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  • Mon associé s’appelle IA

    Mon associé s’appelle IA

    L’Américaine Sarah Gwilliam, qui n’est pas ingénieure en informatique, a décidé, après le décès de son père, de créer une start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle générative afin d’aider d’autres personnes à affronter leur deuil et à gérer les affaires laissées par leurs proches disparus : une sorte de « funeral planner », en écho au concept de « wedding planner ». Pour sa société, Sarah Gwilliam n’a pas choisi de s’associer avec un humain mais avec une IA. Elle a intégré un incubateur alimenté par l’intelligence artificielle, Audos, qui a jugé son idée prometteuse. Ses agents intelligents l’ont aidée à se lancer en ligne et à s’implanter sur Instagram. Ces mêmes agents l’assistent dans le développement produit, les ventes, le marketing et la gestion administrative.

    Une révolution technologique

    La Silicon Valley a forgé un néologisme pour qualifier ces fondateurs solitaires : les « solopreneurs ». Dans les cercles technologiques, les paris vont bon train pour savoir quelle sera la première « licorne » unipersonnelle — une entreprise non cotée valorisée à plus d’un milliard de dollars et reposant entièrement sur l’IA. De nombreux experts estiment que l’intelligence artificielle générative rendra la création d’entreprise si peu coûteuse et si simple que chacun pourra devenir entrepreneur comme on devient YouTuber.

    L’histoire économique montre que chaque révolution technologique bouleverse la manière dont les entreprises fonctionnent. À la fin du XIXe siècle, l’importance accrue des machines, conjuguée à l’expansion des réseaux de transport, a favorisé l’émergence des grandes entreprises. Dans son célèbre article de 1937, The Nature of the Firm, l’économiste britannique Ronald Coase soulignait que la concentration de l’activité était logique car source d’efficience. La puissance d’une entreprise reposait alors sur le nombre de salariés et d’usines. Avec l’IA, la donne pourrait changer. Les agents semi-autonomes conçus dans la Silicon Valley permettent désormais d’accomplir le même travail avec beaucoup moins de personnel. Henrik Werdelin, cofondateur d’Audos, explique que l’essor du cloud lui a permis de créer, depuis vingt ans, plusieurs sociétés pour seulement quelques dollars. À ses yeux, l’IA constitue la nouvelle vague de cette « démocratisation » : « Vous n’avez plus besoin de coder ni de savoir utiliser Photoshop, car l’IA peut le faire pour vous », dit-il.

    Karim Lakhani, professeur à la Harvard Business School, propose désormais aux cadres dirigeants un séminaire où, en 90 minutes, ils apprennent à utiliser l’IA générative pour bâtir une entreprise avec à la clé des études de marché, des stratégies marketing, la recherche de fournisseurs, la conception d’emballages, etc. Dans une étude récente, Lakhani a mené une expérimentation avec 776 salariés de Procter & Gamble, invités à répondre à un besoin réel de l’entreprise, seul ou en binôme, avec ou sans l’aide d’outils d’IA générative. Le résultat est sans appel : l’IA a nettement amélioré les performances des personnes travaillant seules, permettant à des individus assistés de rivaliser avec des équipes de deux sans IA. L’IA s’est révélée moins un outil qu’un véritable « coéquipier ».

    Audos-Raises
    ©Audos-Raises

    Un outil pour contrôler les coûts

    Avec la fin de l’ère des crédits à taux faibles, les entrepreneurs cherchent à contenir leurs coûts. Peter Walker, de la société Carta — qui aide les start-up à gérer leur actionnariat — observe que les fondateurs, autrefois fiers d’afficher la taille de leurs effectifs, arborent désormais le « petit nombre » comme une médaille. La société Base44, spécialisée dans le code automatisé par IA, a ainsi été vendue à Wix pour 80 millions de dollars, avec seulement huit employés.

    ©Adobestock

    L’IA est loin d’être infaillible. En juin, le laboratoire Anthropic a publié une expérience où son modèle était censé gérer totalement une entreprise. L’agent s’est montré efficace pour identifier des fournisseurs et répondre à des demandes insolites, mais il a manqué des opportunités lucratives, multiplié les remises excessives, inventé des résultats… et n’a finalement pas dégagé de profit. Le développement des entreprises entièrement gérées par l’IA suppose encore un créateur humain. Or, avec le vieillissement démographique, le nombre de créateurs capables d’exploiter les nouvelles technologies tend à se réduire. Enfin, l’IA pourrait favoriser l’émergence d’entreprises peu innovantes. Annabelle Gawer, professeure à l’université de Surrey, observe que si la technologie abaisse les barrières à l’entrée, elle conduit surtout à la reproduction rapide d’idées déjà existantes sur la toile. Un fondateur risque ainsi d’éprouver des difficultés à maintenir un avantage concurrentiel et à développer de réelles innovations.

    Le recours à l’IA par les TPE et les PME ne fait que renforcer la position dominante des géants de la technologie et des laboratoires qu’ils financent, comme OpenAI (adossé à Microsoft) ou Anthropic (soutenu par Amazon et Google). Annabelle Gawer compare cette situation à l’essor du cloud dans les années 2010, aujourd’hui monopolisé par ces trois acteurs. Cette infrastructure facilite la vie des start-up mais les rend plus dépendantes. Les géants du numérique captent une part substantielle et croissante de la valeur créée. En 2023, les bénéfices nets combinés de Microsoft, Amazon et Alphabet (Google) représentaient 7 % du total américain, contre 2 % dix ans plus tôt.

    ©OpenAI
    ©OpenAI

    Une nouvelle ère entrepreneuriale

    L’intelligence artificielle ouvre ainsi une nouvelle ère entrepreneuriale où la figure du « solopreneur » pourrait concurrencer celle des grandes firmes du XXe siècle. Elle promet une démocratisation inédite de la création d’entreprise, mais au prix d’une dépendance accrue vis-à-vis des mastodontes technologiques et d’un risque de banalisation de l’innovation. Entre promesse d’émancipation et menace d’asservissement, l’IA impose déjà une reconfiguration profonde de nos modèles économiques. L’histoire dira si ces start-ups de demain seront des aventures solitaires ou les satellites dociles des empires numériques.

  • Accord UE/US : « Un choix délibéré » pour éviter une guerre commerciale

    Accord UE/US : « Un choix délibéré » pour éviter une guerre commerciale

    Dans une tribune parue dans différentes publications, telles que le quotidien espagnol El Mundo, le journal italien IlSole24ore, le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung ou encore Le Figaro, Ursula von der Leyen défend l’accord commercial conclu avec Donald Trump.

    Pékin et Moscou

    Selon une déclaration commune de Bruxelles et Washington publiée vendredi 22 août, l’accord fixe des droits de douane avec une limite « très claire » de 15 % sur la quasi-totalité des produits européens, y compris les voitures et les produits pharmaceutiques, tout en épargnant les médicaments génériques et les composants aéronautiques, rappelle la présidente.

    Dans la tribune, Ursula von der Leyen explique que Pékin et Moscou auraient été les premiers à tirer profit d’une guerre commerciale entre les deux blocs, affirmant que l’accord trouvé représentait une meilleure option pour l’Europe.

