Radio en direct
Choisissez une station puis lancez la lecture

Blog

  • Digressions sur la taxe Zucman

    Digressions sur la taxe Zucman

    L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 dispose que « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. » À ce titre, il n’est pas illégitime de s’interroger sur l’équité du système fiscal français et, le cas échéant, de l’améliorer. Pour certains, ce dernier avantagerait les contribuables qualifiés de riches. Il faut néanmoins rappeler que les 10 % des ménages les plus aisés acquittent les trois quarts de l’impôt sur le revenu et que les 0,1 % les plus aisés en paient plus de 13 %.

    Les milliardaires, une cinquantaine de personnes en France, auraient un taux moyen d’imposition plus faible que les cadres, par exemple. Si l’on prend en compte le concept de « revenus économiques » qui intègre les plus-values latentes, cette affirmation n’est pas infondée. Mais ce qui importe réellement, ce sont les revenus effectivement perçus. Évidemment, ces personnes ont la possibilité d’optimiser au mieux leur situation fiscale et l’administration est en droit de limiter les abus de droit.

    Répartition de la charge de l'impôt sur le revenu en 2022
    Répartition de la charge de l’impôt sur le revenu en 2022 ©ifrap

    Une fiscalité d’exception

    Faut-il pour autant mettre en place une fiscalité d’exception avec l’introduction de la « taxe Zucman » qui vise à instituer une taxation minimale de 2 % sur la valeur des patrimoines dépassant 100 millions d’euros ? Le danger de cette taxe est qu’elle s’applique à la valeur du capital et non à un flux tangible de revenus.
    Son concepteur suppose que le rendement moyen du capital est de 6 % et qu’il est donc raisonnable de prélever 33 % du gain potentiel.
    Or, il s’agit d’un taux moyen qui ne reflète pas la diversité des situations.

    Prenons le cas de la start-up Mistral, fondée par Arthur Mensch et valorisée à près de 12 milliards d’euros en septembre 2025. Cette valorisation n’est pas un indicateur de richesse en temps réel. C’est une appréciation de revenus futurs, appréciation qui peut se révéler totalement erronée. Aujourd’hui, Mistral ne dégage pas de bénéfices et son chiffre d’affaires avoisine 60 millions d’euros. La somme qui devrait être due au titre de la taxe Zucman s’élèverait à 240 millions d’euros. 47 millions d’euros serait pour les trois principaux fondateurs, hors de proportion avec leurs facultés contributives. Une telle taxe rendrait ainsi impossible l’essor de nouvelles entreprises en France.

    Comment établir l’assiette d’imposition ?

    Par ailleurs, la détermination de la valeur de biens professionnels est extrêmement complexe.

    Pour les entreprises cotées, la valeur est sujette aux fluctuations boursières qui obéissent à de nombreux facteurs : en quelques journées, une action peut perdre 20 ou 40 % de sa valeur. Pour les non cotées, les évaluations peuvent varier du simple au double, selon les règles comptables retenues.

    Pour ces différentes raisons, ces dernières années, la très grande majorité des pays ont réduit la taxation du capital.
    Celle-ci représentait, en 2023, selon l’OCDE, 3,7 % du PIB en France, contre moins de 2 % en Allemagne, en Italie ou en Espagne.

    En 2022, plus de la moitié de la fiscalité sur le capital et ses revenus acquittée par les ménages est constituée par trois impôts. ©IFRAP

    Pour être efficace, un impôt, doit être le plus neutre possible sur le plan économique. Pour cela, il doit reposer sur une assiette large et un taux faible. Il vaut mieux se concentrer sur les flux de revenus ou, à la limite, sur le capital transmis. Même si cela n’est pas très populaire, la fiscalité sur les successions au moment du décès pourrait être revue afin d’éviter la concentration croissante du capital.

  • Meyer Habib : « La France fait un immense cadeau au Hamas »

    Meyer Habib : « La France fait un immense cadeau au Hamas »

    La reconnaissance de l’État de Palestine par Emmanuel Macron suscite le débat. Ainsi, dans un entretien exclusif pour Lesfrancais.press, Meyer Habib, ancien député des Français de l’étranger de la 8e circonscription, prend une position ferme. La déclaration du président de la République est un acte qui, selon lui, va à l’encontre des intérêts de la France, fait un immense cadeau au Hamas et fragilise la position d’Israël.

    Écouter le podcast avec Meyer Habib

    Une déception profonde face à la position de Macron sur la Palestine

    Au cours de ce podcast, l’ancien parlementaire, Meyer Habib, exprime une « déception », voire un « écœurement », face à la décision de la France de reconnaître l’État de Palestine. Un geste qui, selon lui, ne respecte aucune des quatre conditions préalables que le président Macron avait lui-même fixées précédemment. Parmi ces conditions figurent la libération de tous les otages, la reconnaissance d’Israël par les États voisins, le démantèlement et le désarmement du Hamas, ainsi qu’un changement structurel de l’Autorité palestinienne.

    « La France, aujourd’hui, fait un immense cadeau au Hamas, un mouvement djihadiste, terroriste. »

    Meyer Habib, ancien député des Français de l’étranger – 8e circonscription

    Lors de cette interview, l’ex-député poursuit, soulignant le soutien implicite que cette décision apporte aux mouvements islamistes, comme le Hamas : « La France, aujourd’hui, fait un immense cadeau au Hamas, un mouvement djihadiste, terroriste. » Pour lui, la reconnaissance de la Palestine par la France, particulièrement après les événements tragiques du 7 octobre, revient à légitimer des pratiques violentes et terroristes, et va à l’encontre des valeurs françaises et des intérêts géopolitiques du pays.

    Un message personnel du président Macron

    À la question de savoir s’il avait tenté de faire part de ses préoccupations directement à l’Élysée, Meyer Habib raconte une série d’échanges privés avec Emmanuel Macron. Selon lui, le président de la République lui avait assuré qu’il ne reconnaîtrait pas l’État de Palestine tant que certaines conditions n’étaient pas remplies. Il rapporte une conversation avec le Chef de l’Etat dans laquelle celui-ci lui aurait dit, en termes clairs : « Je ne reconnaîtrai pas l’État de Palestine si la libération des otages n’a pas lieu. » Cependant, la réalité politique semble différente, et la position finale du Président à l’ONU (Organisation des Nations unies) semble floue et ambiguë, si l’on en croit les propos de Meyer Habib.

    Meyer Habib, ancien député de la 8eme circonscription des Français de l'étranger
    Meyer Habib, ancien député de la 8eme circonscription des Français de l’étranger © Emmanuel Dunand AFP

    Meyer Habib révèle que, selon lui, Emmanuel Macron aurait opté pour une « reconnaissance hybride », où l’État palestinien serait effectivement reconnu, mais où l’arrivée d’un ambassadeur n’aurait lieu que si certains prérequis étaient remplis. Pour notre invité, cela ne fait que « donner un prix sans condition à des terroristes. »

    Une guerre de civilisation

    Un autre point central de l’entretien concerne la politique israélienne vis-à-vis de Gaza et la manière dont la France perçoit cette situation.

    « Il y a une immense déception de la part des Français. Pas seulement des Français d’Israël, mais de tous les amis d’Israël »

    Meyer Habib, ancien député des Français de l’étranger – 8e circonscription

    Meyer Habib insiste sur le fait qu’Israël, même s’il a pris des mesures militaires drastiques, le fait dans un contexte de légitime défense face à une menace existentielle. Pour Meyer Habib, il est essentiel de comprendre que « cette guerre, bien que tragique, n’est pas simplement une guerre de territoire, mais une guerre de civilisation ».

    La déception des Français d’Israël

    Pour beaucoup de Français vivant en Israël, l’attitude de la France envers la reconnaissance de la Palestine a été vécue comme une trahison « Ils sont écœurés du Président Macron ». Meyer Habib témoigne ainsi du sentiment général parmi les Franco-Israéliens, qui se sentent abandonnés par leur pays d’origine.

    « Il y a beaucoup de patriotes en France qui n’en peuvent plus de voir une immigration galopante et l’islamisme de plus en plus prendre de la place »

    Meyer Habib, ancien député des Français de l’étranger – 8e circonscription

    À notre micro, notre invité ne cache ainsi pas son désenchantement vis-à-vis de la politique actuelle en France : « Il y a une immense déception de la part des Français. Pas seulement des Français d’Israël, mais de tous les amis d’Israël. » Pour lui, le soutien aux mouvements extrémistes à travers des alliances électorales et des choix diplomatiques incertains déstabilise non seulement la France mais aussi l’Europe dans son ensemble.

    Une alerte sur la situation interne de la France

    Au-delà de la question israélienne, Meyer Habib exprime également des préoccupations plus larges concernant l’évolution de la France, en particulier la montée de l’islamisme et les effets néfastes de l’immigration non maîtrisée. Pour lui, ces phénomènes constituent une menace existentielle pour la nation et ses valeurs fondamentales. Il parle de plus en plus de patriotes français, accablés par une insécurité croissante, qui se sentent de plus en plus étrangers dans leur propre pays : « Il y a beaucoup de patriotes en France qui n’en peuvent plus de voir une immigration galopante et l’islamisme de plus en plus prendre de la place. »

    En dépit de sa déception à l’égard de la politique actuelle, Meyer Habib appelle à l’unité des patriotes français, quel que soit leur bord politique. Il plaide pour une alliance entre les différentes forces patriotiques afin de sauver la France de ce qu’il considère comme un déclin irréversible.

    Un avenir incertain mais de l’espoir pour la France et Israël

    Malgré les défis, l’ancien député termine l’entretien sur une note optimiste. Meyer Habib espère que la situation s’améliorera, non seulement pour Israël, mais aussi pour la France et l’Europe. « Le bien triomphe toujours sur le mal », affirme-t-il alors avec conviction.

  • Caroline Yadan : « Les Français d’Israël abandonnés par la France »

    Caroline Yadan : « Les Français d’Israël abandonnés par la France »

    Caroline Yadan, députée de la 8ᵉ circonscription des Français de l’étranger (qui comprend Israël), a pris ses distances avec Emmanuel Macron sur la question de la reconnaissance de l’État palestinien. Dans un entretien exclusif accordé à notre media Lesfrancais.press, elle revient, entre autres, sur ses désaccords profonds avec le président de la République et alerte sur les conséquences de cette décision, aussi bien au Proche-Orient qu’en France.

