu’au Japon, en Corée ou aux Etats-Unis, expliquent la faiblesse de l’Europe en matière d’innovations.

    La politique de la concurrence est à la base de la construction européenne. L’Europe s’est bâtie sur l’idée d’un marché commun offrant à chaque entreprise la possibilité de commercer librement en son sein. La remise en cause de cette politique serait une rupture majeure dans le processus de construction de l’Europe. La lutte contre les ententes, les situations de positions dominantes visaient tout à la fois à rendre le marché plus fluide et à faciliter le développement de tous les États membres.

    90% des opérations acceptées sans condition

    Même si le droit de la concurrence est une des pierres angulaires de l’Union européenne, son impact au quotidien demeure modeste. Ainsi sur la période allant de janvier 2010 à décembre 2018, parmi les 2 980 opérations de concentrations notifiées à la Commission, 2 704 ont été acceptées sans conditions (90,7 %) et 156 opérations ont été autorisées sous conditions. Parmi ces fusions acceptées, certaines ont donné naissance à des champions européens de très grande taille, à l’image des fusions entre Luxottica et Essilor dans l’optique et entre Lafarge et Holcim dans le ciment. Sept opérations ont été refusées par la Commission dont deux impliquaient des entreprises américaines.

    Pas d’obstacles à la naissance de groupes européens.

    De ce fait, si la préservation de la concurrence peut contraindre à des cessions d’actifs de la part des entreprises voulant fusionner, le contrôle des concentrations n’apparaît pas comme un obstacle à l’émergence de grandes entreprises européennes. Les instances nationales des États membres ont, en outre, tendance à atténuer les décisions des autorités européennes. Ainsi, en France, l’autorité de la concurrence a ainsi revu à la baisse les engagements que le Groupe Canal+ avait pris lors de sa fusion avec TPS puis lors du rachat des chaînes Direct 8 et Direct Star compte tenu de l’arrivée sur le marché de Netflix et d’Amazon.

    En matière de subventions ou d’aides de la part des États en faveur d’entreprises en difficulté, la Commission a modifié, ces dernières années, ses positions en intégrant la nature, le rôle et la durée des aides pour apprécier si elles faussent ou non les règles du marché. Dans le cadre européen, les aides d’État portent le risque de stratégies non coopératives des États membres. Cela explique le cadre strict appliqué en Europe, qui peut susciter la crainte que des investissements publics ne soient pas mis en œuvre alors qu’ils seraient socialement profitables.

    Lutte contre le dumping

    En matière de lutte anti-dumping, la Commission européenne bénéficie d’une compétence exclusive. L’Europe est assez active contrairement à quelques idées reçues pour défendre son marché intérieur. Si la compétence est plutôt de nature fédérale, la mise en œuvre des procédures est toutefois subordonnée à un examen par le Comité des instruments de défense commerciale, composé de représentants des États membres, qui peut s’opposer aux préconisations de la Commission par une majorité qualifiée. L’Europe inscrit ses actions de lutte contre le dumping dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce. Si des preuves sont fournies, la Commission peut appliquer aux produits en question des droits anti-dumping compensant l’écart lié à ladite pratique. 94 mesures anti-dumping étaient en vigueur fin 2018 (27 d’entre elles étant étendues à des pays tiers pour éviter d’être contournées), dont les deux tiers concernaient la Chine.

    Les consommateurs gagnant

    Les aides d’État peuvent être utilisées pour une réponse européenne active. Sans entrer dans le débat complexe de la politique industrielle européenne, la question se pose de savoir si la réponse de l’Union doit également prendre des formes plus actives. À cet égard, la politique de la concurrence est souvent considérée comme un frein étant donné des contraintes qu’elle impose aux Etats membres. Malgré tout, les études ne démontent pas que leur application ait provoqué de réelles destructions d’emplois. Elles soulignent, en revanche, que les consommateurs y ont gagné.

  • Vote par internet pour les consulaires 2020

    Vote par internet pour les consulaires 2020

    Un test grandeur nature sur le vote électronique a eu lieu du 5 au 8 juillet pour les Français de l’étranger en vue du scrutin des élections consulaires de 2020.

    Cette question de la nature du processus de vote est importante pour ce scrutin qui mobilise souvent peu les Français hors de France. Or, l’élection des conseillers et délégués consulaires est importante car ceux-ci, outre qu’ils élisent les Sénateurs des Français de l’étranger, sont le relai entre la communauté et l’administration.

    Un deuxième test pourrait avoir lieu en octobre si besoin. Les conditions, en particulier en termes de sécurité numérique, n’avaient pas été remplies à l’occasion des élections législatives de 2017. Le risque d’un piratage du système qui aurait faussé les élections avaient alors été mis en avant, et ce alors que d’autres scrutins à l’étranger ont vu surgir une suspicion d’ingérence en particulier de la Russie.