    « Beaucoup de choses ont été écrites à propos de cet accord. Des choses auxquelles il importe de répondre directement (…) Cet accord constitue un choix délibéré : celui de la stabilité et de la prévisibilité au lieu de l’escalade et de l’affrontement »

    – Ursula von der Leyen – présidente de la Commission européenne

    Si Ursula von der Leyen reconnaît que l’accord n’est pas « parfait », elle estime qu’il s’agit d’un résultat « solide », car l’UE est le seul acteur au monde à avoir obtenu un taux unique plafonné. Le deal UE-États-Unis « tranche » ainsi avec les accords conclus par Washington avec d’autres pays, « dans le cadre desquels les nouveaux taux de base s’ajouteront aux anciens droits de douane déjà en place ».

    « Les biens européens entreront donc sur le marché américain à des conditions plus favorables, donnant aux entreprises de l’UE un avantage certain »

    – Ursula von der Leyen – présidente de la Commission européenne

    La présidente de l’exécutif répond également aux inquiétudes selon lesquelles l’UE accepterait de faire des concessions règlementaires — notamment concernant sa législation numérique — pour parvenir à cet accord.

    « L’UE est restée ferme sur ses principes fondamentaux. Nos règles demeurent inchangées. C’est à nous qu’il appartient de décider comment préserver au mieux la sécurité alimentaire, protéger les citoyens européens en ligne et garantir la santé et la sécurité. Cet accord protège nos valeurs tout en défendant nos intérêts »

    – Ursula von der Leyen – présidente de la Commission européenne

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. ©Getty Images/Ukrainian Presidency_Anadolu
    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. ©Getty Images/Ukrainian Presidency_Anadolu

    D’autres accords commerciaux en préparation

    Pour ce qui est de l’avenir, Ursula von der Leyen soutient que le bloc cherche à renforcer et diversifier ses relations commerciales avec d’autres pays, notamment avec la Suisse, le Mexique et le Royaume-Uni, ainsi que dans le cadre du nouvel accord commercial avec les pays du Mercosur.

    « Parmi nos relations économiques, celle que nous entretenons avec les États-Unis est certes la plus importante, mais il faut la replacer dans un panorama beaucoup plus vaste. Si les États-Unis sont la première destination du commerce européen, ils ne représentent qu’environ 20 % de nos exportations de biens. »

    – Ursula von der Leyen – présidente de la Commission européenne

    Cette tribune apporte une réponse aux critiques formulées à l’encontre de l’accord depuis l’annonce de sa conclusion fin juillet.

    Fin de la semaine dernière encore, Mario Draghi, ancien Premier ministre italien et ancien président de la Banque centrale européenne qui a joué un rôle consultatif majeur auprès de la présidente de la Commission, fustigeait le résultat des mois de négociations entre les équipes du Berlaymont et celles de la Maison-Blanche.

    Ainsi, le 22 août, Mario Draghi déclarait que cette année restera dans les mémoires comme celle où « l’illusion » d’une UE en tant qu’acteur mondial aura « disparu ».

    « Nous avons dû nous résigner aux droits de douane imposés par notre plus grand partenaire commercial et allié de longue date, les États-Unis »

    Mario Draghi – ancien président de la Banque centrale européenne

  • La France et le paradis

    La France et le paradis

    Les Français tiennent farouchement à leur cadre de vie : congés fréquents, protection sociale étendue, confort quotidien. Derrière cette volonté de préserver un modèle souvent caricaturé comme « ingérable », se cache un paradoxe : ce pays que certains décrivent comme un enfer social est en réalité plus proche d’un paradis, au regard de la qualité de vie qu’il assure encore à ses habitants.

    La France est l’un des pays d’Europe qui consacre la plus grande part de sa richesse à la santé et aux retraites. Dans le même temps, son temps de travail effectif figure parmi les plus faibles du continent. Cet équilibre, envié par beaucoup, repose sur une condition : une croissance soutenue. Or, celle-ci se fait rare. L’économie française peine à dépasser 1 % de croissance annuelle quand il lui faudrait franchir la barre des 2 % pour rendre soutenable un système social aussi généreux. Ce n’est pas un objectif irréaliste : l’Espagne affiche depuis plusieurs années des performances supérieures, preuve que l’Europe n’est pas condamnée à la stagnation. D’autant que la France dispose d’atouts considérables.

    Plus jeune que les autres pays européens.

    Certes, le taux de fécondité a reculé, mais la population française demeure plus jeune que la moyenne de l’Union européenne. Le pays bénéficie d’une position géographique exceptionnelle, véritable carrefour continental, qui attire des flux d’investissements étrangers. Ses secteurs d’excellence restent puissants : luxe, aéronautique, défense, finance, tourisme. Dans l’enseignement supérieur, la France conserve un rang mondial : selon le classement de Shanghai 2025, elle est le troisième pays le mieux représenté avec trois établissements dans le top 100, dont Paris-Saclay, première université non anglo-saxonne. Ajoutons à cela des infrastructures de transport parmi les plus denses d’Europe, du rail à l’aérien en passant par le réseau routier.

    Pyramide des âges en France en janvier2025
    Pyramide des âges en France en janvier2025

    Pourquoi alors ce sentiment récurrent de gâchis ? L’histoire française est jalonnée de rendez-vous manqués avec la modernisation. À la fin du XVIIIe siècle, le pays a raté le premier décollage industriel par conservatisme, corporatisme et incapacité à assainir ses finances publiques. Le même scénario se répète : les forces de résistance au changement, nourries par une bureaucratie hypertrophiée, ralentissent toute transformation. La France ne parvient à dépasser ses contradictions que dans les crises aiguës : sous Bonaparte, Napoléon III ou le général de Gaulle en 1958. Alors seulement, elle ose libéraliser son économie, rompre avec l’attrition et la facilité.

    La France n’est pas condamnée au déclin.

    Aujourd’hui, le pouvoir paraît paralysé face à l’urgence du rétablissement budgétaire. La réduction du déficit public est indispensable, mais elle ne peut constituer un horizon en soi. L’enjeu est ailleurs : sortir du malthusianisme économique. Les freins à la croissance sont connus : pénurie de logements, contraintes administratives pesant sur l’industrie, fiscalité étouffante. Interdire les résidences secondaires, comme le font certains maires, ne résout rien : cela accroît encore la tension immobilière. La véritable solution réside dans la relance massive de la construction et la réhabilitation du parc existant. Côté industrie, l’implantation d’usines doit être facilitée par des collectivités locales plus offensives. Enfin, la baisse des prélèvements doit aller de pair avec une réforme fiscale : élargir l’assiette pour réduire les taux.

    Pourtant, notre pays dispose d’un capital humain, d’infrastructures et d’un tissu industriel qui lui permettent de rebondir. Ce qui lui manque, c’est une vision claire et le courage politique de rompre avec la gestion de court terme. Le pays doit cesser de se contenter d’aménager ses blocages et se donner l’ambition de redevenir une puissance motrice en Europe. La prospérité ne se décrète pas, elle se construit. La France a déjà prouvé qu’elle savait renaître dans les moments décisifs : il est temps de transformer ses contradictions en élan, pour que le « paradis français » cesse de reposer sur des illusions et retrouve des fondations solides.