    Écouter le podcast avec Caroline Yadan

    Une position assumée vis-à-vis d’Emmanuel Macron

    Dorénavant apparentée au groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, Caroline Yadan tient à sa liberté de ton. Elle rappelle son opposition à la ligne actuelle présidentielle sur la reconnaissance de l’État palestinien : A l’Élysée, « j’ai réaffirmé, bien sûr, ce que je pensais. Je vais continuer à le faire dans un dialogue que j’espère constructif, parce que je ne doute pas que nous ayons en fait les mêmes intentions, c’est-à-dire un désir de paix. »

    « Nous avons encore 48 otages dans les tunnels du Hamas »

    Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français établis hors de France

    Mais pour la députée, ce souhait de paix ne doit pas se traduire par des concessions unilatérales. Elle considère que la reconnaissance d’un État palestinien, sans conditions, envoie un message dangereux. Et « même si les intentions sont sincères » d’Emmanuel Macron en faveur de la paix, « la temporalité n’est pas bonne », estime-t-elle, rappelant que « nous avons encore 48 otages dans les tunnels du Hamas » et que « leurs familles sont désespérées ».

    Les conditions d’une paix durable entre Israël et la Palestine

    Ainsi, pour la parlementaire plusieurs prérequis sont indispensables avant toute avancée diplomatique : la libération des otages, la démilitarisation du Hamas, une réforme de l’Autorité palestinienne et, surtout, la reconnaissance d’Israël par ses voisins arabes.

    « Les Français d’Israël ont l’impression d’avoir été totalement abandonnés par la France » 

    Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français établis hors de France

    « Aujourd’hui, Israël est encore appelée “l’entité sioniste” par les États arabes qui n’ont pas signé les accords d’Abraham », rappelle-t-elle. L’absence de réciprocité rend, selon elle, toute reconnaissance prématurée et contre-productive. Elle dénonce une décision « unilatérale » et « inquiétante », prise « sans la participation d’Israël aux négociations ».

    Les Français d’Israël trahis ?

    La députée alerte également sur les répercussions de cette posture diplomatique sur les Français vivant en Israël. « Les Français d’Israël ont l’impression d’avoir été totalement abandonnés par la France, d’avoir été, oui, en quelque sorte trahis », confie-t-elle. Elle dénonce un climat de peur grandissant, nourri par une montée de l’antisémitisme, notamment en France.

    Caroline Yadan députée des Français établis hors de France, 8eme circonscription
    Caroline Yadan députée des Français établis hors de France, 8eme circonscription

    Elle cite notamment en exemple le récent événement de l’université Paris 1 Sorbonne où : « Un sondage est paru sur un groupe WhatsApp où on avait exclu les étudiants dont le nom portait une consonance juive. Ce sondage, c’était : “les Juifs, pour ou contre ?” ». Notre invitée donne d’autres exemples d’un « climat antisémite qui divise, qui fracture et qui est le contraire de l’universalisme », et c’est « dans ce climat-là que va intervenir la reconnaissance de l’État palestinien à l’ONU»

    Relancer les accords d’Abraham : un pas réel pour la paix

    Caroline Yadan ne se contente pas de critiquer. Elle propose aussi des pistes. Elle aurait souhaité que le président de la République, Emmanuel Macron, relance notamment les accords d’Abraham ou s’appuie sur des associations de médiation pour bâtir une paix durable. « On ne peut pas envisager de suivre un processus de reconnaissance d’un État s’il n’y a pas, a minima, de contrepartie », insiste-t-elle.

    « Aujourd’hui, on est face à une sorte d’antisémitisme qui est devenu cool, un antisémitisme totalement exacerbé, au nom du progressisme, qui serait devenu acceptable »

    Caroline Yadan, députée de la 8e circonscription des Français
    établis hors de France

    L’éducation est également au cœur de ses préoccupations. Elle alerte sur les contenus enseignés dans certains manuels palestiniens, affirmant que « dans les exercices de mathématiques, on demande à des élèves de calculer des cercueils de Juifs ». Pour elle, « les enfants palestiniens sont éduqués à la haine ».

    Sécurité des Juifs en France : une inquiétude persistante

    Interrogée sur ses craintes, Caroline Yadan ne cache pas son anxiété quant à la sécurité des Français juifs, en Israël comme en France. « Aujourd’hui, on est face à une sorte d’antisémitisme qui est devenu cool, un antisémitisme totalement exacerbé, au nom du progressisme, qui serait devenu acceptable », déplore-t-elle.

    Caroline Yadan, députée des Français établis hors de France - 8eme circonscription
    Caroline Yadan, députée des Français établis hors de France – 8eme circonscription

    Elle critique également l’utilisation politique de certains symboles : « Le slogan “Free Palestine” ne veut pas dire une Palestine qui existerait en paix aux côtés d’un État israélien reconnu. Pour beaucoup, c’est devenu un slogan qui dit “Juden raus” ».

    Pour elle, la France doit se réveiller. « 78 % des Français sont contre la reconnaissance d’un État palestinien, parce qu’ils comprennent les enjeux actuels », affirme-t-elle, appelant les citoyens à ne pas rester silencieux : « Tous les Français doivent impérativement prendre conscience de ce qui se passe. Ils ont aussi un rôle à jouer ».

  • L’ONU célèbre ses 80 ans

    L’ONU célèbre ses 80 ans

    Cette année l’Assemblée générale de l’institution mondiale, qui a lieu chaque année en septembre, se déroule dans un contexte très particulier. Alors que l’ONU célèbre 80 ans, elle prépare une réforme qui doit lui permettre d’être plus efficace et mieux adaptée aux défis actuels. Petit point sur l’histoire et le rôle de l’ONU pour les plus internationaux des Français, les expatriés.

    La création de l’Organisation des Nations Unies

    L’expression « Nations Unies » suggérée par le Président des États-Unis Franklin D. Roosevelt est apparue pour la première fois durant la Seconde Guerre mondiale dans la Déclaration des Nations Unies du 1er janvier 1942. En adoptant ce texte, 26 pays se sont engagés à poursuivre ensemble la guerre contre les puissances de l’Axe. À la suite de cette déclaration, les représentants de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union soviétique ont rédigé la Charte des Nations Unies afin de mettre fin au « fléau de la guerre ». Basée à New York, l’Organisation des Nations Unies est officiellement créée le 24 octobre 1945 lorsque la Charte des Nations Unies est signée puis ratifiée par 51 États désignés comme membres fondateurs. Depuis lors, les États membres célèbrent la Journée des Nations Unies le 24 octobre.

    Maintenir la paix et la sécurité dans le monde

    L’ONU a été créé le 24 octobre 1945 à la suite de la ratification de la Charte par la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’URSS et la majorité des autres pays signataires. L’Article 1 de la Charte des Nations Unies stipule que les États membres doivent « réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations de caractère international susceptibles de mener à une rupture de la paix ». Pour cela, la notion d’état de droit, inscrite dans la Charte des Nations Unies garantit le respect du droit international et les principes fondamentaux de la justice.

    En développant des relations amicales entre les États, fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes il est possible de défendre les droits de l’homme. L’état de droit et les droits de l’homme sont les deux facettes d’un même principe : le droit de vivre dans la dignité. Les États membres sont pleinement conscients de cette relation depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, selon laquelle « il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression ».

    L’un des principaux objectifs de l’ONU consiste à résoudre les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel et humanitaire. En ce sens, l’élimination de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des peuples du monde entier sont indispensables pour établir une paix durable dans le monde. L’ONU élabore des programmes dans des domaines tels que le développement durable, l’autonomisation des femmes, le respect des droits de l’homme, la protection de l’environnement et la bonne gouvernance qui reposent sur une coopération internationale.

    Aujourd’hui, l’ONU compte 193 États membres, tous égaux qui s’engagent à respecter la Charte des Nations Unies qu’ils ont signée. À partir d’un ensemble de règles tirées du droit international, la Charte établit le principe d’égalité souveraine entre les États. C’est cette règle, qui rend la reconnaissance de l’État palestinien, par les autres pays, si importante.

    La diplomatie mondiale en crise ?

    Ces derniers mois, la primauté du droit et des normes internationales, la conduite de négociations collectives à la recherche d’un consensus, bref, les fondements du multilatéralisme ont été gravement menacés, attaqués par des États qui se retirent, à dessein, du concert des nations. Échappant à la supervision onusienne, ils ont les coudées franches pour imposer la force partout où bon leur semble. « La Charte des Nations unies n’est pas optionnelle. Ce n’est pas un menu à la carte », se désole Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Onu.

    Les milliers de délégués qui vont parcourir les couloirs du siège new yorkais des Nations unies, à l’occasion de la 80e assemblée générale de l’institution cette semaine, mesurent leurs pas, progressant désormais avec précaution. Le monde a changé. Membre du conseil de sécurité, la Russie pilonne quotidiennement son voisin ukrainien, menant une guerre hybride aux membres de l’Union européenne. À Washington, Donald Trump se barricade derrière d’incompréhensibles barrières tarifaires, retire sa protection aux Vingt-Sept et terrorise ses interlocuteurs, sous le regard attentif de la Chine. Et l’ONU ne peut plus rien y faire.

    Certains espèrent que l’Assemblée générale qui se déroule depuis le 9 septembre, et dont le  volet de haut niveau – officiellement connu sous le nom de « débat général » – commencera, demain, le 23 septembre.

  • Les Français de Palestine : une diaspora entre espoir et désillusion

    Les Français de Palestine : une diaspora entre espoir et désillusion

    En 2023, avant l’opération israélienne contre le Hamas lancée en octobre 2024 (en réponse aux attaques du 7 octobre 2023), le nombre de Français résidant dans les territoires palestiniens (Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza) était estimé entre 500 et 800 personnes. Aussi, la France abrite la plus grande diaspora palestinienne d’Europe (entre 300 000 et 500 000 personnes), principalement concentrée en Île-de-France, Lyon et Marseille. Quel est leur état d’esprit alors que la France va, désormais, reconnaitre l’État palestinien ?

    Départ massif après le début des violences

    200 à 300 Français ont quitté la région entre octobre 2023 et janvier 2024 par crainte des violences des colons ou de l’armée israélienne.

    Pour cela, la diplomatie française a organisé une évacuation au printemps 2025. Pour être inscrit sur la liste qui permettait de passer le poste-frontière de Rafah, au sud de l’enclave, et entrer sur le territoire égyptien, le Quai d’Orsay, avec l’aide du consulat de France à Jérusalem et de l’ambassade de France au Caire, ne s’est pas limité au seul critère de la nationalité des candidats au départ.