    Une plateforme homologuée en janvier 2020

    Sébastien Lecornu, Ministre chargé des Collectivités territoriales

    Répondant notamment aux questions de la Sénatrice des Français de l’étranger Jacky Deromedi, le Ministre Sébastien Lecornu a indiqué que la nouvelle plateforme, qui fait l’objet d’une étude depuis juin, sera homologuée en janvier 2020. Un délai qui permettra de communiquer sur le mode de scrutin auprès des Français hors de France tout en prenant le temps de vérifier sa robustesse et son ergonomie, l’objectif étant de pouvoir voter en moins d’une minute.

    L’objectif est également d’appliquer le vote électronique pour les Français de l’étranger pour les législatives de 2022. Le scrutin 2017, en vote papier, avait vu un record d’abstention avec 19% de participation.

    Le vote par internet, un aspect important pour le Président de la République

    Emmanuel Macron a, à de plusieurs reprises, affirmé sa volonté de permettre le vote électronique pour les Français de l’étranger, tout en étant conscient de ses limites. Les législatives 2012 avaient en effet fait l’objet de ce processus sans que la participation ne soit importante. Le Chef de l’Etat parle d’un « intérêt démocratique  » et d’une question de « de crédibilité et de souveraineté » pour la France.

    Cette ambition est ainsi réaffirmé, les consulaires 2020 seront donc le premier test de ce nouveau mécanisme, et elles seront largement scrutées.

  • Conventions fiscales : inquiétudes pour les transfrontaliers

    Conventions fiscales : inquiétudes pour les transfrontaliers

    La France et le Luxembourg viennent de ratifier une convention fiscale qui inquiète les 100 000 Français qui traversent la frontière et vont travailler au Grand Duché. Entérinée par les parlementaires français en février, elle vient d’être adoptée par le Luxembourg.

    «Vous avez payé 100 à Luxembourg mais en France vous auriez payé 120 donc vous devrez payer 20 en France»

    Nouvelle convention fiscale entre la France et le Luxembourg

    Les conséquences de ce texte important sont encore incertaines. Pour le Ministre Luxembourgeois Pierre Gramegna, la France a fait le choix de la méthode d’imputation et non celle de l’exemption. Une différence : l’imputation tient compte de l’impôt étranger et non pas du revenu étranger. Une conséquence selon le Ministre :  «Vous avez payé 100 à Luxembourg mais en France vous auriez payé 120 donc vous devrez payer 20 en France».

    Cela risque sérieusement de faire baisser l’attractivité du Grand Duché pour les frontaliers, et ce alors qu’ils pâtissent aussi de transferts quotidiens dans un des pays les plus embouteillés au monde. Un élément positif, l’ouverture à la possibilité de 29 jours de télétravail par an alors qu’il n’y en avait aucun auparavant.

    Des conventions en vue d’éviter la double imposition

    La France a signé de nombreuses conventions avec les pays frontaliers en vue d’éviter la double imposition. Exemple avec la Belgique, plusieurs règles :

    L’imposition dans l’État sur le territoire duquel a lieu l’activité, que ce soit la France ou la Belgique et sans prendre en compte le lieu de résidence.

    Une exception, l’imposition a lieu dans l’État de résidence si 3 conditions sont réunies :

    – l’employeur est résident de l’État de résidence ; par exemple quand un travailleur résidant en France mais travaillant en Belgique travaille pour un employeur français

    – le bénéficiaire est dans l’État de résidence plus de 183 jours par an ; hypothèse par exemple d’un résidant en France travaillant en Belgique pour une personne résidant en France

    – la rémunération n’est pas à la charge d’un établissement stable de l’employeur dans l’État d’exercice de l’activité

    Autre exemple, la convention fiscale franco-suisse 

    Selon la convention de 1983, les travailleurs transfrontaliers français qui travaillent dans les cantons frontaliers de la France sont imposables dans leur lieu de résidence. Ne le sont pas en revanche ceux qui travaillent dans des cantons plus éloignés comme Zurich et les citoyens suisses résidant en France et qui sont employés de la fonction publique dans la confédération. 1 actif sur 10 en Suisse est ressortissant de l’Union européenne. Parmi les transfrontaliers, 175 000, soit 55% provenaient de France en 2016. Une donnée sensiblement identique à celle du début des années 2000. La Suisse a par ailleurs accueilli en moyenne 70 000 immigrés par an entre 2009 et 2015.