  • François Bayrou fait tapis le 08 septembre

    François Bayrou fait tapis le 08 septembre

    Le Premier ministre, François Bayrou, a tenu une conférence de presse, ce lundi 25 août à 16h, marquant le lancement d’une rentrée politique qui s’annonce particulièrement tendue. Cette intervention survient quatre jours après son entretien avec Emmanuel Macron à Brégançon, et alors que le gouvernement fait face à des menaces de censure à l’Assemblée nationale, notamment de la part de la gauche (LFI) et du Rassemblement national (RN). Coupant l’herbe sous le pied de ses opposant, François Bayrou a annoncé convoquer une session extraordinaire des députés pour un vote de confiance. Prévu le 8 septembre, ce vote est présenté comme décisif : sans accord, Bayrou considère que son action deviendra « impossible »… On fait le point pour les Français à l’étranger des éléments qu’il fallait retenir de la conférence de presse de François Bayrou !

    Pédagogie et fermeté

    Pendant 1 heure, François Bayrou a tenté de convaincre l’opinion publique du bien-fondé de son plan budgétaire, annoncé le 15 juillet. Pour rappel, le projet de budget 2026 comprend plusieurs propositions controversées :

    • Une « année blanche » fiscale : une mesure visant à alléger la pression fiscale pour certains contribuables, mais critiquée pour son impact sur les finances publiques.
    • La suppression de deux jours fériés : une décision qui suscite une forte opposition, y compris au sein de la majorité présidentielle.
    • La proportionnelle aux législatives et la création d’une « banque de la démocratie » pour financer les partis politiques, deux réformes historiques portées par François Bayrou. Sur ce point, le Premier ministre, répondant aux journalistes, a indiqué qu’il allait demander à Emmanuel Macron de convoquer les Français lors d’un référendum sur cette question. Les Français de l’étranger seront aussi appelés à voter.

    Aussi, François Bayrou a fait  des précisions. Ainsi, toutes les mesures, y compris la suppression des jours fériés, étaient « discutables ». Cependant, il a réaffirmé sa détermination à les défendre. L’utilisation du 49.3 (engagement de responsabilité du gouvernement) est évoquée, mais jugée difficilement soutenable dans le climat actuel.

    Conférence de presse de François Bayrou ©AFP
    Conférence de presse de François Bayrou ©AFP

    Unis contre François Bayrou

    Le premier résultat de cette conférence de presse de François Bayrou, c’est l’union des partis de l’opposition. En effet, les membres du RN ont déjà annoncé qu’ils ne voteraient pas la confiance au gouvernement. Le Parti socialiste a tenté jusqu’au bout d’obtenir des concessions. Mais finalement, les députés de la Rose voteront contre ! Comme le confirma, le sénateur des Français de l’étranger, Yann Chantrel ce mardi soir. 

    Au final, tous les partis d’opposition (LFI, PCF, PS, EELV, RN) appellent ouvertement à faire tomber le gouvernement le 8 septembre !

    Du côté des élus des Français de l’étranger, les soutiens se font rares ! Frédéric Petit, seul député Modem des expatriés (Europe centrale et Balkans), s’est affiché sur les réseaux sociaux comme fidèle. 

    Une clarification bienvenue et courageuse du premier ministre @bayrou. C'est à cela qu'on reconnaît un homme d'État. L'avenir de nos enfants est en jeu. Demain, chacun prendra ses responsabilités. https://t.co/DF6gjoYMfR

    — Frédéric Petit 🇺🇦 (@fpetitAN) August 25, 2025

    Les élus issus de la gauche, et en tête la sénatrice des Français de l’étranger, écologiste, Mélanie Vogel, sont déjà dans l’après 8 septembre. En effet, ils anticipent, déjà, la chute du gouvernement Bayrou.

    La sénatrice des Français de l’étranger, écologiste, Mélanie Vogel ©MV
    La sénatrice des Français de l’étranger, écologiste, Mélanie Vogel ©MV

    Pour conclure, on notera l’effort de pédagogie sur les enjeux liés à la dette (que nous invitons à regarder ci-dessous) de François Bayrou, on constatera le peu de soutien de son camp. Et les opposants dénoncent, encore, un budget « irresponsable » tant socialement qu’environnementalement, et proposent comme seule alternative la fin des « cadeaux fiscaux aux plus riches ».

    Dans une telle situation, et avec un mouvement de contestation prévu le 10 septembre, et le RN préparant même un « contre-budget », le risque de blocage est majeur pour le pays.

    Regarder la conférence de presse de François Bayrou du 25 août 2025

  • La défense ne sera pas épargnée par les tarifs douaniers de Donald Trump

    La défense ne sera pas épargnée par les tarifs douaniers de Donald Trump

    Le cadre commun de l’accord sur les droits de douane entre l’Union européenne et les États-Unis reste aussi vague que l’annonce initiale du mois dernier, mais la Commission a confirmé qu’il n’y aurait pas d’exemption générale pour les équipements de défense.

    Le président américain Donald Trump avait déclaré fin juillet que l’UE achèterait de « grandes quantités » d’équipements de défense dans le cadre d’un accord commercial.

    La nouvelle avait fait sourciller une Europe qui cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis des entreprises de défense américaines. Au milieu de l’été, l’industrie européenne de la défense a donc basculé dans une grande incertitude quant à l’impact exact des droits de douane sur le secteur.

    « Les équipements de défense ne seront pas exclus des droits de douane américains », a confirmé un haut fonctionnaire de l’UE jeudi 21 août, ajoutant qu’il fallait s’attendre à d’autres « exclusions » tarifaires, étant donné que les États-Unis s’intéressent à « certains systèmes d’armement » et aux semi-conducteurs.

    Le cadre commun plafonne à 15 % les droits de douane américains sur les produits européens, mais prévoit des exemptions pour certains produits, notamment les avions et leurs pièces détachées.

    Les droits de douane sur les voitures et les pièces détachées automobiles passeront également de 27,5 % à 15 %, mais seulement lorsque la Commission aura présenté une proposition visant à lever les droits de douane sur les produits industriels américains. Les deux parties prévoient de coopérer sur les surcapacités de production d’acier et d’aluminium.

    Jusqu’à présent, tout cela correspond à l’annonce faite en juillet.

    Le président Donald Trump signe un décret à Washington. ©Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images
    Le président Donald Trump signe un décret à Washington. ©Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

    Les États européens vont acheter américain

    Le cadre commun confirme aussi par écrit l’affirmation antérieure de Donald Trump concernant les dépenses de l’UE en équipements militaires américains.

    « L’Union européenne prévoit d’augmenter considérablement ses achats d’équipements militaires et de défense auprès des États-Unis, avec le soutien et la facilitation du gouvernement américain »

    Extrait de la déclaration

    Toutefois, aucun détail n’est mentionné, car la Commission européenne, qui a négocié les droits de douane, n’a aucune autorité sur les achats d’armes des pays de l’UE. En effet, ce volet relève de la souveraineté nationale.

    Un autre fonctionnaire de l’UE a expliqué que cette augmentation « n’est certainement pas du ressort de la Commission, mais le sujet a été discuté en détail avec les États membres, et c’est la raison pour laquelle nous avons pu le formuler en tant que tel dans la déclaration commune ».

    Le diplomate a ajouté que le texte ne spécifiait aucun montant, et maintenait l’engagement d’augmenter les dépenses militaires et de défense collectivement.