    « Compte tenu de la gravité de la crise, les critères ont été élargis par rapport à d’autres théâtres de conflit. L’effort français à cet égard est sans précédent »

    Nicolas Kassianides, le consul général de France à Jérusalem au Monde le 19 avril 2024

    En effet, les Palestiniens qui ont le statut de réfugiés en France pouvaient faire venir leurs familles, sous la condition d’obtenir l’accord de regroupement familial du ministère de l’intérieur. Au final, tous les Français qui ont demandé à le faire sont sortis de Gaza. Ils seraient 5 à être encore présents sur le territoire de Gaza dont Karim.

    « La France nous aide avec des médicaments, mais elle ne fait rien pour arrêter les bombes. À quoi bon reconnaître la Palestine si Gaza est rayée de la carte ? »

    Karim, 50 ans, médecin à Gaza (interviewé par Zoom)

    Ahmad a quitté la Palestine en 2024 et habite aujourd'hui à Marseille.
    Ahmad a quitté la Palestine en 2024 et habite aujourd’hui à Marseille. © Donia Barouri/AFP

    Vivre le conflit depuis la France

    Pour les Palestiniens réfugiés en France, l’annonce de la reconnaissance de leur État par Paris le 22 septembre 2025 suscite un mélange de fierté historique et de désillusion pragmatique.

    Après des décennies de lutte pour la visibilité de leur cause, beaucoup y voient une victoire symbolique, enfin alignée sur les positions de pays comme la Suède ou l’Espagne. « C’est une étape, mais elle arrive trop tard », confie Samir, 62 ans, exilé depuis 1982, dont la famille a fui un camp de réfugiés au Liban.

    Camp de Bourj el-Barajneh
    Dans le camp de Bourj el-Barajneh, les familles palestiniennes se sentent abandonnées, manquent de tout et s’entassent dans des habitations insalubres. ©Joseph Eid/AFP

    Pour cette génération, marquée par les massacres de Sabra et Chatila (1982) ou les guerres de Gaza, la décision française est perçue comme un aveu tardif de leur droit à l’existence, mais aussi comme un pansement sur une jambe de bois. Les plus jeunes, nés en France et souvent confrontés au racisme ou à la méfiance institutionnelle, y voient une lueur d’espoir : « Enfin, on nous dit que notre identité n’est pas une fiction », explique Leila, 28 ans, militante à Paris, dont les grands-parents ont les clés d’une maison à Haïfa, aujourd’hui habitée par une famille israélienne. Pourtant, l’émotion est tempérée par un sentiment d’injustice persistante : comment célébrer une reconnaissance diplomatique quand, dans le même temps, Gaza est en ruines et que les colonies en Cisjordanie continuent de s’étendre ?

    « Mes grands-parents ont fui Haïfa en 1948. Aujourd’hui, je manifeste pour eux… et on me traite de ‘terroriste’ sur les réseaux. »

    Leila, 28 ans, étudiante à Sciences Po

    Dans les quartiers populaires de Saint-Denis, Nanterre ou Marseille, où se concentrent les communautés palestiniennes, les drapeaux sont sortis, mais les discussions tournent vite à l’amertume. La mémoire des trahisons passées – comme le soutien de la France à la création d’Israël en 1948 ou son silence pendant la Nakba – pèse lourd. Certains, comme Houria Bouteldja, figure de la lutte décoloniale, dénoncent une manœuvre politique, destinée à apaiser les tensions internes sans remettre en cause les relations économiques avec Israël.

    Tandis que du côté des associations (comme l’AFPS ou le CCIPPP), on salue une avancée, mais on exige des actes concrets : rupture des accords militaires, sanctions contre les colonies, ou accueil facilité pour les réfugiés de Gaza. « Cette reconnaissance, c’est bien, mais où est la pression sur Israël pour arrêter l’apartheid ? », interroge Rania, une étudiante en droit, dont la famille à Naplouse subit les violences des colons. Les réseaux sociaux bruissent de messages contrastés : des vidéos de liesse devant le consulat de Palestine à Paris côtoient des appels à la prudence. « On nous a déjà fait miroiter des espoirs en 1988, en 2012… À chaque fois, rien ne change sur le terrain », soupire Yasser, un médecin palestinien installé à Lyon, qui redoute que cette annonce ne serve qu’à redorer le blason d’Emmanuel Macron, critiqué pour sa gestion des manifestations pro-palestiniennes réprimées en 2023-2024.

    Pour les réfugiés de 1948 et leurs descendants, la blessure reste ouverte

    Les Palestiniens, binationaux, ou non regrettent qu’aucun droit au retour n’est évoqué dans le texte français, et la question des 6 millions de Palestiniens exilés – dont 300 000 en France – semble une nouvelle fois reléguée aux oubliettes.

    « Reconnaître la Palestine, c’est bien. Mais reconnaître notre droit à rentrer chez nous, ce serait la justice »

    Ahmad, 70 ans, un ancien fedayin qui a grandi dans le camp de Yarmouk, en Syrie, avant de trouver refuge en France.

    Dans les cafés de Châteaudun ou de Belleville, on se demande aussi ce que cette décision changera concrètement : les checkpoints, les arrestations arbitraires et les démolitions de maisons continueront-ils demain ? La jeune génération, plus radicale, voit dans cette reconnaissance un outil de mobilisation, mais pas une fin en soi. « C’est un début, pas une victoire. La lutte continue », scande un groupe de jeunes lors d’un rassemblement place de la République, où flottent aux côtés des drapeaux palestiniens des banderoles « Libérez la Palestine, de la mer au Jourdain« .

    Manifestation pro-Palestine
    Manifestation pro-Palestine le samedi 28 octobre à Belleville (Paris). © Valerie Dubois / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

    Pour eux, la France, ancienne puissance coloniale, reste un acteur ambigu, dont le passé en Algérie et au Levant nourrit une méfiance tenace. « On ne fera pas confiance à Macron, mais on utilisera cette reconnaissance pour faire pression », assure Malik, 30 ans, membre d’un collectif BDS.

    Entre espoir mesuré et colère toujours vive, les Palestiniens de France accueillent donc cette nouvelle avec lucidité : un pas en avant, mais sur un chemin encore long et semé d’embûches.

  • Israël/Palestine : 3 000 ans d’histoire pour comprendre un conflit sans fin

    Israël/Palestine : 3 000 ans d’histoire pour comprendre un conflit sans fin

    Quand Emmanuel Macron montera à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies pour reconnaître officiellement l’État de Palestine, ce lundi, ce ne sera pas seulement un acte diplomatique, mais l’aboutissement d’un siècle de débats, de guerres et de diplomatie avortée.

    Cette décision, attendue depuis des décennies par une partie de la communauté internationale et contestée avec vigueur par Israël, s’inscrit dans un contexte explosif, neuf mois après le début de l’offensive israélienne sur Gaza, qui a fait plus de 40 000 morts palestiniens selon l’ONU, et alors que les colonies en Cisjordanie continuent de s’étendre malgré les condamnations.

    Pour Paris, il s’agit de « rééquilibrer une politique étrangère souvent perçue comme pro-israélienne« , explique un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay sous couvert d’anonymat. Mais au-delà des calculs géopolitiques, c’est toute l’histoire mouvementée de cette terre, berceau de trois religions et théâtre de conflits territoriaux depuis l’Antiquité, qui resurgit.

    En France, où vit la plus grande communauté juive d’Europe (500 000 personnes) et une diaspora palestinienne estimée à 300 000 individus, l’annonce risque d’alimenter les clivages. Les manifestations pro-palestiniennes massives de 2023-2024, réprimées dans un climat de tensions communautaires, ont révélé une fracture sociale que le gouvernement cherche à apaiser. À l’international, la reconnaissance française pourrait accélérer le mouvement : après la Suède (2014), l’Espagne et l’Irlande (mai 2024), et face à l’immobilisme américain, l’UE est plus divisée que jamais.

    Pour comprendre les enjeux de 2025, il faut remonter aux racines antiques du conflit, quand Hébreux et Philistins se disputaient déjà ces collines arides. Puis venir la domination romaine, la conquête arabe, l’Empire ottoman, et enfin le mandat britannique (1920-1948), qui a dessiné les frontières actuelles – et les tragédies. Car ce conflit n’est pas seulement une guerre de religions ou de territoires : c’est l’héritage empoisonné du colonialisme européen, comme en Inde ou en Algérie, où les départs précipités des puissances occupantes ont laissé derrière eux des frontières artificielles et des haine tenaces.

    Dans ce long format, Lesfrançais.press revient sur trois millénaires d’histoire, des rois David et Salomon aux accords d’Oslo, en passant par le rôle ambigu de la France – allié historique d’Israël avant de devenir l’un de ses critiques les plus virulents. Un voyage dans le temps pour éclairer un présent où, 77 ans après la création d’Israël, la solution à deux États semble plus lointaine que jamais.

    Aux origines du conflit

    Contrairement aux récits nationalistes contemporains, ni les Israéliens ni les Palestiniens ne peuvent revendiquer une exclusivité historique sur ce territoire. Les fouilles archéologiques révèlent une superposition de civilisations dès le IIIe millénaire av. J.-C.

    Les Hébreux et le royaume de Judée (XIIe – VIe siècle av. J.-C.)

    Les textes bibliques (Tanakh) décrivent l’installation des tribus hébraïques vers 1200 av. J.-C., fuyant l’Égypte pour Canaan. Jérusalem devient leur capitale sous le roi David (vers 1000 av. J.-C.), puis Salomon y construit le Premier Temple – lieu saint du judaïsme. Mais ces récits, mêlant histoire et mythologie, sont contestés par certains historiens. « Il n’y a pas de preuve archéologique d’un exode massif hors d’Égypte, mais des indices d’une sédentarisation progressive », explique l’archéologue israélien Israel Finkelstein (interview dans Haaretz, 2023).

    Les Philistins, ancêtres des Palestiniens ?

    Venant de la mer Égée (leur nom vient du grec « Palestine »), les Philistins s’installent sur la côte (Gaza, Ashkelon) vers 1200 av. J.-C. Leur conflit avec les Hébreux est immortalisé par David contre Goliath. « Les Philistins n’étaient pas arabes, mais leur présence montre que la région était déjà multiculturelle », note l’historien Rashid Khalidi (Université Columbia) dans « The Hundred Years’ War on Palestine » (2020). Leur disparition (VIe siècle av. J.-C.) ne signifie pas celle de leur héritage : le nom « Palestine », donné par les Romains après la révolte juive de 135 ap. J.-C., perdure.