    Entre la France et l’Italie, la convention définit que pour les travailleurs transfrontaliers,  » les revenus provenant de l’activité salariée des travailleurs frontaliers ne sont imposables que dans l’État dont ces personnes sont des résidents ». La convention comprend des précisions notamment pour ceux en situation de travail temporaire tel que le décrit la convention

    Un exemple qui vient du Ministère: « un médecin installé en France qui se rendrait occasionnellement en Italie pour y donner des consultations sans posséder d’installation permanente dans ce dernier État ne serait imposable qu’en France à raison des honoraires perçus pour ces consultations. En revanche, l’intéressé serait imposable en premier lieu en Italie à raison des mêmes honoraires s’il y disposait, autrement que de manière occasionnelle, d’un cabinet pour y exercer son activité ». La situation dépend donc de l’activité mais également de la nature de la présence sur le territoire italien.

    Pour l’Allemagne, une série de cas sont envisagés, prenant en compte la localisation géographique du travailleur ainsi que ses habitudes de travail, comme ses horaires et le fait ou non qu’il rentre à son domicile chaque soir. Cela est également décrit par le ministère de l’action et des comptes publics

    Vis-à-vis de l’Espagne, les dispositions de la convention précisent que « les traitements et salaires d’origine privée sont, en règle générale, imposables dans l’État où s’exerce l’activité » avec ici aussi des cas particuliers

    Un exemple concernant en Espagne des personnes qui résident temporairement dans le pays et qui est donné par le Ministère: « Monsieur X est envoyé trois mois à Séville, soit quatre-vingt-dix jours (mai, juin, juillet de l’année n) par une PME établie en France, fabricant d’articles de maroquinerie, en vue de prospecter le marché espagnol. L’entreprise qui rémunère l’intéressé ne dispose ni d’une succursale ni d’un bureau en Espagne. Dans un tel cas, Monsieur X devra déclarer ses revenus en France et ne sera pas imposé à raison des salaires dans l’État d’exercice de l’activité. Au contraire, si Monsieur X est envoyé du mois de février inclus au mois de novembre inclus, son séjour de plus de 183 jours en Espagne entraîne son imposition dans ce pays« .

    Le ministère a mis en place une brochure explicative des différentes règles pour les résidants travaillant hors de France.

    L’interprétation qui sera faite de la convention entre la France et le Luxembourg pourrait faire évoluer les rapports que les Français frontaliers ont avec le Grand Duché. De telles conventions, qui règlementent de plus en plus les relations entre les Etats y compris au sein de l’Union européenne, peuvent changer les relations transfrontalières.

  • Qwant Maps est prêt !

    Qwant Maps est prêt !

    Qwant, le moteur de recherche européen créé par Eric Léandri, a réussi à créer son propre système de cartographie pour faire concurrence à Google. Fidèle à son credo, Qwant promet une protection des données personnelles et de la vie privée.

    Le service de cartographie est désormais disponible pour tous. Il repose sur les données cartographiques collaboratives d’OpenStreetMap et sur l’interface OpenMapTiles. Outre les différents services proposées (itinéraires, lieux importants, etc.), il se différencie par le fait de ne pas conserver les données de géolocalisation des utilisateurs. Google a répliqué en permettant aux utilisateurs d’effacer leurs données. Ce qui prouve que Qwant, qui commence à peine à prendre une (petite) part du marché européen, est pris au sérieux par le géant américain, récemment taxée par la Commission européenne pour entrave à la concurrence.

    Mais Qwant va plus loin dans la discrétion. Pour ceux qui ne souhaitent pas communiquer leurs données à Qwant, le moteur de recherche a lancé Masq, un outil qui permet de stocker les données mais avec un chiffrement. De quoi personnaliser les données sans que Qwant n’en soit informé.

    Qwant Maps complète ainsi l’offre de Qwant, qui a déjà lancé Qwant Junior, Qwant Music et Qwant Causes, un moteur de recherche destinée à aider le financement des associations.

    Qwant est le moteur de recherche par défaut du ministère de la Défense, de Safran, du Centre d’études spatiales, il est soutenu par la Caisse des Dépôts et le groupe Axel Springer, conscients de la nécessité de créer une concurrence européenne aux géants Google et de ne pas se placer dans une totale dépendance. Si Qwant a multiplié par quatre le nombre de ses utilisateurs, essentiellement en France et en Allemagne, Google reste ultra dominant dans le monde avec plis de 90% de parts de marché. Seules la Russie et la Chine ont réussi à produire leur propre moteur de recherche ; L’Europe ne s’est mise que très tard. Avec Qwant.

  • Comment rendre le métier de professeur plus attractif ?

    Comment rendre le métier de professeur plus attractif ?