  • Les couleurs de l’économie

    Les couleurs de l’économie

    Dans un café parisien, deux présences se frôlent sans se toucher. Lui, absorbé ailleurs, une pipe aux lèvres ; elle, les épaules basses, l’œil perdu, contemple un verre d’absinthe dont le vert mousseux n’évoque ni fête ni consolation. En 1876, Degas présente « L’Absinthe ». Les critiques s’écharpent. Pour les uns, une leçon de morale contre l’oisiveté et le vice ; pour d’autres, la simple observation d’une humanité ordinaire. Un spectateur, choqué par l’allure négligée de la femme, la condamne… avant de se reprendre. Un siècle et demi plus tard, la scène ne se lit plus seulement à travers le prisme du goût ou de la morale, mais à travers celui des données. Des milliers de regards contemporains, invités par le projet ArtEmis à exprimer ce qu’ils ressentent, y voient d’abord de la tristesse (plus de 60 %), un peu d’amusement (près de 20 %) et, pour une minorité, du contentement (10 %). L’occasion pour nous de se pencher sur Les couleurs de l’économie.

    Le digital envahit l’art.

    Ces chiffres redessinent le monde de l’art. Ils permettent de mesurer la nature profonde des œuvres – ou du moins le ressenti subjectif de leurs contemplateurs. Avec la même méthode, il apparaît que Kandinsky incline vers l’amusement ou l’excitation, Monet vers la sérénité, Rembrandt vers la gravité. Les toiles britanniques ou danoises sont plus souvent perçues comme apaisantes que les italiennes ou espagnoles. L’Histoire aussi laisse sa marque : la guerre civile espagnole, la Contre-Réforme ou les grands conflits du XXe siècle déplacent la balance émotionnelle, comme un choc exogène bouleverse une courbe de demande.

    Les artistes connaissent leurs cycles et les spectateurs aussi. Degas, vingt-cinq ans après « L’Absinthe », signe « Les Danseuses bleues » : diagonales lumineuses, mouvement suspendu, épure des lignes. La tristesse y est moins perçue par les admirateurs cent-vingt-cinq ans plus tard !

    Le digital envahit l’art. Les biennales connectées, les expositions immersives, les plateformes numériques suivent à la seconde près la réaction des visiteurs. Les galeristes savent combien de temps un regard s’attarde, si l’admiration survit au premier choc, si la curiosité se transforme en désir d’achat.

    L’émotion devient un indicateur, presque une variable économique.

    L’art est de plus en plus un monde de données. L’émotion devient un indicateur, presque une variable économique. Les œuvres qui accrochent vite mais s’éteignent rapidement ressemblent aux valeurs de croissance fragiles. Celles qui s’installent lentement mais durablement évoquent des obligations solides. Les plus rares combinent les deux : impact immédiat et rendement différé. C’est là qu’apparaissent, dans la continuité d’un Monet ou d’un Kandinsky, certaines signatures contemporaines capables de conjuguer la force du premier regard et la rémanence silencieuse.

    Stephanie MacKenzie construit ses toiles au tempo d’une musique choisie.

    L’art pratique en permanence la rupture, celle des âmes et celle des techniques. Aujourd’hui, plusieurs peintres se nourrissent de cet air du temps numérique, combinant couleurs, vibrations émotionnelles, gestes et rythmes – comme chez l’artiste peintre canadienne, Stephanie MacKenzie, qui construit ses toiles au tempo d’une musique choisie. L’énergie de ses aplats, la tension des lignes, la respiration des vides donnent à voir ce qui, dans un marché saturé d’images, capte et retient. Ce n’est pas la brutalité d’un effet, mais l’architecture d’une émotion qui s’installe, comme une croissance organique dans un graphique économique. Le rythme du rap, de la techno ou les ondes des Dj sous les coups de pinceaux ou de crayons de Stephanie Mackenzie deviennent des indicateurs avancés de nos sociétés à la recherche de repères.

    Les œuvres de l’artiste canadienne Stéphanie Mackenzie seront notamment présentées. © Galerie Maner
    Les œuvres de l’artiste canadienne Stéphanie Mackenzie seront notamment présentées. © Galerie Maner

    Les peintures sont les miroirs des sociétés. Une croissance économique élevée déplace légèrement la palette des couleurs : la part d’œuvres associées à la tristesse recule, celle du contentement progresse.

    L’ouverture économique agit de même : à la fin du XIXe siècle, le commerce extérieur britannique explose, et l’art produit alors semble s’alléger, s’éclairer. Le libre-échange, défendu comme moteur de richesse, se révèle aussi assouplisseur d’humeur.

    Aujourd’hui, la peinture est de plus en plus empreinte de la violence de la rue, de la drogue et de l’emprise des mafias sur la société. Elle exprime également l’importance de la sérénité intérieure, la recherche de beautés au-delà de la noirceur des temps. Certes, il serait exagéré de réduire l’art à une simple représentation de l’économie ou de la société. Les émotions ont leurs propres nuances indicibles, mais leur observation fine peut livrer des signaux précoces.

    L’art peut se révéler un indicateur avancé.

    L’art peut se révéler un indicateur avancé. L’augmentation durable des œuvres perçues comme apaisantes peut précéder un regain de confiance ; la montée de la gravité, un repli, une crispation sociale.

    L’art n’annonce pas les chiffres, il murmure les tendances. L’Absinthe fut le thermomètre discret d’un XIXe siècle partagé entre ivresse de la modernité et solitude urbaine. Certaines œuvres contemporaines, parfois nées d’un rythme pictural, captent le XXIe siècle dans son balancement : vitesse de l’attention, lenteur de l’assimilation.

    Les économistes aiment les indicateurs robustes ; les artistes livrent, des climats. Et dans ce dialogue entre chiffres et couleurs, on devine que la véritable prévision économique n’est peut-être pas dans les tableaux statistiques… mais dans les tableaux tout court.

     

  • Vivez-vous dans un pays sûr ?

    Vivez-vous dans un pays sûr ?

    Où sortir la nuit sans peur ? En Islande, au Nicaragua, à Paris ? Où sévit le crime? Vivez-vous dans un pays sûr ? Les pays policés sont-ils les pays policiers ? Les assassins ont-ils peur des gendarmes et des juges ? Les statistiques officielles ne sont pas toujours fiables. La législation change. Est criminel ici qui ne le serait pas ailleurs. Les citoyens ne signalent pas toujours les crimes. Seule la mort est un fait incontestable. Pour comparer les pays, le taux d’homicide est le meilleur outil. Le nombre d’assassinés par habitant dit bien le degré de violence d’une société.

    Soit, beaucoup de tentatives d’homicides échouent. La médecine fait des miracles; elle peut expliquer la baisse du taux d’homicide, pas les différences entre les États-Unis et le Canada, le Brésil et l’Uruguay, l’Inde et la Thaïlande. Il y aurait deux tentatives pour un homicide réussi, rapport assez stable dans le temps. Le taux d’homicide reste l’indicateur le moins contestable pour comparer les niveaux de violence entre pays.

    La mer de la tranquillité baigne l’Asie, les monts de la douceur dominent l’Europe.

    Selon ce critère, les pays les plus sûrs du monde sont le Japon, 0.2 homicides pour 100 000 habitants, Singapour et la Chine : 0,5.  La mer de la tranquillité baigne l’Asie.