    Judée
    Judée province romaine au début de l’ère chrétienne ©National Geographic

    La domination romaine

    La révolte de Bar Kokhba (132-135 ap. J.-C.) contre Rome se solde par un génocide (580 000 morts selon Dion Cassius) et l’exil des Juifs. L’empereur Hadrien renomme la province « Syria Palaestina » – un acte politique pour effacer toute référence juive. Pourtant, une communauté juive reste présente, notamment à Galilée.

    Puis le christianisme et la sacralisation de la Terre sainte, avec la conversion de Constantin (313 ap. J.-C.), font de Jérusalem un lieu de pèlerinage. Les Byzantins (395-638) transforment la région en mosaïque religieuse : juifs, chrétiens (majoritaires), samaritains et païens cohabitent difficilement.

    A partir de 638, l’islamisation et la cohabitation sous les califats
    Contrairement aux idées reçues, la conquête musulmane ne se fait pas par la force : les Juifs, persécutés par Byzance, accueillent les armées arabes. Sous les Omeyyades puis les Abbassides, la Palestine devient une province secondaire, mais Jérusalem gagne en importance avec la construction du Dôme du Rocher (691).

    C’est donc une société multiconfessionnelle qui perdure jusqu’au XVIème siècle. Les chrétiens y sont majoritaires jusqu’au Xe siècle et conservent leurs lieux saints. Tandis que les Juifs y reviennent progressivement, notamment après leur expulsion d’Espagne en 1492. Et finalement, les musulmans deviennent majoritaires, et l’arabe remplace le grec et l’araméen.

    Quatre siècles sous les Ottomans (1517-1917) : déclin et réveil national

    L’Empire ottoman, tolérant mais négligent, laisse la région s’appauvrir. Pourtant, c’est sous l’emprise de la Porte Sublime que le sionisme émerge avec le soutien britannique. En 1882, les premiers colons juifs arrivant de Russie fondent Petah Tikva.

    Rapidement, les nationalismes arabe et juif se cristallisent avec, déjà, le projet d’un État juif après l’affaire Dreyfus porté par Théodor Herzl en1896. Immédiatement, les notables arabes, comme la famille Husseini, s’opposent à l’immigration juive, craignant pour leurs terres.

    Tout s’accélère en 1917 avec la chute de la Porte Sublime et le partage colonial. La défaite ottomane pendant la Première Guerre mondiale ouvre la voie à l’accord Sykes-Picot, signé en 1916, où Français et Britanniques se partagent le Moyen-Orient. La Société des Nations (SDN) officialise en 1922 le mandat britannique sur la Palestine, avec une clause pro-sioniste (Déclaration Balfour, 1917). « Un foyer national juif » doit y être créé… sans consulter les 700 000 Arabes qui y vivent (contre 60 000 Juifs). Mais ce mandat, censé préparer l’indépendance, va attiser les tensions, comme en Inde, où Londres joue les communautés les unes contre les autres avant de partir dans le chaos en 1947.

    Le mandat britannique, laboratoire des conflits post-coloniaux

    Le départ britannique après 28 ans de mandat, de 1920 à 1948, ressemble étrangement à ce qui s’est passé dans l’ancien joyeux de la Couronne britannique. Dans ces deux anciennes colonies, le royaume de Sa majesté a divisé pour mieux régner. Londres y a encouragé l’immigration juive (100 000 arrivants dans les années 1920) tout en promettant l’indépendance aux Arabes. Évidemment, comme entre les hindous et les musulmans, les violences communautaires ont ponctué ce quart de siècle de domination anglaise, avec en 1929, le massacre d’Hébron (67 Juifs tués par des Arabes), suivi de 1936 à 1939 de la grande révolte arabe (5 000 morts), réprimée dans le sang, etc.

    La Nakba et la création d’Israël

    Le plan de partage de l’ONU de novembre 1947 donne 55 % du territoire à l’État juif, alors que les Juifs possèdent que 7 % des terres. En sus, les milices sionistes (Haganah, Irgoun) passent, dès les premiers mois, à l’offensive, en avril 1948, ils tuent 100 à 250 arabes à Deir Yassin. Et en mai 1948, lors de la proclamation d’indépendance d’Israël, 530 villages palestiniens sont détruits (cartes de l’ONG Zochrot).

    « Nous devons expulser les Arabes et prendre leur place »

    Ben Gourion dans son journal

    Histoire
    ©monde-diplomatique.fr

    Notons que contrairement à la Belgique ou aux Pays-Bas, la France ne vote pas le plan de partage à l’ONU. Pourtant, elle va devenir un allié clé d’Israël dans les années 1950.

    France-Israël, une liaison dangereuse

    Après la Seconde Guerre mondiale, la France, humiliée par sa défaite de 1940, voit en Israël un partenaire stratégique. En plus des intérêts convergent. Ainsi, Paris fournit 80 % de l’arsenal israélien pendant la guerre de Suez en 1956. 

    Aussi, même si le sujet reste enfoui dans les archives secret défense des deux États, de nombreuses sources bien informées le confirment.
    L’historien Pierre Razoux, ans son livre « La guerre de Cent Ans au Proche-Orient » publié en 2023, affirme : « Sans la France, Israël n’aurait pas la bombe » (Ndlr : la bombe nucléaire).

    Une possibilité renforcée par les faits historiques puisque le réacteur nucléaire israélien de Dimona est construit avec l’aide française à la suite des accords de 1957. La guerre d’Algérie finit de lier les deux États, le Mossad et la DGSE ont collaboré pour lutter contre le FLN (Front de libération national) qui anime la lutte contre les Français.

    Ben Gourion et De Gaulle sur le perron de l'Elysée
    Ben Gourion et De Gaulle sur le perron de l’Elysée ©AFP

    1967, le tournant de la guerre des Six Jours

    Mais, la victoire éclair d’Israël en juin 1967 modifie la vision française de l’État israélien. La guerre des Six Jours marque, donc, un tournant dans la relation de la France avec le monde arabe et la cause palestinienne. Jusqu’alors, Paris avait été un soutien indéfectible d’Israël, mais la victoire écrasante de Tsahal et l’occupation de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est changent la donne. Le général de Gaulle, soucieux de restaurer l’influence française au Proche-Orient après la perte de l’Algérie, adopte une position plus équilibrée.

    Petit à petit, on assiste à un basculement pro-palestinien de la diplomatie française, un phénomène qu’on peut mettre en corrélation avec la montée en puissance de l’immigration issue du Maghreb en France, Et en 1996, Jacques Chirac est le premier chef d’État occidental à parler de « Palestine » lors d’un discours à Jérusalem.

    Le 22 octobre 1996, Jacques Chirac s’en prend aux services de sécurité israéliens lors de sa visite mouvementée dans la vieille ville de Jérusalem.
    Le 22 octobre 1996, Jacques Chirac s’en prend aux services de sécurité israéliens lors de sa visite mouvementée dans la vieille ville de Jérusalem. ©SIPA/HENDLER

    La France et les Palestiniens : Entre diplomatie humanitaire et méfiance envers le Hamás

    Les Palestiniens se sont rapidement organisés pour faire entendre leur voix sur l’échiquier international et fondent en 1964 l’OLP (Organisation de libération de la Palestine). Alors que Yasser Arafat émerge comme figure centrale de la résistance palestinienne, la France autorise l’ouverture d’un bureau de l’OLP à Paris en 1975, une première en Europe.

    « Nous ne reconnaissons pas l’OLP comme gouvernement, mais comme représentant du peuple palestinien »

    Déclaration du Quai d’Orsay en 1975.

    L’objectif de Paris, avec cette nuance, était de s’imposer comme médiateur en permettant à Paris de dialoguer avec les deux camps.

    Mitterrand et la reconnaissance symbolique : entre pragmatisme et principes

    Avec l’arrivée de François Mitterrand à la tête du pays, les années 1980-1990 voient la France confirmer son rôle de médiateur, mais avec prudence.

    Puis en 1982, après l’invasion israélienne du Liban et les massacres de Sabra et Chatila, où des milices chrétiennes alliées à Israël exterminent entre 800 et 3 500 civils palestiniens, le gouvernement français envoie des troupes dans le cadre d’une force multinationale. Le Président de la République, François Mitterrand, condamne « un crime contre l’humanité » et accueille Arafat à l’Élysée en 1983, une visite qui scandalise Israël.

    Quand l’OLP déclare unilatéralement l’indépendance de la Palestine à Alger (15 novembre 1988), la France ne la reconnaît pas, mais s’abstient lors du vote à l’ONU. Une position intermédiaire, reflétant les tensions internes. 

    Chirac et la « politique arabe » : entre réalisme et engagements humanitaires

    C’est lors du premier mandat de Jacques Chirac, que le « rééquilibrage pro-palestinien », sans rompre avec Israël, s’impose au Quai d’Orsay. Dès 1996, en visite en Israël, Chirac prononce un discours où il évoque, comme nous l’indiquions plus haut, pour la première fois « le droit des Palestiniens à un État viable ». Il est hué par des députés israéliens, mais salué par les capitales arabes.

    « La paix ne sera possible que si Israël accepte de partager Jérusalem »

    Jacques Chirac, Président de la République en 1996

    Lors de la seconde Intifada, Ariel Sharon a lancé une offensive massive en Cisjordanie. Jacques Chirac a confirmé le virage idéologique en condamnant « la politique de répression disproportionnée«  et procède à l’envoie des médecins français dans les territoires occupés. Dernier acte de la présidence Chirac, se rendre à Ramallah pour rencontrer Yasser Arafat, alors assiégé par Tsahal dans son QG en juillet 2004.

    Sarkozy : entre réalisme géopolitique et tensions diplomatiques

    L’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée en 2007 marque un net rapprochement avec Israël, rompant avec la ligne plus « équilibrée »de Chirac. Plusieurs facteurs expliquent ce revirement dont la volonté de s’aligner sur les États-Unis.

    Ainsi, Sarkozy, pro-américain, adopte une posture atlantiste et considère Israël comme un rempart contre l’Iran et l’islamisme radical. Autre explication, la présence dans son de figures de la communauté juive française comme Patrick Devedjian (d’origine arménienne mais très engagé pour Israël) et Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, qui qualifie le Hezbollah de « cancer » et défend une ligne ferme contre le Hamás.

    Enfin, c’est aussi un calcul électoral. Après les émeutes de 2005, Sarkozy cherche à rassurer la communauté juive française, traditionnellement ancrée à droite.