    Le feuilleton de l’été n’est pas diffusée sur TF1 mais dans les lycées. Son titre ? L’édition 2019 du baccalauréat. Au programme du premier épisode : grève de la surveillance, fuites de sujets de mathématiques et coquilles dans les énoncés. On enchaine avec un épisode  avec la grève de certains correcteurs, et une nouvelle fuite – de résultats, cette fois. Énième rebondissement : , des jurys de délibération ont refusé de trancher le cas d’élèves dont certaines notes manqueraient à l’appel – et ce en dépit de la demande du ministre de l’Éducation d’avoir recours à la moyenne du contrôle continu. 

    Cependant, comme le note Philippe Crevel dans son article, la problématique ne viendrait elle pas tout simplement du manque de valorisation des métiers de l’éducation. 

    La rédaction 

    Comment rendre le métier de professeur plus attractif ?

    La question de la formation devient de plus en plus cruciale tant en termes de compétitivité économique que d’accomplissement personnel. Les États occidentaux sont confrontés depuis plusieurs années à des problèmes de recrutement pour les postes d’enseignants.

    Une récente étude réalisée par l’OCDE souligne que les pays membres doivent rendre le professorat plus intéressant d’un point de vue financier et intellectuel pour pouvoir attirer des jeunes actifs à fort potentiel. L’enquête de l’organisation internationale a été menée auprès de 260 000 enseignants et chefs d’établissement de 15 000 établissements primaires et secondaires des premier et deuxième cycles dans 48 pays et économies (troisième édition de l’enquête TALIS).

    L’enseignement reste une vocation

    L’enseignement était le premier choix de carrière de deux professeurs sur trois dans les pays de l’OCDE participants, mais pour seulement 59 % des hommes, contre 70 % des femmes. 90 % des enseignants citent la possibilité de contribuer au développement des enfants et d’œuvrer pour la société comme l’un des principaux déterminants de leur choix de carrière, et 61 % seulement précisent que la stabilité professionnelle offerte par l’enseignement a compté dans leur décision.

    Une population majoritairement féminine

    Les enseignants ont, en moyenne, 44 ans. L’âge moyen va de 36 ans en Turquie à 50 ans en Géorgie. La plupart des enseignants sont des femmes (68 %), hormis au Japon (42 %), mais elles ne représentent que 47 % des chefs d’établissement. Le travail en classe entre instruction et discipline Dans les pays de l’OCDE, 78 % seulement d’un cours type sont consacrés à l’instruction, le reste étant consacré à la discipline (13 %) et aux tâches administratives (8 %). Cette répartition varie selon les États membres et selon la nature des établissements. Le temps passé en classe à l’instruction proprement dite est bien moindre dans les établissements accueillant un nombre élevé d’élèves issus de milieu socioéconomique défavorisé.

    Les écarts sont particulièrement marqués en Afrique du Sud, en Arabie saoudite, en Alberta (Canada), en Australie, en Autriche, en Angleterre, en Belgique (Communauté flamande), aux États-Unis et en France.

    Dans notre pays, les établissements en quartier défavorisés sont marqués par des problèmes de discipline croissants mettant en danger l’instruction des élèves. 14 % des chefs d’établissement ayant répondu à l’enquête de l’OCDE signalent des actes réguliers d’intimidation ou de harcèlement entre élèves. Ce taux est certainement minoré du fait du refus d’admettre l’existence de problèmes au sein des établissements.

    La formation des enseignants

    Plus de 90 % des enseignants et chefs d’établissement ont suivi au moins une activité de formation professionnelle au cours des douze mois précédant l’enquête, mais seuls 44 % d’entre eux suivent des formations sous forme d’apprentissage par les pairs et par réseau, alors que l’apprentissage collaboratif est identifié par les enseignants comme ayant le plus d’incidence sur leur travail. La moitié environ des enseignants et des chefs d’établissement interrogés précisent que leur participation aux activités de perfectionnement professionnel disponibles est limitée par des contraintes d’emploi du temps et par un manque d’incitations.

    Le recours croissant aux nouvelles technologies

    L’OCDE montre dans son étude que dans les États membres les enseignants sont insuffisamment formés à l’utilisation pédagogique des technologies de l’information et de la communication. Un peu plus de la moitié (56 %) des enseignants dans l’OCDE ont été formés à l’utilisation des TIC appliquées à l’enseignement dans le cadre de leurs études ou de leur formation. Deux tiers d’entre eux indiquent que la formation professionnelle la plus utile qu’ils aient suivie portait sur l’innovation dans l’enseignement. C’est en Suède et en Espagne que la formation aux TIC est la moins répandue (respectivement, 37 % et 38 %), tandis qu’elle est courante au Chili (77 %) et au Mexique (77 %). Environ 18 % des enseignants dans l’OCDE font toujours état d’un besoin important de perfectionnement professionnel en TIC appliquées à l’enseignement. La France se situe en-dessous de la moyenne de l’OCDE pour l’utilisation des TIC et pour la formation des enseignants.