    Et les monts de la douceur de vivre dominent l’Europe: Islande, Norvège, Autriche, Allemagne, Espagne, Suisse, Danemark, Irlande, Portugal, Slovénie ne dépassent pas le taux de la France : 1.3 assassinats pour cent mille voisins. On crie à l’assassin dans les journaux télévisés plus souvent qu’on en voit. Le crime n’attire pas que le criminel.   

    Il est des pays où le meurtre est un pain quotidien. Les taux d’homicide explosent en Amérique latine : De 52 en Jamaïque, à 19 au Brésil, en passant par le Venezuela (40), le Mexique ou la Colombie (25). Avec un taux colombien, la France aurait 20 fois plus de morts chaque année. L’Afrique est à l’unisson : 46 homicides par habitant en Afrique du Sud. Au Nigeria, le bureau des statistiques annonçait 600.000 assassinés en 2023, bien plus que les 15.000 habituels.  Mais selon l’ONUDC, le nombre total d’homicides dans le monde serait de 460 000. Le Nigeria comme bien d’autres, ne sait compter ni les morts ni les vivants : ils seraient 220 millions.

    Des pays où le meurtre est un pain quotidien.

    Au-delà du Nigeria,  du Mexique , de la Colombie, de la Birmanie, il y a des pays où la criminalité est forte sans prendre les allures d’une guerre civile. États-Unis et Russie hébergent bien des assassins. Le taux d’homicide approche 7 homicides pour 100.000. La touristique Thaïlande n’est pas tranquille : 9,5. L’Inde se calme : 2.9. Moins que le Maroc, 1.9 ; ou l’Algérie, 1.5. 

    Des taux supérieurs à ceux de la France, où le taux d’homicide a été divisé par deux entre 1994 et 2012 : de 2,4 à 1,2.  Il est remonté à 1,3 aujourd’hui. Même si la France est moins tranquille que ses voisins, on tue deux fois moins en France qu’il y a trente ans.

    Infographie - le taux français est de 1,2% ©LFP
    Infographie – le taux français est de 1,2% ©LFP

    Qui sont les victimes ? 81% des hommes, tués par d’autres hommes. En majorité jeunes, et pauvres. Les femmes sont souvent assassinées par leur conjoint, Les hommes plutôt par des inconnus. Qui sont les tueurs ? Encore des hommes, à 90 %, plutôt jeunes. L’homicide est genré.  

    Qu’est ce qui explique la violence ? La richesse, les inégalités, la sévérité, le nombre de policiers, la nature du régime ? Une certitude: la religion n’explique rien. Les athées ne tuent pas plus que les croyants. L’Amérique religieuse est violente du nord au sud, l’Europe et la Chine mécréantes sont paisibles. L’Inde cultive mille dieux, le Maghreb un seul, ils ont des taux d’homicides comparables.

    Les pays les plus sûrs sont les démocraties.

    Les régimes policiers ne sont pas les plus sûrs. Qui irait se plaindre d’un policier dans un régime autoritaire? Tout dépend de la confiance en la justice. Et de la corruption. Si la Chine connaît un taux bas (est-il fiable?) avec une politique pénale sévère. Elle est un des rares pays autocratiques à se classer parmi les plus sûrs du monde. En Russie, policiers, juges et prisons pullulent ; le crime et le meurtre aussi.

    Les pays les plus sûrs sont les démocraties. Certaines sont violentes comme le Brésil ou les États-Unis, mais la plupart musellent la criminalité bien mieux que les régimes autoritaires. La faiblesse des démocraties contre le crime est un mythe, un reste de propagande mussolinienne. Dans les autocraties, les juges sont aux ordres. Ces régimes s’associent au crime organisé, comme en Amérique latine, quand elles ne l’organisent pas elles-mêmes, comme au Moyen Orient.

    La politique pénale est-elle l’explication première ? Au Salvador, le taux d’homicide a chuté de 51 à moins de 2. Bukele, « le dictateur le plus cool de la terre », a conduit 80.000 personnes en prison sur 6.3 millions d’habitants. Un record mondial de 1200 personnes incarcérées pour 100.000 habitants. Ceux qui restent en liberté l’ont triomphalement réélu. Un cas à part.

    Il n’y a pas de corrélation entre taux d’incarcération et taux de criminalité.

    Il n’y a pas de corrélation entre taux d’incarcération et taux de criminalité. Les États-Unis ont le taux d’emprisonnement par habitant le plus élevé au monde : 666. (Avec l’Iran et la Chine). La Russie (420) ou le Brésil (320) ont des taux d’incarcération très élevés, et des taux d’homicides également. Comme le Japon: (45), les pays d’Europe du Nord ont des taux d’homicides faibles et des taux d’emprisonnement également faibles. Ils mènent une politique d’accompagnement postpénal exemplaire. Aussi le taux de récidive, une des clés de la baisse de la criminalité, est-il très bas. Cela implique un suivi contraignant, moins coûteux que la répétition du crime. Suivre les délinquants pas à pas après la prison paie, car la prison ne règle rien. Elle est même souvent l’école du crime.

    Infographie Taux d’incarcération pour 100 000 habitants dans l’OCDE ©Alternatives économiques
    Infographie Taux d’incarcération pour 100 000 habitants dans l’OCDE ©Alternatives économiques

    La prévention du crime par la présence policière explique-t-elle le degré de violence ? 455 policiers pour 100.000 habitants en Italie, 295 en Allemagne, des résultats semblables. La France, avec 329, se situe au-dessus de la moyenne européenne. Les chiffres les plus bas : 139 en Finlande, 200 en Suède, sont ceux des pays les plus « sûrs ». La Russie avec près de 600 pour 100.000, atteint un des taux les plus élevés du monde. Le Maroc et l’Algérie 400, le Brésil 300, comme le Mexique ou l’Afrique du Sud. Les États-Unis 250, le Japon 200. Le nombre de policiers n’a donc aucun rapport avec le nombre de crimes. À l’encontre des idées reçues.

    Serait-ce la punition du crime, l’efficacité de la justice, qui expliquerait le taux de violence ? En Inde, il n’y a qu’un juge pour 100.000 habitants, 30 en Russie. En Europe, 22 en moyenne. 11 en France. Un ratio comparable aux États-Unis, Chine, Maroc, Brésil. Là encore, aucun rapport entre le nombre de juges, les délais de jugement et le degré de violence d’une société.

    Le nombre de policiers n’a aucun rapport avec le nombre de crimes. À l’encontre des idées reçues.

    De même, curieusement l’implantation des mafias n’augmente pas le crime. Très présentes au Japon, en Chine, où les homicides sont rares. Très puissantes aussi aux États-Unis, Mexique, Brésil, Colombie, Russie où les homicides sont très élevés. Parfois les mafias font régner l’ordre. Parfois elles attisent la guerre civile. Le crime organisé peut choisir, selon son intérêt,  l’ordre des affaires ou le désordre des États.

    Cette carte présente les endroits dans le monde où la mafia est présente. ©Actualix.com
    Cette carte présente les endroits dans le monde où la mafia est présente. ©Actualix.com

    Pauvreté, richesse, inégalités engendrent la violence ? Maroc, Algérie, Inde ont des taux bien plus faibles que les riches États-Unis. Les inégalités explosent en Chine, en Inde, la criminalité y est faible.