    Sous Hollande, un rééquilibrage timide et le vote historique de 2012

    François Hollande, élu en 2012, tente de rétablir un équilibre, sans pour autant rompre avec Israël. Pour autant, la France vote pour la résolution accordant à la Palestine le statut d’« État non membre » à l’ONU (138 voix pour, 9 contre, 41 abstentions). Pour la première fois, le drapeau palestinien est hissé au Quai d’Orsay. Le Premier ministre, déjà, Benjamin Netanyahou, annonce la construction de 3 000 nouveaux logements en Cisjordanie en représailles. La France condamne cette décision, mais sans sanctions.

    Voulant conserver une voix audible au Proche-Orient, lors du conflit de l’été 2014 (2 200 morts palestiniens, 73 Israéliens tués), François Hollande tente une médiation, mais échoue face à l’intransigeance des deux camps. Pour finalement, se résoudre à soutenir une résolution européenne pour un embargo sur les armes vers Israël… mais ne l’applique pas.

    Macron : la « fermeté équilibrée » et la crise ouverte avec Israël

    Lors de son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron adopte d’abord une ligne pragmatique. Il reçoit Netanyahou à Paris et réaffirme le droit d’Israël à la sécurité, mais évoque aussi la « souffrance des Palestiniens ».

    En décembre 2017, après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump, le Président de la République française critique cette décision, mais évite toute mesure forte.

    Puis ce fut le choc de l’attaque du Hamás le 7 octobre 2023 (1 200 morts israéliens). L’émotion et le soutien furent massif en France. Mais la réponse israélienne à Gaza (plus de 40 000 morts palestiniens en 2024-2025), mal comprise en France, poussent Macron à durcir le ton.

    « Israël a le droit de se défendre, mais pas de commettre des crimes de guerre. »

    Emmanuel Macron, Président de la République, le 15 juillet 2025

    Ce lundi 22 septembre, Emmanuel Macron passe un nouveau cap avec la reconnaissance de l’État palestinien. C’est un acte historique, mais aussi un pari risqué. Quelles en seront les conséquences ?

  • Mille missiles, mille entailles

    Mille missiles, mille entailles

    « Mille milliards de sabords ! » jurait le capitaine Haddock. Que dirait-il à Medvedev, Lavrov et quelques autres qui ressortent leur panoplie de missiles, pour effrayer le chaland. C’est vrai, c’est effrayant. Moins les missiles que le délire des stratèges et la crédulité de la foule. D’un côté le combat contre l’Occident des Russes et des Chinois, de l’autre la haine religieuse : « Frappez les Juifs et les Chrétiens, leurs foules et leurs convois, dans les rues et sur les routes d’Amérique et d’Europe, et en particulier en France. » recommande le Djihad Islamique dans sa presse semi-clandestine. Les spécialistes appellent cela la stratégie des « mille entailles », des petites attaques solitaires pour affaiblir le pays et le corps social. D’un côté mille missiles, de l’autre mille entailles. Guerre totale ? Non. Pour l’heure, guerre subliminale.

    L’anonymat donne vie aux robots d’opinion. Erreur. La liberté suppose la responsabilité.

    De nombreux niais, pacifistes, réalistes ou subtils, innocents parmi les traîtres, – mais « l’innocence est une forme de démence »[1]– mâchonnent la propagande russe. L’esprit collabo s’infuse. Alors que drones et avions russes ont violé cinquante fois les frontières de l’OTAN, que des cyberattaques paralysent les aéroports de Berlin, Londres, Bruxelles, que des câbles sous-marins sont sabotés, que 70 cyberattaques ont ciblé des entreprises françaises de haute technologie, des intelligences expliquent qu’il faut éviter de provoquer les Russes. Bien tapi en Europe, dans les gouvernements, les médias et quelques partis politiques, l’ogre se fait renard, ou putois. Pour quelques euros, de faux roumains, bulgares, albanais déposent des têtes de porc devant des mosquées, impriment des mains sanglantes sur les murs de Paris, balafrent les tombes juives de croix gammées. Comment exciter l’antisémitisme, l’anti-islamisme, la haine du voisin, le dégoût de soi, l’anti tout, animer dans l’anonymat des réseaux asociaux la haine sociale, politique, religieuse ?  Sous couvert de liberté, l’anonymat donne vie aux robots d’opinion. Erreur. La liberté suppose la responsabilité.  

    Ceux qui ont déposé des têtes de porc et ceux qui appellent au djihad sont les mêmes. Ils veulent allumer le feu dans la cité. Notamment en France, parce que la France compte encore. Poutine veut effrayer avec ses menaces nucléaires, comme le Djihad (si c’est le djihad), car la peur est un instrument de propagande. Qui marche, hélas. Le Hamas, avec la bêtise autodestructrice du gouvernement israélien, a beaucoup gagné avec ses massacres. Et ses commanditaires.

    [1] Selon Graham  Greene

    Tête de cochon déposée devant une mosquée à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en septembre 2025 ©AFP
    Tête de cochon déposée devant une mosquée à Montreuil (Seine-Saint-Denis) en septembre 2025 ©AFP

    Le succès du Hamas est la division dans les sociétés, la haine progressive déclenchée contre les Juifs à travers le monde.

    Le plus important n’est pas la reconnaissance d’un État palestinien, – il est reconnu par deux tiers des pays de l’ONU et inscrit dans la déclaration de l’ONU sur le partage de la Palestine ayant donné naissance à Israël. Il est légitimé par Israël depuis les accords d’Oslo- le seul succès du Hamas est la division dans les sociétés, la haine progressive déclenchée contre les Juifs à travers le monde, l’engouement d’une partie de la jeunesse occidentale contre Israël, germe extraordinaire qu’on ne retrouve dans aucune université du monde islamique. Qui expliquera un jour aux religieux fanatiques du gouvernement israélien, que s’il est écrit que le dieu des armées donne la victoire c’est parce que celle-ci n’est pas dans les armes mais dans les cœurs ? Qui gagne le cœur, ou l’affole, gagne sa guerre.

    Parler de guerre hybride ou de guerre informationnelle n’est que la resucée savante des évidences anciennes : Viser la tête, mieux encore : arracher le cœur.

    La stratégie des mille entailles, celle des terroristes et des guérillas, aussi sauvage se veut-elle, n’a jamais réussi.

    Et pourtant, la stratégie des mille entailles, celle des terroristes et des guérillas, aussi sauvage se veut-elle, n’a jamais réussi, Jamais, nulle part, en aucun pays, en aucun siècle. Elle permet de justifier les répressions. La lutte clandestine se résout par des moyens clandestins que savent pratiquer les États. Il y a plus à craindre des pouvoirs de l’ombre des agences d’état que des illuminés, aussi démoniaques et sadiques fussent ils. Et les meilleurs services de renseignement ne sont ni russes ni chinois, ni turcs. Ils sont anglais, français, américains.

    La stratégie de l’effroi nucléaire ne marche pas non plus. L’URSS s’est écroulée sous le poids des dépenses militaires. La Russie de Poutine s’écroulera aussi. L’Europe a gagné la guerre froide sans un coup de feu. Et aucun ne sera tiré pour que le régime oligarchique de Poutine ne s’effondre.

    Un policier ukrainien sur un site de destructions dû aux débris d’un missile balistique russe tombés dans le quartier Petchersky, dans le centre de Kiev, en Ukraine, le 25 mars 2024. ©RAFAEL YAGHOBZADEH POUR «LE MONDE»

    Un policier ukrainien sur un site de destructions dû aux débris d’un missile balistique russe tombés dans le quartier Petchersky, dans le centre de Kiev, en Ukraine, le 25 mars 2024. ©RAFAEL YAGHOBZADEH POUR «LE MONDE»

    Le danger, comme d’habitude est intérieur. Intérieur aux démocraties, intérieur à la Chine, à la Russie, à l’Iran. C’est en cela que la partie est difficile. Pour la stratégie géopolitique, tout est sur la table pour qui veut y jeter un œil. La partie est plus complexe dans le fonctionnement interne des régimes. Et si la France est attaquée, c’est qu’elle est considérée comme forte, et fragile.

    Si l’on regarde calmement l’état des forces et des atouts, les régimes autoritaires et oligarchiques n’ont aucune chance. Aucun n’a jamais gagné un conflit direct face à une démocratie. Le coût d’un appareil répressif est un handicap considérable. A la longue, la propagande des régimes autoritaires, grotesque, se retourne contre eux. Viendra un moment où les Chinois ne seront plus fiers de leurs dirigeants. C’est cela que les dirigeants chinois surveillent le plus. Dans une démocratie, le mépris des dirigeants est une donnée.

    À la démagogie de masse, la télévision, se substitue celle des mots doux, personnels, via les écrans.

    On parle beaucoup de puces, de terres rares, de monnaies de missiles, mais la vraie bataille se joue dans les nouvelles connexions de neurones, nouvelles modes, nouvelles idées, nouveaux réflexes.  La vague populiste a ému les élites, mais elle n’est pas mortelle ; pas plus que la wokiste. Vient le temps de la personnalisation des messages. À la démagogie de masse, la télévision, se substitue celle des mots doux, personnels, dans des sociétés de solitude, via les écrans. Les escrocs de l’intelligence et du sentiment s’organisent ; voici le temps des arnaqueurs, de la démagogie personnalisée, à la carte. Dans ce domaine aussi, les systèmes ouverts, agiles, divergents, seront plus efficaces que les systèmes fermés. Il peut y avoir des fermes d’esclaves influenceurs en Asie du Sud Est, des robots de trolls électeurs en Russie, ils n’auront jamais l’agilité des polytechniciens du marketing des démocraties consuméristes.

    À moins que les élites elles-mêmes, désabusées, ne se sabordent elles-mêmes, ce qui est possible. « Il y a de tels moments où l’adoration des niais vous fait envier le pilori. »[1] Alors revenir à Tintin le globe-trotter, et jurer face aux démons de la lassitude, à la gueule des mille missiles et au supplice annoncé de milles entailles, « mille milliards de sabords ». Le risque, c’est la démission.

    [1] Bernanos, Sous le soleil de Satan.

    Laurent Dominati

    a.Ambassadeur de France

    a.Député de Paris

    a.Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de l’app de paiements des Français expatriés, France Pay.

    Laurent Dominati

  • 100 000 dollars pour les visas H-1B 

    100 000 dollars pour les visas H-1B 

    Plus de 30 000 Français travaillent actuellement aux États-Unis sous le régime du visa H-1B, ce sésame qui permet aux talents étrangers de contribuer à l’économie américaine. Ils sont ingénieurs chez Google, cadres chez LVMH ou chercheurs à Stanford. Mais le décret signé ce vendredi par Donald Trump risque de tout bouleverser. Après les restrictions drastiques de son premier mandat (2017-2021), puis l’assouplissement sous Joe Biden – soutenu par Emmanuel Macron –, les règles durcissent à nouveau : un salaire minimum porté à 100 000 dollars annuels, des critères d’éligibilité resserrés, et des frais en hausse. Pour les expatriés et les candidats à l’expatriation, l’Amérique redevient une forteresse.

