Jean Baptiste Lemoyne se paie Nicolas Hulot

Jean Baptiste Lemoyne se paie Nicolas Hulot

juillet 2, 2019 0 Par Laurent Dominati

Jean Baptiste Lemoyne, le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères d’Emmanuel Macron et en charge des Français de l’Etranger, correspondant habituel des Français de l’étranger puisqu’il parcourt le monde, est assez éloigné de la politique hexagonale. Pourtant, il a été chargé de répondre à Nicolas Hulot, son ancien collègue au sein du Gouvernement.

A la suite de la signature de l’accord de libre échange avec le Canada, juste après l’annonce de la conclusion d’un accord avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay), Nicolas Hulot a dénoncé ces deux accords, expliquant que le libre-échange était l’ennemi de la lutte contre le dérèglement climatique. Une rupture claire avec Emmanuel Macron, moins surprenante que celle de Pascal Canfin, qui vient d’être élu sur la liste LREM, et qui dénonce lui aussi cette politique, pourtant peu surprenante.

Jean Baptiste Lemoyne, missi dominicidu Président dans bien des endroits du monde, semble être en service commandé pour répondre directement à Hulot dans une interview au journal Le Monde. Une fonction de sniper, nouvelle dans ses missions, qui ne semble pas lui déplaire.

Nicolas Hulot a lui-même travaillé à la mise en place de ce plan d’action sur le CETA qui a été débattu en conseil des ministres et présenté collégialement. C’est triste qu’aujourd’hui il ait changé d’avis

Sur Nicolas Hulot, il déclare notamment, sans ménagement :« Nicolas Hulot est l’homme politique le plus populaire de France. Quand on est écouté des Français, on a un devoir d’exigence et de vérité. Il n’est pas possible de faire, dans une tribune, des assertions qui ne sont pas conformes à la réalité. Lorsqu’il dit que des animaux nourris avec des farines animales pourront être exportés en Europe, ce n’est pas vrai. Les viandes issues de farines animales sont et demeurent interdites à l’importation et à la consommation en Europe.

Expliquant l’accord avec le Canada, dit CETA, qui devrait être approuvé au mois de juillet par le Parlement,  il ajoute : « Nicolas Hulot a lui-même travaillé à la mise en place de ce plan d’action sur le CETA qui a été débattu en conseil des ministres et présenté collégialement. C’est triste qu’aujourd’hui il ait changé d’avis. »

L’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada est porteur de nombreuses opportunités pour nos entreprises et filières. Le CETA est entré en vigueur de façon provisoire en septembre 2017. Sur l’année 2018, nous avons ainsi augmenté nos exportations vers le Canada de 6,5 %, et l’excédent commercial de la France est passé de 50 à 450 millions d’euros. Par ailleurs, les émissions de CO2 de la France n’augmentent pas du fait du CETA. Quand il était ministre, Nicolas Hulot avait signé avec son homologue canadienne un partenariat pour l’environnement et le climat. Nous avons décidé de mettre en œuvre un veto climatique, qui garantit aux Etats leur souveraineté pour légiférer sur l’environnement et le social. Aucun investisseur privé ne pourra le contester. J’ai lu que Nicolas Hulot, exprimait cette crainte, elle n’est pas fondée.Si nous ne ratifions pas le CETA, nous pousserons les Canadiens dans les bras des Etats-Unis, C’est la raison pour laquelle les accords commerciaux que nous appelons de nos vœux doivent promouvoir le juste échange, avec des ambitions sociales et environnementales affirmées.

Nous diffusons ainsi nos normes à nos partenaires dans le monde

A propos de l’accord avec le Mercosur, qui a provoqué la colère de l’ancien ministre démissionnaire, Jean Baptiste Lemoyne répond : « Ce traité avec le Mercosur, en ancrant le Brésil dans l’accord de Paris, permet de faire en sorte que ce pays soit tenu de mettre en œuvre ses engagements, qui portent notamment sur l’arrêt de la déforestation et le fait de replanter douze millions d’hectares. Tous les produits interdits en Europe, comme le bœuf aux hormones, n’y entreront pas. L’Union européenne diligentera sur place des audits et des contrôles sanitaires. Le consommateur européen a le droit de savoir ce qu’il a dans son assiette.C’est un accord politique qui a été atteint. Nous avons obtenu par exemple pour la première fois une clause de sauvegarde sur les produits agricoles : si une filière est déstabilisée, l’Union européenne se réserve le droit de suspendre les importations.

Enfin alors que Nicolas Hulot exprime une opposition aux principes même du libre échange, qui serait par nature anti écologiste, le Secrétaire d’Etat explique :« Ce ne sont pas les accords de libre-échange qui génèrent en tant que tel une dégradation de l’environnement et du climat. Nous n’avons pas d’entente avec la Chine et pourtant nous sommes envahis de « made in China », donc de carbone importé. Un accord de libre-échange est là pour tirer vers le haut un certain nombre de partenaires en matière environnementale, sociale et agricole.Le CETA a permis la reconnaissance de 42 indications géographiques protégées françaises (IGP). C’est la reconnaissance de notre modèle agricole fondé sur la qualité et les territoires. Le Mercosur reconnaîtrait pour sa part près de 360 IGP dans toute l’Europe. Nous diffusons ainsi nos normes à nos partenaires dans le monde. »

Ce n’est vraisemblablement que la première passe d’armes sur ce sujet. Il est plus que probable que les Ecologistes et les Verts vont s’organiser pour combattre les traités de libre échange et rallier le maximum de soutien, devenant ainsi le nouveau pôle de gauche, comme c’est en train de se produire en Allemagne. Le fait d’envoyer Jean Baptiste Lemoyne en première ligne est-il un signe aux libéraux de droite, ou simplement une mission dévolue à un spécialiste des ces dossiers par ses fonctions gouvernementales ? La salve de Lemoyne ne devrait être que la première. Car Macron sera obligé de monter au front sur ces sujets. Ce que Hulot, Le Pen et Mélenchon attendent.

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