    L’immigration non plus n’explique pas les différences. La Suisse, avec 29% d’immigrés, est paisible. Comme l’Allemagne. La Russie, terre d’émigration, ne l’est pas. Le Canada, qui accueille beaucoup d’immigrés (21% de la population) est plus sûr que les États-Unis, qui en accueillent aussi, mais moins (15%)

    Pourquoi un pays est-il plus ou moins sûr ? L’accès aux armes plutôt que le mobile du crime, explique le crime. Certains pays contrôlent le commerce des armes, d’autres non. Le taux d’homicide en est le reflet. La Suisse, qui autorise les armes, est une exception. Elle montre un autre facteur clé, qui n’est pas n’est pas législatif, mais culturel, mental.

    La loi est dans la tête avant d’être dans la rue ou le tribunal. Le contrôle social pèse fortement en Suisse, comme en Chine ou en Inde, dans des cadres différents. Le contrôle social peut ne pas être exercé par l’État, il l’est de façon stricte par les familles et les communautés. Chacun est vu par son voisin. En Chine, par le parti. En Amérique, du nord au sud, le criminel n’est pas honteux. En Suisse, les crimes sont cachés dans les coffres. 

    La violence ne s’explique ni par le régime politique, ni le système pénal, ni la présence policière, ni la richesse, les inégalités, la jeunesse ou l’immigration. Sa cause profonde semble être ailleurs. L’histoire de la violence suppose une histoire des mentalités. Les remèdes sont dans les modèles, et l’éducation. Pour apaiser les sociétés, réécrire le « code culturel » est plus sûr que de réécrire le code pénal.

    Laurent Dominati

    a.Ambassadeur de France

    a.Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app bancaire dédiée aux Français de l’étranger, France Pay

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati
  • Expatriés depuis longtemps ? Quelles habitudes françaises vous choquent ?

    Expatriés depuis longtemps ? Quelles habitudes françaises vous choquent ?

    Les Français de l’étranger comme les expatriés perdent petit à petit leurs petites habitudes françaises. Au point d’en être choquées comme les étrangers ? C’est la question qu’on vous pose en fin d’article ! Mais déjà identifions ces habitudes que nos comprennent pas ceux qui n’ont pas grandi en France.

    Passer devant les autres dans les files

    Bon avouons-le, le Français n’aime pas attendre et de toute façon, il se considère, chacun d’entre-nous, prioritaire 😉 Mais les étrangers n’apprécient pas ce rituel, un peu guerrier et très primaire, qui consiste à doubler tout le monde tout le temps. Certains en appellent même à la loi sur les réseaux sociaux demandant que cette habitude soit bannie par le législateur.

    La longue pause déjeuner

    La longue pause déjeuner en France, souvent perçue comme un symbole de l’art de vivre à la française, suscite des réactions contrastées chez les étrangers. Selon les dernières données, la durée moyenne de la pause déjeuner en France est d’environ 38 minutes en 2025, contre 1 heure 38 dans les années 1970, une diminution notable due aux nouvelles habitudes de travail et à l’influence des rythmes internationaux.

    Pourtant, les Français restent les champions européens de la pause déjeuner : 39 % d’entre eux prennent au moins 30 minutes pour déjeuner, contre 22 % des Américains et 25 % des Britanniques, et seuls 14 % mangent à leur poste de travail, un chiffre bien inférieur à celui de leurs voisins européens ou anglo-saxons. Les étrangers, notamment les Américains et les Nord Européens, voient souvent cette pause comme un luxe ou une perte de productivité, tandis que les Latins (Espagnols, Italiens) la comprennent mieux, la considérant comme un moment essentiel de convivialité et de déconnexion.

    Cette habitude, profondément ancrée dans la culture française, est aussi un marqueur social : elle permet de partager un repas en famille, entre collègues ou amis, et de rompre avec le stress professionnel. Cependant, avec l’essor du télétravail et des repas « sur le pouce », la tradition de la pause déjeuner prolongée tend à s’effriter, surtout chez les jeunes actifs et dans les grandes villes. Les étrangers en France apprécient souvent cette coutume pour son aspect humain et relationnel, mais certains la trouvent difficile à concilier avec des rythmes de travail plus intensifs.

    La bise

    La bise, ce rituel typiquement français, fascine autant qu’elle déroute les étrangers. Pour beaucoup d’entre eux, surtout les Anglo-Saxons, les Japonais ou les Chinois, ce geste de salutation peut sembler intrusif, voire gênant, en raison de la proximité physique qu’il implique. Les Français, eux, y voient un signe naturel de convivialité et de chaleur, mais sans règles écrites claires : le nombre de bises varie selon les régions (de 1 à 4, voire 5 en Corse), et l’usage dépend du degré de familiarité entre les personnes.

    Les étrangers sont souvent surpris de constater que la bise n’est pas réservée aux proches, mais peut s’échanger entre collègues, voisins ou même connaissances occasionnelles.

    Notons que la pandémie de COVID-19 a temporairement remplacé la bise par des salutations sans contact (coudes, signes de tête), mais la tradition revient progressivement, même si certains étrangers, surtout dans les milieux professionnels internationaux, préfèrent désormais une poignée de main ou un simple « bonjour ».

    Pour les expatriés en France, s’adapter à la bise demande un temps d’apprentissage, et beaucoup avouent observer les Français pour savoir quand et comment l’utiliser. Malgré les malentendus culturels, la bise reste un symbole fort de l’identité française, à la fois charmant et déconcertant pour ceux qui ne l’ont pas grandi avec cette coutume.

    Les congés payés

    La perception des congés payés varie considérablement selon les cultures et les législations nationales, et la France se distingue par une générosité souvent enviée à l’étranger. Une habitude que les expatriés ont du mal à perdre.

    Car en 2025, les salariés français bénéficient de 25 jours de congés payés annuels, auxquels s’ajoutent 11 jours fériés, soit un total de 36 jours de repos, plaçant le pays parmi les mieux lotis de l’OCDE et en 6 position mondiale. Ceci expliquant, peut-être, la volonté de François Bayrou de supprimer deux jours fériés.

    Pour les Français, cette politique est perçue comme un équilibre idéal entre vie professionnelle et personnelle. Un avis que partagent de nombreux Européens, notamment en Espagne (44 jours de repos), en Autriche (38 jours) ou en Suède (36 jours), où les congés sont également généreux et culturellement valorisés comme un droit social fondamental.

    En revanche, cette abondance de congés contraste fortement avec des pays comme les États-Unis, où aucun congé payé n’est légalement imposé au niveau fédéral, laissant les entreprises libres d’offrir (ou non) des jours de repos à leurs employés – souvent entre 10 et 15 jours par an pour les plus chanceux. Les Américains, mais aussi les Asiatiques (Japon, Corée du Sud, Chine) et certains pays émergents, considèrent souvent les longs congés français comme un luxe ou un frein à la productivité, reflétant des cultures du travail où la présence et l’engagement professionnel priment sur le temps libre. Dans ces sociétés, prendre plus de deux semaines de vacances consécutives peut être mal perçu, voire suspecté de manque d’implication. À l’inverse, en Europe du Nord (Danemark, Norvège, Finlande), où les congés sont également abondants (25 à 30 jours), ils sont vus comme un facteur de bien-être et d’efficacité à long terme, une vision plus proche de celle des Français.