    En 2020, sous la première présidence Trump, le taux de refus des visas H-1B avait bondi à 24 %, contre seulement 6 % en 2016. Biden avait partiellement rétabli l’équilibre, mais le nouveau décret du 19 septembre 2025 marque un retour en arrière. Pourquoi un tel durcissement ? Officiellement, il s’agit de « protéger les emplois américains« . En réalité, cette mesure s’inscrit dans une stratégie électorale et économique plus large, alors que les États-Unis font face à une polarisation croissante de sa société sur l’immigration.

    Pour les Français, les conséquences sont immédiates, alors que la France reste dans le top 10 des nationalités bénéficiaires. En plus, les conjoints (souvent des femmes) perdent leur droit au travail, une mesure déjà testée entre 2017 et 2021.

    Pourquoi les Français sont dans la ligne de mire ?

    La Silicon Valley concentre 55 % des Français en visa H-1B, selon les données de l’US Citizenship and Immigration Services (USCIS). Les profils ? Principalement des ingénieurs logiciels, data scientists et managers, recrutés par les géants de la tech. Pour exemple, Google, Meta, Apple, Amazon, Netflix (les « FAANG ») emploient près de 15 000 Français. Les startups (Stripe, Airbnb, Uber) recrutent via des programmes comme Y Combinator, où les Français sont surreprésentés (10 % des fondateurs étrangers).

    « Sans le H-1B, je n’aurais jamais pu lancer ma startup aux États-Unis. Aujourd’hui, avec le seuil à 100 000 dollars, je devrais licencier ou délocaliser. »

    Thomas R., 32 ans, fondateur d’une scale-up dans la fintech à San Francisco.

    Si Trump s’attaque (à nouveau) au H-1B, c’est pour 3 raisons. Tout d’abord, il faut se souvenir que les États clés de l’élection présidentielle américaine (Michigan, Pennsylvanie, Ohio) sont hostiles à l’immigration qualifiée, perçue comme une menace pour les emplois locaux. Aussi, certaines entreprises (comme Tesla d’Elon Musk) soutiennent le durcissement pour réduire la concurrence salariale. Enfin, les États-Unis veulent garder les meilleurs profils, mais en limitant l’accès aux postes intermédiaires.

    Pourtant à l’origine, le visa H-1B a été conçu pour répondre aux besoins des entreprises américaines en main-d’œuvre hautement qualifiée, notamment dans les secteurs de la technologie, de l’ingénierie et des sciences. Depuis des décennies, ce programme a été dominé par une seule nationalité : les Indiens, qui représentent près de 70 % des bénéficiaires (selon les données 2024 de l’USCIS). En 2023, sur les 85 000 visas H-1B attribués annuellement, plus de 60 000 sont allés à des ressortissants indiens, contre seulement environ 3 000 pour les Français. Pourtant, malgré leur faible proportion, les expatriés français aux USA se retrouvent aujourd’hui prisés dans le collimateur des nouvelles règles de Trump.

    Le décret du 19 septembre 2025 : Ce qui change

    Concrètement, le changement le plus brutal, c’est l’application à partir du 1er janvier 2026 de la mesure liée au salaire minimum pour obtenir un visa H-1B. Le revenu minimum, que l’entreprise doit verser, passe de 60 000 à 100 000 dollars annuels. Une hausse de 66 % qui va exclure des milliers de Français du programme. En plus, les entreprises qui auront recourt à des travailleurs étrangers devront payer 100 000 dollars au gouvernement (une fois, lors de l’embauche) et, ensuite, payer leur employé. Le contrat de travail d’un salarié non américain devient donc une charge éloignant la rentabilité et donc l’opportunité pour le candidat.

    Le seuil est aussi problématique. En effet, un ingénieur français fraîchement embauché dans la Silicon Valley gagne en moyenne 85 000 à 95 000 dollars. Avec le nouveau seuil, 30 % des postes actuellement occupés par des Français ne seront plus éligibles. Dans la finance, le conseil ou le luxe, où les salaires sont souvent inférieurs à 100 000 $, les renouvellements seront automatiquement refusés. Tandis que les startups et PME américaines, qui ne peuvent pas toujours aligner de tels salaires, devront se passer de talents français.

    « C’est une catastrophe pour les jeunes diplômés. Mon salaire est à 88 000, soit j’obtiens une augmentation de 12 000 $ du jour au lendemain, soit je dois rentrer en France. »

    Thomas L., 27 ans, ingénieur chez Uber.

    Donald Trump, lors de l’annonce sur les visas, avec le secrétaire au commerce, Howard Lutnick, à Washington, le 19 septembre 2025. ©KEN CEDENO/REUTERS
    Donald Trump, lors de l’annonce sur les visas, avec le secrétaire au commerce, Howard Lutnick, à Washington, le 19 septembre 2025. ©KEN CEDENO/REUTERS

    La suppression du droit au travail pour les conjoints

    En 2015, l’administration Obama avait accordé le droit de travailler aux époux des détenteurs de H-1B (visa H-4). Trump l’avait supprimé en 2020, Biden l’avait rétabli en 2021. Maintenant, il disparaît à nouveau. 80 % des bénéficiaires du H-4 sont des femmes. En 2024, 1 200 Françaises travaillaient légalement aux États-Unis grâce à ce visa. Elles ne pourront plus le faire dès le premier janvier 2026.

    « Ma femme, qui est architecte, va devoir arrêter son activité. On va perdre la moitié de nos revenus »

    Julien T., 35 ans, ingénieur chez Apple.

    Durcissement des contrôles sur les entreprises

    L’autre grande modification, c’est le durcissement des contrôles sur les entreprises qui embauchent des non-américains. Ainsi, les sociétés devront publier l’offre d’emploi pendant 30 jours sur des plateformes américaines, agrées par l’U.S. Department of Labor, avant de recruter un étranger.

    Dans un pays marqué par le libéralisme, deux autres mesures contraignantes sont, pourtant, instaurées. L’US Department of Labor devra vérifier que le salaire proposé correspond bien aux standards du marché. Dernière pierre à l’édifice, l’obligation que tout employé disposant d’un visa H-1B dispose d’un contrat signé dès le premier jour de présence sur le territoire américain.

    Un coup dur pour les élites françaises

    On l’a vu, il ne reste donc que deux assouplissements aux règles d’obtention du visa H-1B, les autres ont disparu… Sous l’ère Biden, les diplômés de masters ou doctorats (HEC, Polytechnique, Sorbonne) bénéficiaient d’un avantage dans la lottery H-1B. Désormais, ce bonus est supprimé. L’objectif pour le président Trump, c’est rendre moins attractifs les profils étrangers surdiplômés au profit des Américains.

    C’est une mauvaise nouvelle pour nos jeunes diplômes, car ce dispositif était largement utilisé. 50 % des Français ayant un visa H-1B ont un master ou un doctorat (contre 30 % pour les Indiens). Et 20 %, de ces derniers, sont diplômés d’une Grande École (Polytechnique, Mines, HEC).

    Une mauvaise habitude qu’il faut perdre d’urgence

    Enfin, on ne pas évoquer le cas des Français circulant régulièrement sur le territoire américain sans parler des techniques des « petits malins ».  On le sait beaucoup de Français pensent contourner les règles en entrant par le Mexique ou le Canada.

    Mais désormais, les États-Unis partagent leurs données avec ces pays. Un séjour prolongé au Mexique combinés avec des fréquents allers-retours aux USA déclencheront un « red flag ».

    L-1, J-1 et même l’ESTA sont aussi dans le collimateur

    Durée des visas, conditions, tous les visas sont remis à plat. On fait le point sur ceux utilisés régulièrement par nos compatriotes.

    La fin des transferts « automatiques » pour les cadres français

    Le visa L-1, utilisé par des milliers de cadres français pour se faire muter aux États-Unis (chez LVMH, Total, Sanofi, ou même des startups), deviendra donc beaucoup plus difficile à obtenir avec le décret du 19 septembre 2025. La nouvelle règle impose aux entreprises de prouver que le transfert est « absolument indispensable aux opérations américaines«  – une formulation floue qui laisse une large marge d’interprétation aux agents de l’USCIS. Alors qu’avant, il suffisait de montrer que l’employé occupait un poste managérial ou technique dans l’entreprise mère (en France) et qu’il soit transféré pour un rôle similaire aux États-Unis pour obtenir le visa L-1. Désormais, l’entreprise doit démontrer que aucun employé américain (ou résident permanent) ne peut assurer ces fonctions, même après une période de formation. Concrètement, un directeur marketing d’une entreprise en France muté dans une filiale à New York devra prouver que son expertise spécifique est irremplaçable.

    Dernier point, Les L-1A (managers) passent de 7 ans maximum à 5 ans (renouvellement plus difficile), tandis que les L-1B (employés spécialisés) voient leur visa limité à 3 ans (contre 5 ans auparavant), avec une possibilité de renouveler le visa une seule fois.

    « C’est un vrai changement de paradigme. Avant, le L-1 était presque automatique pour les grandes entreprises. Maintenant, chaque dossier sera scruté comme un H-1B.

    Me Sophie Alcorn, avocate en immigration à Silicon Valley à l’AFP.

    Dans ces conditions, les dossiers L-1, autrefois traités en 2–3 mois, pourraient maintenant prendre 6 à 12 mois. Les experts estiment que 20 à 30 % des demandes L-1 seront rejetées en 2026 (contre 5 % en 2024).

    image illustration ©Adobestock
    image illustration ©Adobestock

    Une porte qui se referme pour les jeunes Français

    Le visa J-1, qui permet à 3 000 Français par an (étudiants, stagiaires, chercheurs) de venir aux États-Unis pour des stages, programmes au pair ou recherches universitaires, est sévèrement restreint par le nouveau décret. La mesure la plus symbolique : la durée maximale du stage passe de 18 à 12 mois.