    Pour une plus grande autonomie des établissements

    Les rapporteurs de l’étude de l’OCDE estiment que les systèmes éducatifs donnant une large autonomie aux établissements et accordant de larges responsabilités aux enseignants et aux chefs d’établissement, obtiennent de meilleurs résultats. Par ailleurs, cette responsabilisation doit passer par une forte association du corps professoral dans l’élaboration de pratiques en vue de faciliter la modernisation des salles de classe et des enseignements délivrés.

    Dans une grande majorité des pays, les enseignants travaillent afin d’ouvrir l’école sur de nouvelles pratiques. Malgré tout, l’OCDE note qu’en Europe et notamment, en France, cette ouverture aux nouvelles technologies est moindre qu’aux États-Unis et qu’en Asie.

  • Relégué dans les sondages, Trump reste favori

    Relégué dans les sondages, Trump reste favori

    Plusieurs sondages donnent Trump battu par ses adversaires démocrates, notamment par le favori des primaires, le Sénateur Joe Biden. Plus significatif, il serait battu dans ce que l’on appelle les swing states, ceux qui sont âprement disputés parce qu’ils votent alternativement démocrate ou républicain. En effet, l’élection présidentielle n’est pas une élection au suffrage direct, (sinon Hilary Clinton l’aurait emporté, elle avait recueilli presque trois millions de voix de plus que Trump) mais au suffrage indirect, par l’intermédiaire de grands électeurs, dont le nombre dépend de la population. Par exemple, le Delaware procure trois grands électeurs, la Californie cinquante-cinq.

    Les sondages donnent Trump battu

    Mais l’élection ne se jouera ni dans le Delaware, ni en Californie, deux Etats acquis aux Démocrates. Elle se jouera en Pennsylvannie, Wisconsin, Michigan, Ohio, et Floride. Ces Etats, où Trump l’avait emporté de très peu en 2016, ont tous élu un sénateur démocrate en 2018 – sauf en Floride où le Républicain l’a emporté d’un cheveu.

    Quels sont les atouts de Donald Trump pour conserver ces Etats ? D’abord et avant tout l’économie. Les deux Présidents sortants battus Jimmy Carter et Georges Bush senior – avaient laissé les Etats-Unis en récession. « It’s economy, stupid », martelait le directeur de campagne de Clinton. Or les Etats-Unis connaissent actuellement la plus longue phase de croissance économique de leur histoire. C’est le premier atout de Trump. Il est considérable. Certes, les probabilités d’une récession augmentent chaque jour, mais les effets positifs de la croissance de longue durée ne seront sans doute pas remis en cause avant le vote.

    Les offres d’emploi excédent le nombre de chômeurs

    Le chômage, à 3.6%, est au plus bas depuis cinquante ans. Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, les offres d’emploi excèdent le nombre de chômeurs. Tous en profitent: le taux de chômage des jeunes, des noirs et des femmes  sont au plus bas. L’emploi dans l’industrie, essentiel pour les swing states,  est reparti à la hausse : plus d’1.5 million industriels ont été créé en dix ans. La production industrielle est de plus en plus informatisée et se joue à flux tendus, ce qui favorise la localisation près des marchés de consommateurs et diminue la part salarial dans le coût relatif global. Trump n’y est peut-être pour rien, mais il en tirera bénéfice.

    L’économie le donne gagnant

    Le pouvoir d’achat, qui avait peu augmenté sous Obama (0.4% par an en moyenne) augmente désormais grâce à la pression sur le marché de l’emploi. Les salaires sont repartis à la hausse.

    Les électeurs de Pennsylvanie, Wisconsin, Michigan, Ohio se sentaient les floués de la mondialisation, victimes de désindustrialisation et de stagnation et d’endettement. L’emploi est revenu, le pouvoir d’achat aussi et les taux d’intérêt restent bas.

    Dans les Swing States, l’Amérique va mieux

    Quant à la mondialisation, Trump donne le sentiment de la bousculer de tous cotés, avec une Amérique offensive et décomplexée. Ce que les analystes considèrent comme de l’esbroufe incohérente et dangereuse n’effraie pas le Midwest. Au contraire. Dire aux Européens que l’Amérique en a marre de payer pour eux, aux Chinois qu’ils sont des tricheurs, aux Mexicains qu’ils gardent les migrants, aux Iraniens qu’on va les détruire flatte l’ego national. D’autant, que malgré les menaces, les soldats rentrent à la maison. Trump rapatrie les troupes, les guerres restent verbales. « America first», proclame-t-il. C’est son deuxième atout.