    Ainsi, si les congés payés français sont admirés pour leur équilibre en Europe, ils surprennent ou déroutent dans des cultures où le travail occupe une place centrale dans l’identité sociale. Pour les expatriés, cette différence peut être source d’adaptation difficile, entre l’envie de conserver ce droit français et la pression de normes professionnelles plus exigeantes

    Vouvoyer tout le monde

    Dans les pays anglo-saxons, on utilise « you », et c’est tout. Pour faire des distinctions de politesse, on appelle son interlocuteur par son nom de famille, précédé de « Mr. » ou « Mrs. » Mais dans les pays francophones, l’usage du « vous » et du « tu » peut être totalement différent qu’en France.

    En effet, dans certains pays, le vouvoiement est associé à une relation de pouvoir (supérieur/hiérarchique) ou à une volonté de marquer une inégalité. En France, il s’agit avant tout d’une marque de respect, mais cette distinction est souvent mal comprise à l’étranger. Ainsi, dans des sociétés prônant l’égalité et l’informalité (comme les pays nordiques ou les États-Unis), le vouvoiement peut sembler en décalage avec des valeurs comme la simplicité ou l’accessibilité.

    Alors comment les expatriés français doivent-ils s’adapter dans les pays francophones ? Cela dépend des pays. On vous livre un petit guide rapide :

    • Belgique/Suisse/Luxembourg : Le vouvoiement y est souvent plus systématique qu’en France, même entre collègues ou voisins. En Belgique, par exemple, on vouvoie facilement les commerçants ou les voisins, même après des années de relation.
    • Canada (Québec) : Le tutoiement s’y est généralisé, y compris dans des contextes où la France utiliserait le « vous ». Un Français qui vouvoie systématiquement peut passer pour distant ou prétentieux.
    • Afrique francophone : Les règles varient selon les pays et les générations. Dans certains contextes, le vouvoiement est une marque de respect envers les aînés ou les figures d’autorité, tandis que le tutoiement peut être perçu comme une familiarité trop rapide.

    Le « Cash back »

    Dernier sujet, et c’est plutôt son absence en France qui choque. Alors pourquoi ne pratique-t-on pas le « cash back » en France ? Car si Le « cash back » (remise immédiate en espèces lors d’un paiement par carte) est une pratique courante dans certains pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, elle reste très rare en France pour plusieurs raisons, principalement liées à la réglementation, aux habitudes bancaires et aux coûts pour les commerçants.

    Tout d’abord, les autorités financières françaises sont très vigilantes sur la traçabilité des flux d’argent. Le cash back pourrait faciliter des transactions non tracées, ce qui est incompatible avec les règles de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Aussi les banques françaises n’ont pas d’intérêt à promouvoir le cash back, car cela réduirait les frais liés aux retraits aux DAB (certaines banques facturent des frais pour les retraits hors de leur réseau). De plus, cela compliquerait la gestion des flux monétaire

    Si certains supermarchés (comme Carrefour ou Leclerc) ont testé le cash back de manière ponctuelle, il n’y a pas eu de généralisation. Ainsi, le cash back, tout en n’étant pas interdit en France, se heurte à des obstacles réglementaires, économiques et culturels. Tant que les retraits aux DAB restent pratiques et peu coûteux, et que les paiements dématérialisés progressent, il est peu probable que cette pratique se développe massivement.

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  • Français du monde – ADFE : remise du prix annuel

    Français du monde – ADFE : remise du prix annuel

    Cette année, l’association Français du monde – ADFE innove en lançant un prix annuel destiné à récompenser les actions de nos compatriotes à l’étranger. Ces distinctions ont notamment pour objectif de soutenir les sections les plus dynamiques de son réseau, présent aux quatre coins du globe. Au-delà de la dotation financière, ce prix met surtout à l’honneur l’engagement des membres qui font vivre les valeurs de solidarité, de citoyenneté et de francophonie. Lesfrancais.press est très heureux d’être partenaire média de cet événement.

    Français du monde – ADFE

    Créée en 1980, Français du monde – ADFE est aujourd’hui présente dans 79 pays. 120 sections locales composent son réseau. Sa vocation est d’accompagner nos compatriotes établis hors de France, tant dans leur quotidien qu’en situation de crise. Lors d’un entretien accordé à notre média, Lesfrancais.press, Stéphane Arnoux, délégué général de l’association, avait alors présenté sa structure en mettant en avant « la mission de Français du monde – ADFE » qui « pourrait se résumer en trois mots : représentation, animation et réflexion ».

    Reconnue d’utilité publique, Français du monde – ADFE est aussi présente au sein des commissions nationales et locales, telles que celles concernant les bourses scolaires dans lesquelles siègent aussi les Conseillers/Conseillères des Français de l’étranger avec les représentants du consulat/ambassade, ou bien encore celles liées à l’action sociale ou au tissu associatif via le dispositif STAFE.

    Un prix pour valoriser les actions des sections

    Cette année, en plus de ses activités habituelles, Français du monde – ADFE a lancé une nouveauté : un prix destiné à valoriser le dynamisme de son réseau de sections locales et de leurs membres

    Assemblée Générale Francais du Monde Adfe 23 aout 2025 © instagram Yan Chantrel
    Assemblée Générale Francais du Monde Adfe 23 aout 2025 © instagram Yan Chantrel

    Ces distinctions visent notamment à récompenser des initiatives exemplaires en matière d’innovation associative, d’accompagnement des communautés françaises à l’étranger et de structuration locale. Trois projets sont ainsi primés, avec une dotation de 500 € pour le premier, 400 € pour le deuxième et 300 € pour le troisième.

    Des projets marquants au service des Français de l’étranger

    Ainsi, plusieurs sections du réseau Français du monde – ADFE ont concouru, notamment celles du Vietnam, de la Corée du Sud, du Mexique, du Mali, de la Tunisie, du Sénégal, d’Égypte et d’Allemagne, pour ne citer qu’elles. Toutes ont présenté des initiatives marquantes au service des Français de l’étranger : cafés‑rencontres, création d’une bouquinerie solidaire, constitution de chœurs francophones, actions en faveur de la mémoire des anciens combattants, aide à l’emploi ou encore ateliers d’éveil à la citoyenneté pour ne prendre que ces exemples.

    « Renforcer les liens entre Français, c’est un exercice de solidarité. Renforcer les liens avec les pays où l’on réside, c’est un signe de gratitude »

    Laurent Dominati, ambassadeur de France, ancien député de Paris et président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et membre du jury du prix Français du monde- ADFE

    Pour Laurent Dominati, ambassadeur de France, ancien député de Paris et président de la société éditrice du site Lesfrancais.press, en tant que membre du jury du prix Français du monde- ADFE, « tous les projets présentés sont intéressants parce qu’ils témoignent d’un engagement sincère pour des compatriotes à l’étranger, et pour les pays dans lesquels ils se sont installés ». Renforcer les liens entre Français, c’est un exercice de solidarité. Renforcer les liens avec les pays où l’on réside, c’est un signe de gratitude. Cette double démarche honore ceux qui l’entreprennent ».

    Les lauréats 2025 du prix Français du monde- ADFE

    C’est au cours de l’Assemblée générale de l’association de ce 23 août à Paris que l’annonce des lauréats a été faite. Pauline Carmona, directrice de la DFAE (Direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire) et François Boucher, président de Français du Monde ADFE, ont ainsi remis les prix aux vainqueurs.