    Les domaines considérés comme « sensibles » (tech, biotech, énergie) seront soumis à autorisation spéciale. Ainsi, un stagiaire de Polytechnique chez SpaceX devra obtenir une dérogation du Department of State. Aussi, la « two-year home residency requirement » (obligation de rentrer dans son pays pendant 2 ans après le J-1) est étendue à davantage de métiers, notamment ceux liés à la défense, l’IA et les semi-conducteurs. Donc, un étudiant français en stage chez Nvidia ou Lockheed Martin ne pourra pas enchaîner sur un H-1B sans rentrer en France. Enfin, les entreprises devront prouver que le stage a une vraie dimension formatrice et n’est pas du travail déguisé. Et la sanction sera lourde. Si l’USCIS estime que le stagiaire remplace un employé américain, l’employeur risque une amende de 5 000 $ et une interdiction de recruter des J-1 pendant 2 ans.

    Pour les jeunes Français, des programmes phares comme le stage chez Tesla ou Google (via des organismes comme CIEE ou Fulbright) seront plus difficiles à obtenir. Les post-docs français (ex : au MIT ou à Stanford) verront leurs contrats écourtés. Il sera aussi difficile d’aller apprendre la langue, comme au Royaume-Uni, les 1 500 Françaises qui partent chaque année comme au pair via le J-1, verront leurs demandes refusées. Et si, elles obtiennent le visa, avec la réduction de la validité à 12 mois, beaucoup y renonceront du fait du coût du voyage et des frais d’agence.

    Même les digital nomads sont dans le collimateur

    Les Français qui voyagent aux États-Unis sans visa de travail (via l’ESTA ou un visa B-1/B-2) sont menacés par le décret. Une nouvelle question, ajoutée au formulaire ESTA, va compliquer la vie des télétravailleurs et freelances.

    « Avez-vous l’intention de travailler, même à distance, pour une entreprise non-américaine pendant votre séjour ? »

    Nouvelle question dans le formulaire ESTA

    Pour les 10 000 Français qui passent 3 à 6 mois par an aux États-Unis en travaillant pour des boîtes françaises ou en freelance via le télétravail, il faudra changer de destinations. Les sanctions sont importantes avec l’interdiction d’entrée aux États-Unis pendant 5 ans et le fichage dans le système CBP (Customs and Border Protection).

    Ces dispositions s’appliquent aussi aux YouTubeurs et autres influenceurs, aux photographes ou aux consultants qui monétisent leur séjour (ex : partenariats avec des marques locales). Et le décret prévoit des pouvoir supplémentaires pour les agents du CBP (douanes américaines). Ces derniers peuvent maintenant fouiller les ordinateurs et téléphones pour vérifier les activités professionnelles.

    Les États-Unis ne sont plus la terre promise de l’expatriation

    Le décret signé par Donald Trump le 19 septembre 2025 marque un tournant historique pour les 150 000 Français vivant ou souhaitant partir aux USA.

    Mais parmi les mesures les moins médiatisées du décret du 19 septembre 2025, une nouvelle catégorie de visa a été créée : le visa « Gold » (EB-6). Destiné à attirer les investisseurs étrangers fortunés, ce sésame offre un accès accéléré à la résidence permanente (green card) en échange d’un investissement massif aux États-Unis. Une aubaine pour les millionnaires… Et une opportunité controversée pour une poignée de Français.

    Comment marche le visa EB-6 ?

    • Investissement minimum : 5 millions de dollars (contre 1,8 million auparavant pour le visa EB-5 classique) dans :
      • Un fonds d’infrastructure américain (routes, ponts, énergies renouvelables).
      • Une entreprise créant au moins 50 emplois aux États-Unis.
      • L’immobilier commercial (bureaux, usines, hôtels) dans des zones prioritaires (désignées par le gouvernement).
    • Délai d’obtention : 6 mois (contre 2–5 ans pour un EB-5 classique).
    • Avantages :
      • Green card immédiate pour l’investisseur, son conjoint et ses enfants de moins de 21 ans.
      • Pas d’exigence de salaire minimum (contrairement au H-1B).
      • Accès à la citoyenneté américaine après 5 ans (comme pour les autres green cards).

    Que vous soyez expatrié(e) sur place, candidat(e) au départ ou employeur, il est important de prendre en compte ses mesures, elles concernent tout le monde. Mais si les États-Unis restent le premier marché mondial pour les talents, le jeu en vaut-il encore la chandelle ?

  • Décès de Gérard Michon, élu des Français des États-Unis

    Décès de Gérard Michon, élu des Français des États-Unis

    C’est avec tristesse que nous avons appris le décès, ce vendredi 19 septembre, de Gérard Michon, élu des Français de l’ouest des États-Unis pendant plus de 30 ans. Ancien élève de polytechnique, ingénieur-conseil, notre représentation hors de France perd aussi un scientifique reconnu.

    Gérard Michon, un esprit libre

    Né à Talence en Gironde, Gérard Michon est originaire de Normandie. Arrivé aux États-Unis en 1980, Gérard Michon était diplômé de polytechnique, lauréat du Concours général de philosophie, il était aussi Docteur ès Sciences à UCLA (University of California Los Angeles). Ingénieur, il a animé le site Numericana dont l’objectif est de vulgariser la science : « une caverne d’Ali Baba regorgeant de réponses à des questions mathématiques » selon certains utilisateurs.

    Qualifié souvent d’esprit libre, il voulait ainsi faire partager ses connaissances aux plus grands nombres en leur permettant d’accéder le plus facilement possible aux informations scientifiques les plus complexes. Chevalier du Mérite national il avait aussi reçu les Palmes académiques en 2016.

    Un engagement politique auprès des Français de l’étranger

    Conseiller à l’AFE (Assemblée des Français de l’étranger) élu en 1994, 1997, 2003 et 2009, Gérard Michon s’est notamment investi au sein de la commission des Lois et règlements, dont il a été vice‑président puis le président. Engagé au service de nos compatriotes de l’Ouest américain, il a notamment été administrateur de l’Alliance Française de L.A et Président honoraire de l’UFE de cette même ville. Il siégeait également au conseil consulaire de Los Angeles, où il avait été élu en 2021. Avec ses collègues, Patrick Caraco, Hélène Demeestere, Cynthia Hajjar et Stanislas Orand, ils avaient apporté leur aide à nos ressortissants lors des terribles incendies qui ont ravagé une partie de la ville, puis face aux émeutes qu’a connues la Cité des Anges.

    Gérard Michon, élu des Français de l’ouest des États-Unis pendant plus de 30 ans
    Gérard Michon, élu des Français de l’ouest des États-Unis pendant plus de 30 ans

    Candidat aux élections législatives de 2012 pour la circonscription regroupant les États‑Unis et le Canada, Gérard Michon s’est également présenté aux élections sénatoriales des Français de l’étranger en 2023, sous la bannière « Alliance centriste et indépendants ». Dans un document de campagne, il écrivait alors : « En 29 ans de mandat, je n’ai jamais trompé personne mais j’ai été trompé si souvent que j’estime avoir acquis une lucidité méritant d’être partagée…si vous avez eu au bout du fils des candidats « trop polis pour être honnêtes » votez pour quelqu’un d’autre ».

    Les hommages en faveur de Gérard Michon

    Depuis l’annonce de sa disparition, ses collègues élus et ses amis partagent leur peine. Hélène Degryse, présidente de l’AFE, alors d’astreinte pour le vote électronique de l’élection législative partielle de la 5e circonscription des Français établis hors de France, évoque « un appel bouleversant lui annonçant le décès de Gérard Michon, personnalité iconoclaste de l’AFE ».

    Pour Franck Bondrille, élu des Français de Floride, « c’est une triste nouvelle ». Sur Facebook, un de ses proches Christian Paris écrit : « D’ami, tu te transformes en ange gardien. » Pour sa collègue au conseil consulaire, Cynthia Hajjar « c’était quelqu’un de brillant et de très drôle », insistant également sur la contribution de Gérard Michon au rayonnement de la France.

    Nul doute que d’autres hommages interviendront. Vous pouvez aussi les poster en commentaire. L’ensemble de la rédaction Lesfrancais.press adresse toutes ses condoléances à sa famille et à ses proches.

  • De New York à la Bourgogne, immersion au cœur des vendanges

    De New York à la Bourgogne, immersion au cœur des vendanges

    Le clos Pré de Manche à Meursault est pour moi un lieu envoûtant, à l’instar du vin de Bourgogne. C’est la première fois de ma vie que je me retrouve, sécateur et seau à la main, avec une mission simple : couper du raisin. C’est un dimanche matin, je n’ai jamais vendangé, pourtant c’est quelque chose que je rêve de faire depuis des années.

    New York : la ville des contrastes

    Avant d’arriver ici, il y a eu un long voyage. Au début de l’été, je saturais de ma vie new-yorkaise, je l’exécrais même. Aller en France n’était pas un simple objectif estival comme pour de nombreux expatriés : c’était une nécessité, un besoin vital de partir, de me déconnecter, de vider mon esprit et de laisser derrière moi cette ville qui me happait, qui me vidait plus qu’elle ne me nourrissait. J’avais besoin de sortir d’un environnement dans lequel je ne me sentais plus en phase et d’un pays qui me donnait de plus en plus la nausée. New York est une ville que j’ai aimée sans forcément la choisir, elle m’a été imposée au début des années 2010.

    Au début, j’y voyais une beauté cachée, son énergie me happait, tout était possible. Puis, je n’y ai plus vu de couleurs, elle est devenue grise, sans âme. Dans les rues, je nentendais plus que des cris. Dans mon univers professionnel et personnel, je n’entendais plus que des conversations de levées de fonds, de valorisations et d’exits. Autour de moi, ça parlait séries A, séries B, SPACs, M&A, roll-ups et rachats stratégiques. Les uns s’inquiétaient de leur runway et de leur cash burn, d’autres négociaient des earn-outs, des clauses de vesting ou des due diligence express. Les « scale-ups » se rêvaient licornes et les investisseurs ne juraient que par le churn rate et le lifetime value. Je ne lisais plus qu’une obsession de croissance, de consolidation et de deals, et je n’y voyais plus qu’une course épuisante et déshumanisée à l’argent, loin de tout ce qui me nourrit vraiment. Loin de ce qui fait sens pour moi. Loin de qui je suis. Avant l’été, je me sentais comme une nageuse qui n’arrivait plus à reprendre son souffle.

    J’avais besoin de retrouver un rythme plus simple, un contact direct avec la nature, la vie, le présent. J’avais besoin de respirer, de me reconnecter avec la terre, la pluie, le soleil. J’avais besoin d’humanité et de sensibilité. Je ne pensais même pas à ma Provence natale, non, j’étais littéralement aimantée par la Côte dOr.

    Et j’ai eu mille fois raison !