    L’image de Trump et de l’Amérique sont peut-être au plus bas, ce n’est pas le sentiment des habitants du Midwest. Au demeurant, ils s’en moquent. Ils se moquent même de savoir si Trump est à la hauteur ou pas. Ils voient que l’Amérique va bien, et qu’eux, ils vont mieux. Ils ne se sont pas encore aperçus que les droits de douane imposés par Trump sont des taxes qu’ils paieront.

    Il n’est donc pas sûr que les sondages d’aujourd’hui reflètent le vote de demain. Déjà, en 2016, Hilary était sûre de l’emporter si on s’en tenait à la presse internationale et aux sondages. De fait, moins que ne le prévoyaient les experts, elle l’avait emporté en voix. Seulement en voix. Encore une fois, ce sont les swing states, et seulement eux, qui feront la différence.

    Trump vu comme favori

    Si l’on cherche des indicateurs prédictifs, les corrélations entre critères économiques et résultats électoraux sont plus pertinents que les sondages. Aussi, dans beaucoup de chancelleries aujourd’hui, au rebours de ce que disent les sondeurs et les résultats des élections de midterm, Trump apparait actuellement le favori.

    Pour ceux que cela inquiète, il y reste deux correctifs. L’un est qu’une crise est vite arrivée, et que ses effets dans l’économie réelle et la situation sociale des électeurs des swing states dépendra de son intensité. Petite récession ou grand coup de bambou, nul ne sait. De là à espérer une crise mondiale … L’autre est que toute analyse concernant Trump peut s’appuyer sur une constante: il est imprévisible.

    Alain Stéphane

  • Passons l’été avec de épatants expats #2 Victor Hugo, l’exilé

    Passons l’été avec de épatants expats #2 Victor Hugo, l’exilé

    Le 11 décembre 1851, quelques jours après le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, Victor Hugo, militant républicain et farouche opposant au nouveau régime s’enfuit vers la Belgique équipé d’un faux passeport. Il y est précédé par sa famille, et rejoint par sa maîtresse Juliette Drouet. Ce refuge de courte durée : quelques mois plus tard, à la publication de son pamphlet Napoléon le Petit, il est poliment prié de déguerpir.

    Il passe à Londres en août 1852, et de là se rend dans l’île anglo-normande de Jersey, toujours avec famille et maîtresse. Il y écrit Les Châtiments, poèmes satiriques interdits en France. Trois ans plus tard1855, ayant protesté contre la visite de l’Empereur à Londres et solidaire avec des proscrits expulsés d’Angleterre, il est expulsé à son tour de Jersey.

    Il débarque en octobre 1855 à Saint Pierre le port, capitale de Guernesey. Bien qu’amnistié en 1859, il souligne son opposition à l’empereur en ne rentrant pas en France. Sa maison, Hauteville House, est à la fois un lieu de ralliement des opposants politiques, un cénacle intellectuel et une retraite où, debout, appuyé à une tablette face à la mer, le poète compose son œuvre poétique majeure, Les Contemplationset la longue épopée de La légende des Siècles,   Les Misérables, Les Travailleurs de la mer– en hommage aux habitants des îles anglo-normandes dont il observe le quotidien – et L’Homme qui rit. Après la défaite de Sedan contre les Prussiens et la chute de Napoléon III, Hugo est accueilli en héros de la nation le 5 septembre 1870 en France. Il a 68 ans.

    Il passera encore cinq ans à Hauteville House, de 1873 à 1878, avant de rentrer définitivement à Paris où il meurt en 1885, avenue Victor Hugo, qui porte son nom depuis quatre ans.

  • Réchauffement : Bordeaux va tester de nouveaux cépages

    Réchauffement : Bordeaux va tester de nouveaux cépages

    Le plus grand vignoble de France entend préparer le remplacement de ses cépages actuels sans dénaturer la typicité de ses vins. .

    Les changements climatiques ne sont pas que des multiplicateurs de canicules. En bousculant les cycles saisonniers, en modifiant le cycle de l’eau, en adoucissant les hivers et en réchauffant les étés, ils compliquent les travaux des champs, en général, et des vignes en particulier.

    Au début du printemps, toujours plus doux, la vigne a tendance à fleurir de plus en plus tôt. Ce qui l’expose aux attaques du gel. Dans tous les vignobles, la hausse des températures estivales a fait grimper le taux de sucre dans les mouts et d’alcool dans les vins. Publié en 2011, le cahier des charges de l’appellation de Châteauneuf-du-Page dispose que «les vins présentent un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 12,5°C». Dans les faits, le vin cher au pape d’Avignon Jean XXII titre plus de 14 °C. Trop d’alcool c’est aussi moins d’acidité : ce qui change la typicité des vins.