    Jaime Peypoch ADFE Français du Monde au Vietnam
    Jaime Peypoch ADFE Français du Monde au Vietnam

    C’est la section Français du Monde-ADFE du Vietnam qui a été mise à l’honneur en remportant le 1er prix. Jaime Peypoch, que nous avions reçu comme invité Lesfrancais.press lors d’un de nos podcasts « Initiatives Expats », anime cette antenne depuis Ho Chi Minh. Depuis 2020, avec son équipe, il mène différentes actions visant à favoriser « le bien-être mental et social de la communauté française du Vietnam, avec un fil conducteur clair : le soutien aux élèves, à leurs familles et à la communauté française dans son ensemble ».

    « Toutes les sections FMD-ADFE ont présenté des initiatives marquantes au service des Français de l’étranger : cafés‑rencontres, bouquinerie solidaire, chœurs francophones, mémoire des anciens combattants, aides à l’emploi, ateliers d’éveil à la citoyenneté,… »

    La rédaction lesfrancais.press

    Ont ainsi été développés au Vietnam : une cellule psychologique scolaire présente dans les établissements de l’AEFE ; des actions de formation et d’accompagnement des AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) ; un dispositif d’insertion professionnelle pour les jeunes déscolarisés ; une cellule d’écoute pour adultes ; et une bouquinerie solidaire contribuant au financement de ces projets.

    Le deuxième prix a été décerné à la section FDM-ADFE du Mali. Anna Fatoumata, qui coordonne les actions de cette antenne à Bamako a ainsi été récompensé pour son travail local. Avec son équipe, elle a, entre autres, entrepris des actions visant d’une part à aider les jeunes sur le marché de l’emploi, et, d’autre part, aider au rapprochement de la France et du Mali dans un contexte géopolitique sensible.

    Pauline Carmona_ directrice de la DFAE et François Boucher_ président de Français du Monde ADFE lors de la remise du Prix FDM-ADFE 2025

    Le podium est complété par la section FDM–ADFE de Tunisie, qui reçoit le troisième prix. Le jury a particulièrement apprécié les activités menées par Jean‑Claude Kraft et les membres de son antenne à Tunis. L’une des actions phares de cette section porte sur l’éveil à la citoyenneté, avec pour objectif principal « d’inciter de jeunes adolescents majoritairement double-nationaux à être acteurs de leur citoyenneté française et européenne. »

    Lesfrancais.press relais du prix Français du Monde – ADFE

    Outre ce palmarès, les autres initiatives présentées étaient également des plus ingénieuses en faveur des Français de l’étranger. Pour Laurent Dominati, membre du jury : « les projets, ou actions primées cette année ont mis en valeur des projets originaux, courageux et audacieux. Les pays concernés sont des pays qui traversent un moment critique de leur histoire, ils ont, chacun, une relation particulière avec la France ». Ambassadeur de France, ancien député de Paris et président de la société éditrice du site Lesfrancais.press, Laurent Dominati souligne aussi que ces projets « supposent un engagement qui va au-delà des initiateurs. Ils peuvent servir d’exemple, s’adapter pour chaque communauté, pour chaque pays. »

    Et c’est effectivement un des objectifs de ce prix. Que les initiatives portées par les sections FDM-ADFE puissent être aussi relayées au sein d’autres antennes, et qu’elles fassent aussi émerger d’autres actions. C’est une force du réseau des Français de l’étranger. Laurent Dominati propose d’ailleurs que « Lesfrancais.press, l’année prochaine, soit un relais Français du monde- ADFE, (et d’autres associations qui auraient des vocations similaires) pour donner plus de voix aux appels à projets ». Et il conclut : « Lesfrancais.press fera connaître ces derniers, ceux qui ont été primés, comme les autres. C’est l’exemplarité qui compte. » Message adressé à tous les initiateurs qui, par leur engagement, montre une image des Français de l’étranger bien loin des clichés habituels.

  • Europe : l’avion moins cher que le train

    Europe : l’avion moins cher que le train

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, prendre le train pour des trajets internationaux en Europe n’est pas forcément plus abordable que l’avion. Une étude de Greenpeace montre que, malgré une légère amélioration de la compétitivité ferroviaire, l’avion reste majoritairement l’option la moins chère.

    Greenpeace a comparé 109 liaisons internationales et 33 liaisons nationales dans 31 pays européens. Résultat : sur plus de la moitié (54 %) des trajets transfrontaliers, l’avion coûtait moins cher que le train. Pour les liaisons nationales, en revanche, le train restait plus économique dans 70 % des cas.

    Le rapport révèle des écarts de prix frappants. Sur la liaison Barcelone-Londres par exemple, un vol coûtait seulement 14,99 €, tandis que le billet de train le moins cher pour le même jour s’élevait à 389 €, soit 26 fois plus cher. Des disparités similaires ont été constatées sur les liaisons Londres-Bratislava (23 fois plus cher en train qu’en avion), Paris-Copenhague (22 fois plus cher) et Madrid-Bruxelles (11,5 fois plus cher).

    À l’inverse, certains pays d’Europe centrale et orientale — en particulier les pays baltes et la Pologne — proposent des tarifs ferroviaires très compétitifs au départ de leurs villes.

    Parmi les combinaisons étudiées, la liaison Vilnius-Varsovie était la moins chère via le rail, avec un billet de train coûtant seulement 25 €, contre 337 € pour un vol. Parmi les autres liaisons ferroviaires abordables figuraient Prague-Budapest, Berlin-Prague et Riga-Vilnius, qui étaient toutes moins chères en train pour presque toutes les dates recherchées.

    La Lituanie offre les tarifs ferroviaires les moins chers, tandis que la Pologne (89 %) et la Slovénie (80 %) obtiennent également de bons résultats.

    En comparaison, la France arrive en queue de peloton, avec 95 % des liaisons moins chères en avion qu’en train. Elle est suivie de l’Espagne (92 % des trajets plus chers en train), du Royaume-Uni (90 %) et de l’Italie (88 %).

    [Getty Images/Boris Roessler_dpa_Picture alliance]
    [Getty Images/Boris Roessler_dpa_Picture alliance]

    Des progrès encore possibles

    La situation s’améliore néanmoins petit à petit. Depuis 2023, la part des liaisons où le train est le moins cher est passée de 27 % à 41 %, grâce à la diminution des vols ultra-bon marché et à la stabilisation des tarifs ferroviaires.

    Greenpeace pointe du doigt les exonérations fiscales dont bénéficient les compagnies aériennes et le coût élevé supporté par les opérateurs ferroviaires, qui faussent les tarifs pratiqués.

    « Alors que la crise climatique s’aggrave, le système fiscal européen continue de favoriser le mode de transport le plus polluant », déplore Herwig Schuster, responsable de la campagne sur les transports chez Greenpeace Europe centrale et orientale.

    L’ONG réclame la mise en place de « tickets climat » à l’échelle de l’UE, de meilleures connexions transfrontalières et la fin des subventions à l’aviation afin de faire du train le moyen de transport le plus abordable pour les Européens.

    Parallèlement à cela, selon un récent sondage réalisé par Polling Europe pour la Communauté européenne du rail et de l’infrastructure ferroviaire (CER), neuf citoyens de l’UE sur dix sont également mécontents des options de transport actuelles entre les États membres.

    « Ces prix ne reflètent pas un marché qui fonctionne, mais un système truqué », estime Herwig Schuster.

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