    Mes premiers pas dans les vignes de Bourgogne

    Avant les vendanges, je suffoquais dans le rythme incessant de New York : notifications, emails qui n’en finissaient pas, iPhone toujours en alerte. Je n’entendais plus de musique, seulement le bourdonnement insupportable des clims de l’Upper West Side et les cris des passants. Je déteste les cris. Mais ici, les pieds enfoncés dans le sol bourguignon, tout change. Mon téléphone reste des heures dans mon vieux sac à dos d’étudiante, jeté dans l’une des voitures qui transportent la vingtaine de vendangeurs dans les vignes de Meursault, Volnay ou Monthélie, des noms à se damner. Je ne consulte plus mes emails et ai désactivé toutes mes notifications. Mon téléphone ne me sert plus qu’à donner l’heure et à prendre des photos, activité que j’avais abandonnée depuis trop longtemps.

    Ancienne maison de vignerons à Meursault
    Ancienne maison de vignerons à Meursault ©️LFP/Rachel Brunet

    Ce qui me surprend le plus, c’est de constater que je ne pense à rien d’autre qu’aux grappes de raisin à couper, au seau de plus en plus lourd à porter, à mes reins en compote, ou encore à la concentration nécessaire pour ne pas me couper les doigts. Le sécateur peut parfois être un outil dangereux… Et pourtant, chaque douleur est pleine de sens. Dans les rangs, je me sens enfin alignée, un sentiment que je n’avais plus éprouvé depuis belle lurette.

    Ce qui m’interpelle encore davantage, c’est d’être capable de vivre pleinement dans l’instant présent, de savourer chaque minute, chaque rire, chaque coupure même, sans penser à demain, sans penser à autre chose qu’à ce que je fais, ce que je vis et ce que je partage.

    Et quand on me demande quel est mon métier et d’où je viens, je me sens étrangère à la réponse que je donne. « Je suis journaliste et je vis à New York »… J’ai l’impression de parler de quelqu’un d’autre, tant cette vérité m’échappe, et je ne peux m’empêcher de comparer mon sentiment d’être terriblement vivante dans les vignes à celui d’être complètement éteinte à New York. Ce sale sentiment de ne plus rien ressentir.

    Les vendanges en Bourgogne, une immersion sensorielle

    Justement, les vendanges sont une expérience, de mon point de vue, sensorielles. Il y a d’abord le bruit : le murmure de la nature, le chant des oiseaux, le vent dans les feuilles, entrecoupé des rires et des blagues des autres vendangeurs. Parfois, il y a aussi de la musique. Puis viennent les sons du travail lui-même : le clic précis des sécateurs, le fracas des grappes tombant dans les hottes des porteurs, le bruit des bottes qui collent à la boue. Chaque geste à son rythme, chaque bruit participe à cette orchestration quotidienne, mêlant énergie humaine et harmonie de la nature. Et dans cette immersion sensorielle, je découvre aussi la richesse humaine autour de moi.

    Meursault Les Tessons
    Meursault Les Tessons ©️LFP/Rachel Brunet

    Il y a ensuite l’odeur : celle de la terre et des feuilles, qui change selon les jours de soleil, de vent ou de pluie. Les cuveries du village exhalent le parfum du raisin fraîchement pressé enveloppant Meursault d’une douceur singulière. La seule senteur synthétique que je respire reste celle de ma crème solaire. Le toucher et les sensations physiques racontent aussi la vie dans la vigne : les griffures sur les avant-bras, la peau chauffée par le soleil, les reins et les cuisses mis à l’épreuve, les mains effeuillant les vignes pour saisir les grappes. La rosée matinale qui trempe les bras entiers, le ressort du sécateur qui se fait la malle — parce que, bien sûr, le sécateur pourri, c’est toujours pour ma pomme — chaque geste me ramène ici, à ce moment précis, au cœur de la nature, entièrement présente, entièrement vivante.

    Et mes yeux s’y perdent : la lumière changeante du matin ou du soir sur les rangs de vignes, le vert profond des feuilles, la couleur intense des grappes mûres, les collines ondulantes et les villages au loin. Mon regard se nourrit de cette beauté naturelle, sans artifices : un véritable spectacle vivant.

    Paulée au Domaine Mikulski
    Paulée au Domaine Mikulski ©️LFP/Rachel Brunet

    Enfin, il y a le goût : celui du raisin fraîchement cueilli, sucré et juteux, qui restitue toute l’intensité de la terre et du soleil. Et puis, le soir venu, la vraie récompense : le vin ou le crémant partagé avec ma cousine, autour de conversations profondes ou légères, ponctuées de rires ou de confidences. Ces instants, simples mais précieux, prennent une valeur immense pour moi qui vis depuis trop longtemps à 6000 kilomètres de ma famille et de mes amis. Parfois, on se retrouve aussi avec les autres vendangeurs autour d’une bière, ou lors de quelques dîners chaleureux, où les échanges sont vrais et spontanés. Ici, tout a le goût de la vie !

    Du domaine Boigelot au domaine Mikulski, que je remercie sincèrement de m’avoir accueillie, j’ai rencontré des gens extraordinaires de tous âges et de tous horizons, il y avait même une autre expatriée. Chacun avait ses motivations : le travail, la découverte, lambiance, la curiosité ou simplement la déconnexion. Beaucoup d’ailleurs posent des congés pour participer à cette expérience humaine, et je les comprends tellement. Au-delà des parcours et des raisons d’être là, je suis convaincue qu’un point commun nous unit tous : un amour profond pour la nature, pour la vie, pour la vigne. Une passion partagée qui crée une énergie singulière.

    Certes, le vin de Bourgogne n’échappe pas à la logique du marché. Les grands crus ne sont pas seulement des plaisirs de terroir : ce sont des produits dexportation, des symboles de prestige qui circulent sur les places internationales. Derrière chaque bouteille, derrière chaque cru, il y a des négociants, des stratégies de prix, des quotas réservés aux marchés asiatiques ou américains. C’est une industrie, avec ses filières, ses appellations protégées, ses réseaux d’intermédiaires et ses enchères qui affolent les collectionneurs. Le vin, même quand il se pare d’authenticité et de tradition, reste un secteur où se brassent des millions d’euros, un business où la rareté et la réputation se transforment en valeur marchande. En 2023, près de 87 millions de bouteilles ont été exportées, générant un chiffre daffaires de plus dun milliard deuros, selon le site Vins de Bourgogne. Aussi, durant les vendanges chaque domaine s’inquiète du nombre de tonneaux que leur vignoble va remplir. Parce qu’il y a une réalité aussi belle que cruelle : c’est la nature qui décide ! Il parait que cette année, elle n’a pas été très généreuse.

    Les vendanges, une aventure humaine au cœur des vignes

    Au-delà de la dimension commerciale, pour moi, chaque geste dans la vigne reste profondément humain et vivant. Participer aux vendanges a été un moment où tout semblait juste à sa place. La nature, décisionnaire et silencieuse, et nous, simples témoins et acteurs à la fois, à la merci d’une averse ou d’un rayon de soleil, d’un pied de vigne fourni ou avare. Chaque geste, chaque rire, chaque mot me rappellent combien la vie peut être pure, jolie, simple. Pourquoi ma vie quotidienne ne ressemble-t-elle pas davantage à cela ?

    Ici, l’humain et la nature coexistent dans une simplicité désarmante, loin du bruit et de la frénésie, et tout paraît clair, lumineux, profondément vivant. J’ai conscience, en tant que citadine, de m’émerveiller du quotidien de la vigne, mais je me demande comment deux semaines à peine, parmi les rangs et les grappes, peuvent bouleverser le regard que je porte sur sa propre vie.

    Meursault Genevrières
    Meursault Genevrières ©️LFP/Rachel Brunet

    Participer aux vendanges a aussi changé mon regard sur le vin.  Avant, j’en avais surtout une approche de consommatrice, sensible à l’étiquette ou au terroir ; après plusieurs jours dans les rangs de vignes du Domaine Boigelot et du Domaine Mikulski, j’ai découvert le cœur vivant du processus. Cueillir les grappes, voir les équipes s’affairer avec précision à la cuverie m’a permis de mesurer tout ce qu’il y a d’humain, de savoir-faire et d’attention derrière chaque bouteille. Cest stimulant de se dire qu’à ma petite échelle, jai contribué à l’élaboration de vins qui seront dégustés, partagés et célébrés, en France comme à l’étranger. Cette expérience m’a donné une conscience nouvelle de ce qu’il y a dans un flacon puis dans un verre : un paysage, une histoire, un savoir-faire, des mains et du cœur.

    Si l’introspection peut être sans fin, on met toujours un point final aux vendanges. Ma dernière journée commence sur une immense parcelle d’aligoté, la seule du domaine Mikulski qui produit davantage de Chardonnay. C’est un mardi. Dès 7h30, l’étendue interminable des rangs me serre la gorge. Tout est plus difficile ce jour-là. Pas à cause du travail, mais parce que je sais que c’est la fin. Toute la matinée, je lutte. Les rangs semblent mesurer ma tristesse. J’avance lentement, comme pour retenir ce moment avant qu’il ne disparaisse.

    L’après-midi, je coupe ma dernière grappe. Pour certains vendangeurs, c’est la libération, la fin d’une dizaine de jours intenses. Pour moi, c’est la fin d’un moment précieux. Traditionnellement, au Domaine Mikulski, une fois la dernière grappe cueillie, les vendangeurs se déguisent, chantent et dansent dans les rues de Meursault. Moi, je reste à l’écart, trop envahie par la tristesse pour enfiler un costume ou faire semblant de m’amuser.

    Meursault en Côte d'Or
    Meursault (Côte d’Or) ©️LFP/Rachel Brunet

    Pourtant, cette émotion se mêle à une immense gratitude parce que même si dans les vignes je ne pensais à rien d’autre qu’à ce que j’étais en train de faire, les trajets en voiture entre vignes et domaine, les matins, les soirées, les couchés et les levés ont été des moments d’introspection, de réflexion sur ma vie en général. J’ai pu poser mon esprit et mesurer ce que je voulais vraiment, ce avec quoi je suis parfaitement alignée. Tout l’intérêt de la vie réside là : comprendre et accepter ce qui fait sens pour soi, indépendamment de ce que la société attend de nous.  

    J’ai quitté les vignes bourguignonnes mais ce que j’y ai vécu continue de résonner en moi. Et je sens encore la terre, la rosée et les feuilles sur mes bras et mes mains, comme si ces moments s’étaient imprimés sur ma peau. Henry Miller l’exprimait magnifiquement à Anaïs Nin : « Je suis reparti avec des morceaux de toi collés sur ma peau. »

● Radio en direct
En pause