    Sept nouveaux cépages

    Un risque que ne sont veulent pas prendre les vignerons bordelais. Comme prévue, l’assemblée générale du syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur a adopté, le 28 juin, une mesure inédite d’adaptation au réchauffement. Les viticulteurs volontaires pourront planter et vinifier sept cépages qui ne figurent pas dans le cahier des charges desdites appellations.

    Testés sur la parcelle expérimentale 52 de l’institut des sciences de la vigne et du vin (ISVV), ces quatre cépages rouges et leurs trois cousins blancs doivent mieux résister aux conséquences du réchauffement (Alvarinho, Arinarnoa, Liliorila, Touriga nacional) ainsi qu’aux maladies qui seront favorisées par les nouvelles conditions climatiques : pourriture grise, oïdium, mildiou.

    Diverses origines

    Certains de ces nouveaux venus sont d’origine portugaise (alvarinho, touriga nacional), d’autres appartiennent à la grande famille des cépages «oubliés» (castets, petit manseng). D’autres enfin, sont des hybrides plus ou moins récents: arinarnoa, marselan, liliorila.

    Cette liste doit encore être acceptée par l’institut national des appellations d’origine (INAO), mais cela ne devrait être qu’une formalité. Les premières plantations devraient se dérouler lors de la campagne 2020-21. Et les premières vinifications 5 à 6 ans plus tard.

    Cette première française reste très encadrée. Les surfaces consacrées aux sept petits nouveaux ne pourront excéder 5% de la superficie de l’exploitation. Ils devront être assemblées dans la limite de 10% de l’assemblage final pour la couleur considérée, sans référence de ces variétés dans l’étiquetage des vins. «L’assemblage des vins issus de ces variétés est obligatoire, dans la limite de 20 variétés par cahier des charges et 10 variétés par couleur de vin», précise le syndicat viticole.

    L’autre urgence climatique

    Première région viticole à franchir le pas de l’adaptation, le bordelais devrait être suivi par Cognac et la Champagne qui ne sont pas épargnés par les affres du réchauffement. Dans le Bordelais, il y a urgence. Certains cépages majeurs, comme le merlot (planté sur 50% de la surface de l’appellation) sont aujourd’hui à bout de souffle. Il faut rapidement préparer la succession.

    Comme le rappelle le climatologue Hervé Le Treut, «du fait de sa situation géographique et de son positionnement par rapport à l’anticyclone des Açores», il n’est pas invraisemblable que le plus grand vignoble de France subisse des hausses de températures estivales de 5 à 10 °C par rapport aux étés actuels. Les vignes actuelles pourraient ne pas le supporter.

  • Tour de France : Départ de Belgique

    Tour de France : Départ de Belgique

    Le Tour de France 2019 démarre de Bruxelles. Le premier parcours va faire passer le peloton aux abords de Charleroi avant de revenir dans la capitale européenne. Les Français de Belgique sont présents en masse ce matin sur la grand place pour le départ de la caravane. Ils vont encourager les compétiteurs tout au long du long chemin qui les mènera lundi sur les routes de France.

    Les festivités, elles, avaient commencé dès jeudi. En effet, Eddy Merckx (la star belge du Vélo) a reçu une ovation du public jeudi en début de soirée sur le podium de la Grand-Place de Bruxelles, à l’issue de la présentation des équipes du Tour de France. Celle-ci a attiré 75.000 spectateurs dans le centre de Bruxelles, tout autour du parcours, selon un comptage officiel communiqué jeudi en fin d’après-midi sur Twitter par la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles. La « plus belle place du monde » était comble, avec plusieurs milliers de personnes rassemblées pour l’occasion.

    Coté compétition, le départ fictif est donné depuis la Grand Place sur le coup de midi. Les coureurs se suivront alors en cortège jusqu’à Molenbeek, lieu du départ réel de la course aux alentours de 12h30. La caravane du Tour  a commencé son périple dès 10h de la Grand Place, il faut donc se rendre au minimum deux heures à l’avance sur le tracé de l’épreuve pour la voir passer.

    La 1e étape du 106e Tour de France, longue de 194,5 kilomètres, quittera Bruxelles par Anderlecht et visitera ensuite le Brabant Flamand et la Flandre Orientale, où des passages sur le Mur de Grammont et le Bosberg, deux des plus mythiques monts des classiques flandriennes, attendent les coureurs.

    Ceux-ci passeront ensuite par le Hainaut, jusqu’à Charleroi, avant de remonter vers Bruxelles en empruntant les routes du Brabant Wallon. Une zone pavée de 1900 mètres attend le peloton à Thiméon, peu après Charleroi, avant un sprint à Les Bons Villers (km 125).

    Le retour vers Bruxelles se fera via Tervueren, où habitait Eddy Merckx en 1969 – année de son premier Tour de France – et les Quatre Bras. Woluwé-Saint-Pierre, où Eddy Merckx a endossé le premier de ses 111 maillots jaunes en 1969, et Etterbeek, dont il a fréquenté l’athénée, figurent sur les derniers kilomètres du parcours.

    Dimanche, le contre-la-montre

    L’étape se terminera par une ligne droite de 250 mètres sur l’avenue du Parc Royal, devant le Château de Laeken. L’arrivée est prévue vers 17h02 (à une moyenne de 42 km/h). Les sprinteurs devraient être à la fête lors de cette 1e étape belge, le Mur de Grammont et le Bosberg étant trop loin de l’arrivée.

    Les favoris pour la 1re victoire d’étape, et par conséquent le premier maillot jaune du Tour 2019, sont donc à chercher parmi les plus rapides du peloton, l’Italien Elia Viviani (Deceuninck-QuickStep), le Néerlandais Dylan Groenewegen (Jumbo-Visma) et l’Australien Caleb Ewan (Lotto Soudal) en tête. Le peloton restera à Bruxelles dimanche pour la 2e étape, un contre-la-montre par équipes de 27,6 km entre le Palais Royal et l’Atomium.

    Pour la sécurité, vu l’affluence attendue sur les routes de Belgique, les gendarmes français sont aussi présents sur le territoire belge.

  • La Grèce, « retour à la normale » après les élections du 7 juillet

    La Grèce, « retour à la normale » après les élections du 7 juillet

    Les élections locales, début juin, avait donné une large victoire à la Nouvelle Démocratie, le parti de la droite classique grecque, qui a largement gagné à Athènes, comme la plupart des régions du pays. Cette victoire a été confirmée aux élections européennes : Syriza, le parti du Premier ministre Tsipras au pouvoir étant relégué dix points derrière. Tout le monde s’attendait donc à une victoire aux législatives de Nouvelle Démocratie et de son jeune leader, Kyriakos Mitsotakis. Ils l’ont eue. Celui-ci appartient à une famille politique bien connue des Grecs, puisque son père a été Premier ministre, sa sœur ministre des Affaires étrangères et son neveu est maire d’Athènes. Voici le retour de l’ancien monde.

    Comment est-ce possible ? La Grèce semble revenue sur une trajectoire positive. Le chômage -toujours le record de la zone euro- est en baisse. Le solde budgétaire -hors dette- est positif, et les taux d’intérêt connaissent leur plus bas historique, signe de la confiance retrouvée des observateurs et investisseurs étrangers.

    Objectivement, Tsipras a plutôt bien réussi, il a surtout, avec ses volte face et son charisme, fait accepter aux Grecs ce que personne n’avait réussi à leur faire accepter : une cure d’austérité. Sauf que les efforts demandés par Tsipras ont été plus grands encore que ceux que demandaient les anciens partis au moment de la crise. Plus on tarde, plus c’est difficile. Et Tsipras ne l’avait emporté que par un discours ultra démagogue de gauche radicale, de rejet de l’austérité, de « non » à l’Europe, et fit l’inverse.

    Certains louent son sens des responsabilités (c’est le cas de François Hollande), d’autres moquent son cynisme et sa trahison (comme son ancien ministre Varoufakis). Il est vrai que Tsipras n’hésita pas à s’allier avec les Grecs Indépendants, droite souverainiste exclue de « Nouvelle Démocratie ». Tsipras a donc beaucoup déçu et redonné de la crédibilité aux anciens partis, puisqu’il n’a trouvé d’autres solutions que celles qu’ils avaient voulu mettre en œuvre et qu’il avait violemment combattues.

    Mitsotakis va donc lui succéder en obtenant seul la majorité absolue (158 sièges sur 300), ce qui était peu probable. En tout cas que cette fois, ni l’extrême droite ni l’extrême gauche ne profitent de ces élections. A voir.

    Mitsotakis a fait campagne sur un programme économique libéral, annonçant baisses d’impôts, retour de l’investissement et création d’emplois. Un retour en quelque sorte aux fondamentaux de « Nouvelle Démocratie », parti fondé contre la dictature par Karamanlis, l’ami de Giscard d’Estaing, sur la base d’un « libéralisme radical ».

    Un retour du classicisme en Grèce, c’est aussi normal qu’inattendu.